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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 


NEUVIÈME  SÉRIE 
TOME  IH 


JOURNAL  ASIATigUE 

RECUEIL   DE   MÉMOIRES 

D'EXTHAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  À   L'HISTOIRE,  À  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 

ET  À  LA  LITTÉRATURE  DES  PEUPLES  ORIENTAUX 


ET  PUBLIE  PAR  LA  SOCIETE  ASIATIQUE 

NEUVIÈME  SÉRIE 
TOME  III 


PARIS 

IMPRIMERIE    NATIONALE 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 


M  DCCC  XCIV 


JOURNAL  ASIATIQUE 

JANVIER-FÉVRIER  1894. 

KOUE-YÛ 

(DISCOURS  DES  ROYAUMES), 

PAR 

M.  G.  DE  HARLEZ. 

(suite.) 


II 

Quand  Siang-Wang  revint  de  Tcheng,  il  donna 
les  deux  villes  de  Yang  et  de  Fan  ^  au  prince  Wen 
de  Tsin,  Les  gens  de  Yang  ne  voulurent  point  se 
soumettre  (à  leur  nouveau  maître).  Le  prince  de  Tsin 
vint  mettre  le  siège  devant  leur  ville.  Un  (envoyé 
des  assiégés  nommé)  Tsang-ko  vint  lui  dire  ;  «  Notre 
souverain  estime  le  prince  de  Tsin  capable  de  faire 
fleurir  la  vertu,  c'est  pourquoi  il  le  récompense  en 
lui  cédant  Yang  et  Fan.  Mais  ces  villes  chérissent 
les  vertus  de  notre  roi  et  ne  peuvent  se  soumettre  à 
Tsin.  C'est  par  lafFection  et  la  paix  quun  prince 

*   Villes  du  domaine  impérial. 


6  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

propage  les  vertus  et  qu'il  prévient  toute  pensée 
d'opposition.  Mais  ce  que  fait  notre  souverain  sera 
fatal  au  temple  de  ses  ancêtres  ^  et  perdra  son 
peuple.  Nous  ne  pouvons  donc  nous  soumettre  à 
son  décret.  La  conduite  de  trois  armées  fait  Torgueil 
des  quatre  races  barbares.  Y  échapper  et  ne  point  su- 
bir de  dommage ,  c'est  ce  que  nos  armes  doivent  opé- 
rer^. Yang  est  faible  et  n'a  point  encore  éprouvé  le 
gouvernement  de  Votre  Altesse.  Mais  elle  ne  l'accepte 
pas.  Si  Votre  Altesse  veut  le  traiter  avec  bienveil- 
lance, ses  officiers  pourront  constater  qu'il  n'est 
point  rebelle.  Mais  n'est-ce  point  assez  pour  désho- 
norer une  armée  qu'elle  répande  la  terreur  contrai- 
rement à  la  justice  et  ruine  par  des  moyens  odieux?  » 

«  On  le  dit  :  «  Les  armes  ne  doivent  point  être 
«  montrées  (inutilement).  Les  tsdents  ne  doivent  point 
«  se  cacher^.  Les  armes  dont  on  fait  parade  sont  sans 
il  lustre,  n'inspirent  pas  le  respect.  Les  talents  cachés 
«  ne  brillent  point.  » 

«  Yang  (la  terre  des  rois)  ne  peut  accepter  de  deve- 
nir un  domaine  princier,  ni  y  être  amené  par  le  dé- 
ploiemeftt  de  forces  militaires.  Yang  est  une  poss^iï- 
sioh  héréditaire  des  fois;  conséquemtnent  tous  ses 
habitants  sont  comme  des  parents  du  Fils  du  Ciel. 
Cominerit  Votre  Altesse  voudrait-elle  les  opprimer? 

^  Tsong  fang  «l'aire  sacrificielle  des  Tsong»,  Comm.  :  a  la  porte 
du  temple  ancestral». 

*  Tout  i'eitïpire  àA  Hia  doit  s'emjoioyer  à  cotikbattre  les  barbarÊs 
et  non  à  opprimer  des  compatriotes. 

^  On  ne  doit  point  prendre  les  armes  sans  nécessité,  ni  tenir 
dans  les  entraves  les  arts  de  la  paix. 


Si  0Hë  d^lôië  m§  ântië^  |)bur  f  ébi^ftsè»',  je  cradril 

Le  prinéë  dé  T^li  >  ëiit3fl(l8flt  t&§  pertAns^  »'éorki  f 
aG*ëst  là  l6  Ifttigafge  (fsti  6^ilr  »oHe  et  Mg6fy  d'un 
Kltin-t^ê  n,  et  il  ètbfliddiiflË  \ë  pêiipk  de  Yâng^  fl  Idi 
laissa  qttitter  te  VllW. 


m 

Aii  meeting  prifitiler  de  Wèn  \  les  gieMs  de  Trâi 
saisirent  Sheng-kong  de  Wei  et  le  menèreilt  pi^^o^ 
mer  à  rEâst|^eînBÀl^.  Le  jpritiee  de  Tsih  demaiidà  au 
souverain  de  pouvoir  mettre  à  mortfe cà|)tîfr 

«  Ce  serait  mai  agir,  répondit  le  monarque.  Le 
pouvoir  gouvernemental  vient  d'en  haut  vers  le  bas. 
Le  &u{>érietir  e^er€^  le  poavoiF  ;  tes  iiiféfieÉNr»  suivant 
sa  difeetiôli  sfttis  tester  ^;  C'est  aifiès>^tee  les  uns  ejt; 
les  autres  sont  sans  ressentiment  miitueL 

«  Au  lieu  d'agir  ainsi ,  Votre  Seignem'ie  veut  exercer 
le  pouvoir  et  ne  point  suivre  ses  lois.  N  est-ce  point 
que;  cela  ne  se  peutP 

à  Le  prince  et  ses  subordonnés  im  doivent  point 
se  quereller^  Si  Vous  écôiitez  lé^eôiiseM  .de  môH  que' 
Ion  vous  donne i  alors  eetta  fe^h^ise  querelle  s'élè- 
vera ënti^  le  plfince  êl  ^tHÈ  agents,  êfïtfe  le  pèt*e  et  le 


^  I^âpiès  ie  Tié-ichuen,  hs  priii06S  et  Ldn,  Tsin,  Tsi^  Song^ 
Tsd,  Tcfaeng,  Tckin,  KelDu  etXcboti  s'y  réuiirail,  sur  le  terri- 
toire de  Tsin.  (V.  An.  28,  1 5.) 

'  Le  prince  Sheng  s*étàit  uni  à  cekni  àé  Tsbu  qù  attaifbait  iè  duc 
de  Tsin. 


8  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

fils;  ce  serait  méconnaitre  la  distinction  des  rangs, 
la  détruire.  Si  Votre  Seigneurie  écoute  ce  conseil, 
die  commettra  un  premier  acte  de  rébellion. 

cEn  outre,  si  un  sujet  tue  son  prince,  de  quel 
châtiment  ne  devra-t-on  pas  le  frapper?  Si  Votre  Sei- 
gneurie ne  suit  point  les  lois  établies,  ce  sera  une 
seconde  rébellion.  Or,  si  vous  vous  rebellez  deux  fois 
en  une  seule  réunion  princière ,  je  crains  bien  que 
ce  ne  soit  la  dernière.  S'il  s'en  fait  encore,  quelles 
pourront  être  mes  relations  privées  avec  le  prince 
de  Wei*?» 

Là-dessus,  les  gens  de  Tsin  laissèrent  aller  le 
prince  de  Wei  *. 

IV 

La  conduite  légère  des  guerriers  de  Tsin  fait  au- 
gurer leur  défaite,  ceci  est  raconté  au  Tso-tchaen. 
{Hi,  An.  33,  1.) 


Le  prince  de  Tsin  *  envoya  son  premier  ministre 
Suî-tsang  présenter  ses  hommages  à  l'empereur 
Ting-Wang*.  Celui-ci  lui  fit  serrir  la  viande  d'hon- 

'  La  sentence  ne  peut  logîcpement  s'appliquer  ici  qa*à  Tempe* 
l'élu*  et  aux  princes  vassaux ,  ou  peut-être  aux  princes  de  Tsin  et  de 
Wei ,  dont  le  second  s'était  reconnu  dépendant  du  premier. 

'  Le  prince  de  Lou  intercéda  pour  lui  et  offrit  au  roi  ainsi  qu'au 
prince  de  Tsin  de  riches  présents ,  ce  qui  les  détermina  à  relâcher 
le  prisonnier.  Ceci  se  passait  en  6a 8.  Le  Tsa-tchnen  n'en  parle 
point. 

^  King-kong,  fils  de  Tcheng-kong,  598-679. 

*  Le  Commentaire  dit  :  «  Siang-Wang  ». 


KOUE-YU.  9 

neur^;  Tsiuen-kong,  son  ministre,  assistait  à  la  cé- 
rémonie et  logea  l'envoyé  dans  sa  maison.  Sui-tsang 
lui  dit  :  «  J  avais  entendu  dire  que  les  rites  du  pa- 
lais impérial  ne  permettaient  pas  de  séparer  ces 
morceaux  des  victimes.  Comment  cela  s*est-il  fait 
maintenant  ?  Quel  est  ce  rite  ?  » 

Ting-Wang  les  avait  vus  s'entretenir;  il  manda 
Tsiuen-kong  près  de  lui  et  lui  demanda  ce  dont  ils 
avaient  parié.  L'ayant  appris  de  son  ministre,  il  fit 
appeler  l'ambassadeur  de  Tsin  et  lui  dit  :  «  Ne  savez- 
vous  pas  qu'au  sacrifice  du  Kiao  et  au  sacrifice  gé- 
néral en  l'honneur  des  ancêtres,  on  sert  toutes  les 
parties  des  victimes  réunies  ?  Quand  l'Empereur  ou 
un  prince  vassal  donne  un  banquet  à  boire ,  on  pré- 
sente le  grand  plat  ^.  A  des  (Bners  entre  parents ,  on 
sert  le  plat  de  morceaux  choisis. 

«Vous  n'êtes  point  autre  et  mon  oncle,  en  vous 
envoyant,  a  voulu  que  vous  vinssiez  parfaire  les 
anciennes  vertus  en  honorant  la  maison  royale. 
C'étaient  là  les  rites  de  fête  des  anciens  rois  que 
je  voulais  vous  appliquer.  Je  ne  pouvais  faire  pour 
vous  le  service  du  Kiao  ou  du  Grand  sacrifice  quin- 
quennal ^. 

«  La  loyale  générosité  ne  consiste  pas  à  aimer  les 

*  C'étaient  certains  morceaux  de  la  victinae  au  sacrifice  des  an* 
cêtres  que  Ton  réservait  pour  leur  offrir,  puis  servir  au  président 
\le  la  cérémonie.  (  Voir  notre  traduction  de  Vl-li.  ) 

^  Portant  une  demi-victime  entière.  Il  avait  la  forme  d'une  petite 
chambre,  d'où  son  nom  de  Ta-fang.  (Cf.  Shi-king ,  lY ^  2,  0.  /j, 
S  4.) 

^  Vous  servir  une  victime  entière  ou  une  demie. 


10  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

rites  et  à  contrevenir  aux  anciennes  régies  ati  risque 
de  troubler  une  vieille  atnitié.  Les  Jongs  et  les  Tî» 
seuls  servent  les  corps  entiers.  Ces  peuples  sont  irrér' 
fléchis,  prêts  h.  Texcès,  légers,  sans  règle,  cupideài 
sans  modestie. 

«  Leur  sang,  leur  activité  vitale  ne  se  laissent  point 
gouverner;  ils  sont  comme  lôs  oiseaux  et  les  quadru- 
pèdes. Chez  eux,  les  objets  d'exportation  ou  d'iin- 
portatioil,  d'impôt,  de  tribut,  ti  ont  point  pour  base 
d'appréciation  le  parfum  ou  le  bon  goût.  Aussi 
doivent-ils  se  tenir  en  dehors  des  portes  \  et  les  i»* 
terprètes  leur  servent  d'intermédiaires  dans  les  ti*aniH 
missions  de  leurs  objets  utiles. 

«Vous,  inaintenant,  vous  êtes  comme  un  frère 
dans  le  palais  de  nos  rois ,  teiiu  pour  l'entrevue  exi- 
gée par  le  temps.  Nous  faisons  en  sorte  de  nous 
conformer  aux  rites,  aux  règles  saintes  pour  ap- 
prendre au  peuple  à  obéir  aux  lois.  Nous  prendrons, 
n'est-ce  pas?  tout  ce  que  nos  rites  ont  de  bon^  de 
beau,  d'harmonieux.  Nous  prendrons  les  parfiims^ 
exquis,  nous  purifierons  nos  liqueurs,  nous  met- 
trons en  ordre  nos  corbeilles  pin  ^,  nous  préparerons 
nos  corbeilles /onjf  et  kuei^.  Nous  poserons  sur  ies 

^  Quand  ils  apportent  leurs  tributs  ou  leurs  marchandises,  ils 
H^entreut  pas  dans  les  villes,  mais  se  tiennent  aux  portes  et  ont 
Recours  aux  interprètes  qui  prennent  et  transmettent  ce  qu'ils  ap- 
portent. * 

*  Grandes  corbeilles  de  bambou  servant  aux  châtaignes ,  dattes , 
viandes  sèches,  etc. 

^  Corbeilles  hautes,  rondes  ou  carrées  servant  au  riz,  grain, 
millet,  etc.  (Voir  notre  Y4i,  pi.  V.) 


KOUE-YU.  U 

tables  nos  plats  à  viande,  nous  prendrons  nos  vases 
à  liqueur,  nous  poserons  nos  marmites  et  nos  platsu 
Pt*iant  avec  respect  pour  écarter  tout  malheur,  nouji 
préparerons  tout  ce  qu'il  faut  pour  boire  et  manger. 
Nous  servirons  alors  le  plat  de  morceaux  choisis 
avec  les  tsous^.  On  boit  à  la  santé  des  hôtes  en  leur 
offrant  les  présents  des  banquets  pour  témoigner  de 
l'esprit  dé  concorde  et  d'amitié  convenables.  Laisser 
quelqu'un  d'eux  isolé,  négligé,  c'est  imiter  les  Jongs 
^t  les  Tis. 

«  Les  rois  et  les  princes,  quand  ils  préparent  une 
cérémonie,  lai  donnent  tout  son  éclat;  ils  affermis- 
sent leurs  vertus  et  déploient  grand  luxe  d'instru*- 
ment». 

<t  Ils  font  les  cérémonies  soit  en  se  tenant  debout, 
soit  en  montant,  mais  ^an^  s'asseoir.  Par  le  repas 
ils  font  briller  leurs  instruments,  leur  luxe;  par  la 
réjouissance  ils  citnenteht  l'amitié.  Alissi  les  banquets 
annuels  ne  doivent  pas  aller  jusqu'à  lasser  (convives 
et  amphfltryon);  les  repas  des  saîsoiikS^  ne  doivent 
pas  aller  jusqu'à  la  débauche.  Dans  les  réunions 
mensuelles,  les  services  de  la  décade^,  les  actes  de 
chaque  jour,  on  ne  doit  jamais  oublier  (les  rites). 
t)ans  ce  déploiement  du  luxe,  Tcheou  observe  tou- 
jours l'ordre  et  le  rang;  ses  coutumes  ont  toujours 


*  Petites  tables  sur  lesquelles  on  pose  les  viandes  cuites.  Cer- 
tains morceaux  sont  considérés  comme  sacrificiels  et  plus  précieux 
que  le  reste  de  l'animal.  (Voir  notre  Y-li,  pi.  V,  lo.) 

^  Hepas  donnés  à  la  cour  une  fois  par  au  ou  à  chaque  saison. 

^  Soit  repas,  soit  autre  cérémonie. 


12  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

de  la  grandeur,  et  sa  majesté  de  justes  règles.  Les 
aliments^  entretiennent  la  vie,  la  beauté  extérieure 
anime  le  cœur,  les  sons  (la  musique)  donnent  du 
lustre  aux  actes  vertueux^.  Les  cinq  devoirs^  règlent 
les  convenances.  Le  manger  et  le  boire  entretiennent 
le  corps;  Tharmonie'^,  la  paix^  se  manifestent  ainsi; 
le  bon  emploi  des  richesses  répand  la  joie.  (Quand 
il  en  est  ainsi),  les  bonnes  règles  sont  suivies  et  la 
vertu  s  affermit. 

«  Les  anciens  savaient  pratiquer  les  rites;  ils  n'au- 
raient pas  servi  des  animaux  entiers  ^.  » 

A  ces  paroles,  l'envoyé  de  Tsin  n'osa  point  ré- 
pondre et  se  retira.  De  retour  en  son  pays,  il  raconta 
comment  il  avait  appris  les  rites  des  trois  dynasties. 
Aussi ,  depuis  lors ,  lit-on  de  l'observation  de  cet  ordre 
des  cérémonies*^  la  loi  du  pays  de  Tsin. 

^  Litt.  :  «les  cinq  goûts. ....  les  cinq  couleurs». 

^  Il  s'agit  de  celle  qui  accompagne  les  odes  qui  les  célèbrent. 

^  Des  pères ,  mères ,  enfants ,  frères  aînés  et  cadets. 

*  Ce  qui  fait  qu*on  n*a  quun  cœur  et  non  deux  :  ainsi,  la  sin- 
cérité. 

^  Le  calme  qui  permet  d*agir  sans  passion. 

^  Comme  le  voulait  l'envoyé  de  Tsin ,  mécontent  de  n'avoir  reçu 
que  des  morceaux. 

'  Le  Commentaire  applique  ceci  aux  chasses  du  printemps  où  le 
souverain  habitait  une  cabane  de  jonc.  D'après  le  Pei-iven-y un-fou, 
le  tchîp-tit  est  celui  qui  règle  les  degrés  des  fonctions.  (K.  gS ,  fol.  8 , 
Y.  4.) 


\ 


KOUE-YO.  13 


VI 

Ting-Wang  avait  envoyé  Tan  siang-kong  ^  en  mis- 
sion à  la  cour  de  Song^  et  de  là  à  Tsou.  L  ambassa- 
deur devait  demander  le  passage  à  Tchen^.  Mais 
voilà  que  le  matin  lastre  du  feu  (Mars)  se  montra. 
H  était  impossible  de  continuer  la  route;  les  che- 
mins étaient  obstrués  par  les  buissons.  Point  d'offi- 
cier de  Tchen  à  la  frontière  (pour  recevoir  Tenvoyé)  ; 
le  Sse-kong  n'avait  point  nettoyé  les  routes ,  les  ma- 
rais n avaient  point  de  jetée*;  sur  les  rivières  point 
de  pont.  Les  champs  étaient  pleins  de  tas  de  grains, 
les  préparatifs  de  Tentassement  n  étaient  point  ache- 
vés^. Les  plantations  le  long  des  routes  n'étaient 
point  en  ordre  ^.  Le  sol  était  en  gros  morceaux.  Le 
Shen-tsai''  ne  vint  point  présenter  des  vivres  à 
l'ambassadeur.  Point  de  Sse-li*  pour  fournir  le  lo- 
gement, point  de  pied-à-terre  appartenant  à  l'Etat, 

*  Ministre  de  Tcheou.  Ting-Wang  régna  de  Go6  à  585. 
'  Pour  examiner  l'état  de  cette  principauté. 

^  L'empereur  était  forcé  de  faire  cette  démarche,  tant  sa  puis- 
sance était  réduite.  Il  devait  agir  comme  un  prince  vassal.  Son  en- 
voyé s'arrêtiit  à  la  frontière  et  demandait  passage. 

^  Jadis  on  ne  perçait  point  de  route  à  travers  les  marais,  on 
passait  sur  les  digues.  Le  Sse-kong  était  chargé  de  l'entretien  des 
chemins. 

^  On  entassait  d'ahord  les  grains  dans  les  campagnes,  puis  on 
aplatissait  le  sol  des  jardins  autour  des  maisons  et  l'on  y  amassait 
de  nouveau  les  grains.  [Shi-king ,  I,  i5,0,  i,S7.) 

^  On  hordait  les  routes  d'arhres  pour  les  faire  reconnaître. 

'  Officier  chargé  de  l'entretien  dès  hôtes.  Le  Shcn-fu  du  Tcheou-li. 

*  Magistrat,  chef  civil  et  judiciaire  du  IL 


14  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

point  encore  d'hôtel  à  la  ville  ^  pour  les  étrangers.  Les 
gens  de  Tchen  étaient  occupés  à  élever  une  tour  avec 
terrasse  pour  la  famille  Hia  ^.  Ils  arrivèrent  à  Tchen. 
En  ce  temps ,  Ling-kong  de  Tchen  avec  Kong-ning 
et  I-hing-fu^  étaient  allés  en  toilette  négligée*  et 
étaient  restés  dans  cette  famille.  L'ambassadeur  ne 
put  être  reçu.  Tan-tze  retourna  donc  auprès  du  souve- 
rain pour  lui  rendre  compte  de  sa  mission  et  lui  dit  : 

«  Le  prince  de  Tchen  a  commis  Une  grande  faute, 
son  royaume  périra.  »  «  Pourquoi  cela  ?  »  repartit  le 
roi. 

«Cest  que,  répondit  lenvoyé,  Tgistre  Tchin-kio^ 
s'est  montré  et  la  pluie  a  cessé.  La  base  du  ciel  ^'  a 
été  vue  et  l'eau  s'est  desséchée. 

«La  racine  a  été  aperçue  et  les  branches,  les 
fleurs  ont  été  coupées.  Le  quadrige  "^  s'est  montré  et 
a  répandu  le  givre.  L'astre  du  feu,  se  montrant,  pu- 

^  Hien,  Quatre  tien  font  un  hien  qui  a  1 1  Us  en  carré.  L'anib|LS- 
sadeur  est  traité  avec  mépris. 

^  Famille  puissante  de  Tchen  ;  son  chef  était  haut  magistrat  du 
pays. 

^  Tous  deux  ministres  dé  Tchen.  Ling-kong  était  fils  de  Kong- 
Wang,  descendant  de  Shun.  Il  s'était  amouraché  d'une  épouse  secon- 
daire de  ce  Ta  fou  et  allait  là  pour  la  voir. 

*  Litt.  :  «  Avec  un  honnet  du  midi ,  c'est-à-dire  de  Tsou.  D'un  pays 
barbare  et  non  avec  la  coiffure  princière.  » 

*  Le  corne  de  Tchin,  la  corne  du  dragon  vert  de  Tchin,  nom  de 
l'astre  Kio,  la  première  constellation  chinoise;  a  de  l'Épi, ^  de  la 
Vierge. 

*  L'espace  entre  la  deuxième  et  la  troisième  constellation ,  entre 
la  Balance  et  la  Vierge.  (Cf.  le  Yuc-ling.) 

'  Constellation  de  ce  nom ,  la  onzième  du  zodiaque  chinois ,  au 
Verseau. 


KOUE-YC.  15 

FÎfie  la  vent^  et  avertit  do  larrivée  du  froid.  Cest 
pourquoi  les  enseignements  des  anciens  rois  ^  con- 
tenaient ceci  :  «  Quand  la  pluie  a  cessé  ^,  on  nettoie 
nies  chenain»;  quand  les  eaux  se  retirent,  on  refait 
k  lés  ponts.  Alors  les  branches  des  arbres  et  des  plantes 
a  se  coupent  et  Ton  prépare  remmagasinement  des 
«fruits  de  la  terre,  déjà  cueillis.  Quand  le  givre 
«tombe,  on  prjépare  les  fourrures.  Quand  le  vent  se 
«met  à  souffler,  on  met  en  ordre  les  demeures,  les 
«  palais ,  les  cités  et  leurs  cours^  G  est  pourquoi  les 
nHia-Ung'^  portaient  les  prescriptions  suivantes  ;  le 
a  neuvième  moiâ ,  on  répare  les  chemins  ;  le  dixième, 
«  on  restaure  les  ponts.  On  donnait  alors  cet  àvertis- 
«  àement  i  Récoltez  et  préparez  les  instruments  de  la 
i  terre,  les  lieux  d'emmagasinement ^.  Quand  lastre 
a  du  féu  apparaît ,  venez  aux  réunions  près  du  Sse-li 
«  sou^  le  Ying-luh  ^.  Les  travaux  du  soi  peuvent  oom- 
«  mencer.  » 

«C'est  ainsi  que  les  anciens  rois,  sans  dépense 
aucune,  répandaient  la  ver|u  dans  le  monda. 

«  Maintenant  fastre  du  feu  s'est  levé  sur  le  royaume 
dé  Tchen  ;  malgré  cela  les  chemins  y  sont  obstrués , 

*  Après  le  givre,  le  vent  purifié  souffle  pour  avertir  les  hommes 
de  l'arrivée  du  firoid. 

*  Le  Yuc-ling  et  livres  semblables, 

^  Le  neuvième  mois,  les  pluies  cessent;  le  dixième,  les  eaux  se 
dessèchent.  Le  premier  mois  d*hiver,  le  Fils  du  Ciel  prend  ses  ha- 
bits de  peau.  On  peut  donc  les  préparer  dès  le  neuvième  mois.  (Voir 
le  Yne-ling,  premier  mois  d'hivbr.) 

*  Règlements  de  Hia,  de  Yu. 

^  Magasins ,  greniers  en  forme  de  tour. 
**  Étoile  voisine  do  l'Aigle. 


16  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

les  aires  des  récoltes  comme  abattues ,  abandonnées. 
Les  marais  sont  sans  digue ,  les  rivières  sans  bateaux 
ni  ponts  ^  Cest  là  rejeter  les  enseignements  des  an- 
ciens rois.  Les  lois  des  Tcheous  ont  cette  prescrip- 
tion :  Disposez  les  arbres  pour  marquer  les  chemins. 
Etablissez  des  hôtels  publics  pour  favoriser  les 
voyages,  garder  les  voyageurs 2. 

«  La  capitale  doit  avoir  ses  parcs  de  bestiaux  aux 
faubourgs;  les  frontières  ont  leurs  observatoires  de 
garde  ^.  Les  marécages  *  ont  leurs  plantes  de  haute 
croissance^.  Les  jardins  ont  leurs  arbres  et  leurs 
fossés  pour  en  écarter  les  fléaux®.  Le  reste  du  pays 
est  ainsi  pourvu  de  grains  et  le  peuple  est  sans 
crainte  pour  sa  culture  ;  les  champs  ont  des  plantes 
odorantes.  On  ne  vole  pas  son  temps  au  peuple ,  on 
ne  requiert  pas  pour  soi  son  labeur.  La  bienveil- 
lance ne  se  fatigue  point;  Tindulgence  n  est  jamais 
arrêtée. 

«  Les  afiaires  de  TEtat  sont  bien  réglées  ;  dans  les 
villes,  le  peuple  s'applique  à  ses  affaires  avec  ordre 
et  selon  les  rangs. 

«  Maintenant,  au  royaume  de  Tchen ,  les  chemins 
ne  sont  point  à  reconnaître  ;  les  champs  sont  cou- 
verts d'herbes;  le  peuple  se  fatigue  sans  récolter,  il 

^  Sans  pont  de  bateaux ,  selon  le  Commentaire, 
2  De  dix  en  dix  lis ,  il  devait  y  avoir  une  auberge  où  l'on  pouvait 
trouver  à  manger  et  à  boire. 

^  Petites  constructions  où  logent  les  gardes-frontières. 

*  Comm.  :  «  maltais  sans  eau  ». 

^  Comm,  :  ta  0 plantes  à  large  feuillage». 

*  La  disette  et  les  soldats  pillards. 


KOUE-YC.  17 

est  épuisé  pour  les  plaisirs  des  chefs.  C'est  là  violer 
les  lois  des  anciens  souverains  que  Ton  trouve  au 
code  des  oiBciers  de  Tcheou  ^  :  «  Si  un  hôte  d  un 
«  Etat  rival  se  présente,  il  est  annoncé  par  le  Kmm^ 


ikyin^.  » 


«  Le  Hing-lP  vient  à  sa  rencontre  le  recevoir,  por- 
tant Imsigne  de  son  autorité.  Les  officiers  du  prince 
ie  conduisent*;  (quand  ils  arrivent),  un  ministre 
{hing)  va  au-devant  d'eux  au  faubourg  pour  les  en- 
courager'^; le  Men-yin  fait  nettoyer  l'entrée  (du  pa- 
lais)^. Le  75011^  et  le  Tcho  lui  servent  à  présenter 
les  offi*andes  et  les  prières  ''.  Le  Sse-  li  lui  fournit  le 
logement  et  le  Sse-ta,  les  serviteurs  nécessaires  ^.  Le 
Sse-kong  veille  à  lui  aplanir  les  voies  ^.  Le  ministre 
des  crimes  surveille  les  voleurs  et  autres  gens  dan- 
gereux. Le  Wa-jin,  ou  forestier,  fait  venir  et  pré- 


'  Convn.  :  «Livre  (Kîaen)  des  offices  réguliers  de  Tcheou». 
'  Litt.  :  <  Chef  de  barrières  » ,  c'est  lui  qui  annonce  les  hôtes  à  la 
cour. 

*  Ou  Li-sze.  Au  Tcheouli ,  c'est  le  Siao-hing-jin. 

*  Ils  vont  le  chercher  à  la  frontière  et  le  conduisent  à  la  cour. 
(Cp.  le  LU,  livre  VIH). 

^  Quand  l'hôte  arrive  au  faubourg,  le  prince  envoie  un  ministre 
en  habits  de  cour  lui  présenter  un  rouleau  de  soie  et  l'encourager, 
le  fâiciter.  (I4i,  ibid.) 

*  Le  Men-yin  est  le  préposé  aux  portes  extérieures,  n  fait  net- 
toyer la  porte,  le  seuU  et  le  vestibide. 

'  Au  Tcbeou-li ,  ce  sont  le  Ta-tsong-pe  et  le  Ta-tche,  Si  le  visiteur 
va  au  temple  ancestral ,  ces  deux  officiers  l'aident  dans  les  rites  de 
la  présentation  des  prières  et  offrandes. 

*  Qui  lui  fournissent  tous  les  objets  d'entretien  pendant  son  sé- 
jour. 

*  Qu'il  n'y  ait  rien  de  difficile  là  où  il  doit  aller. 

HT.  2 


iNrMKxm»  lArtusALi. 


18  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

parer  les  matériaux  nécessaires ^  Le  Tien-jin^  pré- 
pare le  bois  à  brûler.  Le  Hao-she  ou  «préposé  au 
feu  »  inspecte  les  torches ,  les  luminaires  ?.  Le  Shai" 
she  ou  «  préposé  à  Teau  »  inspecte  les  vases  et  tout 
ce  qui  sert  à  se  laver*.  Le  Shen-lsai  fournit  les  ?di- 
ments.  Le  Sin-jin  ou  «  chef  des  magasins  impériaux  » 
procure  le  grain ,  le  riz  et  autres  céréales,'  et  le  Sse- 
ma^,  le  foin  (pour  les  chevaux).  Le  Keng-jik,  «chef 
des  artisans  impériaux  »,  répare  les  chars  (de  len- 
voyé).  Chaque  officier  impérial  remplit  se3  fonctions. 
Il  en  doit  êtris  ainsi  quand  il  va  comme  quand  il 
revient;  l'ambassadeur  peut-il  ne  point  prendre  à 
cœur  tous  les  détails^  de  sa  mission?  Celm  quî  a 
été  rhôte  d'un  grand  Etat,  lorsqu'il  rev^t,  est 
élevé  d'un  gradfe  et  gmndi  en  honneur.  Tout  oflfe- 
cier,  jusqu^à  fénvoyé  impérial,  monte  en  fonction,; 
le  premier  ministre  vient  le  visiter.  Quand  le  souve- 
rain suprême  part  pour  une  tournée  d'in$pection', 
les  princes  doivent  venir  le  recevoir. 

«  Maintenant,  bien  que  votre  serviteur Tch^o*  soit , 
malgré  son  ihcapacité ,  de  la  famille  des  Tcheous  et 

^  Le  préposé  aax  mqntagqes'  et  lacsf  fait  venir  ies  objets  néces- 
saires au  sacrifice. 

*  Chargé  de  ce  qui  concerne  le  bois  et  les  foyers.  C'est  ppopne- 
ment  le  préposé  au  domaine  impérial. 

^  Tout  ce  qui  éclaire  les  vestibules  et  salles. 

*  C'est  là  sa  fonction  principale. 

^  C'est  ici  vraiment  le  Sse-ma  ou  a  chef  des  haras». 
®  Siao-ta,  Le  Commentaire  comprend  autrement.  Ce  sont  les  lieu- 
tenants de  l'envoyé.  Je  ne  puis  comprendre  comment. 

'  Ce  qu'il  doit  faire  tous  les  douze  ans  selon  le  Tcheoii-li. 
^  Nom  familier  de  l'orateur  Tan-tze. 


KOUE-YO,  19 

qu  il  soit  ailé  par  ordre  souverain ,  eomine  hôte  au 
pays  de  Tchen,  les  oASciers  de  ce  pays  ne  sont  pas 
venu*  au-devant  de  lui,  C'est  là  mépriser  loflicier 
des  anciens  souverains  et  renverser  leurs  lofe.  Leurs 
règlements  portaient  :  «  La  voie  du  ciel  récompense 
le  bien  et  punit  la  corruption.  Aussi,  si  ce  qHie  je 
proclame  n  est  pas  écouté  et  suivi ,  TEtal  ne  subsis- 
tera pas.  Que  Ton  soit  vigilant  et  sage,  que  chacun 
garde  ses  règlements  propres  pour  conserver  la  bien- 
veillanee,  le  secours  du  ciel.  » 

«  Loin  d'agir  ainsi ,  le  ppince  d0  Tcheh  a  oublié  ee 
qui  peut  assurer  la  continuité^^de'sa'puiissance;  il  a 
rejeté  là  fidjéU té  conjugale  pdur  une  concubine  et 
s^est  ËHi  accompagner  de  ses  ministres  pour  aller  iê' 
souiller  dans  la  famille  Hia,  chez  son  chef;  N'ëst-oé 
pas  )À  una^  famille  de  concilbiïiagë?  Il' m^a:  ti4ité 
comme  un  desoendônt  d'udif  côqcubihW^'  Pouii^  lut, 
ii  est  allé  sans  son  coutume  ni  ^on  bôtmet'pif^inéîçr; 
mais  avec  un  simple  bonnet  d^-  Tsou  (faire  cette 
hoptéuse  visite).  N'est-ce  pas  «lépriisér  les  saintes 
r^es  et  violer  les  ordonnances  des  anciens  rois? 
Ceux-ci  excitaient  et  dirigeaient  les  vertus,  les  capa- 
cités; il$  çrfS^igjPSÛent  qu'elles  ne  faiblissent  et  ne 
vinssent  à  se  perdre. 

«  Si  Ton  rejette  leur  doctrine,  sî  rôn  abandbtme 
leurs  lois  et  que  l'on  ipéprise  leurs  oificier$ ,  violant  ou* 
vertement  leurs  ordonnances,  comment  pourra«^t-on 
conserver  sa  puissance ,  son  état?  Placé  entre  de  grands 

*  Tan-tze  descendait  de  Ta-ki ,  l'illustre  fille  de  Wu-Wang. 

2  . 


20  JANVIER. FEVRIER  1894. 

États  et  dépourvu  de  ces  quatre  principes  de  con- 
duite ^  pourra-t-on  durer  longtemps  encore?» 

La  sixième  année  de  Ting-Wang,  Tan-tze  se  ren- 
dit à  Tsou.  La  huitième  année ,  le  prince  de  Tchen 
fut  tué  par  le  chef  de  la  famille  Hia^.  Lan  ix,  le 
prince  de  Tsou  envahit  Tchen  ^. 


VII 

La  huitième  année  de  son  règne,  Ting-Wang  en- 
voya Lao-keng-kong*  en  mission  auprès  de  la  cour 
de  Lou.  Il  distribua  des  présents  de  soierie  aux  Ta- 
fous  de  cet  Etat;  Ki-wen-tze  et  Meng-hien-tze^  les 
mirent  en  magasin,  Shou-sun-hwan  et  Tong-men- 
tze  ^  les  prodiguèrent. 

A  son  retour,  le  souverain  lui  demanda  quels 
étaient  les  vrais  sages  parmi  les  Tafous  de  Lou.  Il 
répondit  :  «  Ki  et  Meng  ont  augmenté  leur  situation 
à  Lou  ;  Shuk  et  Shun  la  perdent.  Quand  la  famille 
et  ses  biens  ne  se  déperdent  pas ,  on  ne  se  fait  pas 

^  Les  enseignements ,  les  lois ,  les  offices ,  les  ordonnances. 

'  Le  prince  était  encore  chez  ce  personnage  pour  y  voir  la  con- 
cubine qui  lui  plaisait.  Il  fit  à  ce  sujet  une  plaisanterie  à  table,  puis 
sortit.  Hia-shi  le  tua  par  derrière  d*un  coup  de  flècbe. 

'  Le  roi  de  Tsou  prétendit  venger  Ling-kong;  il  envahit  Tchen , 
prit  et  fit  tuer  Hia-shi,  puis  il  soumit  à  sa  suzeraineté  TÉtat  de 
Tchen;  c'est  ce  qu'indique  le  moi  juh,  (R.  ii.) 

*  Ministre  et  fils  cadet  de  Ting.  Lao  était  un  fief  au  milieu  du 
domaine  royal. 

^  Grands  de  Lou  dont  la  généalogie  ne  nous  importe  guère. 

•  Idem,  ï^eui-etre . . .  étaient  économes  et  les  autres . .  .  prodi- 
gues. 


KOUE-YU.  21 

écarter  soi-même.  »  Le  souverain  reprit  :  «  Que  vou- 
lez-vous donc  dire?» 

K eng-kong répondit  :  «  Votre  serviteur  la  entendu 
dire;  le  sujet  doit  être  sujet  et  le  prince  doit  être 
prince^.  Si  un  prince  est  dune  action  puissante, 
ami  de  Tordre ,  bienveillant  toujours ,  faisant  observer 
ses  ordres,  ses  officiers  seront  respectueux,  zélés, 
économes,  diligents.  S'il  étend  au  loin  son  action 2,  il 
pourra  garder  son  domaine.  Bien  réglé,  il  traversera 
les  temps  dune  manière  heureuse.  Pénétrant  tout, 
sa  doctrine  se  propagera  ;  bienveillant ,  il  se  fera 
aimer  du  peuple.  Sa  base  étant  bien  protégée,  sa 
puissance  sera  ferme  et  solide.  S'il  se  met  en  action 
àelon  les  temps ,  alors  il  n'en  perdra  pas  le  fruit ,  le  mé- 
rite. Si  la  doctrine  de  sagesse  se  répand ,  elle  s'uni- 
versalisera. S'il  gagne  le  peuple  par  sa  bonté  bien- 
veillante ,  il  abondera  en  biens.  Sa  base  étant  solide , 
ses  mérites  accomplis ,  les  bons  principes  propagés , 
le  peuple  abondant  en  biens,  il  pourra  de  plus  en 
plus  le  garder  de  tout  mal.  Comment  ses  affaires  ne 
prospéreraient -elles  pas?  Par  lô  respect  on  observe 
les  ordres;  par  l'attention  on  exerce  avec  succès  ses 
fonctions;  parla  vigilance  on  mène  à  fin  les  affaires; 
par  la  sage  économie^  on  a  de  quoi  satisfaire  aux 
besoins,  aux  dépenses.  Ce  respect  préviendra  les  ré 
bellions,  cette  attention  empêchera  les  négligences; 

*  Le  premier,  respectueux;  le  second,  bienveillant. 
'  «  L*action  étendue  est  ce  par  quoi  » ,  etc. 

'  Par  ce  qu'elle  fait  qu'on  a  du  superflu.  L'orateur  est  passé  à 
ce  qui  concerne  les  mandarins. 


i%  JANVIER-FÉVKIBR  1894. 

cette  vigiliinoe  f^ra  quon  soignera  même  les  morts; 
cette  économie  éloignera  les  douleurs ,  le»  soucis.  Et< 
dans  ce  cas,  les  phefs  et  les  inférieurs  vivi*ont  unis, 
sans  division*  Comment j  agissant  ainsi,  ne  sefait-^n 
pas  capable  de  rç^plir  ses  fonctions?  Quand  le  chef 
entreprend  une  a0aire  et  le  fait  avec  inteliigertoe, 
les  magistrats  savent  remplir  leur  mission  et  le  ré- 
sultat des  ordres  ^uvérains  se  perpétue* 

«  Maintenant  ces  deux  personnages ,  par  leur  éco- 
nomie,  ont  de  quoi  satisfaire  à  tous  letlrs  besoins  J 
cela  fait  que  leurs  familles  seront  suffisamitient 
pourvues  et  protégée»  ^  Les  deux  autres  sont  dé- 
pensiers; ils  épuisent  leurs  ressources  scuis  s'en  pré- 
occuper ^  ]  épuisés  i  ils  n'excitent  point  la  compassion  ^ 
les  chagrins  fondent  sur  eux.  Ainsi  ils  ne  se  préoc- 
cupent que  de  leur  pi^opre  personne  (ils  ne  font 
état  que  d  eux-mêmes  et  rte  voient  rien  âu-dessltô}v 
LfCurs  épouses,  leurs  gens  dépensent  de  naên>e; 
rÉtat,  leur  famille  ne  peut  soutenir  (ces  prodiga^ 
lités}i  c'est  la  voie  de  là  perditioni  » 

Le  roi,  entendant  ces  paroles ,-  repartit  :  «  Gonan 
ment  cela  ^  fait- il?  » 

Taïl-tze  répondit  :  «  La  position  d'un  Tafou^  eal 

^  «Par  leur  soin  vigilant  et  leur  économie,  ilf  auront  des  biend 
en  suffisance  et  ne  devront  rien  prendre  au  peuple.  Celui-ci  sera 
heureux  de  leilf  sage  conduite  «  et  leurs  fàtniHes  âêront  à  Vàhri  de 
tout  danger.  »  Il  s'agit  de  Ki-wen-tze  et  de  Meng-hien-tze. 

*  Al.  Ds  n'ont  point  compassion  des  gens  appauvris  «  seas'  tes- 
sources. 

^  Le  texte  porte  deux  noms  propres  :  Tong-mén  61  Shuk'-sutt^  (Voir 
note  1,  page  suivante.) 


KOUE-YU.  23 

au-des30us.  de  celle  dun  ministre  inférieur., Si  ion 
y  eut  exalter  (la  pretnièrfe)^  r.éievel*  au-dessus  de  la 
së(^onde  par  ses  dépenses ,  on  ne  pourra  pas  Servir 
deux,  nàaîtres.  La  position  d  un  ministre  inférieur 
(Shuk-sun)  n'égale  pas  celle  de  Ea-weri  et  de  IVleng- 
hiéti  (premiers  ministres).  Si  Ton  s  élève  au-dessus, 
on  ne  peut  servir  trois  maîtres^.  Il  semblera  d'abord 
que  cela  se.  peut  5  mai^^  à  là  lorigue,  on  en  éprouvera 
le  poison,  le  màl^  et  Ion  se  perdrà^4  » 

L-ati  XII  (de  Ting),  Siuén  de  Lou  mourut^.  Les 
niessagers  de  cette  nouvelle  n  étaient  point  encore 
arrivés  que  Ton  vint  annoncer  les  troubles  et  Tong- 
meiii  avec  sa  famille ,  s'enfuit  au  royaume  de  Tsi  *. 

La  onzième  année  de  Kien- Wang  (  5  7  4  ) ,  Shuk-sun , 
le  second  ministre  de  Lou,  nommé  aussi  Siuèn-pe, 
dut  égalëriient  è'erifuir  à  Tsi;  Tcheng  était  à  peine 
rnOTï  de  deux  ans  ^. 

VIII 

Lahultiènolè  année  de  Kien- Wang  <  Tcheng  ^  pfrince 
dé  Loù^  vint  faire  Visite  à  la  cour  souveraine.  II. 

*  On  ne  restera  plus  en  place  sous  deUx  et  trois  princes  succes- 
sivement. On  la  perdra  avant  cela. 

'  Phritôd  ébàmife.  Litti  :  iSi  dntnes  mature,  tanquam  possent». 
'  En  sa  dix-huitième  année  de  règne.  C'était  en  Tan  607. 

*  Ainsi  il  ne  servit  pas  deux  maîtres,  deux  princes,  mais  seule- 
ment. Siuen-Kong. 

'^  Ainsi  il  fie  servit  pas  trois  maîtres,  mais  seulement  Siuen- 
kong  et  Tcheng-kong. 

*  En  sa  treizième  année.  H  y  vint  avec  le  prince  de  Tsin ,  pour 
attaquer  Ts'in  (677).  Le  Tso-tohvuen t  VIII,  i3,  S  3,  cite  encore 
d'autres  princes  réunis  dans  ce  but. 


S4  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

envoya  (son  ministre)  Shuk-sun  Kiao-zho  annoncer 
son  arrivée  prochaine.  Celui-ci  eut  une  entrevue 
avec  Wang-sun-shuo ,  Tafou  de  Tcheou.  Shuo  alla 
près  du  souverain  et  lui  dit  :  «  Shuk-sun  de  Lou  est 
arrivé.  Il  doit  y  avoir  quelque  chose  d'extraordi- 
naire. J  ai  vu  les  présents  qu'il  apporte ,  des  étoffes 
de  soie  riche,  mais  en  petit  nombre;  par  contre,  il 
sollicite  par  des  paroles  flatteuses  et  suspectes  ^  Ce 
qu'il  demande  il  faut  le  lui  donner.  Lou  a  acquis  do 
la  puissance,  on  doit  craindre  son  pouvoir;  il  n'est 
pas  bon  de  le  satisfaire  d'abord ,  puis  de  l'éloigner  de 
soi.  Il  est  comme  carré  en  haut  et  pointu  en  bas^. 
C'est  un  homme  hardi  et  prêt  à  résister  si  le  souve- 
rain ne  lui  accorde  pas  ce  qu'il  convoite;  ses  agents 
pillards  viendront  et  voleront  de  quoi  satisfaire  ses 
désirs.  Ce  sera  la  récompense  de  la  méchanceté. 
Mais  les  dons  nécessaires  ne  sont  pas  préparés^. 
(C'est  vrai;  mais)  les  saints  examinent  soigneuse- 
ment ce  qu'ils  doivent  donner  ou  retenir,  ce  qui 
doit  les  satisfaire  ou  les  irriter,  ce  qu'ils  doivent  ac- 
cepter ou  donner.  Si  Ton  ne  dirige  pas  sa  bienveil- 
lance, sa  générosité,  on  ne  saura  pas  davantage  di- 
riger l'audace  et  la  vaillance.  Ce  que  l'on  doit  faire 
dominer  avant  tout,  c'est  la  vertu  et  la  justice.  » 
Le  roi  répondit  :  «  J'y  consens ,  faites  demander 

*  Le  Tso-tchuerij  VIII,  i3,  dit  qu'il  s*était  fait  envoyer  en  avant 
dans  l'espérance  d'obtenir  de  riches  présents ,  mais  il  n^en  eut  que 
de  médiocres. 

'  La  pointe ,  ses  mauvais  dessins  sont  cachés. 

'  Ou  :  «  Ce  ne  sera  pas  récompenser  le  bien  et  les  ressources  de 
l'État  ne  seront  pas  bien  ménagées». 


KOUE-YÛ.  25r 

secrètement  ce  que  Ton  veut  à  Lou.  »  Mais  il  ne 
donna  à  Shuk-sun  rien  de  plus  que  ce  que  requé- 
raient les  rites  ordinaires*. 

Quand  le  prince  de  Lou  arriva,  c'était  Tchong- 
sun-mie  qui  était  son  aide  de  camp  principal.  Wang- 
sun  shuo  eut  un  entretien  avec  lui  et  fut  gagné  par 
ses  paroles.  Il  en  parla  au  roi  et  le  roi  fit  de  larges 
présents  au  lieutenant  du  prince^. 


IX 

(L'armée  de)  Tsin  avait  vaincu  celle  de  Tsou  à 
Yen-ling^.  Le  prince  de  Tsin  envoya  Ki-tchi  (son 
ministre)  avertir  l'empereur  de  cette  victoire.  Il 
n'avait  point  encore  rempli  sa  mission  que  Wang- 
shu  Kien-kong  ^  lui  offrit  à  boire  du  vin  ;  ils  se  por- 
tèrent des  toasts  mutuels;  tous  deux  avides  et  pos- 
sesseurs de  grandes  richesses,  ils  s'amusèrent  à  boire 
et  à  causer  ensemble. 

Le  lendemain  matin ,  Wang-shu  loua  l'envoyé  de- 
vant la  cour  et  Ki-tchi  alla  voir  Shao-huan-kong^ 
et  causa  avec  lui.  Comme  Shao-kong  expliquait  sa 

^  Pour  un  personnage  d^ordre  secondaire.  C'est  le  sens  du  Com- 
mentaire, 

*  Ceci  est  raconté  au  Tso-chaen  [loco  du).  L'auteur  y  dit  que  le 
roi  vit  dans  Mie  le  lieutenant  principal  du  roi  et  lui  fit  des  présents 
considérables. 

^  C'était  en  Tan  xvi  de  Tcheng  de  Lou.  Li-kong,  de  Tchin,  avait 
attaqué  Tcheng.  Tsou  vint  au  secours  de  ce  pays  et  battit  l'armée 
de  Tsin.  Cette  ville  était  au  Ho-nan.  Aujourd'hui  :  Yen-hing-hien. 

*  Ta-fou  de  Tcheou. 

^  Ministre  de  l'empereur. 


26t  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

mission  à  Tan-sialng-kong  S  il  lui  dit  :  «  Waog-shu- 
tze  louant ,  vantant  ainsi  Ki-tchi ,  pense  .^u  il  doit  être 
ministre  de  Tsin.  Un  ministre  dé  Tsin  est  grande- 
ment soiitenu  par  les  princes  )  si  les  hauts  oflBciers^ 
veulent  les  y  engager,  (Ri-tèhi)  pourra  être  avancé 
sûreibent  et  porté  au  ministre  suprême  ^. 

«  Maître ,  vous  né  connaissez  pas  la  victoire  de  Tsin  ? 
C'est  mon  œuvre ,  c  est  moi  qui  en  ai  formé  le  plan  *. 
Kit-chi  me  dit  :  «  Sans  moi ,  Tsin  n  aurait  point  com- 
«  battu.  Tsin  avait  cinq  sources  de  défaites  ;  cepen- 
«  dant  Tsin  ne  savait  plus  résister  et  prendre  les  ar- 
«mes.  C'est  moi  qui  ai  rétabli  ses  forces^,  D'abord 
«en  formant  la  convention  contre  Siang  (i" source 
<< de^  défiaiite  pour  Tsou)^  » 

a°  k  Faible  de  puissance ,  il  n'avait  gagné  Tappui 
d'autre  fhrince  que  par  là  ptomessé  de  cession  de 
territoire  ^rf 

.  â°  «  Laissant  de  côté  les  hôiâme^  bienveillants  et 
forts,  il  a  employé  les  jeunes  et  les  faibles  ^. 

4°  «  Il  a  établi  un  ministre  et  n'a  point  écouté  ses 


avis''. 


*  Autre  mihistrè  de  Tcheou. 

^  Litt4:  tDeui  ou  trois  Kiun-tze».  (Commentaire,)  Les  Kongs  et 
ministres  résidant  à  ia  cour. 
^  Ainsi  dit  le  Cem/hentàire^ 

*  lia  guêtre  où  Tsou  a  été  vaincu ,-  c'est  moi  qui  en  ai  fait  le 
plan. 

^  Les  |>rinces  de  Tcheng  et  Tsou,  ubis  contre  Tsin.  Le  roi  de 
Tsou  gagna  le  prince  de  Tcheng  par  une  cession  de  terrain. 

*  Il  laissa  de  côté  Shin-shu-shi  pour  élever  Sse-ma-tze-fan. 

'  Ce  ministre  est  Tze-nang.  Il  avait  déconseillé  la  guerre  contre 
Tsin.  Le  roi  de  Tsou  ne  1  écouta  pas. 


K0UE-Y€.        '  21 

5**  «Par  le  concours  des  Y  et  de  Tchoiig,  il  a 
fojfraé  tiiois  armées,  mais  il  n^  les  a  point  iilis03  eti 
boa  ordre*  Maiâ  Tsin  na  point  cermmis  eette  faute* 
Il  a  réuni  sQs  sloldats  et  formé  quatre  armées  avec 
leur»  généraux;  il  i^s  à  constituées  fortémenl..Ules 
a  conduites  en  bon  otdre  et  fidèlement  aussi  les 
princes  ae  sjoAt  déclarés  pour  lui*  En  cela  il  a  fourni 
eipq  moyi^ilift  de  victoire  :  i.  Ses  paroles  d'abord  (la 
QQiiTention . avec  les  princes);  a.  La  réunion. de  ses 
troupes;  3.  Ses  généraux  forts  au  combat;  4*  L'ordre 
4tdJ)Ui  la  sincérité  5  5»  L'accord  de»  jMrincés  en  èa  fa- 
yeurî  Or  uft  seul  moyen  suffît*  Celui  qul.i  i^éùnissant 
les  pirtq  moyens  indiqués,  combat  et  succombe,, doit 
filir,  V09t  point,  un  homme;  En  tés  conditions  on 
ne  peut  refuser  de  combattre.  LuU-shou  et  Shi-i^ 
fast-f  pë  xoîdaiertt  points  mais  je  les  ai jranimés . et 
fÉWTiçés;  Gombâtti^e. et  vaincre i  c'^tce  que  je  saurai 
faire.  Mais  j^mment,  .combattra  sans  j^n  mûrîi 
Pour  moi  j'ai  trois  moyens  d'action^  :  la  bravoure, 
{a.Qoniiat^sanf^e  àm  règles  et  lamitie  (des  soldats) 
acquises  paria  bonté.  Les  si^at^  de  Tsou  sont  aussi 
dune  grande  bfavdure;  ils  observent  hi  règles,  tar 
q^and  ils  aperçoivent  leur  prince^  ils .  descéudent 
promptement  (de  leurs  chars  ^);  leur  humanité  s  est 
mlinifestée  quand  ils  ont  pris  le  prince  de  Tcheng 
et  qu'ils  lui  ont  pardonné,  qu'ils  font  relâché^. 

^  Général  de  Tsin  et  son  adjudant. 

«  Fat  (i4)  =  Kiao  (48*2). 

'  Hia  (CemmentMre)  ^hia  keu. 

*  C'était  Ki-tchi  qui  l'avait  fait  faire» 


28  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

«Cela  étant,  connaissant  le  gouvernement  de 
l'Etat  de  Tsîn,  ceux  de  Tsou  et  de  Yue  lui  ont  fait 
hommage  par  leur  visite  à  sa  cour.  Pour  moi  ^,  je  le 
reconnais,  vous  êtes  un  sage.  Voulant  comprimer 
Télévation  de  la  puissance  de  Tsin ,  vous  n'avez  point 
manqué  en  ce  qui  pouvait  la  tenir  en  un  rang  in- 
férieur; mais  je  crains  que  vous  n'arriviez  jamais 
au  gouvernement^,  à  la  direction  des  affaires  (pour 
atteindre  ce  but) ,  car  je  me  le  dis  :  Comment  le  tien* 
driez-vous  à  ce  rang? 

«Jadis  le  Tafou  Siun-pe  se  mit  comme  adjudant 
d'un  général  à  la  suite  d'une  armée  pour  arriver  au 
gouvernement  (et  devint  premier  ministre).  Siuen- 
tze  de  Tchao  n'avait  point  d'armée  à  conduire  et 
fut  mis  à  la  tête  du  gouvernement.  De  nos  jours 
Lu-pe  y  arriva  comme  général  de  second  ordre. 
De  ces  trois  personnages  auxquels  je  m'ajouterai 
pour  former  le  quatuor,  tous  sont  arrivés  au  pou- 
voir. 

«  Toutefois  si ,  en  s'adj  oignant  comme  aide  de  camp 
général  à  une  armée  nouvellement  formée,  on  veut 
s'élever  et  obtenir  un  ministère,  la  chose  ne  se  pour- 
rait-elle pas?  Si  on  l'obtient,  on  peut  donc  la  recher- 
cher. 

«Telles  sont  ses  paroles;  comment  le  prince  les 
apprécie-t41?  M 

Siang-kong  répondit  :  «  Il  y  a  une  expression  vul- 

^  C'est  Shao-huan-kong  qui  parle  et  se  désigne  lui-même. 
'  Ki-tcbi  était  le  huitième  dans  Tordre  hiérarchique.  (Voir  plus 
loin.) 


KOUE-YU.  29 

gaîre  quî  dit  ceci  :  «  Il  a  le  couteau  sur  la  gorge.  » 
N'est-ce  pas  le  sort  de  Ki-tchi?  Le  Kiun-tze  ne  s'élève 
pas  lui-même;  non,  il  se  tient  en  arrière  et  cède*. 
Gomment  voudrait-il  étouffer  le  mérite  des  autres? 
L'homme,  par  nature,  est  porté  à  résister  à  ses  su- 
périeurs^; ceux-ci  ne  peuvent  tenir  les  mérites  sous 
le  boisseau.  Celui  qui  cherche  à  le  faire  s'abaisse  lui- 
même,  et  ses  inférieurs  s'en  élèvent  d'autant  plus^. 
C'est  pourquoi  les  saints  estiment  hautement  l'humble 
condescendance.  Un  proverbe  le  dit  :  «  Les  animaux 
«haïssent  leurs  filets  et  les  hommes,  leurs  chefs, 
«  ceux  qui  sont  au-dessus  d'eux.  »  Et  le  Sha  :  «  Le 
«  peuple  peut  être  attiré  à  toi ,  tenu  près  de  toi  ;  il 
•  ne  peut  être  dominé  *  complètement.  »  Le  Shi 
ajoute  à  ceci  :  «  Le  Kiun-tze,  cherchant  le  bonheur, 
«  n'use  pas  des  voies  niauvaises ,  mais  reste  fidèle  aux 
«  rites.  Devant  un  compétiteur  il  cède  jusqu'à  trois 
«  fois.  »  Ainsi  le  Saint  sait  bien  que  le  peuple  ne  peut 
être  écrasé. 

«Aussi  les  souverains  qui  ont  régi  ce  monde 
cherchent  d'abord  à  comprendre  le  peuple  ^,  puis  à 
le  protéger;  ainsi  ils  peuvent  favoriser,  développer 
ses  intérêts.  Maintenant  Ki-tchi  est  en  dessous  de 

^  n  cède  aux  autres  et  le  monde  n'ose  point  lui  résister. 

^  A  ceux  qui  s*élèvent  comme  Ki-tchi  veut  le  faire. 
.    '  D'après  le  Commentaire. 

*  Au  Shu,  le  texte  porte  hia  «ne  peut  être  abaisse»  écrasé».  Mais 
le  Coaunentaire  constate  le  texte  Shang. 

^  Commentaire,  «Cherchent  d*abord  la  pensée,  les  intentions  du 
peuple  :  miittcki.  Il  le  contente  d'abord ,  puis  le  protège ,  le  maintient 
heureux  et  tranquille.  » 


30  JANVIER-FEVRIER  1894. 

sept  personnages  (plus  élevés  que  lui  ^);  il  v$ut  Vé- 
lever  au-dessus  d'eux.  Cest  là  chercher  à  les  obscurcir 
tous  sept,  à  les  éclipser.  H  excite  ainsi  sept  colères. 
Quand  la  colère  est  dans  le  cœur  d'un  égal,  on  ne 
peut  souvent  en  soutenir  les  effets.  Que  sera-oê  ^and 
elle  sera  dans  les  cœurs  de  ministres  prodigués  P 
Comment  en  soutiendrâ-t-il  le  poids? 

«  La  victoire  de  Tsln  prouve  que  le  ciel  avait  des 
griefs  contre  Tsou.  C'est  pourquoi  il  Ta  averti  par 
la  main  dû  prince  de  Tsin.  Et  Ki-tchî  voudrait  ré- 
sister à  faction  du  cieP  et  lutter  par  m  sei]^  force! 
Ne  serait-ce  pas  une  entreprise  bien  difficile?  Ré- 
sister au  ciel  pe  porte  pas  bonheur.  Opprim^k»  Ips 
hommes  est  chose  inique.  Celui  que  le  bonheur  ne 
favorise  pas,  le  ciel  labat;  celui  qui  agit  iiiîque- 
ment,  le  peuple  le  renverse.  Où  Ki-tchi  eji'  est-il 
quant  aux  trois  ins^ments  pécessaires^Plift  bonté, 
les  rites,  Ie^  bravoure?  Tous  trois  sont  la  Ébrce  dfàie^ 
tion  du  peuple  ^.  Celui  qui  meurt  pour  le  droit  est 
ce  qu'on  appelle  un  brave;  l'action  conforme  à  la 
justice,  c'est  ce  qu'on  appelle  les  rites.  Efttretetlîr 
l'équité,  les  actes  généreux,  c'est  là  bonté.  Feindre 
la  bonté ,  c'est  une  fourberie  ^  ;  deis  rites  feints  et  ïaux 

^  Les  ministres  d'un  plus  haut  yftng. 

^  Ou  ie  mépriser,  en  tenir  peu  compte.  Le  Commêntfiire  explique 
plutôt  :  a  Se  substituer  au  ciel ,  enlever  frauduleusement  au  cid  ses 
mérites  ». 

^  Voir  plus  haut,  p.  27,  où  ces  trois  moyens  ont  été  expliqués. 

*  Min-li-so-wei. 

^  Ott  une  bonté  mauvaise  comme  d'avoir  pardonné  au  prince  de 
Tchcng  ses  agressions. 


KOUE-YO.  31 

sont  une  honte  ^  ;  une  bravoure  fausse  ^  est  une  cause 
de  destruction.  Xfens  une  bataille,  épuiser  les  forces 
de  Tennemi  est  l'essentiel.  Mais  conserver  la  paix  et 
Tunion,  observer  strictement  la  justice,  c'est  le 
bien  suprême  ^.  La  loi  des  armes  est  une  intrépidité 
parfaite.  Celle  des  cours  est  d'observer  les  rangs 
dune  manière  stricte. 

«Se  rebeller,  faire  la  guerre,  usurper  fautorité, 
c  est  une  cause  de  perte  comme  ce  le  fut  pour  le 
prince  de  Tcheng.  Perdre  sa  fermeté  dame,  faire 
des  bassesses,  cest  une  honte.  Nuire  à  son  propre 
Etat  pour  favoriser  un  adversaire,  c'est  une  fausse 
honnêteté*.  Quand  on  a  ces  trois  vices  et  qu'on 
cherche  par  là  à  satisfaire  son  chef,  on  est  bien  loin 
d'obtenir  le  gouvernement  du  pays.  Comme  je  le  vois , 
il  a  le  couteau  sur  la  gorge,  il  ne  subsistera  plus 
longtemps.  Pour  moi,  Wang-shu  ne  peut  plus  se 
maintenir  longtemps  encore.  » 

«  La  grande  proclamation  porte  ceci  :  «  Le  ciel  suit 
«  ce  que  le  peuple  désire  ^  »*.  Wang-shu  et  Ki-tchi 
peuvent-ils  ne  point  s'y  conformer  également?  Wang- 
shu  veut-il  que  Ki-tchî  ne  le  suive  point?  »  Après 
cet  entretien,  Ki-tchi  retourna  à  Tsin;  l'année^  sui- 


*  Comme  font  ceux  qui  descendent  de  char  devant  le  prince  de 
Tsou. 

*  Comme  cdle  des  soldats  de  Tsou;  qui  fait  commettre  l'injus- 
tice. 

*  Bien  supérieur  aux  succès  à  la  guerre,  aux  conquêtes. 

*  Comme  celle  qui  a  fait  pardonner  au  prince  de  Tcheng. 

*  Ces  paroles  ne  se  trouvent  point  au  Sliu-hin(j. 

"  L*an  XVII  de  Tcheng  de  Lou.  Ili-kong  le  fjt  mourir. 


33  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

vante,  il  périt  de  mort  violente.  Pe-yû  (Tafou  de 
Tcheoii)  accusa  Wang-shu  et  celui-ci  se  réfugia  à 
Tsin  ^. 

^  Ces  deux  personnages  se  disputaient  le  pouvoir.  Mais  le  roi 
soutint  Pe-yû f  et  Wang-shu,  de  dépit,  s'enfuit  à  Tsin.  Cétait  la 
dixième  année  de  Siang-kong  de  Lou.  Leur  histoire  est  racontée  au 
Tso-tchaen,\.l\,  an.  xi.  Wang-shu  était  accusé  de  gouverner  par 
la  corruption  et  de  récompenser  ou  punir  sdon  les  caprices  de  ses 
iavoris. 


KOLIK-YU.  33 


TROISIEME  PARTIE. 


Au  congfès  de  Ko-ling^,  Tan-siang-kong  -  alla 
visiter  le  prince  Li  de  Tsin.  De  loin  il  Taperçut  qui 
marchait  à  grands  pas,  levant  les  pieds  très  haut  et 
regardant  au  loin ,  les  yeux  levés. 

Ki-i  de  Tsin  ^  le  vit  et  lui  parla  de  Fan  ^.  Ki-tcheou 
(ministre  de  Tsin)  en  fit  autant  et  lui  fit  des  offres 
séductrices  pour  le  gagner^.  Ki-tchi  le  visita  égale- 
ment et  Tentretint  du  plaisir  que  Ton  goûte  à  faire 
paraître  les  mérites.  Koue-tsu  (autre  ministre  de 
Tsin)  discourut  avec  lui  de  1  étude  épuisant  (la  con- 
sidération du  bien  et  du  mal,  de  ce  qui  est  louable 
ou  répréhensible). 

Le  prince  de  Lou ,  Tcheng ,  vint  également  le  voir  ^ 


'-  Ville  située  dans  la  partie  occidentale  du  pays  de  Tcheng.  Là 
s'étaient  réunis  un  grand  nombre  des  princes  fcudataires,  ceux  de 
Tsin,  de  Tsi,  de  Song,  de  VVei,  etc.  (Voir  Tchun-tsiou,  Tcheng- 
kony,  an.  xvii,  S  8.)  Leur  but  était  d'attaquer  Tcheng. 

^  Ministre  du  souverain  de  Tcheou.  Tan  était  un  titre  de  cour, 
de  fief.  Il  ne  faisait  pas  partie  de  la  réunion. 

*  Ministre  de  cet  État. 

*  Commentaire.  Personnage  de  Ling-fan. 

^  Ministre  de  Tsin,  frère  cadet  de  Ki-tcliou,  fils  de  Wen-ki.  (Voir 
le  récit  précédent.) 

®  Tsin  avait  établi  précédemment  sa  suzeraineté  sur  Tcheng,  puis 
Tavait  perdue;  c'est  pour  la  recouvrer  qu'il  avait  réuni  les  princes 
dans  cette  entrevue.  Ki-tcheou  avait  accepté  les  dons  de  Kiao-zho 

III.  3 


IMrBIMKBIK    RArIO.tALC. 


34  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

et  lui  parla  des  difficultés  dans  lesquellfes  se  trou- 
vait l'Etat  de  Tsin  et  des  moyens  de  convaincre  Ki- 
tcheou  de  corruption. 

Siang-kong  répondit  :  «  Comment  mon  prince  se 
préoccupe-t-il  de  cela?  L'Etat  de  Tsin  sera  bientôt 
dans  des  troubles  funestes.  Son  prince  et  ses  (trois 
ministres)  Ki  pourront-ils  le  sauver?  » 

Le  prince  de  Lou  repartit  :  «Mon  humble  per- 
sonne craint  de  ne  pouvoir  échapper  aux  coups  de 
Tsin.  Votre  seigneurie  me  dit  :  Qu'il  sera  bientôt 
dans  le  trouble.  Oserais-je  demander,  si  elle  le  sait, 
par  la  consultation  du  sort,  du  ciel,  ou  si  elle  le 
conjecture  d'après  les  faits  humains  ordinaires?  » 

Le  Ministre  répondit  :  «  Je  ne  suis  point  un  chef 
de  musique \  ni  un  astrologue^  pour  connaître  di- 
rectement les  voies  du  ciel.  Je  vois  simplement  la 
conduite  du  prince  de  Tsin  et  j'entends  les  discours 
des  trois  Ki^.  Ils  sont  funestes  et  amèneront  des 
malheurs.  Le  Kiun-rtze  dirige  ses  membres  par  les 
yeux,  et  les  pieds  les  suivent.  D'après  ce  principe, 
quand  on  voit  son  attitude,  ses  manières,  on  con- 

ct  n'avait  point  pris  part  à  la  bataille  livrée  aux  troupes  de  Tcheng . 
Le  prince  de  Tsin ,  qui  avait  du  ressentiment  contre  celui  de  Lou , 
n'avait  pas  voulu  le  voir.  C'est  pourquoi  ce  dernier  ût  visite  au  mi- 
nistre du  prince  irrité. 

^  Le  grand  chef  de  la  musique  [Yo-ta-shi)  qui,  par  sa  connais- 
sance des  sons ,  des  souffles ,  des  bruits  atmosphériques ,  conjecture 
l'issue  des  événements. 

^  Tai-sze  «  qui  observe  les  temps  du  ciel  »  et  se  tient  sur  le  même 
char  que  le  Tai-shi  ou  «  général  en  chef».  Tous  deux  connaissent 
les  voies  du  ciel  (Tien-tao). 

^  Voir  ci-dessus. 


KOUE-YU.  35 

naît  les  pensées,  les  dispositions  de  son  cœur^  C'est 
par  Tœil  que  Ton  reste  dans  (la  voie  de)  l'équité, 
de  la  convenance;  c'est  par  les  pieds  qu'on  y  suit 
l'œil.  J'ai  vu  que  le  prince  de  Tsin  regarde  au  loin 
et  lève  haut  les  pieds.  Ses  yeux  ne  sont  point  di- 
rigés sur  sa  personne  et  ses  pieds  ne  suivent  pas  ses 
yeux.  Son  cœur  est  donc  changeant,  ami  de  l'ex- 
traordinaire. Ses  yeux  et  ses  membres  ne  sont  point 
en  harmonie.  Comment  pourrait-il  conserver  long- 
temps sa  puissance? 

«  Dans  une  réunion  de  princes,  où  se  traitent  les 
grands  intérêts  des  peuples,  on  voit  les  causes  de 
stabilité  et  de  chute ,  et  si  un  Etat  est  sans  cause  de 
blâme,  si  son  prince,  en  sa  démarche,  ses  paroles, 
ses  regards  et  le  reste,  ne  commet  point  de  faute, 
on  reconnaîtra  aisément  sa  vertu.  Ses  regards  portés 
au  loin  montrent  qu'il  s'est  séparé  des  règles  de  la 
convenance.  Ses  pieds  levés  haut  ^  disent  assez  qu'il 
a  rejeté  toute  vertu. 

«  Un  parier  double  ^  viole  la  sincérité  ;  des  oreilles 
amies  du  lascif  font  perdre  la  bonne  renommée  *. 

a  C'est  par  l'œil  que  l'on  reste  dans  (la  voie  de) 
l'équité;  c'est  par  les  pieds  quon  suit  (celle  de)  la 
vertu  ;  c'est  par  la  bouche  que  l'on  maintient  intacte 

*  Quand  le  cœur  n'est  point  ferme ,  l'attitude  n'est  pas  régulière 
et  constante. 

*  En  niai'lrhant  ainsi ,  on  fait  sauter  en  désordre  les  pierreries 
qui  pendent  à  la  ceinture.  C'est  immodestie,  adieu  à  la  vertu. 

^  Selon  les  Commentaires. 

*  Peut-être  :  «La  connaissance  des  noms  des  êtres  qui  en  révMent 
la  nature  ». 

3. 


36  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

la  sincérité  du  cœur;  c'est  par  loreille  que  Ton  ap- 
prend les  vrais  noms  des  choses  ^  On  ne  peut  donc 
jamais  négliger  ces  principes.  Leur  perte  ^  est  cause 
de  maux  et  de  regrets.  Si  on  les  perd  complètement  < 
l'Etat  suit  (cette  voie  et  périt).  Le  prince  de  Tsin 
manque  gravement  à  deux  d'entre  eux  ^,  c'est  ce  qui 
me  fait  tenir  ce  langage. 

«  La  famille  Ki  est  une  tribu  favorite  à  Tsin;  ellô 
compte  trois  ministres  ^  et  cinq  Tafous  ;  n'est-ce  point 
un  fait  de  nature  à  inspirer  des  craintes?  Une  situa- 
tion trop  élevée  est  pleine  de  danger,  elle  amènera 
une  chute  terrible.  L'objet  d'un  goût  exquis  distille 
le  plus  violent  poison.  Ki-khi  a  un  langage  bles- 
sant. Ki-tcheou  est  fourbe  en  son  parler.  Ki-tchi® 
est  agressif.  L'injure  blesse,  irrite.  La  fourberie 
trompe;  le  caractère  agressif  cause  des  ruines.  Avec 
de  semblables  favoris  que  Tsin  comble  d'honneurs , 
avec  ces  trois  causes  de  la  haine  ^  que  cela  engendre, 
qui  pourra  le  supporter?  Le  prince  de  Tsi  partagera 
son  sort;  il  fonde  son  pouvoir  sur  la  corruption  et 
le  trouble.  Il  se  plaît  à  exciter  les  hommes  par  toutes 
les  ressources  de  la  parole,. il  va  jusqu'à  la  racine 

*  Les  noms  expriment  la  nature;  quand  on  les  connaît,  on  con- 
naît les  êtres. 

^  Quand  les  actes,  le  langage,  la  vue  et  l'ouïe  manquent  leur  but. 

^  A  ceux  qui  concernent  l'attitude,  la  marche  et  le  regard.  Le 
texte  est  fautif.  Il  faut  sang  (3o.  9)  (au  lieu  de  s'wang  [89.  7]), 
comme  à  la  phrase  précédente. 

*  Ki-khi,  Ki-chi  et  Ki-ko,  cités  plus  haut. 

^  L'auteur  les  cite  par  leurs  noms  familiers  :  Pe,  Shn  et  Ki, 
Nous  V  substituons  les  noms  connus  de  nos  lecteurs, 

*  L'injure,  la  tromperie,  les  attaques. 


KO  LIE -Y  t.  37 

du  ressentiment  ^.  Khoinme  juste  seul  connaît  toutes 
les  ressources. du  langage  (pour  le  bien).  Comment 
Tsi  les  posséderait-il? 

«  On  le  dit.  Quand  un  Etat  cultive  la  vertu ^  et  que 
TElat  voisin  n y  travaille  aucunement,  Theureux  sort 
destiné  au  second  passera  au  premier. 

«Maintenant  le  prince  presse  Tsin;  son  voisin 
agit  de  même  envers  Tsi.  Tsin  et  Tsi  étant  tombés 
dans  le  malheur,  il  est  facile  de  les  dominer.  Peut- 
on  se  préoccuper  de  gens  sans  v^rtu  et  s'affliger  pour 
Tsin?  Ces  gens  de  Tchang-tih'  ne  rêvent  que  profit 
et  méconnaissent  Téquité.  Leur  profit  est  dans  la 
corruption,  ils  y  sont  submergés;  qui  pourrait  y 
porter  remède?  »  ^ 

Après  cet  entretien ,  le  prince  de  Lou  s'en  retourna 
à  son  pays  natal  et  en  chassa  Shu-sun  avec  Kiao- 
zho. 

La  onzième  année  de  Kien-Wang,  les  princes 
eurent  leur  réunion  à  Ko-ling.  L année  suivante,  le 
prince  de  Tsin  fit  mourir  les  trois  Ri.  La  treizième 
année ,  le  prince  fiit  assassiné  ^  à  la  porte  orientale 
de  Yih^;  son  enterrement  se  fit  avec  un  seul  char°. 

^  Il  Texcite  par  ce  qui  en  est  le  principe  essentiel  :  l'offense. 

^  Jin,  Celte  vertu  consiste  à  aimer  largement  les  hommes. 

^  Ce  sont  Shn-shun  et  son  lils  Kiao-zlio  dont  il  a  été  question 
précédemment.  Ils  complotaient  avec  l'épouse  du  prince,  Mu-kiang, 
et  satisfaisaient  ses  passions 

*  Par  un  parent  des  ministres  mis  à  moit  et  pour  venger  ceux-ci. 

*  Une  des  villes  principales  du  pays. 

*  Les  rites  en  prescrivent  sept.  (Voir  les  détails  au  Tcho-tchnen. 
Kong-tcheng ,  an.  xviii,  S  2.) 


38  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

Enfin  les  gens  de  Tsi  mirent  à  mort  Kuo-wou- 
tzé'. 

II 

Le  fils  de  Sun-tan  de  Tsin ,  Tcheou  ^,  se  plaisait 
à  employer  en  tout  Siang-kong.  D'une  rectitude  par- 
faite ,  sans  défaillance  ^,  regardant  devant  lui  sans  se 
retourner,  écoutant  sans  tendre  violemment  Toreille , 
pariant  sans  se  faire  entendre  au  loin,  sa  parole 
mesurée  et  modeste  imitait  le  ciel  (immobile);  par- 
tant d'un  cœur  sincère  ^,  elle  se  conciliait  tous 
les  esprits.  La  parole  sincère  affecte  la  personne 
elle-même;  le  parier  bienveillant  atteint,  gagne  les 
autres;  le  parier  conforme  à  la  justice  produit  des 
effets  utiles;  sage,  il  s'applique  aux  affaires  et  les 
règle;  courageux,  il  se  conforme  aux  lois;  éclairé 
par  la  doctrine,  il  distingue  (les  natures  différentes); 
pieux,  il  s'adresse  aux  esprits;  bienveillant,  il  atteint 
à  la  concorde;  modeste,  cédant,  il  touche  les  rivaux. 

Quand  l'Etat  de  Tsin  était  dans  le  malheur,  il 
était  toujours  affligé;  quand  cet  Etat  avait  quelque 
heureuse  fortune,  il  était  dans  la  joie.  Siang-kong, 

*  Tchun-tsioa,  VUI ,  an.  xviu ,  S  3  :  «  Tsi  tua  son  Tafou  Kuo-tsou.  » 
C'est  le  même  que  Kuo-wou-tze. 

*  Nom  familier  de  Tao-kong  de  Tsin,  qui  régna  de  671  à  566. 
Sun -tan  était  lui-même  le  petit-fils  de  Siang-kong  de  Tsin  (626- 

'  Ou ,  dans  le  sens  propre  :  «  Se  tenant  droit  sans  se  pencher  »  : 
attitude  prescrite  par  les  rites. 

*  Qui  était  toujours  d'accord  avec  sa  pensée.  Tout  cela  indique 
la  possession  de  soi-même,  la  modestie»  la  prudence,  la  droi- 
ture, etc. 


KOUE-YU.  39 

étant  tombé  malade,  fit  appeler  King-kong^  et  lui 
dit  :  «  Il  faut  que  le  vertueux  Tcheou  de  Tsin  ob- 
tienne le  gouvernement  de  cet  Etat.  Sa  conduite  est 
Tordre  parfait^.  Celui  qui  en  est  capable  peut  pos- 
séder le  ciel  et  la  terre  même.  Ce  que  le  ciel  et  la 
terre  favorisent ,  comblent  de  prospérité  est  petit  en 
soi,  d'abord,  puis  devient  maître  dun  royaume*. 
Le  respect  est  l'observation  intelligente  de  cet  ordre 
parfait*.  La  sincère  droiture  en  est  le  complément, 
la  perfection  ^;  la  rectitude,  la  fidélité  en  est  la  pro- 
tectrice^. La  bonté  en  est  le  principe  aimant  et 
féquité  en  est  la  règle.  La  sagesse  en  est  le  véhicide 
et  la  vaillance  en  est  le  conducteur.  L'instruction 
en  est  la  propagatrice  et  la  piété  filiale ,  le  fondement , 
la  racine.  La  bienveillance  en  est  le  principe  d  affec- 
tion et  la  modestie  qui  cède  à  tous  en  est  comme 
la  matière,  le  moyen  d'action''.  Quand  on  imite  le 
ciel,  on  doit  être  respectueux,  soigneux.  Quand  on 
est  maître  de  sa  volonté ,  on  doit  être  droit  et  sincère. 
Quand  on  observe  et  dirige  son  corps,  on  sait  être 
fidèle  et  droit.  Quand  on  aime  les  hommes ,  on  sait 
être  bon.  Quand  on  prend  pour  rè^e  ce  qui  est  utile , 

*  Fils  de  Tan-siang-kong. 

*  Wen  expliqué  ainsi  :  «  tissu ,  chaîne  et  trame  du  ciel  et  de  la 
terre  ». 

^  Commentaire.  «  S'il  est  petit ,  il  obtient  un  royaume  ;  s'il  est  grand , 
il  obtient  l'empire  »  ;  ou  bien  :  «  Si  cette  prospérité  est  petite  » ,  etc. 

*  Voir  ci-dessus,  Commentaire,  K'ing,  «C'est  la  purification  de 
la  vertu,  sa  fleur.  K'ong.  C'est  la  distinction  des  actes.» 

*  Parce  qu'elle  parfait  l'intérieur. 
^  Litt.  :  «La  couve». 

'  Commentaire.  Yong. 


40  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

on  sait  être  juste.  Quand  on  est  ferme  en  ses  entre- 
prises ,  on  sait  être  sage.  Qui  prend  pour  règle  la  jus- 
tice sait  être  brave.  Quand  on  élucide  et  délibère, 
on  devient  éclairé.  Qui  honore  les  esprits  sait  être 
pieux;  quand  on  aime  la  concorde,  on  sait  être  bien- 
veillant. Si  Ton  s  abstient  de  rivalité,  on  saura  céder 
aux  autres.  Ces  onze  vertus  le  maître  (Tcheou)  les 
possède.  Le  ciel  a  pour  nombre  fondamental  le 
nombre  six^,  et  la  terre,  cinq.  Le  ciel  forme  la 
chaîne,  et  la  terre,  la  trame  de  Tunivers.  Cette 
chaîne  et  cette  trame  ne  désordonnent  pas  le  tissu, 
l'ensemble. 

«  W en-Wang  avait  une  nature  dun  ordre  parfait; 
c'est  pourquoi  le  ciel  lui  donna  le  bonheur  :  il  reçut 
Tempire  du  monde.  Maître,  vous  soutenez  cet  ordre, 
vous  vous  y  conformez ,  vos  grand-père  et  père  sont 
des  proches  de  la  dynastie  Tsin,  vous  pouvez  ac- 
quérir un  royaume.   . 

«  Se  tenir  droit  sans  s'incliner,  c'est  certitude. 
Regarder  droit  sans  se  retourner,  c'est  droiture; 
écouter  sans  forcer  l'ouïe,  c'est  perfection;  parler 
sans  s'occuper  de  ce  qui  est  loin,  c'est  vigilance,  at- 
tention. La  rectitude  est  le  chemin  d'une  vertu 
droite,  inflexible.  La  rectitude  est  Ja  voie  de  la  vertu. 
La  droiture  est  sa  sincérité;  la  perfection  est  son 
terme;  la  vigilance  est  sa  garde. 

«Cette  fin  bien  observée,  cette  fermeté  sincère, 

^  Le  ciel  a  six  agents  :  le  Yin ,  le  Yang ,  le  vent ,  la  pluie ,  laTlu- 
mière  et  l'obscurité.  La  terre  a  cinq  éléments.  Cela  fait  onze  comme 
pour  les  vertus. 


KOUE-YC.  41 

cette  droiture  de  voie,  cette  fidélité  dans  les  affaires 
fait  briller  la  vertu.  La  vigilance,  la  perfection,  la 
droiture,  la  rectitude  sont  les  aides  de  la  vertu. 

«Quant  au  gouvernement  de  Tsin,  si  l'on  aime 
ses  parents  et  qu  ainsi  Ton  rend  heureux  ceux  dont 
on  provient,  si  Ton  garde  Tordre  naturel  et  favorise 
la  vertu  (on  l'obtiendra  certainement).  Si  ce  n'était 
point  ainsi,  comment  y  parviendrait  on  jamais  ^? 

«  Tcheng-kong^  est  revenu  (de  Tcheou).  J'ai  ap- 
pris qxi'on  avait  consulté  la  plante  sacrée  au  sujet 
de  Tsin.  On  a  trouvé  deux  fois  K'ien^.  Cela  ne  dit-il 
pas  :  association,  égalité,  couple  égal*,  et  une  suite 
ininterrompue  de  princes  par  la  triple  sortie  du 
koua? 

«  Le  premier  pronostic  a  été  ce  retour;  ce  qui  sui- 
vra, on  ne  peut  le  savoir.  Ceci  est  comme  je  le  dis. 

«  Ainsi  que  je  l'ai  appris ,  à  la  naissance  de  Tcheng- 
kong,  sa  mère  vit  en  songe  un  esprit  qui  traça  à 
Tencre  des  caractères  sur  son  os  dorsal  et  lui  dit  : 
«Je  ferai  que  l'Etat  de  Tsin  ait  trois  princes,  après 
«  quoi  régnera  le  petit-fils  de  Hwan^.  C'est  pourquoi 

^  Sens  donné  par  le  Commentaire  à  cette  phrase  obscure  et  ellip- 
tique. L'orateur  veut  prouver  à  son  inteiiocuteur  qu'il  mérite  d'être 
mis  à  la  tête  des  affaires  et  le  sera. 

*  Fils  secondaire  de  Wen-kong  de  Tsin  que  l'assassin  de  Li- 
kong  fit  revenir  de  Tcheou  où  il  s'était  réfugié  pour  le  placer  sur  le 
trône.  Le  sort  avait  prédit  cela. 

^  En  tirant  un  koua  du  Yi-king,  on  avait  trouvé  le  premier,  com- 
posé de  deux  fois  le  trigramme  k'ien  (^). 

*  Association  au  Ciel  que  représente  k'ien,  ce  qui  est  le  propre 
du  souverain  ;  comme  aussi  aux  princes  précédents. 

^  Nom  familier  du  duc  Chang.  Le  petit-fils  est  le  Tcheou  dont 


42  JANVIER-FEVRIER  1894. 

«on  le   nomme  Hih-tûn^  Maintenant^  nous  en 
«  sommes  au  deuxième.  » 

Tan-siang-kong  répondit  :  «  Oui,  c  est  bien  le  petit- 
fils  de  Hwan;  il  possède  justement  le  trône  de  Tsin. 
Son  horoscope  avait  dit  :  «  Il  faut  que  trois  princes 
«  aient  le  pouvoir  jusqu'à  Tcheou.  Sa  vertu  le  rend 
«  digne  et  capable  de  gouverner.  Il  réunit  les  trois 
«  (marques  des)  faveurs  célestes^.  »  Voici  ce  que  j'ai 
appris.  La  grande  instruction  ^  porte  :  «  Mon  rêve 
«  concorde  avec  mon  horoscope.  La  faveur  céleste 
«  et  la  vertu  en  donnent  le  présage.  Mon  attaque 
«  contre  Shang  doit  réussir.  »  Ici  il  y  a  trois  signes 
de  faveur  céleste  (au  lieu  de  deux).  Tsin  est  dans  la 
détresse  et  finjustice^.  Sa  dynastie  presque  éteinte 
devrait  perdre  le  pouvoir.  Mais  il  y  a  un  enfant  de 
Tsin  vertueux  dès  son  enfance^;  celui-là  le  recueil- 
lera comme  il  lui  convient.  » 

King-kong  approuva  ces  paroles.  Li-kong  ayant 
été  tué,  il  rappela  Tcheou -tze  et  le  plaça  sur  le 
trône.  C'est  lui  qui  fut  Tao-kong''. 

il  est  question.  C'est  rarrièrc-petit-fils;  mais,  à  dater  du  petit-fîls, 
tous  les  descendants  s'appellent  Sun.  Il  s'agit  de  Hi-kong. 

^  Litt.  :  «  Au  croupion  noirci.  » 

>  Au  moment  où  il  parfe  à  Tan-siang-kong. 

^  La  vertu,  le  songe  et  le  koua  obtenu. 

*  Le  discours  de  Wu-Wang  avant  d'attaquer  Sheou.  (Voir  le  Shu- 
king,  V,  i,  i5.) 

*  Il  rappelle  les  crimes  de  Li-kong. 

*  ^  ce  que  le  Commentaire  explique  comme  troisième  tirage  d'un 
trigramme  qui  donne  kliwun  «  la  terre  » ,  figure  du  ministre  qui  de- 
vient prince. 

^  Tcheou-tze ,  dont  il  est  ici  question. 


KOUE-YU.  43 


III 

La  vingt-deuxième  année  de  Ling-Wang,  les  eaux 
du  Kuh ,  du  Lo  et  du  Tchan  ^  renversèrent  le  palais 
du  souverain.  Aussi  voulut-il  endiguer  ces  rivières 
(et  détourner  le  Kuh  vers  le  nord).  Mais  Tsin,  le 
prince  héritier^,  objecta  que  cela  ne  se  pouvait  pas, 
qu'il  avait  entendu  dire  ceci  :  «  (Dès  longtemps  déjà 
la  dynastie  de  Tcheou  a  été  élevée  à  la  dignité 
royale.)  Les  anciens  princes  n'ont  jamais  abattu  de 
montagnes  ni  élevé  les  terrains  marécageux;  ils 
nont  point  canalisé  les  rivières.,  ni  drainé  les  ma- 
rais^. Une  montagne  est  un  amas  de  terre;  un  ter- 
rain marécageux  desséché  est  un  lieu  oii  les  êtres 
vivants  se  réfugient;  les  cours  d'eau  sont  des  con- 
duits de  Khi;  les  marais  sont  des  rassemblements 
d'eau.  Quand  le  ciel  et  la  terre  ont  été  achevés ,  l'un 
s'est  constitué  en  réunissant  les  éléments  en  haut, 
(Tautre)  en  portant  les  êtres  vers  le  bas*;  se  répan- 
dant, ils  ont  formé  les  rivières,  faisant  pénétrer  leur 

^  Le  Kuh  coide  au  nord  et  le  Lo  au  midi  de  la  capitale.  Leurs 
eaux  gonflées  se  joignirent  au  Tchan ,  branche  du  Lo ,  envahirent 
la  ville  et  renversèrent  le  palais.  Ling-Wang,  fds  de  Kien-Wang. 
était  un  prince  d*un  grand  cœur.  C  était  la  vingt-quatrième  année 
de  Siang-kong  de  Lou.  Primitivement  le  Kuh  coulait  à  Touest  et 
tournait  au  midi. 

*  Le  Tai-tze  qui  mourut  jeune  et  ne  régna  point.  Il  portait  le 
nom  de  Tsin. 

^  Ces  quatre  choses  proviennent  de  Tordonnance  du  Ciel;  qui 
n*y  change  rien  se  conforme  à  cette  nature. 

*  Ainsi  se  sont  formés  les  montagnes  et  les  marais.  Voir  Tsc- 
tchuen,  Tcheng-kong ,  an.  xviii. 


4'1  JANVIER-FÉVRIER    lft9A. 

Khi  dans  les  vallées.  Accumulant  leurs  eaux  dans 
les  lieux  bas,  ils  y  entretinrent  l'humidité  (et  for- 
mèrent les  marais).  Ainsi,  ne  répandant  point,  ne 
précipitant  point  ^  ce  qui  a  été  accumulé ,  les  êtres 
vivants  ont  un  lieu  de  refuge,  le  Khi  ne  se  désa- 
grège pas,  ne  se  congèle  pas  et  conséquemment  il 
ne  se  disperse  pas  au  loin.  Ainsi  les  hommes  venant 
au  monde  ont  ce  qui  est  nécessaire  à  leurs  usages^; 
morts,  ils  ont  des  lieux  pour  leur  enterrement^. 
Ainsi  ils  ne  sont  point  affligés  par  les  morts  préma- 
turées, la  folie,  les  pertes,  les  maladies,  non  plus 
que  par  la  faim,  le  froid,  la  fatigue,  le  besoin, 
Tépuisement.  Ainsi'  les  chefs  et  le  peuple  peuvent 
s'entr  aider,  se  soutenir  pour  résister  aux  fléaux  inat- 
tendus. Les  saints  rois  d'autrefois  n'avaient  point 
d'autre  préoccupation.  »  Mais  Kong-kong  abandonna 
cette  voie  de  la  sagesse;  il  se  plut  et  s'adonna  au 
plaisir  corrupteur;  perverti,  il  se  perdit  lui-même.  Il 
voulut  endiguer  tous  les  fleuves,  abattre  les  mon- 
tagnes et  élever  les  lieux  bas  pour  nuire  au  monde. 
Le  ciel  lui  refusa  le  succès;  le  peuple  ne  le  se- 
conda pas;  les  fléaux,  les  troubles  s'élevèrent  à  la 
fois.  Ce  fut  Shun  qui  détruisit  son  œuvre.  Puis 
Khwen^,   cédant  à  son  cœur  corrompu,  imita  les 

^  Le  premier  terme  indique  une  chute  d'un  endroit  peu  élevé; 
le  second,  une  chute  profonde. 

^  Les  êtres  naissent  et  servent  aux  hommes. 

^  Les  montagnes ,  les  collines. 

*  Comp.  Shn-kincf,  II,  i,  12 ,  qui  n*est  pas  entièrement  conforme 
à  ce  texte.  Khwen  voulut  aussi^endiguer.  violenter  le  cours  des  eaux, 
ce  qui  était  offenser  le  Ciel. 


KOUE-YU.  45 

fautes  de  Kongkong^  Mais  Yao  (par  le  ministère 
de  Shun)  Texiia  au  mont  Yi^.  Après  eux,  Yu,  consi- 
dérant que  ce  qui  avait  été  fait  avant  lui  était  illé- 
gitime, changea  de  règle  et  de  manière  d'agir  et  se 
conforma  en  tout  aux  procédés  du  ciel  et  de  la  terre, 
à  toutes  leurs  règles  et  méthodes  et  les  appliqua 
parmi  le  peuple ,  observant  les  lois  de  la  nature  des 
êtres  ^. 

Un  descendant  de  Kong-kong  qui  occupait  la 
fonction  de  San-yo^  laida  en  ses  entreprises.  Il 
conserva  aux  montagnes  leur  hauteur,  aux  plaines 
leur  situation  inférieure.  Il  donna  un  écoulement 
aux  fleuves,  afin  de  répandre  les  eaux  accumulées. 
Il  les  rassembla  là  où  elles  pouvaient  donner  la  fer- 
tilité et  favoriser  les  êtres  vivants.  Il  affermit  et  éleva 
les  neuf  montagnes  (en  sorte  que  les  chutes  de  terre 
ou  de  roches  ne  fissent  plus  obstacle  à  l'écoulement 
des  eaux)^.  Il  donna  un  écoulement  convenable  aux 
neuf  rivières  et  endigua  les  neuf  marais;  il  déve- 
loppa la  végétation  exubérante  des  neuf  marais  des- 
séchés ,  fit  couler  librement  les  neuf  sources  et  éta- 


*  Ce  n'est  point  encore  ici  1  être  mythique  qui  cause  un  déluge  et 
ébranle  le  monde,  mais  un  prince  qui  descendait  de  Shen-iiong  et 
qui,  sous  le  règne  de  Kao-sin,  domina  tout  l'empire  et  fut  ensuite 
vaincu. 

*  Au  bord  de  la  mer  de  l'Est. 

^  De  manière  à  ne  leur  nuire  en  rien. 

^  Litt.  :  «Quatre  montagnes».  C'était  celui  qui  présidait  aux  sa- 
crifices offerts  sur  les  quatre  monts  sacrés. 

^  Au  lieu  de  «  neuf  montagnes  » ,  il  faut  «  les  montagnes  des  neuf 
tcheous  ou  provinces». 


46  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

blit  des  demeures  sûres  aux  neuf  quartiers  *.  Il 
établit  des  rapports  habituels  entre  les  quatre  mers , 
les  quatre  extrémités  de  Tempire. 

Ainsi  le  ciel  (n'eut  plus  d'intempéries 2),  n  abaissa 
plus  le  Yin^,  la  terre  ne  dispersa  plus  le  Yang, 
l'eau  ne  tint  plus  le  Khi  accumulé,  oppressé*.  Le 
feu  ne  produisit  plus  de  fléaux  célestes  ^. 

Les  esprits  (méchants)  n'intervinrent  plus  dans 
les  affaires  de  ce  monde;  le  peuple  neut  plus  le 
cœur  perverti^;  les  saisons  n'intervertirent  plus  leur 
ordre  de  succession.  Les  animaux  ne  nuisirent  plus 
aux  végétaux''.  Tous,  imitant  les  vertus  de  Yû,  se 
conformèrent  aux  principes  de  sagesse,  à  la  justice. 
Tous  les  cœurs*  étaient  dans  la  joie,  et  leiu*s  bonnes 
œuvres  surent  leur  concilier  le  cœiu*  de  (Shang)- 
ti ,  le  satisfaire  ^. 

Le  ciel  auguste  le  combla  de  joie  et  lui  donna 

^  Le  sens  est  toujours  «les  marais,  ]es  sources,  etc.,  des  neuf 
provinces». 

^  L'ordre  des  saisons  et  des  phénomènes  atmosphériques  se  fait 
par  la  juste  combinaison  du  Yin  et  du  Yang.  Si  le  Yin  est  oppresse, 
entrave  dans  ses  opérations,  il  produit  en  été  le  froid  et  la  grêle. 
Le  ciel  est  Yang;  la  terre  est  Yin. 

^  Le  Yin  doit  réunir  les  éléments  du  Yang;  s'il  les  disperse  et 
prédomine ,  alors  l'hiver  n'a  pas  son  cours  et  l'été  s'en  ressent. 

*  Le  Khi  doit  s'élever  pour  agir.  C'est  la  matière  active  prove- 
nant de  la  combinaison  du  Yin  et  du  Yang. 

^  Apparition  de  feux;  incendies  sans  cause,  etc. 
^  En  eux  aussi  le  Yin  et  le  Yang  se  combinèrent  harmonique 
ment. 

'  Les  vers,  les  insectes  ne  nuisirent  plus  aux  moissons. 

*  Yû  et  les  San-yo  selon  le  Commentaire. 
^  Comm.  :  hop  (3o.  3). 


KOUE-YU.  47 

i  empire  en  apanage.  Yao  lui  donna  un  Sing^  et 
lui  dit  :  «  Je  vous  constitue  chef  de  la  famille  Hia. 
Elle  pourra  donner  au  monde  la  félicité,  lachève- 
ment  et  combler  de  biens  les  êtres  vivants.  »  li 
donna  aux  San-yo  des  Etats  à  gouverner  sous  les 
titres  de  Heou  et  de  Pe  avec  le  nom  de  famille  dy- 
nastique Kiang  ^  et  le  (titre  de  fief  se  référant  au) 
nom  du  peuple  Yeu-là.  «Ils  pourront  ainsi,  dit 
l'empereur,  employer  leurs  membres  et  leurs  cœurs 
au  service  de  Yû,  entretenir  les  êtres  vivants  et 
donner  la  prospérité  au  peuple.  » 

Ce  souverain  et  ces  quatre  princes  ont  été  com- 
blés des  faveurs  d'en  haut  et  cependant  tous  sont 
morts.  C'étaient  des  descendants  des  rois,  ils  ont 
su  soutenir  la  prospérité  et  la  justice.  Leur  postérité 
a  conservé  leurs  sacrifices ,  mais  n'a  point  aboli  leurs 
lois.  Bien  que  les  Hia  soient  tombés  du  trône,  les 
Etats  de  Ki  et  Kuei  (régis  par  leurs  descendants^) 
subsistent  encore^.  Bien  que  les  Shen-liu^  soient 
éteints,  Tsi  et  Hù^  subsistent  jusqu'à  aujourd'hui. 
C'est  grâce  à  leurs  actes  méritoires  qu'ils  ont  obtenu 
ces  fiefs  et  ces  titres  et  le  pouvoir  de  sacrifier  aux 

^  Nom  de  famille  accordé  aux  officiers  méritants  auxquels  étaient 
donnés  des  fiefs.  «  L'empereur  leur  donna  des  terres  et  des  Sings  » , 
dit  le  Shu-king. 

*  C'était  celui  de  l'empereur  Yen-li  ou  Shcn-nong,  dont  Yao  les 
constituait  ainsi  les  descendants. 

'  Installés  par  Tang  après  sa  victoire  sur  Kie. 

*  Au  temps  de  Ling-Wang. 

^  Descendants  des  San-yo  dont  la  dynastie  de  Tsi  était  parente. 
"  Dynasties  alliées  parentes  des  Shen-Iiu.  Leur  fief,  constitué  par 
les  Shang,  fut  maintenu  par  les  Tcheou. 


48  JANVIER-FEVRIER  1894. 

génies  (du  sol,  des  monts  et  des  fleuves)  pour  le 
bien  du  monde  ^ 

Quant  à  ceux  qui  ont  perdu  le  pouvoir,  c'est  que 
leur  cœur  était  corrompu  et  quils  Tout  ainsi  fait 
tomber  de  leurs  mains ^.  Ainsi  ils  ont  péri;  leurs 
dynasties  ont  été  renversées  ;  rien  n  a  pu  les  sauver. 
Leur  descendance  a  été  interrompue;  il  ny  a  plus 
personne  pour  présider  à  leurs  sacrifices  ancestraux; 
leurs  arrière-petits-^ils ,  rejetés  du  ciel,  tombés  du 
pouvoir,  servent  maintenant  les  parcs  et  haras.  Tous 
cependant  sont  des  descendants  de  Shen-nong  ou  de 
Hoang-ti.  Mais  ils  n'ont  pas  su  imiter  le  ciel  et  la 
terre  en  leurs  lois,  ni  se  conformer  à  Tordre  des 
quatre  saisons  ;  ils  n  ont  point  su  observer  la  nature 
intellectuelle  des  Esprits  et  des  hommes,  ni  les  lois 
des  êtres  vivants,  animaux  ou  plantes;  extirpés  de 
ce  monde,  privés  de  descendance,  pour  eux  il  ny 
a  plus  eu  de  prière  jusqu'à  aujourd'hui. 

Le  cœur  droit  et  fidèle  écarte  de  lui  leurs  vices; 
il  se  modèle  sur  l'action  du  ciel  et  de  la  terre,  sur 
le  mouvement  des  saisons.  Il  fait  régner  l'harmonie 
entre  le  peuple  et  les  esprits  et  observe  ce  qui  con- 
vient aux  êtres  organisés.  Grand,  brillant,  il  se  par- 
fait et  s'élève  toujours  en  éclat.  Doté  d'un  nom  de 
noblesse  et  d'un  peuple  de  sujets,  il  s'y  attache,  les 
conserve  et  illustre  son  nom.  Il  propage  les  doc- 
trines laissées  par  les  anciens  rois,  observe  leurs 

*  Conwi.  :  a  et  parvinrent  à  l'empire  du  monde  » ,  ce  qui  ne  s'ap- 
pliquerait qu'à  Yû.  Cela  me  paraît  bien  douteux. 

^  Litt.  :  «Ils  l'ont  évacué;  par  leurs  vices,  comme  Kfe». 


KOUE-YC.  49 

rites,  suit  et  reproduit  leurs  avertissements,  leurs 
rè^es;  considérant  les  élévalions  et  les  chutes,  il  les 
comprend  toutes.  Les  grandeurs  sont  dues  aux  ver- 
tus, aux  actes  des  Hia,  des  Lu;  les  chutes,  aux  actes 
mauvais,  funestes  des  Kong-kong  et  des  Khwen. 

Maintenant  que  j*ai  pris  en  main  le  gouverne- 
ment de  l'Etat,  il  ny  a  rien  qxii  le  contrarie  et  ré- 
siste, cause  des  troubles.  Mais  les  esprits  de  ces 
deux  fleuves  ont  excité  le  Khi  de  leurs  eaux  pour 
entraver  le  palais  royal.  Votre  Majesté  1  avait  décoré 
de  toutes  les  manières  possibles. 

Mais  il  est  un  proverbe  qui  dit  :  «  Ne  passez  pas 
la  porte  d  un  homme  de  colère  et  de  trouble  » ,  et 
cet  autre  :  «  Les  aides- rôtisseurs^  goûtent,  éprouvent; 
ies  aides -combattants  nuisent,  blessent».  Comme 
aussi  :  «  L'infortune  n'en  peut  être  une  que  pour 
l'homme  attaché  aux  biens  terrestres^.  » 

Le  Shi  porte  ceci  :  «  Les  quatre  chevaux  galopent 
avec  ardeur,  les  bannières  flottent,  le  désordre  naît; 
il  n'est  plus  de  paix  ;  nnl  royaume  qui  ne  soit  ruiné  ^.  » 

Et  encore  :  «Les  richesses  troublent  la  paix,  le 
bonheur  du  peuple.  C'est  une  prison  amère*.  Quand 


*  Comm,  :  «Les  serviteurs  qui  l'ôtissent  et  cuisent;  ils  goûtent  les 
mets  et  s'assurent  qu'ils  ne  nuiront  pas  ;  les  aides-combattants  nui- 
sent au  contraire  et  détruisent.  » 

^  Le  msdheur  des  richesses,  de  la  beauté  viennent  de  l'affection. 

*  Shi-king,  Ilf ,  3.  o.  3 ,  str.  2.  Il  s'agit  de  Li-Wang  que  le  peuple 
chassa  du  pays  à  cause  de  sa  tyrannie.  —  Les  bannières  à  tortues 
et  à  serpents 

*  La  maladie  du  peuple ,  c'est  la  cupidité  et  l'amour  des  plaisirs 
des  princes  qui  engendrent  la  tyrannie. 

m.  d 


50  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

on  voit  le  trouble  régner  et  qu  on  ne  craint  pas  ce 
dont  il  menace ,  on  augmente  encore  beaucoup  son 
luxe.  Le  peuple  déteste  les  troubles  quil  ne  peut 
empêcher.  Combien  plus  encore  les  Esprits?  Votre 
Majesté  veut  canaliser  et  (comme)  combattre  les 
fleuves  pour  orner  d  autant  son  palais.  Cet  enabellis- 
sement  causera  du  trouble  et  favorisera  les  luttes 
armées.  Ne  sera-ce  pas  une  calamité  sans  compen- 
sation; et  ne  vous  fera-t-il  pas  trouver  votre  ruine?  » 

Depuis  nos  anciens  souverains  Li,  Siuen,  Yeou, 
Ping ,  jusqu'à  aujourd'hui ,  les  calamités  célestes  n  ont 
point  cessé.  Pour  moi,  je  crains  ces  embeUissements 
toujours  croissants  chez  nos  arrière-neveux;  le  palais 
de  nos  rois  s  en  amoindrira  de  plus  en  plus.  A  da- 
ter de  Heou-tsi,  on  sut  apaiser  les .  troubiesy  Wen- 
Wang,  Wu-Wang,  Tcheng-Wang  et  Khang-Wang 
parvinrent  aussi,  non  sans  peine,  à  donner  la  paix 
au  peuple.  Depuis  que  Heou-tsi^  commença  4V tenir 
le  peuple  en  repos  et  sécurité,  il  y  eut^  quinze  sour 
verains.  Wen-Wang  commença  à  lui  donner  Tordife 
et  la  paix. 

Le  dix-huitième  souverain,  Khang-Wang^,  y 
parvint  également,  mais  non  sans  grande  peine.  Li- 
Wang  commença  à  bouleverser  les  lois.  Le  quator- 
zième souverain  (Ling-Wang,  en  comptant  Li)cher- 


^  Depuis  que  Heou-tsi,  en  faisant  cultiver  les  grains,  eut  donné 
]e  repos  et  la  paix  au  peuple,  il  y  a  eu  quinze  générations  de  r(»s. 
De  là  on  arrive  à  Wen-Wang  qui  imita  ses  vertus ,  donna  la  paix 
au  peuple  et  reçut  le  mandat  céleste. 

*  En  ajoutant  Wu,  Tcheng  et  Khang  aux  précédente. 


KOUE-YU.  5J 

cha  à  établir  la  vertu  sur  une  base  solide.  Le  qtrin- 
zièmé  (King-Wang^)  commença  la  pacification  ;  aussi 
ne  sul-il  pas  traverser  les  difficultés  et  les  calamités. 

Pduir  moi,  matin  et  soir,  je  me  sens  plein  de 
crainte  et  d'inquiétude. 

Je  me  demande  comment  il  pourra  faire  cultiver 
la  vertu  et  orner  même  modérément  le  palais  royal 
en  bravant  la  bienveillance  céleste.  Le  roi,  par  ce 
luxe,  favorisera  les  calamités  et  les  troubles.  Com- 
ment  pôurra-t-ii  y  mettre  ua  terme? 

Votre  Majesté  ne  devrait-elle  pas  considérer  ce 
qui  arriva  lors  des  Li  ^  et  du  roi  des  Miao  jusqu'aux 
derniers  des  Hîa  et  des  ShangP 

Quand  les  chefs  n'imitent  pas  le  ciel,  les  infé- 
rieurs/ne  se  conforment  pas  aux  procédés  dé  la 
terré.  Les  intermédiaires  ne  font  pas  régner  la  con- 
oofde  dans  le  peuple  et  ne  le  contentent  pas;  ils  ne 
suivent  pas  les  temps ,  les  saisons.  Ils  ne  satisfont  pa^ 
les  esprits  du  ciel  et  de  la  terre.  Ainsi  ils  font  périr 
les.  lois.  Ainsi  les  hommes  détruisent  leurs  temples 
ancestraux  et  le  feu  du  ciel  consume  les  instrument 
des  sacrifices.  Leurs  descendants  sont  réduits  en 

*  Comm.  :  «  Il  s'agit  des  Kieu-li  et  des  San-Miao.  »  Quand  Shao- 
haio  fut  niort,  les  neuf  Li  (?)  «  Kieu-li,  troublèrent  la  vertu.  Tdbuéh< 
hû  les  extermina.  Après  la  mort  de  Kao-sin,  les  San-miao  repris 
rent  le  r61e  des  Li.  Yao  les  détruisit.  Les  derniers  des  Hia  et  des 
Sbangs  sont  Kie  et  Tcheou  que  Tang  et  Wu  -Wang  abattirent.  Que 
sorties  Kieu4i?  C'est  incertain.  Les  uns  en  font  .neuf  officiels. 
D'autres ,  plus  justement ,  voient  dans  cea  mot»  un  nom  de  peuple.^ 
Une  tradition  persistante  attribue  à  Shaothao  une  faiblesse  qui 
peratttaïUL  Kieu-ii  de  faire  régner  la  magie.  Cp.  Tong  Kien-yi  Shi- 
luk  et  Lo'pi,  règnes  de  Shao-hao  et  de  Tcbuen-hû. 

/i. 


52  JANVIER-FEVRIER  1894. 

servitude,  abaissés  et  ne  comptent  plus  parmi  le 
peuple.  On  ne  considère  pas  les  principes  de  la  sa- 
gesse des  anciens  et  de  la  vertu.  Mais  si  Ton  se 
conforme  à  ces  principes.,  on  obtiendra  la  félicité, 
les  faveurs  du  ciel;  on  pourra  entretenir  les  forces, 
Tactivité  du  peuple  ;  ses  descendants  auront  ime  for- 
tune heureuse,  la  prospérité.  Voilà  ce  que  le  Fils  du 
Ciel  doit  savoir.  Les  descendants  de  ceux  que  le 
ciel  a  élevés  sont  les  uns  dans  les  champs  ^  et  cher- 
chent à  troubler  le  peuple;  les  autres  y  établissent 
un  génie  du  sol  et  des  céréales,  et  désirent,  au  con- 
traire ,  le  règne  de  Tordre. 

Le  Shi  porte  ceci  :  «  Le  signe  avertisseur  des  Yin 
n'est  pas  éloigné  2.  Il  se  voit  au  temps  des  Hia.  » 

«En  ornant  le  palais  royal,  on  provoquera  une 
succession  de  troubles.  Les  esprits  du  ciel  ne  don- 
neront plus  la  prospérité;  en  ce  qui  concerne  les 
êtres  vivants  de  cette  terre,  on  manquera  à  ce 
qu  exige  leur  nature.  Quant  aux  procédés  dont  on 
doit  user  envers  le  peuple,  on  manquera  d'hmna- 
nité;  le  mouvement  quadruple  des  saisons  ne  sera 
point  suivi;  les  délibérations,  les  instructions  pré- 
paratoires ne  seront  pas  réglées  par  la  droite  lo- 
gique. Les  paroles  d'avertissement  que  le  Sha  et  le 


^  Kiuen-mao.  Kiuen  est  un  sillon  large  et  profond  d'un  pied, 
tracé  pour  irriguer  les  champs;  mao  est  une  aire  de  100  pas.  Ce 
sont  les  champs  entourés  de  ce  fossé. 

*  Ceci  se  trouve  dans  une  ode  où  le  poète  cherche  à  détourner 
Li-Wang  de  ses  mauvaises  habitudes  et  lui  rappelle  indirectement 
le  sort  de  Kie,  le  dernier  des  Hia. 


KOUE-YC.  5.*^ 

Shi  adressent  au  peuple,  tous  les  rois  défunts  les 
ont  mises  en  pratique. 

«Pour  ceux  qui  les  méditent,  chefs  ou  sujets,  il 
n  y  a  rien  de  comparable  comme  règles  de  conduite. 
Que  le  roi  médite  ces  vérités.  Si  les  grands  ne  sui- 
vent pas  le  modèle  du  ciel,  les  petits  ne  suivront 
pas  les  leçons  des  livres  ;  si  les  chefs  n'observent  pas 
les  lois  du  ciel,  les  sujets  n'imiteront  pas  les  actes 
de  la  terre;  les  magistrats  intermédiaires  ne  seront 
point  l'exemple  du  peuple,  on  ne  suivra  pas  dans 
leurs  calculs  les  mouvements  des  quatre  saisons. 
Agir  ainsi,  c'est  se  passer  de  toute  règle;  or  c'est  là 
la  voie  de  tous  les  maux.  » 

Après  ce  discours ,  le  roi  lit  aussitôt  cesser  les  tra- 
vaux. Cela  dura  jusqu'à  King- Wang  ^.  Celui-ci  eut 
de  nombreux  favoris  dont  les  excès  occasionnèrent 
des  troubles.  King-Wang  étant  mort^,  la  famille 
royale  fut  livrée  au  trouble  jusqu'à  Ting-Wang  *,  et 
ainsi  la  maison  royale  diminua  de  plus  en  plus. 


*  Ling-Wang  vécut  encore  cinq  ans  après  ce  fait.  King-Wang  était 
son  fils ,  le  frère  cadet  de  ce  Tsin  dont  il  a  été  parié  plus  haut.  Ces 
favoris  furent  Tze-tchao  et  ses  satellites ,  Pien-meng ,  etc. 

*  King-Wang  n'avait  point  d'héritier.  De  nombreuses  compéti- 
tions et  luttes  s'élevèrent  pour  sa  succession.  Le  souverain  aurait 
voulu  laisser  le  trône  à  son  fils  [secondaire)  Tchao,  Mong,  son 
aîné,  lui  disputa  la  couronne  et  s'intronisa  dans  une  province.  H  y 
mourut  subitement.  Tchao  fut  chassé  lui-même  et  un  autre  fils 
nommé  Tsie  prit  définitivement  le  pouvoir. 

*  n  s'agit  de  Tcheng-ting-Wang  qui  régna  de  468  à  44 o.  C'était  le 
fils  de  King-Wang.  Sous  son  règne,  les  ministres  agissaient  en 
maîtres  ;  les  princes  ne  reconnaissaieht  plus  de  chefs.  Ainsi  le  pou- 
voir royal  était  considérablement  affaibli. 


.54  JANVIER-FÉVRIER  1894. 


IV 

Yat,  (Tafou)  de  Tsin,  était  venu  pour  rendre 
hommage  à  la  cour  de  Tcheou.  B  remit  des  pièces  de 
soie  aux  grands  officiers,  puis  à  Tan-tsing  kong^ 
Ce  dernier  le  traita  avec  parcimonie,  mais  très  res- 
pectueusement. Lorsque  Ton  reçoit  un  hôte ,  ies  rites 
prescrivent,  quant  aux  présents  et  aux  repas,  que 
Ton  s'enquière  de  ce  que  fait  son  chef  et  qu'on 
rimite.  Dans  les  festins,  on  ne  doit  rien  faire  à  sa 
guise,  rien  de  particulier^;  on  ne  doit  pas,  pour 
aller  à  la  rencontre,  dépasser  la  banlieue,  le  Kiao. 
Dans  le  plaisir,  les  conversations,  le  loisir,  la  mu- 
sique que  Ton  offre  à  son  hôte,  il  y  a  des  règles  dé- 
terminées et  précises  ^. 

Ce  furent  les  oflBciers  de  Tan*  qui  allèrent  au- 
deyant  du  Tafou  de  Tsin.  Celui-ci  (les  voyant)  leur 
dit  :  «Quelle  merveille!  J'ai  toujours  entendu  dire 
qu'une  seule  famille^,  et  non  deux,  était  élevée  au 
pouvoir.  Mais  ici,  est-ce  Tcheou  qui  est  au  sommet, 
ou  est-ce  le  Fils  des  Tan  ?  » 

Jadis  le  grand  historien  Yin-yi  ^  avait  ce  proverbe 

'  Ministre  da  souverain,  petit-fils  de  Tan  «ian-kong  déjà  connu 
et  fils  de  King-kong.  C'était  ia  règle  de  présenter  ainsi  ces  dons. 
^  N^  point  augmenter  le  nombre  des  plats,  des  corbeilles,  etc. 

*  Par  le  Hoang-lien,  livre  de  Tcbeou-tsong. 

^  Lîtt.  :  Lao  «  vieillards  ».  C'est  le  nom  des  officiers  principaux 
des  ministres  ^  Ta£ous. 

*  Une  seiile  dynastie.  Tan  tsing-kong  agit  ici  en  souverain. 

*  Au  temps  de  Wen  et  de  Wu. 


KOUE-YiJ.  55 

à  la  bouche:  «Dans  les  actes,  les  affaires,  rien  de 
tel  que  le  respect,  le  soin  vigilant.  Quand  on  est 
inactif  chez  soi,  rien  de  tel  que  récononrie.  En 
fedt  de  vertu,  rien  ne  dépasse  la  modestie,  la  com- 
plaisance. Dans  les  entreprises,  rien  ne  surpasse  la 
réflexion.  Les  dons  de  Tan-tze,  sa  manière  d'agir  à 
mon  égard  ont  toutes  ces  qualités.  Sa  demeure  n  a 
rien  de  fastueux;  ses  vases,  ses  ustensiles  sont 
simples,  sans  couleur,  sans  dorure.  Lui-même,  il 
redoute  de  manquer  aux  règles.  En  sa  cour  comme 
dans  ses  appartements  privés  ^  tout  est  plein  d'ordre , 
de  convenance,  d'arrangement  réfléchi.  Les  plai- 
sirs, les  dons  ne  dépassent  pas  la  mesure  de  ce  que 
l'on* doit  faire  en  moins  que  ses  chefs;  mais  les 
égards ,  le  service  de  son  hôte  sont  égaux  à  ceux  que 
les  chefs  ont  pour  lui  dans  les  actes  comme  dans 
les  intentions. 

«  A  tout  cela  s'ajoute  qu'il  ne  fait  rien  d'excep- 
tionnel à  sa  fantaisie,  qu'il  s'attache  à  ne  rien  faire 
d'autre  que  ce  qui  est  de  règle,  à  n'y  rien  mêler 
d'étranger.  Ainsi  il  évite  tout  mécontentement.  Eco- 
nome, modéré  en  sa  demeure,  actif,  respectueux, 
vertueux,  modeste,  réfléchi,  sachant  ne  mécontenter 
personne,  assistant  des  ministres,  pourrait-il  ne  pas 
s'élever?  C'est  son  dire,  le  ciel  auguste  a  le  mandat 
parfait;  y  répondre  est  la  vertu  accomplie^. 

«  Son  refrain  est  :  «  Le  ciel  auguste  a  des  règles  par- 


*  Litt.  :  «Extérieurement  comme  intérieurement». 

*  Phrase  obscure  suscepti'ble  de  plusieurs  sens. 


56  JANVIERFÉVRIER  1894. 

«  faites,  deux  princes^  les  ont  reçues.  Tcheng-Wang 
«  n  a  pas  osé  non  plus  se  livrer  exclusivement  au  plai- 
«  sir.  Matin  et  soir  ils  travaillent  à  affermir  leur 
«  mandat  céleste  et  étendre  les  bienfaits  de  la  paix; 
«  par  des  actes  brillants  ils  élargissent  leurs  cœurs  et 
«  consolident  leur  action  pacificatrice.  » 

Ces  principes  sont  aussi  ceux  de  Tcheng-Wang. 
Ce  prince  sut  faire  éclater  ses  brillantes  qualités  ci- 
viles, et  rendre  redoutable  sa  puissance  militaire^ 
solidement  établie. 

Ce  principe  est  le  mandat  parfait;  ainsi  il  exalte 
le  ciel  auguste  et  témoigne  de  son  respect  à  ce  qui 
est  au-dessus  de  lui. 

Les  deux  souverains  (Wen  et  Wu)  avaient  reçu 
ce  mandat;  ils  surent  être  modestes  et  conciliants, 
obéissant  à  la  vertu.  Tcheng-Wang  n'osa  point  se 
livrer  à  l'oisiveté ,  au  plaisir,  mais  eut  un  soin  vigi- 
lant des  officiers  du  royaume^.  Vigilant,  adonné 
aux  affaires  du  matin  au  soir,  il  affermit  les  fonde- 
ments de  son  royaume,  imposa  Thonnêteté,  déve- 
loppa la  générosité,  assura  la  paix,  prolongea  Téclat 
du  règne  et  fétendit ,  leur  donna  plus  de  splendeur, 
assura  leur  solidité,  comme  la  paix  et  la  concorde. 

Telles  furent  ses  vertus.  La  première  phrase  in- 
dique d'abord  :  respect  du  ciel ,  vertu  et  condescen- 

*  Wen  et  Wu  les  ont  pratiquées. 

'  Le  tout  est  rendu  d'après  le  commentaire  très  plausible  de 
Wei-shi  :  «Il  sait  faire  briller  son  Wen  et  le  rendre  éclatant;  éta- 
blir son  Wu  et  le  rendre  redoutable.  » 

^  Les  Pe-sing.  Comm,  :  «les  cent  officiers  Pe-tckin*, 


KOUE-YÛ.  57 

dance  pleine  de  considération  pour  les  officiers  du 
royaume. 

Le  milieu  de  ces  sentences  prescrit  la  vigilance, 
l'économie,  la  droiture,  la  générosité  quil  pratiqua 
et  qui  produisirent  la  paix ,  la  concorde. 

La  fin  indique  la  générosité ,  la  grandeur  d  ame , 
la  fermeté  qui  établit  solidement  et  Tharmonie  ré- 
gnant dans  le  peuple. 

Le  commencement  fut  donc  dans  la  force  d  ame 
et  la  condescendante  modestie;  le  milieu,  dans  la 
droiture  et  la  générosité  ;  la  fin ,  dans  la  fermeté  et 
la  paix.  C'est  pourquoi  on  lappela  Tcheng  «  l'ac- 
compli ^  ». 

Or  Tan-tze  est  économe,  vigilant,  respectueux, 
condescendant  et  modeste,  réfléchi  en  ses  entre- 
prises, comme  il  convient  à  la  vertu  parfaite.  Tan 
ne  cherche  pas  à  élever  en  rang  sa  descendance, 
mais  il  la  rendra  d'autant  plus  illustre  dans  les  âges 
suivants  2. 

Il  est  dit  au  Shi  : 

«  Sa  famille ,  où  sera-t-elle  ?  Au  parvis  de  son  pa- 
lais*. 

«  Le  Kinn-tze  assure  le  bonheur  poiu*  dix  mille 
ans,  pour  toujours  à  sa  descendance.  » 

Quant  à  sa  famille ,  il  ne  déshonore  pas  ses  sages 
ascendants. 

^  Comm,  :  «Qui  a  accompli  parfaitement  son  mandat  céleste». 

'  Il  illustrera  les  âges  suivants. 

'  Voir  Shi,  III,  3o.  o.  Nous  traduisons  d'après  notre  Conunen" 

taire.  Legge  traduit  :  tSa  gloire,  son  éclat ».  Le  Commentaire 

ajoute  :  «Le  fils  pieux  fait  tout  pour  sa  famille  d'abord». 


58  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

«  Au  parvis  »  il  donne  au  peuple  une  large  prô- , 
spérité.  —  «  Pour  dix  mille  ans  »  on  voit  ainsi  que 
son  nom  n*est  pas  oublié. 

«  La  postérité  » ,  ses  descendants  prospèrent,  sont 
dans  labondance,  grandissent.  Tan-tze  n'oublie  jamais 
les  actes  de  vertu  de  Tcheng-Wang;  il  ne  déshonore 
pas  ses  sages  prédécesseurs  ;  il  soutient  et  conserve 
la  brillante  vertu.  Aide  zélé  de  la  royauté,  il  procure 
au  peuple,  on  peut  le  dire,  labondance,  la  pro- 
spérité. 

Quand  on  sait  s  appliquer  aux  affaires  et  les  faire 
réussir  pour  enrichir  également  ^  tout  le  peuple ,  on 
mérite  la  gloire  et  la  louange  ;  procurer  les  avantages 
dune  prospérité  toujours  croissante,  c'est  ce  que 
Tan-tze  sait  faire.  S'il  lui  manque  quelque  chose,  le 
descendant  de  ce  prince  accompli-  saura  bien  y 
pourvoir  et  combler  cette  lacune.  Cela  ne  se  ferait 
point  par  d'autres  que  lui  '  ». 


Kong-Wang ,  la  vingt  et  unième  année  de  son  règne 
(  5  2  3  A .  C .) ,  voulait  faire  fondre  de  grosses  pièces  *  de 


^  Coiiiîïi.  =  Ton^,  égaliser. 

*  Tsing-kong. 

^  D'une  autre  famille. 

^  Ta-Uien,  Jusque-là  il  n  existait  qu'une  seule  espèce  de  monnaie 
qui  pesait  6  shu  ou  ^  once  d'argent.  King-Wang  en  fit  de  1 2  shu 
on  ^  once,  et  votdait  supprimer  la  petite  monnaie,  en  sorte  que  fien 
né  pût  être  payé  moins  que  les  1 3  shu.  C'était  un  obstacle  aux 
transactions  et  une  ruine  pour  k  peuple. 


KOUE-YU.  59 

mimnaie;  Ma-kong  de  Tan^^  (sy  opposa)  et  lui  dit  : 
«(Gela  nest  pas  légitime.  Jadis,  quand  une  calamité 
oéleste  descendait  et  frappait  le  peuple,  on  mesurait 
les  joyaux  et  les  soies,  on  pesait  le  poids  des  valeurs 
d'échaiige  pour  sauver  le  peuple  2.  Si  le  peuple  avait 
k  se  plaindre  d'une  valeur  trop  légère  en  objets  pré- 
cieux, 0n  la  parfaisait  pour  la  rendre  courante^. 
:  .ciÂinsi  la  ma*  servait  à  équilibrer  le  tze  et  à  le 
rendre  courant;  aussi  le  peuple  pouvait  accepter  et 
employer  ces  valeurs  ^. 

'*' Descendant  de  Tsîng-kong,  dont  il  a  ëlé  parlé  précédemment. 

'  Dp  peur  que  le  ciel  ne  fût  irrité  par  l'usage  de  fausses  valeurs, 
de  valeurs  en  dessous  de  leur  taux.  A  cette  époque,  on  avait  comme 
valeur  d'échange  monétaire  des  perles  et  gemmes ,  des  pièces  de 
soie  dun  carré  déterminé,  puis  des  pièces  de  monnaie.  On  vérifiait 
la  vsdeur,  la  mesure  de  ces  divers  objets  afin  d'apaiser  la  colère  du 
ciel.  Comm. 

^  Comm,  :  Si  le  peuple  se  plaignait  que  la  soie-monnaie  en  était 
trop  légère,  de  trop  peu  de  valeur,  que  l'objet  acheté  était  supérieur, 
alors  on  suppléait  le  poids,  la  valeur  [tchong)  pour  rendre  la  légère 
courante. 

*  Le  Ku-shi-tchong  porte  :  Sous  Shun ,  les  Hia ,  les  Shang  et  les 
Tcbeous,  il  y  avait  trois  sortes  de  monnaies,  la  rouge,  la  blanche 
et  }a  jaune  ou  de  cuivre  rouge,  de  laiton  et  de  fer.  La  monnaie 
jaune  était  la  principale;  la  soie,  le  cuivre  et  le  fer  étaient  en  des- 
Wttis.  Maifi  toutes  avaient ia  môme  valeur  (yih-ping).  C'est  King-Wang 
iqai'en  introduisit  une  seconde  (erh-ping).  Après  les  Tcheous,  les 
tariétés  montèrent  au  nombre  de  dix.  Avant  King-Wang,  la  petite 
monnaie  était  appelée  tze  •  fils  »  et  la  grosse  ma. 

*  Gomm,  :  Le  tchong,  la  grosse  valeur,  est  la  mu,  «la  mère»,  le 
king  la  petite  valeur;  la  valeur  inadéquate  est  le  tze  «le  fils  ».  Dans 
les  échanges ,  si  l'objet  était  de  peu  de  valeur,  le  tze  seul  servait; 
si  l'objet  était  de  grande  valeur,  de  valeur  supérieure  (tchong)^  on 
l'équilibrait  par  la  mu,  et  ainsi  on  le  rendait  comm'ei^ble.  La  mu 
et  le  tze  s'équilibrant ,  le  peuple  obtenait  ainsi  -ce  qu'il  désirait. 


60  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

d  Si  la  monnaie  n'atteignait  pas  la  grosse  valeur, 
on  en  réunissait  beaucoup  de  petite  pour  la  rendre 
échangeable  et  Ton  ne  rejetait  pas  la  grosse  valeur 
pour  cela.  Ainsi  le  ize  équilibrait  la  ma  et  servait  au 
trafic;  peu  ou  beaucoup  le  peuple  en  tirait  profita 

«  Maintenant  le  roi  rejette  la  petite  monnaie  et  veut 
faire  de  gros  et  pesants  deniers^;  le  peuple  perdra 
ses  richesses;  n'en  sera-t-il  pas  épuisé?  En  ce  cas,  le 
trésor  royal  ne  sera-t-il  pas  lui-même  dépourvu*? 
Pour  remédier  à  ce  mal ,  ne  devra-t-on  pas  prendre 
davantage»  au  peuple*  pour  grossir  ce  trésor?  Inca- 
pable dy  suppléer,  le  peuple  s'éloignera,  s'enfuira 
(pour  se  dérober  aux  collecteurs).  Ainsi  on  dis- 
persera la  population ,  on  perdra  beaucoup  de  sujets 
qui  iront  vivre  dans  d'autres  Etats.  Un  Etat  bien  ré^é 
n'a  jamais  établi  un  semblable  état  de  choses.  En 
venir  là  et  sauver  l'Etat  de  sa  ruine,  ce  sont  deux 
choses  qui  ne  vont  pas  ensemble,  ne  peuvent  se 
pénétrer. 

«  Prévoir  un  mal  et  ne  pas  le  prévenir,  c'est  une 
négligence  coupable.  Pouvoir  guérir  un  mal  et,  le 
prévoyant,  le  laisser  venir,  le  produire,  c'est  pro- 

^  Comm,  :  Si  ia  valeur  monétaire  de  la  soie  était  plus  considérable 
que  l'objet  mis  en  négoce ,  cela  rendait  l'échange  impossible.  Alors 
on  devait  faire  de  petites  valeurs  pour  les  employer  réunies ,  échan- 
geant les  objets  considérables  contre  les  grosses  valeurs  et  les  choses 
de  vsdeur  minime  contre  les  petites.  Ainsi ,  s'il  y  a  des  monnaies  de 
valeur  haute  et  basse ,  les  deux  espèces  seront  utiles  au  peuple. 

*  Par  là  il  épuisera  la  racine  pour  grossir  les  branches  ;  ainsi  le 
peuple  verra  ses  ressources  s'épuiser. 

'  Le  peuple  appauvri  ne  pourra  plus  payer  ses  redevances. 

^  Par  de  nouveaux  impôts. 


KOUE-YU.  61 

voquer  les  fléaux  célestes  ^  Tcheou  a  affaibli  ses 
États;  le  ciel  na  point  cessé ^  de  lui  envoyer  des 
fléaux  et  déjà  il  veut  perdre  de  nouveau  son  peuple, 
pour  renforcer  les  calamités  célestes! 

a  Nos  officiers  de  Tcheou  sont  négligents  en  ce 
qui  est  nécessaire  pour  remédier  aux  maux  envoyés 
du  ciel  ;  ils  oublient  les  lois  qui  le  prescrivent  ;  leurs 
concussions ,  leurs  vols  augmentent  encore  ces  fléaux. 
Ainsi  ils  dissipent  les  trésors^  et  oppriment*  leurs 
gens. 

«  Que  Votre  Majesté  y  pense  sérieusement.  »  Le 
roi  n'écouta  pas  ces  remontrances  et  fit  fondre  les 
gros  deniers. 

VI 

La  vingt-troisième  année  de  son  règne  ^,  King- 
Wang   voulut  faire   fondb^e   les  wa-yi^  pour   leur 

*  C'est  ce  que  fisrait  le  roi  en  produisant  les  maux  prédits  par  la 
fonte  des  gros  deniers. 

*  Le  ciel  n*est  pas  rassasié  de  fléaux. 

^  Un  bon  gouvernement  a  des  trésors  dans  les  richesses  du  peuple. 
^  Comm.  :  Détruisant ,  exterminant.  Al.  ping  «  faire  se  cacher,  fuir 
en  lieu  inconnu». 

*  5a  1,  troisième  année  du  duc  Tchao  deLou. 

*  Wurji,  nom  d'un  tchong,  dit  le  Comm.  Le  tchong  est  un  instru- 
ment de  musique,  disent  les  lexiques  chinois,  sans  en  indiquer  la 
nature;  c'est  une  cloche  (i  67.  1 2  )  ou  une  flûte.  fVu-yi  «  Tinfatigahle  » 
est,  d'après  le  Li-ki  et  les  traités  de  musique,  le  son  du  tube  (lut) 
donnant  la  sixième  note  et  appelé  shu;  il  est  long  de  4  pouces  et 
6364  fens.  Il  correspond  au  son  du  khi  ou  élément  atomique  dyna- 
mique des  êtres  à  la  fin  de  Tautomne;  c'est  un  son  pénétrant  et 
étendu ,  notre  ré  dièze.  C'est ,  dit  le  Comm.,  fondre  les  (tubes  ou  cloches) 
wvL-yi  pour  grossir  leur  nombre  (leur  longueur)  et  en  faire  des  lin. 


62  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

donner  le  son  ta- lin  ^  Tan  mu-kong  lui  dit  à  ce  pro-^ 
pos  :  «  Si  Ton  ne  peut  légitimement  créer  de  gros 
deniers  pour  dépouiller  le  peuple,  on  ne  peut  pas 
davantage  faire  fondte  un  ta-tchong  pour  diminuer 
sa  continuité  de  son  2.  Si  Ton  n  accumule  qire  povir 
dissiper^  et  que  Ton  diminue  la  durée  de  Tusage  des 
choses ,  comment  les  êtres  vivants  pourront-iis  pro^ 
spérér? 

«Les  tchongs  ne  peuvent  donner  un  son. conve- 
nable* si  Ton  manque  aux  règles  de  Jart.  Si  le  wu- 
yi  devient  lin-tchong ,  Foreille  ne  pourra  saisir  ce  son. 

«  N'est-ce  pas  une  chose  que  Ton  ne  peutpoint  faire? 

«Disperser  le  peuple  des  lieux  de  séjour  qu*éi|k, 
lui  a  donnés  et  appeler  les  châtiments  célestes,  n'est- 
ce  pas  se  préparer  des  dangers,  des  di£Gicidtés,  et 
les  attirer  sur  soi?  Gomment  pourrait-on  ainsi  or- 
ganiser son  gouvernement?  Si  le  gouvernement  n'est 
point  tel ,  comment  émettra-ton  ses  décrets  ?  Emettre 
des  décrets  et  ne  point  être  obéi,  c  est  la  douleur  des 
chefs.  Aussi,  pour  éviter  ce  mal,  les  Saints  cultivent 
la  vertu  dans  le  peuple,  ly  implantent. 

^  Ta-lin  est  la  note  ut.  Son  nom  musical  est  lin-tchong;  d  appai^ 
tient  au  Yin  et  aux  notes  faibles  (ton^);  le  Wu-yi  estdU:  Yaag^  et 
des  tons  mâles.  ,  .:  i.       .       , 

^  Sien  (igS,  ^)  =  Kaa  (4o.  12),  dit  Wei-shi.  Puis  dépasser. lame- 
sure  dans  l'usage  des.  choses ,.  c'est  détruire,  les  riobcsdes,  lesjnoir 
sources  du  peuple.  ..      i       .    ■■   < 

^  En  rejetant  la  petite  monnaie.  Etres  vivants  Seng,  Cùmm.  «les 
richesses». 

I 

*  Le  Wu-yi  est  du  faible  yang,  le  lin-tchûng  est  du.  fort  yin;  leur 
réunion  ne  p^t  être  saisie  par  l'oreiUe,  ne  peut  élre  appréciée;  elte 
trouble  l'ouïe.  Le  lin-tckong  est  appelé  souvent  aussi  h^n^tchong. 


KOUE-YC.  63 

«  Le  SJiu  de  Hia  porte  :  «  Le  poids  normal  ser- 
«  vant  aux  taxes  et  le  [kien]  poids  divisionnaire  har- 
«  monisé  sont  déposés  dans  le  trésor  royale  » 

«  De  son  côté,  le  Shi  a  cette  sentence  :  «  Conterii- 
«piez  le  pied  du  mont  Han.  Les  châtaigniers,  les 
«aubépines^  y  croissent  en  profusion.  Joyeux,  aisé 
«  est  notre  prince  ^  en  sa  haute  dignité.  » 

«De  ce  que  les  arbres  croissent  touffus  au  pied 
du  Han ,  le  prince  est  heureux  et  à  Taise  en  sa  haute 
position. 

«  Mais  quand  les  arbres  des  montagnes  diminuent , 
disparaissent,  que  les  amandiers  meurent,  que  les 
marais  se  dessèchent,  se  dépeuplent  de  btiissons*, 
alors  les  forces  du  peuple  s'ép^sent,  les?  champs 
restent  incultes,  ses  ressources  se  perdent.  Si  le 
prince  le  met  ainsi  en  danger  et  misère,  il  n'aura 
plus  de  repps ,  et  comment  lui-même  troiivera-t-il 
encore  Taise  et  la  joie  ^? 

tt  Si  Ton  enlève  au  peuple  ses  moyens  de  dépense® 
pour  remplir  le  trésor  du  prince,  ce  sera  autant 
c^e  d/ol)struer  la  source  d'un  fleuve  et  vouloir  lui 


^  Ces  express ious  sont  iuterprétées  diversement^  Nous  suivons  le 
commentaire  Yi-Shi,  qui  nous  paraît  le.  plus  plausible.:  Le  pcemier 
poids,  le  shi,  est  le  hu  actuel  de  i3o  cattis;ie  hien  en  est  le  quart. 

*  Proprement  •  un  arbuste  épineux  dont  on  faisait  leç,  bois  des 
flèches  »  :  Hu.  Cette  bdle  végétation  représente  les  vertus  du  sou- 
verain. 

'  Litt.  :  «  Kiun-tze  » ,  mais  il  s'agit  de  Wu- Wang. 

^  Ceci  est  une  figure  des  vertus,  des  actes  méritoires  du  prince. 

*  Allusion  aux  paroles  citées  du  Shi, 

*  En  supprimant  les  petits  deniers  et  frappant  des  gros. 


64  JANVIER. FÉVRIER   1894. 

faire  former  un  lac.  Elle  cessera  de  couler  et  sans 
tarder. 

«  Ainsi,  si  le  peuple  est  dispersé  et  ses  biens  épui- 
sés ,  les  calamités  surviendront  et  toute  restauration 
sera  impossible.  Qu  adviendra-t-il  du  souverain  lui- 
même? 

«Le  son  musical  est  fait  pour  Toreiile;  ce  que 
l'oreille  ne  saisit  pas  n'est  pas  un  son  musical.  De 
même  ce  que  l'œil  ne  peut  voir  n'est  point  fait  pour 
l'œiP. 

«  La  mesure  de  la  puissance  de  vision  de  l'œil  ne 
dépasse  pas  le  pa ,  le  wa  ^,  le  pied  et  le  poace.  Quant 
aux  couleiu*s,  elle  ne  va  pas  au  delà  du  mih,  du 
tchang,  du  tsin  et  du  tch'àng^. 

«  L'oreille,  au  point  de  vue  de  l'accord  des  sons, 
se  tient  entre  le  pur  et  le  trouble  *,  et,  sous  ce  rap- 
port, elle  ne  dépasse  pas  la  portée  d'une  voix  hu- 
maine. C'est  pourquoi  les  anciens  rois  avaient  pris 
pour  règle  le  tchong  et  statué  que  leur  mesure  ne 
dépasserait  pas  le  kien  *,  et  leur  poids ,  le  ski  *. 

«  Les  tons  musicaux  [lu),  les  mesures  de  longueur 

^  La  substance  de  l'œil  est  lumineuse;  ce  qu'il  ne  peut  voir  n*est 
point  produit  selon  (la  nature  de)  Toeil.  Quand  on  force  la  puissance 
de  vision  ou  d'ouïe,  on  rend  les  organes  malades. 

'  Pu  =16  pieds;  fVa=^  pieds. 

^  Mesures  comptant  5,  10,  20  et  4 o  pieds. 

*  Ces  termes  indiquent  les  variations  des  accords.  Le  hoang- 
tchong  étant  accordé  sur  le  kong  est  impur;  le  ta-lu  Tétant  sur  le 
kio  est  pur. 

^  La  juste  mesure.  Un  bâton  de  7  pieds  attaché  à  une  corde  ser- 
vant à  cette  mesure. 

*  Poids  de  120  kin. 


KOUE-YÛ.  65 

<'u,  et  de  capacité,  liang,  les  poids  sont  réglés  d  après 
cela,  comme  les  instruments  mesureurs,  petits  et 
grands,  en  proviennent  ^  Les  Saints  d  autrefois  ob- 
servaient ces  règles.  Maintenant  Votre  Majesté  veut 
faire  un  instrument  dont  le  son  ne  sera  point  dis- 
tinct^, qui  ne  correspond  à  aucune  mesure,  dont 
l'oreille  ne  peut  saisir  laccord.  On  ne  peut,  quant 
aux  mesures,  sortir  des  normes  fixées,  sans  ajouter 
au  plaisir  et  appauvrir  le  peuple;  à  quoi  aboutira- 
t-on?  Le  plaisir  ne  va  pas  au  delà  de  ce  que  Toeil  peut 
voir.  Si  laudition  de  sons  agréables  fait  trembler, 
et  la  vue  de  beaux  objets  cause  Tangoîsse,  peut-il  y 
avoir  ime  peine  plus  grande?  Les  yeux  et  les  oreilles 
sont  les  pivots  ^  du  cœur. 

«  C'est  pourquoi  on  ne  doit  entendre  que  des 
sons  harmonisés  et  ne  regarder  que  des  choses  cor- 
rectes. Ainsi  l'ouïe  est  claire  et  la  vue  perçante.  Ainsi 
aussi  les  paroles  sont  comprises  et  la  vertu  brille  et, 
dans  ce  cas ,  on  sait  être  réfléchi  et  ferme ,  et  répan- 
dre la  vertu  parmi  le  peuple.  Le  peuple  en  est  heu 
reux,  rendu  vertueux;  il  restaure  la  pureté  de  son 
cœur. 

«  Quand  les  chefs  savent  gagner  le  cœur  d  u  peuple , 
ils  font  régner  la  justice;  ils  réussissent  alors  dans 


*  Les  petits  sont  :  le  t:e  (i/4  de  tael),  le  tchu  (1/6"  de  tze),  le 
fen  et  le  pouce.  Les  grands  sont  :  le  hin,  le  liang,  le  tckantj  et  le 
tchi, 

*  On  ne  saura  s'il  est  pur  ou  mêlé. 

^  Les  points  de  départ  du  mouvement.  Quand  le  cœur  a  un 
désir,  Tœil  et  Toreille  le  mettent  en  mouvement. 

III.  5 


iHr»i«(«i>  aiTiu^tL*. 


06  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

toutes  leurs  entreprises,  ils  peuvent  alors  goîiter  de 
vraies  jouissances. 

«Quand  Toreille  harmonise  les  sons  intérieure- 
ment, la  bouche  profère  des  paroles  élégantes.  Si  Ton 
s'en  fait  une  règle  et  si  on  la  propage  parmi  le  peuple , 
si  Ion  règle  tout  par  de  justes  mesures,  le  cœur  du 
peuple  suit  de  toute  sa  force  et  ne  s'en  fatigue  point , 
il  remplit  sa  tâche  sans  résistance  ni  variation.  C'est 
la  suprême  jouissance.  La  bouche  goûte,  Toreifle 
entend  intérieurement.  Le  son ,  le  goût  engendrent 
un  khi.  Ce  khi,  dans  la  bouche,  produit  la  parole 
et,  dans  l'œil,  la  vue.  Par  la  parole,  il  donne  les 
vrais  noms  aux  êtres  ;  par  la  vue ,  il  dirige  les  mou- 
vements ^  Par  les  mouvements,  les  actes,  on  donne 
leur  développement  aux  êtres. 

«  Par  de  justes  noms,  on  gouverne  sans  faute;  un 
gouvernement  parfait,  des  êtres  prospérant,  c'est  le 
plus  haut  point  de  la  jouissance. 

«Quand  la  vue  et  l'ouïe  ne  s'harmonisent  pas, 
tout  est  agité,  inquiet;  le  goût  n'est  plus  pur,  alors 
le  khi  n'agit  plus  et  l'harmonie  se  perd'^.  Alors  on 
entend  des  paroles  de  contention  et  de  rébellion. 
Alors  la  vue  est  confuse,  altérée;  les  noms  sont 
changés,   coiTompus;  les   mesures  sont   falsifiées, 


mauvaises  ^. 


«  Les  ordres  émis  ne  sont  point  obéis,  on  n'y 

*  Quand  la  vue  est  claire,  alors  les  mouvements  ont  leur  temps 
convenable. 

*  Comme  cela  arrive  quand  le  wou-yi  devient  ta-lin. 
^  Tout  cela  provient  du  défaut  du  klii. 


KOUE-YO.  67 

croit  point.  Le  gouvernement  relâché  est  dans  le 
désordre;  dans  les  actes  extérieurs,  on  ne  suit  point 
les  saisons. 

«  Le  peuple  sans  appui ,  sans  défense  ni  force ,  ne 
sait  plus  ce  qu'il  peut  faire;  tous  ont  le  cœur  hési- 
tant, partagé. 

«Le  chef  ne  sait  plus  faire  agir  son  peuple  con- 
venablement et  ne  parvient  plus  à  ses  fins;  ce  qu'il 
cherche  il  ne  l'atteint  point.  Comment  pourrait-il 
avoir  paix  et  bonheur?  En  l'espace  de  trois  ans  il  aura 
détruit  les  deux  instruments  de  la  vie  du  peuple  (la 
monnaie  et  les  Za).  Quel  danger  pour  son  royaume!  » 

Le  roi  ne  crut  pas  à  ces  paroles  et  interrogea  à  ce 
sujet  le  khieu^  Tcheou-kao,  qui  lui  répondit  :  «  Les 
traditions  des  employés  de  votre  sujet  ne  le  rensei- 
gnent point  à  cet  égard.  Tout  ce  qu'il  a  entendu  dire 
c'est  que  le  kin  et  le  she  ont  pour  base  le  kong^. 
Le  tchong ,  par  contre ,  se  base  sur  le  yu  ^.  La  pierre 
a  pour  shang  kio  ^  ;  le  sheng  ^  et  la  flûte  de  bambou 
kuan  ont  pour  réglant  le  IL 

«Les  sons  foits  ne  dépassent  pas  le  kong^  ni  les 
faibles  le  yu.  Le  kong  est  la  dominante  des  tona- 
lités^; le  yu  est  au  second  rang. 

'  Le  chef  de  musique  (Sse-yo). 
..  ^  Gomme  tous  les  instruments  à  son  mince,  effilé,  mais  bas. 

^  Comme  tous  ceux  à  son  gros  et  fort  [t'ing-ta)^  mais  élevé. 

^  Le  son  de  la  pierre  est  plus  léger  que  celui  du  tchong,  c*est 
pourquoi  il  a  pour  dominante  kio,  son  intermédiaire  entre  les  purs 
ci  les  mélangés. 

^  La  calebasse  plantée  de  tuyaux. 

"  Tn-ku ,  parce  qu'elle  est  la  plus  puissamment  sonore. 

5. 


68  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

«  Les  Saints  maintiennent  intacte  la  musique  pour 
conserver  les  biens  du  peuple.  Avec  ces  ressources 
ils  confectionnent  les  instruments  et  par  la  musique 
ils  font  prospérer  les  biens  du  peuple  ^.  Des  instru- 
ments de  musique  les  lourds  et  bas  ^  suivent  les  fai- 
bles, les  légers  et  hauts  suivent  les  forts  ^. 

«  Les  anciens,  par  la  musique ,  apaisaient  les  vents 
et  dirigeaient  les  travaux  de  Tagriculture  ;  ainsi  ils 
développaient  les  richesses  du  pays. 

«Ainsi  des  instruments  de  musique,  les  lourds 
suivaient  les  minces  *  et  les  légers  ^  suivent  les 
grands.  Voici  quels  sont  leurs  rapports  : 

«  Le  métal  a  le  yu. 

«  La  pierre  a  le  kio. 

K  La  terre  et  la  soie  ont  le  kong. 

«La  calebasse,  les  flûtes,  le  bambou  suivent  le 
ton  qui  leur  convient  ^. 

«  La  peau  et  le  bois  "^  ont  un  son  unique. 

«  Pour  que  la  musique  soit  bien  dirigée ,  il  faut 

^  La  musique  diminue  le  vent  terrestre;  elle  dirige  les  opéra- 
tions de  Tagriculture ,  ainsi  elle  grandit  les  richesses. 

*  A  savoir  le  métal  et  la  pierre  [tchong). 

^  C'est  pourquoi  le  tchong  a  pour  base  ja,  et  la  pierre,  kio. 

^  Lourds  sont  le  métal  et  la  pierre.  Le  tchong  a  pour  base  le 
jrû  qui  est  léger  et  la  pierre  a  le  kio. 

^  La  terre  moulée  et  la  soie,  qui  ont  pour  base  le  kong,  son 
fort. 

•  /(ag.  i3)  =  Khitiao  (149.8)  li. 

'  Le  tambour  et  le  bâton  de  direction  ou  le  tigre  de  bois.  Pour 
eux ,  point  de  variation  de  pur  et  m^lé. 


KOUE-YiJ.  69 

quelle  observe  rharmonie  des  sons  et  Tharmonie 
doit  observer  Tégalité^ 

a  Par  les  sons^  on  harmonise  la  musique,  par  les 
la  on  harmonise  les  sons.  Par  la  pierre  et  le  métal 
on  les  fait  vibrer  ^  ;  par  la  soie  et  les  tuyaux  on  les 
fait  comme  courir  [hing)^.  Par  la  poésie  on  leur 
donne  un  sens,  on  les  dirige  mentsdement  ^.  Le  chant 
les  fait  onduler  ^. 

«  La  flûte  les  prolonge  et  répand  au  loin  ;  la  terre 
cuite  les  soutient''. 

«  La  peau  et  le  bois  les  règlent  ^. 

«  Quand  toute  chose  a  ses  qualités  essentielles ,  on 
appelle  cela  «une  musique  parfaitement  réussie^». 

«Quand  ce  point  suprême  est  atteint,  on  appelle 
son  produit  le  son  ^^  correct. 

«  Quand  les  sons  se  correspondent  et  se  main- 
tiennent ainsi,  c'est  l'harmonie.  La  juste  proportion 

^  La  juste  distribution  des  timbres;  pas  trop  de  faibles  ni  de 
forts. 

*  Les  cinq  notes  fondamentales  à  tons  entiers  :  ut,  ré,  fa,  sol,  la. 
^  Les  ondes  sonores  sortant  de  la  pierre  et  du  métal  vibrent 

comme  des  rayons ,  sur  place. 

*  Les  cordes  et  les  tuyaux  les  prolongent ,  font  comme  courir  les 
ondes  sonores. 

*  Tao-tchi. 

*  lis  montent  et  descendent  comme  des  vagues,  se  prolongent, 
baissent ,  se  relèvent ,  etc. 

^  Le  maintient  même  pendant  un  certain  temps.  «Flûte»  spé- 
cialement à  base  de  calebasse. 

*  Règlent  la  mesure.  Le  tambour  et  l'instrument  qui  indique  les 
pauses. 

*  Kih  =  tchong, 

^^  Ting,  c'est-à-dire  selon  le  style  chinois ,  «le  son  parfait».  Ting 
koa  «  les  sons  réunis ,  harmonisés  0. 


70  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

des  sons  faibles  et  des  forts,  cest  Tégalité  tonale ^ 
Cela  étant,  on  fond  pour  faire  les  instruments  de 
métal  ;  on  polit  ceux  de  pierre ,  on  tend  la  soie  et  on 
rattache  au  bois  ;  on  range  en  degrés  les  tuyaux  des 
flûtes;  le  tambour  leur  donne  la  mesure^.  Avec  tout 
cela  on  produit  ces  sons  conformément  aux  huit 
vents  ^. 

a  Quand  on  observe  ces  règles ,  le  khi  n'est  point 
entravé  dans  son  action;  le  yin  ne  disperse  pas  le 

yang. 

«  Quand  le  yin  et  le  yang  observent  Tordre  né- 
cessaire, le  vent  et  la  pluie  viennent  à  leur  temps; 
la  joie  règne  partout,  le  peuple  prospère  et  vit  en 
concorde  :  tous  les  êtres  se  développent  convenable- 
ment; la  musique  est  parfaite;  les  supérieurs  et  les 
inférieurs  ne  sont  point  en  lutte.  C'est  pourquoi  on 
dit  :  «  La  musique  est  parfaitement  correcte.  i»Mais  si 
le  faible  dépasse  ce  qui  doit  le  dominer^,  la  correc- 
tion est  impossible.  User  des  choses  en  outrepassant 
toute  mesure,  c'est  empêcher  la  richesse. 

«  Quand  la  correction  est  violée  et  les  richesses 
dissipées,  la  joie  et  la  musique  sont  arrêtées.  Le 
(son)  faible  qui  veut  s'élever  jusqu'au  fort  provoque 

^  Ping,  La  substitution  du  lin  au  wa-yi  détruit  cette  propor^ 
tion. 

^  Litt.  :  «  Ce  qu'on  fond  c  est  le  métal  • ,  etc.  Le  tambour  indique 
qu'il  faut  renforcer  ou  diminuer,  allonger  ou  précipiter. 

^  Chaque  vent  a  son  instrument  auquel  il  donne  le  son.  Ainsi  le 
nord  fait  résonner  la  peau;  le  nord-est,  les  (lûtes  sheng;  Test,  le 
bambou,  etc. 

*  Si  le  wu-yi  devient  ta-lin. 


KOUE-YU.  71 

sa  résistance  et  ne  convient  pas  à  ToreiHe;  ce  nest 
point  de  rharmonie.  Le  son  qui  veut  dépasser  sa 
portée  n'est  point  équilibré  [ping).. Des  sons  ainsi 
mauvais,  irréguiiers,  n  appartiennent  pas  au  domaine 
des  Tsong-kuân  ^ 

«  Les  sons  harmonisés ,  équilibrés ,  donnent  les 
richesses  justes  et  sûres.  Ainsi  on  les  dirige  par  la 
vertu  du  Milieu  intact,  on  les  ondule  par  les  tons 
harmonisés.  Par  les  vertus  et  les  sons  musicaux 
exempts  de  faute ,  on  concilie  les  esprits  et  les  hom- 
mies.  Ce  sont  les  esprits  qui  donnent  la  paix,  les 
hommes  donnent  le  renom. 

«Dissiper  les  biens  du  pays,  épuiser  les  forces 
du  peuple  pour  satisfaire  les  passions  du  cœur,  trou- 
bler l'harmonie  des  sons,  la  justesse  des  mesures,  ne 
point  grandir  en  instruction,  mais  perdre  le  peuple 
et  irriter  les  esprits,  c'est  ce  que  votre  sujet  n'a  ja- 
mais entendu  qualifier  de  licite.  » 

Le  roi  n'écouta  pas  davantage  ce  second  conseiller 
et  fit  fondre  son  ta-tchong,  La  vingt-quatrième  an- 
née ,  on  vint  lui  annoncer  qu'il  était  achevé.  11  s'em- 
pressa de  dire  au  maître  Tcheou-kao  que  l'instru- 
ment était  harmonisé. 

«  C'est  ce  que  je  ne  puis  savoir  »,  répondit  le  chef 
de  la  musique. 

0  Comment  cela?  »  répartit  le  roi. 

Tcheou-kao  répondit  :  «Quand  le  roi  fait  faire 
un  instrument  et  que  le  peuple  peut  le  faire  servir 
à  la  musique,  alors  il  est  harmonique.  Maintenant 

*  Le  Tsong-pe  et  les  ofFiciers  du  corps  musical. 


72  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

les  ressources  sont  épuisées,  le  peuple  est  accablé, 
partout  règne  Tindignation  ;  votre  sujet  ne  voit  pas 
où  est  cette  harmonie. 

«  Ce  que  le  peuple  aime  peut  rarement  ne  point 
réussir;  ce  qu'il  déteste  échappe  rarement  à  la  des- 
truction. C'est  pourquoi  il  est  dit  : 

«  L'union  des  coeurs  forme  une  forteresse,  l'union 
«  des  bouches  fond  le  métal  le  plus  dur^  En  trois 
«ans,  voilà  deux  altérations  du  métal  ^.  Je  crains 
«  bien  une  chute.  » 

Le  roi ,  l'interrompant ,  s'écria  :  «  Vieillard  rado- 
teur^, qu'en  savez-vous?» 

L'an  XXV,  le  roi  mourut,  mais  le  tchong  n'était 
pas  harmonique.  (Les  musiciens  avaient  trompé  leur 
prince.  ) 

Nota.  Il  serait  hors  de  propos  de  s'étendre  ici  sur  les 
principes  de  la  musique  ;  on  pourra  consulter  à  ce  sujet  le 
traité  du  père  Amyot,  le  Yo-king  de  Tchou-hi,  ma  petite 
étude  insérée  aux  annales  de  la  Société  asiatique  d'Italie,  i  SgS , 
et  d'autres  ouvrages  encore.  Mais  il  ne  sera  pas  inutile  d'en 
résumer  ici  les  principaux  traits  nécessaires  à  Tintelligence 
4e  ce  texte. 

Les  Chinois  connaissent  et  emploient  nos  douze  notes  de 
la  gamme  montant  de  demi  en  demi -ton.  De  très  bonne 
heure  ils  en  ont  fixé  le  son  en  forgeant  des  tuyaux  normaux 
dont  chacun  donne  l'une  des  douze  notes  de  cette  gamme. 

'  Les  cœurs  unis  se  défendent  puissamment  ;  le  souffle  chaud  de 
toutes  les  bouches  peut  fondre  le  métal.  G'esUà-dire  :  L'union  fait, 
donne  la  force. 

*  Gdle  des  monnaies  el  celle  des  instruments  de  musique. 

'  Les  mots  chinois  indiquent  un  vieillard  de  quatre-vingts  ans  à 
l'esprit  affaibli  et  quelque  peu  troublé. 


KOUE-YU.  73 

Ces  tuyaux  sont  les  lut  (60.  6)  qui  se  comptent  de  didërentes 
manières;  parfois  on  en  compte  douze  et  Ton  range  toutes 
les  notes  dans  une  seule  et  même  catégorie.  D'autres  fois  on  en 
distingue  deux  classes  composées  chacune  de  six  notes  que 
Ton  qualifie  de  fortes  et  faibles ,  attribuant  les  premières  au 
principe  actif  yang,  les  secondes  au  principe  réactif  yin;  on 
appelle  aussi  les  dernières  notes  intermédiaires  parce  que  ce 
sont  les  secondes ,  quartes  \  etc.  Elles  portent  aussi  les  noms  de 
lu  (3o.  4)  et  de  long  (3o.  3)  *.  Parfois  encore  on  compte  sept 
lut,  qualifiant  ainsi  les  sept  notes  de  la  gamme  ordinaire.  Mais 
ceci  ne  constitue  encore  que  des  tons  idéaux.  Les  notes  pro- 
prement dites,  appelées  shing  ou  yin,  sons  harmoniques,  ont 
chacune  un  nom  spécial.  Mais  les  Chinois n  en  reconnaissent 
que  cinq  comme  fondamentales  et  dignes  de  ce  nom;  ce  sont 
celles  qui  se  mesurent  par  un  ton  d'intervalle.  Ainsi  les  lut 
ont  un  nom  comme  tels  et  la  note  qu'ils  produisent  en  a  un 
autre.  La  note  fondamentsde ,  la  première  des  cinq ,  celle  que 
donne  le  premier  lut,  e&ifa.  Les  autres  sont  calculées  non 
point  de  ton  en  ton,  mais  par  quintes ^à,  ut,  sol,  ré,  la.  On 
calcule  ainsi  les  douze  notes  de  quinte  en  quinte ,  ou  de  quarte 
en  quarte  en  montant  ou  descendant;^!,  sol,  la,  ut  et  ré  y 
sont  diésës. 

Ces  notes  s'appellent  kong,  shang,  kio,  tche,  yu  (fa,  sol, 
la,  do,  rë)';  kong  s'applique  au  premier  des  lut. 

Voici  les  noms  des  lut  : 


FOBTS  IMPATRS. 

FAIBLES  PAIRS. 

Hoang-tchong, 

Tai'tson. 

Kiu-si. 

fa. 

sol. 

la. 

Ta-lin,              fa  #. 
Ing-tchong,         sol  jf 
Nan-liu,            la  #. 

Joni'pin, 
î'tse. 

si. 
do#. 

Lin-tchong.        ut. 
Siao-liu,            ré. 

Wou-yi, 

ré#. 

Kia-tchong.       mi. 

'  Accompagnant. 

'  Ce  sont  aussi  les  tons  pairs  et  impairs. 

^  Si  est  pien-tche  et  mi,  pien-kong. 


74  JANVIER-FEVRIER   1894. 

La  longueur  et  la  largeur  de  ces  tuyaux  mélodiques  sont 
fixées  en  pouces,  lignes,  etc. ,  en  sorte  que  leur  dimension  et 
leur  ton  sont  invariables,  La  première  avait  alors  i.  2.  p., 
5  1.  sur  6  i.  ^1. 

Les  Chinois  connaissent  aussi  la  différence  qui  existe  entre 

fa^  et  solh,  entre  ut  et  si # ,  et  comme  leurs  lut  ne  peuvent 

rendre  ces  nuances ,  ils  ne  peuvent  admettre  la  substitution 

d'une  base  à  l'autre,  comme  voulait  le  faire  King-Wang.  Cela 

aurait  troublé  toute  l'harmonie  musicale  \ 

Les  douze  lut  sont  aussi  mis  en  rapport  avec  les  douze  mois, 
le  premier  correspondant  au  onzième  mois  où  se  trouve  le 
solstice  d'hiver  qui  est  le  point  générateur  de  l'année  entière, 
année  astronomique  et,  à  ce  point  de  vue,  invariable,  tandis- 
que  l'année  civile  a  commencé  selon  les  temps  à  différentes 
époques. 

La  longueur  du  premier  lut  avait  été  déterminée  par  celle 
de  8 1  grains  de  millet  noir  mis  bout  à  bout  dans  le  sens  de 
leur  longueur.  Les  mesures  ont  varié;  mais  nous  ne  pouvons 
entrer  dans  ces  détails.  D'après  Tsai-yu ,  sous  Shen-tsong  des 
Mings  (lôyS  à  i6ao),il  y  a  trois  genres  de  lut  formant  trois 
octaves  :  les  graves,  les  moyens  (octave  normal)  et  le»  aigus. 
La  base  des  moyens  est  le  pied  ;  celle  des  graves ,  le  double 
pied  ;  celle  des  aigus ,  le  demi-pied.  Ces  trois  dénominations 
s'appliquent  aussi  à  deux  octaves;  les  graves  vont  de  si  à  mi; 
les  moyens,  de^  à  mi;  les  aigus  de^  à  /«#. 

Pourquoi  les  Chinois  n'ont-ils  que  cinq  notes  fondamentales  ? 
C'est  incertain  ;  le  plus  probable ,  c'est  qu'à  toutes  les  choses  de 
la  nature  ils  cherchaient  un  nombre  quintuple  i  cinq  planètes, 

cinq  éléments,  cinq  couleurs ,  cinq  tons;  c'est  qu'aussi 

la  tierce  et  la  septième  ont  un  caractère  particulier,  séparées 
d'un  demi-ton  seulement  des  notes  suivantes;  elles  semblent 


*  Si  woa-yi  était  hong ,  dit  Tchen-tong-zhu ,  tchong-lu  seul  ferait 
tche  et  il  n'y  aurait  plus  de  ton  pour  shang,  hio  et  yà.  C'est-à-dire 
que  si  ré  #  devient  hase ,  il  faudra  mi  # ,  /a  #  ^  et  51  #  ;  ormijff.faj/^jf 
et  5(^  n'existent  pas  dans  les  instruments  de  musique  à  tubes,  etc. 


KOUE-YL.  75 

appeler  celles-ci  et  n avoir  qu'une  résonance,  une  sonorité 
de  transition  \ 

Les  Chinois  distinguent  encore  les  sept  bases  ou  principes 
et  les  cinq  compléments ,  c'êst-à-dire  les  sept  quintes  naturelles 
fa- ut,  ut -sol,  sol-ré,  ré-la,  la-mi,  mi-si,  si,  puis  les  cinq  sui- 
vantes :  5fyà#,ytfit  «(#,  ut^,sol#  5oZ#,  re#  être #-/flJt  qui 
termine  la  série,  la  #  ramenant  èifa. 

Ajoutons  que  les  Chinois  attribuent  un  caractère  particulier 
à  chacun  des  cinq  tons:  kong,  shang,  etc.,  «majesté», 
«  force  » ,  «  douceur  » ,  «  promptitude  » ,  «  action  »  et  «  brillant  ». 


VII 

Le  roi,  voulant  faire  faire  un  wou-yi,  interrogea 
Tcheou  kao  sur  la  nature  des  lu^.  Celui-ci  lui  ré- 
pondit :  «  Le  lu  est  ce  qui  établit  Tégalité ,  le  niveau 
(des  sons^)  et  doù  procède  la  mesure^. 

«  Jadis  les  Shen-ka-lao  ^  avaient  les  sons  justes  et 

^  Ces  notes  porteut  aussi  les  noms  de  ko,  mi,  et  ichong, si. 

*  Ce  mot  désigne  les  six  lat  et  les  si;^  lu.  Les  premiers  sont 
formés  du  yang  et  les  stconds  du  yin.  Les  six  lut  sont  :  le  koang- 
tchong,  le  ta-lu,  le  ku-sin,  le  jia-pin,  le  i-tze  et  le  wu-jfi.  Les  six 
lu  sont  ;  le  lin-tchong,  le  tclwng-lin ,  le  hia-tcliong ,  le  yiu-tckong 
et  le  nan-lin.  Le  hoang-tchong  commence  au  onzième  mois  dans, 
lequel  tombe  le  solstice  d'hiver  qui  commence  Tannée  astronomique. 
Les  six  premiers  ou  lut  sont  :  la  note  du  ton  ou  première,  la  tierce» 
la  quinte,  la  septième,  la  neuvième  et  la  onzième.  Les  six  lu  sont  : 
ie#  notes  paires  ou  yin ,  seconde ,  qUarte ,  sixte ,  octave ,  dixième  et 
douzième. 

^  Kiun  est.  le  bois  qui  établit  la  mesure,  le  niveau  du  tchong; 
û^i  lofigde  7  pif^  et  suspendu  à  une  corde.  11  sert  à  mesurer 
les  tcbongs,  petits  ou  grapds,  purs  ou  mélangés. 

*  Litt.  :  «Les  vieillards-a veuves-esprits».  Ce  sont  les  chefs  mu- 
siciens, qui  connaissaient  les  lois  du  ciel  et  qui ,  après  leur  mort ,  sont 
honoré»  d'un  .culte  comme  «pères  de  la  musique».  C'est  pourcjuoi 


76  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

les  fixaient  par  la  mesure.  Mesurant  les  hil\  nive- 
lant les  tchong^  tous  les  mandarins  en  possédaient 
les  lois.  On  les  disposait  daprès  la  distinction  des 
trois  (puissances  :  le  ciel,  la  terre  et  Thomme).  On 
équilibrait  (les  sons)  par  les  six  lut^  on  les  parfai- 
sait par  les  douze  notes.  C'est  la  voie  du  ciel  (dont 
le  nombre  est  12  et  pas  plus).  Ces  six^  ont  la  cou- 
leur du  milieu  (entre  ciel  et  terre),  c'est  pourquoi 
on  donne  (à  leur  fondement)  le  nom  dehoang-tchong. 
C'est  ce  qui  entretient  et  perpétue ,  propage  les  six 
khis  et  les  neuf  vertus,  et  c'est  de  là  qu'est  tirée  leur 
règle. 

«(Le  premier  lut  est  donc  le  Jioang-tchong^).  Le 
second  s'appelle  ta-tsoa  ^.  C'est  par  là  que  le  métal 
(vibrant)  aide  le  yang  à  s'échapper  quand  il  est  tenu 
concentré  par  le  yin. 

«  Le  troisième  lut  est  le  ka-sin;  c'est  par  lui  que 

on  les  qualifie  de  Shen  «  sachant  combiner,  harmoniser  les  sons  •  ; 
ils  fixaient  la  forme  des  instruments  et  leur  son  par  la  mesure  de 
la  longueur  et  du  contenu.  On  comptait  en  effet  le  nombre  de  grains 
de  millet  que  devaient  contenir  les  tubes  normaux. 

^  Ils  mesuraient  la  longueur  des  lut  et  des  lu  pour  équilibrer 
leurs  tchengs  ou  leurs  instruments  musicaux,  et  harmoniser  leurs 
sons  et  fixer  les  lois  des  fondions.  C'est  pourquoi  il  est  dit  que  les 
lut,  les  mesures  de  longueur,  de  capacité  et  de  poids  y  ont  leur 
principe. 

'  Ce  sont  les  six  khis  qui  descendent  du  ciel  et  engendrent  les 
cinq  goûts.  Ils  ont  la  couleur  de  la  lumière,  et  cda  fait  donner  à 
leur  base  le  nom  de  hoang-tchong  ou  «  tchong  jaune  •. 

^  Lekuan  a  9  pouces  de  long,  3  fen  de  diamètre  et  9  de  circon- 
férence. Le  lut  a  9  pouces  de  longueur.  9X9  font  81.  C'est  le 
nombre  fixe  du  hoang-tchong. 

*  Tuyau  de  8  pouces.  Sa  nofe  est  le  shang.  Le  métal  est  la  cloch3 
qui  dirige  la  mesure.  (Ch.  Tcheouli,  XXIII,  art.  Tchongshe.) 


KOUË-YU.  77 

les  êtres  se  forment  et  se  purifient;  il  concilie  les 
esprits  et  attire  les  hôtes  ^ 

«Le  quatrième  est  le  joui-pin,  qui  donne  la  paix 
et  la  joie  aux  esprits  et  aux  hommes,  qui  fait  offrir 
le  vin  et  échanger  les  toasts  ^. 

«  Le  cinquième  est  le  y-tse;  c'est  par  lui  que  les 
chants  ont  leur  modulation ,  que  les  lois  se  forment, 
que  le  peuple  est  en  paix ,  sans  dissension  ^. 

«  Le  sixième  est  le  wou-yi;  c'est  par  lui  que  se  ré- 
pandent les  enseignements  des  sages,  leurs  vertus, 
et  que  le  peuple  pratique  la  justice*. 

«Les  tons  intermédiaires^  de  ces  six  répandent, 
rassemblent,  compriment  et  prolongent,  dispersent, 
répandent  çà  et  là  (les  ondulations  sonores). 

«  Le  premier  intermédiaire  est  le  ta-lu  ^,  qui  aide , 
perpétue  les  êtres  et  leurs  actes. 

«  Le  deuxième  est  le  kia-tchon^  "^  ;  il  met  en  mou- 

*  Ka-sin  veut  dire  «lavé,  pur».  Quand  on  en  use  au  temple  an- 
cestral ,  on  se  concilie  les  esprits ,  et  la  paix  qu'il  fait  régner  permet 
de  recevoir  les  hôtes  que  cette  paix  attire. 

*  Kuan  de  6  pouces  3  fens.  Lut  de  6  pouces  8 1  fens.  Son  har- 
monie inspire  l'esprit  de  concorde  au  temple  ancestral  et  à  la 
maison. 

*  Lut  de  7  pouces  129  fens.  Par  lui  les  êtres  se  parfont,  les 
m^odies  s'achèvent,  les  bonnes  actions  se  font,  etc. 

*  Lut  de  4  pouces  6,56 1  fens. 

^  Les  lu  ou  «  tons  pairs  • ,  intermédiaires  des  impairs  ;  seconde , 
tierce,  etc. 

'  La  seconde  de  la  gamme,  correspondant  au  douzième  mois 
(son  tube  est  de  8  p.  8  1.].  A  ce  mois,  le  yin  se  rattache  au  yang 
par  le  hoang-tchong  et  domine;  les  êtres  commencent  à  se  re- 
faire. 

'  La  quarte  correspond  au  deuxième  mois  où  tout  renaît.  Le  khi 


78  JANVIER-FÉVRIER    1894. 

vement  les  effluves  atomiques  des  khi  des  quatre 
saisons. 

«Le  troisième  est  le  tchong-la  ^;  il  répand,  pro- 
page le  khi  entre  ciel  et  terre. 

«Le  quatrième  est  le  Un-tchong^\  il  établit  l'har- 
monie entre  les  êtres  quil  développe,  leur  donne 
leurs  fonctions  et  inspire  la  diligence  et  le  res- 
pect. 

«Le  cinquième  est  le  nan-lu,  qui  aide  le  yang  à 
donner  à  tout  sa  perfection,  sa  beauté^. 

«  Le  sixième  est  le  ying-tchong  ^,  qui  équilibre 
toutes  les  actions  bienfaisantes  des  principes  forma- 
teurs ^  ;  tous  les  ustensiles   sont  employés  confor- 

reprend  son  action  poùr-ia  perpétuer  pendant  le»  quatre  saisons. 
Le  kia-tchong  aide  le  tchong  du  yang  à  :se  concentrer.  Tube  long 
de  7  pouces  4  lignes. 

^  La  siite;  quatrième  moj^;  tube  de  6  pouces  6  ligues.  Le  kbi 
du  yang  pénètre  dans  l'entre-ciel-et-terre.  Le  yin  se  renferme  au 
centre  du  yang  pour  l'aider  en  son  action ,  le'  khi  se  répand  en 
faisant  croître  les  êtres. 

^  La  buitième;  le  sixième  mois;,  tube  de  6  pouces.  Lin- tchong 
veut  dire  :  «qui  rassemble  tout,  acbève;  en  son  action,  point  d'er- 
reur; tout  en  reçoit  sa  mission;  il  aide  à  l'accomplir  avec  diligence 
et  soin  minutieux  ».  Il  s'appelle  aussi  han-tchong. 

^  «  Lu  du  Sud  »  ;  5  pouces  3  lignes.  Correspondant  au  buitième 
mois;  c'est  la  dixième.  Cette  beauté  est  celle  de  fépi  non  encore 
plein,  de  la  (leur  précédant  les  fruits.  Le  yin  aide  le  yang  à  les 
produire,  et  à  développer  tout  ce  qui  croiL 

*  «Tcbong  correspondant»;  dixième  mois;  à  pouces  7  lignes; 
douzième.  Le  yin  correspond  au  yang,  a  une  action  égale;  ainsi 
ils  parfont  les  êtres,  rassemblant  tous  les  éléments  constitutifs 
(tcbong).  Tous  les  instruments  sont  prêts  selon  le  temps,  leurs 
usages  sont  parfaitement  réglés  et  équilibrés. 

^  On  use  de  tout  selon  les  règles  et  la  juste  mesure. 


KOUE-YU.  79 

mément  aux  règles  de  leur  usage ,  retournant  à  leur 
nature  essentielle  ^ 

«  Quand  les  lut  et  les  la  ne  sont  pas  altérés ,  alors 
rien  n'est  corrompu^.  Les  sons  minces,  harmonisés 
[kio,  ya)  ont  le  tchong  sans  le  po^;  ils  font  ressortir 
les  forts. 

«  Les  forts  harmonisés  ont  le  po  sans  tchong  *. 
Les  très  forts ^  nont  point  po  et  n  appellent,  n ad- 
mettent que  les  sons  minces. 

«  Le  son  fort  faisant  ressortir  le  faible  qui  répond , 
c'est  le  procédé  de  l'harmonie  véritable.  Quand  l'har- 
monie est  bien  équilibrée  elle  dure  (la  musique 
peut  se  prolonger);  se  prolongeant,  elle  se  main- 
tient en  accord  et  plaît  par  sa  simplicité.  Simple  et 
harmonieuse,  brillante,  elle  s'achève  parfaitement^. 
Achevée,  elle  recommence,  réglant  ainsi  Fexécution. 
C'est  ainsi  qu'elle  doit  se  diriger  et  s'achever.  C'est 

*  Il  s'agit  principalement  des  vases  et  ustensiles  des  sacrifices. 
Au  premier  mois  d'hiver,  il  est  ordonné  de  les  mettre  (n  ordre, 
afin  qu'il  n'y  ait  rien  de  désordonné,  d'entravant  l'emploi;  que  lés 
cœurs  soient  purs  et  pieux. 

^  Les  Esprits  ne  nuisent  aucunement;  rien  ne  blesse  les  êtres 
vivants;  tout  est  fait  en  son  temps. 

^  Tchong  est  le  tortchong,  et  po  le  siao  (le  fort  et  le  faible); 
tchong  sans  fo  veut  dire  que  les  deux  sons  faibles  ne  s'harmonisent 
pas.  C'est  le  tchong  qui  est  la  base  de  l'accord.  Les  deux  sons  minces 
sont  ceux  de  la  soie ,  du  bambou ,  de  la  peau  et  du  bois.  Proprement 
Tchong  est  la  grosse  cloche  musicale,  po  est  la  petite.  (Cf.  Tcheou- 
li,  XXIll;  Tchong-shL) 

^  Kong  et  shang  sont  forts;  deux  forts  ne  s'harmonisent  pas. 
C'est  pourquoi  il  faut  po  (tchong  faible)  sans  ta-tchong  (ou  fort). 

^  Kong,  shang  en  leur  timbre  fort. 

*  Comp.  Lûn-yû,  HT,  2  3. 


80  JANVIER-FEVRIER   1894. 

pourquoi  les  anciens  rois  Font  tenue  en  grand  hon- 
neur ^  » 

Le  roi  (ayant  entendu  cette  application)  con- 
tinua :  «  Que  sont  les  sept  lat^?  y» 

Le  chef  musicien  répondit  :  «  Jadis,  quand  Wu- 
Wang  attaqua  le  tyran  de  Yin,  (Fétoile)  de  Tannée 
était  au  Skun-ho^.  La  lune  se  trouvait  au  quadrige 
céleste  *  et  le  soleil  à  la  partie  de  la  voie  lactée  cor- 
respondant au  Sik-mu^.  La  conjonction  lunaire 
était  au  bout®  de  lanse  du  Boisseau.  L astre  Sing'' 
se  trouvait  au  Tien-yuen  ^.  Ainsi  soleil,  Sing  et 
conjonction,  tout  était  au  Pe-wei  (le  Petit  chien  du 
nord). 

«Ce  par  quoi  Tchuen-hu  fut  établi  en  dignité, 
Ti-ku  le  reçut  après  lui  ^.  Pour  moi  qui  suis  de  la 

^  Parce  quils  savaient  qu'die  pouvait  détourner  les  vents  et 
changer  les  mœurs  grossières. 

^  Les  Tcheous  connaissaient  les  sept  notes  et  sept  lut  dont  elles 
étaient  la  base. 

^  Schun-ho,  espace  du  9"  du  Saule  au  16'  degré  du  Filet  dans 
l'Hydre. 

*  La  mansion  Fong  au  Scorpion. 

^  L'espace  depuis  le  10*  degré  de  la  Queue  jusqu'au  11*  du  Bois- 
seau du  midi:  du  Scorpion  au  Sagittaire.  Le  soleil  était  un  degré  de- 
vant. 

^  Devant  les  chevaux  du  char  céleste.  {Commentaire.) 

^  La  planète  de  l'Eau  ou  «Mercure».  Al.  La  const^ation  Sing 
dans  l'Hydre. 

^  L'aire  depuis  le  8*  degré  de  la  iSin-niu  jusqu'au  i5*  de  fVêi;  du 
Verseau  à  Pégase,  L'aire  de  Tsi. 

^  Ils  se  succédèrent  sur  le  trône.  Les  Tcheous  descendent  de  Ti- 
kou  par  Heou-tsi.  Tchuen-hu  régna  par  la  vertu  de  l'eau  qui  venait 
du  nord  ;  Ti-kou ,  par  celle  du  bois  qui  naît  de  l'eau.  Les  Tcheous 
régnent  par  cette  vertu  qu'ils  ont  prise  aux  Shangs  (Wu-shu). 


KOUE-YU.  81 

famille  Ki,  je  proviens,  comme  elle,  du  Tîen-yuen. 
Le  Si-mu  ^  contient  le  Kienching  et  le  Kien-niu^. 

«Pour  moi,  je  vénère  comme  de  mon  ancêtre  le 
siège  (point  d  appui)  de  Tesprit  de  Fong-kong,  des- 
cendant dePe-ling,  le  neveu  de  Ta-kiang,  Tépouse 
impériale*.  Où  est  l*astre  de  Tannée,  se  trouve  pour 
moi  Taire  de  Tcheou.  Quand  la  lune  est  au  Chin-ma , 
au  centre  de  la  mansion  Chin,  Tagriculture  pros- 
père ,  c'est  là  Tœuvre  de  notre  ancêtre  Heou-tsi. 

«Le  roi  (Wu)  désira  tirer  parti  de  ces  cinq  sta- 
tions et  de  ces  trois  sièges  réunis^. 

«  Depuis  là  Caille  jusqu'au  Quadrige  ^,  il  y  a  sept 
mansions^.  Du  sud  au  nord,  on  distingue  sept  ré- 
gions "'. 

^  L'espace  Si-mu.  L'aire  correspondant  à  Tsi.  Ils  descendaient 
d'un  prince  de  Tsi  (Tsi-niu). 

-  Partie  du  Sagittaire  et  le  Bouvier. 

'  Pi  désigne  l'épouse  défunte.  C'est  Ta-kiang,  épouse  de  Tsi- 
Weng,  mère  de  Wang-ki»  père  de  Wen-Wang.  «Pe-ling»,  ancêtre 
de  Ta-kiang  et  prince  de  Fong.  Fong-kong,  descendant  de  Pe-ling, 
était  le  neveu  de  Ta-kiang.  Les  Yin  avaient  d'abord  été  investis  de 
la  principauté  de  Tsi.  Ce  pays  appartenait  au  Tien-yuen,  auquel 
ils  avaient  été  associés. 

*  Les  cinq  sont  :  l'année,  la  lune,  le  soleil,  les  planètes  et  les 
constdlations.  Les  trois  sont  :  ce  sur  quoi  se  repose  l'esprit  de 
Fong-kong,  le  domaine  des  Tcheous  et  l'œuvre  de  Heou-tsi.  (Com,) 

'  Le  /S,  ^,  ir,  p  du  Scorpion.  Com,  de  Tchang-sia  à  Fong-siu. 

•  Les  mansions  26,  27,  28,  1,  2,  3  et  4;  de  fVnh  à  Tze, 

'  long.  Tantôt  c'était  lie.  Ceux-ci  représentent  les  lut,  les  sons 
mâles.  Les  long  représentent  les  sons  femelles.  Il  y  a  sept  tong 
de  l'endroit  où  la  race  de  Tcbeou  sortit  jusqu'au  Tien-yuen.  Le 
ciel  est  divisé  entre  vingt-huit  mansions  lunaires ,  dont  sept  au  nord 
et  sept  au  midi.  On  voit  que  les  exégètes  ne  sont  pas  sûrs  de  leurs 
explications. 

m.  6 


i«riiitBaiB  aiTioitLB. 


82  JANVIER-FÉVRIER    1894. 

«  Les  hommes  comme  les  Esprits  s  accordent,  en 
leur  musique,  quant  à  ce  nombre,  et  le  produisent, 
Tillustrent  par  les  sons  musicaux.  Quand  les  nom- 
bres s  accordent  et  que  les  sons  s  harmonisent,  alors 
il  y  a  entente  entre  les  Esprits  et  les  hommes. 

«Cest  ainsi  quil  y  a  sept  lat,  c'est  que  par  ce 
nombre  on  atteint  celui  des  lat  et  harmonise  le  ton. 

«  Le  roi  VVu,  après  deux  mois,  au  jour  kwei^hai, 
mettait  son  armée  en  ordre  ;  il  n  avait  point  encore 
fini  qu'il  tomba  une  forte  pluie.  Mais  lorsque  les  in- 
struments de  musique  eurent  été  accordés  ^  sur  le 
ton  shang-kong  et  quils  eurent  donné  cette  note, 
Tordre  de  bataille  se  trouva  parfait  ^. 

«  A  l'heure  tchen ,  quand  la  conjonction  lunaire 
est  au-dessus  de  Shu^,  élevant  le  ton  harmonisé 
kong,  on  en  fait  Yû'*. 

«  Par  ces  accents  on  (s'anime  et)  se  rend  capable 
de  défendre  le  peuple  et  de  lui  faire  observer  les  lois. 

«  Par  le  hia-kong  du  hoang4chong  ^,  au  son  de  ses 


^  Par  cet  accord  ils  établissaient  un  accord  également  parfait 
entre  les  soldats  et  leur  inspirait  confiance  et  fidélité.  Le  kong  çlait 
la  note  fondamentale  /a..  Elle  est  qualifiée  de  skang  (1.2)  parce  qu'à 
ce  moment  le  Khi  du  Yang  se  portait  vers  Je  haut. 

*  Cp.  te  Tcl^eou-li,  XXin,  Ta-shi,  oùil  est  dit  que  le  Ta-shi,  au 
moyen  des  tons  fondamentaux  et  accessoires  [lut  et  t'ong),  déter- 
mine la  note  de  la  musique  guerrière  et  augure  du  succès  des  ma- 
nœuvres de  l'armée.    . 

'  Â  l'anse  du  Boisseau. 

^  Le  jâ  est  un  son  qui  anime ,  encourage.  Le  Com.  dit  :  avant 
d'employer  kong,  après  que  la  conjonction  était  à  la  queue  de 
rOurse;  la  musique  qu'on  fait  à  ce  classement  du  temps  est  Iqjû, 

^  Ce  ton  maintient,  nourrit,  propage  la  force  et  la  vertu.  Son 


KOUE-YU.  83 

accents,  le  roi  (  Wu)  étendit  ses  armées  sur  la  plaine 
de  Mu.  C'est  pourquoi  on  appelle  ce  ton  li  (qui 
anime,  encourage),  parce  qu'il  sut  donner  du  cou- 
rage à  toutes  les  troupes  ^ 

«Par  le  son  kia-kong^  du  tai-tsoa,  il  promulgua 
ses  ordres  contre  l'ennemi,  le  prince  Shang;  il  fit 
briller  ses  talents^,  ses  vertus,  atteignant  (pour  les 
punir)  tous  les  crimes  de  Sheou. 

«  Par  le  tai-tsoa  (la  note  sol) ,  on  aide  le  Yang  co^ 
gulé  à  se  dégager.  Ainsi ,  dit-on ,  il  se  signala  parce 
qu'il  avait  illustré  la  vertu  des  trois  rois  *. 

«De  là  il  retourna  jusqu'à  Ying-nei^,  et  par  le 
shang *-kong  du  lut  wu-yi  il  proclama  ses  ordres, 
fit  régner  les  lois  et  connaître  les  méfaits  défendus, 
à  éviter  parmi  tout  le  peuple"'.  C'est  pourquoi  il  lui 
donna  le  nom  de  lai-lan.  C'est  par  lui  qu'on  inspire 
la  sagesse,  qu'on  donne  la  paix  et  le  bonheur  au 
peuple.  » 

ton  est  qualifié  de  kia  parce  que  le  hoang-tchong  est  au  bas  de 
l'ëchelle. 

^  Litt.  :  «Aux  six  corps  d'armée».  C'était  le  neqabre  que  devait 
avoir  le  souverain  suprême. 

*  Même  motif  qu à  la  noie  5,  p.  8a  (Aia). 

^  fVmi,  Le  Commentaire  y  voit  le  nom  de  Wen^Wang. 

*  \Ven<Wang  et  ses  ancêtres  Wang-kiet  Ta- Wang. 

^  Localité  incertaine  «  nom  de  pays  » ,  dit  gravement  Wei-shi. 

*  Voir  noie  i,  p.  83. 

'  Le  Wu-yi  convient  particulièrement  pour  reproduii^e  les  leçojAs 
et  faire  comprendre  les  principes  de  l'équité. 


G 


84  JANVIER-FEVRIER   1894. 


VIII 

King-Wang  avait  fait  tuer  Hia-meng-tze  ^  Pin- 
meng,  étant  allé  au  faubourg,  y  vit  un  coq  qui  s'était 
arraché  la  queue.  Ses  serviteurs  qu'il  interrogea  lui 
dirent  que  cet  animal  craignait  de  se  voir  destiné  au 
sacrifice^.  Pin-meng  s  en  retourna  en  hâte  et  alla  an- 
noncer le  tout  au  roi.  «  Je  vois,  ajouta-t-il,  que  c'est 
un  vrai  volatile  domestique.  Il  est  difficile  davoir 
une  victime  sacrificielle  pour  les  hommes.  Mais 
quand  on  se  sacrifie  soi-même,  il  n'y  a  point  de 
tort  fait.  Si  Ton  savait  réprimer  l'horreur  que  l'on 
a  de  servir  de  victime  ^  pour  les  hommes ,  on  serait 
capable  de  ce  sacrifice.  En  cela,  l'homme  difière  de 
cet  oiseau.  Celui  qui  se  sacrifie  peut  bien  gouverner 
les  hommes.  >» 

Le  roi  ne  répondit  point.  Il  partit  pour  la  chasse 


^  King-Wang,  n  ayant  point  d'héritier  légitime,  voulait  instituer 
comme  son  successeur  un  de  ses  fils  secondaires,  Tze-Meng,  puis 
il  changea  d'avis  et  voulut  lui  substituer  son  frère  cadet ,  Tze-tchao. 
Hia  Meng-tze,  Tafou  de  Tcheou,  était  lieutenant  de  Tze-Meng,  c'est 
pourquoi  le  roi  voulait  le  faire  tuer  pour  qu'il  ne  contrecarrât  pas 
ses  projets.  Pin-Meng,  autre  Tafou  et  lieutenant  de  Tze-tchao,  plai- 
dait la  cause  de  son  chef.  King-Wang  goûtait  ses  avis ,  mais  n'avait 
pas  encore  pris  de  résolution.  Pour  l'y  décider,  Pin-Meng  profite  de 
>4'exemple  du  coq  qui  s'arrache  la  queue  pour  ne  pas  être  sacrifié. 
11  représente  l'acceptation  de  la  royauté  comme  un  sacriBce  doxit 
peu  sont  capables.  11  faut  profiter,  dit-il ,  de  ces  dispositions  rares 
de  Tze-tchao. 

'  C'est  l'acceptation  de  la  couronne  qui  est  ce  sacrifice;  le  prince 
se  dévoue  pour  ses  sujets. 


KOUE-YU.  85 

et  se  rendit  au  mont  K'ong  ^.  Il  s'y  fit  suivre  des 
Kongs  et  ministres,  et  là  il  voulut  faire  tuer  Tan- 
tze^;  mais  il  mourut  avant  d  avoir  réussi  dans  ce 
projet. 

IX 

La  dixième  année  de  King-Wang  ^,  Liu-wen-kong 
et  Tchang-hwang  voulaient  fortifier  la  ville  de  Tcheng- 
tcheou.  Ils  allèrent  Tannoncer  au  pays  de  Tsin.Wei- 
hîen-tze  y  tenait  alors  en  main  les  rênes  du  gou- 
vernement. Il  en  parla  avec  Tchang-hwang  et  lui 

^  Au  Ho-nan-hien. 

'  King-Wang  craignait  que  Tze-tchao  n'acceptât  pas  la  position 
de  prince  héritier.  C'est  pourquoi  il  voulait  faire  tuer  Tan-tze ,  son 
ami  et  son  confident,  qui  le  détournait  de  cette  acceptation.  Le  roi 
mourut  d*une  maladie  de  cœur. 

^  Fils  et  successeur  du  King-Wang  précédent;  les  deux  noms 
s'écrivent  différemment.  L'État  de  Tcheou  avait  été,  à  l'avènement 
de  ce  prince,  dans  le  plus  dangereux  état  de  division  et  de  guerre 
civile.  Deux  fils  du  précédent  empereur,  Meng  et  Tchao ,  se  dispu- 
tèrent sa  succession.  Meng,  soutenu  par  ses  deux  ministres,  Lien- 
shi  et  Tcheng-shi ,  avait  fait  une  entrée  triomphante  dans  la  capi- 
tale, puis  y  était  mort  subitement  quelques  jours  après.  Ses  généraux 
proclamèrent  à  sa  place  un  frère  utérin  qui  prit  le  nom  de  Kong- 
Wang.  Mais  Tchao  continua  la  lutte  et  King-Wang ,  obligé  de  quitter 
la  ville  impériale,  eut  recours  au  princâ  de  Tsin.  Celui-ci  vint  à  son 
secours  avec  une  puissante  armée  et  Tchao  dut  s'enfuir  à  Tcheou, 
où  il  fut  assassiné  par  des  émissaires  impériaux.  Mais,  dans  ces 
luttes,  la  capitale  avait  été  à  moitié  démantelée,  et  il  s'agissait  de 
reconstruire  ses  remparts  pour  mettre  l'empereur  à  l'abri  des  entre- 
prises des  rebelles.  Le  rôle  joué  par  le  prince  de  Tsin ,  dans  cette 
lutte  fratricide,  obligeait  les  ministres  de  Tcheou  de  s'assurer  de 
son  appui.  Ces  deux  personnages  étaient  deux  ministres  inférieurs 
de  Tcheou.  Tcheng-tcheou  était  vis-à-vis  de  la  capitale,  séparée  par 
le  fleuve. 


86  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

accorda  sa  demande.  Il  convoqua  les  princes  à  une 
entrevue  pour  délibérer  à  ce  sujet.  Piu-hi  (Tafou)  de 
Wei,  étant  allé  au  pays  de  Tcheou,  entendit  parler 
de  cette  alTaire,  alla  voir  Tan-mu-kong  et  lui  dit  : 
«  Tchang-hwang  ne  s  expose-t-il  pas  è  périr  *  ?  ■ 

Les  chants  de  Tcheou  portent  ceci  :  «  Ce  que  le 
ciel  étaie  solidement^  ne  peut  s'éarouler.  Ce  qui  s'é- 
croule ne  peut  être  soutenu.  ■  Ce  fut  après  sa  victoire 
sur  le  dernier  des  Yin  que  Wou-Wang  composa  jadis 
ce  chant.  Il  en  fit  un  chant  de  fête  et  l'intitula  le 
Tchi,  Le  laissant  à  sa  postérité,  il  en  fit  comme  un 
miroir  (où  l'on  pouvait  reconnaître  la  nature  des 
événements). 

Le  rite  qui  prescrit  de  rester  debout'  à  ce  genre 
de  fête  fait  connaiti^  les  règles  supérieures.  Les 
petites  rè^es  s  accordent  avec  elles. 

Ainsi  y  plein  de  crainte  de  manquer  à  ce  qui  con- 
vient à  cette  circonstance ,  il  désire  instruire  le  peuple  ^ 
lui  donner  de  sages  avertissements. 

Ainsi ,  celui  qui  sait  soutenir  un  État  connaît  com- 

*  Appelé  aussi  Tcliang-shu.  Nous  apprenons  par  le  Tso-tdinen,  le 
motif  de  cette  sentence.  Tchang-hwang  agissait  en  maître  dans 
Tcheou  et ,  dans  une  assemUée  des  Grands ,  il  s'était  assis  tourne 
vers  le  sud ,  ce  qui  était  la  position  réservée  à  l'empereur  seul.  L'oc- 
cuper était  commettre  un  crime  de  lèse-majesté  et  d'usurpation  de 
pouvoir. 

*  Tout  cela  est  fort  obscur  et  le  Commentaire  n'ex{dique  non. 
Les  piliers  du  ciel  sont  ou  le  pouvoir  impérial  que  Tchang  a  osuzpé, 
ou  les  préceptes  et  rites  qu  il  renverse  par  sa  conduite.  Tchi  vent 
dire  «rameau,  soutien». 

'"*  Traduit  en  suivant  Wei-shi ,  comme  ce  qui  suit  :  c  Se  tenir  de- 
bout est  marque  de  respect  ». 


\ 


K0UE-Y(j.  87 

plètement  les  opérations  du  ciel  et  de  la  terre.  Sïl 
n  en  est  point  ainsi,  on  n  est  point  capable  de  laisser 
une  succession  à  ses  descendants* 

Maintenant  Tchang-hwang  veut  soutenir  ce  que 
le  ciel  fait  crouler;  n'est-ce  pas  une  entreprise  diffi- 
cile? Depuis  Yeou-Wang,  le  ciel  a  enlevé  son  éclat  à 
Tcheou,  il  la  laissé  dans  un  état  de  trouble  et  de 
lutte;  Tcheou  a  abandonné  la  vertu;  il  s'est  adonné 
à  la  débauche,  il  a  oublié  son  peuple  et  le  ciel  Ta 
renversé.  Qui  pourra  conjurer,  réparer  ses  ruines? 
C'est  impossible.  On  ne  peut  échapper  aux  ravages 
de  leau  et  du  feu ,  bien  moins  encore  aux  coups  du 
ciel. 

Un  proverbe  dit  :  «  Suivre  le  bien,  c'est  s'élever; 
suivre  le  mal,  c'est  assurer  sa  chute.  »  Jadis  Rong- 
kia^  troubla  l'empire  des  Hia;  après  quatre  généra- 
tions, cet  empire  succomba.  Hiuen-Wang  gouverna 
Shang  avec  zèle  ;  après  quatorze  âges ,  il  s'éleva  à 
l'empire.  Ti-kia  ^  le  troubla  et  après  sept  générations , 
Shang  périt.  Heou-tsi  administra  Tcheou  avec  dévoue- 
ment ;  après  quinze  générations ,  Tcheou  eut  l'empire , 
Yeou-Wang  ^  ressuscita  les  troubles ,  il  y  a  quatorze 


*  Le  quatorzième  successeur  de  Yù  le  Grand  (  1879-184^).  li 
eut  quatre  successeurs,  dont  le  dernier  fut  Kie,  détrôné  par  Tang. 
On  l'accuse  prrincipaietnent  de  s'être  adonné  au  culte  des  Esprits  des 
différentes  contrées  et  d'avoir  perverti  le  peuple  (Ta-ki). 

^  Ti-kia,  appelé  aussi  SiaO'-hië,  cinquième  successeur  de  Tang, 
troubla  les  lois  de  la  dynastie.  Son  bistoire«st  racontée  de  différentes 
manières  que  nous  ne  pouvons  exposer.  Le  Livre  de  Bambou  a  un 
Tai-kia  qui  Végna  de  1 686"  1 6  4  g . 

*  Yeou-Wang  a  violé  toutes  fcs  ioift  de  Tcheou.  Auparavant  Tcheôn 


88  JANVIËR-FÉVRIËK   1894. 

générations.  Les  biens  confiés  du  ciel  qu'il  a  à  garder 
sont  très  nombreux,  comment  y  réussirait- il? 

Tcheou  était  une  haute  montagne ,  un  large  fleuve , 
mie  plaine  immense  ;  il  pouvait  produire  des  biens 
excellents.  Yeou-Wang  en  a  fait  une  petite  colline, 
une  terre  d'immondices,  un  étroit  canal.  Pourrait-il 
subsister  encore?  Tan-tze  répondit  à  ces  paroles  : 
«  Les  fautes  commises  par  Tcheou  sont-elles  si  nom- 
breuses ?  » 

L'autre  repartit  :  «  Tchang-shu  ^  s'oppose  avec 
ardeur  à  ceux  qui  voudraient  les  réparer  en  faisant 
suivre  les  règles  célestes  (dans  les  affaires  humaines). 
Les  règles  célestes  doivent  être  suivies  et  jamais  aban- 
données. 

«  Tchang-shu  s'y  oppose  et  trompe  Liu-tze ,  ainsi 
il  commet  trois  fautes  : 

i"  a  II  résiste  au  ciel. 

2°  «  Il  s'oppose  au  règne  des  lois  de  la  sagesse. 

y  «  11  trompe  les  hommes. 

«Si  Tcheou  était  sans  faute,  Tchang-shu  seul  le 
ferait  périr.  Bien  que  Kien-tze  de  Tsin  se  préoccupe 
de  cet  état  de  choses,  s'il  obtient  du  ciel  la  pros- 
avait produit  des  sages  éminents ,  maintenant  il  n'y  a  j^us  que  des 
gens  cupides  et  rebelles.  Ce  prince ,  épris  d'une  épouse  secondaire 
nommée  Pao-sing,  s'enferma  dans  son  palais  sans  se  mêler  du 
gouvernement.  Les  princes  se  révoltèrent.  Battu  par  celui  de  Tchin , 
il  fut  fait  prisonnier  et  mis  à  mort  (770  A.  C).  Il  commença  ainsi 
la  décadence  des  Tcheous. 

*  Nom  d'honneur  deShu-hwang  ou  Tchang-huang;  Hiuen-Wang 
est  Ki ,  le  fondateur  de  la  dynastie  Shang. 


KOUE-YU.  89 

périté,  laura-t-il  acquise  par  ses  ii)érites?  ^  Quant  à 
Liu-shi,  ses  descendants  seront  certainement  mal- 
heureux (en  châtiment  de  ses  fautes).  Il  a  abandonné 
les  principes  et  les  lois  pour  suivre  ses  caprices  ^.  Il 
use  d'artifice^  pour  porter  les  calamités  célestes  à 
leur  comble.  Il  met  en  mouvement  tout  le  peuple 
pour  acquérir  de  la  renommée.  Son  châtiment  sera 
terrible.  « 

Cette  même  année,  Hien-tze  deWei  réunit  tous  les 
Tafous  des  princes  à  Ti-tsiuen.  Puis  il  alla  à  la  chasse 
dans  la  campagne  de  Tatse  et  y  mourut.  Quand  sur- 
vinrent les  troubles  suscités  par  Fan-tchong-hing 
(Tafou  de  Tsin),  Tchang-hwang  s'unit  aux  rebelles. 
Les  gens  de  Tsin  le  condamnèrent,  et  Tan  xxviii  ils 
le  firent  mourir. 

Enfin,  quand Ting-Wang  fut  monté  sur  le  trône, 
Liu-shi*  mourut  à  son  tour. 

Nota.  U  est  fait  mention  de  ces  projets  de  fortification  et 
de  leur  exécution  au  Tso-tchuen,  livre  de  Tchao-Kong  (X*), 
an.  XXXII ,  S  4.  H  y  est  dit  que  Kîng-Wang  envoya  Fu-sin  et 
Shi-tcliang  à  Tsin  pour  demander  l'appui  des  princes,  tant 
la  puissance  de  Tcheou  était  affaiblie.  —  Dans  sa  lettre  le  sou- 
verain vante  sa  bienveillance  pour  les  princes  et  se  plaint  de 
leur  peu  de  bienveillance.  Il  rappelle  que  Tcheng-Wang  avait 
jadis  fortifié  Tcheng-tcheou  afin  que  cette  ville  pût  être  la 

^  Litt.  :  c Convient-dle  à  sa  personnalité?» 

*  n  viole  les  lois  de  Tcheou  en  faisant  fortifier  la  ville  de  Tcheng- 
tcheou. 

^  Il  projette  au  fond  de  faire  changer  de  capitale  et  d'établir  le 
siège  du  gouvernement  à  Tcheng-tcheou. 

*  Descendant  de  Wen-Kong,  Hit  le  Commentaire,  qui  ajoute  :  c  il 
faat  lire  Tao-Wang  au  lieu  de  Ting-Wang.  » 


90  JAISVIER'FEVRIER   1804. 

capitale  orientale  de  Tempire,  et  anoonce  qu  il  va  réparer  les 
fortifications  ébréchées  pour  rendre  la  sécurité  à  ses  États. 
Sur  le  conseil  de  Fan-hien-tze ,  Wei-hien-tze,  le  ministre  de 
Tsin  dont  il  est  question  au  KoUe-Yà,  envoya  Pe-yin  porter 
Texpression  de  son  contentement  et  de  la  promesse  de  son 
concours.  La  deuxième  année,  Wei-shu  et  Han-fu-sio  ras- 
semblèrent les  Tafous  des  divers  États  à  Ti-tsiuen,  où  ils 
renouvelèrent  leur  engagement  et  donnèrent  les  ordres  né- 
cessaires pour  le  relèvement  des  remparts. 

En  cette  réunion ,  Wei-bien-tze  le  minisire  se  plaça  le  visage 
tourné  vers  le  sud  comme  s'il  était  le  souverain,  ce  qui  fit 
dire  à  Piu-he  de  Wei  qu'il  lui  arriverait  certainement  mal- 
heur. Puis  le  Tso-tchuen  raconte  comment  Sse-mi-meou  fit 
les  plans  de  la  nouvelle  forteresse  et  Han-kien-tze  les  exécuta 
à  la  satisfaction  du  souverain. 

Ces  renseignements  nous  sont  donnés  au  règne  de  Tcbao , 
an  XXX VIII.  Mais ,  au  livre  suivant  (Ting-Kong,  an  i) ,  nous  trou- 
vons des  détails  tout  différents.  Après  la  mention  de  la  réunion 
de  Ti-tsiuen ,  nous  lisons  dans  ce  dernier  passage  que  Piu-lie 
de  Wei  prédit  malheur  à  Wei-hien-tze  parce  qull  avait  assumé 
la  direction  des  travaux,  sur  quoi  le  ministre  remit  ce  soin 
à  Han-kien-tze  et  à  Yuen-shen-kuo ,  s'en  alla  chasser  à  Tsdut 
et  trouva  la  mort  à  Ning  en  revenant. 

Après  quoi  l'auteur  raconte  des  différends  suscités  par  de 
petits  États  qu'on  avait  pas  admis  à  prendre  part  aux  travaux. 

La  reconstruction  des  murs  fut  achevée  en  trente  jours. 
Kao-tchang  de  Tsi  arriva  trop  lard  pour  y  prendre  part, 
c'est  pourquoi  lu-shu-kuan  de  Tsin  dit  ces  paroles  : 

«  Ni  Tchang-hwang  de  Tcheou,  ni  Kao-tchang  de  Tsi  n'é- 
chapperont au  châtiment.  Tchang-shu  a  agi  en  opposition 
avec  le  ciel  et  Kao-tze  contrairement  aux  hommes.  Ce  que  le 
ciel  renverse  ne  peut  êlre  soutenu;  à  ce  que  tous  veulent  faire 
on  ne  peut  résister.  » 

Il  n'est  pas  besoin  de  faire  ressortir  les  contradictions  qui 
existent  entre  ces  deux  textes  et  que  Legge  avait  déjà  signalées. 
11  l'est  moins  encore  de  montrer  que  notre  passage  contredit 


K0UE-Y€.  91 

taut-spéciaiement  le  premier  et  ne  s'accorde  avec  le  second 
qu'en  certains  détails  ou  plutôt  dans  les  conséquences  qu  on 
peut  en  tirer,  par  exemple  le  blâme  infligé  à  Tchang-shu.  La 
dernière  sentence  n* est  que  partiellement  au  Koue-  Yà ,  et  le 
conteur  donne  une  autre  cause  à  son  introduction  dans  le 
discours. 

I]  est  assez  difficile  de  croire  que  tout  cela  provient  d*un 
même  auteur,  à  moins  que  celui-ci  n*ait  compilé  des  textes 
divers  sans  aucune  critique ,  ce  qui  est  très  possible. 

Remarquons  enEn  que  ni  Sse-ma-tsien ,  ni  les  A  nnales  de 
Bambou  ne  mentionnent  aucun  de  ces  faits.  (Voir  Sse-Ki,  IV, 
26-27.) 

Du  reste ,  la  mention  du  Yin  et  du  Yang  dans  les  passages 
précédents  rend  déjà  celte  partie  des  Koue-Yû  très  suspecte 
d'interpolation.  Ces  derniers  faits  confirment  les  soupçons  et 
en  font  presque  une  certitude. 


92  JANVIER-FEVRIER  1804. 


NOTICE 

SUR 

LES   MANUSCRITS   SYRIAQUES 

CONSERVÉS  DANS  LA  BIBLIOTHÂQUE 
DU  PATRIARCAT  GREC  ORTHODOXE  DE  JERUSALEM, 

PAR 

J.-B.  CHABOT, 

DOCTEUR    BN    THEOLOGIE. 


LNTRODUCTION. 

En  visitant  la  riche  bibliothèque  du  Patriarcat  des  Grecs 
orthodoxes  à  Jérusalem,  dans  laquelle  S.  B.  M**  le  Patri- 
arche Gérasimos  a  sagement  fait  réunir  les  volumes  qui  pour- 
rissaient dans  les  diflFérenls  monastères  de  sa  juridiction,  je 
remarquai  une  armoire  renfermant  cinquante  manuscrits  sy- 
riaques. 

Je  me  demandai  aussitôt  s'il  n'y  avait  pas  chance  de  re- 
trouver là,  plutôt  qu'ailleurs,  les  parties  de  la  version  palesti- 
nienne qui  ont  jusqu'à  présent  échappé  aux  recherches  des 
savants.  Malheureusement  il  n'en  était  rien. 

Grâce  à  la  bienveillance  de  M^'  le  Patriarche,  il  me  fut 
permis  de  feuilleter  ces  volumes ,  pour  la  plupart  en  fort  mau- 
vais état  de  conservation;  et,  comme  leur  catalogue  n'existe 
pas,  je  recueillis  en  les  parcourant  les  éléments  de  la  présente 
notice. 

La  collection  se  compose  presque  uniquement  de  livres  11- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.         93 

turgiques  et  aucun  manuscrit  n*a  grande  importance.  La  no- 
tice que  je  donne  aura  du  moins  Tavantage  d'éviter,  à  ceux 
qui  seraient  tentés  d'imiter  mon  exemple,  une  perte  de  temps 
souvent  rendue  considérable  par  le  peu  d'obligeance  du  moine 
bibliothécaire.  Les  clausules  de  certains  manuscrits  permettent 
aussi  de  fixer  plusieurs  dates  dans  la  chronologie  des  patri- 
arches nestoriens  des  derniers  siècles. 

J'ai  conservé  les  numéros  d'ordre  assignés  aux  volumes 
dans  la  case  où  ils  ont  été  rangés  selon  leur  format.  Tous  sont 
en  papier^à  l'exception  d'un  seul  (cod.  20)  qui  est  en  par- 
chemin. 

Ils  proviennent  presque  tous ,  sinon  tous ,  de  l'ancien  cou- 
vent des  Syriens  nestoriens  de  Sainte-Marie-Madeleine  à  Jéru- 
salem, qui  était  situé  dans  la  partie  nord-est  de  la  ville,  non 
loin  de  la  porte  actuelle  dite  porte  d'Hérode  ou  des  Fleurs. 
Les  manuscrits  ne  nous  donnent  pas  de  renseignements  sur 
ce  monastère.  (Voir  cependant  codd.  5,  7,  27,  36.) 

Je  dois  faire  observer  ici  qu'en  reproduisant  les  titres  des 
ouvrages,  j'ai  supprimé  les  formules  banales,  comme  par 
exemple  :  «  -4a  nom  et  par  la  vertu  de  N,-S.  Jésus-Christ  nous 
commençons  à  écrire  tel  livre»,  et  les  épithètes  multiples 
comme  ;  «  composé  par  le  très  saye,  très  pieux,  très  vénérable 
Mar  un  tel  ». 

Je  ferai  encore  remarquer  que  tous  les  livres  ou  extraits  de 
l'Ecriture  sainte  sont  selon  la  version  Simple. 


94  JANVIHIR-FEVKIER    1894. 

CoD.  1. 

Volume  de  58o  millimètres  sur  345,  compose  de  1 3  ca- 
hiers de  lo  feuillets  chacun.  Chaque  page  est  divisée  en  deux 
colonnes  de  2  2  lignes.  L'écriture  en  est  très  soignée  ;  les  lettres 
ont  1 1  millimètres  de  hauteur. 

Lectionnaire. 
Titre  : 

«  Livre  saint  de  ladorable  Évangile  partagé  en 
leçons  pour  tous  les  dimanches  de  Tannée  et  les  com- 
mémoraisons  (des  saints)  selon  le  rite  de  Mossoul.  » 

On  trouve  çà  et  là  des  têtes  de  pages  dessinées  et  coloriée» 
représentant  des  rosaces ,  des  entrelacs ,  etc.  et  quelques  grands 
dessins  d'un  goût  douteux ,  par  ex.  au  T  3**  du  cahier  i ,  Ten- 
trée  triomphade  de  Jésus  à  Jérusalem,  au  f*  5'  du  cahier  |f, 
Tapparition  du  Christ  à  Tapôtre  saint  Thomas. 

Cinq  longues  notes  finsdes  nous  apprennent  : 

a  Que  le  ms.  a  été  terminé  le  jeudi  soir  i4  de  Ab  de 
Tan  1990  des  Grecs  (août  1679),  ^^àS  de  Tascension  du 
Christ,  le  17  du  mois  de  Radjah  de  l'an  1086  des  Arabes. 

b  Qu'il  a  été  écrit  dans  le  monastère  de  Saint-Hormizd  à 
Alqos,  la  ville  du  prophète  Nahum. 

c  Au  temps  du  patriarche  Elias. 

c/  Pour  le  monastère  de  Jérusalem. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.         95 

e  Par  un  certain  Georges ,  prêtre ,  fils  du  bienheureux  prêtre 
Israël,  fils  du  prêtre  Hormizd,  fils  du  prêtre  Israël  d*Alqos. 

CoD.  2. 

Volume  de  3i  centimètres  sur  ao,  comprenant  i4.  caliiers 
de  lo  feuillets.  Très  bonne  écriture;  27  lignes  à  la  page. 

Recueil  d'hymnes  (IJSCjo:^),  comprenant: 

1.  Hymne  de  Gabriel ,  métropolitain  de  Mossoul , 
qu'il  coniposa  quand  il  était  moine  dans  le  couvent 
de  Sabarjésus  à  Beth  Qouqa. 

IL  Seize  hymnes  de  Kamis  Bar  Qardahé,  sur  la 
prière  et  la  pénitence. 

III.  Sept  hymnes  de  Georges  Varda ,  utiles  pour 
la  prière. 

IV.  Hymne  de  Mara ,  l'archidiacre  <  surnommé  Bar 
Meàiha.  ' 

V.  Hymne  de  Georges  Varda,  comprenant  les  an- 
tiennes du  Psautier. 

VI.  Six  hymnes  de  Kamis,  pour  l'Avent,  les  fêtes 
de  Ja  Nativité,  des  Rameaux,  de  la  Résurrection ,  de 
l'Ascension. 

VII.  Hymne  du  même  sur  Jésusabran. 

VIII.  Hymne  du  même  sur  la  Croix. 

IX.  Deux  hymnes  de  ^Ébedjésus  de  Gozarte,  sur 
les  martyrs  Gyriaque  et  Julite. 

X.  Trois  hymnes  du  prêtre  Isaac  Sabdanaia  qu'il 


96  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

composa  en  Tan  i  yS  i  (  i  iAo),  pour  la  prière,  pour 
la  fête  de  saint  Georges ,  sur  la  Providence  et  la  Croix. 

XI.  Hymne  de  Georges  Varda ,  sur  le  péché  ori- 
gine]. 

XII.  Chant  ()JS.a^xd)  de  Mar  Narsès.  (Sur  Titus 
le  hon  larron  :  dialogue  entre  un  chérubin  et  le 
voleur.  ) 

Achevé  le  jeudi  4  du  mois  d*Iloul  1978  (sept.  1662  ) ,  à  Al- 
qoâ,  dans  le  monastère  de  Rabban  Hormizd  le  Persan,  au 
temps  de  Mar  Elias ,  patriarche ,  pour  Téglise  des  Nestoriens 
de  Jérusalem. 

Les  derniers  feuillets  ont  été  remplis  par  : 

XIII.  Deux  hymnes  du  prêtre  Bacchus ,  fds  dlsaac 
de  Bagouz,  qui  se  récitent  le  lundi  du  jeûne  des  Nî- 
nivites. 

Une  note  placée  en  tète  du  volume  déclare  que  trois  fidèles 
sont  venus  à  Jérusalem  en  Tan  1980  (  1669):  le  prêtre  Bac- 
chus ,  fds  d'Isaac  de  Bagouz ,  le  dîacre  Jésus ,  fils  d'Ibrahim,  et 
un  serviteur  indien  (éthiopien?)  nommé  oiyi^. 

CoD.  3. 

Volume  de  3i  centimètres  sur  20,  comprenant  originaire- 
ment il  cahiers  de  10  feuillets  dont  quel({ues-uns  ont  dis- 
paru; 29  lignes  à  la  page. 

Bréviaire  ()ffa-»). 

Le  titre  manque,  \oici  Y explicit  : 

oi^t  |t<^oJL3  ^dUk.^JSjiJof  lioijoo  Jim*^^  oi^â^iA. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.        97 

«  Office  pour  tous  les  jours  de  Tannée  »,  selon  le 
rite  du  monastère  de  Mar  Gabriel  et  Mar  Abraham, 
près  de  Mossoul. 

Achevé  le  samedi  aSd'Adar  de  Tan  1871  (fév.  i56o),  dans 
la  ville  d'Amid. 

On  lit  à  la  fin  une  autre  note  ainsi  conçue  :«.....  moi 
^Enanjésus ,  métropolitain  de  Mardin ,  en  Tan  1 898  (  1 682  ) ,  j'ai 
célébré  la  fête  de  la  Résurrection  le  1 5  de  Nisan  à  Jérusalem, 
où  je  suis  venu  avec  le  prêtre  Thomas ,  son  fds  le  prêtre  *Ebed- 
jésus  et  Siméon,  de  Mossoul,  Jacques  du  village  de  àous 
(  *A.ajh.) ,  Misraêl,  Isaac  et  Abraham  du  village  de^Aïn-Tannour.  » 

On  avait  cédé  ce  volume  du  Bréviaire  à«0o)9t;^)J^o,  métro- 
politain des  Arméniens,  pour  cinq  dariques  d'or,  il  fut  repris 
au  métropolitain  David  et  remis  en  place  dans  Téglise  des 
Nestoriens. 

On  lit  encore  une  notQ  dans  laquelle  un  Chaldéen  déclare 
avoir  confié  aux  Francs  qui  sont  à  Jérusalem  «  deux  volumes 
de  grammaire,  un  arabe -grec  et  Tautre  grec -syriaque;  deux 
parties  du  livre  arabe  appelé  (j;l&11)  *a^a>o,  dans  lequel  se 
trouvent  les  mesures  des  climats  de  la  terre  ;  le  livre  de  David , 
en  arabe  ;  deux  livres  de  prières  pour,  les  fêtes ,  selon  Tusage 
de  nos  frères  maronites;  un  missel;  un  livre  d'offices;  un 
calice  et  une  croix  d'argent  » ,  parce  qu'il  n'y  avait  plus  ni 
prêtre  ni  diacre  dans  le  monastère  des  Chaldéens  de  Jéru- 
salem; mais  si  des  prêtres  ou  des  diacres  y  reviennent,  ces 
objets  leur  seront  rendus.  La  note  se  termine  par  ces  mots  : 
«Ceci  en  Tan  1926  des  Grecs»  (i6i4). 

Con,  4. 

Volume  de  29  centimètres  sur  18,  composé  de  34  cahiers 
de  12  feuillets  23;  lignes  à  la  page. 

Bréviaire. 

ni.  7 


98  JANYIER-FÉViRIER   1804. 

Titre: 


«  Office  pour  les  jours  de  fête  et  les  commémorai- 
sons  des  vendredis  et  autres  jours,  qui  se  fout  pen- 
dant toute  Tannée  dans  les  monastères  exiles  élises  » 
(et  d  après  ïea^Ucit  :  )  «  selon  le  rite  du  grsHKl  mohns- 
tère  de  Mar  Gabriel  et  Mar  Abraham,  dans  le  voi- 
sinage de  Mossoui  ». 

Une  première  note  finale  nous  apprend  <ftie  le  livre  a  été 
achevé  le  samedi  4  du  mois  de  Tesn  premier,  de  l*an  -187g 
des  Grecs  (octobre  1667).  ^ 

Une  antre  qu'il  fiit  écrit  à  Ami4,  et  par  un  nomjthé  âias. 

Enfin  une  troisième  donne  Ist^ste  exacte  des  offices  en- 
fermés dans  le  volume  qui  sont  les  suivants  :  office  de  la  Na- 
tivité de  N.-S.;  office  de  mainte  Marie,  de  l'^ÉpipImifiie,  de 
saint  Jean( -Baptiste],  des  apôtres  Pierre  et  Paul,  def(9nftë 
de  Personne  (t^w»  f*à}),  et  de  la  Croix. 

CoD.  5. 

Volume  en  papier  de  26  centimètres  sur  ao,  contenant 
3d  cahiers  de  10  feuillets;  a  a  lignes  à  la  page. 

Office  pour  les  jours  de  la  semaine. 
Titre  : 

C'est  le  livre  appelé  aussi  Kaskoul  ("^o-aad)  qui 
est  extrait  du  grand  Houdra  ou  Propre  du  temps.  11 


NOTICE  fiG&  DfiS JHA^iJftCjmDS  ^l£m  0f 

renferme  en  outre  les  hymnes  (ILo)  paraoiétîques 
avec  leurs  tons  intermédiaires.  Le  tout  selon  le  rite 
du  fceftil^t  déTWàr  Galrîel  et  IVÏaî  Aferaharn. 

.  (Oixip.  te  ^3at.-  jrfw  mss,  irjr.  èè  fa  Brbl.  Wat^-scms "tef?  iÇ3.  ) 

Plasieqr3  notes  fiodes  noi|3  ^appreaaeat  : 

.     •  •  '.        »  ■  '    ■ 

a  Que  le  livre  a  été  temiiné  l»  «sanoiedl,  ¥;eÂUe.du  dlvaaocbe 
après  TAsoension ,  vingt-huitièine  Jour  du  mois  de  Yar,  en 
Tan^oai  des  Grecs  (jnai  4710). 

b  Au  ieoijps  dju  patriarche  Mar  Éiias. 

^c  A  âiqos ,  -dans  lis  mmia^re  de  fiabltan  Honaaiid. 

H  Par -âHidditie  t{iâ  a  attâsi  ëci^t  un  "Riluel \i»it^  JLma^ 
gltiice  ft  ia  «qnulificeQce  d*iUM  ^piieiise  fidèle  .nmiaiée  EàààA 

^  Çkl  jt.rempli  lef  demifits  feailkts  ipar  dixen  «MprcoeauL  £- 

.Spr  ravant-dernier  se  lit  une  jiote  du  jprêtre  KanauxiNd^ 
Tëil-Kef,  dans  laquelle  il  déclare  être  venu  à  Jérusalem  en 
1718,  pour  faire  de  nombreuses  réparafions  au  couvent  èl  "à 
Té^st  des  Tïestôriens,  îl  donne  k  descrrplSofi  des  travaux-exë- 
ctttés  MUS. sa  direction ,  et  a  dressé  1  inventaire  an  <ixifiA)£lier OEtt 
ïdes  &rres  de  Tiè^se.  La  liste  «des  iivices  ^  di^ar«'^  «oplie  «lu 
xiiQbtiier.(très  médiocire)  existe  à  la  page  précédente. 


CoD.  6. 

-'■•*. 

Volume  de  papier  mesurant  26  centimètres  sur  20,  com- 
posé de  53  cahiers  de  10  feuillets  dont  les  deux  premiers  ont 
ara  et  'les  'tnivants  ^8  lignes  à  la  page. 

Bréviaire. 


100  JÂNVIER-FëVRIËR   1804. 

Titre  : 

«Ofifice  des  fêtes  de  Notre -Seigneur  et  des  com- 
mémoraisons  du  cycle  de  toute  Tannée  » ,  selon  le  rite 
du  couvent  de  Mar  Gabriel  et  Mar  Abraham.  Ce 
volume  renferme  les  offices  suivants  : 

1.  Nativité  de  Notre-Seigneur.  —  a.  Fête  de  la 
Sainte  Vierge.  —  3.  Fête  de  TEpiphanie.  —  4.  Fête 
de  saint  Jean-Baptiste.  —  5.  Fête  des  saints  Pierre 
et  Paul.  —  6.  Fête  des  Evangélistes.  —  y.  Fête  de 
saint  Etienne.  —  8.  Fête  des  Docteurs  grecs  (Dîo- 
dore,  Théodore  et  Nestorius).  —  g.  Fête  des  Doc- 
teurs syriens  (Ephrem,  Narsès,  Abraham,  Jean, 
Julien  [i*:^^^],  et  Mar  Michel).  —  lo.  Fête  de 
rUnité  de  Personne  [JLôojWô  •-•].  —  1 1.  Fête  des 

défunts.  —  12.  Fête  des  Confesseurs.  —  i3.  Fête 
de  saint  Georges.  —  i4.  Fête  de  âamouna  et  ses 
fils.  —  i5.  Fête  de  TAscension.  —  i6.  Fête  de 
la  Pentecôte.  —  17.  Fête  de  saint  Thomas.  — 
18.  Fête  de  saint  Cyriaque.  —  19.  Fête  de  la 
Transfiguration.  —  20.  Fête  de  l'Invention  de  la 
Croix. 

D'après  les  notes  finales  : 

a  Le  ms.  a  été  achevé  le  jeudi  37  du  mois  d*Adar,  Tan  1966 
des  Grecs  (mars  i645). 

h  AAlqos. 

c  Au  temps  du  patriarche  Elias ,  et  de  Jean ,  ëvêque  de  Mar- 
din. 

d  Par  un  moine  nommé  Elisée. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      101 

CoD.  7. 

Volume  mesurant  aa5  millimètres  sur  170,  composé  de 
1 3  cahiers  de  1  o  feuillets.  Belles  marges  et  encadrement  rouge 
autour  des  pages.  Ecriture  très  régulière;  3  3  lignes  à  la  page. 

Psautier. 
Titre: 

«  Livre  des  Psaumes  du  bienheureux  David ,  roi 
et  prophète,  (homme  selon  le)  cœur  de  Dieu,  avec 
les  introductions  de  Mar  Théodore  Tlnterprète  des 
Livres  divins  et  les  canons  établis  par  le  catholicos 
Mar  Abba.  » 

Le  psautier  est  partagé  en  cinq  livres  selon  Tusage. 
Des  notes  marginales  établissent  la  répartition  des 
psaumes  dans  loffice. 

Suivent  : 

1"  Les  trois  Cantiques  de  Moïse  (Ex.  XVI; 
Deut.  XXXII,  1-20;  Deut.  XXXII,  21 -43)  et  celui 
d'Isaïe  (XLII,  10). 

2"  Les  morceaux  ci-après  : 

a  Hymne  de  Narsès ,  pour  la  nuit  des  dimanches 


lOJ  JANVIKR-FÈVRIER   1894. 

et  des  fêtes  de  N.-S.  (commençant  par  les  mots  :  »^^oL 

( JlmJL^iî— t  JL^ 

i  Hymne  de  saint  Ephrem,  pour  le  matin  des 
dimanches  (sur  ia  venue  du  Christ  :  J  «»  «>  •  v>  >a^Q** 

c  Hymne  de  Narsès  : J»i>av»t  OM*Jt!  H^-^ 

d  Le  Cantique  des  trois  enfants  (Dan.  IX}. 

e  L'hymne  de  Mar  Théodore  Tlnterprète.  (T^ara- 
phracsa  du  GZoria  m  eo^ee&i^.). 

f  ConfesMon  des  trois  cent  dixrhuit  Pères.  (.Sym- 
bole de  Nicée.) 

g  Les  prières  de  ta  fin  de  la  nrcsse  (îlrff  i^^dài^tf.) 
•omposées  par  Mar  Ephrem ,  Yazdin  le  Grand ,  Mar 
Timothée  patriarehe,  Abraham  de  Nisibe ,  Bar  Çauma 
de  Nisibé,  Mîmel'ek  l'e  docteur,  Jfean  de  Beth  I^ab- 
bsUî,  Babai  le  Grand,  Bàbaî  de  Nisibe,  Georges*,  mé- 
tropolitain de  Nisibe,  Simon  Bar  Çaboë. 

K  Les  prières  après  le  repas  (l^'^oco)  de  Mar 
Abba  patriarche ,  et  de  Babai  de  Nisibe. 

î  Les  proclamations  du  Bréviaire  (  f  tf  a«»|  Jlolo^  ), 
k  Les  hymnes  des  Martyrs  (lîoxsof  |J^rt.iQ>,)^ 

Achevé  le  mercredi  1 7  de  Tesri  second  de  l'an  1 900  (  nov. 
1 58 S),  du  temps  du  Mar  Elias,  cathoUcos  et  patriarche  de 
rOriient,  et  de  Mar  ïjlënanjësus ,  métropolitain,  frère  du  pa- 
triarche. Écrit  par  un  certain  Hormizd. 

Il  a  été  relié  en  l'an  2o35  (1724)  par  le  prêtre  Georges-, 
fils  du  prêtre  Daniel  d'Alqos ,  sacristain  de  Jérusalem. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       103 

CoD.  8. 

Volume  de  a6.  centimè:tres  sur  16,  composé  de  16  cahiers 
de  10  et  12  feuillets  ayant  3a  lignes  k  la  page. 

Titre  i 

I  ■!>  "^  «A-^l  Jl  n  f  mol)  jL^oi?o  j'^^mv»  ILdomd 
I     S     f)  ^ei  «*oit  ya-A-A.  foi  i>9i">t  Ut^!  jjaVi>v> 

«Chapitres  ou  sentences  d'Elias  de  Peroz-Sapor 
(Anbara).  » 

Dans  le  cours  du  volume  Pouvrage  est  désigné 
par  un  titre  plus  concis  :  <*JL!^f  JU.9ott  JLd^o  «  Le 
livre  de  la  discipline  d*Elias  ». 

De  très  longues  notes  expliquent  la  division  de 
Touvrage ,  dont  voici  le  mécanisme  : 

Le  livre  est  divisé  en  trois  parties  ()lfi  ^N.  ^); 
chaque  partie  renferme  trois  livres  ();&aoJlao)  et  im 
quatrième  s'ajoute  à  la  dernière  partie.  Chaque  livre 
renferme  un  certain  nombre  de  centuries  (MoU©) 

de  chapitres  (1^5).  C«s  chapitres  sont  formés  d'un 
certain  nombre  de  strophes,  invariable  pour  toutes 
les  centuries  d'un  même  livre.  Les  chapitres  du  pre- 
mier livre  sont  formés  d'une  seule  strophe,  ceux  du 


104  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

second  de  deux,  ceux  du  troisième  de  trois,  ceux 
du  quatrième  de  quatre,  et  ainsi  de  suite  jusqu'au 
dixième  et  dernier. 

Suit  un  court  fragment  d  une  Histoire  ecclésias- 
tique ,  racontant  Tentrevue  d*un  évêque ,  envoyé  par 
l*empereur  Maurice ,  et  du  patriarche  Sabarjésus  pre- 
mier. 

Le  livre  a  été  achevé  le  jeudi  17  de  Yar  de  Tan  j865 
(mai  i554),  961  de  T Hégire,  et  écrit  pour  le  monastère  de 
\\,  Ilormizd  le  Persan  situé  près  d'Alqos,  au  temps  du  patri- 
arche Siméon ,  par  Jésujab ,  métropolitain  de  Nisîbe ,  de  Mar 
din,  d'Amid  et  de  toute  l'Arménie,  originaire  de  Mossoul, 
fils  du  prêtre  Elias,  fils  du  prêtre  Samuel. 

CoD.  9. 

Volume  de  26  centimètres  sur  17,  composé  de  33  cahiers 
de  1 2  feuillets.  Écriture  soignée  ;  3o  lignes  à  la  page. 

Nouveau  Testament. 

Savoir  :  les  quatre  Evangiles;  Actes;  Epître  de 
saint  Jacques  ;  i"*  de  saint  Pierre  ;  i"*  de  saint  Jean  ; 
Epîtres  de  saint  Paul  dans  cet  ordre  :  Rom. ,  i"  et  ii* 
Cor.,  Gai.,  Eph.,  Philip.,  Colos. ,  1"  et  11*  Thés.,  i'* 
et  u*  Tim. ,  Tit. ,  Philem. ,  Heb. 

A  la  fin ,  une  note  rédigée  à  la  manière  des  notes 
massoréthiques  de  TAncien  Testament  indique  le 
nombre  des  sections ,  chapitres  et  versets. 

Achevé  dans  le  couvent  de  saint  Georges  martyr,  situé  près 
d*Alep  (l  -fcV  ■».?  lent,,  <AA^^),  par  un  nommé  Abdallah, 
Tan  1672  des  Grecs  (1261),  658  des  Arabes. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       105 

Plusieurs  autres  notes  donnent  des  noms  de  pèlerins  qui 
se  sont  servis  de  ce  livre  au  couvent  de  Jérusalem. 


CoD.  10. 

Volume  de  35  centimètres  sur  i6,  comprenant  87  cahiers 
de  12  feuilles.  Très  bonne  écriture;  3i  lignes  à  la  page. 

Titre  : 


«  Eclaircissement  des  passages  difficiles,  des  Livres 
saints  composé  parle  vénérable  Mar  Jésudad ,  évêque 
de  Hadith  (en  Assyrie).  » 

L'ouvrage  comprend  TAncien  Testament;  il  est 
partagé  en  quatre  parties  :  ()A»9o)t  )iol^J=^Penta- 

teuque;  JL^Loào  J^i-oî  =  Jos.  Jud.  Sam.  Reg.  Prov. 

Sap.  Coh.  Gant.  Eccli.  Job;  JLlaj^  ==. les  seize  Pro- 
phètes; )îaioJboî  =  Psaumes). 

Achevé  le  jeudi  16  de  Ab  de  Tan  1691  (août  i38o),au 
temps  de  Mar  Denha,  successsur  de  Mar  Timothée. 

Suit  une  note  qui  commence  ainsi  :  «  Moi  Georges  diacre , 
fils  du  prêtre  Marouga ,  et  moi  Marouga ,  son  gendre ,  nous 
avons  vendu  au  Père  Mar  Joseph  le  livre  des  Prophètes ,  le  livre 
des  Sessions  (laloao  JBud) ,  le  livre  de  Mar  Narsès  et  le  présent 
livre.  . .  »  (le  reste  est  illisible). 


IrOÔ  JAMVIER-FEVRIER   1894. 


CoD.  11. 

Volume  en  papier  de  a 5  ceatûnètres  sur  17,  composé  de 
i3  cahiers  alternativement  de  8  et  10  feuiUets,  contenant  de 
3 5  à  37  lignes  à  la  page;  ce  volmne  est  très  md.éon5etVë, 
des  feuillets  manquent  dans  plusieurs  cahiers.      - 

Titre: 

«  Le  Paradis  d*Eden  composé  en  vers  par  ^Ebed- 
jéstis,  métropolitain  de  Nîsibe  et  d'Arménie.  • 

Le  mot  )1>mv»  ,  dans  le  titre ,  a  été  rayé  .et  1100  main 
postérieure  a  écrit  au-dessus  jL^t^  «*  v^.  La  présence 
du  premier  qualificatif  pourrait  faire  supposer  que 
le  manuscrit  a  été  copié  sur  fautographe  de*  fau- 
teur. 

Achevé  le  lundi  3  9  du  mens  de  Ab  de  fan  1 78^  (  août  i474) , 
et  écrit  par  Jean,  fils  du  prêtre  Jonàs. 

Dans  mie  seconde  note,  Jean,  prêtre  et  moine,  dit  qu'il  a 
acheté  ce  livre  de  sou  cher  et  honoré  frère  le  diacre  Habib. 

A  la  page  suivante  : 

«  Histoire  d'Arsène ,  roi  d^Égypte.  »  —  On  n  a  écrit 
que  les  huit  premières  lignes. 


\ 


NOnCK  .^tfH  DES  MANUSCMÎS'  SYRIAQUES.      107 

VoAéorhièti  Jiote'  déclare  que  le  livpe  a  été  don  fié  à  Yéj^îse 
de  Jérusalem  par  un  homme  nommé  David,  et  sa  femme  Ha- 

CoD.  12. 

Volume  de  a 4  centimètres  sur  17,  incomplet  de  la  fin  et 
comprenant  une  série  de  19  cahiers  de  12  feuillets,  ren- 
fiMhtiBnt  3r4  Ugnes:  à  h  page. 


Le  titre  manque. 

La  liste  des  offices  se  trouve  sur  une  feuille  collée 
sur  la  garde  de  la  couverture  ;  ce  sont  les  suivants  : 

ÛSiffe  de  Ja  Nativité  de  N.-S. ,  de  la  Sainte  Vierge , 
de  rÉpiphanie,  de  saint  Jean  (Baptiste),  des  saints 
Pierre  et  Paul,  des  Évangélistes,.  de  sfûat  Etienne. 

Sur  le  premier  feuillet ,  ajouté ,  se  lit  la  note  suivante:  «  Moi 

^Ebeiésus,  par  la  grâce  du  Christ  métropolitain  de  Nisibe, 

"j  ai  oônné  ce'Brevïàîre  à  fégfeé^  du*  saint  et  illiisfre  'martyr 

.  Mar  Pethion Ecrit  de  ma  main,  au  mois  de  Yar  de 

l'an  1765  (mai  1^58 ).  » 

CoD.  13. 

VcJume  de  23  centimètres  sur  i5,  comprenant  1 1  cahiers 
de  10  feuillets;  ao  lignes  à  la  page. 

]fêttiei  et  Pontifical  comprenant  :  l'ordre  sacerdotal  ; 
la  consécration  du  ferment,  du  calice,  de  lautel; 
divers  exx»rcismes  et  bénédictions  ;  Tordre  du  bap- 
tême et  celui  de  la  pénitence;  la  consécration  des 


108  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

eaux  impures;  les  prières  avant  et  après  la  messe;  les 
prières  pour  les  défunts,  etc. 

Parmi  ces  prières ,  le  plus  grand  nombre  est  attri- 
bué à  *Ebedjésus  deNisibe,  à^Ebedjésus  deGozarte, 
à  Israël,  prêtre  d'Alqos,  h  Georges  prêtre,  fils  d'Is- 
raël. 

Achevé  le  lundi  1 1  du  mois  de  Haziran  de  Tan  ao3  i  (juin 
1710) ,  du  temps  du  patriarche  Mar  Elias,  dans  le  monastère 
de  Rahhan  Hormizd  à  Alqos ,  par  le  prêtre  Georges ,  fils  du 
prêtre  Israël. 

CoD.  14. 

Volume  de  33  centimètres  sur  i5,  comprenant  16  caliiers 
de  10  feuillets. 

Rituel  des  funérailles. 
Titre  : 


^  f^^*^}o  JLiLffo  );;.âL^  Jbàb&i.  «Iid^  Ir^^!  |J^^99ad 

«Livre  d'office  des  défunts  séculiers,  hommes, 
femmes  et  enfants  »  (selon  le  rite  du  couvent  de  Mar 
Gabriel  et  Mar  Abraham). 

Suivent  les  rites  pour  les  enfants  qui  n*ont  pas 
reçu  le  baptême,  et  pour  le  second  et  le  troisième 
jour  des  funérailles;  puis  les  Médrasé  pour  tous  les 
ordres  :  pour  les  patriarches ,  les  évêques ,  les  prêtres , 
les  diacres,  les  clercs,  les  diflférentes  catégories  de 
moines,  les  fiancées,  les  étrangers,  les  docteurs,  les 
scribes,  les  médecins,  etc. ,  attribués  à  divers  auteurs 


NOTICE   SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      109 

(Bar  Meqadem,  Jean  d'Arbèle,  le  prêtre  Israël  d*Al- 
qo§,  etc.). 

(CtCod.  Vatic.  LXI.) 

Ecrit  par  le  prêtre  Joseph ,  fils  du  prêtre  Georges ,  fils  du 
prêtre  Israël  d' Alqos ,  sur  l'ordre  du  patriarche  Elias ,  pour 
l'église  de  Jérusalem. 

Achevé  à  Alqos,  le  mardi  a  a  de  Tesri  second  de  Tan  aoai 
(novembre  1709). 

CoD.  15. 

Volume  mesurant  ao  centimètres  sur  i5,  composé  de 
17  cahiers  de  10  feuillets  ;  a  a  lignes  à  la  page. 

Psautier. 

Même  titre  que  le  cod.  7. 

Après  le  psautier  viennent  également  les  Cantiques 
et  les  autres  morceaux  qui  se  trouvent  dans  le  cod.  7 . 

D'après  les  notes  finales ,  le  volume  a  été  achevé  le  mer- 
credi 8  de  Ah  de  Tan  1  go4  (  août  1  SgS  ) ,  dans  le  monastère  de 
Rabban  Hormizd  le  Persan ,  près  d' Alqos ,  puis  acheté  au  copiste 

pour  la  somme  de  dix  schayés  (1*om^)  «  par  un  moine  nommé 
Abda,  du  village  d'Ardina  (Uv\)  près  d*Amid,  pour  en  faire 
cadeau  à  son  couvent. 

Ensuite  une  femme  (U^"»  Iw»  ift^buo»  ha^é^  Iwd]  du  village 
de  Beth  Megâli  («2^»^^  Am»)  ,  dans  la  Zahdicène,  Tacheta  de 
ce  même  moine  pour  60  1^9  «to  et  le  donna  au  couvent  des 
Nestonens  de  Jérusalem. 


110  JA'NVIEB-fÉViRIfiJl  l«M. 


•   .*  e 


CoD.  16. 

Volume  de  30  centimètres  sur  i4t  comjprehaht  17  cahiers 
de  10  feuillets  ayant  de  ao  à  ad  %Qes  à  la  p^^  Qudqnes 
feuillets  manquent.  :  ^ 


■  -i  ■ 


.  Titre:  ■  -  •  .  ■■ 


«  Office  de  nuit  et  du  soîr  pour  lès  ^ouft  de  la 
semaine  de  toute  Tannée,  appelé  KàSkbûl.  »         '  ' 

( Cf.  5ttpra cod.  5. )  ^'.'  ..'"  \ 

Sans  date.  Ecriture  du  xvi'sièdié.  ■•''.'■■  .y  >.\ 


> 


€oD.  47 


". '^ 


Vcdume  de  20  centimètres  sur  t5,  C0Bt&n«»t49r^|iiiâire- 
ment  45  cahiers  de  10  feuiflets.  Très  bonne  éciitttBe;  a  6  B|;nBB  ~ 
à  la  pag^e.  Le  premier  feufflet  et  le  litre  «lanyeBjt:;  ipliiwiÉWffT 
cahiers,  à  partir  dp  quiioième,  afi^t  ioAonipleta. 

Histoires  édifiantes  (en  carSounîJ. 

Voici  la  liste  des  vies  dont  les  titres  e^Ustent  encore  : 
Vie  des  Quarante  martyrs.  — ^.  Histoire  d'un  jprince 
( Josaphat)  ;  de  Jacques  le  Moine  ;  de  labbé  TVlarcds ;' 
d'un  marchand  et  sa  femme;  duix)i«a*tyr  Ina;  de  saiut 
Mar  Phineas;  de  Job;  du  prophète  Jonas.  —  Paroles 
de  N.  S.  le  Messie.  —  Histoire  de  saint  Jean  TEvan- 
géliste.'  —  Vision  de  saint  Grégoire.  —  Sermon  fu- 


\ 


NOTICE  SUR  DES  M/LNtJSGBif^  SYRIAQUES.      lU 

nèbte.  — ^  Hî^oîre  de  Fafnperetnr  Zenon.  — ^  Autre 
serngton  funabre.  -r-  Histoire  de  saint  Maurice  mar- 
tyr; d'une  famille  qui  a  soufifert  sous  Diodétien;  de 
•Malchus  de  Ciysma;  de  sainte  Eugénie  martyre;  de 
Rabban  Hormizd;  de  sainte  AnAstasie  martyre;  àè 
s^nt  Mattljias;  dje  :§aj(nouKia  et.  ses  fils. 

Une  notesym^^,  répétée  plusieurs  fois ,  dit  oue  le  volume 
a  été  écrit  par  le  prêtre  Isaac,  fils  de  Gabriel,  origiiiaire 4e  la 
région  d'Ourmiali,  du  village  de  Soupourgan  (^^Ja>ox»j,  de- 
meurant actuellement  à  Amid;  une  autre  dit  que  ce  même 
Isaac  a  donné  le  volume  à  Téglise  des  Nestoriens  de  Jérusalem 
en  Tan  1923  (i  6 1  a  )  ;  une  troisième ,  que  le  prêtre  *Ebedjésus 
d*Af d'est  verni  à  Jên»alem  en  Tan  igâS  (161 4). 

•Goxw  18. 

-j^ttme  de  Xi  oentiiaètres  ^^r  1 5 ,  comixraiiaat  a£  ^ners 
de  10  feuillets.  T4r,ès  bonne  écriture;  1 6  lign^  à  la  pa|(eu 

Titre  : 

«  Prières  du  matin  pour  les  fêtes ,  composées  par 
le  patriarche  Elias  III,  surnommé  Abouhalim;  et 
autres  prières  pour  les  dimanches,  les  commémorai- 
sons,  les  vendredis  de  carême  et  autres,  composées 
par  Salita  de  RiSVin.  » 


112  JANVIER.FEVRIER  1894. 

Cf.  Âssémani,  Cat.  cod,  Bib.  Vaiic,  t.  II ,  codd.  XG  et  XCI. 
Notre  volume  comprend  cependant  un  plus  grand  nombre  de 
prières.  Qudques  morceaux  sont  attribués  à  Georges  d'Atour. 

Achevé  le  jeudi  a  de  Tamouz  de  Tan  1968  (juillet  1667) , 
dans  la  ville  de  Gozarte,  sur  le  Tigre,  au  temps  de  Mar  Elias 
le  patriarche ,  et  de  Mar  Joseph,  métropolitain  de  Gozarte  et 
de  Beth  Zabdé ,  par  le  prêtre  Bacchus ,  fils  du  prêtre  Isaac ,  fils 
de  Siméon. 

Les  derniers  feuillets  libres  ont  été  remplis  par  des  prières 
en  carsouni. 

CoD.  19. 

Volume  de  ai  centimètres  sur  i5,  contenant  16  cahiers 
de  1  o  feuillets  ;  1 8  lignes  à  la  page. 

Recueil  de  pièces  liturgiques  contenant  : 

{sic)  «lo  Vi  >  £>^  I  »  >jy  .^t  1"^"^^ 


de  Pâques  (extrait  du  Bréviaire). 

2**  ^  %m<\^^  jlfiftA^^  «  Sur  le  voleur  Titus.  »  Il 
s'agit  du  bon  larron.  Ce  morceau  est  attribué  à 
Narsès,  dans  le  cod.  2. 

3"*   )l9)t  y^^^  o*-^  ^^*^!  iJ^Jâoo  JULi»  lAo» 

u  Livre  des  vivants  et  des  morts  dont  on  lit  les  noms 
pendant  les  saints  mystères  »  (à  certains  jours  indi- 
qués). 

4®  Extraits  du  Bréviaire,  savoir  : 

a  Les  proclamations  ()lofoç-a),  pour  les  sept  di- 
manches de  carême  et  quelques  fêtes. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      113 

b  Les  hymnes  (|J^^>»o*\iil  )  :  a.  pour  les  dimatiches 
de  carême,  attribuées  à  Jean  de  Dailam;  j8.  pour  le 
vendredi  de  Lazare,  attribuée  à^Ebedjésus,  métro- 
politain de  Gozarte. 

c  Les  antiennes  (l^aôo»)  pour  les  fêtes  et  com- 
mémoraisons  de  toute  Tannée. 

Ces  fêtes  sont  les  mêmes  que  celles  énumérées  ci- 
dessus  (cod.  6.),  sauf  que  saint  Georges  (i3)  est  ici 
remplacé  par  saint  Hormizd. 

Une  note  placée  en  tête  du  volume  est  ainsi  libellée  :  «  Moi 
^Ebedjésus ,  évéque  d'Atél ,  j'ai  fait  écrire  ce  livre  pour  Jérusa- 
lem à  la  demande  des  frères  lecteurs.  » 

Une  autre  note  placée  à  la  fin  nous  dit  que  le  volume  a  été 
achevé  le  mercredi  i  u  du  mois  d'Iloul  de  Tan  1 97 1  (sept.  1660), 
à  Atél ,  par  le  prêtre  Marcos ,  fils  d'Isaac ,  fils  du  diacre  Éphrem. 
Et  dans  une  autre  qui  fait  suite,  le  susdit  *Ebedjésus  raconte 
qu'il  a  fait  trois  fois  le  voyage  de  Jérusalem. 

CoD.  20. 

Volume  en  parchemin  de  30  centimètres  sur  17,  composé 
de  37  cahiers  de  8  feuillets.  Les  quatre  premiers  feuillets  et 
les  quatre  derniers  ont  été  remplacés  par  des  feuilles  de  papier. 
Ecriture  très  bonne  et  très  serrée  ;  3o  lignes  à  la  page* 

Prophètes. 

Titre  :  , 

*>y^^  Jb^^ 


Les  écrits  prophétiques  sont  complets,  et  disposés 
dans  Tordre  suivant  avec  ces  titres  : 

a  (I,  2  b)  Prophétie  d'Isaïe. 

m.  8 


»rai>nus  aATiwxALi. 


114  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

b  (1,3  a).  Livre  cIqs  douze  prophètes:  Qsée,  Joël, 
Amos,  Âbdias,  Jonas,  Michée,  Nahum,  Habacuc, 
Sophonie,  Aggée,  Zacharie,  Mdachie* 

c  («^J^,  3  b).  Prophétie  de  Jérémie. 

d  {^,  i  b).  Lamentations  de  Jérémie. 

e  {^,  Ixb).  Prophétie  d'Ézéchiel. 

/  [o^,  3  6).  Prophétie  de  Daniel. 

g  (  )Lû  ,  5  6).  Bel  le  dragon. 

Sans  date  ;  l'écriture  dénote  le  xii*  siècle,  peut-être  même 
la  fin  du  XI*. 

COD.  21. 

Volume  de  a  a  centimètres  sur  i6,  composé  de  a  8  cahiers 
de  lo  feuillets;  20  à  sa  lignes  k  la  page.  Quelques  feuillets 
manquent. 

Bréviaire. 
Titre  : 

^Lo-off  U  V  >.  v>  JLo;;.^  JLf^i^f  l^^^jDf  Jlm*^^ 


et  OCBce  des  cellules  pour  les  novices  et  les  moines 
faibles  comme  moi ,  qui  récitent  Toffice  en  particu- 
lier dans  leurs  cellules.  » 

L'office  finit  au  fofio  56  du  cahier  o«j.  D'après  une  note 
qui  se  lit  en  cet  endroit ,  il  fut  écrit  dans  le  monastère  de  saint 
Hormizd  par  le  prêtre  Abraliam ,  et  terminé  le  mardi  7  de 
Ab  de  l'an  1904  (août  iBgS). 

Les  feuillets  suivants  ont  été  rempfis  par  divers  extraits, 
savoir  : 


NOTICE  SUR  DE3  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      Mb 
a  Admonitions  (IVoiol)  de  Mar  Dadjésus.  Com- 
mencement :  «^of  Jbu^^f  ^^*S^ 

b  Admonitions  et  préceptes  de  Mar  Abraham  de 
Netphar.  Commencement  : ^♦^''^  )ouy  ^ 

c  Contre  ceux  qui  aiment  les  vanités,  Comnaen- 
cement  : |>»*>Qa   «*bS^JIio  y^  «*o 

d  Psaumes  des  Compiles. 

CoD.  22. 

Volume  de  ai  centimètres  sur  16,  composé  de  10  cahiers 
de  iQ  feuillets.  Très  bojiae  écriture;  lA  lignes  à  la  page. 

Liturgies  (JlA,|aiD]  : 

i"*  Des  saints  Apôtres;  2°  de  Mar  Théodore  de 
Mopsueste;  3^  de  Mar  Nestorius. 

Achevé  dans  le  monastère  de  Mar  Pethion  à  Amid,  le  ven- 
dredi 9  du  mois  de  Yar  de  Tan  1966  [mai  i655),  au  temps 
de  Mar  Siméon  catholicos ,  et  de  Mar  Siméon ,  métropolitain 

d*Amid,  par  le  prêtre  Abdalcarim  (j^wx^^ai^),  fils  de  Jésus. 

On  a  relié  au  commencement  du  même  voluçie 
le  premier  cahier  d'un  autre  codex  portant  pour  titre  : 
JLfido^f  JLgqjx^((  Ordre  delaPénîtence  «(incomplet); 
et  à  la  fin  un  autre  cahier  de  i  a  feuillets  cc^itei^ant 
le  K  Rite  de  la  consécration  des  eaux  le  jour  de  TËpi- 
phanie  »  (complet). 


8. 


116  JANVIER-FEVRIER   1894. 

CoD.  23. 

Volume  de  a o centimètres  sur  i5,  comprenant  i6  cahiers 
(quelques-uns  incomplets)  de  lo  feuillets.  Bonne  écriture; 
ao  lignes  à  la  page.  Le  texte  est  entièrement  vocalisé. 

Recueil  d'hymnes  (IAJjo:^). 

I.  Hymne  de  Gabriel  Mossoul  (cod.  2 ,  I). 

IL  Cinq  hymnes  de  Kamis  (les  trois  premières 
sont  les  mêmes  que  dans  le  cod.  2  ,  n°  II). 

III.  Trois  hymnes  de  Mar  Jésujab ,  métropolitain 
d'Arbèle,  surnommé  Bar  Meqadem. 

IV.  Hymne  de  Kamis  (cod.  2  ,  II,  16®). 

V.  Hymne  du  prêtre  ^Atia  Bar  ^Atali. 

VI.  Hymne  de  Georges  Varda  (cod.  2,  XI). 
VIL   Hymne  du  prêtre  Isaac  (cod.  2  ,  X,  1'®). 

VIII.  Hymne  du  prêtre  Çaliba. 

IX.  Treize  hymnes  de  Kamis  (cod.  2,  II,  7-1 5, 

4-6). 

X.  Trois  hymnes  de  Jésujab  Bar  Meqadem. 

Ce  volume  a  été  achevé  le  vendredi  6  de  Haziran  de 
Tan  igai  (juin  1610),  dans  le  monastère  de  Mar  Jean,  frère 
charnel  et  spirituel  du  bienheureux  Mar  Ah  a ,  du  temps  de 
Mar  Elias ,  patriarche ,  et  de  Mar  Joseph ,  évêque  de  Gozarte. 
n  a  été  acheté  pour  Téglise  de  Jérusalem  par  Rabban  Joseph. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      117 

COD.  24. 

Volume  en  très  mauvais  état,  mesurant  ao  centimètres 
sur  i4  et  comprenant  i3  cahiers  de  lO  feuillets;  18  lignes 
à  la  page. 

Il  contient  : 

«  Traité  composé  par  un  moine  à  qui  Tun  de  ses 
parents  avait  demandé  une  règle  de  conduite  et  des 
conseils  pour  diriger  convenablement  son  corps  et 
son  âme.  .  .  » 

Ce  traité  est  partagé  en  nombreux  chapitres ,  plus 
ou  moins  longs,  qui  paraissent  extraits  de  livres  ascé- 
tiques et  portent  différents  titres ,  par  exemple  :  De 
l'observation  du  dimanche,  du  jeûne,  de  Thumilité, 
de  l'utilité  des  veilles ,  etc. 

«  Traités  utiles  faits  sur  des  paroles  de  la  Sagesse 
de  Salomon,  fils  du  roi  et  prophète  David.  » 

Ces  traités  sont  au  nombre  de  trois. 


llg  JANVIER.PÉVHIER   1804. 

«  Préceptes  et  admonitions  du  prêtre  vertueux  et 
du  philosophe  du  temps  Jean  de  Mossoul  » ,  du  cou- 
vent de  TArchange  saint  Michel  (d'après  Yexplicit). 

«  Discours  utile  de  Mar  Jean  de  Phenek.  » 

Achevé  le  samedi  7  de  Tamouz  de  Tan  1 960  (  jttfflèt  i  649  )  1 
du  temps  de  Mar  Elias ,  patriarche. 

CoD.  25. 

Volmne  presque  entièrement  défruit  par  Thumidité ,  me- 
surant 18  centimètres  sur  i3,  composé  de  16  caliiers  de 
10  feuillets.  Ecriture  très  négligée;  ai  lignes  à  la  page. 

Psautier. 

Le  titre  et  le  contenu  du  volume  sont  exactement 
les  mêmes  que  dans  le  cod.  7. 

Le  volume  a  été  terminé  le  mardi  2 g  de  Tèsri  premier, 
en  Tan  1968  (octobre  i656). 

CoD.  26. 

Volume  de  18  centimètres  sur  i3,  composé  de  i4  cahiers 
de  10  feuillets;  18  lignes  à  la  page. 

Même  contenu  que  dans  le  cod.  24. 
Achevé  le  mardi  17  de  Haziran  de  Tan  1861  (juin  i55o). 

CoD.  27. 

Volume  assez  mal  conservé,  mesurant  18  centimètres  sur 
i3,  composé  de  ai  cahiers  de  10  feuillets;   19  lignes  à  la 


NOTICE  SUR  DESI  MANUSCRITS  SYRIAQUES,      lig 

page.  Quelques  feuillets  manquent;  les  marges  sont  recou- 
vertes de  notes  relatives  à  la  distribution  des  psaumes  dans 
TofiSce ,  et  de  prières  (Jli^j  ). 

Psautier. 

Même  titre  que  celui  du  cod.  7. 

Suivent  : 

1**  Les  trois  cantiquefs  de  Moïse  et  celui  d'Isaïe. 

2**  L'hymne  de  Narsès  et  les  autres  morceaux  qui 
viennent  à  la  suite  dans  le  cod.  7. 

D'après  difFérentes  notes ,  ce  volume  a  été  écrit  en  Tan  1 896 
(i585);  acheté  en  1976  (i665)  par  un  certain  'Ebedjésus 
pour  cinq  gros  (JLifc.o«^)  et  demi;  relié  à  neuf  en  Tan  2o36 
(1726)  par  le  prêtre  Georges,  sacristaia  de  l'église  de  Jéru- 
salem ,  fils  du  prêtre  Daniel  d*Alqo§. 


Cod.  28. 

Volumef  incomplet  de  la  fin,  mesurant  176  millimètres 
sur  i35,  composé  de  cahiers  de  8  feuillets;  20  lignes  à  la 


Titre  : 

OKT(k)r{)(os  —  Livre  ecclésiastique  dans  lequel  les 
hyttinés  sont  di»f>o^s  !Jelon  les  huit  tons,  que  les 
Syriens  appellent  JUûî . 

Sans  date.  Ecriture  du  xvii*  siècle. 


120  JANVIER-FEVRIER   1894. 


CoD.  29. 

Volume  de  176  millimètres  sar  i35,  compose  de  cahiers 
de  10  feuillets;  17  lignes  à  la  page. 

Bréviaire. 

Le  titre  manque ,  mais  ïexplicit  nous  apprend  que 
c  est  le  livre  appelé^oâbAd  «  KaSkoul  ». 

(  Cf.  ci-dessus  codd.  5  et  1 6.  ) 

Ce  volume  a  été  achevé  le  jeudi  5  de  Nisan  de  Tan  188a 
(avril  1571). 

CoD.  30. 

Volume  incomplet  de  la  fin,  mesurant  18  centimètres  sur 
i3  et  comprenant  3i  cahiers  de  10  feuillets.  Très  bonne  écri- 
ture ;  1 8  lignes  à  la  page.  Il  manque  plusieurs  feuillets  et  tout 
un  cahier. 


!<>  (),  1  b)  >•    M    ON,  ^^o^f  JL^fom  llbaâojiol 

«  Grammaire  de  la  langue  syriaque  composée  par 
le  vénérable  Elias ,  métropolitain  de  Nisibe  de  sainte 
mémoire.  » 

JLox^o  l;»^^  JLm>.>J^  »d>Vkf  JL*9afl»  JLui^f  jiko^o 

•>  (sic)  uoi^olf  ,a«»a^  ^i  I^Wi. 

«  Grammaire,  c  est-à-dire  Règles  du  discours  de  la 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      1?1 

langue  syriaque,  composée  par  le  grand  moine  et 
vrai  religieux  Rabban  Jean  Bar  Zou  bai.  » 

Assémani,  B.  O.,  m,  i,  307  et  3o8.  L'abbé  Martin  a  publié 
sa  métrique. 

Sans  date,  xvi*  siècle. 

CoD.  31. 

Volume  de  18 centimètres  sur  1 3, comprenant  a 6  cahiers 
de  10  feuillets  dont  quelques-uns  sont  incomplets;  19  lignes 
à  la  page. 

Recueil  d'hymnes. 

I.  Hymne  de  Gabriel  de  Mossoul  (cod.  2  ,  1). 

II.  Dix-huit  hymnes  de Kamis (cod.  28 ,  II  et  IX). 
m.  Sept  hymnes  de  Varda  (cod.  2,  III)* 

IV.  Hymne  de  Mara  (cod.  2 ,  IV). 

V.  Deux  hymnes  de  Varda  (cod.  2 ,  V  et  une  autre 
pour  le  mercredi). 

VI.  Huit  hymnes  de  Kamis  (cod*  2,  VI,  VII, 
VIU). 

VII.  Trois  hymnes  dlsaac  Sabdanaïa  (cod.  2 ,  X). 

VIII.  Hymne  de  Varda  (cod.  2  ,  XI), 

IX.  Deux  hymnes  de  Mar  Ephrem. 

X.  Hymne  de  Berikjésus,  connu  sous  le  nom  de 
Bar  Eskapha. 

XI.  Hymne  pour  la  fête  de  la  Nativité  de  N.-S. 

XII.  Hymne  de  Rabban  Siméon  Sanqalbad. 


122  JAxNVIER-PÉVRIER  l8Q4. 

XIII.  Notes  sur  la  chronologie. 

XIV.  Explication  de  certains  passages  deà  hymnes 
de  Mar  Gabriel ,  de  Kamis  et  de  Jësusabran. 

XV.  Table  des  hymnes  et  des  variantes  pour  Tof- 
fice. 

XVI.  Chants  (fJ^M^u»)  pour  les  dimanches  et  les 
fêtes. 

XVII.  Chant  de  Narsès  (cod.  ^ ,  XII). 

XVIII.  Sur  ia  pénitence,  par  la  nièce  de  Mar 
Abraham  de  Kidôn. 

XÏX.  Hymnes  sur  saint  Etienne  et  saint  Georges. 

XX.  Chants  pour  diverses  fêtes. 

D*après  une  note ,  le  volume  a  été  ëcrit  dans  le  monastère 
de  Mar  Eugène  à  Ni^ibe  ;  on  répète  plusieurs  fois  qu'il  appar- 
tient à  ce  couvent.  Une  autre  note ,  placée  en  tête ,  se  lit  ainsi: 
«  Moi  Abraham ,  je  suis  arrivé  au  monastère  de  Mâr  Eughin  au 
mois  de  Ab  de  Tan  i8a3  (août  iSis).  » 

CoD.  32. 

Volume  de  18  centimètres  sur  i3,  contenant  16  cahiers 
de  10  feuillets  renfermant  de  19  à  a  3  lignes  â  la  page.  Les 
premiers  feuHlets  très  endommagés. 

OflBce  des  celltiles.  —  (Voir  cod.  à  1). 

Achevé  pendant  le  carême  de  Tan  1916  (  i6o5),  au  temps 
du  patriarche  Mias,  et  de  Joseph,  métropolitain  de  Gozarte, 
par  Rabban  Joseph  pour  Rabban  Abda,  diacre,  son  onde, 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SÎRIAQUE^.      123 

qtii  renvoya  au  couvent  de  Jérusalem  en  Tan  19a 5  (1611). 
Rabban  Joseph  dit  encore  qu  il  était  fds  de  la  sœur  de  Rab- 
ban  Abda ,  originaire  de  la  Mésopotamie ,  et  moine  du  couvent 
de  Màr  Jean  l^^j^^^a^ ,  frère  de  Mar  Aba. 

CôD.  33. 

Volume  de  17  centimètres  sur  i3,  en  très  mauvais  état, 
composé  de  ao  cahiers  de  16  feuillets,  ayant  ad  lignes  à 
la  page. 

Nouveau  Testament. 

Il  contient  les  mêmes  écrits,  et  dans  le  même  ordre 
que  le  cod.  9. 

La  reliure  du  volume  est  très  élégante  et  ornementée  avec 
goût.  Une  note  placée  à  la  fin  du  cod.  nous  apprend  qu'elle 
a  été  eiécutée  en  Tan  1916  (i6o5],  par  un  moine  nommé 
Jean ,  du  monastère  de  Mar  Jacques  le  Reclus ,  situé  près  de  la 
ville  de  Se^ert  (l^àu»), 

Cod.  34. 

Voïimie  de  i85  millimètres  sur  i35,  contenant  19  cahiers 
de  10  feuillets.  Très  bonne  écriture;  adjignes  à  lapage. 

Œuvres  d'EjiimanueldeMossoul(èi^arah), 
L'explicit  est  ainsi  conçu  : 

joj^  JLàocu  LJ^ji^h  "^f 'ââflf  [sic)  l^iuid  J^^dbijL 

^«.v^ftinf  jLuoLo  ^^.fio:^  );uoJlâAd  )Laj;j>«^f  jl^te 


«  Fin  du  tome  quatrième  sur  THexàméron  et  la 


124  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

Providence,  en  vîngt-huit  traités,  composés  par  le 
prêtre  Emmanuel.  » 

Le  deuxième  traité  manque;  le  copiste  déclare 
qu'il  faisait  défaut  dans  le  volume  qu'il  transcrivait. 

Les  traités,  à  partir  du  quinzième,  ne  sont  pas 
dans  le  même  ordre  que  dans  le  ms.  du  Vatican. 

(Cf.  BibL  Orient,,  II,  p.  499;  m,  1,  p.  377;  Cat.  BibL  Vat,, 
t.  m,  p.  38o.  n*  CLXXXII.) 

Le  volume  a  été  achevé  le  mercredi  1*' jour  du  mois  de 
Tesri  premier  de  Tan  1600  (octobre  1288). 

CoD.  35. 

Volume  de  18  centimètres  sur  i3 ,  comprenant  originaire- 
ment 3o  cahiers  de  8  feuillets;  19  lignes  à  la  page.  Quelques 
cahiers  manquent. 

Rituel  des  funérailles. 
Titre  : 

«  Livre  d'office  pour  la  sépulture  des  prêtres,  des 
diacres,  des  évêques,  des  moines,  des  patriarches  et 
des  autres  clercs.  » 

C'est,  comme  on  le  voit.  Je  complément  du 
cod.  1 4. 

Suivent  l'officç  pour  les  défunts  et  les  MédraSé 
pour  les  morts. 


NOTICE   SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES,      125 

Une  note  autographe  dit  que^Ënanjësos,  métropolitain  de 
Nisibe,  a  eu  le  livre  entre  les  mains. 

Sans  date,  xviii*  siècle. 


CoD.  36. 

Volume  de  1 8  centimètres  sur  1 3 ,  comprenant  1 7  cahiers 
de  10  feuillets;  les  derniers  cahiers  sont  incomplets.  Bonne 
écriture  ;  1 7  lignes  à  la  page. 

Office  des  cell^iles. 

Même  titre  que  le  cod.  2  n . 

Une  note  placée  sur  le  premier  feuillet  nous  apprend  que 
le  prêtre  Bacchus  (»»aAd) ,  recteur  de  réghse  de  Sainte  Marie 
à  Jérusalem,  a  eu  ce  livre  entre  les  mains  Tan  1994  (  i683). 


CoD.  37. 

Volume  de  16  centimètres  sur  12,  comprenant  19  cahiers 
de  1 2  feuillets  ;  1 5  lignes  à  la  page ,  d'une  écriture  soignée. 

«*eio;;^JL^  ^  ^^^^of  foi^jf  ILoibi^f  l;;^!^?  l^ho 

«  Office  des  Rogations  des  Ninivites  composé  (prin- 
cipalement) d'homélies  choisies  de  Mar  Éphrem, 
ordonné  et  arrangé  par  le  bienheureux  Mar  Yaqira , 
dans  le  monastère  de  S.  Mar  Elias ,  près  de  MossouL  » 

Achevé  Tan  i56a  des  Grecs,  648  des  Arabes,  le  vendredi 


126  JANVIE;{l-FËVai6R   1^94. 

premier  jour  de  KaQottn  secpnd  (js^nvîer  i  S|5i)t  pi^r  un  moine 
du  nom  de  Jésus ,  originaire  du  village  de  Halmip ,  près  de 
Salqata(P). 

CoD.  38. 

Volume  de  i8  centimètres  sur  i3,  contenant  12  cahiers 
de  10  feuillets  chacun  ;  18  lignes  à  la  page. 

Titre  : 

«  Hymnes  du  Docteur  Georges ,  surnommé  Varda.  » 

Ces  hymnes  sont  distribuées  pour  tous  les  jours 
de  la  semaine  et  les  principales  fêtes  de  Tannée. 

Sans  date.  Fin  du  xvii*  siècle. 

CoD.  39. 

Yolume  de  16  cejt^timè très  sur  la ,  comprçnai^t  18,  cahiers 
de  8  ou  10  feuillets;  ao  lignes  à  la  pagç. 

t 

Bréviaire  (Extrait  du). 

Cet  extrait  comprend  les  «  offices  de  la  fête  de  la     • 
Nativité  de  N.-S. ,  et  de  la  fête  de  l'Epiphanie  ». 

Il  a  été  achevé  l'an  i858  (iSAy).  Une  longue  note  nous 
apprend  que  le  prêtre  Yar,  fik  de  Daniel,  iil$  de  Jean»  fils 
d'Abraham,  s' est  rendu  avec  d*  autres  cçmpagi^ons  à.Jérus^em 
au  couvent  de  Sainte-Marie ,  dont  il  a^  relié  gratuitement  les 
anciens  volumes ,  ainsi  cpi'une  grammaire  et  le  présent  livre 
en  Tannée  1968  (  1647). 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      127 

CoD.  40. 

Volume  de  i5  centimètres  sur  lo,  comprenant  29  cahiers 
de  8  ou  10  feuillets  ;  1 4  lignes  à  la  page. 

Même  titre  et  même  contenu  que  dans  le  cod.  2&. 
Achevé  le  mardi  18  de  Tamouz  18^2  (juillet  i53i). 

CoD.  41. 

Volume  de  1 6  centimètres  sur  1 2 ,  comprenant  originaire- 
ment a  a  cahiers  composés  de  10, 12  ou  16  feuillets.  Mauvaise 
écriture;  17  lignes  à  Ja  page. 

Rituel  des  funérailles  et  prières  pour  les  défunts. 

Le  titre  et  les  premiers  cahiers  manquent. 

La  dernière  clausule  est  celle-ci  :  J  m  *^  ^  yi^>A 

)JU<v>?  «  Fin  dçs  discour3  de  consolation  v. 

(Cf.  Wright,  Catalogne  ofsjrriac  ms,,  n*  DXXII.  ) 

Ce  livre  a  été  donné  au  couvent  de  Jérusalem  par  le  fidèle 
Aaron ,  frère  du  prêtre  Samuel  d' Atel. 

Sans  date,  xvni*  siècle. 

CoD.  42. 

Volume  de  1 5  centimètres  sur  1  o ,  contenant  1 6  cahiers 
de  10  feuillets;  18  lignes  à  la  page.  Le  dernier  cahier  est  in- 
achevé. 

Office  des  cellules. 

(Cf.  supra  cod.  21.) 
Il  n*y  a  aucune  note.  -—  Ms.  du  xviii*  siècle. 


128  JANVIERFEVRIER  1804. 

CoD.  43. 

Volume  de  i6  centimètres  sur  lo,  contenant  i5  cahiers 
de  lo  feuillets;  i4  lignes  à  la  page. 

Bréviaire. 
Titre  i 

*^x^  ik^^^o  ^t-Jdf  J(^»^^âo)  IviViii^  ]La^9?  |mn>^ 

«  Le  livre  de  Toffice  du  soir  pour  les  jours  de  la 
semaine ,  appelé  daqdam  wa  dbaiar,  sans  renvois.  » 

Ecrit  du  temps  de  Mar  Elias  patriarche ,  et  de  Mar  Joseph 
métropolitain,  par  le  moine  Arsène.  Achevé  le  samedi  27  de 
Kanoun  second  de  Tan  1908  (janvier  1597). 

On  a  relié  à  la  suite  deux  cahiers  renfermant  des  prières 
liturgiques,  en  carsouni,  écrites  Tan  1968  {1657). 

CoD.  44. 

Volume  de  i4  centimètres  sur  10,  contenant  16  cahiers 
de  1  o  feuillets.  Très  bonne  écriture  ;  1 4  lignes  à  la  page. 

Rituel  : 

«  Ordre  sacerdotal  selon  lusage  du  monastère 
d'Ëlie  au-dessus  de  Mossoul.  » 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      119 

Achevé  le  jeudi  octave  de  rAscensioû  3o  de  Yar  de:f  an  a  g6 1 
(mai  i65d) ,  du  temps  des  «  Pères  saints  Mar  Elias  çathoIieo9> 
patriarche  de  TOrient ,  et  Mar  Siméon  *  cathoUcos.  Que  Notre 
Seigneur  Jésus  rétablisse  la  paix  entre  eux  I  » 

*  A  la  mor^e;  «Ce  Mar  Siméon,  dont  noas  parions,  persécuta  son 
diocèse.» 

GoD»  45. 

Volume  de  1  ô  centimètres  sur  i  o  ,-•  composé  dé  cahiers  aie 

10  feuillets  ayant  17  lignes  à  la  page. 

•  •     '  -        »         ■       .    •         » 

Bréviaire, 

Même  ouvrage  et  même  titre  que  le  cod.  43-, 

Achevé  au  mois  de  Yar  de  l'an  1890  (mai  iSyg)  1  et  écrit 
par  Simon,  fils  du  prêtre  Abraham  de  la  ville  de  Mossoul. 

Cod.  46. 

Volume  mesurant  i5  centimètres  sur  10,  composé  de 
17  cahiers  de  10  feuillets;  19  lignes  à  la  page. 

■  •   ■      ">. 
Même  ouvrage  que  le  précédent» 

Achevé  le  mardi  2 3  de  Tamouz  de  l'an  1 887  (juillet  1596  ) , 
dans  la  ville  de  Gozarte  (l^r^i  ]Vf%^) ,  sur  le  bord  du  Tigre, 
au  temps  du  patriarche  Mar  Elias ,  et  de  Gabriel ,  évèque  mé- 
tropolitain de  Gozarte^ 


I       .^  ■ 


Cod.  47, 

Volume  de  i4  centimètres  sur  10,  comprenant  10  cahiers 
de  10  feuillets  chacun;  i5  lignes  à  la  page. 

Titre  :  ' 

...    '  .    •  .'-•'. 


III.  9 


130  JÂNVIEA-FÉYRIER  1894. 

«  Le  livre  de  Rabban  *Enanjésus  avec  les  gloses  de 
Rabban  Honain.  » 

Opuscule  lexicographiqud  publié  par  6.  Hoffinan  en  i88o 

dans  son  Opnscula  nestoiiana. 

A  la  suite  viennent  : 

a  Les  règles  sur  Taccentuation  de  Mar  Sabaijésus. 

b  Une  note  sur  le  Comput  ecclésiastique. 
c  Une  note  sur  la  chronologie. 

On  a  relié* à  la  tin  du  volume  deux  cahiers  étrangers  con- 
tenant des  fragments  dliymnes  et  d*office9. 
Sans  date,  xviii*  siècle. 

CoD.  48. 

Volume  de  i4  centimètres  sur  lo,  contenant  17  ca^ers 
de  10  feuillets  chacun;  les  cahiers  i5'el  16  ont  dispàki  et 
le  ^rnier  est  incomplet. 


.  < 


I      I  f 


.  ..Jitre  :      ... 
«  Ordre  complet  des  prêtres  » ,  c'est-à-dire  Rituel. 

•'     (Voir  ci-:4essus  co(l^  44.)  .        «  ,    •     • 

Achevé  le  vendredi  20  de  Sebat,  l'an  des  Grecs  1966 
(  février  i645),  dans  la  ville  d*Amid,  au  monastère  d9  [Mar 
Pclhion  le  martyr,  parle  prêlre  Makabai,  fils  du  prêtre  Isa. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCtUtS  SYRIAQUES.      131 

CoD.49. 

Volume  de  i5  ceiltimètres  sur  lo,  en  très  mauvais  ëtat, 
comprenant  primitivement  ii  cahiers  de  lo  feuillets.  Les 
trois  premiers  manquent  complètement.  Mauvaise  écriture  ; 
1 6  lignes  à  la  page. 

Recueil  d*hymnes. 

I.  Neuf  hymnes  de  Kamis(fcod.  ^3,  IX,  les  neuf 
dernières). 

II.  Sept  hymnes  de  Varda  (cod.  2 ,  UI). 

III.  Hymne  de  Mara  (cod.  2,  IV). 

IV.  Deux  hymnes  de  Varda  (cod.  3 1 ,  V). 

V.  Hymne  de  Varda  (cod.  2 ,  XI). 

On  a  relié  à  la  suite  trois  cahiers  provenant  d'un 
Rituel  des  funérailles. 

Sans  date,  xvni'  siècle. 

Cod.  50. 

Volume  de  id  centimètres  sur  10,  composé  de  10  cahiers 
de  8  feuillets.  1 3  lignes  à  la  page. 

Rituel. 
Titre  : 

«  Ordre  complet  de  la  bénédiction  du  genre  hu- 
main (du  mariage)  »,  selon  le  rite  du  monastère  de 
Mar  Gabriel  et  Mar  Abraham ,  près  de  Mossoul. 


132  JANVIER-FÉVRIER   1804. 

On  y  trouve  le  rite  des  fiançailles  et  du  couron- 
nement, de  la  bénédiction  des  vêtements  et  du  lit 
nuptial,  etc.;  et  deux  hymnes  alphabétiques  com- 
posées par  Bar  Kanou§  pour  être  récitées  Time  sur 
la  tête  de  la  fiancée  et  l'autre  sur  celle  du  fiancé. 

(Cf.  Cod.  Vatic.  64.) 

Le  volume  se  termine  par  ces  mots  :  «  Ce  livre  des  fian- 
çailles ,  complet  et  sans  abréviations ,  a  été  fini  le  samedi  6  de 
Tesri  second,  de  Tan  1966  (nov.  i654),  à  Amid,du  temps 
de  Siméon  le  patriarche,  et  de  Siméon,  ëvéque  d*Amid.  » 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      ISS 


INDEX  DES  AUTEURS. 

•     ;  r 

(Les  cbiffires  indiquent  les  numéro»  des  manuscrits.) 


Abba  (Mar),  7;  i5;  aS;  37. 
Abouhidim  (Elias  III),  18. 
Abraham  de  Nephtar,  21. 
Abrabam  de  Nisibe,  7;  i5;  26; 

Abimelek,  7;  i5;  25;  27. 
Arsène  (Histoire  d'),  11. 
*Atia  Bar  'Atdi,  2  3,  v. 
Babaide  Nisibe,  7;  i5;  aS;  27. 
Babai  le  Grand,  7;  i5;  25;  27. 
Baccbus ,  2 ,  Xm. 
Berikjésus,  3i,  X. 
Çaboë  (SiméonBar),  7;  i5;  25; 

27. 
Çdiba,  a  3,  VIQ. 
Dadjésus,  21. 
'Ëbedjésus  de  Gozarte,   2,  IX; 

i3;  19. 
'Ëbedjésus  de  Nisibe  «  ii;  i3. 
Elias  m,  18. 
Elias  de  Anbara,  8. 
Elias  de  Nisibe,  3o. 
Emmanud  de  Mossoul  ,34. 
'Ënanjésus,  ^7. 
Éphrem,  7;  3i,  IX;  37. 
Eskapba  (Berikjésus  Bar),  3i,  X. 
Gabrid  de  Mossoul ,  2,1;  23,  I  ; 

3i.I;3i,XIV. 
Georges  d*Alqos,  i3. 


Georges  d'Atour,  18. 

Georges  de  Nisibe,  7;  i5;   25; 

27. 
Georges  Varda,  2,  III,  V,  XI; 

23,VI;3i,ni,  V,  VIIÏ;  38; 

49;  n,  ly,  V. 

Histoires  édifiantes,  17. 

Honain,  47. 

Isaac  âabdanaja,  2 ,  X;  23 ,  VU; 

3i,  vn. 

Israël  d'Alqos ,  1 3  ;  1 4 . 

Jean  Bar  Zoul)ai,  3o,  X. 

Jean  d'Arbèle,  i4. 

Jean  de  Beth  Rabban,   7;   i5; 

25;  27. 
Jean  de  Dailam ,  1 9. 
Jean  de  Mossoul,  24 ;  26;  4o. 
Jean  de  Pbének,  24;  26;  4o. 
Jésudad  de  Haditb ,  1  o. 
Jésujab  d'Arbèle,  1 4  ;  33 ,  III ,  X. 
Jésusabran ,  3 1 ,  XIV. 
Kamis    Bar    Qardabé,    3,    II, 

vi-vm;  33,  n,  iv,  lx;  3i, 

n,  VI,  XIV;  49,  I. 
Kanous  (Bar),  5o. 
Liturgies,  s  s, 
Mara  Bar  Meàiba,  2,  IV;   3i, 

.IV;  49»  m.  " 

Meqadem  (Bar),  v.  Jésujab. 


134 


iANVIER-FÉVIilËR  1804. 


Narsès,  2,  XII;  7;  19;  27;  3i, 

xvn. 

Qardahé  (Bar),  v.  Kamis. 

Sabarjésus,  47. 

âabdanaja,  v.  Isaac. 

§alita,  18. 

§rarah  (Emmanud),  34. 

Siméon  Bar  Çaboé,  7;  i5;  a5; 

27- 


Siméon  Sanqalbad,  3i,  XII. 
Théodore  de  Mopsueste,  7;  i5; 

26;  27. 
Timothée,  7;  i5;  26;  2g. 
Varda ,  v.  Georges. 
Vies  des  Saints,  17. 
Yaqaim,  37. 
Yazdin,  7;  i5;  26;  27. 
Zou'bai  (Bar),  v.  Jean. 


NOUVEULfia  ET  MJSLANQRS.  135 


tJUillW      Jl       I»       .1=^ 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES 


SÉANCE  DU  12  JANVIER  ià94. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbieip  de  Meynard,  président. 

Le  procès- verbal  de  ia  séance  précédente  est  lu  et  la  rédac- 
tion en  est  adoptée. 

.  Sont  reçut  membm.de  la  Société  :  . 

MM.  A.  W.  Greenup  (Rév.),  Culford  Heath,  Bury  S*  Ed- 
mnnd's,  Angleterre,  présenté  par  MM.  Duval  et 
Drouin; 
RoMESH  Chunder  DuTT,  attaché  au  service  civil  du 
Bengale ,  Calcutta,  présenté  par  MM.  Sylvain  Lévi 
et  Drotiin.     '     ' 

Lecture  est  donnée  d'u^e  lettre  du  MinifkèrQ  de  rinstruc- 
tion  publique  annonçant  rordonna^cement.  du  premier  tri- 
mestre de  la  subvention  amiuelle  allouée  ai  la  Société  asia- 
tique. 

M.  Rubens  Duval  informe  la  Société,  q^e  M*'  Ral^màm, 
archevêque  de  Bagdad». prépare  eu  ce  mpmeiit  l'édition  de 
ia  Chronique  de  Michel  le  Syn'fiil.  M'^Rahmani  sleat  prbooré 
un  maiiûfKïijt  coipplet  d€i  cette  importance  chronique,  dont 
on  croyait  Toriginal  perdu  et  qui  n^  noua  était  connue  que 
par  une  version  arménienne  abrégée.  Une  traduction  fran- 
çaise de  vaut,  accompagner  le  texte  syriaque,  la  Société  ren- 
drait un  grand  service  aux  études  orientales  en  faisant  les 
frais  de  cette  publication ,  qui  figi^rerait  honorablement  dam 
la  cc^ction  de  ^s  ouvrages.  M.  Rubens  Dàval  prie  M.  le 


î^6  aANVIEH-FÉVRIE^R  ïHH. 

Président  de  soumettre  sa  propotiticHi  à  Texamen  du  GonseU. 
H  ^ute  que,  dans  ie  cas  où  le  Conseil  serait  d'un  avis  fa- 
vorable ,  il  se  charg-erait  volontiers  de  surveiller  Timpression 
du  texte  et  de  la  traduction. 

^  Le  Conseil-,  Après  en  avoir  délibéré^,  Vote  à  runanîinîté 
Timpression  de  la  Chronique  de  Michel  le  Syrien  et  charge 
M.  Rubens  Duval  de  s*entêndre  avec  M''  Ral^mâni  pour  la 
réalisation  de  ce  projet. 

M.  Senart  donne  connaissance  d*un  envoi  archéologique 
du  plus  haut  intérêt  qui  lui  a  été  fait  par  le  capitaine  Deane» 
commissaire  du  district  de  Péchayer.  Cet  envoi  consiste  en 
douze  pierres  inscrites.  Une  de  ces  pierres  porte  une  in- 
scription sanscrite,  probablement  votive,  conçue  dans  Tal- 
phal)et  dit  du  nord-ouest,  employé  par  Açoka  et  remontant 
au  troisième  siècle  avant  notre  ère  ;  deux  autres  pierres  por- 
tent deux  autres  inscriptions  sanscrites  dans  le  dévanagari 
du  X*  pu  XI*  siècle.  Les  neuf  autres  pierres  portent  des  in- 
scriptions conçues  dans  un  caractère  inconnu,  ou  plutôt  non 
déchiffré  :  car  ce  caractère  se  rencontre  dans  les  légendes  et 
monnaies  d'origine  arsacide.  Il  est  donc  peu  douteux  qu*eUes 
datent  de  Tépoque  parthe.  Quant  à  la  langue  qu'elles  cachent, 
on  n'a  guère  le  choix  qu'entre  une  langue  de  l'Inde,  une 
langue  de  la  Perse  et  une  langue  des  Scythes,  c*est-à-dire 
uni  dialecte  sanscritique,  un  dialecte  pehlvi  et  le  dialecte 
des  Çakas  de  Kanishka,  lequel  était  sans  doute  de  famille 
turque.  Mais  le  caractère  semble  d'origine  sémitique  et  rap- 
pelle l'écriture  pehlvie. 

M.  Oppert  communique  la  traduction  d'une  inscription 
très  in^portante  que  l'expédition  américaine  a  rapportée  de 
ses  fouilles  de  Niffar.  Ce  monument  date  du  roi  Belnadinabal, 
c'est-à-dire  du  xii*  siècle  avant  l'ère  chrétienne  ;  il  a  trait  à 
la  spc^atibii  d'une  ancienne  divinité  tombée  dans  l'oubli, 
que  nous  nommons  Nina,  L'importance  de  ce  texte  est  dans 
la-  donnée  chronologique  qu'il  fournit  :  696  années  se  sont  « 
écutdées,  d'ajprès  ce  texte,  depuis  le  règne  de  Gidkisar  jus- 
<]u'â'Nf^chodôno8or.  Cette  donnée  confirme  l'authenticité 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  13l 

delà  Liste  des  rois  diaprés  laquelle ,  entre  Gulkisar  et  la  fin  de 
la  seconde  dynastie ,  il  s*est  écoulé  119  ans ,  et  entre  celle-ci 
et  la  troisième  dynastie,  676  ans  et  9  mois,  soit  un  totsd  de 
696  ans,  9  mois. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 

OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOGI^Tlâ. 

(10  janvier  1894.] 

Par  rindia  Office  :  Indian  Ardiquary,  October-Novem- 
ber  1893.  Bombay,  in-4". 

— '  M.  A.  Stein,  Kaîhanas  Rajatarangini,  Chronicle  of  the 
Kings  ofKashmir,  Vol.  L  Bombay,  1898;  in-4*. 

«—  Bhandarkar,  Lists  of  sanscrit  manuscripts  ofpnvateLi- 
braries  in  the  Bombay  Presîdency.  Part  I,  1898;  in-4°- 

Par  la  Société  ?  Société  de  géographie ,  Comptes  rendus  des 
séances,  n*"  i5-i8.  Paris,  1898;  in- 8". 

—  Comité  de  conservation  des  monuments  de  Vart  arabe, 
exercice  189a ,  9*  fasc.  Le  Caire;  in-8". 

Par  les  éditeurs  :  Revue  critique,  xC"  5o,  1893-1894*  Paris, 
1894;  in-8». 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraire,  novembre 
et  décembre  1898;  in- 8°. 

—  Revue  des  études  juives ,  juillet- septembre  1898;  in-8*. 

—  BoUetino,  n"  192.  Firenze,  1893-,  in-8'. 

—  S.  G.  Das.,  /oumaZ and  Text ofthe  Buddhist  Text Society 
of  ïndia.  November  1898;  in-8'. 

—  J.  W.  Pôwell ,  Eight  annual  Report  of  the  Bureau  of 
Ethnoïogy  to  the  secretary  ofthe  Smithsonian  Institution,  1886- 
1887.  Washington,  1893;  in-4*. 

—  Rendiconti  délia  Rerde  Accademia  dei  Lincei,  V,  U,  10. 
Roma,  1893;  in-8*. 

Par  les  auteurs  :  R.  Atkinson,  On  the  south  Koptie  Texts, 


138  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

a  criticisme  on  M,  Bouriant's  :  Eloge  du  martyr  Victor,  JUs  de 
Romanus,  Dublin ,  1 89 1  ;  m*8°. 

—  Bai  Gangadhar  Tilak,  The  Orion,  orResearches  into  ike 
antiquity  ofthe  Vedas.  Bombay,  189 3;  in-4". 

—  Florence  GrofF,  Guide  to  Caire  and  Environs.  Catalogue 
of  the  Muséums  ofEgyptian  Antiquities  at  Gizeh  and  Arah  An- 
tiguities  of  El-Hakim  ^^  1898;  in-8". 

—  Oldenberg,  Le  Buddha,  sa  vie,  sa  doctrine,  sa  commu- 
nauté, Paris ,  1 893  ;  in-8*. 

—  J.  G.  Pilling,  Thê  Chinoekcui  Languages.Weahmgton, 
1893;  in-8". 

—  J.  Haiëvy,  Les  deux  inscriptions  hétéennes  de  éSin^irlL 
Paris,  1894;  in-8^ 

-^  Dr.  L.  Venetianer,  Dus  Buck  der  Grade,  von  Schem- 
tob  B.  Joseph  Ibn  Falaqoera.  BerUn ,  1 89^  ;  in-8*'. 

—  Rév.  John  Levaux,  Rosari  Pungahi  Bindri,  Pompëi, 
1894;  in-ia;  Sadhu  kunwari  Rosari  mxikuki  rani,  Pompéi, 
189^;  in-ia. 

— -  Cl.  Huart ,  Sommaire  des  études  turques  pendant  la  période 
1 886- 1 89  r.  Londres ,  1 893  ;  in-8*. 

—  A.  N.  Graen,  Les  races  de  l'ancien  monde  et  leur  carac- 
tère historique  (en  russe).  Kiev,  1894;  în:-S°;  La  dynastie  des 
Bagratides  en  Arménie  (en  russe).  Kiev,  1894;  ip-S". 

"^  Croizier,  Le  dernier  Emir  de  Boukhara,  Rouen ,  1 898  ; 
in-8». 


SEANCE  DU  9  FÉVRIER  1894. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie,  sous  la  prési 
xlence  de  M.  Barbier  de  Meynard ,  président. 

M.  Barbier  de  Meynard  donne  communication  d'une  lettre 
de  M.  N  avilie,  président  du  Comité  d*organisation  du  di- 
ûème  Congrès  internationsd  des  Orientalistes  ,qui  s'ouvrira 
à  Genève  en  septembre  1894.  M.  Naviile  prie  la  Société 
asiatique  49  Paris  de  voidoir  bien  nommer  des  dél^^és 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  139 

pour  la  représenter  au  Congrès.  M.  Barbier  de  Meynard  rap< 
pelle  au  Conseil  que  la  Société  a  cru  devoâr  s'abstenir  de 
nommer  des  délégués  aux  Congrès  tenus  à  Londres  et  à  Lis- 
bonne en  1892.  M.  de  Blonay  appuie,  au  nom  de  M.  Boissier, 
de  Genève,  qui  la  prié  de  le  représenter,  la  proposition  de 
M.  Naville.  Le  Conseil,  en  réservant  la  question,  décide,  sur 
la  proposition  de  M.  Duvsd ,  de  souscrire  aux  publications  du 
Congrès. 

M.  Senart  annonce  la  prochaine  publication  du  3*  et  der- 
nier volume  du  Makâvastu. 

M.  le  Président  rappelle  que  le  Conseil,  dans  sa  séance 
précédente ,  a  décidé  la  publication ,  aux  frais  de  la  Société , 
dans  sa  collection  orientale,  de  la  Chronique  de  Michel  le 
Syrien,  dont  M^'  Rahmâni  de  Bagdad  entreprend  l  édition  et 
la  traduction.  Cette  publication,  espacée  sur  plusieurs  an- 
nées ,  laisserait  disponible  une  partie  des  fonds  de  la  Société 
et  peut-être  y  aurait-il  lieu  d'ajouter  à  notrç  collection  le  Ki- 
tab  al-Hukema  d'Al-KifU,  ouvrage  si  important  pour  This- 
toire  de  la  science  arabe.  Auguste  Mûller  avait  rassemblé 
pour  la  publication  de  ce  texte  des  matériaux  que  sa  veuve 
a  légués  à  la  Société  germanique  orientale.  H  faudra  d'abord 
s'adresser  à  la  Société  germanique  orientale  pour  demander 
conmiunication  de  ces  documents ,  et  si  la  réponse  est  favo- 
rable, M.  C.  de  Vaux  entreprendra  définitivement  cette  œuvre 
que  la  Société  sera  sans  doute  disposée  à  accueillir. 

Une  autre  publication  du  plus  haut  intérêt,  à  laqudle  la 
Société  ne  refuserait  pas  ses  encouragements,  est  la  traduc- 
tion par  M.  Chavannes  de  la  grande  histoire  de  Sse-ma- 
tsien.  Ce  document  est  la  source  à  laquelle  ont  puisé  tous  les 
historiens  de  la  Chine  pour  les  périodes  anciennes  jusqu'au 
I*'  siècle  avant  notre  ère,  époque  à  laquelle  appartient  Sse- 
ma-tsien.  Mais  la  nécessité  d'un  vaste  conunentaire ,  sans 
lequel  ce  texte  serait  à  peu  près  sans  utilité  pour  les  histo- 
riens, augmente  considérablement  l'étendue  de  l'ouyrage 
qui  prendra  dix  ou  onze  volumes.  Il  serait  aussi  nécessaire 
de  donner  dans  les  caractères  chinois  les  nombreux  noms  de 


140  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

lieux  et  de  personnes  qui  se  rencontrent  à  chaque  page  et 
que  rendent  mal  les  transcriptions  romanes.  M.  le  Président 
propose  que  M.  Ghavannes  prépare  le  premier  volume  dont 
rimprimerie  nationale  dressera  le  devis  et  la  Société  pourra 
prendre  ensuite  avec  des  éléments  d'appréciation  plus  certains 
une  décision  définitive. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOGIl^Té. 

(9  février  1894*) 

Par  rindia  Office:  Archaeological  Survey  afinâia,  South 
Incuan  Inscriptions,  Tamil  Inscriptions  of  Rajaraja,  Rajendi'a 
Chola  and  others  in  the  Rajarajesvara  Temple  of  Tanjavar, 
edited  and  translated  by  Hultzsch.  Vol.  II,  part  II,  Ma- 
dras, 1892;  in-folio. 

—  The  Journal  ofthe  Bombay  hranch  of  the  Royal  Asiatie 
Society,  1892;  in-8*. 

—  P.  D.  Prasàda ,  A  Catalogue  qf  sanscrit  manuscripts  exis- 
ting  in  Oude  Province  for  theyear  1889;  in-8'. 

Par  le  Gouvernement  néerlandais:  Bijdragen,  1890. 
Volgr.  XIX,  I  Sgravenhage;  in-8*. 

Par  le  Ministère  de  Tinstruction  publique  :  (Publications 
de  TEcole  des  langues  orientales  vivantes)  Siasset-namèh , 
traité  de  gouvernement ,  composé  pour  le  sultan  Mélik-Shah 
par  le  vizir  Nizam-ul-midk ,  traduit  par  Charles  Schefer. 
Paris,  1898;  in-4". 

—  Mémoires  publiés  par  les  membres  de  la  Mission  archéolo» 
gique  au  Caire:  tome  XII.  D.  Mallet.  Les  premiers  établisse- 
ments des  Grecs  en  Egypte,  Paris,  1893;  in-4*; 

—  Tome  XIII,  G.  Bénédite,  Le  temple  de  Philae,  1"  fas- 
cicule. Paris,  1898;  in-A". 

—  Annales  du  Musée  Guimet,  tome  XXV.  E.  Améiîneau, 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       141 

Histoire  des  monastères  de  la  Basse-Egypte.  Paris  ^  iSgA; 
in-4'. 

Par  ia  Société  :  Balîetin  de  VInstitat  égyptien.  Avril  et 
mai  189a;  mars  1893.  Le  Caire;  in-8^ 

—  Transactions  of  the  Asiatic  Society  qf  Japan^  vol.  XXI. 
November  1898;  in-8'. 

—  Catalogue  of  the  sanscrit  and  pâli  books  in  the  British 
Muséum,  by  Dr.  E.  Haas.  London,  1876;  in-8". 

—  Rendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei,  V,  vol.  lli, 
fascicule  ii;  Rome,  1894;  in-8''. 

—  Société  de  géographie,  comptes  rendus,  n*^  1.  Paris, 
1894;  in-8". 

—  Journal  asiatique,  novembre-décembre  189^;  in-8'*. 

—  Journal  qf  the  Royal  Asiatic  Society,  January  1894^ 
in-8'. 

—  Actes  de  la  Société  philologique.  Année  189a  (t.  XXil); 
in-8". 

—  Giomale  délia  Societa  Asiatica  italiana,  vol.  VII.  Roma, 
1898;  in-8'. 

Par  les  éditeurs  :  Revue  africaine,  n"  a  1 1 , 4'  trimestre  1 893. 
Alger;  in.8". 

—  Bolletino,  n'  194.  Firenze,  1894;  in-8". 

—  Revue  critique,  n"*  3-6.  Paris,  1894;  in-8". 

—  Sèoni/^,  XVIIL  Tiflis,  1893;  in-8*. 

—  Le  Muséon.  Janvier.  Louvain ,  1 894  ;  in-8*. 

—  Bulletin  archéologique ,  n*  1.  Paris,  1894;  in-8^ 

—  The  American  Journal  of  Philology,  Baltimore,  De- 
cember  1 898  ;  in-8"*. 

—  Journal  des  Savants,  novembre -décembre  1898;  in-4''. 

—  Ninth  Annual  Report  of  the  Bureau  ofEthnology  to  the 
Secretary  of  the  Smithsonian  Institution,  1887-1888.  Was* 
hington,  189a. 

—  Revue  de  l'histoire  des  religions.  Septembre -dé- 
cembre 1898;  in-8*. 


142  JÂNVJËR-FÉVRIER  1894. 

Par  les  antears  :  Charencey,  De  la  parenté  da  basque  a»ec 
divers  idiomes  des  deux  continents.  Caen ,  1 894  ;  in-8**. 

—  D.  S.  Margoliouth,  Arabie  Papyri  qfthe  Bodleian  Li- 
brary,  London,  iSgS;  in-8'. 

—  J.  C.  Pilling ,  Bibliograpky  of  the  Saliskan  Langaages, 
Washington,  189 3;  in-4'. 

—  G.  Ferrand,  Contes  populaires  malgaches^  Paris,  1 898 ; 
m.8». 

—  Sir  W.  Muir,  The  Life  of  Mahomet,  I.  London,  1894; 
in-8'. 

—  J.  Oppert,  Adad-Nirar,  roi  d'EUassar  (Ekirait).  Paris, 
1898;  in-8**.  —  Une  laïcisation  au  X 11*  siècle  avant  Vère  chré- 
tienne (Extrait).  1894;  in-8'*. 

—  F.  H.  Weissenberg  et  W.  Bang,  Die  altpersischen  In- 
schrifïen,  I,  Liefening.  Leipzig,  1898;  in-4^ 

—  W.  GroflF,  La  plus  ancienne  observation  d!un  phénomène 
naturel  ou  astronomique.  Le  Caire,  1893;  in-8*. 

—  Bouriant ,  Chansons  populaires  arabes  en  dialecte  du  Caire, 
Paris,  1893;  in-8". 

—  Villi.  Thomsen ,  Déchiffrement  des  inscriptions  de  VOrkhon 
et  de  VYénisséi.  Copenliague,  1894;  in-8". 

—  R.  Basset,  L'expédition  du  Château  éCor,  etc.  Rome, 
1893,  in-8°. 


BIBLIOGRAPHIE. 


REMARQUES 
SDR   L'ÉDITION  DU  LEXIQUE  DE  BaR  BaHLOUL. 

Lorsque  je  publiai,  en  1888,  le  premier  fascicule  du 
lexique  syriaque  de  Bar  Bahloul ,  j'exprimai  dans  une  courte 
préface  le  regret  de  ne  pas  livrer  au  public  cet  ouvrage  com- 
plètement achevé,  mais  d'être  obligé,  à  raison  de  son  volume 
et  du  temps  qu'exigerait  l'impression ,  de  ie  diviser  en  cinq 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  143 

fascictdes  qui  se  suiyraient  à  deii  intervalles  de  dix-hnit  mois 
environ.  J'ajoutai  que  j'avais  écrit  une  introduction  ^  trai- 
tant :  i"  de  i origine  et  de  ia  composition  du  lexique;  a^  de 
la  méthode  suivie  pour  l'édition;  3*  des  autorités  de  Bar  Bah- 
loul  et  des  sources  auxquelles  il  avait  puisé;  4"*  des  dialectes 
aramééns  cités  dans  le  lexique  ;  ô"  des  manuscrits  du  lexique 
qui  se  trouvent  en  Europe ,  et  6*  de  la  préface  syriaque  et  de 
la  préface  arabe  que  Bar  Bahloul  avait  mises  en  tête  de  son 
livre  et  dont  il  serait  donné  une  traduction  latine  ;  mais  qu'A 
y  avait  intérêt  à  ne  pas  publier  cette  introduction  avant  Taché- 
vement  de  l'impression  du  texte.  En  attendant ,  je  donnais  sur 
ces  différents  points  quelques  hotices  indispensables  au  lecteur 
pour  s'orienter  dans  l'étude  du  texte  publié. 

Je  divisais  les  treize  manuscrits  du  lexique  se  trouvant  en 
Europe  en  trois  groupes  :  i  '  le  groupe  oriental  ou  nestorien  com- 
prenant quatre  manuscrits;  2"*  le  groupe  occidental,  ou  jaco- 
bite  et  maronite,  renfermant  également  quatre  manttscrits; 
5*  le  groupe  des  manuscrits  mixtes,  au  nombre  de  cinq, 
composés  avec  les  lexiques  de  Bar  Bahloul,  de  Bar  Ali  et 
d'autres  lexicographes ,  qui  n'avaient  qu'un  intérêt  minime 
pour  l'édition  de  Bar  Bahloul. 

Mon  édition,  ajoutais -je  encore,  reproduit  entièrement 
quatre  manuscrits:  i"  un  manuscrit  jacobite  d*Oxford,  H, 
qui  forme  la  base  de  l'édition  comme  étant  le  plus  correct; 
a*  un  manuscrit  de  Florence,  F,  l'une  des  trois  copies  que 
l'on  possède  actuellement  en  Europe  d'un  original  conservé 
dans  un  couvent  du  Liban  ;  3**  et  deux  manuscrits  nestoriens 
en  la  possession  de  M.  le  professeur  Socin ,  qui  se  rapprochent 
pour  la  rédaction  des  deux  autres  manuscrits  nestoriens ,  l'un 
au  musée  ide  la  Propagande  à  Rome  et  l'autre  à  la  biblio- 
thèque de  l'Université  de  Berlin.  Quant  aux  autres  manu' 
scrits  j'en  ïivais  examiné  et  collationné  de  nombreux  passages. 

En  outrie ,  dans  les  premières  pages  de  mon  édition ,  disais-je , 
•■'..-..  •     '  .     , 

*  J*ai  la  ane  partie  de  cette  introdactioa  dans  la  séance  générale  de  la 
Soddtë  asiatique  du  i8  juin  1886.  Voir  ie  procès-verbai'de  cette  séance* 
Journal  asiatique.  S*  série,  t.  VIII,  p.  6.       ' 


144  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

j*ai  donné  toutes  les  variantes  des  manuscrits  pour  qu'on  pût 
juger  de  leur  valeur  et  de  leur  parenté  entre  eux.  . 

Je  prie  les  lecteurs  du  Journal  dsiaiiqae  de  m'excuser 
d'entrer  dans  ces  explications,  mais  j  y  suis  obligé  pour  ré- 
pondre à  un  long  article  de  quarante  pages  sur  le  premier 
fascicule  de  Bar  Bahloul ,  que  M.  Alfred  Rahlfs ,  un  ancien 
âève  de  Paul  de  Lagarde,  vient  de  publier  dans  les  Gôttin- 
gische  gelehrte  Anzeigen ,  n*"  a  5  et  a 6 ,  i  o  et  so  décembre  1 8^3 , 
p.  960-1010,  article  aussi  injuste  que  malveillant.  Injuste, 
car,  sur  Texamen  d'un  seul  fascicule,  M*  RahUï  porte  un 
jugement  d'ensemble  et  définitif  sur  l'ouvrage  entier.  Il 
m'accuse  de  manquer  de  méthode  et  me  condamne  sans  con» 
naître  les  raisons  qui  m'ont  guidé  dans  la  marche  que  j'ai 
suivie.  M.  Rahlfs  a  mis  plus  de  cinq  ans  à  publier  sa  recen- 
sion,  puisque  le  premier  fascicule  a  paru  en  1888;  il  aurait 
pu  attendre  encore  deux  ou  trois  ans ,  jusqu'à  ce  que  l'im- 
pression de  l'ouvrage  fût  achevée.'  Mais  son  siège  était  fait  à 
l'avance ,  que  lui  importait  d'attendre  !  De  parti  pris  M.  RaUff 
a  même  écarté  de  son  examen  les  deuxième  et  troisième 
fascicules  parus  en  1890  et  en  189a.  Injuste  encore,  car 
M.  Rahlfs  accumule  quantité  de  vétilles  pour  créer  une  base 
à  son  accusation  de  négligence  et  d'inexactitude  qui  doit  en- 
lever tout  prestige  à  mon  travail. 

Mais ,  avant  de  répondre  aux  critiques  de  détail ,  relevons 
le  principal  grief,  le  manque  de  plan  et  de  méthode.  Je  suis  de 
nouveau  obligé  de  répéter  par  anticipation ,  mais  d'une  ma- 
nière abrégée ,  ce  que  mon  introduction  fera  connaître  avec 
tous  les  développements  nécessaires. 

Le  lexique  de  Bar  Baliloul,  comme  son  auteur  nous  en 
avertit  lui-même,  n'est  pas  une  œuvre  originale,  mais  une 
compilation  faite  d'après  les  travaux  de  Honein ,  Zacharie  de 
Merw,  Henânischo  fils  de  Serôschwaï ,  etc.  La  part  person- 
nelle de  Bar  Bahloul  est  cependant  considérable  ;  elle  consiste 
surtout  en  gloses  qu'il  a  extraites  des  ouvrages  de  la  littéra- 
ture syriaque  sur  la  philosophie,  la  théologie,  l'exégèse, 
la  médecine, la  botanique,  l'astronomie,  etc.  Cette  compila- 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  145 

tion  s*est  continuée  après  la  mort  de  son  auteur,  au  moyen 
de  gloses  marginales  ajoutées  par  les  lecteurs  sur  lem*5  exem- 
plaires et  que  les  copistes  ont  successivement  fait  passer  dans 
le  texte.  Chacun  de  nous  a  ainsi  Thabitude  d'enrichir  dénotes 
marginales  le  lexique  dont  il  se  sert  et  de  combler  les  lacunes 
qu'il  remarque  quand  il  ne  trouve  pas  un  mot  qu'il  y  cherche. 
«  Ce  que  nous  appelons  Bar  Ali  et  Bar  Baliloul ,  disait  très 
justement  Paul  de  Lagarde  \  est  une  collection ,  continuée 
pendant  des  siècles,  de  gloses  de  valeur  très  différente  et 
d'auteurs  très  différents  (dans  Bar  Bahloul  il  n'est  nidlement 
rare  que  Bar  Hebraeus  soit  cité  !  ]  »  ;  et  il  concluait  en  disant 
que  tout  le  corpus  gJossaram  devait  être  publié. 

C'est  sur  cette  indication  de  Lagarde  que  j'ai  formé  le. plan 
de  mon  édition ,  comme  je  le  disais  dans  ma  préface  *,  Re- 
constituer le  texte  primitif  de  Bar  Bahloul  est  une  entreprise 
impossible ,  si  l'arbitraire  en  est  exclu.  Les  plus  anciens  ma- 
nuscrits que  nous  possédons  sont  au  moins  de  deux  siècles 
postérieurs  à  Bar  Bahloul  et  tous  sont  fortement  interpolés. 
Les  gloses  ajoutées  ne  sont  pas ,  d'une  manière  générale ,  em- 
pruntées à  des  auteurs  postérieurs,  mais  beaucoup  d'entre  elles 
ont  été  extraites  des  lexiques  de  Honein  et  de  Henànischo.  Bar 
Bahloul  les  avait  délaissées ,  parce  que  les  anciens  lexicographes 
se  proposaient  surtout  de  faire  des  lexiques  syriaques-arabes , 
tandis  que  lui  avait  en  vue  une  sorte  d'encyclopédie  et  en 
même  temps  un  dictionnaire  grec-syriaque  qui  facilitât  l'in- 
telligence des  traductions  dans  lesquelles  les  termes  techniques 
étaient  conservés  avec  leur  forme  grecque.  C'est  ainsi  qu'un 
grand  nombre  des  interpolations  tirées  des  lexiques  anciens 
sont  des  formes  verbales  introduites  dans  les  lettres  aleph, 
mim,  noiin,  tav,  suivant  les  préfixes  qui  les  distinguent.  Ces 
gloses  étaient  certainement  étrangères  au  fonds  primitif  de 

^  Geêammelie  Abhandlungen ,  p.  3. 

'  P.  V  :  «Mullas  in  salebras  delapsurum  cssc  loxici  Bar  Bahlulis  cdito- 
rem  jam  prîdem  sensenint  viri  doctrinis  in  orientalibus  versali ,  imprimisqnc 
Panliw  de  Lagarde,  qui  viam  operis  aggrediendi  tutissimàm  bstehdit, 
cf.  Getammctte  Abhandlungen ,  p.  i-5 ,  et  Symtiicta ,  p.  2 1  et  seq.» 

III.  10 


140  JANVIER-FEVRIER   1894. 

Bar  fiahioui;  par  là  ou  s'etpiique  le  grand  kiômbre  de  va- 
riantes qu'elles  présentent  dans  les  différents  ihanuscrits. 

Si  là  reconstitution  du  texte  primitif  de  Bak^  Bahiool  est 
impossible,  aussi  bien  iraporte-t-elle  peu,  non  seulement 
parce  que ,  comme  nous  l'avons  dit ,  c'est  une  œuvre  de  com- 
pilation ,  mais  surtout  parce  que  Bar  Bahloid  et  ses  continua- 
teurs indiquent  dans  la  majorité  des  cas  les  sources  où  i!s 
ont  puisé.  Dès  loirs ,  quel  intérêt  y  a-t-ll  à  savoir,  dans  clés  cas , 
si  le  compilateur  est  Bar  Bahloul  ou  un  interpolateuf  >  Dans 
les  antres  cas ,  ce  sont  les  variantes  oà  figurent  les  rfff *f  ou 
les  addidit  qui  permettent  de  supposer  une  addition  posté- 
rieure ,  mais  sans  qu'on  puisse  arriver  à  la  certitude. 

Dans  ces  conditions ,  le  devoir  de  l'éditeur,  suivant  en  cela 
l'indication  de  Paul  de  Lagai*de,  était  dé  choisir  un  manu- 
scrit complet  et  correct ,  comme  bAsc  de  son  travail ,  et  de 
noter  les  variantes  des  manuscrits  offrant  une  rédaction  diffé- 
rente. C'est  la  tâche  que  je  me  suis  efforcé  de  remjdir.  J'ai 
dotmé  ]à  préférence  au  manuscrit  Huntingdon  d'Oxford  (H) , 
qui  m'a  paru  être  le  plus  correct;  j'ai  noté  toutes  les  variantes 
du  manuscrit  de  Florence  (F),  qui  réprésente  lé  groupe 
maronite,  et  des  manuscrits  de  M.  Socin  (SS^),  qui  repré- 
sentent le  groupe  nestorien.  J'ai  le  ferme  espoir  qtie  cette 
méthode  rencontrera  l'approbation  de  la  grande  majorité  dés 
orientalistes. 

Tel  n'est  pas  l'avis  de  M.  Bahlfs,  qui  conçoit  d'une  autre 
manière  le  plan  d'une  édition  de  Bar  Bahloul.  Libre  à  lui ,  . 
mais  était-il  en  droit  de  conclure  que  je  n'avais  suivi  aucune 
méthode  et  qu'une  nouvelle  édition  était  à  faii*e  d'après  les 
principes  qu'il  énonce  ?  Voyons  ce  que  sont  ces  principes. 

L'éditeur  de  Bar  Bahloul,  pense-t-il,  devrait  dégager 
Tœuvre  de  l'auteur  des  additions  qui  sont  venues  s'y  greffer. 
Pour  cela  il  faudrait  prendre  comme  hase  de  l'édition  un 
manuscrit  syro-orienlal  (nestorien).  Ce  manuscrit,  à  la  vérité, 
ne  serait  pas  exempt  de  nombreuses  interpolations ,  mais  il 
offrirait  l'avantage  de  ne  pas  avoir  été  retravaillé  dans  un 
sens  jacobite  ou  maronite ,  et  notamment  de  ne  pas  renfermer 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  147 

des  gloses  entières  qui  décèlent  une  oiîgine  occidentale.  Ge^ 
pendant  les  gloses  de  ce  genre  ne  devraient  pas  disparaître , 
sauf  quelques-unes  qui  ne  lui  semblent  d'aucun .  intérêt. 
Comment  s'y  prendre  alors  pour  l'impression  de  l'Œivrage? 
Ici  nous  laissons  la  parole  à  M.  Rahlfs  qm  dit,  p.  1009  :  «  Ou 
l'on  devrait  faire  trois  divisions  sur  chaque  page  :  1"  te\te; 
a*  différences  de  la  recension  syro-occidentale  ^  ;  3"  variantes  ; 
ou  l'on  devrait  '■ —  et  cela  serait  peut-être  le  procédé  le  plus 
simple  et  en  même  temps  le  mieux  approprié  à  la  perspec- 
tive —  laisser  dans  le  texte  les  additions  syro-occidentales , 
mais  les  marquer  d'une  manière  quelconque  comme  des  ad- 
dition». »  Eji  note  :  «  On  pourrait  sans  doute  imprimer  le  texte 
syro-oriental  avec  l'estrangélo  et  les  additions  de  la  recension 
syro-occidentale  avec  des  types  jacobites ,  et  on  pourrait  même 
ciHnprendre  aussi  dans  le  texte  les  gloses  ajoutées  après  coup , 
qui  se  rencontrent  dans  quelques  manuscrits  syro-orientaux 
ou  syix>-occideataux ,  en  se  servant  de  l'écriture  orientale  ou 
occidentale  suivant  les  cas ,  pourvu  qu'on  les  enfermât  entre 
crochets  et  qu'on  ajoutât  l'indication  du  manuscrit  dans  le- 
quel elles  se  trouvent.  »  Ce  serait  la  un  joli  travail  de  mo- 
saïque et ,  pour  ma  part ,  je  souhaite  vivement  que  M.  Rahlfs 
entreprenne  la  deuxième  édition  qu'il  recommande  de  faire 
dans  ces  conditions.  L'échec  certain  auquel  il  courrait  serait 
la  meilleure  justification  de  ma  méthode. 

Mais  ce  n'est  pas  tout  :  les  cas  ne  sont  pas  rares  où  un 
manuscrit  occidental  est  d'accord  avec  un  manuscrit  oriental 
contre  d'autres  manuscrits  occidentaux ,  par  exemple  FSSs 
contre  H ,  ou  HSSs  contre  F,  comment  faire  alors  ?  Et  si  deux 
manuscrits  orientaux  différent  entre  eux,  l'un  des  deux  con- 
cordant avec  une  recension  occidentale,  quels  types  em- 
ploiera-t-on  pour  ce  cas  spécial?  On  voit  combien,  à  vou- 
loir trop  distinguer,  on  tombe  dans  l'arbitraire  e|t  le  bizarre. 

On  pourrait  m'objécter  :  J'entends  bien  vos  raisons >  mais 
pourquoi  n'avez-vous  pas  pris  un  manuscrit  nestorien  pour 

'  Plus  exactement  des  recensions  occidentales,  car  la  recension  jacobite 
donnée  par  H  n*est  pas  tonjoars  conforme  à  la  recension  maronite  de  F. 

10. 


148  JANVIER-FÉVBIER   1894. 

base  de  votre  édition ,  de  préférence  à  un  manuscrit  jacobite , 
puiscpie  Bar  Bahloul  était  nestorien  ?  J'ai  déjà  dit  que  le  ma- 
nuscrit Huntingdon  (jui  avait  fixé  mon  choix  était  le  plus 
correct  de  tous  les  manuscrits.  Quelques  mots  sur  les  manu- 
scrits nestoriens  justifieront  cette  assertion.  Ces  manuscrits 
sont  actuellement  au  nombre  de  quatre  en  Europe ,  abstrac- 
tion faite  bien  entendu  des  manuscrits  mixtes  dont  j'ai  parlé 
plus  haut  et  que  personne  ne  songera  à  faire  entrer  en  ligne 
de  compte. 

L'un  de  ces  quatre  manuscrits  est  celui  de  Berlin  que  j'ai 
désigné  par  la  lettre  B.  M.  Rahlfs ,  qui  Ta  eu  entre  les  mains , 
lui  consacre  plusieurs  pages  de  son  article ,  980-985.  H  ter- 
mine son  examen  de  ce  manuscrit  par  ces  mots  :  «  A  colla- 
tionner  d'un  bout  à  l'autre  une  si  déplorable  copie  on  ne 
serait  pas  récompensé  de  sa  peine  et  je  dois  en  conséquence 
donner  complètement  raison  à  Duval  de  ne  pas  avoir  com- 
pris B  parmi  les  manuscrits  qui  forment  la  base  de  son  édi- 
tion. »  M.  Rahlfs  ajoute  avec  justesse  que  ce  jugement  ne 
s'applique  qu'aux  parties  nouvelles  du  manuscrit  qui  com- 
plètent d'anciens  fragments. 

Le  second  manuscrit  nestorien  est  celui  de  la  Propagande 
de  Rome  que  j'ai  désigné  par  R.  Ce  manuscrit  est  formé  de 
quatre  tomes  dépareillés ,  d'époques ,  d'écritures  et  de  formats 
différents.  Le  premier  tome  contient  les  quatre  premières 
lettres ,  mais  il  est  incomplet  à  la  fin  et  il  manque  une  partie 
du  dôlath.  Le  second  tome  va  du  /le  jusqu'au  kaph  inclusive- 
ment. Le  troisième  tome  s'étend  du  yodk  jusqu'au  semkath 
et  renferme  par  conséquent  les  lettres  yodh  et  kaph  qui  se 
trouvent  déjà  dans  le  tome  II.  Enfin  le  tome  IV  comprend 
les  dernières  lettres  à  partir  de  ^aîn,  mais  la  lettre  çâdê  est 
très  abrégée  et  incomplète.  On  voit  que  ce  n'est  pas  encore  ce 
manuscrit  qui  devait  arrêter  mon  choix. 

Les  deux  derniers  manuscrits  nestoriens  sont  ceux  de 
M.  Socin.  J'en  ai  donné  la  collation  complète;  M.  Socin  veut 
bien  prendre  la  peine  de  revoir  cette  collation  sur  les  épreuves 
(|ue  je  lui  so;iniets ,  ce  qui  est  une  garantie  d'exactitude  inap- 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  149 

préciable.  On  verra  par  les  variantes  que  le  texte  en  est  en 
général  bien  moins  correct  que  celui  du  Huntingdon.  L'un 
d*eux,  Ss,  est  ancien  mais  incomplet  et  finit  après  le  téth;  le 
second,  S,  est  complet  mais  moderne  et  souvent  fautif. 

Je  crois  ces  explications  suffisantes  pour  me  discidper  du 
reproche  de  défaut  de  plan  et  de  méthode.  Venons-en  main- 
tenant à  Taccusation  de  négligence  et  d'inexactitude.  Ici 
encore  je  pourrai  être  plus  bref  que  M.  Rahlfs  qui  s'appesantit 
deux  et  trois  fois  sur  le  même  grief  pour  lui  donner  une 
importance  qu'il  n'a  pas. 

Il  commence  par  ma  préface.  J'ai  mal  disposé  les  para- 
graphes de  l'introduction  que  je  publierai;  il  aurait  voulu 
un  autre  ordre.  Le  manuscrit  de  Beriin  que  j'ai  désigné  par 
666  ne  porte  pas  le  n*  89 5  de  la  collection  Sachau,  mais  3o5 
(une  faute  d'impression).  Je  n'ai  pas  vu  le  manuscrit  de 
fieriin  Bb,  quoique  me  posant  comme  l'ayant  examiné,  puis- 
que c'est  un  manuscrit  de  Bar  Ali  et  non  un  manuscrit  de 
Bar  Bahloul  ;  je  m'en  suis  tenu  au  catalogue  de  la  collection 
Sachau ,  qui  m'a  induit  en  erreur.  J'ai  daté  le  manuscrit  Hun- 
tingdon d'Oxford  de  1284  au  lieu  de  1 645.  J'ai  indiqué  pour 
les  deux  manuscrits  d'Oxford  les  numéros  du  catalogue  de 
la  Bodléienne ,  au  lieu  de  donner  ceux  qu'ils  portaient  dans 
les  collections  Huntingdon  et  Marsh. 

Si  M.  Rahlfs  avait  attendu  que  mon  introduction  ait  vu  le 
jour,  il  se  serait  épargné  un  travail  inutile ,  puisque  cette  in- 
troduction ,  qui  doit  remplacer  la  préface  provisoire ,  contient 
une  description  complète  des  manuscrits  et  reproduit  les 
clausides  renfermant  les  noms  des  copistes  et  les  dates,  ainsi 
que  je  l'avais  annoncé.  Pour  me  justifier  du  reproche  de 
négligence ,  je  ferai  seulement  les  observations  suivantes  : 

J'ai  examiné  le  manuscrit  B6  ainsi  que  tous  les  autres.  Ce 
n'est  pas  seulement  ce  manuscrit  que  l'on  peut  classer  parmi 
les  Bar  Ali,  mais  aussi  B66  (collection  Sachau  n°3o5),  L 
(bibliothèque  de  l'Université  de  Leipzig,  provenant  de  la 
collection  Sachau)  et  A  (British  Muséum).  Car  tous  ces  ma- 
nuscrits ont  la  préface  de  Bar  Ali  et  non  celle  de  Bar  Bah- 


150  JANVIEK-FÉVRIER   1894. 

loul;  en  outre,  dàn»  L  et  A,  le  nom  de  Bar  Ali  a  été  gratté 
et  remplacé  après  coup  par  celui  de  Bar  Babloul.  Tous  ces 
manuscrits  ne  renferment  pas ,  à  proprement  parler,  le  texte 
de  Bar  Ali ,  mais  un  mélange  de  Bar  Ali ,  de  Bar  Bahloul  et 
d'autres  lexicographes ,  comme  je  Tai  indiqué  dans  ma  pré- 
face (où  je  les  ai  groupés  sous  la  rubrique  de  manuscrits 
mixtes),  et  comme  le  copiste  du  manuscrit  L  en  fait  la  re- 
marque, pour  sa  part,  à  la  On  de  la  préface,  U  dit  expressé* 
ment  que  ce  manuscrit  contient  des  gloses  de  Bàr  Babloul  \ 
A  ce  titre,  ils  ont  droit  de  figurer  dans  un  catalogue  des 
manuscrits  de  Bar  Babloul.  Ce  n  est  pas  par  erreur,  mais 
avec  intention  que,  d'mi  côté,  M.  Sachau  a  indiqué  les 
n*"  194  et  3o5  de  sa  ccdlection  (B6  et  Bbb  de  mon  édition) 
sous  la  rubrique  Manuscrits  de  Bar  Bahloul,  et  que,  d'un 
autre  côté ,  les  Bibliothécaires  de  Leipzig  et  du  British  Mu- 
séum ont  classé  sous  la  même  rubrique  les  manuscrits  h 
et  A. 

Quant  à  la  désignation  incriminée  d'inexactitude  des  ma^ 
nuscrits  d'Oxford ,  j'avais  pensé  juscp'ici  que ,  du  moment 
qu'il  existait  un  catdogue  de  la  bibliotlièque  où  ils  sont  dé- 
posés, le  plus  expédient  était  d'indiquer  les  numéros  du 
catalogue. 

La  seconde  série  des  griefs  de  M.  Rablfs  porte  sur  les  pro- 
messes que  j'ai  faites  et  que  je  n'ai  pas  tenues.  Outre  les 
variantes  complètes  des  quatre  manuscrits  que  j'ai  coUa- 
tionnés  intégralement,  j'ai  examiné  et  noté,  ai-je  dit  dans 
ma  préface ,  beaucoup  de  passages  des  autres  manuscrits  ;  de 
plus ,  dans  les  premières  pages ,  j'ai  donné  toutes  les  variantes 
des  manuscrits ,  afin  que  l'on  pût  juger  de  leur  valeur  et  de 
leur  parenté  réciproque.  Or  il  se  trouve  que ,  d'un  côté ,  le 

^  M.  Rahlift  trouve  spirituel  de  dire,  p.  97a,  noie  1  :  «Que  peut  bien 
vouloir  dire  des  manuscrits  de  Bar  BaUoui  qui  aont  cum,  gh*sis  Bar  KaA/ii(ûi 
compositi  ?  Or  yoîci  ma  phrase  qu'il  dénature  à  plaisir  :  «(Tertia  seit^f  misios 
codices  Â ,  B6  «  Bbb ,  hbbb ,  L ,  cum  Bar  Âlii  et  Bar  BahluUs  aliqrumque 
lexioographomm  glossis  compositos  indudit  qui  tamen  quum  de  editione 
lexîci  Bar  Bahiuliani  agitur  parvi  tant  momenti.» 


NOUVËI^LËS  ET  ]!^El4ANG£S.  IM 

bet^^çwip  da  passçtges  se  réduit  à  peu  df»  clioses,  et  que,  d'un 
autre  cote ,  le  toutes  les  variçmies  es\  inexact  puisque  ces  va- 
riantes ne  sont  pas  complètes  ;  ainsi  le  but  que  je  visais  n'est 
pas  atteint.  Si  M.  Raldfs,  au  lieu  de  s'en  tenir  au  premier 
fascicule ,  avait  jeté  un  coup  d'oeil  sur  les  deux  fascicules  sui- 
vants; s'il  avait  suflout  attendu  l'achèvement  de  l'édition, 
avant  de  porter  le  premier  de  ces  deux  jugements ,  il  aurait 
Iiésité  à  conclure  d'une  façon  aussi  péremptoirç. 

Je  ferai  remarquer  que ,  après  le  classement  des  manuscrits 
par  familles,  CFM  d'une  part  et  BRSS^  d'autre  pai-t,  il  n'y 
avait  d'intérêt  à  donner  les  variantes  d'un  autre  manuscrit  du 
m(  me  groupe  que  lorsque  le  manuscrit  de  ce  groupe  pris 
comme  base  de  mon  édition  présentait  des  lacunes,  ce  qui 
est  surtout  le  cas  pour  les  dernières  lettres  (  fascicules  i  v  et  v  ). 
Est-ce  là  manquer  de  métbode  ? 

Quant  à  son  second  jugement,  il  me  semble  que  j'ai  atteint 
mon  but  au  moins  en  partie ,  puisque  c'est  d'après  les  variantes 
que  j'ai  données  qu'il  c|  reconnu  que  le  manuscrit  du  British 
Muséum  était  d*origine  sypo-orientale  (p.  990). 

Afin  de  me  convaincre  d'inexactitude,  M.  Rahifs  a  fait 
venir  de  Berlin  le  manuscrit  B  et  les  copies  et  collations, 
totales  ou  partielles,  que  Bernstein  avait  fftit  faire  des  ma- 
nuscrits HMCF.  (1  commeuce  par  comparer  mon  texte  avec 
celui  du  manuscrit  B,  p,  974. 


«  2  ,  la  ^1»  nMoi^  B;  Duval  (c'est à-dire  85]  a  devant  ce 
mot  un  o  qui  ne  lui  appaortient  pas.  »  Pourquoi  ne  lui  appar- 
tient-il pas  ? 

«3,3  }»  I  ^}  Duval  ;  lyi  A}  B  ;  le  dernier  exact  d'après 
P.  Smith  960.  «  Si  M.  Rftldft  avait  quelque  teinture  de  litté- 
rature syriaque ,  il  saurait  que  if^%  v»  ne  signifie  rien ,  mais 
que  }f»^}  v^  désigne  Abraliam  bar  Dàschandàd ,  un  auteur 
connu  (voir  Assémani ,  B.  O. ,  III ,  1 ,  1 79 , 1 9^ ,  1 96  ^  note  4 ; 
Wright ,  Syriac  Uterature  dans  V  Encychpedia  Britannica ,  XXII , 
p.  84d;  Budge,  The  Book  ofGovemors,  II,  p.  3oi,  note  4). 
S'il  avait  attendu  mon  intitoduotion  qui  traite  des  autorités 


152  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

de  Bar  Bahloui,  il  se  serait  épargné  cette  bévue.  Au  surplus, 
sur  ma  copie  j'ai  noté  expressément  que  B  donnait  ce  nom 
de  la  même  manière  que  Ss, 

«3,  3-4,  l'interponction  (la  ponctuation)  est  défectueuse 
et  rend  l'intelligence  du  texte  plus  difficile.  Le  point  doit 
être  placé  après  et  non  avant  ^oL .  »  M.  Rahlfs  n'a  pas  com- 
pris la  phrase.  Bar  Bahloul  cite  ses  autorités  :  Grégoire  de 
Nysse,  Bar  Dàschandàd,  Zacharie  de  Merw,  le  médecin 
Schamli,  d'après  Honein;  puis  («^ol)  Jean  fils  de  Sérapion, 
etc.  Il  à  ajouté  le  mot  pais  parce  que  la  chaîne  de  l'énumé- 
ràtion  était  rompue  par  l'incise  d'après  Honein,  Tout  syro- 
lôgue  sait  que  «aoI  se  met  au  commencement  de  la  phrase  et 
non  point  à  la  fin.  Quant  à  sa  critique  générale  sur  ma 
ponctuation ,  je  crois  m'y  entendre  sur  cette  question  aussi 
bien  que  lui.  Du  reste ,  dans  cette  préface  de  Bar  Bahloul ,  j'ai 
donné  la  ponctuation  de  Ss  et  n'ai  rien  mis  de  mon  chef. 

«  3 ,  8 ,  après  wS^fta^iftoo  B  a  |w»fetoo  qui  aurait  dû  être  con- 
servé. Sans  Imb^^o  la  phrase  est  intraduisible.  Avec  Itxfe^oo 
elle  dit  que  le  lexique  de  Henànîscho  bar  Serôschwaï,  évêque 
de  Hirta,  est  particulièrement  correct  et  complet' et  qu'il  a 

porté  le  nom  de  médecin  ^^^^^  (ou  çj^ô-*^)  [sic!],  *  ici  encore 

M.  Rahlfs  n'a  pas  compris  la  phrase ,  que  j'ai  donnée  coTtec- 

tement  :  A»^N«M  ^^f  w-«^  %|lwAiMf  JboA^oftl  maa-ova  wa'oinii<<ff 

U^}  ^ia*t  Jooi  J^teAïoo  o)>»i  y^/\»a%  ocigîfci ,  ce  qui  signifie  :  «...  et 

Henânischo  bar  Serôschwaï,  évêque  de  Hirta.  Son  lexique 
était  particulièrement  exact  et  complétait  (celui  de)  Honehi 
le  médecin.  » 

«3,9  lt}^^m  sans  o,  exact.  »Jiif.»ti«*o  est,  à  mon  avis,  préfé- 
rable ;  le  vav  a  le  sens  de  «  aussi  ». 


«3,10  Duval  I^Oi^;  B  exactement  li<<M^.  »  L'observation 

est  juste,  Ss  a  également  lldo^;  IlliOi^est  une  faute  d'im- 
pression; à  corriger  dans  la  liste  des  errata.  M.  Rahlfs  préfère 

(B)  à  «AiAtof  (Ss),  mais  à  tort,  car  le  sens  est:  «et 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  153 

quelques  passages  épars  des  extraits  qu'il  (Bar  Bahloul)  re- 
cueille ». 

Les  cinq  variantes  suivantes  sont  sans  intérêt.  Au  contraire , 
p.  976 ,  il  restitue  une  ligne  de  B  que  j'avais  sautée  et  cjue 
je  rétablirai  dans  les  errata  \ 

Je  passe ,  comme  étant  sans  importance ,  les  critiques  con- 
cernant quelques  variantes  de  B  et  de  CM  dans  les  premières 
pages  de  Valeph,  et  qui  ne  peuvent  nuire  à  l'ensemble  de 
mon  travail,  puisque  ces  manuscrits  n*y  sont  utilisés  que 
d'une  manière  intermittente.  J'arrive  à  ses  observations  sur 
H  qui  sont  plus  dignes  d'attention ,  puisque  H  constitue  une 
des  bases  de  mon  édition.  Je  dois  rappeler  que  j'ai  copié 
entièrement  ce  manuscrit  et  que  j'ai  ensuite  collationné  d'un 
bout  à  l'autre  ma  copie  sur  le  manuscrit,  travail  qui  à  lui  seul 
m'a  pris  quinze  longs  mois.  Je  me  crois  donc  en  droit  de 
compter  sur  l'eiiactitude  de  ma  reproduction  de  ce  manuscrit. 
M.  Rahlfs  se  plait  encore  ici  à  signaler  ma  négligence  en 
s'appuyant  sur  la  copie  que  Bemstein  avait  fait  faire  par  un 
de  ses  élèves  et  à  laquelle  il  donne  toute  sa  confiance ,  quoi- 
qu'il y  ait  reconnu  quelques  fautes.  Il  était  plus  sur  et  plus 
équitable  de  s'adresser  à  la  Bodléienne  pour  avoir  la  revision 
des  quelques  variantes  qu'il  cite  ;  c'est  ce  que  j'ai  fait ,  pour 
ma  part,  en  recourant  à  l'obligeance  de  mon  ami  M.  Neu- 
bauer. 

D*abord ,  cinq  variantes  qui  m'étaient  connues  et  que  j'ai 
jugé  inutile  de  noter  comme  insignifiantes. 

4'  26*,  y — î — i-^  et  non  »; — ; — â^  (Bemstein)  est  exact, 
comp.  Payne  Smitli,  Catalogue,  p.  619 , 1.  3.  M.  Rahlfs  aurait 
dû  comprendre  que  viU3  »*^s  était  incorrect. 

5,2,  ^.o^oii^  H,  et  non  %.oa>iiM  (Bernstein). 


'  A  propos  de  JLJEk.  =  8 ,  M.  Rahlfs ,  qui  fait  montre  d'ërudition  en  citant 
les  divers  aatears  qui  onl  parlé  des  signes  numériques,  aurait  dû  men- 
tionner avant  tout  antre  larticle  de  M.  Goltbeil,  Z.  D.  M.  G.,  Xl.lII, 
1 3 1  et  suiv. 

'  C'est-à-dire:  colonne  4,  note  a6,  r  signifiant  les  notes  dans  les  cita- 
tions de  M.  Rahlfs. 


154  JANVIER-FÉVRIER    1894. 

6,8,  Ôiju*  ^  w«d  II  se  trouve  dans  H  sous  .«oJ^^ttll;  ma 

copie  est  donc  encore  ici  exacte  contre  celle  de  Bemstein. 

H  a,  au  contraire,  ILâudle,  l^^o,  \ow)l  et  .A>a^fll,  comme 
rindique  M.  Rahlfs ,  mais  ce  sont  là  des  erreurs  bien  insigni- 
fiantes qui  trouvent  leur  excuse  dans  ie  grand  nombre  des 
variantes  que  j'ai  accumulées  dans  les  notes  des  premières 
pages.  M.  Rahlfs  reconnaît  du  reste  que  dans  la  suite  le  texte 
de  mon  édition  pour  II  est  correct.  Ces  observations  s'ap- 
pliquent aussi  à  F.  Quant  aux  manuscrits  SS^,  je  suis  d'autant 
plus  sûr  de  mon  texte  que  mon  ami  M.  Socin,  leur  posses- 
seur, veut  bien  reviser  ma  collation  article  par  article. 

Je  devrais  clore  ici  cette  réplique  déjà  trop  longue,  mais 
je  demande  la  permission  de  signaler  encore  une  critique  de 
M.  Rahlfs.  «  Il  m'est  impossible  de  comprendre ,  dit-il ,  p.  i  oo8, 
comment  Duval ,  12,  1 4  »  a  pu  laisser  ^-^^3  qui  rompt  l'état 
construit.  »  Voici  la  phrase  dont  il  s'agit  :  ^3  ^\y^  Sjum  y)^ 

v.^i*aJ  ^-^'3  v-i*aJ3  ^b  «le  poids  de  six  dirhems,  a-t-on  dit, 
un  dàneq  et  demi,  plus  correctement  un  demi  (daneq)». 
M.  Rahlfs  a  compris  «  un  dàneq  et  une  demie  d'une  demie  » 
(soit  un  dàneq  et  un  quart).  Un  peuple  civilisé  ne  s'exprime 
pourtant  pas  d'une  manière  aussi  barbare  et  les  Arabes  ont 

un  mot  pour  exprimer  le  quart ,  ^J . 

Une  étrange  illusion  de  M.  Ralilfs,  qui  prouve  le  peu 
d'habitude  qu'il  a  de  ces  textes ,  est  de  croire  que  le»  gloses 
arabes  des  manuscrits  syro-orientaux  »ont  en  langue  clas3ique 
et  celles  des  manuscrits  syro-occidentaux  en  arabe  vulgaire. 
En  fait ,  les  uns  et  les  autres  ont  des  formes  ta^tôt  gramma- 
ticales et  tantôt  vulgaires  ;  c'est  seulement  dans  Jes  locutions 
dialectales  qu'ils  varient  le  plus. 

En  résumé ,  de  cette  longue  diatribe  qu'y  a-t-il  à  retenir  ? 
Rien  que  trois  ou  quatre  corrections  pour  la  U^te  desi  errata. 
M.  Rahlfs  a  cru  écrire  une  critique  savante  et  il  n'a  fait  qu'une 
œuvre  de  polémique  inutile.  A  prendre  au  sérieux  ses  con- 
clusioqs,  je  n'aurais  rien  de  mieux  à  faire  qu'à  arrêter  ma 
publication.  Quel  profit  en  résulterait-il  pour  la  science  ?  Il 


NOUVELI.ËS  ET  MÊLÂMOKS.  155 

y  a  gros  à  parier  qu^une  seconde  édition  iie  sera  pas  de  si 
longtemps  élaborée,  surtout  dans  les  conditions  proposées 
par  M*  Ralilfs.  Les  aombrt^uses  marques  d'encouragement 
que  j'ai  reçues  de  juges  plus  compétents  que  lui  et  la  con- 
science du  devoir  accompli  m'engageront  à  poursuivre  mon 
travail  jusqu  à  la  fin. 

.  Je  n  avais  pas  besoin  de  Tindulgence  de  M.  Rahlfs ,  mais 
mes  travaux;,  connus  en  Allemagne  aussi  bien  qu ailleurs, 
m'autorisaient  à  cQoipter  sur  plus  ^'ég^ràs^  de  la  part  4*un 
jeune  privatdocent  au  début  de  sa  carrière  scientifique. 
Paul  de  ifagarde  ifuuiiait  la  férule  d'une  main  lourde  ;  Tarme 
tombée  des  mains  du  maître  a  été  ramassée  par  Téiëve ,  mais 
celui-ci  n'a  pas  la  même  autorité ,  ni  la  même  dextérité.  Un 
maladi'oit  se  blesse  lui-même  en  voulant  frapper  autrui. 

J'avais  écrit  oet  article  quand  j'ai  ^u  communicatipu  d*un 
nouveau  manuscrit  de  Bar  Babioul  dont  la  Bibliothèque  na- 
tionale vient  de  faire  l'acquisition  (n**  3i8,  fonds  syriaque). 
C'est  une  copié  ipodeme  en  carscliouni  et  en  caractères  ja- 
cobites,  sur  343  feuillets  ou  686  pages  in-folio,  divisées  en 
deux  colonnes.  Cette  copie  a  été  faite  en  1 886  par  un  scribe 
du  nom  d'^Abd  el-Aziz  fils  du  prêtre  Giwargis  dans  le  vil- 
lage de  BaSchiqa  (m«a«^)  dans  le  Tour  ^Abdin,  pour  le 
compte  du  diacre  Sâka  (j5Um)  ihn  Petros,  intendant  (\^%) 
de  l'église  de  Sainte-Sohamouni  à  Bartella  {*^yi)  \  moyen- 
nant cinq  cents  piastres.  Le  copiste  est  jacobite,  comme  il 
résulte  non  seulement  de  l'endroit  qu'il  habite,  mais  de  la 
mention  du  patriarche  Ignatius  et  des  archimandrites  des 
couvents  de  Mâr  Mattaï  et  de  Mossoul.  11  invoque  Marie 
mère  de  ££eu.  Ces  renseignements  sont  consignés  dans  une 
dausule  en  carschouni  à  la  dernière  page  du  manuscrit;  mais 
il  n'est  fait  auoune  mention  de  l'original  ^  qui  a  servi  pour 

'  Ba'schiqa  et  Barielia  sont  deux  bourgades  jacobites,  comp,  Pjrjrm  et 
^^hà^TurMbdin,  p.  V. 

*  M.  Socin  a  VU' un  mtowcnl  de  Bar  Babioul  daos  k  Jow  'Abdin  à 
Dér  ePAmer,  voir  Z.  0.  M.  G.,  t.  XXXV,  p.  a54; 


156  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

cette  copie.  La  préface  syriaque  et  la  préface  arabe  de  Bar 
Bahloui  manquent;  le  manuscrit  commencé  à  la  première 
page  par  la  lettre  aleph.  A  en  juger  par  un  premier  examen , 
il  suit  la  même  rédaction  que  SS5  (les  manuscrits  de  M.  So- 
cin) ,  mais  il  renferme  un  certain  nombre  de  gloses  en  plus. 
J'en  donnerai  les  variantes  à  partir  de  maintenant,  c'est-a- 
dire  à  partir  de  la  feuille  97  (milieu  de  ••) ,  à  laquelle  Tim^ 
pression  du  lexique  est  arrivée  actuellement.  Mon  introduc- 
tion contiendra  une  description  de  ce  manuscrit  et  rapportera 
les  clausules. 

RUBENS  DUVAL. 


Hermann  Jacobi  :  Ueber  das  Alter  des  Rig-Veda,  Extrait  tiré  à  part  de 
Fesfgruss  an  Rudolf  von  Uoth  zum  Doktor-JubUâum ,  2à  A  ngust  1893 , 
von  seinen  Frennden  nnd  Schûlern,  Stuttgart,  1898. 

Le  mémoire  de  M.  Jacobi  est  très  court,  de  sept  pages  in- 
quarto  à  peine  ;  mais  il  n*est  pas  de  ceux  qui  se  laissent  ré- 
sumer en  peu  de  mots.  Pour  exposer  la  question  que  l'auteur 
soulève  et  la  solution  qu'il  y  apporte,  j'aurai  à  entrer  dans 
quelques  détails  et ,  si  je  veux  y  joindre  quelques  observations , 
je  serai  peut-être  obligé  d'être  plus  long  que  lui.  Mais  la  chose 
en  vaut  vraiment  la  peine.  M.  Jacobi  s'est,  en  effet,  proposé 
de  déterminer  ce  que  les  données  éparses  les  plus  anciennes 
du  calendrier  védique  peuvent  nous  apprendre  touchant 
l'âge  du  Rigveda.  C'est  là  une  recherche  qm  date  du  début 
même  des  études  védiques,  mais  qui,  dans  ces  derniers 
temps,  pour  diverses  raisons,  était  un  peu  discréditée  chez 
nous.  Dans  l'Inde  même,  elle  n'avait  jamais  été  abandonnée 
et,  tout  récemment,  un  savant  indigène,  M.  Bal  Gangàdhar 
Tilak  de  Poona,  la  reprenait  dans  un  livre  remarquable  'où, 

'  The  Orion ,  or  Researches  into  tke  Anùifuity  ofUie  Vedas,  Bombay,  1893. 
Un  résumé  très  saccincl  de  Touvragc,  fourni  par  Tauteur,  a  été  présenté  au 
Congrès  des  Orientalistes  tenu  ù  Londres  en  189a  ,  et  se  trouve  inséré  dans 
les  Transactions  du  Congrès,  vol.  I,  p.  376. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  157 

devançant  la  publication  de  M.  Jacobi ,  Û  arrivait  par  des 
voies  en  partie  difléreitites  aux  mêmes  conclusions  générales. 
Seulement  le  savant  hindou  a  quelque  peu  compromis  sa 
thèse  en  y  introduisant ,  à  côté  d  un  fond  d'arguments  très 
solides ,  d'autres  qui  le  sont  beaucoup  moins ,  notamment  des 
spéculations  mythologiques  toujours  suspectes  et ,  peut-être 
aussi ,  une  cosmographie  trop  avancée.  M.  Jacobi ,  au  con- 
trah'e,  a  su  défendre  des  propositions  très  hardies  avec  une 
sobriété  parfaite  :  il  s'est  borné  aux  données  qui  relèvent  in- 
contestablement du  calendrier,  et  il  n'a  rien  supposé  que 
n'ait  pu  fournir  l'empirisme  le  plus  rudimentaire. 

Mais ,  avant  d'exposer  les  vues  de  M.  Jacobi ,  je  dois  dire 
quels  sont  les  éléments  du  calendrier  du  IFiigveda.  L'année  était 
de  36o  jours  et  comprenait  douze  mois  évalués  à  trente  jours 
chacun.  Cette  année  n'était  pas  une  année  vague ,  la  simple 
somme  de  douze  lunaisons.  Elle  était  déterminée  par  le  retour 
des  mêmes  saisons  :  en  principe ,  c'était  l'année  tropique , 
mesurée  par  le  retour  du  soleil  au  même  équinoxe  ou  au  même 
solstice.  Mais  l'observation  avait  dû  faire  voir  bien  vite  que 
36o  jours  ne  suffisaient  pas  pour  amener  ce  retour,  qu'il 
fallait  un  supplément ,  et ,  en  effet ,  il  y  avait  un  mois  inter- 
calaire. De  même  le  mois ,  comme  le  nom  sanscrit  l'indique , 
était  en  principe  la  lunaison,  mesurée  de  pleine  luné  eu 
pleine  lune ,  ou  de  nouvelle  lune  en  nouvelle  lune ,  c'est-à- 
dire  par  la  révolution  synodique.  Et ,  comme  cette  révolution 
est  de  29  jours  et  demi  seulement,  il  devait  y  avoir,  de  ce 
chef  aussi ,  un  artifice  pour  accorder  l'observation  avec  le 
nombre  rond  de  3o  jours.  Cet  artifice ,  nous  l'ignorons  ;  de 
même  que  nous  ne  savons  pas  au  juste  comment  se  faisait 
i'intercalation  du  mois  supplémentaire.  Car,  en  l'absence  de 
preuves  positives,  nous  ne  pouvons  pas  supposer  chez  les 
Hindous  d'alors  les  systèmes  compliqués  dont  leurs  descen- 
dants ont  fait  usage  dans  la  suite.  Mais  nous  pouvons  hardi- 
ment leur  faire,  dès  cette  époque,  le  crédit  d'une  habileté 
d'observation  suffisante  pour  opérer  des  raccordements  sem- 
blables. Si ,  plus  tard ,  leur  astronomie  est  devenue  avant  tout 


15d  JANVIER. FÉVRIER   1894. 

ane  a£Paire  de  calcul,  ils  devaient  au  contraire  «  à  Tëpoque 
du  Rigveda ,  regarder  aBsidûment  le  ci<d ,  prëcisëment  parce 
qu*ils  n'avaient  pas  de  théorie  les  dispensant  de  lobiervation. 
C*est  ainsi  qu'ils  avaient  dès  lors  une  connaissance  assez  pré- 
cise des  routes  du  soleil  et  de  la  lune,  qu'ils  avaient  jalonnées 
au  moyen  de  certaines  étoiles  ou  dé  certains  groupes  d'étoiles. 
Ces  constellations  ^  les  nakshatras  —  que  nous  trouvons  filées 
plus  tard  au  nombre  de  37  ou  de  àS,  qui  leur  ont  fourni 
dans  la  suite  et  leur  fournissaient  peut-être  dès  lors  les  noms 
de  leurs  mois ,  chacun  de  ces  mois  tirant  son  nom  de  œlui 
du  nakshatra  dans  lequel  la  lune  du  mois  était  pleine  -^—  leur 
donnaient ,  pour  mesurer  la  révolution  annUelle ,  un  moyen 
plus  précis  et  plus  commode  que  le  retour  forcément  un  peu 
vague  des  mêmes  saisons  ou  la  détermination  plus  d^cate 
des  équinoxes  et  des  solstices.  Ils  avaient  été  conduits  ainsi 
tout  naturellement  à  mesurer  l'année  tropique  par  l'année 
sidérale.  Et  ils  ont  pu  continuer  de  la  sorte  pendant  des  siècles 
sans  s'apercevoir  qu'ils  confondaient  des  grandeurs  différentes  ^ 
tant  la  différence  est  petite ,  un  excès ,  pour  l'année  sidérale , 
d'un  peu  plus  de  ao  minutes  par  an.  On  sait,  en  effet,  qu'en 
vertu  de  la  précession  des  équinoxes ,  le  soleil ,  dans  sa  course 
annuelle  d'occident  en  oîîent,  revient  au  même  point  de 
i'écliptique ,  équinoxe  ou  solstice,  avant  de  revenir  k  la 
même  étoile ,  et  que ,  pour  atteindre  ceile-ci ,  il  lui  faut  par- 
courir en  plus  un  arc  de  5o";  en  d'autres  termes,  que  les 
points  équinoxiaux  et  soisticiaux  se  déplacent  d'orient  en  oc- 
cident de  5o"  d'ai*c  par  an  et  par  rapport  aux  étoiles.  ïn^ 
sensible  longtemps,  cet  écart,  en  s'accumuLant ,  finit  par 
s'imposer  à  l'observation.  Après  cinq  siècles ,  par  exemple ,  il 
est  de  7°,  et  les  équinoxes  et  les  solstices  sont  en  avance  sur 
leur  position  sidérale  primitive  de  sept  jours.  Au  bout  de 
mille  ans,  la  différence  sera  presque  d'une  demi-lunaison, 
et,  dans  un  pays  comme  l'Inde,  où  ie  régime  de  l'année  est 
très  régulier,  les  saisons  paraîtront  déplacées  :  elles  ne 
commenceront  ni  ne  finiront  plus  avec  ie  lever  liéliaque  des 
mêmes  étoiles  et  ne  correspondront  plus  au  même  aspect  du 


NOUVELLES  Et  MÉLANGES.  159 

ciel.  De  ces  changements,  le«  Hindous,  même  dans  lëtlr 
astronomie  empruntée  des  Grecs ,  n  ont  jamais  su  donner  une 
théorie  acceptable  *  ;  mais  ils  en  ont  gardé  divers  souvenirs 
dans  leur  littérature.  Et  ce  sont  ces  souvenirs ,  en  partie  déjà 
signalés  dans  leurs  Brâhmanas  et  dans  le  traité  de  leur  vieille 
astronomie  intitulé  Jyotisha,  que  M.  Jacobi  reprend  dans  ce 
mémoire,  en  les  complétant,  en  les  groupant  d'une  façon 
ingénieuse  et  originale ,  et ,  ce  qui  est  un  point  essentiel  fai- 
sant défaut  jusqu'ici ,  en  y  ajoutant  dés  données  nouvelles 
prises ,  non  plus  dans  les  Brâhmanas ,  mais  dans  le  Çigveda 
même. 

Ces  données  que  M.  Jacobi  pense  avoir  trouvées  dans  le 
Rigveda  sont  au  nombre  de  deux. 

Dans  le  VU*  livre,  l'hymne  io3  est  consacré  À  l'éloge  des 
grenouilles ,  qui  sont  comparées  à  des  brahmanes  réglant  la 
marche  du  sacrifice  sur  celle  de  l'année.  Au  vers  9 ,  il  est  dit 
de  ces  animaux  :  «  Ils  observent  l'ordre  établi  par  les  dieux  ; 
ces  hommes-là  n'enfreignent  pas  l'échéance  du  dvàdaça  :  au 
cours  de  l'année ,  dès  que  les  pluies  sont  venues ,  les  brûlants 
chaudrons  *  reçoivent  congé.  »  S^yana  et ,  à  sa  suite ,  tous  les 
traducteurs  rendent  dvàdaça,  dans  ce  vers,  par  «  année  ».  Et, 
en  efiTet ,  comme  la  plupart  des  a(^ctifs  numériques  ordinaux , 
celui-ci  a  un  sens  secondaire ,  celui  de  «  composé  de  douze 
parties  ».  Mais ,  dans  ce  sens ,  ces  adjectifs  sont  régulièi'ement , 
ou  unis  à  leur  substantif  en  un  seul  composé,  ou  placés  im- 
médiatement à  côté,  de  façon  à  former  avec  lui  une  seule 
loèution ,  par  exemple  :  pancavimçahrâhmanam  ou  paûcavim- 

'  Par  contre,  ils  en  ont  trouvé  uuc  évaluation  singnlièrement  exacte 
(ÔA"  par  an),  plas  exacte  que  celle  des  Grecs  (36"),  et  dont  Télaboratioo , 
CQ  Tabscncc  chez  eux  de  toute  chronologie  un  peu  ancienne,  reste  une 
énigme.  S'ils  Tont  réellement  obtenue  par  observation  au  bout  d'un  très 
petit  nombre  de  siècles,  elle  fuit  le  plus  grand  honneur  à  leur  habileté. 

'  Ces  «  chaudrons  »  sont,  d'une  part,  les  creux  oà  les  grenouilles  se  re- 
tirent pendant  la  périorlc  sèche  et,  d'autre  part,  certains  vases  que  les  brah- 
manes emploient  dans  leurs  sacrifices.  Les  sacrifices  étaient  apparemment 
interrompus  pendant  les  pluie«.  D'après  le  rituel  postérieur,  on  n*en  entre- 
prenait pas  de  nouveaux  du  solstice  d'été  au  solstice  d'hiver. 


160  JAMVJER-FEVRIEK   1894. 

çarii  brâkmanam  «  le  Brâlimana  en  viugt-cinq  sections  » ,  dvâ- 
daç(utotixim  ou  dvâdaçam  stolram  «un  chant  liturgique  com- 
posé de  douze  parties  ».  [ci ,  au  contraire,  dvâdaça  est  employé 
seul ,  sans  objet  exprimé.  M.  Jacobi  le  prend  donc  dans  Tac- 
ception  ordinaire  de  «  douzième  »  et ,  sous-entendant  «  mois  » , 
il  traduit  :  «  Ces  honunes-là  n  enfreignent  pas  l'échéance  du 
douzième  (mois)».  Pour  l'auteur  de  l'hymne,  le  renouvelle- 
ment de  l'année  aurait  ainsi  coïncidé  avec  l'arrivée  de  la 
saison  des  pluies.  La  traduction  n'est  pas  certaine ,  mais  elle 
est  assurément  la  plus  simple  et  la  plus  naturelle ,  celle  qui 
s'accorde  le  mieux  avec  l'usage  de  la  langue  et  le  cours  des 
choses.  De  toutes  les  divisions  de  l'année  hindoue ,  la  saison 
pluvieuse  est,  en  effet,  la  plus  régulière,  la  plus  tranchée, 
celle  qui  agit  le  plus  immédiatement  sur  la  vie  de  la  popu- 
lation; si  bien  que,  jusqu'à  nos  jours,  les  termes  les  plus 
usités  pour  signifier  l'année,  varsha,  aida,  sont  des  syno- 
nymes de  «  pluie  ».  Or,  dans  l'Inde ,  particidièrement  dans  le 
Penjàb ,  qui  a  été  le  centre  de  la  poésie  védique ,  les  pluies , 
amenées  régulièrement  paria  mousson,  commencent  à  la  fin 
de  juin ,  vers  le  solstice  d'été. 

Cette  première  donnée  n'acquiert  une  valeur  chronologique 
que  si  on  la  rapproche  d'tfte  seconde ,  que  M.  Jacobi  trouve 
dans  le  X*  livre ,  dans  l'hymne  85  ou  hymne  nuptial.  La 
première  partie  de  cet  hymne  décrit  les  noces  de  Sûryâ ,  la 
fille  du  Soleil  et ,  ici ,  certainement  une  figure  du  soleil ,  avec 
Soma ,  le  dieu  de  la  lune.  Le  vers  1 3  est  ainsi  conçu  :  «  La 
pompe  nuptiale  de  Sùryâ  s'est  mise  en  marche,  congédiée 
par  Savitri  :  aux  Aghàs ,  on  tue  les  bœufs  *  ;  aux  deux  Arju- 
nis ,  se  fait  la  procession  *.  »  Les  Aghàs  et  les  deux  Arjunis 
sont  les  trois  nakshatras  consécutifs  appelés  plus  tard  Maghâ, 
première  et  deuxième  Phalguni;  et  l'Atharvaveda,  où  le 
vers  se  retrouve  avec  une  variante  pour  le  deuxième  hémi- 
stiche ,  ne  fait  que  redire  la  même  chose  en  un  langage  plus 
moderne  :  a  Aux  Maghâs ,  on  tue  les  ])œufs  ;  aux  Phalgunîs , 

'  Pour  la  réception  des  hôtes,  dans  la  maison  de  la  iiancé*. 
^  La  domum  deductio. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  161 

se  fait  le  mariage.  »  La  traduction  ne  laisse  ancun  doute ,  et 
le  rapport  de  cette  partie  de  l'hymne  et,  en  particulier,  du 
vers  1 3  avec  la  marche  du  soleil  n  est  pas  non  plus  contesté. 
Quant  à  la  conclusion  qu'en  tire  M.  Jacobi ,  je  la  reproduis 
en  ses  propres  paroles  :  «  Comme  il  s'agit  des  noces  de  Sûryâ 
et  de  son  entrée  dans  une  nouvelle  maison ,  il  est  bien  clair 
que  f  par  l'époque  spécifiée ,  il  faut  entendre  le  commence- 
ment d'une  nouvelle  révcdution  solaire.  Et,  comme  une  année 
védique ,  ainsi  que  nous  venons  de  le  voir  par  le  passage  pré- 
cédent, commençait ' au  sdistice  d'été,  il  faut  croire  qu'on 
plaçait  alors  ce  solstice  dans  Phalgunî.  »  «—  Maghâ  est 
Régulus  ;  les  deux  Phalgunls  correspondent  aux  étoiles  S  et 
f  du  Lion.  La  position  du  solstice  d'été  qui  serait  ainsi  im- 
pliquée dans  l'hymne  est  celle  qu'il  occupait  vers  l'an  45oo 
avant  notre  ère. 

Xajoute  que ,  même  dans  le  cas  où  l'on  ne  voudrait  admettre 
aucun  rapport  entre  les  deux  passages;  où,  s'en  tenant  à 
l'ancienne  traduction  pour  le  vers  de  l'hymne  des  grenouilles , 
on  renoncerait  à  invoquer  ce  vers  en  faveur  d'une  année 
commençant  avec  les  pluies  du  solstice  d'été ,  on  serait  encore 
conduit,  par  le  seul  examen  du  passage  de  l'hymne  nuptial, 
a  regarder  la  conclusion  de  M.  Jacobi  comme  très  probable. 
En  effet,  si  le  mariage  de  Sûryâ  symbolise  réellement  la 
marche  du  soleil  et  le  renouvellement  de  l'année ,  la  position 
de  l'astre  en  Phalgunî  ne  peut  s'entendre  que  de  l'un  ou  de 
l'autre  des  quatre  points  cardinaux  de  sa  carrière ,  soit  équi- 
noxe,  soit  solstice,  les  seuls  d'où  puisse  convenablement 
partir  une  année  nouvelle.  Dès  lors ,  le  choix  du  solstice  d'été 
s'impose;  car,  pour  les  trois  autres  points,  il  nous  faudrait 
remonter  infiniment  plus  haut  et  ajouter  à  cette  date  déjà 
si  reculée  de  nouvelles  périodes  de  6ooo,  de  i3ooo,  de 
19000  ans.  Et,  puisque  je  suis  à  prévenir  des  objections, 
j'en  écarterai  de  suite  une  de  plus.  On  pourrait  objecter  à  la 
rigueur  que  le  mariage  de  Sûryà  et  de  Soma  doit  s'entendre , 
non  de  la  révolution  annuelle ,  mais  de  la  lunaison ,  et  que  la 
position  dans  Phalguni  doit  être  celle  de  la  lune.  Mais ,  alors 

m.  1 1 


JQ2  .  JANVIER-FÉVRIER   1^894. 

même ,  il  faudrait  admettre  que  cette  lunaison  ne  peut  être 
la  première  venue ,  et  que ,  si  le  choix  de  l'astérisme  doit  avoir 
un  sens,  elle  ne  peut  être  que  la  première  de  l'année.  Dès 
lors ,  nous  aurions  de  nouveau  le  solstice  d*été  en  Phalguni  et 
le  résidtat  chronologique  pesterait  le  même.  De  plus,  cette 
lune  ainsi  placée  en  Phalgunî.  au  point  solsticial  d'été,  aurwt 
.été  ou  nouvelle,  ou  pleine.  Dans  le  premier  cas,  le  soleil  s'y 
serait  trouvé  avec  elle ,  et  nous  rentrerions  absolument  dans 
les  données  précédentes.  Dans  le  cas  où  on  la  supposerait 
pleine  —  supposition  peu  probable,-  car  elle  placerait  le 
mariage  des  deux  astres  à  un  moment  où  ils  sont  à  des  points 
opposés  du  ciel  —  le  soleil  se  serait  trouvé  au  solstice  d'hiver, 
et  le  seid  changement  qui  en  résulterait  dans  nos  condusions , 
l'argument  chronologique  demeurant  intact ,  serait  que  le  vers 
en  question  suppose  une  année  conmiençant  avec  le  mois  de 
.  Phâlguna ,  au  solstice  d'hiver,  année  pour  laquelle ,  comme 
nous  le  verrons  plus  loin ,  il  y  a  encore  d'autres  témoignages 
védiques.  Enfin  il  est  une  dernière  objection  que  feront  peut- 
être  des  gens  de  peu  de  foi ,  et  que  je  ne  dois  pas  passer  sous 
silence  :  c'est  qu'il  ne  faut  pas  cherclier  dans  notre  vers  de  si 
grands  secrets  ;  que  le  second  hémistiche  pourrait  fort  bien 
n'être  qu'un  dicton  popidaire  constatant  une  coutume ,  celle 
de  célébrer  les  fiançailles  et  les  mariages  de  préférence  à 
l'époque  de  l'année  où  le  soleil  était  en  Maghà  et  en  Phal- 
guni ,  coutume  qui ,  comme  tant  d'autres ,  aurait  été  simple- 
ment reportée  de  la  terre  au  ciel.  Des  objections  de  cette  sorte 
sont  difficiles  à  réfuter  ^  :  elles  sont  avant  tout  commodes. 
.  La  force  qu'on  accordera  à  celle-ci  dépendra  de  l'impression , 
variable  selon  les  individus ,  que  feront  l'ensemble  et  la  .sin- 
gulière concordance  des  preuves  produites  par  M.  Jacobi. 

La  position  du  solstice  d'été  en  Phalguni  suppose  l'équinoxe 
du  printemps  en  Mrigaçiras,  dans  Orion ,  et ,  naturellement , 
ce  n'est  plus  là  que  nous  le  trouvons  dans  la  littérature  pos- 
térieure. Dans  les  Bràhmanas,  il  est  placé  dans  les  Krittikâs, 

'  La  Goutame  en  question  ne  serait  eu  tout  cas  pas  sanctionnée  par  le  ri* 
tud  postérieur. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  163 

les  Pléiades ,  position  qu'il  occupait  vers  Tan  25oo  avant  notre 
ère.  Dans  le  traité  astronomique  dépendant  du  Veda  et  in- 
titulé Jyotisha,  il  est  placé  dans  Bharani,  la  Mouche,  ce  qui 
était  exact  vers  i3oo  avant  cette  même  ère.  Du  temps  de 
l'astronome  Varâha  Mihira ,  il  était  dans  Revati ,  à  la  longitude 
de  Tétoile  Z  des  Poissons.  Que  les  Hindous  aient  eu  ou  non 
la  conscience  bien  nette  de  ces  déplacements ,  toujours  est-il 
qu'ils  en  ont  noté  les  résultats  successifs  et  qu'ils  ont  modifié 
en  conséquence  Tordre  d'énumération  de  leurs  nakshatras. 
Mais,  à  côté  de  ces  indications  nouvelles,  plusieurs  de  ces 
écrits  nous  ont  conservé  des  souvenirs  et  des  survivances  de 
l'ancien  ordre  des  choses ,  de  celui  que  M.  Jacobi  pense  avoir 
établi  pour  Rigveda.  Et  ces  témoignages ,  bien  que  les  écrits 
soient  de  beaucoup  postérieurs,  sont  à  la  fois  plus  précis  et 
plus  nombreux  que  dans  le  Rigveda ,  parce  que  l'objet  im- 
médiat de  ces  écrits  est  le  rituel  et  que  celui-ci,  archaïque 
de  sa  nature ,  est  inséparable  du  comput.  C'est  ainsi  que  dans 
le  Kauskttaki'Brâhmana  et  dans  le  Taittinya-Brâhmana ,  à 
propos  de  certains  usages  rituels ,  il  est  dit  de  la  première  et 
de  la  deuxième  Phalguni  qu'elles  sont  l'une  la  queue ,  c'est- 
à-dire  la  fin ,  l'autre  la  bouche ,  c'est-à-dire  le  commencement 
de  l'année ,  ou  encore  que  l'une  correspond  à  la  dernière  nuit 
et  l'autre  à  la  première  nuit  de  l'année.  Ici  il  me  parait 
difficile  de  décider  si  les  deux  Phalgunis  doivent  être  mises 
en  rapport  avec  les  positions  du  soleil  ou  avec  celles  de  la 
pleine  lune,  en  d'autres  termes,  si  ces  passages  supposent 
une  année  commençant  au  solstice  d'été,  comme  le  veut 
M.  Jacobi,  ou  une  année  commençant  au  solstice  d'hiver. 
Mais  ils  supposent  l'une  ou  l'autre  et,  dans  l'un  et  l'autre 
cas,  un  même  état  du  ciel,  qui  était  vrai  environ  45  siècles 
avant  notre  ère.  Des  indices  semblables  se  retrouvent  encore 
dans  des  livres  de  beaucoup  postérieurs  auxBrâhmanas,  dans 
les  manuels  du  rituel  domestique ,  les  Grihya-Sâtras,  Dans  un 
de  ces  Sûtras,  celui  de  Çânkhàyana,  le  commencement  de 
l'étude  du  Veda,  Vupâkarana  est  fixé  à  l'apparition  de  la 
nouvelle  herbe,  c'est-à-dire  au  commencement  des  pluies, 


11 . 


164  JANVIER-FEVRIER  1894. 

qui  a  lieu  vers  le  solstice  d'été  et  qui  est,  en  effet,  pour 
THindou  le  signal  d'une  sorte  de  retraite,  ou  cesse  la  vie 
active  du  dehors.  Dans  un  autre  de  ces  traités ,  celui  de  Pâ- 
raskara ,  Mapâkarana  est  placé  à  la  pleine  lune  du  mois  de 
Çràvana.  Enfin  un  troisième,  celui  de  Gobhila,  qui  appar- 
tient au  Sâmaveda ,  tout  en  mentionnant  ce  dernier  terme , 
prescrit  de  préférence  la  pleine  lune  du  mois  de  Prauslitha- 
pada,  prescription  que  le  poème  du  Râmâyana  mentionne 
encore  comme  étant  particulière  aux  Sâmavedins.  Si  Ton  re- 
garde ces  prescriptions  comme  indépendantes  les  unes  des 
autres ,  il  n'y  a  aucune  conclusion  chronologique  à  en  tirer. 
Si  l'on  veut  au  contraire ,  ce  qui  est  parfaitement  légitime  et 
même  probable ,  établir  entre  elles  un  certain  accord  en  les 
ramenant  à  une  même  origine ,  il  faudra  faire  remonter  la 
prescription  du  mois  de  Çrâvana  an  temps  où  le  solstice  d*étë 
avait  lieu  en  ce  mois ,  c'est-à-dire  vers  1 3oo  avant  notre  ère , 
et  celle  du  mois  de  Praushthapada  encore  plus  haut  de 
trente  siècles ,  quand  ce  même  solstice  était  placé  entre  le» 
deux  Phalgunîs.  Et  c'est  certainement  une  coïncidence  re- 
marquable en  faveur  de  cette  interprétation,  que  le  vassa 
des  Bouddhistes ,  qui  correspond  à  l'np^îA'ara/ia  des  brâlimanes , 
commence  à  l'entrée  des  pluies  du  solstice  d'été  S  tandis 
que  les  Jainas ,  pour  leur  pajjusanâ ,  qui  est  le  pendant  du 
vassa  des  Bouddhistes,  ont  retenu  l'ancienne  époque  de  ce 
solstice  au  mois  de  Praushthapada.  Aussi  la  conclusion  que 
M.  Jacobi  tire  de  ces  diverses  prescriptions  est-elle  tout  à 
fait  permise,  à  savoir  :  que  la  retraite  consacrée  à  l'étude 
commençait  jadis  au  solstice  d'été  ;  que  certaines  écoles  sont 
restées  fidèles  au  mois  où  ce  solstice  avait  lieu  anciennement  ; 
que  d'autres,  à  une  certaine  époque,  ont  changé  le  mois 
pour  garder  la  saison  et  ont  ensuite  gardé  ce  nouveau  mois 
quand ,  à  son  tour,  il  avait  cessé  d'être  exact  ;  que  d'autres 
encore  n'ont  eu  égard  qu'à  la  saison  ;  enfin  que  l'institution 
de  cette  retraite  et   de  cet  enseignement  remonte  ainsi  à 

'  Va««a  signifie  tt plaie». 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  165 

i*ëpoque  très  antique  à  laquelle  nous  sommes  sans  cesse  ra- 
menés ,  où  le  solstice  d*étë  était  dans  les  Phalgunis. 

Mais,  de  même  que  Tlnde  et  l'Europe  du  moyen  âge, 
ilnde  ancienne  parait  avoir  eu  plusieurs  commencements 
de  Tannée.  Aussi  bien  que  varsha  «pluie»,  hima  «hiver» 
est,  dans  le  Veda ,  synonyme  d'année,  et  nous  avons  déjà  vu 
que  quelques-uns  des  passages  interprétés  par  M.  Jacobi  en 
faveur  d'une  année  comptée  à  partir  du  solstice  d'été  s'ac- 
corderaient aussi  bien  avec  une  année  partant  du  solstice 
d'hiver.  Une  année  de  cette  dernière  sorte  est  établie,  en 
effet,  parle  témoignage  explicite  de  la  Taittiriya-Samhitâ  et 
du  Pancavimça-Brâhmana,  où  il  est  dit  que  la  pleine  lune  du 
mois  de  Phâlguna  est  le  commencement  de  l'année.  A  ce 
conunencement ,  la  lune  étant  pleine  en  Phalgunî ,  le  soleil 
devait  se  trouver  à  180"  de  là,  et  ces  positions  ne  peuvent 
être  autres  que  le  solstice  d'hiver  pour  le  soleil  et  le  solstice 
d'été  pour  la  lune ,  c'est-à-dire  cette  même  antique  disposition 
des  colures  qui  se  vérifie  ainsi  une  fois  de  plus. 

Mais,  de  même  que  le  Veda  compte  les  années  par 
«  pluies  »  et  par  «  hivers  » ,  il  les  compte  aussi  par  «  automnes  » , 
çarad.  On  peut  donc  supposer  qu'il  y  avait  alors ,  comme  il 
y  a  eu  encore  plus  tard ,  une  autre  année  partant  de  l'équi- 
noxe  d'automne.  Et,  en  effet,  M.  Jacobi  produit  d'assez 
nombreuses  indications  en  faveur  d'une  année  semblable, 
an  début  de  laquelle  le  soleil  aurait  été  dans  l'astérisme 
Mûla ,  «  la  racine ,  le  point  de  départ  » ,  appelé  aussi  Vicritau , 
«les  deux  (étoiles)  qui  séparent»,  tandis  que  la  pleine  lune 
aurait  été  à  l'équinoxe  du  printemps ,  dans  l'astérisme  Mri- 
gaçiras ,  le  premier  mois  étant  ainsi  Màrgaçira ,  qui  en  aurait 
reçu  son  vieux  nom  d'Agrahâyana ,  «celui  qui  commence 
l'année  »*.  Ces  dénominations  nous  reportent  encore  à  cet 

*  C'est  à  une  année  de  cette  sorte ,  mais  d'une  époque  bien  postérieure , 
que  se  rapporte  la  liste  des  nakshatras  commençant  par  les  Kritlikâs,  qui 
est  celle  en  usage  dans  les  Brâhmanas.  Je  dois  faire  remarquer  pourtant 
que  la  plupart  de  ces  arguments  vaudraient  aussi  pour  une  année  commen- 
çant à  Téquinoxe  du  printemps ,  et  cVst  dans  ce  dernier  sens ,  en  effet ,  que  les 


166  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

ancien  état  du  ciel  et  des  saisons  qui  était  vrai  quarante- 
cinq  siècles  avant  notre  ère. 

A  ces  arguments  étymologiques  il  en  ajoute  un  d'une 
autre  sorte,  qui  lui  fournit  en  même  temps  une  nouvelle 
vérification  des  plus  séduisantes. 

Parmi  les  rites  qui  ont  une  place  fixe  dans  Tannée ,  il  y  a 
les  câtarmâsyas ,  qui  sont  à  célébrer,  comme  le  nom  l'indique , 
de  quatre  mois  en  quatre  mois ,  trois  fois  par  an ,  au  début 
des  principales  saisons.  Or,  pour  chacun  de  ces  sacrifices ,  le 
rituel  prescrit  trois  mois  différents  et  consécutifs.  H  est  à  peu 
près  impossible  d'expliquer  ces  contradictions  et  d'y  entre- 
voir un  ordre  quelconque ,  en  dehors  de  l'hypothèse  de 
M.  Jacobi,  par  laquelle  elles  s'expliquent  au  contraire  aisé- 
ment. Cette  hypothèse  consiste  à  supposer  que  cette  triple 
prescription  pour  une  même  cérémonie  se  rapporte  chaque 
fois  aux  trois  sortes  d'années  différentes  par  leur  point  de 
départ,  solstice  d'été,  solstice  d'hiver,  équinoxe  d'automne, 
ces  points  étant  remis  à  leurs  positions  anciennes,  celles 
qu'ils  occupaient  quarante-cinq  siècles  avant  Jésus-Christ. 
Dès  lors ,  et  alors  seulement ,  tout  devient  clair  et  régulier. 
Ainsi  le  premier  câturmâsya  doit  se  célébrer  en  Phâlguna,  ou 
en  Caitra,  ou  en  Vaiçâkha.  La  prescription  de  Phâlguna 
visera  le  premier  câturmâsya  de  l'année  ancienne  commençant 
au  solstice  d'hiver,  dont  ce  mois  était  le  premier  mois;  la 
prescription  de  Caitra  visera  le  second  câturmâsya  de  l'année 
ancienne  commençant  à  l' équinoxe  d'automne ,  dont  ce  mois 
était  le  cinquième  mois  ;  la  prescription  de  Vaiçâkha  visera  le 
troisième  câturmâsya  de  l'année  ancienne  commençant  au 


emploie  M.  Bal  Gangâdhar  Tilak  dans  son  Orion,  En  général ,  quand  les 
témoignages  ne  sont  pas  bien  explicites,  et  ils  le  sont  rarement  dans  le 
style  elliptique  de  ces  vieux  livres ,  on  peut  hésiter  entre  deux  années  com- 
mençant à  des  points  opposés  de  Técliptique,  à  six  mois  d'intervalle  Tune 
de  l'autre.  Gela  tient ,  comme  on  Ta  déjà  vu  par  plusieurs  exemples ,  à  la 
difficulté  de  décider  lequel  des  deux ,  du  soleÛ  ou  de  la  pleine  lune ,  les 
textes  entendent  placer  dans  les  nakshatras  spécifiés.  Mais,  quelque  parti 
qvHon  adopte  dans  ces  cas ,  le  résultat  chronologique  est  le  même. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGÎSS.  167 

solstice  d*été,  dont  ce  mois  était  le  neuvième  mois;  et  ainsi 
de  suite  pour  les  triples  prescriptions  relatives  aux  deux 
autres  câtarmâsyas.  Nous  aurions  donc  ici  un  nouvel  exemple  • 
de  la  persistance  des  pratiques  rituelles  continuant  en  quel- 
que sorte  de  vivre  quand ,  depuis  longtemps ,  elles  ne  sont 
plus  comprises ,  et  nous  serions  ramenés  une  fois  de  plus , 
pour  Torigine  de  ces  pratiques,  jusqu*à  Tantique  époque  où 
les  colures  passaient,  celui  des  équinoxes  par  Mûla  et  par 
Mrigaçiras,  celui  des  solstices  par  Praushthapadà  et  par 
Phalgunî. 

Tels  sont  les  faits  réunis  par  M.  Jacobi  :  reste  maintenant 
k  en  voir  femploi.  H  est  bien  évident  d'abord  que  les  nombres 
ronds  donnés  jusqu*ici  ne  sauraient  être  immédiatement  con-. 
vertis  en  dates.  Les  mouvements  que  ces  nombres  représentent 
sont  si  lents ,  les  procédés  des  Hindous  d'alors  devaient  être 
si  grossiers  et  les  observations  sont  en  partie  si  délicates, 
enfin  les  faits  eux-mêmes  sont  formulés  dans  les  textes  d'une 
façon  si  peu  précise ,  que  les  valeurs  déduites  par  le  calcul  ne 
sont  admissibles  ici  qu'avec  la  marge  la  plus  large  ;  et  M.  Ja- 
cobi n'exagère  certainement  pas  cette  marge  en  l'estimant  à 
5oo  ans  de  part  et  d'autre  des  cbiiTres  exacts.  Mais  mémo 
ainsi  atténués ,  ces  chiffres  ne  doivent  pas  faire  illusion.  I>es 
changements  de  cette  sorte  ne  passent  pas  dans  la  pratique 
aussitôt  qu'ils  sont  constatés,  et  un  calendrier  peut  rester 
longtemps  en  usage  après  qu'on  a  reconnu  qu'il  ne  correspond 
plus  exactement  à  l'état  du  ciel.  On  n'y  renonce  que  quand 
on  y  est  forcé,  et,  bien  que  cette  nécessité  ait  pu  se  faire 
sentir  plus  vite  alors  qu'il  n'y  avait  point  d'almanachs  et 
que ,  pour  régler  des  rites  certainement  déjà  compliqués ,  on 
n'avait  d'autre  moyen  que  de  consulter  le  ciel,  il  est  bien 
évident  que,  de  ce  chef  encore,  cette  marge  devra  être  con- 
sidérablement élargie  dans  le  sens  de  la  limite  inférieure. 
Or  cette  limite  inférieure ,  pour  la  période  la  plus  ancienne , 
nous  la  connaissons  maintenant  assez  bien.  Je  crois ,  en  effet , 
que  les  recherches  de  M.  Jacobi  ont  établi  clairement  que , 
dès  l'époque  des  Brâhmanas,  une  correction  avait  été  faîte 


168  JANVIER-FÉVRIER  1S94. 

Téquinoxe  du  printemps  avait  été  reporté  dans  les  Krittikâs  » 
les  Pléiades.  £t,  «comme  mie  correction  est  toujom^  à  peu 
près  juste  pour  Tépoque  à  laquelle  elle  a  été  faite  »,  celle-ci, 
qui  serait  exacte  pour  le  vingt-cinquième  siède  avant  notre 
ère .  doit  avoir  été  faite  au  moins  aooo  ans  avant  Jésus-Christ. 
Mais  en  même  temps  ces  écrits  nous  ont  conservé  des  mythes 
et  des  prescriptions  rituelles,  survivances  d'une  période 
beaucoup  plus  ancienne  encore ,  dont  la  limite  supérieure  va 
se  perdre  dans  le  cinquième  millénaire.  C*est  dans  cette  pé- 
riode ,  pendant  laquelle  les  ancêtres  des  Hindous  de  langue 
sanscrite  étaient  déjà  établis  dans  Tlnde,  que  M.  Jacobi 
place  «les  origines  de  la  culture  védique,  dont  les  hymnes 
du  Rigveda  ont  été  le  fruit  mûr  et  peut-être  déjà  tardif» ,  et 
il  ajoute  que  Ton  risquera  probablement  le  moins  de  se 
tromper,  en  assignant  ces  hymnes  à  la  seconde  moitié  de  la 
période.  Qu'il  me  permette  d'ajouter  à  mon  tour  une  petite 
dause  distinguant  entre  la  composition  et  la  codification, 
avec  tout  ce  que  cette  clause  comporte ,  et  je  souscris  volon- 
tiers à  sa  conclusion  ainsi  formulée. 

Jusqu'ici,  en  effet,  on  n  a  pas  trouvé  dans  le  ^gveda  la 
moindre  trace  de  cette  position  de  Téquinoxe  du  printemps 
dans  les  Krittikâs:  elle  ne  se  rencontre  qu'à  partir  des  Brâh- 
manas.  Ce  silence ,  même  gardé  par  le  plus  vieux  document 
sur  ce  qu'on  regardait  jusqu'ici  comme  l'allusion  astrono* 
mique  la  plus  ancienne  contenue  dans  le  Veda ,  n'avait  pas 
peu  contribué  à  rendre  cette  allusion  suspecte  :  on  voyait 
bien  ce  qu'elle  impliquait  pour  la  chronologie ,  mais  on  hési- 
tait à  la  prendre  au  sérieux.  Avec  la  thèse  de  M.  Jacobi ,  l'ob- 
jection disparait  :  ce  silence  non  seulement  s'y  explique ,  mais 
il  la  confirme ,  le  Rigveda  se  trouvant  reporté  au  ddà ,  dans  une 
période  où  cette  allusion  ou ,  plutôt ,  cette  correction  —  car 
c'est  bien  là  ce  qu'elle  implique  —  était  impossible ,  période 
dont  les  données,  méconnues  jusqu'à  présent,  se  retrouvent 
assea;  nombreuses  dans  la  vieille  littérature  et,  selon  toute 
ajpparence  ,  en  partie  dans  le  Çigveda  même. 

En  me  rangeant  ainsi  à  l'opinion  de  M.  Jacobi,  je  ne  me 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  169 

dissimule  pas  que  ses  arguments,  dans  Tëtat  présent,  ne 
constituent  pas  une  démonstration ,  valeur  que  lui-même ,  je 
suppose,  ne  revendique  pas  pour  eux.  Mais  je  crois  qu'ils 
en  approchent.  Ils  y  atteindraient  même ,  si  les  données  qu'il 
pense  avoir  trouvées  dans  le  Rigveda  étaient  absolument 
sûres.  L'objection  première  et  constante  que  soidëvent,  en 
effet,  des  témoignages  semblables,  à  savoir  s'ils  portent  sur 
un  fait  actuel  ou  sur  un  souvenir,  sur  une  survivance,  ne 
serait  pas  de  mise  ici,  si  ces  deux  témoignages  étaient  à 
répreuve  de  toute  suspicion.  Ni  les  pluies ,  ni  les  grenouilles 
ne  peuvent  être  soupçonnées  d'avoir,  par  complaisance  pour 
un  calendrier  suranné ,  recommencé ,  les  unes  à  tomber,  les 
autres  à  sortir  de  leurs  trous  quand  le  soleil  était  dans  les 
Phalgunis.  Mais ,  il  faut  bien  le  reconnaître ,  tout  en  étant 
fort  probable,  l'interprétation  que  M.  Jacobi  donne  de  ces 
deux  passages  en  les  combinant  n'équivaut  pas  à  une  preuve 
complète.  Celle  du  premier  repose  sur  un  mot  douteux  ;  le 
rapport  entre  les  deux  est  incertain  ;  et ,  réduit  à  lui  seul ,  le 
second,  celui  de  l'hymne  nuptial,  pourrait  bien  après  tout 
n'être  qu'une  de  ces  survivances  lointaines,  conmie  il  s'en 
retrouve  encore  plusieurs  dans  les  Brâhmanas  et  dans 
d'autres  écrits  plus  récents.  La  certitude  échappe  donc  au 
moment  où  on  croyait  la  saisir,  et,  une  fois  de  plus,  on 
est  tenté  de  se  dire  qu'il  y  a  comme  un  mauvais  sort  sur  le 
^gveda.  Mais,  même  avec  ces  réserves,  il  me  semble  que 
les  recherches  de  M.  Jacobi  nous  avancent  d'un  grsind  pas. 
Depuis  cinquante  ans  et  plus,  par  réaction  contre  la  chro- 
nologie fabideuse  des  Hindous,  on  s'est  appliqué  chez  nous 
à  réduire  l'antiquité  du  Veda  à  un  minimum.  On  a  cru  être 
généreux  en  lui  accordant  un  millier  ou  un  millier  et  demi 
d'années  avant  notre  ère,  et,  pour  rendre  cette  évaluation 
plus  présentable ,  on  l'a  découpée  en  petites  périodes  arbi^ 
traires  de  deux  cents  ans.  Gonmie  tout  cet  édifice  n'était  fait 
que  de  conjectures ,  d'autres  plus  hardis  ne  se  sont  pas  gênés 
pour  le  jeter  par  terre  et ,  finalement ,  l'opinion  a  pu  être 
émise ,  mais  non  par  des  indianistes ,  que  toute  cette  littéra- 


170  JANVIER-FÉVRIER  1894. 

ture,  prise  en  bloc,  ne  remontait  guère  plus  haut  que 
Tépoque  d'Alexandre.  C'est  à  ce  courant  d'idées  que  ces 
recherches  opposent  une  barrière  que  je  crois  efficace  et  du- 
rable. Quoi  qu'il  faille  penser  de  l'une  ou  l'autre  des  preuves 
réunies  par  M.  Jacobi,  l'ensemble  en  est  frappant,  et  il 
faudra  en  tenir  compte  à  l'avenir.  Désormais,  quand  on 
se  trouvera  en  présence ,  dans  les  Brâhmanas  ou  ailleurs ,  de 
passages  comme  ceux  où  il  est  dit  que  les  Phalgunis  sont 
lé  commencement  de  l'année,  il  ne  sera  plus  permis  de  les 
traiter  comme  de  simples  boutades.  Car,  enfin,  en  voici 
maintenant  une  explication  raisonnable,  qu'on  ne  pourra 
plus  dédaigner  que  quand  on  l'aura  remplacée  par  une 
meilleure.  En  tout  cas,  on  ne  voit  pas  quel  argument  pé^ 
remptoire  pourrait  lui  être  opposé.  L'objection  la  plus  grave , 
l'absence  de  toute  preuve  positive  ancienne  de  l'usage  de 
l'écriture,  porte  plutôt  sur  la  codification  que  sur  la  com- 
position ,  et ,  d'ailleurs ,  elle  reste  la  même ,  ni  plus  ni  moins 
forte ,  qu'on  ajoute  ou  qu'on  retranche  n'importe  quel  nombre 
de  siècles.  Ce  qui,  en  réalité,  pour  le  présent  du  moins, 
risque  de  faire  le  plus  de  tort  à  cette  explication ,  c'est  qu'elle 
va  à  rencontre  du  courant  de  l'opinion  actuelle.  Mais  n'est- 
ce  pas  le  cas  de  se  demander  avec  M.  Jacobî  :  «  Sur  quoi 
repose  après  tout  cette  opinion  actuelle  ?»  Et  si  l'on  est 
obligé  de  répondre  :  «  Sur  des  conjectures  » ,  il  faudra  bien 
convenir  aussi  que  ce  n'est  pas  une  raison  pour  en  faire  quel- 
que chose  d'intangible. 

Il  y  a  d'ailleurs  un  critérium  en  réserve  pour  cette  thèse. 
Si  elle  est  juste,  comme  je  le  crois,  il  se  trouvera,  dans  le 
Çigveda  même ,  de  nouveaux  arguments  pour  la  confirmer. 
Déjà  l'auteur  d'Orion,  M.  Bal  Gangâdhar  Tilak,  qui  n'a  pas 
vu  ceux  de  M.  Jacobi ,  en  a  produit  plusieurs  autres  et ,  dans 
le  nombre,  quelques-uns  qui  devront  être  pris  en  sérieuse 
considération.  Car  tout  n'est  pas  également  risqué  dans  ses 
combinaisons  de  mythologie  stellaire,  et  les  Hindous  vé- 
diques se  racontaient  certainement  plus  d'histoires  sur  les 
étoiles  qu'on  ne  le  croyait  jusqu'ici.  On  peut  compter  sur 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  171 

M.  Jacobi  pour  suivre  ces  diverses  pistes.  Je  sais  que,  dès 
maintenant,  il  pourrait  joindre  plus  d'un  post-scriptum  à 
son  mémoire  et,  dans  ce  mémoire  même,  aux  arguments 
qui  viennent  d*être  exposés ,  il  en  ajoute  un  autre  qui ,  pour 
le  Rigveda,  il  est  vrai,  nest  que  négatif,  mais  qui  est  si  in- 
génieux que  je  ne  puis  le  passer  sous  silence. 

On  sait  que  la  précession  des  équinoxes ,  combinée  avec  un 
autre  mouvement  encore  plus  lent,  nagit  pas  seulement 
dWe  façon  visible  dans  le  voisinage  de  Técliptique,  mais 
qu'elle  opère  aussi  un  déplacement  graduel  du  pôle  par  rap- 
port aux  étoiles.  Il  y  a,  de  ce  fait,  de  longues  périodes 
pendant  lesquelles  la  place  du  pôle  dans  le  ciel  reste  vide. 
C'est  ainsi  que  l'antiquité  classique  n'a  connu  que  des  con- 
stellations circumpolaires;  elle  n'a  pas  connu  d'étoile  po- 
laire ,  d'étoile  immobile  ou  à  peu  près  immobile ,  et  la  nôtre 
n'a  commencé  à  devenir  telle  que  vers  la  fin  du  moyen  âge. 
De  même ,  dans  le  Rigveda ,  il  n'est  pas  fait  mention  d'une 
étoile  polaire  et,  en  effet,  il  n'y  en  avait  pas  dans  la  pé- 
riode ancienne  à  laquelle  remonterait  la  composition  des 
Hymnes  d'après  M.  Jacobi.  Mais  le  rituel  et,  à  sa  suite,  toute 
la  littérature  sanscrite,  connaissent  une  étoile  semblable, 
une  étoile  dhruva,  immobile.  Parmi  les  rites  du  mariage, 
tels  qu'ils  sont  décrits  dans  les  Grihya-Sâtras  et  dans  le 
KâmaSâtra,  il  en  est  un  empreint  d'une  singulière  poésie. 
Dans  la  nuit  des  noces ,  l'époux  fait  contempler  à  l'épousée 
le  ciel  étoile  et  lui  montre  Arundhatl  (une  des  étoiles  de  la 
Grande  Ourse ,  en  mythologie  le  type  de  la  femme  pieuse  et 
dévouée)  et  l'étoile  dkruva.  Notre  étoile  toute  moderne  étant 
hors  de  cause,  si  l'on  considère  en  outre  que,  dans  un 
pays  comme  l'Inde ,  ou  le  pôle  est  bas  sur  l'horizon ,  il  faut 
qu'une  étoile  soit  très  proche  de  ce  pôle  pour  paraître  im- 
mobile ,  on  verra  que  la  seide  étoile ,  qui  vraisemblablement 
ait  pu  donner  lieu  à  cette  notion  et  à  cet  usage ,  est  a  du 
Dragon,  qui  était  presque  exactement  polaire  vingt-sept 
siècles  avant  Jésus-Christ.  Nous  aurions  donc  là  un  nouvel 
indice  montrant  que  les  rites  védiques ,  même  ceux  que  le 


172  JANVIER. FÉVRIER  1894. 

Rigveda  ne  mentionne  pas  —  et  précisément  il  mentionne 
en  détail  beaucoup  de  rites  nuptiaux  —  remontent  en  par- 
tie au  troisième  millénaire  avant  Tère  chrétienne. 

A.  Barth. 


Vebzeichniss  der  Sanskrit  und  Pràkrit  Handschriften  (der  Kôaig- 
lichen  Bibliothek  zu  Beriin)  von  A.  Weber.  Zweiter  Band,  dritte 
Abtbeilung.  I-XXVII  et  829-i363  pages,  in-4°t  Berlin.  A.  Asber 
et  G^*,  1891.  —  [VsBZSiCBNiss  der  Sanskrit  nnd  Prâhrit  Hand- 
schriften von  A.  Weber.  Zweiter  Band  mit  fônf  Scbrifttafeln, 
1892.—  Parties  I,  II,  III.) 

«  G*est  un  travail  pénible  que  j'achève  ici  »,  dit  M.  Weber, 
en  finissant  la  préface  —  en  date  du  27  juin  1891  —  mise 
en  tête  de  cette  «  troisième  section  » ,  mais  qui  est ,  en  réa- 
lité ,  la  préface  de  tout  ce  «  second  volume  »  de  1 363  pages , 
lequel ,  à  cause  de  son  étendue  et  du  temps  nécessaire  à  son 
achèvement,  a  paru  en  trois  sections  ('Abtheilungen) ,  savoir  : 
la  première  (p.  i-35a)  en  1886,  la  deuxième  (p.  353-8a8) 
en  1888,  et  enfin  la  troisième  (p.  8a 9-1 363)  en  189a.  Car, 
si  la  préface  porte  la  date  de  juin  1891,  les  dernières  «  addi- 
tions et  corrections»,  peu  nombreuses  au  reste,  portent 
celle  du  16  mai  189a.  Aussi  bien  la  «section  III»  du  «vo- 
lume II  »  est  datée  de  189 1  ;  mais  le  titre  général  et  définitif 
du  «  volume  II  »  porte  le  millésime  de  189a. 

Et  si  Ton  se  reporte  au  «premier  volume»  de  ce  cata- 
logue, qui  ne  compte,  il  est  vrai,  que  48 1  pages,  mais  (jui  a 
paru  en  i853  et  dont  la  préface  est  datée  de  juillet  i85a , 
on  se  rend  facilement  compte  de  ce  qu'une  entreprise  si 
vaste ,  et  dont  l'exécution  a  absorbé  plus  de  quarante  années , 
a  dû  coûter  de  peine  à  son  auteur;  on  sent,  en  un  mot,  que 
ces  181 4  p^ges  in-4'*  représentent  une  sonmie  de  travail  con- 
sidérable. 

Le  «  premier  volume  »  contenait  la  description  de  i4o4  nu- 
méros ;  le  «  second  volume  » ,  dans  ses  «  trois  sections  » ,  con- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  173 

tient  celle  de  900  numéros  (i4o5-a3o4)>  savoir  :  368  (ido5* 
1772)  dans  la  première,  i56  (1773-1 928)  dans  la  deuxième, 
376  (1929-2304)  dans  la  troisième.  Ces  coupures,  rendues 
nécessaires  par  Tétendue ,  non  prévue  dans  le  principe ,  de  ce 
travail,  n'ont  pas  été  faites  arbitrairement;  elles  corres-* 
pondent  à  des  divisions  rationnelles  du  catalogue. 

La  première  section  est  consacrée  tout  entière  et  unique-' 
ment  à  la  littérature  brahmanique.  Elle  comprend  les  parties 
suivantes  : 

L  Vbda  (Rig,  Sâma,  Yajur,  Atharva,  Vedanga  et  leurs 
dépendances). 

IL  Littérature  sansk^ite  :  i"*  Poésie  (épopée,  drame, 
contes  et  fables,  poésie  lyrique  et  didactique).  —  2^  Science 
(philosophie;  —  science  du  langage,  grammaire,  lexicogra- 
phie, métrique;  —  arithmétique,  astronomie,  astrologie» 
magie,  médecine).  —  3"  Droit  (mœurs,  usages,  culte). 

Ce  plan  reproduit  celui  du  «  volume  premier  ».  C'est  que , 
en  effet,  les  ouvrages  qui  font  l'objet  de  la  «  première  partie  ■ 
du  «  second  volume  »  sont  de  même  nature  que  ceux  dont  le 
«premier  volume»  contient  la  description,  et  l'auteur  du 
catalogue  signdie  dans  sa  préface  (p.  ix  et  x)  les  plus  im- 
portants d'entre  eux.  H  ne  pouvait  que  suivre  le  plan  tracé 
précédemment  ;  et  c'est  ce  qu'il  a  fait. 

Les  sections  II  et  III  de  ce  «  second  volume  »  ont  un  carac- 
tère bien  différent  et  tout  nouveau;  elles  sont  consacrées 
presque  exclusivement  aux  traités  Jaïns ,  à  peu  près  inconnus 
auparavant ,  mais  qui ,  depuis  un  quart  ou  un  tiers  de  siècle , 
ont  été  recherchés ,  découverts  et  recueillis  en  grand  nombre. 
M.  Weber,  dans  sa  préface,  donne  quelques  explications  sur 
l'entrée  de  la  collection  Jaïn  dans  la  Bibliothèque  royale  de 
Beriin,  de  1873  à  1878,  et  sur  les  particularités  qui  dis- 
tinguent cette  catégorie  de  manuscrits.  Il  partage  les  ouvrages 
Jaïns  en  deux  classes  :  le  Siddhânta,  et  les  écrits  en  dehors  du 
Siddhânta. 

Le  Siddhânta  comprend  :  i*"  les  douze  Ahgas;  2**  les  douze 


174  JAli¥I£R-FÉVRI£R  1894. 

Vpâàgas;  3*  iesdix  Pomnos;  4*ie8  six  Chedasâtras;  5*  le  Nandi 
eiV  Annogadâra-suttam  ;  6*\e5(jaatnMâhsutras;  7"  des  textes 
divers  ;  S**  le  Siddkânta  des  Digambanu.  —  Tonte  cette  classe 
est  représentée,  dans  le  catalogue,  par  i56  mamucnU 
(n**  1773-1938),  dont  la  description  occupe  entièrament  la 
section  II ,  parue  en  1888 ,  et  qui  tous  appartiennent  à  TéodA 
Çvetâmhara,  La  huitième  division ,  le  Siddhànta  des  Digam- 
baras ,  se  trouve  ainsi  exclue  ;  une  notice  ne  lui  en  est  pas 
moins  consacrée  (p.  83  3-824)  *  mais  elle  ne  se  rapporte  natu- 
rellement à  aucun  numéro  du  catalogue. 

La  deuxième  diasse ,  c'est-à-dire  les  ouvrages  qui  ne  font 
pas  partie  du  Siddhànta,  comporte  les  divisions  suivantes  : 
1"  Dogmatique  et  discipline;  2"  Stctva  et  Sirota;  3"  Légende 
et  histoire  ;  4°  Partie  didactique  :  récits  et  sentences.  —  D 
y  a,  de  ce  chef,  99  manuscrits  (n"  1939-3037)  décrits  dans 
la  section  III  et  dernière,  parue  en  1891-1893.  Dans  cette 
partie,  M.  Weber  avait  à  classer  les  ouvrages  selon  les 
langues  dans  lesquelles  ils  sont  écrits  :  il  met  d*  abord  ceux  qui 
sont  en  Prdkrit,  ensuite  ceux  qui  sont  en  Semskrit,  enfin  ceux 
qui  sont  en  Bhâshâ,  Mais  le  mélange  fréquent  des  dialectes 
dans  un  même  ouvrage  Ta  empêché  d'observer  rigoureuse- 
ment cet  ordre  et  il  a  dû  Tabandonner  entièrement  dans  la 
quatrième  division  (récits  et  sentences). 

C'est  au  n**  2037  que  s'arrête  la  collection  Jaïn.  Mais  il 
restait  376  manuscrits  (n"  3038- 3 3od)  à  cataloguer.  Ce 
sont  les  manuscrits  acquis  de  1886  à  1889  et  qui  sont  de 
très  diverse  nature.  Ils  font  l'objet  d'un  supplément  (  Anhang) 
qui  remplit  les  pages  1139-1303;  c'est  un  catalogue  som- 
maire-, dans  lequel  on  a  suivi  le  plan  adopté  pour  le  cata- 
logue principal  développé.  La  littérature  Jaïn  n'est  repré- 
sentée dans  ce  supplément  que  parles  six  derniers  manuscrits 

(»•'  3999-3304 ). 

Comme  cette  «  troisième  section  »  complète  le  second  vo- 
lume», elle  est  pourvue,  outre  la  préface  (p.  i-xvm),  déjà 
mentionnée,  d'une  table  générale  des  matières  (p.  xix-xxvii) 
reproduisant  les  tables  spéciales,  antérieurement  publiées. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  175 

des  parties  I  et  II ,  augmentées  de  la  table  spéciale  de  la 
partie  III ,  nouvellement  parue  ;  —  enfin  de  sept  index  qui 
occupent  les  pages  laiy-iSGi. 

Les  deux  premiers  index  sont  des  tables  de  concordance 
des  numéros  définitifs  et  des  anciennes  cotes.  Dans  la  pre- 
mière de  ces  tables,  les  numéros  du  catsdogue  se  suivent, 
accompagnés  chacun  de  la  cote  ancienne  correspondante, 
sans  autre  indication  de  titres  que  les  rubriques  du  catalogue  ; 
dans  la  deuxième,  ce  sont  les  anciennes  cotes  qui  viennent 
en  premier  et  se  succèdent,  accompagnées  chacune  du  nu- 
méro nouveau  définitif,  suivi  lui-même  du  titre  de  Touvrage. 
Le  troisième  index  fait  connaître  la  date  de  l'entrée  de  chaque 
manuscrit  dans  la  Bibliothèque  de  Berlin  et  le  nom  de  Tin- 
termédiaire,  le  quatrième  donne  la  liste  alphabétique  des 
noms  des  copistes ,  le  cinquième  celle  des  titres  des  ouvrages , 
le  sixième  celle  des  noms  des  auteurs ,  le  septième ,  de  beau- 
coup le  plus  long,  celle  des  matières  traitées,  noms 
propres,  etc.  La  dernière  partie  de  ce  dernier  index  (trois 
pages  environ)  est  en  allemand,  le  reste  ne  contient  que  des 
mots  indiens. 

Tout  ce  catalogue  est  en  transcription.  Qudques  signes 
particuliers,  propres  à  certains  manuscrits,  sont  reproduits 
çà  et  là  ;  mais  il  n'y  a  pas  une  sevde  lettre  d'un  alphabet  in- 
dien. Par  contre ,  les  cinq  planches  qui  terminent  le  volume 
nous  donnent ,  en  photogravure ,  dix  spécimens  de  l'écriture 
des  manuscrits  empruntés  aux  numéros  suivants  :  n**  1907- 
,1910  (Çishyahitâ) ,  sur  feuilles  de  palmier;  n"  i537  (Çiçupâ- 
labadha)  ;  n!*  1895  (Nandîsâtra)  j  copié  en  1619,  qui  montre 
la  disposition  du  texte  et  du  commentaire  dans  les  manu- 
scrits Jaïn ,  le  commentaire  s' écrivant  successivement  au-des- 
sus, à  droite,  à  gauche,  au-dessous  du  texte,  comme  cela  est 
expliqué  dans  la  préface;  n**  1 729  (  Tâlàdhyàya) ,  qui  contient 
des  notes  de  musique  ;  n*"  1929  (Aydrqvihi) ,  1 980  (Avacâri) , 
1787  (Bhagavatî) ,  qui  montrent  tous  les  trois  le  blanc  laissé 
au  milieu  pour  le  trou  par  lequel  doit  passer  la  corde  servant 
à  lier  et  à  maintenir  les  feuilles  qui  composent  le  volume; 


176  JANVIER-FEVRIER   1894. 

enfin  n*  1687  [Vetâlapaiicavimçati) ,  qui  offire  un  modèle  de 
récriture  Nevâii. 

Les  notices  afférentes  aux  divers  numéros  de  ce  1  second 
volume»  du  catalogue  sont  d'une  grande  richesse,  surtout 
dans  les  deux  dernières  sections;  Tanalyse  y  est  minutieuse, 
les  citations  abondantes.  Dix-neuf  de  ces  notices  ont  de  5  à 
10  pages  in-4*,  trois  en  ont  1  o  ou  plus ,  six  en  ont  plus  de  1 5 , 
cinq  plus  de  20;  U  en  est  une  qui  atteint  3o  pages.  M.  We- 
ber  remarque ,  au  début  de  sa  préface ,  que  le  texte  du  second 
volume  est  beaucoup  plus  étendu  que  celui  du  premier» 
quoique  le  nombre  des  manuscrits  décrits  soit  bien  inférieur, 
et  il  en  donne  la  raison  que  nous  avons  déjà  încUquée.  On 
voulait  que  le  développement  du  catalogue  répondit  à  Tenri- 
chissement  de  la  Bibliothèque  de  Beriin  dû  à  Tentrée  de  la 
collection  Jaïn  ;  et  le  soin  particidier  donné  à  la  description 
des  manuscrits  dont  elle  se  compose  a  ainsi  élargi  d'une 
manière  presque  inattendue ,  quoique  en  vertu  d'un  dessein 
prémédité,  les  dimensions  du  catalogue.  Lepsius,  qui  a  été 
le  directeur  de  la  Bibliothèque  de  Beriin  de  1876  à  i884» 
était ,  sur  ce  point ,  en  parfait  accord  avec  M.  Weber. 

Et ,  en  effet ,  nous  ne  devons  pas  nous  étonner  de  ce  que , 
si  Ton  accorde  plus  d'une  page  à  une  série  d'ouvrages  non 
représentés  dans  la  collection ,  quelques-uns  de  ceux  qu'dle 
renferme  obtiennent  ai  pages  comme  le  n*"  1918  [Avoçyaka- 
sâtram),  22  pages  comme  le  n**  1900  (Anuyogadvârxuûtram) ^ 
23  pages  comme  le  n**  191^  (commentaire  de  VAvaçyaka), 
27  pages  comme  le  n*"  1989  (Patiâvalivâcanà) ,  3o  pages 
comme  le  n*  1787  (Bhagavatt,  cinquième  angam), 

M.  Weber  fait  observer  que  la  tâche  de  l'auteur  d'un  cata- 
logue n'est  pas  celle  du  critique.  Nous  nous  garderons  bien 
de  faire  voir  qu'il  a  quelque  peu  contrevenu  à  ce  principe  ; 
car  il  dédare  lui-même  aussitôt  après  que ,  dans  plus  d'une 
circonstance  et  sur  plusieurs  points ,  il  a  fait  œuvre  de  cri- 
tique. Il  est  certain  qu'il  a  donné  plus  que  ce  qu'un  auteur 
de  catalogue  est  tenu  de  fournir.  Mais  nid  ne  s'en  plaindra , 
bien  au  contraire  !  et  tous  ceux  qui  profiteront ,  par  l'usage 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  177 

de  ce  catalogiie,  de  la  science  de  cet  illustre  repré&entaût 
des  étudeà  indiennes,  rendront  hommage  à  la  persévérance 
et  à  Ténergie  qui  lui  ont  permis  de  mener  à  bonne  fin  un  si 
long  et  si  bel  ouvrage.  « 

L.  Febr. 


DbR  EiNFALL  DSR  MoNGOLEN  JN  MlTTEL-EUROPA  IN  DBN  JaHRBN 

i2ài  VND  i2i2,  von  Gustav  Strakosch-Grassmann.  Innsbruck; 
Wagner,  Universitàts-Buchhandiung,  iSgS.  VU",  227  pages  in-8* 
et  5  cartes. 

Je  ne  parlerais  pas  de  cet  ouvrage  relatif  à  un  point  de 
Tbistoire  de  l*Ëurope ,  non  de  TAsie ,  si  le  sixième  des  sept 
appencUces  ajoutés  par  Tauteur  aux  six  chapitres  de  son 
livre  ne  traitait  «  des  sources  asiatiques  sur  l'invasion  tartare 
de  13/ii-iada  »«  et  si  Tauteur  n'avait  tiré  parti  de  ces  sources 
pour  sa  narration.  La  t  biographie  chinoise  de  Subntaï  > ,  telle 
qu'il  l'a  trouvée  dans  les  Mediœval  researches  de  Bretschneider 
(Londres.  1888),  lui  a,  en  particulier,  fourni  d'utiles  rensei- 
gnements pour  la  reconstitution  de  la  bataille  du  Sajo  et 
l'explication  d*un  passage  singulier  de  l'Arménien  Hayton. 
Dans  le  xtv*  chapitre  de  son  «livre  (inédit)  de  la  fleur  des 
hystoires  d'Oiient»,  Hayton  raconte  que  Batou,  le  généralis- 
sime des  Mongols ,  voulant  traverser  un  fleuve  d'Allemagne 
non  dénommé,  se  noya  avec  une  partie  de  son  armée,  et 
que  )es  Tatars  terriûés  battirent  en  retraite  pour  ne  plus  ja- 
mais reparaître.  Cette  assertion  est  évidemment  inadmissible. 
Il  est  constant  que  Batou  ne  périt  pas  dans  l'invasion  de 
1^41-1343  et  que  les  Mongols  n'éprouvèrent  pas  un  échec 
de  nature  à  déterminer  leur  retraite. 

Or  l'auteur  chinois  appelle  Ba-ha-toa  le  chef  mongol  qui 
se  noya  et  Hno-ning  le  cours  d'eau ,  théâtre  de  l'accident.  Ce 
mot  Ba-ha-tou,  dans  lequel  je  vois  le  mongol  Baghaiour^,  dé- 

^  ^VoSUJUk^  qui  signifie  «héros»  et  figure  fréquemment  parmi  les  noms 
des  grands  personnages  musulmans  de  Tlndc.  —  Un  des  chefs  mongols 

iir.  12 

oraïauis  «àTXoiiAi.B. 


178  JANVIER-FEVRIER  1894. 

signe  incontestablement  un  personnage  distinct  de  Batou, 
et  le  Huo-ning  serait ,  de  l'avis  de  Bretscimeider  lui-même ,  le 
Sajo\  sur  les  bords  duquel  le  roi  de  Hongrie  Bêla  IV 
éprouva,  le  1 1  avril  la^i,  une  sanglante  défaite.  L'accident 
arrivé  à  Ba-ha-tou  (non  à  Batou)  et  à  quelques-uns  de  ses 
cavaliers  n'empêcha  pas  les  Mongols  de  remporter  une  vic- 
toire complète ,  dont  Hayton ,  par  une  méprise  inexplicable , 
fait  un  désastre  pour  l'envahisseur,  mais  qui  n  en  fut  un  que 
pour  le  peuple  envahi. 

M.  Strakosch-Grassmann  est  convaincu  que  les  littératures 
de  l'Orient  recèlent  d'autres  renseignements  que  ceux  qui 
ont  été  publiés  jusqu'à  présent,  et  il  exprime  le  vœu  que  ces 
documents  soient  mis  à  la  portée  des  savants  étrangers, 
comme  lui,  aux  langues  orientales.  C'est  par  ce  vœu  qu'il 
termine  son  travail  sur  les  invasions  mongoles. 

La  couverture  de  ce  livre  mentionne  une  autre  étude  sur 
le  même  sujet  et  rappelle  les  travaux  importants  de  Jùlg  sur 
le  Mongol  et  le  Kalmouk.  De  tous  les  centres  d'études  euro- 
péens, l'Université  d'Innsbruck  parait  être  (en  dehors  de  la 
Russie)  celui  où  l'on  s'intéresse  le  plus  aux  Mongols,  à  leur 
langue ,  à  leur  littérature ,  à  leur  histoire. 

L.  Feer. 


Maurice  Bloomfield.  Contributions  to  the  interprétation  of  tke  Veda, 
b*^  séries  (from  ihe  Journal  of  tke  American  Oriental  Society, 
vol.  XVI,  1893). 

M.  Bloomfield  vient  de  faire  paraître  la  cinquième  série 
des  Contributions,  où  il  applique  à  l'élucidation  des  problèmes 

portait  ce  nom  écrit  Baghatur  par  M.  Strakosch-Grassmann  (p.  a ,  36 ,  g4  « 
96  ).  —  11  faut  admettre  Texistcnce  de  deux  Baghatour  au  moins,  si,  comme 
je  le  crois ,  le  chinois  Ba-ha-tou  reproduit  le  mongol  Baghatur. 

^  Je  ne  me  hasarde  pas  à  restituer  le  nom  chinois  transcrit  huo-ning.  Je 
ferai  seulement  remarquer  que  ning  ^^  signifie  «houe  glissante»  et  que, 
diaprés  la  description  de  M.  Strakosch-Grassmann,  le  Sajo,  qui  mêle  ses 
eaux  à  celles  du  Hernad  avant  de  les  porter  à  la  Theiss ,  «  roule  lentenicnt 
des  eaux  couvertes  d*algucs  entre  ses  rives  marécageuses». 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  179 

védiques  toutes  les  ressources  d'un  esprit  sagàce  servi  par 
une  vaste  érudition.  Ce  fascicule  contient  deux  études ,  Tune 
mythologique,  Tautre  linguistique. 

La  première  est  consacrée  au  mythe  hien  connu  du  soma 
ravi  au  ciel  et  apporté  à  la  terre  par  un  Aig^e.  Quel  est  cet 
Aigle  ?  La  donnée  essentielle  est  le  rapport  intime  de  l'Aigle 
et  de  la  Gâyatri.  Tantôt  c'est  la  Gàyatri  qui  apporte  ie  soma  ; 
tantôt  c'est  l'Aigle,  mais  il  a  pour  mètre  la  Gàyatri  (çyend 
si  gâyatràchandâ) ;  tantôt,  enfm,  c'est  la  Gâyatri  changée  en 
Aigle  {gâyatri  çyeno  hhâtvâ).  Or  la  Gàyatri  =  Agni  (agnir  val 
gâyatri).  L'Aide  n'est  donc  autre  que  l'éclair  qui  décliire  le 
nuage  et  fait  tomber  la  pluie. 

Le  second  article  cherche  à  déterminer  l'étymologie  et, 
par  suite,  le  sens  d'un  groupe  de  mots  védiques  mal  expli- 
qués jusqu'ici  :  les  mots  en  -pltva.  M.  Bloomfield  les  consi- 
dère comme  dérivés  dépita,  «  suc  ».  Ce  suc  est  naturellement 
celui  de  la  plante  à  soma.  En  conséquence ,  les  mots  formés 
de  pitva  avec  un  préfixe  doivent  se  traduire  de  la  manière 
suivante  :  sapitva,  «acte  de  boire  ensemble  le  soma»;  pra- 
pitva ,  «  coulée  du  soma  au  pressurage  du  matin  »  et ,  par  ex- 
tension «matin»;  ahhipitva,  «coulée  du  soma  au  pressurage 
du  soir  »  et,  par  extension  «  soir  »  ;  apapitva,  «  festin  séparé  ». 
Ce  dernier  est  un  âiraS  XeyôfASVov;  il  se  trouve  R.  V.,  III, 
53,  34)  où  il  est  dit  des  Bharatas  :  upapilvàm  cikitar  nàpra- 
pitvàm ,  «  ils  connaissent  les  festins  à  part ,  non  le  soma  du 
matin»,  c'est-à-dire  qu'ils  ne  participent  pas  aux  sacrifices 
brahmaniques. 

Le  mot  prapitva  a  fait  l'objet  d'un  travail  de  M.  Geldner, 
qui  aboutit  à  des  conclusions  fort  différentes  (  Vedische  Stu- 
dien,  II,  p.  1 55-179). 

L.  FiNOT. 


180  JANVIER-FEVRIER  1894. 

Etudes  BSRBàRSS  :  Dyehyali  Vocabalary,  from  an  unpoUished 
ms.  A.  D.  i83i,  edited  by  Th.  G.  de  Guiraudon  (&om  the  Jour* 
nal  of  ihe  Royal  Asiatic  Society,  October  i  SgS  ].  —  Etude  iur  la 
zénada  du  Mzab,  de  Oaargla  et  de  l'Oaed-Rir,  par  René  Basset, 
Bulletin  de  correspondance  africaiDe,  Paris,  Leroiu,  1893.  — 
Légendes  et  contes  merve'dleax  de  la  Grande-KabjHe ,  recueillis  par 
Auguste  Mouliéras,  1*'  fascicule,  texte  kabyle.  BuUetin  de  cor- 
respondance africaine,  Paris,  Leroux,  1893. 

Les  vocabulaires  beribères  ne  manquent  pas  aujourd'hui. 
Cependant  la  collection  est  loin  d*être  complète  et  cela  se 
comprend  si  Ton  réfléchit  que  la  langue  berbère  se  paiie 
depuis  les  frontières  occidentales  de  l'Egypte  jusqu'au  Maroc 
et  au  Sénégal  et  depuis  la  Méditerranée  jusqu'à  Tbmbouctou. 
Sur  cette  étendue ,  elle  a  donné  naissance  à  un  grand  nombre 
de  dialectes  qui  diffèrent  plus  ou  moins  entre  eux.  C'est  le 
vocabulaire  d'un  de  ces  dialectes  que  M.  de  Guiraudon ,  un 
de  nos  compatriotes  qui  habite  Londres,  a  trouvé  dans  un 
lot  de  papiers  et  de  livres  achetés  par  lui  en  1887.  Le  niot 
dyehyali  par  lequel  il  est  désigné  est  la  transcription  d'un 
mot  arabe  djehâyly,  dérivé  de  djebel,  montagne.  H  signifie 
donc  «montagnard»  et  M.  de  Guiraudon  incline  même  à 
penser  que  la  dénomination  kaliyle ,  qahayly  «  tribus  » ,  em- 
ployée par  les  Arabes  à  l'égard  des  Berbères ,  pourrait  venir 
de  ce  mot  dont  le  dj'im  se  serait  changé  en  qcif.  Ce  dialecte 
est  parlé  dans  une  région  montagneuse  située  à  environ 
5o  milles  au  sud  de  Tripoli  ;  il  est  apparenté  à  celui  des  habi- 
tants du  djebel  INefousa,  qui  fait  partie  de  cette  région. 

Le  vocabulaire  publié  par  M.  de  Guiraudon  comprend 
3oo  articles  en\iron  ;  mais  ce  qui  augmente  sa  valeur,  c'est 
que  le  missionnaire  ou  le  voyageur  qui  l'a  recueilli ,  et  dont 
le  nom  est  inconnu ,  a  noté ,  à  côté  des  mots  ou  des  phrases 
les  plus  usuels,  les  flexions  des  noms,  des  adjectifs  et  des 
verbes.  Il  est  divisé  en  quatre  colonnes,  dont  la  première 
contient  un  mot  ou  une  phrase  en  anglais  ;  la  deuxième  re- 
produit en  écriture  arabe  et  en  transcription  l'expression  ber- 
bère correspondante;  la  troisième  est  consacrée  à  des  correc- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  181 

tîons  faites  par  M.  de  Guiraudôn ,  en  se  servant  de  travaux 
antérieurs;  enfin  ia  quatrième  donne  la  traduction  française 
du  mot  ou  de  la  phrase  berbère.  M.  de  Guiraudôn  y  a  ajouté 
des  notes  grammaticales  nécessaires  pour  Tintelligencè  de  la 
déclinaison  et  de  la  conjugaison. 

Le  manuscrit  porte  la  date  de  1 83 1 ,  ce  qui  le  fait  remon- 
ter à  une  époque  où  la  langue  berbère  était  encore  à  peu 
près  ignorée  en  Europe,  si  j'en  juge  par  les  bibliographies 
que  j'ai  consultées. 

Ce  petit  travail ,  qui  est  bien  présenté ,  sera  utile  pour  les 
comparaisons.  Les  amateurs  de  la  langue  berbère  pourront 
s'y  livrer  sur  l'étude  de  la  zénatia  du  Mzab,  de  Ouarg^a  et 
de  l'Oued-Rir'  que  M.  René  Basset  a  fait  paraître  récemment 
et  qui  touche  justement  au  dialecte  du  djebel  Nefousa.  Cette 
étude  fait  partie  des  résultats  d'une  mission  (jui  lui  avait  été 
confiée,  en  188 5 ,  dans  le  sud  de  l'Algérie.  Une  bibliographie 
raisonnée  des  ouvrages  déjà  publiés  sur  cette  contrée,  les 
peuples  qui  l'habitent  et  les  idiomes  qui  y  sont  pariés,  des 
notes  grammaticales  très  complètes  sur  ces  idiomes,  un 
lexique  français-berbère  assez  étendu ,  un  choix  de  fables ,  de 
contes  et  de  chansons  en  caractères  arabes  et  en  transcrip- 
tion, accompagnés  de  notes  bibliographiques  et  de  rappro- 
chements intéressants  avec  les  récits  similaires  chez  les  autres 
peuples ,  un  lexique  berbère-français  par  racines ,  enfin  des 
«appendices  renfermant  les  vocabulaires  édités  antérieure- 
ment, telles  sont  les  grandes  lignes  de  cet  ouvrage,  dont  il 
nous  semble  superflu  de  donner  une  analyse  plus  détaillée. 
M.  Basset  est  en  efiet  suffisamment  connu  par  ses  recherches 
sur  la  lexicographie  berbère,  dont  les  lecteurs  du  Journal 
asiatique  ont  eu  la  primeur  et  qui  ont  valu  à  leur  auteur  le 
prix  Bordin. 

M.  Mouliéras,  professeur  d'arabe  au  lycée  d'Oran  et  an- 
cien élève  de  M.  Basset,  s'est  lancé  à  la  suite  de  son  maître 
dans  les  études  berbères ,  et  non  sans  succès.  Nous  avons  eu 
de  lui,  l'année  dernière,  les  Fourberies  de  Si-Djeha,  texte 
kabyle  avec  traduction  française ,  dont  il  a  été  fait  mention 


182  JANVIER. FEVRIER  1894. 

dans  le  Rapport  annuel  de  1892,  t.  XX,  p.  lag.  Il  com- 
mence ,  cette  année ,  la  publication  de  contes  et  de  légendes 
de  la  Grande-Kabylie  qu'il  a  recueillis  auprès  de  quelques 
indigènes  de  la  tribu  des  Béni  Jennad  el-Bahar  qui  exer- 
çaient la  profession  de  masseurs  au  bain  maure  de  la  grande 
mosquée  d'Oran.  Le  premier  fascicule ,  qui  vient  de  paraître , 
est  entièrement  consacré  au  texte  transcrit  en  caractères  la- 
tins ;  il  sera  suivi  de  plusieurs  autres  et  l'ouvrage  se  tenni- 
nera  par  un  glossaire  des  racines  berbères  qui  y  seront  con- 
tenues. 

Ces  contes  appartiennent  au  dialecte  zaouaoua,  qui  est 
considéré  comme  l'un  des  plus  purs  de  la  famille  berbère, 
et  l'ignorance  de  ceux  qui  les  ont  racontés  en  garantit  l'ori- 
gine populaire.  Ils  sont  à  la  fois  intéressants  pour  le  folklore 
et  la  linguistique.  Je  regrette  de  ne  pouvoir  en  donner  un 
aperçu ,  en  attendant  la  traduction  de  M.  M ouliéras ,  mais  je 
ne  puis  m' abstenir  d'en  citer  les  titres.  Ce  sont  :  Mohammed, 
fils  de  la  négresse,  et  ses  six  frères;  Le  Fils  du  sultan  et  le 
Chien  des  chrétiens;  L'Histoire  d'Ahmed,  le  fils  du  charbonnier; 
L'Histoire  de  Amor  Chek'k'a  ou  Amor  guignon;  L'Histoire  de 
^Ali  et  de  sa  mère,  ci  La  Tête  'coupée  qui  chante.  Chacun  de 
ces  contes  est  un  vrai  roman. 

La  transcription  employée  est  celle  du  général  Hanoteau , 
généralement  suivie  par  ceux  qui  se  sont  occupés  de  berbère 
après  lui,  ce  qui  dispense  de  se  familiariser  avec  un  nou- 
veau système.  Au  bas  de  chaque  page ,  des  notes  indiquent 
les  mots  d'origine  arabe ,  avec  leur  traduction  et  les  dévdop- 
pements  qu'ils  peuvent  comporter.  Lorsque  cette  publicatign 
sera  terminée,  elle  sera  des  plus  importantes  pour  l'étude 
du  berbère.  On  doit  féliciter  le  jeune  professeur  qui  con-r 
tri  bue  ainsi  à  une  œuvre  utile  à  la  science  non  .moins  qu'à 
la  France ,  qui  compte  en  Algérie  et  sur  les  confins  de  sa  co- 
lonie dès  tribus  kabyles,  dont  les  travaux  de  ce  genre  nous 
feront  mieux  connaître  l'esprit  par  leurs  productions  popu- 
laires ,  où  se  révèlent  leur  vie  intime ,  leur  caractère ,  leurs 
usages. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       183 

L'ouvrage  de  M.  Basset  et  celui  de  M.  Mouliëras  ont  été 
édités  par  l'Ecole  des  lettres  d'Alger  où  les  travailleurs  sont 
toujours  assurés  de  trouver  un  excellent  accueil. 

J.  Perruchon. 


Le  manuscrit  sanscrit  du  Sragdharâ  stotra  numéroté  37^3  h 
de  la  collection  ofTerte  par  B.  H.  Hodgson  à  l'India  Office  * 
nous  fournit  dans  son  colophon  plusieurs  noms  propres  qui 
ne  sont  pas  classés  encore  et  ne  se  trouvent  pas  dans  les  listes 
de  Bendall ,  ou  viennent  y  ajouter  un  renseignement  chrono- 
logique. 

Voici  le  texte  du  colophon  qui  commence  au  1662  : 

deyadharmo  yam  pravara  mahâyânayâyinah  'çrî-kâstamaDdava-ma- 
hânagare  Cekansunsi  grahito  lake  euam  viharâdhivasî  çàkrbhiksu  çrî- 
barsarâja  pâiakasya  bhâryâ  kusumalaksmîmayîsya  putra  çàkrbhiksu 
çrîjîvaharsapâla-nâmnâ  yasa  gana-parivârasya|  yad  alra  punyam  tad 
bbavatu  âcâryopâdhyâya  màtâpitr-pûrvamgamam  krtvâ  sakalasatva- 
râser  anuttarajnânaphalâptaya  iti  |{  samvat  696  caitra  krsna  dvâ- 
daçî  tantra  bhadra  nâcchatre  buddhadine  râjâdhirâjâparameçvara 
paramabhalâraka  çrî  çrî  jaya  jakramaliadevasya  vijayarâjye  {  suvar- 
nena  likhitam  idam  sragdharâ  pastakam  iti  |  lekhaka  sàiamasram 
vihâravasthita  çâkrbhiksur  âcârya  Çrîhrdayamen6na  |  yathâdrstam 

tathâ  hkhitam  lekhako f.  17  6  4  (à  partir  d'ici  jusqu'à  la  fin, 

f.  18  a  4t  le  texte  devient  obscur;  on  constate  encore  une  mention 
de  Uarsarâja). 

On  remarque  le  nom  du  donateur,  le  çâkpbhiksu  (?)  Çrijï- 
vaharsapâla- Yasaganaparivâra  (?) ,  fds  de  Kusumalaksmïmayî , 
épouse  de  Çriharsarâjapâla  ;  ce  donateur  est  attaché  au  ma- 
hâyâna  dans  un  vihâra  (ceka?)  à  Kathmandu. 

Le  nom  du  scribe  est  Çrîhrdayamenena  (?) ,  dans  le  vihâra 
de  Sàiamasram. 

*  Voir  Catal.  of  Sansc,  mss,  coll.  by  Hodgson fTrubner,  1881 ,  p.  11,  H, 


184  JANVIER-FÉVRIER   1894. 

La  date  donnée  est  5g6 ,  le  douzième  jour  de  la  quinzaine 
noire  du  mois  caitra ,  le  jour  de  Buddha ,  soit  mercredi ,  sous 
le  règ^ie  de  Jakramallo.  Or  cette  date  correspond  à  i  A76  AD; 
Jakramalla  est  assurément  identique  à  Yaksamalla  dont  la 
liste  de  M.  Bendall*  place  la  mort  «circa  1^60»,  inunédia- 
tement  avant  la  division  du  Népal  sous  les  deux  dynasties 
régnant  à  Bhatgâon  et  Kathmandu.  Il  faudrait  donc ,  semble- 
t-il ,  reculer  d'au  moins  seize  ans  Tépocpie  supposée  de  la  divi- 
sion du  Népal ,  et  prolonger  d'autant  le  règne  de  Yakçamalla. 

GODEFROI  DE  BlONAY. 
*  A  Joarney  in  Népal,  1886,  pK  I  et  II. 


VIENT  DE  PARAÎTRE  ! 

Catalogve  des  monnaies  TvncoMANES ,  Béni  Ortok,  Béni 
Zengui,  etc.,  par  I.  Ghalib  Edliem.  Constantinople ,  iSgd* 
gr.  in-8*,  chez  Miliran.  —  C*^est  3 'édition  française  du  Cata- 
logue de  la  même  collection  publié  récemment  en  langue 
turque.  Grâce  à  la  libéralité  de  son  directeiu*,  S.  Exe.  Hamdy 
Bey,  toutes  les  collections  du  Musée  impérial  ottoman  seront 
ainsi  publiées  en  turc  et  en  français  et  mises  prochainement 
à  la  disposition  du  monde  savant.  Les  séries  monétaires ,  étu- 
diées avec  une  compétence  parfaite  par  Ghahb  Bey  dans  le 
présent  volume,  seront  l'objet  d'un  compte  rendu  spécisd. 

B.  M. 


Le  Gérant, 

RUBENS  DUVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

MARS-AVRIL  1894. 


LETTRE 

DE  TANSAR  AU   ROI  DE  TABARISTAN, 

PAR 

M.  DARMESTETER. 


INTRODUCTION. 

Dans  nos  recherches  sur  les  origines  du  Zoroas- 
trisme^  nous  avons  essayé  de  mettre  en  relief  le 
rôle  important  jbué  dans  la  restauration  religieuse  qui 
accompagne  et  caractérise  la  révolution  sassanide, 
par  le  chapelain  du  premier  Sassanide,  Ardashîr, 
fils  de  Bâbak. 

Ce  chapelain  d'Ardashîr  nous  est  connu  d'abord 
farlcDînkart,  compilation  pehlvie  du  ix*  siècle,  qui 
lui  donne  le  titre  de  «  Herbed  des  Herbeds  »  [hêrpa- 
lân  liérpat) ,  c'est-à-dire  de  grand  prêtre  ou  chef  de 
la  religion,  et  le  nom  de  )»]^  qui  peut  se  lire  Tôsar 
ou  Tansar,  C'est  ce  Tôsar  ou  Tansar  qu' Ardashîr, 

'  Zcnd  Avesta,  traduction  nouvelle,  vol.  ÏÏI,  p..xxv-xxxii. 
m.  i3 


IMralMEMIB    lATIOKAU. 


J86  MARS-AVRIL    1894. 

d'après  le  Dinkart,  charge  de  recueillir  les  textes  sa- 
crés sur  lesquels  repose  le  Zoroastrisme  et  de  restituer 
TAvesta  perdu  ou  mutilé.  Il  reçoit  Tépithète  de  P6- 
jyôtkésh,  c'est-à-dire  «  homme  de  la  doctrine  des  an- 
ciens M  ^ 

Nous  avons  reconnu  que  cette  mention  du  Din- 
kart  nest  point  isolée,  mais  confirmée  et  éclaircie 
par  une  source  arabe  indépendante.  Maçoudi,  dans 
ses  Prairies  d'or,  fait  allusion  aux  rapports  qu'Ardashîr 
aurait  eus ,  au  commencement  de  son  règne ,  avec  un 
pieux  personnage  du  sang  royal  nommé  Bishar  «m^ijo, 
qui  appartenait  à  la  secte  platonicienne^.  Dans  le 
Kitâb  et'tanbîh^,  il  revient  sur  ce  Bishar  «m^ijo  que  la 
fantaisie  des  copistes  transforme  encore  en  Banshar 
yiJb ,  Yanshar  wiJu ,  Tabshar  ^-A^  et  %-ûjo  ^  et  qui 
était,  dit-il,  le  Mobed  d'Ardashîr  et  fut  son  Dâ^i  ^^b, 
«  son  apôtre  »  ^.  C'était  un  des  Mulûk  ut-tavâif  et  il 
régnait  dans  la  province  de  Perse.  Il  était  de  la  secte 
platonicienne,  il  abdiqua  et  embrassa  la  vie  reli- 
gieuse^. Puis  il  prêcha  la  venue  d'Ardashîr,  envoya 

*  Zend  Avesta ,  p.  xxxi ,  texte  et  notes. 

*  Maçoudi,  II,  161. 

^  M.  de  Sacy  en  a  fait  une  analyse  reproduite  dans  le  Maçoudi 
de  M.  Barbier  de  Meynard  (IX,  3oi).  M.  de  Goeje  en  a  préparé 
une  édition  critique  dont  il  a  bien  voulu  nous  communiquer  les 
bonnes  feuilles,  d'oi\  sont  tintes  les  citations  contenues  dans  ce 
travail  (BriU,  Leide,  1894). 

*  Édition  de  Goeje,  p.  99,  note  a. 

^  »;H^  ^4^3  M  S^'>^^  ^'>;î  ô^^  r^  (Ibid.,  p.  99). 

O-;^  O^;^  *--i-^l  «-ti-^l  viU«  ç,jhs\  Uu\y3A}\  J^  *lJL?!  ^^  lj^aU! 
ji^  «Ni5^  (Ibid.,  p.  100). 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     187 

des  missionnaires  dans  les  provinces  et  ainsi  facilita 
le  triomphe  du  prince  sur  les  Mulûk  ut-tavâif  ^  Ma- 
çoudl  ajoute  qu'il  a  composé  de  beaux  traités  sur 
l'administration  et  la  religion,  où  il  justifie  les  in- 
novations qu'Ardashîr  avait  introduites  àdus  lune  et 
dans  l'autre  et  qui  étaient  inconnues  aux  roia  anté- 
rieurs 2.  On  cite  en  particulier  une  lettre  au  roi  de  Ta- 
baristan ,  une  autre  au  roî  de  Hnde.  Maçoudi  nous 
a  conservé  un  fragment  de  la  première  de  ces  lettres^. 
Pour  peu  qu'on  soit  familier  avec  la  polyphonie 
des  caractères  pehlvis  et  les  étranges  variations  ortho- 
graphiques amenées  dans  l'écriture  arabe  par  le  dé- 
placement des  points  diacritiques,  on  reconnaît  que 
Bîshar  «^imaj ,  %-ûJb  et  )»\^  représentent  un  seul  et 
même  nom  :  Tansar,  y^JJ  (j-*-^^). 

Or,  cette  lettre  de  Tansar-Bîshar  au  roi  de  Taba- 
ristan,  dont  Maçoudi  nous  donnait  déjà  un  frag- 
ment, un  heureux  hasard  nous  l'a  rendue  tout 
entière.  Elle  ne  nous  est  pas  conservée  sous  sa  forme 
primitive  qui  était  le  pehlvi  :  elle  nous  est  arrivée 
dans  une  traduction  persane,  faite  elle-même,  non 
pas  sur  l'original  pehlvi ,  mais  sur  une  version  arabe 
qui  est  perdue  et  à  laquelle  appartient  sans  doute 


»  s 


«  ^-xjs"  *4jU)JI3  JuS^juî  iuU-J!  gipî  i  y^-*^  J^^  y*^^ 

'  Voir  la  citation  au  commentaire  de  la  page  176. 

i3. 


188  MARS-AVRIL    1894. 

la  citation  de  Maçoudi.  Cette  traduction  arabe  per- 
due était  rœu\Te  dlbn  al-Moqaffa  \  Guèbre  converti 
qui,  sous  les  premiers  Abbassides  (il  mourut  vers 
l'an  -760  de  notre  ère,  an  182  de  l'hégire),  se 
donna  pour  tâche  de  traduire  dans  la  langue  des 
conquérants  les  principaux  livres  nationaux  de  la 
Perse.  La  traduction  persane,  postérieure  de  cinq 
siècles ,  est  l'œuvre  de  Mohammed  bin  ul-Hasan  bin 
Asfandyâr,  qui  écrivait  vers  l'an  1210. 

Ce  Bin  ul-Hasan ,  natif  du  Tabaristan ,  avait  entre- 
pris l'histoire  de  son  pays.  Un  jour  étant  à  Klivârizm, 
alors  grand  centre  d'érudition  et  de  littérature,  il 
trouva  dans  une  boutique  de  libraire  une  lettre,  tra- 
duite du  pehhd  en  arabe  par  Ibn  al-Moqaffa,  et 
adressée  par  Tansar  yj>u.x.'s,  «  sage  Persan  et  grand 
prêtre  d'Ardashîr  Bâbagan  »,  en  réponse  à  une  lettre 
du  prince  de  Tabaristan,  Jasnasf-shâh.  La  trouvant 
pleine  de  pensées  édifiantes,  il  la  traduisit  en  persan 
et  l'inséra  dans  l'introduction  de  son  lûstoire  du  Ta- 
baristan. 

Si  cette  lettre  est  authentique,  c'est-à-dire  si,  à  tra- 
vers les  deux  traductions,  arabe  et  persane,  elle  re- 
présente réellement  un  texte  émané  du  chapelain 
d'Ardashîr,  elle  constitue  le  monument  le  plus  an- 
cien de  la  Perse  après  les  inscriptions  de  Darius  et 
l'Avesta.  Elle  peut  même  être  plus  ancienne  que 
l'Avesta  sous  sa  forme  dernière  et  complète,  si  Ton 

^  Sur  ibn  ai-MoqalTa  et  sou  œuvre,  voir  S.  de  Sacy,  Notices  et 
Extraits,  \,  266  sq. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     189 

admet  qu  une  partie  de  l'Avesta  a  été  rédigée  sous 
les  premiers  successeurs  d'Ardashîr.  Est-elle  authen- 
tique ? 

Elle  ne  Test  pas  dans  sa  forme  présente,  non 
point  seulement  quant  à  la  langue ,  ce  qui  va  de  soi , 
mais  aussi  quant  au  fond.  Il  ne  semble  pas  que  le 
traducteur  persan  ait  rien  ajouté  de  son  fond  à  ce 
qu'il  trouvait  dans  son  original  arabe,  sauf  peut-être- 
lanecdote  finale,  sur  le  roi  fataliste  Jihang,  citée 
pour  éclairer  les  rapports  du  libre  arbitre  et  de  la 
destinée.  Mais  il  est  clair  que  le  traducteur  arabe  a 
inséré  nombre  de  nouveautés  dans  Toriginal,  quel 
qu'il  soit,  sur  lequel  il  travaillait.  Ibn  al-Moqaffa, 
sans  doute  pour  rendre  le  vieux  texte  guèbre  plus 
respectable  à  ses  lecteurs  musulmans,  y  a  glissé 
des  citations  du  Coran  et  de  la  Bible  qui  se  déta- 
chent d'elles-mêmes  du  contexte  et  qui,  d'ailleurs, 
n'ont  jamais  eu  la  prétention  d'appartenir  à  l'ori- 
ginal. Il  s'est  rappelé  aussi  qu'il  était  le  traduc- 
teur du  Kalila  et  Dimna  pehlvi  et  a  inséré,  pour 
le  plaisir  du  lecteur,  une  longue  fable  qui  se  re- 
trouve dans  le  Pancatantra  et  qui  appartenait  sans 
doute  à  sa  version  pehlvie  de  Kalila  ^  Ajoutons  à  la 
liste  des  interpolations  la  description  de  l'anarchie 
(p.  lia);  l'histoire  de  la  génération  dans  le  coffret 


*  Ce  morceau  ue  se  trouve  pas  dans  la  version  arabe  de  Kalila 
publiée  par  M.  de  Sacy  et  devra  ùive  pris  en  considération  dans 
l'étude  des  sources  du  Kalila  arabe  :  l'original  manque  dans  la  version 
syriaque,  mais  se  retrouve  dans  le  Pancatantra ,  ce  qui  laisse  voir 
qu'il  se  trouvait  dans  le  Kalila  pelilvi. 


IIH)  MARS-AVIUL   1894. 

(p.  i3  a);  le  commentaire  explicatif  du  terme  jmî- 
dique  abdcU  (p.  i3  a);  l'histoire  du  roi  fataliste  Ji- 
hang  (p.  2  0  a)^ 

Ces  interpolations  déduites,  reste  un  texte  qui 
pour  le  fond  est  antérieur  à  Ibn  al-Moqa(fa,  qui  ne 
peut  être  son  œuvre ,  et  dont  Tauthenticité  générale 
éclate  aux  yeux  :  car  il  fourmille  de  détails  dont  1  au- 
thenticité nous  est  garantie,  pour  les  uns  par  leur 
accord  avec  ce  que  nous  savons  directement  par  les 
textes  pehivis ,  et  pour  les  autres  par  leur  nouveauté 
instructive  et  la  lumière  qu'ib  jettent  sur  les  obscu- 
rités de  ces  mêmes  textes  pehivis. 

On  ne  voit  pas  pourquoi  Ibn  al-Moqaffa,  écrivant 
pour  les  Musulmans ,  aiu*ait  forgé  un  texte  pareil  qui 
n'a  qu  un  intérêt  historique  et  archéologique.  Ibn 
al-Moqaffa  est  avant  tout  un  antiquaire  qui  veut  sau- 
ver ce  qu'il  peut  du  passé  et  familiariser  les  Musul- 
mans avec  ce  passé ,  les  y  intéresser  si  possible  ;  il  ne 
fait  ici  que  continuer  ce  qu'il  a  fait  dans  sa  traduc- 
tion du  Khudâi  nânuiy  du  Kalila  et  autres  vieilles 
œuvres  nationales  de  la  période  antéislamique* 

Mais  on  ne  peut  assurer  pourtant  en  toute  certi- 
tude qu'il  eût  sous  les  yeux  l'original  pehlvi  de  Tan- 
sar  même.  H  nous  donne  lui-même  sa  source,  dans 
une  ligne  dont  le  sens  malheureusement  n'est  pas  sans 
laisser  quelque  équivoque.  Il  écrit,  dit-il,  ^  («W}! 


^  £t  les  citations  arabes  reproduites  et  traduites  par  Biu  ul-Ha- 
san,  comme  p.  ii  a,  ii  6. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     191 

0*î)^ ,  c  est-à-dire  :  «  d  après  Bahrani ,  fds  de  Khorzâd , 
et  celui-ci  daprès  son  père  Manûcihr,  Mobed  de 
Khorasan,  et  [d'après]  îes  sages  de  Perse».  Dans 
cette  indication  de  source,  une  chose  seulement  est 
absolument  claire,  c'est  que  le  traducteur  arabe  tra- 
vaille sur  un  texte  quil  trouve  dans  un  livre  d'un 
zoroaslrien  nommé  Bahrâm,  fils  de  Khorzâd.  D*où 
Bahrâm  lui-même  tient-il  ce  texte  .^  D'après  l'ana- 
logie des  colophons  que  l'on  trouve  dans  les  vieux 
manuscrits  pehlvis  et  qui  donnent  la  généalogie  des 
copies,  il  semble  vraisemblable  qu'Ibn  al-Moqafia 
nous  donne  ici  le  colophon  abrégé  du  texte  de  Bah- 
râm, c'est-à-dire  la  succession  des  copies  du  texte; 
autrement  dit,  Bahrâm  copie  un  manuscrit  émanant 
de  son  père  Khorzâd ,  celui-ci  un  manuscrit  émanant 
de  son  père  Manûcihr,  Mobed  de  Khorasan,  et  celui- 
ci  un  manuscrit  émanant  de  copistes  du  Farsistan. 
Si  cette  interprétation  est  la  bonne ,  la  version  d'Ibn 
ai-Moqaffa  remontera  à  un  manuscrit  pehlvi  de  la 
lettre  de  Tansar. 

Mais  cette  ligne  est  susceptible  d'un  autre  sens. 
Elle  peut  désigner,  non  les  originaux  successifs  d'un 
texte  antérieur,  qui ,  de  copie  en  copie ,  est  venu  aux 
mains  de  Bahrâm  et  d'Ibn  al-MoqafiFa,  mais  un  en- 
semble ^e  sources  sur  lesquelles  Bahrâm  aura  com- 
posé le  texte  qu'Ibn  al-Moqaffa  traduit.  Dans  ce  cas , 
notre  texte  n'est  plus  l'œuvre  de  Tansar,  mais  l'œuvre 
de  Bahrâm,  fils  de  Khorzâd.  Mais,  même  en  ce  cas, 
la  lettre  de  Tansar  ne  reste  pas  moins  authentique , 
quoique  dans  un  sens  différent;  car  les  détails  qu'elle 


192  MARS-AVRIL   1894. 

contient  portent  tellement  le  cachet  de  la  vérité  qn  H 
faut  supposer  que  Bahrâm  travaillait  sur  des  sources 
historiques  excellentes. 

L'époque  de  Bahrâm  nous  est  inconnue;  mais  elle 
est  dune  importance  relativement  secondaire  pour 
la  question  de  lauthenticité  du  texte.  En  effet,  lin 
ai-Moqaffa  est  mort  au  commencement  du  second 
siècle  de  Thégire ,  un  siècle  à  peine  après  la  chute  de 
la  dynastie  nationale  :  or,  deux  siècles  plus  tard,  à 
fépoque  de  Maçoudi,  le  pehlvi  était  encore  florissant 
comme  langue  écrite ,  et  soit  que  Bahrâm  appartienne 
à  la  période  sassanide  ou  déjà  â  la  période  arabe,  il 
est  d'une  époque  où  la  vieille  littérature  pehlvie  était 
encore  intacte. 

Je  passe  à  lanalyse  de  la  lettre. 

Après  un  préambule  historique  sur  Thistoire  de 
la  conquête  d'Alexandre ,  qui  présente  déjà  la  légende 
traditionnelle  sur  l'origine  des  princes  provinciaux 
[Malâk  ut-tavâif)  j  Ihn  al-Moqaffa  conte  qu'au  temps 
où  Ardashîr  renversa  Ardavân  et  rétablit  l'unité  de 
l'empire  iranien,  le  Tabaristan  avait  pour  roi  un 
prince  nommé  Jasnasf-shâh,  qu' Ardashîr  ne  voulait 
pas  réduire  par  la  violence ,  en  souvenir  de  ce  que  ses 
ancêtres  avaient  conquis  leur  province  sur  les  lieute- 
nants d'Alexandre  et  avaient  été  fidèles  à  la  dynastie 
de  Perse.  Jasnasf-shâh,  voyant  pourtant  son  indé- 
pendance menacée,  écrivit  à  Tansar,  le  grand  prêtre 
d' Ardashîr,  qui  avait  été  jadis  le  conseiller  intime  de 
son  père ,  une  lettre  contenant  un  véritable  acte  d'ac- 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     193 

cusation  contre  Ardashîr,  contre  sa  cruauté,  ses  pro- 
cédés dmquisition  et  d'espionnage,  ses  lois  tyran- 
niques,  ses  innovations  religieuses.  Notre  texte  est 
la  réponse  de  Tansar,  laquelle  fut  jugée  décisive, 
car  Jasnasf-shâh  envoya  sa  soumission  et  il  conserva 
sa  province  sous  la  suzeraineté  du  Sassanide. 

I.  Tansar  commence  par  expliquer  pourquoi  il  a 
quitté  le  monde  et  embrassé  la  vie  ascétique.  C'est 
pour  que  les  rois  et  le  peuple,  le  voyant  détaché  de 
tout  intérêt  personnel,  croient  à  ses  conseils..  Il  a 
renoncé  à  tout,  afin  d'avoir  plus  d'autorité  pour  ré- 
former le  monde  d'après  la  vraie  religion. 

II.  Le  devoir  de  Jasnasf-shâh  est  de  se  rendre  sans 
tarder  à  la  cour  d'Ardashîr  et  de  mettre  à  ses  pieds 
sa  couronne.  Ainsi  a  fait  naguère  le  roi  de  Kirman , 
Qâbûs,  qui,  en  retour  de  son  obéissance,  a  conservé 
son  titre  royal.  Le  Roi  des  Rois  [Shâhanshâh)  laisse 
le  titre  et  le  droit  de  Roi  [Shâk)  à  tous  ceux  des  Rois 
provinciaux  qui  le  reconnaissent. 

III.  Jasnasf-shâh  reproche  à  Ardashîr  de  se  donner 
à  tort  comme  restaurateur  de  la  loi  ancienne.  Mais 
les  textes  sacrés  ont  été  détruits  par  Alexandre,  il 
n'en  est  resté  que  quelques  traditions  et  légendes, 
elles-mêmes  corrompues  par  4e  vice  des  hommes, 
par  le  goût  des  nouveautés  et  de  l'apocryphe,  si  bien 
qu'il  ne  reste  rien  d'authentique.  Il  fallait  pour  faire 
revivre  la  religion  un  homme  à  l'esprit  droit  et  bon- 


194  MARS-AVRIL   1894. 

nête.  Y  a-t-il  jamais  eu  homme  aussi  capable  que  le 
Shâhanshàh  ? 

IV.  On  reproche  h  Ardashîr  la  répartition  stricte 
des  hommes  entre  quatre  classes  et  les  lois  sur  les 
métiers.  Nécessité  de  la  hiérarchie  des  classes.  Maux 
qui  naissent  du  mélange  des  rangs.  Le  Roi  autorise 
d'ailleurs  le  passage  d'une  classe  inférieure  à  une 
classe  supérieure,  mais  après  examen  et  garantie  de 
mérite. 

V.  On  reproche  à  Ardashîr  sa  craauté.  Un  roi 
peut  être  cruel  avec  quelques  exécutions,  et  ne  pas 
Têtre  en  versant  le  sang  à  flots.  Le  nombre  des  sup* 
plices  prouve  seulement  la  corruption  publique  et 
rétendue  du  mal  à  réprimer.  Ardaslur,  au  contraire, 
est  plus  clément  que  les  anciens  pour  les  crimes  en- 
vers Dieu,  envers  le  Roi  ou  envers  les  particuliers. 
Jadis  on  punissait  de  mort  immédiate  les  crimes 
contre  la  religion  :  depuis  Ardashîr  on  emprisonne 
pendant  un  an  les  hérétiques  ;  des  clercs  les  prêchent 
et  les  catéchisent  tous  les  jours,  et  ce  n  est  qu'au  cas 
où  ils  restent  obstinément  aveugles  qu'on  les  met  à 
mort.  Jadis  on  n'épargnait  jamais  les  rebelles  ou  les 
fuyards  :  à  présent,  le  roi  se  contente  de  les  dédmer, 
afin  de  tenir  les  autres  suspendus  entre  la  terreur  et 
l'espoir.  Jadis  on  punissait  les  déUts  contre  les  par- 
ticuliers de  mutilations  qui  affaiblissaient  d  autant  la 
force  publique  et  ne  profitaient  pas  à  l'offensé  que 
l'on  veut  venger  :  à  présent,  l'amende  remplace  la 
mutilation. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     195 

Via.  Justification  des  lois  somptuaires,  comme 
distinctives  des  classes. 

VIL  Justification  des  lois  d'héritage  établies  par 
le  Roi. 

Vin.  Ardashîr  accusé  de  sacrilège  pour  avoir 
éteint  les  feux  sacrés  des  Malâk  ut-tavâif.  C'étaient 
ces  feux  qui  étaient  sacrilèges. 

VI  b.  Justification  des  lois  somptuaires,  comme 
distinctives  des  classes. 

IX.  On  reproche  à  Ardashîr  l'emploi  de  l'espion- 
nage, n  est  nécessaire  que  le  Roi  soit  tenu  au  courant 
de  la  conduite  de  ses  sujets  :  il  faut  seulement  qu'il 
choisisse  des  informateurs  honnêtes.  Les  gens  de 
bien  n'ont  qu'à  se  féliciter  de  cet  espionnage  qui  fera 
connaître  leur  mérite  au  Roi  et  leur  vaudra  sa  fa- 
veur. 

X  a.  Pourquoi  le  Roi  n'a  pas  d'héritier  désigné. 

XL  Vertu  et  grandeur  de  la  Perse  ancienne.  His- 
toire de  la  chute  de  la  dynastie.  Légende  de  Dârâ  et 
de  Rastîn  (conte  du  Roi  des  Singes). 

X  b.  Pourquoi  le  Roi  n'a  pas  d'héritier  désigné. 
Règles  de  félection  royale.  De  la  consultation  sacer- 
dotale. 

XJI.  Place  de  la  Perse  dans  le  monde.  Supériorité 
de  la  race  persane  qui  réunit  les  mérites  de  toutes 
les  autres  races. 

XIII.   Préparatifs  d' Ardashîr  contre  les  Romains, 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     197 

historiques  et  religieuses  de  sa  race ,  il  me  demanda 
un  sujet  d'étude,  et  je  lui  recommandai  de  publier 
et  de  traduire  la  lettre  de  Tansar,  comme  étant  le 
texte  le  plus  important  de  l'histoire  de  la  Perse  sas- 
sanide.  Se  trouvant  à  Londres  dans  les  vacances  de 
1892  pour  le  Congrès  des  Orientalistes,  il  profita  de 
l'occasion  pour  copier  le  texte  de  cette  lettre  dans  le 
manuscrit  des  Addenda  du  British  Muséum  (n°  -yôSS)  ^ 
et  il  en  fit  une  traduction  française.  Il  quitta  Paris 
en  1893  pourxentrer  dans  le  Caucase,  sans  avoir 
eu  le  temps  de  reviser  sa  traduction.  De  plus,  il  avait 
négligé  de  prendre  dans  le  manuscrit  le  texte  de 
l'introduction  historique  qui  annonce  la  lettre. 

Quelques  mois  plus  tard ,  un  de  mes  anciens  élèves , 
M.  Paul  Ottavi,  à  présent  vice -consul  à  Mascate,  se 
trouvant  de  passage  à  Londres ,  voulut  bien  prendre 
copie  de  cette  introduction  et  y  joignit,  mais  pour 
l'introduction  seulement,  les  variantes  d'un  autre 
manuscrit  qu'Ahmed -Bey  avait  négligé  et  qui  se 
trouve  dans  YEast  India  Office  Lihrary  (le  n°  1 134). 

Au  printemps  de  l'an  dernier,  un  autre  de  mes 
auditeurs,  M.  Ferté,  à  présent  au  consulat  de  Té- 
héran et  déjà  connu  par  d'intéressantes  études  sur 
quelques  poètes  persans ,  se  chargea  de  revoir  la  tra- 
duction d'Ahmed  et  de  la  compléter  en  traduisant 
l'introduction.  Il  introduisit  beaucoup  d'améliorations 
dans  la  traduction  d'Ahmed.  Mais  le  texte  d'Ahmed 
reproduit  un  manuscrit  inférieur  et  laisse  nombre 

^  Voir  l'analyse  de  ce  manuscrit  dans  le  catalogue  Riou,  p.  :îo2- 
2o/|.  Cf.  le  catalogue  persan  de  la  Bodk^ienne,  p.  lOo. 


198  MAUS-AVRIL  1894. 

d^énigmes  insolubles.  La  comparaison  des  variantes 
de  YEast  IncUa  dans  la  partie  où  nous  les  possédions 
déjà,  cest-à-dirc  dans  Tintroduction ,  prouvait  que 
ce  manuscrit  était  bien  supérieur  à  celui  du  Bridsh 
Muséum,  où  les  lacunes  abondent,  et  me  convainquit 
de  Timpossibilité  d'arriver  à  une  traduction  définitive 
sans  le  secours  de  ce  texte.  Me  trouvant  à  Londres  en 
novembre  dernier,  je  pris  les  variantes  de  VEast  India 
Office,  qui  est  devenu  la  base  du  texte  que  je  donne 
plus  bas.  Ces  variantes  me  donnèrent,  sans  grand 
mérite  de  ma  part,  la  solution  de  nombreuses  diffi- 
cultés qui  avaient  arrêté  Ahmed  et  Ferté  et  le  sens  de 
passages  mal  entendus.  Mais  je  suis  loin  de  penser 
que  la  traduction  que  je  présente  au  lecteur  et  qui, 
malgré  des  différences  importantes ,  représente  essen- 
tiellement la  version  d'Ahmed ,  revisée  par  M.  Ferté, 
soit  une  traduction  définitive;  et  j'imagine  que  les 
manuscrits  de  Saint-Pétersbourg  et  de  la  Bodléienne 
fourniront  à  la  critique  la  matière  de  bien  des  cor- 
rections. 

Le  commentaire  est  tout  entier  de  moi,  sauf 
quelques  notes  dues  à  Ahmed-Bey  et  dont  l'origine 
est  indiquée. 

Le  texte  suivant,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  repré- 
sente essentiellement  le  texte  de  VEast  India  Office 
(ou  manuscrit  I).  J'ai  mis  entre  parenthèses  les  mots 
ou  les  phrases  omis  dans  le  manuscrit  du  British 
Muséum  (manuscrit  B);  j'ai  mis  entre  crochets  les 
mots  o\i  les  phrases  omis  dans  le  manuscrit  de  VEast 
India  Office  et  qui,  d'après  le  sens,  ont  dû  appartenir 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     199 

au  texte  :  car  ce  manuscrit,  quoique  plus  correct, 
a  aussi  quelques  omissions  qui  lui  sont  propres,  ce 
qui  prouve  que  les  deux  manuscrits  sont  indépen- 
dants l'un  de  l'autre.  Le  manuscrit  I,  qui  est  le  meil- 
leur, est  aussi  le  plus  ancien  :  il  date  de  Tan  de 
l'hégire  io32  (162 3);  le  manuscrit  B  lui  est  posté- 
rieur de  trente-trois  ans  (H.  1067  =  i656). 


200  MARS-AVRIL    1894. 


LETTRE  DE  TANSAR  A  JASNASF, 

ROI  DE  TABARISTAN. 


^jUj  jX-fiJ  L^l;!  *>sj*>^  ^tj.iô*^^  U>^^!;-^^^  JO^^ 
b  à^yb  *>ôi>j^>  jiXJj^!  yài^  axtjS^  |;b^^ 

A— s"  j»w-i_;^^i)Lu^  «xi^Lw  o«U^  b^^^  ^«^^U-^^j 

ôLjU-ST  ô!^-^!^   [v::>!:>b^]  v:;>bL^^  Ulâ^  [*»L?Lib}^ 

«  I  ^I;;>^.  —  '  I  'U^.  —  3  M  s:^7^^-  —  *  ^^^  M  et  I.  — 
^  <i^^«  —  *  Lire  ow^obcj.  M  Oo4>^  (lire  jm-^JLx^?)  t-^w^^^JUj 
1^13^  o.-«-*J5  ojuo*^.  —  '  6'ic  M  et  L  Lire  yjJLx^  (?).  —  ®  M, 
au  lieu  de  (^^Lu^,  etc.,  a  :  JljwS  «^  9^ ^^^^^ i£,\'yn  om*Js>!  o>j15) 
3  oolS'^^^^  ^jULt. 


8 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     201 
Û3 ^J?  -^Jl— ^  j'   (5^^  AX-ib^  oJxAài  (j^j\)^  (S^^ 

i^  ^^  jLiwj  u'^J'-*  <r^1^^  4>^  u'*^  1;  u'^^^y  *^ 


III.  1  !\ 


i«r«ii<raiB  (ATI01U.I. 


202  MARS-AVRIL    1894. 

*^^-^J  u'Oj-^  *<^.    «î>U^y  *5^<.;;^-»*H^  :>Lwijil  fj\  \j 


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<X.->  xJL-^^-j)  xS5  ^uj  ^^LaJ  ^v-dM^il 


^1^— s-S^  r^i^  v;:>^=?"j:>  vl^i^  ^t>*^  V^'  «S'^^Sjl* 

jQ>^V>M^  jô^^  (c^^)  ^^.^^  l^^  o^U?  b  u^' 
vi    v;:j^..x1j^  c:^^—:^  c^La-^mI  ô;!^^  v.-Â^I^'V^  JsJt:>^5^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     203 

OL-^l    fO      1^      ^J3i^    i^jy^^    *>^-HSâaj    (JÔ^^    i^l^ 

^JOÎ5  £-1^^-*-^*  u'*^^-^  U^'  t)"^  ^J^^^^W 


—  •  Lire  JlsUs.  — "'"^t^j.  _  s  j^  ^j^^.  __  9  j  ^j^j  ^.  _ 


204  MARS-AVRIL   1894. 

JL^  «OjLj^  (3I)  Jov  o.i;X^  uW^-J  J<J>y^ ^\ jJ^f^A 


^.>UL5'i^  owuur   [c:^.*^]  yt^Xx:^  ^^l(>3^  JOAilx^- 
,,. ft:iL-33  MÎP^  <^\*5^  O^Uyj  S*>^}r^3  ^J^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  205 

^J  oi^:yl^  ^^XûJ^  :>jXa^  |;I*>^^J  1*>^^^I  »^;S"5ly 

i|^  Jc-^l^^  (8  a)  »^L^  ^1  ouobût_^  o^Ud^J  ^J^ 

wwmuLj   liJL^U   (jW   >«^AM^I    ft4>oKi^   <^r^  U<^^H^  OCM^J  A.«li 

j!  x5"  aK^t  (j)^^  ov^y  v!y?-  *>^!y^  ij^^^j^  »U 
yS*^ — 4_^^  ySl]^j^^  u^^  ft^y^U  «UàJu*^ 

4>^J.XLa^  :>y~^^  ^bCw^  p^Uw^  Jwty*.  *Xaam;  {^jMt:>j\^ 
^T«Xxj   (Ul)  :>^  j3y^  c;.!.^^  <X^L  i^NXw  »^T iS 


200  MARS-AVRIL   1894. 

^  y  j*>^  u*^  pr*^  *^b-*  *^y  j^  i^^^y 

^^3-*;^  (j^  eH^^t  »àLj  ç^  ^^^j^  f'>^'3  fO'''*»?, 
(^^; — ûb)  (^ ^ ^ji^-ûwtj  <^|;  fi^Lk^  Ij i^3*^  (j-Jb^ 

(j^  Jl— A.  jt  tj  ^:>T ^^  i3^>^  «S"  JwlJ^  ^J^bjT 

» Jc-^j^  Urilf^'^  IdUjï^  ^*^!^J  ^*Ji*  ^j^3  ^^2*^'  f,^^ 


»  /v 


c»ôJ,  etc. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     207 

iS^y-*. — ^  (jy-=^3  ^  ^^  ^^^j^  j^j^  *^'  u'^!^[-J 

y>J^yi^  i»U-«  ^:àU3  ^U^  i^l^  ^x^t  J03  (8  6)  jOil  Jo 

(-v5"  oi->! J^j5  ly Uol  (j^^  jaJb  (^  (c^bj')  :>L«-.^j' 

\j  i^ — siA — lâ— >^   «XJUS'oi-jU?.!  |<\Ji5"cj»^à  «^bUAi»^ 

fjoj^  ^^^-aJ  JIjss  Ij  JU^  J^Vj^  ub^^  {S^y*j^  \àjtoS 
pt^-^  Ij  J:iXw^  aS^  xT^jâj  pb-^^^  vl/^^  {jj)^ 


208  MA1\S-AVRIL    1894. 

y^^^   (»OwU  ^à^)   (J%i:?3  v-i^  4^1;  V^'^  ^  *-Ç' 

^l^lj  ^2^4>w>^   U^UmJ    aKJUwj    l^iM  jt    «S^i^tâ^^^lMj^ 

jj!  uiAii^  cK^U^   (j|r^  aLS^ow-^jj  In  ^  ■#  ca^gj^ 


—  «  Lire  ^^.!  ?  M  a'^  ^^Tc:,^^.  _  7  m  jLS^.  —  »  «juftl^.  — 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  209 


(j^  4Jc-jî^y^  jyi»    (^  CiV^UaJ   ^Jj^^^  (*>^b)    5>^ 

(i(V-»M3   (cx-*Mi  C:5Vm)  (jJ^  P>^'^  4KAty  oi^liCU.1  ^^V^ 
^pN-)L^   Ly-AjU^Lw^   -D^>^X:S?Ty  pviS"l^K:>-   |rfV*«; 

^  ^j^;.    —   2    Ji^^  ^15'^f    j^Uip.    —    3    c;^wLjLrf.iû.    —    4    ^1   3;^ 


210  MARSAVUIL   1894. 

oci^^y    viLU^  ^b  a5"^  AS"'^5  0oOUi  iS^  ti^jM»  yHy 
U  ^tjj^  c;^-i^r^I J^3^  »U^  c:^l?  j:^  3'  t*^ 

»! w  *X_^b  U  cx-A-J  J^-^l  3'  ^  ^[)  ^^JJ^^^3 

^1^1^]  *X3;yiS-  vL:S2c>I   aS^CX^U^'T)^   JsjJ^^   *>S?W^ 
^iû.>..x^  v±.l;-A-X  S^^^k^    [pJ^y^^   Vj**  *A^l*3 


1  M  J|plJL«.  —  *  1  «Js^JLi.  —  *  M  •>;^ A*.  *^7^^;^  •  —  *  «^y^ • 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     211 
<^b  (:)^'  J^'  *  <^y«l^  *^  i^j^  Uû  *>ô^^ 

=^  4^^j>>?-?  c^^'^  ^)^^  c^bj^  b  py^y  *^*>sl? 

1;    i0^^3   0O;ld   c^JUs   b^'  iS^  ^y^MéjJ  L:^{<Xo   b  ^^w; 


j^  c;4Â.«M  AxiltXo  ^^^  c;A«M;â  (^<^.'  «^^l;  c;A««Mb  W^^ 
c;^^*Xi;  (jJ^J  *ii^*--  (:)'L>-^'  cAÂ-i«^  (^Jjl  Li^^X^  i^iA^\ 
iJ^J^J^  «  ^^•>^*>y^'^îP  U-jy«>w»  (jU^  \j}ù^  cH^ 
VV^5U.I  j^  b^'  ^W^  j'>^  J*^  l^  [b]  ^  *H^ 

jkJiâj   p^;-^  <iA-»M;^^^  (;rl^^'   CAJU»^   ^'*^^^   oUAiaAifti»!^ 


^  >^^i^.  —  *  Os^jUji. — 3  I  ^btxif^ -Usa.!  .  —  *  Mft.>^^. 


212  MARS-AVRIL    1894. 


y\<UA^  jbib  j\  JS\^  «xiU  J  j^ jbî^  j5i>  4-^.-.  ^^^ 

m 

\  kX»^  ftUu^  ^^1^  (^jÂ-J  ^3  *i:*-i«l  (jJ^t 

^  J.^  Vl^'  "^.^^^  c3-^^^^'^^  b^.  j'  l?  (c5^5)  (:rî^ 
f^VÂJçj  <^  ^U-aJjI  y  jJûfiNX^  »Jy^^  ô^y^  VW^I?  b^' 
jJû-J  5^  j-51  (lo  a)  XA-ÛJ^^j^  jî^^jC^  jl  ouU^ 
^W^  C5«^^  C:r?^J^  AXiT)»  jl^^A^Ï^  ii:A^]  C:^^jW'j^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  213 

a3  ^j^^  A>  g  Xwtf  L^  dLX«  J1A.M3  x^lfr  ^^vifr^ls  «Xi^jliXJ 

(«-ÂJÛJ3)   iù>:>\y^  îj  p>^   (^  c:*^^  ^^  ^  ^jUoI 

4p-*»*bC«  p^^y  »Ujl^  (aS^)  c^y  âj^TjS^,^  *xxU3 

Ljtà.^)  jL^i^  0M>â  j3  r^t>^  a3  <XJ|<Xj  «X-aAIoa^^  cj>j^^3 


214  MARS-AVRIL   1894. 

pj<2^  cxMâLMoJji»  }tj\i  j^,:^  yhA  ^Î3  ^^  cjU^t  J3I 

t^-x^3  Lbl^^^A^  V^  ^J^^  c:>^)^j  AAA<u»t  V^ 
AJL^  îj  cjU-^  ^^-Aà-ft  yLâo!  c:>ljûl©  Jô^b  ^jUtfSUj 

A-f^-x^  j^Uj  jU?^  u'^b-J  ^1**6)^  {j^S3  *>^î^ 


—  «  3^  Ij^  fjljXj  iS»^\^  l^\^  ^ô. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     215 
4>wÛ  J-Ào^  V^'3  i=>^*^  V^  <3)^  (>»*^  J'  j^^^»^  3yi 

A    y    fîfc  l,^  (ja^**->  e^l)lj  b^'j  <-^^l6*  c^W^I^  i^j^'j^3 

[•I  A    V    11  (iia)xji^j{  <^Uii^l  ^iJo  \j  Jo^3  <>yuM^ 
^t  (jIjJLjOj^^^^î  auS"' oiJib  j^iUj  :>3-^  ^Uaxll^ 


1  »jui.  —  ^  yis^îi  <^î^li  «T-^'r*  v5^  7?:>7î^  *^-  —  ^  >î«>^- 

—  '  ^y^yi  *jo^î  *Lacl  yl^  ^1  Ij  dL^yftj. 


210  MARS-AVRIL    1894. 


oi^^LJUi^  ^-is^j  ôUft  xT^iXAi  p^Aji^  JUl)  |<îJU(«j|  Jô 

vi^Uô  {-•Js^j'^jy  (:>?*^  U-^^  ov.*mI  g-^J»  ^UaJij!    (J>«l^ 


0 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     217 

4^jLà^^   A-ÂJûi^  C^^S*^^    1-^^9'ê^^J    «XÂJûâliXS^  %^  ^^^» 

cz-^-À-S^yJ^I  *>^^  :>jjs<Si  (^jj  J-»aj)  2^  ^3!  U^  yUy 

(e^t)  y!^^  ^^;»^3»  o^î^jl^j  Lr^>î-  c^^>l<i 

O^Uj  ^\^  (11b)  ^lôJ^t  py»  c:5vj^  ^U:>  duUjii  j!^ 

U*5^-SS2  3  y^-J^-^  cMj^   JyLi.  y   »4X-^  ji:^^  *^p^ 

j>,x,^A,j  ^owmLamj)  ouyi^  ^  <Xjl^j^3  ^  4X3U  0^1^ 
Owjy  ^3-^  (Jl-«I)  j.5^.  J^^  Ui^J  (^J  b  Joi^ 


III.  1 5 


rio^ttr 


218  MARS-AVRIL   1894. 

fO-Uj  ^^J^^  xi^  Ij  J^,jJbjl  S^y^'j^  b  '^^pJju*3 
»L&i)  ^l.^A«j  <>JUtj)  j^  â>^  <i«A»x*  c]>>>aa*3  <>>^» 

OUL-^tj!  ^^Uû^-i-i-  j^j  c:>^Lsl  joÂJ  AX-y^  JU- 
Uft)Hi.^j:>  Oi^jO^  j    cx-i*.àj  Js?!>  *^  ^j\j\^  ùjS' 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    119 
JL^X  ^  iCT «XJL^wl»  çjXJS^ 0,^M,0ê  £P«^jU««u  MiX^ 


jUj^Âi-*,!^  (:>HY?  j'  <5jW^  (»<-Û6L  ^t)^  4>oU^y^ 
3I  *i  c;^!  4i^j  Juï^l  yUj,  (^j*  ^^S^  ^yl^l  yl^ô 

*3l4X*.l  (s^à^^  ^^y^ji  (j**3'  *S"n4%ilj^]  ;5ltK»3 
ub^b-?  uUh^  i^3  ^  ^U  yVAàb^  «t^U^3  j^A^fii^ 

J^JL«  If  kSj^  a5s>T|»5^  <>^U;i  J^  C:)l>t  «>'JV  ^jl^ 


*  «îvûs^ 


13. 


220  MARS-AVRIL   1894. 

Os     À    À    5"ax.i><^   tj   gJOuS^JU^jk^  «XJiJ^jlf  I;  «Oui) 


\)^\^  aX.3Ll^  A.3  «^.Mfj  oucAJU 


l<\AiL  uu^  A-*o  b  r ^-^  ^  ^'  ^^^^  ub'  *^^3  ^  ouxûy 

'  ju^  l<vôU  yLûvJ  313. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     221 

ffyjm  yjLkjk9^  (12  i)  cj^jjto  Ailîrf.  ^jÙol  (.:aawU^  ^iXJ^I^t^ 

J^JC-5  [a^^§UX^3  ouAS^^U  ^51^  dL,:>)i  ^i 

r 

^jb^^O*  jj  y^  j.5i:>3  4X3^  (^^  ^j^  ^yj^ i::9b^[xj» 

*^-^^>*(3)  ^ly^l^  u*0'  u-^^  ^W-j^3  ^^y^3  ^>îr* 


^ii  MARS-AVRIL  1894. 

JU  ^^  ,#%  X,T>  AÂ^  y>^3  ^3^  *^^  li^  a^.' j^33 

j^-p,à,Â<bt  ^-^r^j^*Ko  xr*>ws?T*KiO^  t^<<^W^ 

3  j.l^*t  ^jLjS;^\  ^î^L^-  -J4y^>  £**>*  4^!^  »Uâ4^ 

iX^j^  I^U^  ji^Ui  i^j^  ^Wv^  ^^  3  *^^  «^'  uW* 

j\6u*Xi.3  ^j3  t)''^'^^  t^î;-*»'^  0*^3  ^^^(3)  ^^3* 

^j)  »àt^  |.>^  ^M^  xJLjT^I  |<Ub  'yl  (j^3  :»l^  ca^Uï 
«X^tj^  àSj^^  «XjU  ^3>a:^  ^:^^^«*^  b  «X^l>â»*  A*<  «^U 

5   i£»ï^  jj^.  _  0    I  ^^^  ^^  j^_ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     223 
<;m  ir  i\  X  \ê  ^pui^  i^J^y  «XJ^  ^  U^jyf  ^^1   JjÙMéu» 

t>l^>  tib'  X*  *i:*-*H^  e>b^  ^^^3  (*>^J^:i^l-»^)  ^^y 

CA^ j^  »JSI  J^  ( Jbo)  ç3^  lï  ^ Jo*>w4To^ Jo  t^l^t 

À^KjLii  cjjr^^y  45*N?>*  C:>'  t^l>3  A^*X^^;  t^'^  V^lr* 

(j^3 y  ^^^-*3  ^jl-^^  ^ii*^*;  u^->  "^^^  *^J^  C^3 
*  ja3l^  ^^à  o.,yu  (^jvJU  (aS')  :>^  Js>U  xTj^^i 


«*^  t^;ï  U^ï  •^^^-  —  *  oô^too.  —  '•'  OsJLJl^. 


22/1  MARS-AVRIL   1894. 

0^-L-.^3^  ^  *$W-^3  *^^--^j  u^  ^^^^'  f*^  *l^4  *^ 
-Wl^t  «LôuL^  aS^^xjI^Xj  o^lJ^j.i  (tvAj'U  /w:») 


^^M  ^  d)^  ^U  JtJ^t  (aT)  :>yf  (Xa-  i^'cx^T 
j)  JliXol  ^^La«  c^|;j^  ^3  oJOwwjâ  |A>j  c: 

b  uj  u'  (S'^^'^^ {j)j^^  (S^y^*  *N)l^3  4^*^^^^3l^* 


*  Jô^^'.  Le  membre  de  phrase  XSlift^,  etc.,  est  interverti  dans 
1  et  vieut  après  «XJu5'w^,  mais  uu  renvoi  rétablit  l'ordre  exact  qui 
est  celui  de  M. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  225 
^*X-33^Jj  cSAj^^xyJ  a5^  4«Ai>>l.^  à^  ^1^  C^«3^^J  ^^^3 

b  i^^^j^b^  u;  j^l;^  iS^o^t  (jU^^  ':>^4j  oc?jy 

y  «Xjo  aS^ocmI  |«^^x>«  c^b  c3^^  b^  (^>N«^  <^H^«|0 
^^UftLû  '  ^jU^  aS':)^  ow^j.^  a$  ^uT[3]  *x.Ui.L, 


'   U'3 


226  MARS-AVRIL   1804. 

(j^J  A^'J^  *>yH03  »^  C*»!;^  *)>^  v-ifti*  4^(^^4â3^ 
JoliU,  i^yCôJ  y»:>;^^  (  JH^Iô^^^yoîtf.)  o^l  ôlyil 

(3)  ^j^\  OHObUj^  j^UL  yUilj  Jy^^ 

J^L  ^^U:^.  AX--MÙJ  ^jU  00^3  UJ^-*^  a*'M  W* 

i^LAJL.^  iS'^jj  »jfTjS^:>  JsîU  i»tyi»-|  L>3W>> 
'^  J^l  (iLT JOlJ^)  ^  ^>6.^^  u^-î^  <^ 

(^2^^  *^Tlï  o^^Li  ôJ<àéJ  *  «X^Ui  jl(jA^3  *>^b3 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     227 

^y  »  ■  .liMi    ft^l^  OcJUL^â^  Jw^lâ  O'^^'^  ^^^Â^l   iiS^  ^j^ 

UdJU-^l^  ^  *^>î^  (  vif  (:^U^  )  à^isf'd^^J^  I^UJ^ 
uX*^^  <i:L>>^  »U:>U3  ^*>sj  v^*^'  ^>3  *>^-*^  ((:^0 

^  ^^^.  —  «5  yyï!3  ;.L£t.  ---  '  W  j*i^  -  «  j:^  c^yi  t^.  — 


228  MâRS-AVRIL   1894. 


^  (:^Wâ  '^;^3  «xxâLû  JU.  Aa».  3  ouTjt  (^ûcâ^ 
^  AS^t)'^  ^C:53^->  ooLiU,  (^*>o)  <iwA^T^}t3\j^  3I 

^  ^^^  ov.^r^jL«  3  j.^3  ov^U  JÀ&I33  ^^b^^  j5^«k^  l»b 
yi^J^  ^^^\^3  y^3  ou»*H^b  U^  pb  (j^Ov  <^ 

OUA-J^    A^^Jcil    ^^\j>    U    0JJ^1^    (j^^t    (0^1)^^ 


Ouoyuj.  —  *  I  vsouLô.  —  5  M  ajoute  Ji^  ;j«^)3«   —  *  y^**h 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  231 

>^  sjkA^jjOo  dto^s^lj!  t^Tci^Jy  »S'{ù^y>)  igUoL 
^;5"  <>s!lf  iMi  Ç4d^  (j^l  til>>- j>l  îjU  cu^xToô^jr 

^)jJj\    JO    A^i«>HS^  Oiy^JUJÛ  jUm*^3    UmJÎ^^       £^^ 

â)3  L^  J^3  f^^'-^j^  f-^^j  '^^^  ^^^^'  r>^  b^ 


230   .  MARS-AVRIL  1804. 

^  dLXdâ  â»^  ^sj^^  b^^  «xi<xx  ^Uo  ovMMij^^  ^ir 

5^-i.L  (i5  a)  ^jjL^y  vj-^  [jô.:wt*X^  jô]^  dJSf^ 
c:>;^.^io  ifJkéât^J^  oim^UI^  oûLâ^  FosiLiâ^-^l  c^Ui^Uâi^ 

Hj  oc^ij^  J>U  yïOy  aJjÎ^  ^jù^3  CUi^Ja  j5 
yU)  ^^\j^:>  j^ ^i^^  b  oJ*?  cjàbuM  t^Uo^  \jJS' 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     231 
»0yM-j3*V?  ^t0^s?-ljt  C;^TouJy  aS'(:»^)  ^gUoL 

:>jS'  ^\f  JJLî  Ç4d^  (j^l  ti!>>- J>l  tjU  cuJ. 


â)>  Uô  J:>3  f^^^-^j^  f-^^J  '^^^  ^^^^'  r>^  b^ 

(j^  JuU  14*3  (^1;3  *  i>^^  aJ^I  (^^  Ut  >;I*X3  Jl^3 


232  MARS-AVRIL   1894. 


b  ^  3yi  v,^-.»^^  J^  J^^  5*X43  ^^j3  SjS' 

<X-JiL  5*X--jS^  ^  i±»:>L:w  j\rjjjy  J,t  "^  ^^^^  ^^^  ^^^^ 
ov-^j-ft   (^1  JLa^  ^Lao  U  UI   Js?U;i3  A«JLm  (:3^â^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     233 

^I^X-Aji-i,,!  9^jj^  ^ly  Iju*^^^  (.>^)  »^^i?  u*>^ 

j^  d^U^3  ^^J^ yj-i  ^  f«^î^  (16  «)  (<>^Ui  ^■::*^ 
III.  1  6 


234  MARS-ÂVRlL   1894. 

Ow-wJ;   iXa».  c>j5'^^l<ijj^   sLm  i^:>^  (T^^^  ^ï***^»*» 

\yS.  ^UaJuyJl    ft>^  >J   Jouit    |*Js^   ;^   ^6^  Osit    AxtS" 

^Lc5)l  |*<X^  (si^^  ^^  JUI  »:>jJt  ^  A^UiiJt  |»4X£  (j^3 
A^  j^-ûl,  J^i»  x^^  [^^L*^  LeJLi  ^îtjj^!  »àj^  ^ 

^J\  oi^uM^^-JL^I  (j^  (^^-j^  U^  xà^Jôl  (j>^  «>JiX»  A/^ 
(2>^-£^)  c:Uuft  CA^j3  p3j  ^^  4,^^  4-Jlaj  *5>Ai5' 

^^  «jL  jjïioT^  xû^  sÙytjS' i^iA^^ ^j^  (J^A?^3  ^1^ 


^    »3^^  C:;,?'   r?;'^3;  J-^ •  —  '   c:*^!?^^-.   -   '  3  «^^J 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     235 
^jl?  *jl;  CJ^U^I^  «>wL2uâXj  |y&U;:>L  »:>UiM;i5  4>û«>s^ 


»  ^^^  ^^3.    —    »  *5'.    --3   jCsîj^  00LXJL5'.   —   *   ^  J4-*,. 


16. 


236  MARS-AVRIL   1894. 

AJL^j,^    l,  ^^   »U  pliXil^   ôLfH*:.  yJ^  JUAS^  t-^sxW 

c>^,M.„y  ^1;  oJS^  Jo^3b^  f«^^j^  ^^'jyi  ^=^ 

/uA^  AMI  c;,!^  4-Jlk  al  (^1  ^.iji^^\j^\  *^T 
3I  jl   >^-^  J^    ^   >  A.^  »l;  j^  JUU.  te.  jl<)ji;  bUa 


y  (cjv-*w*  cM-ft^)  (:jv-X-^  j^t^j^^^jk.  l*  ^Uwl  <^l^3 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     237 

^3!^  ^yS"  Jji3  JyuMj  j-^^  ^^5^^  ^  »:>^  Uoî  4-^^* 
^^  b  ôLA-il  -Lc^  (joU.  »Jyt^  ^Uwl  jà  iU-jl  fjs^ 

^^^-^H»!-^'   u'*^  0^)-?  oiw»**^3  ^.^^  (*^J   ^^)  u' 

>^Mé       HiSJîé    \JkyÀju9    ^2>w«^    «X^    AXâw3     Sw^U    A3 

LacL^J^   »UJyi3  b^^^:>  (ijv^j  t^àîî'  ^jy^  ^®0^^>r 


238  MARS-AVRIL  1894. 

*Ka^  ovâaW  ^i:*'»^^  <r*^^>  *^^^  <€>A^  »UJ^  j* 
j^^X^ji  îjb  ^^^  j:>  I;  y  »0^J  3ljj^  [^]  J^l  3lf3 

^^UiA^  «5^U»£^^  r^t^  c>jU«  jl  j^l;^  |*IaxjI^  ObiL  àUj 

*X^L»«^-x^  b'*^  j5>*  c^W^  Jô^^  (iJvJC-nj^  t)^3^^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     239 
(j>Jb;i  «S^L^  ^y^  Jô:>b  oi^4>o  j^*  ^U^  ^  ftJôlâJ 

(I;)  c>-«U.3  ^jTc>^lj^3  ^  (j^  (17  ^)  OôJ^  uUa^ 

A-Jl3Ty   ôb  jgl<T^oi.^.*^T^I  2»^^i  f«^î''^3  JsJuJi 


i<>JûwMUÔ  v.jUi)^  "  (««i^  f'^^^  yi  ^  «XJuC^   /tf\» 


u  ^r,  i;;>3Ujc-*  c^j»6:>j  ^-^^yi  *^'y  J^W  ®cv^ 


: *    fÂ^*.    ^    La  y^,    •    U3  c^^i    ci>^  *T**^  >«î^5'    '    ^ 

J^Uj.    —    •  OwôLJ  C>^3  yiîLc  JcJdf .    —    •   •>!•>  j5Crf.>  <i;3^  ^iUï}  L». 


240  MARS-AVRIL   1894. 

^>?  ^'*>^^  (j»H^  LT.^^  c:>;^à^  *>^^"5^  *>^3  *-*-«<> 


ï  c»^4  5^.  —  «  003^  ^  j^^  j*^3'>  t7^^3'  —  '  M  ajoute  z 
ajoute  :  ooLf^.  —  «  J^^JîjI^.  —  '  ^r^'v»  v^'  ciUjol  ^•>3. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     241 
i(Jl^^Awt  x5^ôjJ:>jj  ôJJo  xiiôlf  Jy^  (18  a)  jsjJ:>jS' 

c^-^^j)  <:r?^^  A^'j^  ^c^'*>^  j'  [^^^J>î^  *>^i5^J 


5 


243  MARS-AVRIL  1894. 

ylAjî  ^»$y}  f^^J  ^yi  l>  t.  ylAUàb   *  QjO^^   (j^ 

C3U  Ul  4^*x-j^Lx-»»*^  yjc-^^  ^1)^3  o*^y^  t)!;*^'^^ 

xJ  (18  2»)^  4^L^  ^\^Mt  M  «>o^)  ^^^jl^  ^  c^l^^^^ 
[*x«£?-]  A3  U^^3  i^y^^  (S^.y^  *^b  ^^.;^3  *î:;>'*-^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     243 
i^|^3  I^Uts  aC^Ll^  U^Ia^^  (^>«><^t^  ^j^^ij  ^^^^3 

If  4^^^  iy^L  A,.AMJ^t   x5^(^l;   ffJyO^  S^;^^  J^J> 
lO^JUit^   JUUL^âJl^  I^^Lx-^   ^l^tf^XJU^  l;^!  aS" 


?44  MARS-AVRIL   1894. 

x-ÛH^  aJjU^  (^^.;^)  *N?Lo  ^{^  |.ljjJ!  ^IAjÏ  j^3 
U>-^  ^*x-j  *x.ô-*^  *>^^^  »:>^aaU  y^b-!^  (5^j 

pjjj  dLXuÇ  b-^HS^l^  u^^  *(:^  ^^y^  U^  t*^^ 


1  M  ajoute  :  j.^  y)  (^  ^Ij?,.  —  «  vW-  ;J3-  —  '  ;**^  «*^-  -- 

'    CX^^Xw  ^jCxwM»   (jtjO. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     245 

^^^  ^^u^Sy,  lyU^I;:^  aT^^UoU  i^ô^  (jyiUa. 
^,.— I  ..^.J^  j\  y^JUCt  ^yS'^\j:>  .jU^  xSî^^j  ^^:>^ 


OiXAjg^  (5;jl«>ôlf>   »S^ ^j\^  ^y  OiijC*^  ov^lâ  4X^l^3 
*^^^>-?  <^^  pH»'3  «^^-5  wiLÂ^3  4^^!^  ^ô  j  c:»;^^ 

j^^  c«>*^  [u^' j'  b]  u"^^  ^^3  alr^J^  *^ 

(^^r^j^^)  c;.M»«^  ci^ljLj  »J^  ^jLU,  Lft;^  0^  ^J^^ 


'j5>. 


246  MARS-AVRIL  1894. 

jâ  aJLîU^  ft^^  j^«yo  I^jIa^  ft^l^  àUjl^  U;^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  247 

jmyj^yjjj   ç^j.^    ^Lc*    ^S^J.lej^    0»^«X.^   CljàU^^ jJLÎ. 

CX-Â.J  *lLd  ^à  >^^-^  4-^-Ud3  jJo  X&.  :>^i  ^U  4^3 


248  MARS-AVRIL   1894. 

owix^3  d^i^^^  4^^ua*3^  ^^JLà 


M  ^ 


c^s-Mj^  jL^-*^  »:>Lyj  v.A^^  (j,.ftJ^  J^^îo)!  *1U 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     249 


5U1L.  ,j— Jt  jJl?  ^^Ut  jj^l^ 


J 


^  sj'^'.  I  a  en  réalité  ft^^yU,  correction  incomplète  de  iJ>c  ou 
III.  1 7 


250  MARS-AVRIL   1894. 

^>wj   A  J»  <wn   <»  |*tt^  ocdCj^  AJ    (34>wo  4KJIJ3  ^,,^*^«^  AxJL^ 
;^  )«>J-ft-»  t^;--»N^*Xy^   t   ^jLl*-^   ^LU^    OlJib    ^jl)j1 

(La  suite  au  prochain  cahier,) 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  251 


DESCRIPTION  DE  DAMAS. 


TRADUCTIONS  DE   I/ARABE, 

PAR 

H.  SAUVAIRE, 

CORRESPONDANT  DE  L'INSTITUT 


PREFACE. 

L'ouvrage  dont  nous  offrons  aujourd'hui  la  traduction  aux 
amateurs  d'épigraphie  et  d'archéologie  musulmanes  est  entière- 
ment consacré  à  la  ville  de  Damas.  11  n'a  pas  sans  doute  l'im- 
portance (jue  présente  pour  l'Egypte  et  surtout  pour  le  Caire 
la  Description  que  Maqrizy  nous  a  laissée,  œuvre  colossale, 
source  intarissable  de  renseignements  historiques,  archéo- 
logiques et  géographiques ,  à  laquelle  ont  puisé  nos  plus  gran/js 
orientalistes,  depuis  l'illustre  S.  de  Sacy.  Ebn  Dôqmâq,  le 
maître  de  Maqrizy,  nous  a  légué  aussi  une  description  de 
Mesr  et  du  Caire ,  partie  qui  subsiste  seule  d'une  œuvre  im- 
portante que  le  célèbre  historien  parait  avoir  ignorée. 

Il  n'a  été  entrepris  que  des  traductions  partielles  du  Khétat, 
Ce  travail  de  longue  haleine  aurait  dû  tenter  un  groupe  d'ara- 
bisants et  serait  venu  occuper  une  des  plus  belles  places  à 
côté  du  Dictionnaire  des  hommes  illustres  d'ebn  Khailikân ,  des 
Prairies  (Tor  de  Mas^oûdy,  des  Prolégomènes  et  de  Y  Histoire  des 


252  MARS-AVRIL    1894. 

Berbers  d'ebn  Khaldoùn,  des  Voyayes  d'ebn  Batoùtali,  et 
autres.  Mais  ce  qui  n'a  pas  été  fait  pour  les  deux  gros  tomes 
de  Maqrîzy  pourra  l'être  plus  facilement  pour  le  volume  d'ebn 
Doqmâq,  qui  comprend  en  tout  263  pages  seulement  ^ 

La  traduction  qui  va  suivre  a  clé  faite  sur  le  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale,  supplément  arabe  n°  2788,  dont  une 
copie  intégrale ,  sans  nulle  variante ,  se  trouve  en  la  possession 
de  M.  Ravaisse.  Deux  manuscrits  du  même  ouvrage  existent 
au  Britlsh  Muséum  :  l'un  (or.  3o35)  semble  conforme  à  celui 
de  Paris ,  car  il  contient  les  mêmes  fautes  de  copiste  ;  l'autre 
(add.  i8533)  parait  beaucoup  plus  correct.  11  est  daté  de 
l'année  979  de  l'hégire  et  est  d'une  très  fine  écriture  à  la 
turque ,  se  rapprocliant  un  peu  du  tcâliq  des  Persans.  Enfin  la 
Bibliothèque  de  Vienne  en  possède  aussi  un  exemplaire ,  du 
fonds  Kremer*. 

L'auteur,  ^abd  El  Bàset  el  ^elmawy,  naquit  en  l'année  907 
de  l'hégire  (Comm.  17  juillet  i5oi),  puisque,  comme  il  nous 
l'apprend  lui-même  (f*  ^o  r"),  il  était  âgé  de  quatorze  ans 
en  921.  C'est  à  cette  époque  qu'il  prononça  sa  première  hhot- 
beh  (prône  du  vendredi),  en  présence  de  son  père  et  de  plu- 
sieurs émirs.  Quelques-uns  des  assistants  lui  firent  des  cadeaux , 
en  l'engageant  vivement  à  se  consacrer  à  la  prédication.  Mais, 
bientôt  après ,  la  guerre  qui  éclatait  entre  les  Mamloûks  Cir- 
cassiens  et  les  Ottomans  obligeait  sa  mère  à  se  réfugier  à 
el  Qar^oûn  avec  sa  ilUe  et  son  gendre,  qui  était  originaire  de 
cette  localité,  ^abd  el  Bàset  revint  avec  eux  à  Damas  en  928 
et,  deux  ans  après,  par  suite  de  la  mort  de  son  père  qui  s'était 
démis  de  ses  fonctions  en  sa  faveur,  il  devint  le  prédicateur 
attitré  de  la  grande-mos([uée.  «  Ma  barbe  avait  poussé  » ,  dit-il. 
Son  père  était  le  chaykh  Charaf  ed-din  Moûsa  el  ^elmawy. 
l'un  des  principaux  icmoins  de  Damas  charges  d'éclairer  la 

'  Nous  devons  rimpression  du  volume  rrcbn  Doqinâc{,  publié  en  1893, 
au  zèle  (klairé  de  S.  E.  Yacoub  Arlin  Pacha,  Minislrc  de  rinstruction  pu- 
blique en  Egypte. 

*  Je  liens  les  renseignements  qui  pr^^'è  Icnl  de  robligeancc  de 
MM.  H.  C.  Ka\  et  Max  van  Berchem. 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  253 

religion  du  juge  sur  la  véracité  de  ceux  qui  rendaient  témoi- 
gnage ;  ces  témoins  juridiques  portaient  le  nom  de  mo^addel. 

^abd  El  Bàset  dut  atteindre  un  âge  assez  avancé ,  si  Ton  tient 
compte  des  dates  qu'on  rencontre  dans  son  Mokhtasar,  Son 
continuateur,  le  chaykh  Mahmoud  ebn  el  ^adawy,  ne  nous 
donne  pas  la  date  de  sa  morf^ 

Le  manuscrit  2788  est  assez  fautif;  l'écriture,  bonne  dans 
la  première  partie,  devient  très  mauvaise  ensuite.  La  fm  est 
pire  encore.  Les  trois  copistes  nous  ont  laissé  leurs  noms.  La 
copie  a  été  achevée  le  1 1  djoumâda  2*  de  l'année  1286  (sep- 
tembre 1868).  Elle  est  donc  toute  moderne.  Elle  se  compose 
de  43  feuillets.  Les  fautes  dont  est  émaillé  ce  manuscrit,  le 
seul  que  j'aie  eu  à  ma  disposition ,  eussent  rendu  mon  travail 
bien  difficile,  si  M.  Schefer,  de  l'Institut,  le  savant  orienta- 
liste  qui  administre  l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales  vi- 
vantes, n'était  venu  à  mon  aide,  avec  son  obligeance  accou- 
tumée, en  mettant  à  ma  disposition  —  qu'il  me  permette 
de  lui  en  exprimer  ici  toute  ma  gratitude  —  le  précieux 
manuscrit  lui  appartenant,  unique  en  Europe,  qui  contient 
l'ouvrage  dont  ^abd  El  Bàset  a  tiré  son  Abrégé,  le  Tarihik  et- 
lâleh  ou  irchâd  eddârès  par  Abou'l  mafàkher  Mohiy  ed-dîn  en- 
No^aymy  (ou  en-Na^imy).  Le  manuscrit  de  M.  Scheler,  d'une 
jolie  écriture  courante  moderne,  très  nette  et  facile  à  lire, 
n'est  pas  exempt  de  fautes  de  copiste.  Mais  les  erreurs  des 
deux  manuscrits  se  corrigent  les  unes  les  autres,  si  je  peux 
m'exprimer  ainsi.  J'ai  d'ailleurs  adopté  de  préférence  la  plu- 
part des  leçons  qui  m'étaient  fournies  par  en-No^aymy.  Outre 
les  biographies  des  professeurs  et  autres  personnages,  cet  au- 
teur nous  donne  parfois  des  détails  topograpliiques  suppri- 
més par  ^abd  El  Bâset,  qui  se  borne,  en  général,  à  emprunter 
les  citations  d'ebn  Chaddéd,  sans  presque  jamais  le  nommer, 
et  à  reproduire  à  l'occasion  des  extraits  du  Dictionnaire  biogra- 
phique d'ebn  Khallikân.  En-No^aymy,  au  contraire,  puise  à  de 
nombreuses  sources  ;  sous  sa  plume  reviennent  à  chaque 
instant  les  noms  d'ebn  Katir,  du  fds  du  qâdy  de  Chohbeh , 
d'ebn  Chaddâd,  d'ed-Dahaby  et  d'une  foule  d'autres  chroni- 


254  MARS-AVRIL   1894. 

queurs  ou  auteurs  de  biograpliies.  Hàdji  KJialifah ,  en  mentîoo- 
nant  son  ouvrage,  avec  ï Abrégé  (U,  p.  427),  n'indique  pas 
Tëpoque  de  sa  mort,  non  plus  que  celle  de  ^abd  El  Bâset, 
qu  il  ne  faut  pas  confondre  avec  son  homonyme  ^abd  £1  Bàset 
ebn  Khalii ,  le  banalité,  mort  Tannée  920  de  Thëgire. 

En-No*aymy  fut  un  peu  le  cofitemporain  de  Tabréviateur  du 
Tanhih  et-tâleb,  mais  il  le  précéda  de  plusieurs  années  dans  la 
tombe,  puisqu'il  arrive  à  l'auteur  du  Mokhtasar  d* ajouter  à 
la  liste  des  professeurs  des  noms  dont  le  premier  ne  ùài  pas* 
mention.  En  parlant  de  Taqy  ed-din  Abou  Bakr,  connu  sous 
le  nom  de  fds  du  qàdy  de  ^adjioûn ,  qui  résigna  sa  chaire  en 
895 ,  le  premier  fait  suivre  cette  mention  des  mots  :  «  Que 
Dieu  le  conserve  en  vie  !  » 

Un  autre  auteur,  Mohammad  ebn  Gliâker,  mort  en  764 
(Comm,  21  octobre  i362),  nous  a  conservé  dans  son  grand 
ouvrage  intitulé  ^oyoun  et-laivârikh  (les  Sources  des  Chro- 
niques) d'intéressantes  notices  sur  la  topographie  de  Damas. 
On  en  trouvera  la  traduction  à  la  suite  de  celle  du  livre  d*el 
^elmawy,  bien  que,  eu  égard  à  l'ordre  chronologique,  elle 
eût  dû  la  précéder. 

Viendront  enfin  quelcpics  extraits  du  manuscrit  arabe  828 
de  la  Bibliothèque  nationale ,  contenant  :  1  **  Tohfat  el  anàm 
jïfaMîl  ech'Châm,  par  Chams  ed-din  Aboul  ^abbâs  Ahmad 
ebn  Mohammad  el  Bosrâwy,  et  2"  Nozhat  el  anâmjï  mahàsen 
ech-Châm,  qui  a  pour  auteur  Abou'l  baqà  *abd  Allah  ebn 
Mohammad  el  Badry,  ed-Démachqy  \ 

Quand  on  étudie  les  traductions  faites  par  les  orientalistes 
les  plus  éminents  tels  que  S.  de  Sacy,  Quatrcmère,  de  Siane, 
Defrémery,  pour  ne  citer  que  ceux  qui  ne  sont  plus ,  on  est 
frappé  de  l'impossibilité  où  l'on  se  trouve  de  reconstituer 
sûrement  en  ses  lettres  arabes  un  nom  propre ,  par  exemple. 

'  Hâdji  Khalifah  mentionne  le  premier  (II,  p.  328)  et  dit  quil  fut  com- 
}H)sé  en  ioo3  [Comm.  6  septembre  i5g^);lc  second  le  fut  vers  Tan  900 
(f6. ,  VI,  p.  32  3).  Cf.  S.  de  Sacy,  traduction  de 'abd  El  Latif,  p.  57^,  et 
Quatrcmère,  Mamloâks ,  II,  277. 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  255 

Cet  inconvénient  m'a  amené  à  adopter  un  système  de  tran- 
scription ,  grâce  auquel ,  ce  me  semble ,  toute  confusion  de- 
viendra impossible,  en  permettant  néanmoins  aux  non-ara- 
bisants de  ne  pas  s'y  arrêter. 

Tout  le  monde  sait  que  certaines  lettres  de  l'alphabet  arabe 
ont  leurs  équivalentes  en  français;  mais  il  en  est  d'autres  qui 
ne  peuvent  être  représentées  exactement  qu'à  l'aide  de  signes 
de  convention  auxquels  le  lecteur  doit  être  préalablement 
initié  ;  car  chaque  traducteur  a  les  siens.  Voici  ces  lettres  ;  en 
regard  de  chacune  d'elles  figure  la  lettre  de  notre  alphabet 
servant  à  la  représenter  au  moyen  de  l'un  des  signes  auxquels 
j'ai  fait  allusion^  Quant  à  la  lettre  ^,  l'usage  le  plus  répandu 
parmi  les  orientalistes  (et  le  plus  logique)  est  de  la  traduira 
par  une  espèce  d'esprit  rude  des  Grecs  (*),  rappelant  un  peu 
la  manière  dont  les  Arabes  la  prononcent. 

^  =  Dj,dj.  Ifi>  =  T,  t. 

^  =  H,  h.  là  =  £,  z. 

^  =  Kh,kh.  C  =  ^'*~ 

i  =  P,  d.  ^«Gh,gb. 

J;=:Ch,ch.  v5  =  Q»q- 

^  =  S ,  s.  ^  =  W,  w,  ou. 

Les  voyelles  sont  représentées  comme  suit  : 

^    par  a,  quelquefois  e. 
^    par  0 ,  on  et  rarement  en  ou  u. 
""7"  par  e,  quelquefois  i. 
!   "     par  d. 
^— 1—  par  où, 
iS-^r-  par  t  ou  y. 
5—^-.  par  aw  ou  aou, 
i&-^—  par  ay. 

'  A  Texception  du^ ,  du  ^ ,  du  ^ ,  du  ^  et  du^ ,  qui  n*en  ont  pas  besoin. 
--Je  supprimerai  le  plus  souvent  les  signes  distinctifs  du  (2^  dansqàdy; 
du  h. ,  dans  hanafite ,  hanbalite ,  H ,  ou  Hàdjy,  et  du  Kh ,  dans  Kh ,  ou 
Khalifah ,  Khallikân  ci  chaykh ,  qui  reviennent  si  fréquemment. 


256  MARS-AVRIL  1894. 


L'ABRÉGÉ  DU  DÂRÈS" 

PAR 

LE  CHAYKH  *ABD  EL  BÂSET  EL  ^ELMAWY, 


(Foi.  1  v").  Au  nom  de  Dieu  dément  et  miséri- 
cordieux ! 

Louange  *  à  Dieu ,  le  maître  de  Tunivers.  Que  la 
prière  et  le  salut  soient  sur  notre  seigneur  Moham- 
mad,  le  sceau  des  prophètes  et  des  envoyés,  sur  sa 
famille  et  ses  compagnons,  bons  et  purs,  prière  et 
salut  jusqu'au  jour  du  jugement  dernier. 

Or  donc,  ceci  est  un  petit  livre  ^  dans  lequel  j'ai 
abrégé  louvragc  intitulé:  Tanbîh  et-tâleb  ou  irchâd 
ed-dârès^,  dû  au  très  docte  Mohiy  ed-dîn  Aboul  ma- 
fâkher  en-No*aymy,  le  châfé^îte ,  que  Dieu  lui  fasse 
miséricorde  ! 

Je  Tai  disposé  en  onze  chapitres  [bâb)  et  une  con- 
clusion [khâtémah)  ^. 

Chapitre  I.        Sur  les  maisons  ( d'enseignement  )  du  Qor'ân. 

Chapitre  II.      Sur  les  maisons  (d'enseignement)  de  la  tra- 
dition. 

**  C'est  le  nom  qu'on  donne  aussi  à  Damas  à  cet  ouvrage. 

^  Je  transcrirai  en  caractères  plus  gros  ce  qui,  dans  le  texte 
arabe ,  est  écrit  à  l'encre  rouge.  —  Les  chiffres  renvoient  aux  notes 
qui  figurent  à  la  fin  de  chaque  chapitre. 


Chapitre  III. 

Chapitre  IV. 

Chapitre  V. 

Chapitre  VI. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  257 

Sur  les  madraseh  (collèges)  des  imàms  châ- 
fé^ites. 

Sur  les  madraseh  des  imams  hanafites. 

Sur  les  madraseh  des  imâms  mâlékîtes. 

Sur  les  madraseh  des  imâms  hanbalîtes. 
Chapitre  VIL    Sur  les  madraseh  des  médecins. 
Chapitre  VIII.  Sur  les  khânqâh  (couvents). 
Chapitre  IX.     Sur  les  re64|  (hospices). 

Sur  les  zâwyeh  (chapelles). 

Sur  les  turbeh  (mausolées). 

Sur     les     djâmé^     (mosquées -cathédrales, 
grandes  -  mosquées  ) . 


Chapitre  X. 
Chapitre  XL 
Conclusion. 


J  y  ai  ajouté  des  choses  importantes  **.  C'est  de  Dieu 
que  j'implore  i  assistance  et  la  direction  vers  le  droit 
chemin.  Il  me  sufiGt.  Quel  excellent  procureur  ! 

'^  Le  ms.  de  Londres  Add.  i8335  ajoute  :  Mais,  à  cause  de  leur 
abondance,  j'ai  renoncé,  si  ce  n'est  rarement,  à  les  indiquer. 


258  MARS-AVRIL   1894. 


CHAPITRE   PREMIER. 


SUR  LES  MAISONS  (d'ENSEIGNEMENT)  DD  QOR»An. 

La  maison  la  khaydariyeh  *.  —  Au  nord  de  la 
maison  (d'enseignement)  de  ia  tradition  la Safcorryefe, 
aux  Qassain  ^  (les  fabricants  d'écuelles).  Elle  fut  con- 
struite par  le  qâdy  en  chef  Qotb  ed-dîn  el  Khay- 
dary  Abou  1  khayr  Mohammad  ebn  Mohammad  ebn 
'abd  Aliali  ebn  Khaydar,  ed-Démachqy,  le  châfé^te , 
le  Mfez^,  l'année  878  [Comm.  29  mai  1/173).  Il 
lui  constitua  des  waqfs  très  productifs  '',  ainsi  qu'à 
[sa]**  tiirbehy  [contiguë  à  ia  Mandjakiyeh],  (située) 
au  quartier*  de  ia  mosquée  des  Mouchés,  et  à  d  autres 
établissements^.  Né  à  Damas  en  Tannée  82  1 ,  îl  gran- 
dit orphelin  sous  la  tutelle  de  sa  mère,  apprit  par 
cœur  le  Qor  an  et  le  Tanbîh  ^,  travailla  à  acquérir  la 
connaissance  de  la  tradition  et  étudia  la  jurispru- 
dence sous  [Taqy  ed-dîn]  le  fds  [du  qâdy]  de  Choh- 
beh  ^^  et  autres.  11  est  l'auteur  de  divers  ouvrages 
parmi  lesquels  sont  les  suivants  :  Les  Classes  des  Châfé- 
^îtes^^,  un  commentaire  de  YAlfiyeh  d'el^irâqy^^  et  un 
commentaire  du  Tanbîh.  En  fait  de  fonctions,  il 
exerça  celles  (de  professeur)  à  la  maison  (d'enseî- 

'  Je  placerai  entre  crochets  les  passages  fournis  par  le  ms.  de 
M.  Schefer  ^!  w^UJI 
'  Mal'dleh.  ' 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  259 

gnement)  de  la  tradition  ÏAchraJiyeh,  de  ivakil  (pro- 
cureur) du  trésor  public,  de  secrétaire  de  la  Chan- 
cellerie ^^  et  de  qàdy  des  Châfé^îtes.  Il  mounit  Tannée 
894  [Comm,  5  décembre  1 488)  et  fut  enterré  [dans 
sa  turbeh]  au  Caire. 

La  maison  (d'enseignement)  du  qor'ân  la  Djaza- 
RiYEH.  —  Quelqu'un  a  dit  qu'elle  était  dans  la  rue 
de  la  pierre  ^'^.  Elle  fut  constituée  en  waqf[en  l'année 
834]^^  par  le  très  docte  Mohammad  ebn  Mohammad 
[ebn  Mohammad  ebn  Yoûsef  Cham§  ed-dîn]  ebn  el 
Djazary,  châfé'îte,  professeur  de  lecture  qor'ânique 
et  traditionniste.  Il  naquit  [la  nuit  du  (vendredi  au) 
samedi  2  5  ramadan  de]  l'année  ySi  {Comm,  11 
mars  1  35o)  à  Damas,  où  il  étudia  la  jurisprudence 
et  s'adonna  à  l'étude  de  la  tradition  et  des  [différentes] 
manières  de  lire  ^^  (le  qor'ân) ,  sciences  dans  lesquelles 
il  se  montra  supérieur.  Il  fut  désigné  une  fois  pour 
la  charge  de  qâdy  de  Damas  et  son  diplôme  fut  écrit 
par  'émâd  ed-dîn  ebn  Katîr;  puis  un  accident  étant 
survenu,  il  ne  fut  pas  achevé.  Ebn  el  Djazary  se 
rendit  au  Caire  à  plusieurs  reprises.  Il  avait  de  la 
fortune  et  de  l'éloquence.  Il  mourut  [dans  les  pre- 
miers jours  de]  Tannée  833  **. 

La  maison  (d'enseignement)  du  qor'ân  la  Dola- 
MiYEH.  —  Près  de  la  Mârédânlyeh^'^y  [au  pont  blanc ^ 

**  Le  ms.  d'en-No'aymy  donnant  les  dates  en  toutes  lettres,  ce 
sont  celles-là  que  j'adopterai  de  préférence.  Elles  sont  indiquées  en 
chiffres  dans  le  ms.  de  'abd  £1  Bâset.  Ici  Tannée  est  823. 


260  MARS-AVRIL   1894. 

au  côté  oriental  de  la  grande  rue  qui  y  mène],  h  la 
Sàiéhiyeh  de  Damas.  [Elle  renferme  la  turbeh  du 
fondateur.]  Elle  est  connue.  Elle  fut  construite  par 
le  Khawâdjais  le  rajs  ech-Chéhâb  Aboul  'abbâs] 
Ahmad  ebn  [el  madjlès  ^^  el  Khawâdjéky]  Zayn  ed-dîn 
Dolàmah  ebn  *ezz  ed-dîn  Nasr  Allah ,  el  Baghdâdy ,  el 
Basry,  [un  des  notables  Khawâdjéky  s  de  Syrie],  et 
constituée  par  lui  en  waqf  Tannée  84 7. 

Je  ûirai  °  :  «  U  y  institua  un  imâm  (directeur)  avec 
un  traitement  (ma^/oum)  de  cent  derhams;  un  gar- 
dien [qayyem]  avec  un  traitement  pareil  (fol.  2  )  et 
six  faqîrs  étrangers  émigrés ,  occupés  à  lire  le  qor  an , 
et  à  chacun  desquels  il  était  alloué  trente  derhams 
par  mois.  L'imam  organisateur  établit,  entre  autres 
clauses,  qu  un  chaykh  serait  chargé  de  faire  lire  le 
qor  an  aux  susdits  et  qu'il  recevrait  pour  cela  une 
somme  supérieure  de  AÔngt  derhams  au  traitement 
fixé  pour  les  fonctions  d'imâm;  quil  y  aurait  [dans 
Técole  située  au  dessus  de  la  porte]  six  orphelins,  à 
chacun  desquels  il  serait  également  distribué  chaque 
mois  dix  derhams,  et  placés  sous  la  surveillance 
dun  chaykh  jouissant  d'un  traitement  mensuel  de 
soixante  derhams.  (11  y  avait  encore)  un  lecteur  d'el 
Bokhâry,  pendant  les  trois  mois,  avec  cent  vingt 

'  Comme  on  le  verra  au  fol.  4 1  «  les  remai*ques  faites  par  'abd 
El  Bâset  sont  précédées  du  mot  u>ii  «j'ai  dit»,  que  je  traduirai 
par  «je  dis»,  et  celles  que  précède  fe  mot  Jyîî,  «je  dis»,  que  je 
rendrai  'par  «je  dirai»,  ont  été  ajoutées  à  \ Abrégé,  par  le  chaykh 
Mahmoud  ebn  Mahmoud  el  'adawy.  —  Cependant  ici,  tout  ce  qui 
est  relatif  à  Timâm ,  au  gardien ,  etc. ,  se  lit  aussi  dans  en-No*aymy. 
Le  mot  J^it  est  donc  une  addition  maladroite  du  copiste. 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  261 

(leihams  de  traitement;  un  nâzer  (inspecteur)  dont 
le  traitement  était  fixé  à  soixante  derhams  par  mois 
et  un  agent  Çâmel)  rétribué  à  raison  de  six  cents  der- 
hams annuellement.  [L'organisateur]  fixa  une  somme 
annuelle  pareille  pour  Thuile  ;  cent  derhams  de  chan- 
delles pour  la  lecture  d'el  Bokhâry  et  la  récitation 
des  prières  des  nuits  de  ramadan  [tarâwih);  pour 
ceux  qui  étaient  investis  de  fonctions,  quinze  ratls^® 
de  hahva ,  et  deux  brebis  destinées  à  la  fête  des  sacri- 
fices; pour  chacun  des  orphelins,  une  robe  [djeub- 
bch)  de  coton,  une  chemise  de  même  étoffe  et  un 
mouchoir.  Il  institua  aussi  un  lecteur  de  leçon  reli- 
gieuse (mfddj^Ue  mercredi  de  chaque  semaine,  avec 
trente  derhams  par  mois.  Une  clause  imposait  aux 
fonctionnaires  (de  rétablissement)  fobligation  d'ap- 
prendre par  cœur,  matin  et  soir,  un  hezb^'^  d'ebn 
Dâoûd,  qu'ils  devaient  réciter  après  la  prière  du 
matin  et  celle  de  faprès-midi  (Wr).  C'était  fimâm 
qui  devait  faire  la  lecture  d'el  Bokhâry  et  était  chargé 
de  lire  (le  qor'ân)  sur  la  tombe  du  fondateur.  Le 
gardien  était  à  la  fois  portier  et  mouadden  (celui  qui 
l'ait  l'appel  pour  la  prière).  » 

C'est  là  ce  qu'a  mentionné  ebn  Toûloûndans  son 
livre  (intitulé)  el  Qalâïd  el  djawhariyeh  fi  tarîkh  es^ 
Sdléhiyeh^, 

Ensuite  (le  Khawâdja  Ahmad)  mourut  le  18" 
moharram  de  Tannée  853  (i3  mars  1^99),  âgé 
d'environ  quatre-vingts  ans. 

"  Notre  texte  dit  le  i5. 


2Ù2  MARS-AVKIL   1894. 

Le  premier  qui  exerça  dans  cette  maison  les  fonc- 
tions d'imam  [imâmeh)  et  de  supérieur  [machikhah) 
fut  Chams  ed-dîn  el  Bânyâsy  '^*.  La  lecture  du  tniâd 
fut  confiée  à  Chams  ed-dîn  ebn  Hâmed. 

Un  auteur  raconte  ainsi  la  cause  de  la  construc- 
tion de  la  DolÂmiyeh  :  le  Khawâdja  Ibrahim  factfarîte 
ayant  édifié  au  pont  bUmc  une  madraseh  qui  n  avait 
pas  sa  pareille  et  où  il  avait  fait  faire  des  cellules 
(khalàwy) ,  un  homme  de  la  société  du  Khawâdja 
ebn  Dolâmah  lui  en  demanda  une  par  Tintercession 
de  ce  dernier.  Or  il  ne  lui  donna  pas  la  cellule  qu'il 
avait  sollicitée,  mais  une  autre  qu'il  n'accepta  pas. 
«  Dis  au  Khawâdja ,  lui  répondit  le  Khawâdja  Ibra- 
him ,  d'édifier  une  madraseh  pareille  et  de  t'y  con- 
struire une  cellule  comme  tu  la  désires.  »  Cette  ré- 
ponse fut  portée  à  ebn  Dolâmah  et  la  nuit  ne  se 
passa  pas  qu'il  n'eût  tracé  l'emplacement  et  pris  les 
mesures  de  son  école.  «Je  n'ai  voulu  par  là,  dît  le 
Khawâdja  Ibrahim,  que  l'exciter  à  faire  une  bonne 
œuvre.  » 

La  maison  (d'enseignement)  du  qor'An  la  Rièchâ- 
'lYEH.  [Dans  la  rue  des  Khozaîtes,  au  nord  de  la 
khânqâh  la  Soinaysâtiyeh ,  à  la  porte  des  nâtéfânym^^. 
—  Elle  fut  construite,  vers  les  4oo,  parRéchâ  ebn 
Natif 26  ebn  Mâchâallah,  AboulHasan  ed-Démachqy, 
professeur  de  lecture  qor'ânique.  Il  naquit  [à  Dârayâ] 
yers  l'année  ijo""  et  mourut  Tannée  44 A  [Comm, 

"  Xoln;  texte  porte  38o. 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  ^63 

3  mai  loSs).  H  était,  que  Dieu  lui  fasse  miséri- 
corde !  savant  dans  les  dififérentes  manières  de  lire 
le  qor  an  et  particulièrementdans  celle  d'ebn  ^âmer^'', 
pour  laquelle  il  était  considéré  comme  méritant  la 
plus  grande  confiance.  (La  maison)  elle-même  a  dis- 
paru et  a  été  englobée  dans  une  autre.  Il  y  a  appa- 
rence qu  elle  est  Ylkhnâïyeh ,  que  construisit  le  qâdy 
en  chef  de  Damas,  Chams  ed-dîn  [Mohammad], 
fils  du  qâdy  Tâdj  ed-dîn  [Mohammad,  fds  de  Fakhr 
ed-dîn  ^otmân],  el  Ikhnây,  le  cliâfé^îte;  il  y  fut  en- 
terré [en  radjah  de]  Tannée  816  [Comm,  3  avril 
i4i3).  [La  porte  de  la  khânqâh  la  Sornaysâtiyeh 
était  autrefois  ici  ;  puis ,  sous  le  règne  de  Tâdj  ed- 
dauleh  Totoch  et  avec  la  permission  de  ce  prince , 
elle  fut  transférée  au  vestibule  de  la  grande -mos- 
quée omayyade ,  où  elle  se  trouve  actuellement]. 

Je  DIS  :  «  n  y  a  apparence  que  la  porte  de  la  chaîne, 
connue  sous  le  nom  d'en-nâtéfânyîri,  tire  sa  déno- 
mination du  susdit  Natîf  et  il  est  probable  que  Mâ- 
châailah  ^^  est  Tastrologue,  auteur  des  Jugements.  ^ 

La  maison  (d  enseignement)  du  qor  an  la  Sendja- 
RiYEH.  —  Vis-à-vis  de  la  porte  septentrionale ,  appe- 
lée en-nâiéfânyin  y  de  la  grande -mosquée  omayyade. 
Elle  fut  construite  par  [un  des  marchands  les  plus 
probes  et  les  plus  honnêtes]  le  Khawâdja  [*alâ  ed- 
dîn]  ^aly  ebn  Isma^l  ebn  Mahmoud,  es-Sendjâry^^*. 
Il  mourut  subitement  àMesr  *  [la  nuit  du  (mercredi 

*  Le  copiste  a  intercalé  ici  «l'année  735  ». 

*  Au  Caire,  suivant  en-No*ayiny. 


264  MARS-AVRIL   1894. 

au)  jeudi   i3   djoumâda  a'*  de]  Tannée  ySS,  que 
Dieu  lui  fasse  miséricorde  ! 

Je  dis  :  «  Elle  communique  avec  ma  maison  au 
moyen  dune  porte  que  j  ai  ouverte  dans  un  mur 
qui  les  sépare;  toutefois  elle  a  conservé  son  entrée 
particulière.  » 

La  maison  (d^enseignement)  du  qor  an  la  Sâbgô- 
NiYEH.  —  (Fol.  2  v°)En  dehors  de  [Damas,  au  sud 
de]  la  porte  d'elDjâbyeh^^;  elle  est  connue; (elle  est 
située)  à  Touest  du  grand  chemin  et  du  tombeau 
(mazâr,  lieu  de  pèlerinage)  d'Aws  ebn  Aws^^,  que 
Dieu  soit  satisfait  de  lui!  [Elle  renferme  une  belle 
mosquée -cathédrale  avec  minaret,  dans  laquelle  se 
célèbre  la  prière  du  vendredi,  et  la  turbeh  du  fon- 
dateur, de  son  frère  et  de  leurs  descendants.]  EUe 
fut  construite  par  le  Khawâdja  Chéhâb  ed-dîn  Ahmad 
ebn  ^2dam  ed-dîn  Solaymân  ebn  Mohammad,  el 
Bakry,  ed-Démachqy,  connu  sous  le  nom  d'ebn  es- 
Sâboûny.  11  en  commença  Tédification  [dans  le  mois 
de  rabî^  i*'  de]  Tannée  863  et  Tacheva  [en  chabân 
de]  Tannée  868.  Il  y  fut  enterré. 

[Il  bâtit  aussi  vis- à- vis  dudit  édifice,  versTorient, 
une  école  pour  dix  orphelins ,  auxquels  un  chaykh 
était  chargé  de  faire  lire  le  qor  an ,  et  qui  touchaient 
(concurremment  avec  Timâm,  le  gardien,  les  mou- 
addens,  etc.)  des  traitements  déterminés  à  prendre 
sur  des  revenus  divers  ;  c'étaient  entre  autres  les  sui- 
vants :  un  certain  nombre  de  villages  sis  à  Touest  de 
la  ville  do  Bayroût,  administrés  par  Témir  du  Gharb 


DESCRIPTION   DE    DAMAS.  265 

et  connus  sous  le  nom  des  Sâboûniyeh;  —  le  vil- 
lage entier  de  Madyara,  dans  la  Ghoûtah,  faisant 
partie  du  Mardj  septentrional;  —  le  village  de  Tar- 
hîm,  dans  le  Béqâ\  un  feddân  et  demi;  —  au  vil- 
lage d'es-Souwayrah ,  quatre  feddâns  ;  —  à  el  Qar^oûn. 
faisant  partie  duBéqâ\  son  quart;  —  au  village  de 
Kohayl,  dans  le  Hawrân,  la  quantité  de  six  feddâns; 
—  au  village  d'el  Khyârah ,  au  sud  de  Damas ,  un 
feddân  et  demi;  —  au  village  de  la  Sabinah  occi- 
dentale, un  feddân  et  demi;  —  au  village  de  Bayt 
el  abyâr  [.ou  Bayt  el  abâr,  dans  la  Ghoûtah  ) ,  un  champ 
[mazraah)  connu  sous  le  nom  d'es-Sayyâf;  —  au  vil- 
lage de  Djarmânâ  (dans  la  Ghoûtah),  le  quart  d*un 
jardin;  —  au  Wâdy  inférieur,  un  jardin  connu  sous 
le  nom  d'el  Wattâb  ;  —  au  village  de  ^ayn  Tarma 
[ou  ^ayn  Toûmâ,  dans  la  Ghoûtah),  un  jardin;  — 
au  village  de  Saqba  (dans  la  Ghoûtah) ,  sept  parcelles 
de  terre;  —  au  village  de  Hammoûriyah  (dans  la 
Ghoûtah),  un  jardin;  —  au  village  de  Barzah  (dans 
la  Ghoûtah),  plusieurs  jardins;  —  au  village  de 
Djoûbar  (dans  la  Ghoûtah),  quatre  jardins;  —  au 
Nayrab  supérieur,  plusieurs  jardins;  —  sur  le  terri- 
toire del  Mezzeh,  quatre  jardins;  —  au  village  de 
Kafar  Soûsya,  quatre  jardins;  —  sur  le  territoire  de 
Qaynyah,  trois  jardins.  Quant  aux  constructions 
couvertes ,  tant  à  Tintérieur  qu'en  dehors  de  Damas , 
c'étaient  entre  autres  :  le  khân  de  Baqsamât;  à  ayn 
Louloueh,  une  salle  [qâ^ah);  à  la  Débâghah  (la  tan- 
nerie), une  boutique;  à  la  grande  ^oqaybeh,  quatre 
chambres [tébâq);  àla^oqaybeh  également , le  khân  de 

m.  18 


LMtalVktlB    iatioxalb. 


206  MARS-AVRIL   1894. 

Toûloûn;  au  marché  de  ^omârah  el  Yakhnây,  trois 
boutiques,  en  commun  avec  les  deux  nobles  harams; 
au  quartier  de  la  mosquée  des  roseaux,  six  boutiques  ; 
dans  le  voisinage  de  la  grande-mosquée  omayyade, 
deux  salles  ;  dans  le  voisinage  de  Thôpital  de  Noûr  ed- 
din,  quatre  chambres;  dans  le  voisinage  de  Damas 
[sic),  une  chambre;  à  la  Qadmâiiiyeh,  quatre  bou- 
tiques;  à  la  porte  d'el  Djâbyeh,  six  boutiques;  au 
quartier  du  marché  de  Vair,  un  khan;  au  quartier  de 
Qasr  el  Hadjdjâdj,  un  khan  et,  par- dessus,  une 
chambre  à  louest  de  la  nakhlet  eMawUeh  (le  haut  pal- 
mier); au  sud  de  la  grande-mosquée  de  Hassan,  une 
boutique.  Yoûsef  er-roûmy,  mandoûk  du  fondateur, 
constitua  en  outre  en  waqf  :  à  Touest  du  Mosalla  des 
deux  fêtes,  dans  le  voisinage  du  jardin  du  Sâheb;  un 
jardin  ;  au  village  deKafar  Soûsya ,  un  pressoir  à  olives  ; 
une  salle  contiguë  à  la  mosquée -cathédrale  et  aux 
deux  turbeh  précitées  et  surmontée  d'une  chambre , 
et  une  autre  salle,  au  sud  de  la  précédente  et  sup- 
portant deux  chambres.] 

La  maison  (d enseignement)  du  qor'ân  la  WadjÎ; 
HiYEH.  —  Au  sud  de  la  madraseh  la  ^sroûmyèh  et 
de  la  Masroûriyeh  et  à  Touest  de  la  Samsândyeh  [la- 
quelle est  au  nord  de  la  Khâtoûniyeh.  Sa  porte  s'ouvre 
sur  la  ruelle  de  cette  dernière].  Elle  fut  constrjuite 
par  Wadjîh  ed-dîn  ebn  el  Monadjdja  Mohammad 
ebn  *otmân^^,rimâm,  le  ra'ys,  lechaykh  desHanba- 
lîtes,  [Aboul  ma'âly]  ed-Démachqy,  et-Tanoûkhy. 
Il  naquit  Tannée  63 o  [Comm.  i8  octobre  lad^),  et 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  267 

mourut  [en  cha^bân  de]  Tannée  yoi  [Comm.  6 
septembre  i3oi).  C'était  un  personnage  important 
{sadr),  très  vénéré,  religieux;  ii  possédait  de  la  for- 
tune et  faisait  un  grand  commerce.  Il  professa  à  la 
Mesmariyeh ,  et  fut  investi  de  Tinspection  (nazor)  de 
la  grande-mosquée  omayyade,  à  ce  que  je  crois  *^. 
[Il  construisit  aussi  un  réhâi  à  Jérusalem]^*. 


NOTES  DU  CHAPITRE  PREMIER. 

^  ^^JLxj*.  —  Cf.  sur  l'eïpression  AïJLa:^  la  ftole  de  M.  de  Slane 
dans  son  Dictionnaire  biographique  d'ébn  Khaliikâii,  I,  p.  55  et  374. 

^  Voici  la  mention  que  fait  de  cet  ouvrage  Hâdji  Khalîfah,  II, 
|).  427  :  <  Tanbik  et-iâleb  oïl  irehôded-dàrès  fl  ma  be  Démachfi  men  el 
djawdm^oa  el  madàrès ,  pal*  Mohiy  ed-dîn  AboU'i  mftfâkher  en-No*aymy 
(en-Na*îmy,  Flùgel),  le  châfé*îte,  et  son  Abrégé  par  le  chaykh  *abd 
el  Bâset ,  le  hhattb ,  ed-Démachqy.  L'ouvrage  est  divisé  en  onze  cha- 
pitres et  une  conclusion.  » 

^  L'expression  t  Chapitre  final  »  ou  «  de  clôture  *  serait  préférable 
à  «  conclusion  »  >  l'auteur  ne  concluant  Hen ,  maiè  traitant  un  sujet 
différent. 

*  M.  Waddington,  de  Tlttstitut,  à  relevé  sur  le  marteau  de  la 
porte  de  ce  collège  l'inscripticm  suivante  (n" 434  de  ma  collection): 
«  De  ce  qui  a  été  fait  sur  la  porte  de  la  madraseh ,  pour  la  maison 
I  que  j'habite ,  et  qui  fut  construite  par  la  noUe  Excellence  le  mawla , 
«le  qâdy  el  Qotb  (Qotb  ed-dîn)  ebn  el  Khaydary,  le  qâdy  en  chef, 
«que  Dieu  étende  sur  lui  ses  ombres  (sa  protection)!» 

^  C'est  dans  ce  quartier  qu'habitait  Qotôz,  alors  qu'il  était  l'es- 
clave d'ebn  ez-Za*îm.  Cf.  la  Biographie  de  Qotoz  dans  le  Fawàt  el 
wafayât,  II,  i65. 

'  On  sait  que  ce  titre  dé  «  qui  sait  par  coeur  ■  est  donné  à  ceux 
qui  savent  pér  cœur  le  qor'ân. 

'  ï^\^ .  Mais  le  ms.  d>fi-No*amy  porte  ïjb ,  leçôfl  qui  est  à 
préférer. 

18. 


268  MARS-AVRIL   1894. 

"  En-No'aymy  mentionne  en  outre  une  cuisine  à  bàb  el  fca^âdis , 
et  la  cuisine  des  Banou  'odsiveli  à  Médine. 

•  H  s'agit  ici  de  l'ouvrage  intitulé  Et-Tanbili  Jî  forou  ech-Chafé- 
'ijeh  (sur  les  principes  dérivés  du  droit,  selon  le  rite  châfé'ite), 
par  le  cliaykh  Abou  Ishâq  Ibraliîm  ebn  *aly,  mort  en  l'année  476 , 
puisque  el  Khaydary,  ainsi  qu'on  l'a  vu,  fit  un  commentaire  de 
cet  ouvrage.  Sur  le  Tanbili  d'ebn  Ishâq,  cf.  H.  KfaaL,  II,  p.  43o. 
Le  bibliographe  cite  le  commentaire  d'el  Khaydary  (qu'il  nomme 
en  plusieurs  endroits  el-IIaydary),  p.  436-437  du  même  volume, 
et  dit  (ju'il  l'intitula  Madjma'  el  \'achchâq  *ala  tawdih  Tanhili  ech- 
chaylik  Ahi  Ishàq. 

^°  Le  qady  Taqy  ed-dîn  Abou  Bakr  Ahmad  ed-Démacbqy,  châfélte , 
connu  sous  le  nom  de  Fils  du  qâdy  de  Cbohbeb,  mourut  en  Tan- 
née 85 1  (Comm.  19  mars  1447).  ^^  ^^^  l'auteur  d'ingénieuses  an- 
notations au  Tanhih.  Cf.  II.  Kbai.,  II,  p.  436.  —  tChohheh,  ville  da 
Hawrân».  Maràsed. 

**   Tabaqât  eck-châfeiyeh.  Cf.  H.  Kiial.,  IV,  p.  i44. 

"  A  Ifiyet  el  'iràqy,  sur  les  principes  des  traditions ,  par  le  chaykh , 
l'imâm ,  le  (làfez  Zayn  ed-dm  'abd  Er-Rahîm  ebn  el  Hosayn ,  el 
'iràqy,  mort  en  l'année  806  [Comm.  21  juillet  i4o3j.  H.  Khsd., 
I,  p.  4 16.  —  Pour  le  Commentaire  d'el  Khaydary,  même  Vo- 
lume, p.  418. 

"  On  peut  voir  sur  la  ^^|  iôU5^»  Quatremère,  Mcanloâks,  I, 
p.  1 1 9 ,  et  11 ,  2'  p. ,  p.  222  et  3 1 7. 

'*  Darb  el  hadj(u\  Cette  rue  est  mentionnée  par  ebn  Cbâker. 

^^  D'après  le  hâfez  ebn  Hadjr  (en-No'aymy,  fol.  2  v"),  et  œpen- 
dant  ebn  el  Djazary  mourut  en  833  ! 

^"  B  (c'est  ainsi  que  je  désignerai  le  ms.  de  *abd  el  Bâset,  Suppl. 
arabe  n"  2788)  porte  «I^JlJI;  N  (qui  représentera  le  ms.  d'en- 
No'aymy  appartenant  à  M.  Schefer)  écrit  c:»JlJUl. 

^^  Dans  B,  le  copiste  a  écrit  ici  la  M drediniyeh ; mA\s  elle  est  ap- 
pelée plus  loin  la  Mdrcdàniyeh. 

^*  D'après  Khaiil  Dâhéry  (ms.  suppl.  ar.  n®  921),  ce  titre  tenait 
le  septième  ou  avant-dernier  rang  parmi  ceux  que  donnaient  les 
bureaux  de  la  Chancellerie  dans  la  correspondance  adressée  aux 
sujets  de  l'empire  (fol.  43  v").  —  Il  semble  correspondre  à  cdui 
iVéfendi  chez  les  Ottomans.  Aujourd'hui  Khawâdja  signifie  simple- 
ment «  monsieur  »  et  ce  nom  ne  se  donne  guère  qu'aux  Européens 
en  Syrie  el  en  Egypte.  Au  Caire ,  on  prononce  Kkawâga.  —  N  écrit 
Kliawâdjéky. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  269 

*^  Khaiil  Dâhéry  nous  apprend  (fol.  A3  v°)  que  les  titres  jJL^ 
Ji^i)!  ^ill,  jLa^ill^ULJ!,  jLa^ilJ  Ul^  et  ^UJI  g^l  occupaient 
le  même  rang  dans  la  correspondance  de  la  Chancellerie.  —  Cet 
auteur  se  trouvait  à  Damas  en  l'année  83 1  de  l'hégire. 

^  Le  ratl  de  Damas  se  composant  de  600  derhams  =  i^853,88, 
il  en  résulte  que  chacun  des  employés  supérieurs  recevait  plus  de 
27  kilogr.  de  halwa  (pâte  faite  avec  du  sucre  et  du  miel  et  que 
tous  les  voyageurs  en  Orient  connaissent  bien). 

^^  Cf.  Quatremère,  Mamloûks,  II,  2*  p.,  p.  42.  — Ce  mot  fait  au 
pluriel  mawÔLid. 

^  Section  (dans  le  qor'ân,  chacune  des  soixante  en  lesquelles  il 
est  divisé). 

^  Chams  ed-dîn  Ahou  *ahd  Allah Mohammad  ebn  *aly  ebn  Touloûn , 
ed-Dcniachqy,  et  aussi  surnommé  ech-Châmy,  es-Sâléhy,  mourut  l'an- 
née 953  [Comm.  à  mars  i546).  H.  Khal.  cite  de  lui  de  nombreux  ou- 
vrages, mais  il  ne  fait  aucune  mention  des  Qalâïd  el  djawhariyeh. 

^*  C'est-à-dire  natif  de  Bânyâs  (Panéas).  —  nBânyâs ,  village  ou 
petite  ville  près  de  Damas ,  au  pied  de  la  montagne  située  à  l'ouest 
de  cette  ville,  et  dont  on  voit  le  sommet  couronné  de  neige.  Bânyâs 
produit  des  limons  et  des  citrons.  »  Marâsed. 

-^  Le  copiste  a  écrit  bâb  en-nâtjjin,  —  Cette  porte  est  mentionnée 
sous  le  nom  de  bâb  en-natfânjin  par  ebn  Batoûtah,  traduction 
Defrémery,  I,  p.  210.  Le  célèbre  voyageur  ajoute  que  c'était  la 
porte  septentrionale  de  la  mosquée  omayyade.  Il  existait  aussi  un 
quartier  de  ce  nom. 

^*  N  écrit  partout  Nazif,  —  D'après  el  Asady,  il  s'appelait  Réchâ 
ebn  Nazîf  Abou'l  Hasan  ebn  Dâoûd  ed-Dârâny.  —  aDârayâ,  grand 
village,  un  des  villages  de  Damas,  dans  la  Ghoûtah.  On  y  voit  le 
tombeau  d'Abou  Solaymân  ed-Dârâny,  qui  est  connu  et  visité  par 
les  pèlerins.  »  Marâsed. 

^^  Il  est  fait  fréquemment  mention  des  sept  lecteurs  du  qor'ân. 
Leur  liste  dans  l'ordre  chronologique  serait  comme  suit  [Dict.  biogr., 
IV,  289)  :  ebn  'amer,  ebn  Katir,  'âsem,  Abou  *amr,  Hamzah,  el 
Késây  et  Nâfé*. 

Ebn  Katir  (Abou  Ma'bad  'abd  Allah)  mourut  à  la  Mekké  en  l'an- 
née 120  [737-73%]  (Biographical  dictionary.  H,  20,  et  en  Nawawy, 
363  ).  —  'âsem  (Abou  Bakr)  ebn  Abî'  n-Nadjoûd  Bahdalah  mourut 
à  el  Koûfah  l'année  127  [744-7^5]  [Biographical dictionary,]!^  1). 
—  Hamzah  ebn  Habib  ezZayyât  naquit  à  el  Koûfah  et  mourut  en 
l'année  i56  (772-773),  àHolwân  (Biographical dictionary,  I,  478). 


270  MARS-AVRIL  1894. 

—  Abou'l  Hasan  *aly  ebn  Hamzah  ebn  *abd  ^ah  ebn  Bahman  ebn 
Fîroûz«  surnommé  el  Késây,  naquit  à  el  Koûfah;  il  mourut  à  er- 
Rayy  l'année  189  [8od-So5]  (Biographical  dictionary,  EL,  239).  — 
Nâfé'  ebn  'abd  Er-Uahman  cl  JVIadany,  originaire  dlsbahân ,  mourut 
à  Médinc  Tannée  169  [786-786]  [Biographical  dictionarj^Ui,  S22, 
et  en-Nawa\vy,  p.  588). 

"  M.  Sédillot  fixe  vers  l'année  169  (776)  i'époque  où  vivait  Tas- 
trolo^e  Màcbâaliab. 

^  c  Sendjàr,  ville  célèbre  faisant  partie  des  districts  du  Djazîreh , 
au  pied  d'une  montagne ,  à  trois  journées  d'el  Mawnel.  1  Marésed. 

^^  flbn  Batoûtab  dit  (I,  221,  2  23)  que  Damas  a  huit  portes, 
mais  il  n'en  mentionne  que  quatre  :  la  porte  d*elfarâdis  (des  jardin3  ) , 
celle  d'el  Djâbyeh  (du  bassin'  )  »  cdle  appelée  bâb  es-taghir  (la  petite 
porte)  et  la  porte  orientale  [bâb  charqy)  près  de  (à  la  suite  de)  la 
porte  d'el  Djâbyeh. 

^^  Avfs  ebn  Avirs  et-Taqafy,  le  sahâby  (compagnon  de  Mahomet], 
vint  se  fixer  à  Damas ,  où  se  trouvent  sa  mosquée  et  sa  maison  dans 
la  rue  des  hommes  tués  [darb  el  qatla)^  ainsi  que  son  tombeau  (en- 
Nawav^y,  168].  Il  mourut  l'an  59  de  l'hégire. 

Ce  tombeau,  situé  près  de  bâb  es-sayhir,  porte  l'inscription  sui- 
vante (n°  6o5  de  ma  collection):  «Au  nom  de  Dieu,  etc.  —  Ceci  est 
c  la  tombe  do  l'illustre  sayyed ,  le  sahâby  Aws  ^n  Aws  et-Taqafy,  le 
«  compagnon  de  l'envoyé  de  Dieu ,  que  Dieu  le  bénisse  et  le  salue  ! 
«Cette  tombe  (je  lis  ^^  au  lieu  de  ^j^b]  a  été  reconstruite  («>ûOh.) 
«dans  le  mois  de  cha*bàn  de  l'année  1060»  (i65o). 

^  Moudjîr  cd-dîn,eu  faisant  mention  de  la  madraseh  la  fVodjt- 
hiyeh  à  Jérusalem  (traduction  Sauvaire,  157),  l'appelle  Wadjîh  ed- 
din  Mohammed,  fils  de  'otmàn,  fds  de  Sa'd,  fils  d'd  Mendjâ  (ou 
cl  Monadjdjâ). 

'  a 

^  iuAMOh.,  que  je  considère  comme  synonyoae  de  1^,  se  retrouve 

UQ6  autre  fois  plus  loin  (fol.  la  v"}. 

^  Q  s'agit  sans  doute  de  la  madraseh;  Moudjîr  ed-din  ne  pwrle 

pas  de  rébât. 

*  £2  E^iek  n'a  pas  ici  le  sens  de  bassin,  mais  déngne  le  village  dt  ce 
nom  »  dépendant  de  Damas. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  27* 


CHAPITRE  IL 


SUR  LES  MAISONS  (d'ENSEIGNEMENt) 
DE  LA  TRADITION  [hADÎt). 

La  maison  (d  enseignement)  de  la  tradition  l'Agh- 
RAFiYEH^  —  Voisine  de  la  porte  orientale  de  la  ci- 
tadelle, au  couchant  de  la  ^osroûniyeh  et  au  nord  de 
la  Qaymâziyeh  hanafîte.  C'était  une  maison  (appar- 
tenant) à  lemir  [Sârem  ed-dîn]  Qaymâz  ebn  ^abd 
Allah,  en-Nadjmy^,  qui  y  avait  un  bain.  Elle  fut 
achetée  par  el  malek  el  Achraf  [Mozaffer  ed-dîn] 
Moûsa  ^,  fds  d'el  ^âdel.  Ce  prince  la  bâtit  comme 
maison  (d'enseignement)  de  la  tradition;  il  démolit 
le  bain  et  en  fit  une  habitation  pour  le  ohaykh  chargé 
dy  professer.  Cela  eut  lieu  Tannée  628  {Comm.  9 
novembre  1 2  3o).  Elle  fut  achevée  en  deux  ans. 

Je  dis:  «  Ebn  Karir  mentionne  dans  ses  Tabaqâf^ 
qu  el  Achraf  y  confia  aux  Châfé^îtes  les  fonctions  de 
professeur.  » 

El  Achraf  établit  ebn  es-Salâh  ^  en  qualité  de  su- 
périeur [chaykh)  de  cette  école,  qui  fut  ouverte  Tan- 
née 63o,  la  nuit  du  milieu  de  cha^bân.  Le  chaykh 
Taqy  ed-dîn  ebn  es-Salâh  y  dicta  ^  du  hadîL 

Il  s  y  trouve  une  sandale  {ndl)  du  prophète,  que 
Dieu  le  bénisse  et  le  salue  !  Elle  était  auparavant 
chez  Timâm  Nézâm  ed-dîn  Abou  1  ^abbâs  Ahmad  ebn 


272  MARS-AVRIL   1894. 

*otmân  ebn  Abî'l  hadid,  es-Salîmy  [oa  es-Solaymy) , 
né  à  Damas  Tannée  5 60  {Comm.  1 8  novembre  1  1 64)- 
H  avait  reçu  celte  sandale  en  héritage  de  ses  aïeux. 
El  Achraf  l'honorait  et  l'avait  en  vénération  à^  cause 
d'elle.  Il  espérait  la  lui  acheter  et  la  déposer  en 
quelque  lieu  [makân)  pour  être  l'objet  de  pèleri- 
nages. Mais  Nézani  ed-dîn  ne  consentit  pas  à  la"!lui 
vendre.  Il  lui  accordait  généreusement  d'en  couper 
un  fragment;  ce  qu'el  Achraf  refusa  dans  la  crainte 
que  ce  ne  fût  un  acheminement  à  la  destruction  (de 
cette  relique).  Plus  tard  le  prince  lui  donna  un  fief 
et  lui  assigna  un  traitement.  Les  choses  restèrent 
ainsi  jusqu'à  la  mort  de  Nézâm  ed-dîn  en  Tannée 
625  [Comm.  1  2  décembre  1  227).  Il  légua  la  sandsde 
à  el  Achraf,  qui  la  déposa  dans  la  maison  (d'ensei- 
gnement) de  la  tradition  y Achrafiyeh.  On  dit  que 
c'était  la  sandale  (du  pied)  gauche  et  que  celle  du 
pied  droit  était  conservée  à  la  madraseh  la  Dammâ- 
ghiyeh,  où  elle  resta  jusqu'à  Tépoque  de  Tîmoûr 
(Tamerlan).  Quand  il  entra  dans  Damas,  il  les  prit 
toutes  les  deux. 

El  Achraf  mourut''  Tannée  635  (1227). 

Le  premier  qui  (  f*  3  )  professa  dans  cette  école  fut 
ebn  es-Salâh;  puis  [^émâd  ed-dîn]  ebn  el  Harastâny  ®; 
puis  [Chébâb  ed-dîn]  Abou  Châmah  ^;  puis  Timâm' 
[Mohiy  ed-dîn]  en-Nawawy  ^® ;  puis  Zayn  ed-din  el 
Fâréqy^^;puis,  successivement,  Kamâl  ed-dîn  [ebn] 
ech-Charîchy  ^-;  Sadr  ed-dîn  ebn  el  WakîP^;  Kamâl 
ed-dîn  ebn  ez-Zamlakâny  ^*;  Kamâl  ed-dîn  [ebn]  ech- 
Charîchy,  de  nouveau;  le  hâfez  [Djamâl  ed-din]  el 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  273 

Mezzy  ^^,  et  Taqy  ed-dîn  es-Sobky  ^^  ;  enfin  quelques 
autres,  dans  un  ordre  sans  authenticité,  tels  que  : 
*émâd  ed-dîn  ebn  Katîr  ^'',  le  qàdy  Tàdj  ed-dîn  es- 
Sobky  ^^,  son  fils  le  qâdy  en  chef  [  Waly  ed-dîn]  Abou 
Dorr'^,  Zayn  ed-dîn  el  Qorachy^®,  le  hâfez  [Chams 
ed-dîn  Mohammad]  ebn  Nâser  ed-dîn ^^  et  *alâ  ed- 
dîn  ebn  es-Sayrafy  ^^. 

Je  dis  :  «  Es-Sendjâry  ^^  s'exprime  ainsi  dans  la 
Biographie  d'ebn  Hadjr^*  :  Le  grand  savant  ebn  Hadjr 
fut  investi  de  (la  charge  de  professeur  à)  la  maison 
(d'enseignement)  delà  tradition  YAchrafyeh  de  Damas 
après  le  hâfez  ebn  Nàser  ed-dîn  et,  lorsqu'il  y  fut 
installé ,  il  délégua  Qotb  ed-dîn  el  Khaydary  ed-Dé- 
machqy,  attendu  qu'il  était  alors  le  plus  parfait  des 
maîtres  dans  cette  science.  On  dit  qu'au  très  docte 
ebn  Nâser  ed-dîn  succéda  *alâ  ed-dîn  ^aly  ebn  ^otmân 
ebn  ^omar  es  Sayrafy  et  qu'ebn  Hadjr  prit  sa  place.  » 
Fin  de  la  citation  avec  peu  de  changement.  —  En- 
suite, après  lui,  la  chaire  fut  cJfecupée  par  Qotb  ed- 
dîn  el  Khaydary. 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition 
l'Achrafiyeh  [extra  muros,  la  Moqaddasiyeh]  ^^. — 
Au  penchant  du  mont  Qâsyoûn  2*,  [sur  le  bord  du 
nahr  Yazîd,]  vis-à-vis  de  la  turbeh  du  vizir  Taqy  ed- 
dîn  et-Takrîty^^,  à  l'est  de  [la  madraseh]  la  Morché- 
diyeh  hanafite  et  à  l'ouest  de  YAtâkébiyeh  châfé*îte. 
Elle  fut  bâtie  par  el  malek  [el  Achraf]  el  MozaïFer 
Moûsa,  fils  d'ei  *âdel,  le  même  qui  a  construit  la 
maison  (d'enseignement )*de  la  tradition  qui  précède. 


S74  MARS-AVRIL   1894. 

Il  la  bâtit,  que  Dieu  lui  fasse  miséricorde!  pour  le 
très  docte,  le  hafez  Djaniâi  ed-din  ^abd  Allah  ebn 
Soroûr  el  Moqaddasy  ^^  ;  mais  celui-ci  mourut  avant 
qu  elle  eût  été  achevée.  Le  premier  qui  y  fut  installé 
fut  Ghams  ed-din  ebn  ^abd  Er-Rahman  ebn  Afaî 
*omàr  Mohammad  ebn  Ahmad  [ebn]  Qodàmah^,  le 
hanbalite;  puis  Timâm  Chams  ed-din  ebn  el  Ka- 
mâl^^;  puis  [Charaf  ed-dîn]  Hasan  el  Moqaddasy'^ 
auquel  succéda  son  fils  ^ezz  ad-din  [Mohammad]  '^, 
et  ensuite  le  fils  de  ce  dernier,  Badr  ed-dîn  ^-^;  après 
quoi  la  chaire  fut  occupée  par  tout  Hs^nbaiite  investi 
du  poste  de  qâdy  en  chef. 

La  maison  ( d'enseignement)  de  la  tradition  la  Ba- 
uÂÏYEu.  —  En  dedans  de  bâb  toûniâ.  C'était  la  maison 
de  Bahâ  ed-dîn  Abou  Mohammad  elQasem  •***,  fils  du 
chaykh  Badr  ed-dîn  Abou  Ghâleb  el  MozafTar,  qui  la 
constitua  en  waqf  comme  maison  (d'enseignement) 
de  la  tradition.  Le  célèbre  ech-Chéhâb  el  Adra^y^* 
fut  investi  des  fonctions  de  professeur  de  cette  école , 
puis  Chams  ed-din  iVbou  1  mahâsen  el  ITosayny  ed- 
Démachqy  ^^. 

La  maison  (d'enseignemexNt)  de  la  tradition  la 
Kemsiyeh.  —  Connue  sous  le  nom  de  cercle  [haitjak)  '"^ 
[du  seigneur]  de  llems.  Le  hafez  [Aboui  Uadjdjâdj] 
cl  Mezzy  y  professa,  puis  le  célèbre  Salâh  ed-dîn  el 
'alây  Khalil  ebn  Kaykaldy,  le  hafez  ^^. 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  275 

Dawadariyeh,  avec  la  madraseh  [et  le  rébât].  — 
En  dedans  de  bâb  elfaradj.  C'était  un  portique  [ré- 
wâq)  appartenant  à  Témir  Vlam  ed-dîn  Sandjar  le 
dawâdâr  ^^,  le  traditionniste ,  le  hâfez ,  qui  la  constitua 
en  waqf  [l'année  698]  comme  maison  (d  enseigne- 
ment) de  ia  tradition  et  madraseh.  Né  en  Tannée  620 
et  quelque  chose,  il  mourut  Tannée  6^9  [Comm. , 
28  septembre  1299).  C'était  un  homme  de  bien, 
religieux;  savant,  scrupuleux. 

Le  chaykh^alâ  ed-dîn  ebn  el  ^attâr  ^®  fut  le  premier 
professeur  de  cette  école  ;  il  eut  pour  successeur  le 
grand  chaykh  Noûr  ed-dîn  Abou  'abd  Allah  Mo- 
hammad  ebn  Nadjm  ed-dîn  AbîBakr  ebn  Qawâm^^ 

La  maison  (renseignement)  de  la  tradition  la 
Sâmarrieh*^.  —Elle  renferme  une  khânqâh  (cou- 
vent). 

Je  dis  :  0  Elle  est  .près  du  quartier  du  minaret  de 
la  graisse  [ma'danet  ech-chahm) ,  dans  la  ruelle  (zo- 
qâq)'^^  du  chaykh,  cUrecteur  dans  la  vie  spirituelle, 
ed-Dasoûqy.  » 

C'était  la  maison  du  grand  personnage  (§adr)  Sayf 
ed-din  Aboul  ^abbâs  Ahmad  el  Baghdâdy,  es-Sâ- 
marry  ^*» — par  nn fathah  sur  le  mim  et  un  râ  redoublé. 
—  111a  constitua  en  waqf  comme  maison  (d'enseigne* 
ment)  de  la  tradition  et  khânqâh.  C'est  celle  qui  est 
à  côté  de  la  Karoûsiyeh.  11  y  fut  enterré  Tannée  696 
(Comm.,  3o  octobre  1996). 

Ech-Chéhâb  ebn  Qawâm  *^  fut  investi  des  fonctions 
de  supérieur. 


270  MAUS-AVUIL   1894. 

L\    MAISON    (d^ENSEIGNEMENt)    DE    LA    TUADITION    LA 

Salaiuyeh.  —  (F""  3  v°.)  Aux  Çassairif  en  dedans  de 
bâb  el  Djâbyeh. 

Les  fonctions  de  supérieur  en  furent  confiées  à 
Chéhâb  ed-dîn  ebn  Taymiyeh*^,  père  du  célèbre 
chaykli  ïaqy  ed-dîn*^,  puis  à  son  fils,  puis  diahâfez 
[Abou]  ^abd  AHah  cd-Dababy  *^,  le  savant  célèbre , 
puis  à  Sadr  ed-dîn  Solaymân  [el  Bârédy],  le  mâlé- 
kîte'*^ 

La  maison  (d  enseignement)  de  la  tradition  la 
Ciioqaychéqiyeh^®.  —  Dans  la  rue  de  Thabitant  de 
Banyâs  [darb^^  el  bânyâsy).  C'était"  la  maison  de  Na- 
djîb  ed-dîn  Abou'l  fatlj  Nasr  AUab  ech-Chaybâny,  ed- 
Démachqy,  es-Saffar  (le  fabricant  de  vases  en  cuivre) , 
le  témoin  [châhcd),  connu  sous  le  nom  d'ébn  ech- 
Choqaychéqah  ^^.  Il  la  constitua  en  waqf  comme 
maison  (d'enseignement)  de  la  tradition.  Il  était 
aveugle  [(JaifY^,  Bien  des  personnes  ont  tenu  des 
propos  sur  son  compte.  (Un  jour)  Ahmad  ebn  Yahya 
[ebn  11  ébat  Allah,  surnommé  es-Sadr  ebn  Sany  ed- 
dauleh],  alors  qu'il  remplissait  les  fonctions  de  qâdy 
en  chef  de  Damas,  le  fit  asseoir  pour  donner  son 
témoignage.  Un  poète  récita  à  ce  sujet  les  deux  vers 
suivants  : 

«  Il  a  fait  asseoir  le  misérable  ech-Choqaychéqah 
pour  témoigner!  Par  votre  père  (de  vous  deux, 
ô  plaideurs),  que  vous  semble-t-il  du  privilège  qui 
lui  est  accordé  ^^.^ 

«  Y  a-t-il  eu  un  tremblement  de  terre?  L  antéchrist 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  277 

est-il  sorti?  ou  bien  n'existe-t-H  plus  d'hommes  pos- 
sédant la  bonne  direction?» 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la 
'oRWiYEH^^.  —  Au  machJiad  (chapelle  sépulcrale)  de 
^orwah,  du  côté  oriental  [de  la  cour]  de  la  grande- 
mosquée  omayyade,  en  face  de  la  Halabiyeh.  Elle 
était  connue  anciennement  sous  le  nom  de  niachhad 
de  ^aly  ^^.  On  lui  donna  le  nom  de  ^orwiyeh  parce  que 
le  premier  qui  l'ouvrit  après  qu'elle  était  remplie  de 
débarras  [hawâsel)  ^^  [appartenant  à  la  mosquée-ca- 
thédrale] ,  fut  Charaf  ed-dîn  ebn  ^orwah  el  Mawsély  ^^. 
Il  y  bâtit  le  bassin ,  installa  le  mehrâb  et  les  deux  ar- 
moires dans  lesquelles  il  constitua  des  livres  en  waqf , 
et  fit  de  ce  bâtiment  une  maison  (d'enseignement) 
de  la  tradition.  Il  mourut  l'année  620  [Comm,^  k  fé- 
vrier 1  228)  et  fut  enterré  au  sud  du  mosalla^^,  au- 
près des  coupoles®^  [qobâb)  de  Toghtékîn®^ 

Le  premier  qui  y  fut  investi  de  la  charge  de  supé- 
rieur fut  el  Fakhr  ebn  'asâker^^,  puis  le  hâfez  Zaky 
ed-dîn  el  Berzâly^^,  puis  el  Fakhr,  le  hanbalîte^*. 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la 
Fâdéliyeh.  —  A  la  Kallâseh^^.  C'est  celle  connue 
sous  le  nom  du  qâdy  el  Fâdel  el  Baysâny,  le  savant 
célèbre. 

Je  dis  :  Son  nom  entier  est  Abou  ^aly  *abd  Er- 
Rahîm ,  fils  du  qâdy  el  Achraf  Bahâ  ed-dîn  Abou'l 
madjd  *aly,  appelé  el  Vsqalâny,  à  cause  de  sa  nais- 
sance (à  Ascalon),  et  el  Mesry  parce  que  Mesr  était 


278  MARS-AVRIL   1894. 

sa  résidence;  il  était  connu  sous  le  nom  dVÎ  qâdy  d 
Fâdel^^  et  portait  le  titre  honorifique  de  Moudjîr  ed- 
dîn.  Il  exerça  le  vizirat  pour  le  sultan  el  malek  en- 
Nâser  Salâh  ed-dîn  (Saladin) ,  sur  lequel  il  avait  une 
influence  considérable.  Il  occupa  le  premier  rang 
dans  lart  de  la  rédaction  [safiâ^at  el  inchâ)  et  sur^ 
passa  tous  ses  prédécesseurs.  Il  y  accomplit  des  pro- 
diges. Sa  naissance  eut  lieu  le  jour  de  lundi  1 5  djou- 
mâda  2**  de  l'année  Ssg  (i**  avril  1 135.)  i  Ascalon. 
Son  père  remplit  les  fonctions  de  qâdy  dans  la  ville 
de  Baysân.  C'est  pourquoi  on  lui  donna  ie  nom  eth- 
nique tiré  de  cette  localité.  El  malek  erazîz^*',  fils  de 
Salâh  ed-dîn  (Saladin),  avait,  du  vivant  de  son  père, 
de  l'inclination  pour  le  qâdy  cl  Fâdel. 

Or  il  arriva  qu'el  azîz  avait  une  esclave  dont  il 
était  épris  au  point  de  négliger  sesalFaires.  Son  père, 
l'ayant  appris ,  lui  ordonna  de  la  laisser  et  empêcha 
la  jeune  fille  d'aller  trouver  le  prince.  Cette  exigence 
lui  fut  très  pénible  et  il  en  éprouva  un  grand  chagrin. 
11  y  avait  déjà  longtemps  que  durait  cette  situation , 
lorsqu'elle  lui  envoya  par  un  eunuque  une  boide 
d'ambre.  L'ayant  rompue,  il  trouva  au  milieu  un 
bouton  d'or.  Il  réfléchit,  mais  sans  pouvoir  décou- 
vrir ce  que  cela  signifiait.  Par  hasard ,  survint  en  ce 
moment  le  qâdy  el  Fâdel.  Il  le  mit  au  courant  de  ce 
qu'il  venait  de  recevoir,  et  el  Fâdel  fit  à  ce  sujet  les 
deux  vers  que  voici  : 

«  Elle  t'a  fait  présent  d'un  morceau  d'ambre  au 
milieu  duquel  est  un  bouton  d'or  à  la  fine  Sou- 
dure. 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  279 

«  Or  le  bouton  dans  Tambre  signifie:  rends-moi  vi- 
site ainsi ,  caché  dans  V ombre  des  ténèbres,  o 

El  malek  el  'azîz  apprit  de  la  sorte  qu  elle  désirait 
recevoir  sa  visite  pendant  la  nuit. 

El  Fâdel  mourut  subitement  dans  la  nuit  du 
(mardi  au) mercredi  7  ^^ raW^  2*^  de  Tannée  696  (5 jan- 
vier 1200),  au  Caire,  et  fut  enterré  le  lendemain 
matin  dans  sa  turbeh  (située)  sur  le  penchant  du 
Moqattam ,  dans  la  petite  Qarâfah^^,  ainsi  que  le  rap- 
porte ebn  Khallikân. 

El*Fâdel  constitua  en  waqf  à  son  école  le  champ 
(mazraah)  d'Oûtâyâ^®,  dépendance  de  Hammoû- 
riyeh''\  dont  il  est  séparé  par  la  rivière.  Cette  terre 
fut  ensuite  en  la  possession  d  ei-Zayn  ^abd  el  Ghany 
ebn  es-Sérâdj  ebn  el  Khawâdja  Chams  ed-dîn  ebn  el 
Mozalleq;  puis  aux  mains  de  Mohebb  ed-dîn,  in- 
specteur [nâzer)  de  Tarmée  [à  Damas,  en]  Tannée 

[9»5]. 

Le  premier  professeur  de  la  Fddéliyeh  fut  et-Taqy 
el  Yaldâny  ^^,  qui  y  eut  pour  successeurs  en-Nadjm , 
frère  d  el  Badr^^,  le  hâfez  ed-Dahaby,  (fol.  4)  et-Taqy 
es-Sallâmy ''^  (par  un  Idm  redoublé)  et  ech-Chams  ebn 
Rédwân  ^^. 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la 
Qalânésiyeh.  —  n  s'y  trouve  un  hospice  [rébât)  et 
un  minaret.  Elle  est  connue  actuellement  sous  le 
nom  de  la  khânqâh  (le  couvent). 

Je  dis  :  «  C'est  celle  au  milieu  de  laquelle  coule  le 
nahr  Yazîd,  qui  y  descend  par  des  degrés.  » 


280  MARS-AVRIL   1894. 

A  1  ouest  de  la  madraseh  d*Abou  *omar,  h  la  Sâ- 
léhiyeh'^^de  Damas,  [et  du  djânié^  des  noms  :  il  sera 
béni].  Elle  fut  construite  par  le  Sâheb  (vizir)  'ezz  ed- 
dîn  Abou  Ya'Ia  TTamzah  ebn  As*ad  ebn^aly  et-Tamîmy, 
cd-Démachqy,  connu  sous  le  nom  d  ebn  elQalânésy"'"', 
un  des  rays'^^.  il  naquit  Tannée  649  {Comm,  26  mars 
i25i).  Son  administration  [ryâseh)  fut  élevée  et  sa 
fermeté  très  grande.  Ses  propriétés  étaient  considé- 
rables. Il  fut  contraint  d  accepter  la  charge  de  wakil 
(procureur)  du  trésor  public''^,  puis  celle  de  vizir 
[en  Tannée  716].  Puis  il  fut  [destitué  et]  soumis  à 
des  extorsions.  Il  mourut  [dans  son  jardin,  la  nuit 
du  (vendredi  au)  samedi  6  doul  hedjdjeh  de]  Tan- 
née 729  (3o  septembre  1329). 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la 
QoûsiYEU.  —  Près  de  la  place  [er-rahbeh)^. 

La  maison  (d enseignement)  de  la  tradition  la  Ka- 
ROÛsiYEii.  —  A  Touest  du  minaret  de  la  graisse.  C'é- 
tait la  maison  de  Mohammad  ebn  Vqîl  ebn  Karoûs 
Djamâl  ed-dîn^^  mohtaseb^^  de  Damas,  Aboul  ma- 
kârem  es-Solamy.  11  suivit  les  leçons  de  tradition 
debn'asâker.  U  mourut  [à  Damas,  en  chawwâl  de] 
Tannée  64 1  [Coinm.  21  juin  i2  43). 

La  maison  (denseignement)  de  la  tradition  la 
NoLRTYEii^^.  —  Elle  fut  construite  par  Noûr  ed- 
dîn  Maljmoûd^S  fils  d'Abou  Sa*îd  [sic)  Zenky®^  fils 
d'Aq  Sonqor^^.  Son  aïeul  Aq  Sonkor  avait  été  investi 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  281 

par  le  sultan  Aboul  fath  Malekchâh  »\  fils  d'Alb 
Arslàn ,  du  gouvernement  de  Halab  et  d'autres  places. 
(Zenky)  conquit  aussi  d'autres  villes ,  telles  qu  er-Rohâ 
(Edesse),  el  Ma^arrah*^  et  Kafar  Tâb*^,  et  mourut  la 
nuit  du  (samedi  au)  dimanche  6  du  mois  de  rabî^  i** 
[sic)  de  Tannée  54 1  (août  1 1 46),  assassiné  par  un  de 
ses  eunuques,  devant  la  citadelle  de  Dja^bar^,  qu'il 
assiégeait.  Son  fils  Noûr  ed-dîn  lui  succéda  dans  le 
gouvernement  [wélâyeh)  de  la  Syrie.  On  dit  qu'il  est 
enterré  dans  une  qoabbeh^^,  au  milieu  de  jardins,  au- 
près du  bostân  ed-doâr,  à  proximité  du  cimetière  de 
Sardj  ed'Dahdâhy,  sur  le  chemin  conduisant  audit 
cimetière. 

On  lit  dans  ebn  el  Atîr  ^^  :  «  fl  édifia  à  Damas  une 
maison  pour  (l'enseignement  de)  la  tradition®***  et  lui 
constitua  des  waqfs  nombreux.  Il  est  le  premier,  à 
notre  connaissance,  qui  ait  bâti  une  école  ayant  cette 
destination.  » 

Il  mourut  [le  mercredi  1 1  chawwâl  de]  l'année 
569®^  (i5  mai  1  i'jli),h.  l'âge  de  cinquante-huit  ans. 

Les  fonctions  de  supérieur  en  furent  successive- 
ment confiées  au  hâfez  ebn  *asâker®^,  à  [son  fils]  el 
Qâsem  ebn  *asâker^,  au  fils  de  celui-ci  [el  Fakhr  ebn 
*asâker  ®'',  à  son  frère  Zayn  el  omanâ  ebn  *asâker  ®®, 
au  fils  de  ce  dernier]  et-Tâdj  ebn  Zayn  el  omanâ 
ebn  'asâker^®,  àZayn  ed-dîn  Khâled  en-Nâbolosy^^, 
chaykh  (professeur)  d'en-Nawawy.  (Khâled)  avait 
une  plaisanterie  douce  et  beaucoup  de  mérite.  En- 
Nâser  avait  pour  lui  de  l'affection  et  l'honorait. 
[Mohiy  ed-dîn]  en-Nawawy,  [Tâdj  ed-dîn]  elFazâry  ^^i, 

m.  19 

laraïaaa»  iatiosals. 


282  MARS-AVRIL  1894. 

[Taqy  ed-dîn]  ebn  Daqiq  el  ^îd^^  et  el  Borhân  ed-Da- 
haby  ont  rapporté  d  après  lui  des  traditions.  En- 
Nâser,  fiis  de!  *azîz ,  venait  quelquefois  le  trouver. 
Un  jour  qu  un  poète  lui  récitait  une  pièce  de  vers 
dans  laquelle  il  célébrait  ses  louanges,  le  chaykh 
Zayn  ed-din  Khâled  ôta  son  pantalon  [stirâwil)  et  le 
lui  donna,  en  guise  de  vêtement  dlionneur.  En- 
Nâser  se  mit  à  rire.  «  Qu'est-ce  qui  ta  porté  à  agir 
ainsi  ?»  —  «  Je  n  avais  rien  autre ,  répondit  le  chaykh , 
dont  je  pusse  me  passer.  » 

Ensuite,  à  Tâdj  ed-dîn  el  Fazâry  succédèrent  Dja- 
mâl  ed-dîn  en-Nâbolosy,  le  hâfez  ^^^,  el  Djamâl  ebn  es- 
Saboûny  ^^\  el  Madjd  ebn  elMehtâr  i^^,  Fakhr  ed-dîn 
le  hanbalîte,  Charaf  ed-dîn  en-Nâbolosy  Âhmad  ebn 
Né^mah  ^^^,  *alâ  ed-dîn  ebn  erattâr,  le  hâfez  [^sdam  ed- 
dîn  ]  el  Berzâly  ^^''. 

Ebn  Habib  ^^®  écrivit  sur  le  Moijam  d  el  Berzâiy  : 

«  0  toi  qui  recherches  la  description  ^^  des  chaykhs 
et  le  sujet  des  traditions  quils  ont  relatées,  en  gros 
et  en  détail , 

«Descends  à  la  maison  de  la  tradition,  tu  trou- 
veras ce  que  tu  désires,  se  manifestant  au  grand  jour 
dans  le  Modjam  del  Borzâly  [sic).  » 

Après  ce  dernier,  le  supérieur  de  cette  école  fut 
le  hâfez  [Aboul  Hadjdjâdj]  el  Mezzy;  puis  Taqy  ed- 
dîn  ebn  Râfé\ 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la 
Nafîsiyeh.  —  Au  Rasîf  ^^^  (la  chaussée),  au  sud  de 
rhôpital  de  Doqâq^^^  [et  de  la  porte  de  l'addition,  à 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  283 

droite  en  sortant  de  cette  porte],  à  l'ouest  de  la  ma- 
draseh  VAmîniyeh,  dans  la  ruelle,  c est-à-dire  celle 
connue  actuellement  sous  le  nom  de  Zoqâq  ez-zaty  (?). 
Elle  fut  construite  par  en-Nafïs  Isma*îl  ebn  Moham- 
mad  ebn  *abd  el  Wâhed[ebnSadaqah]elHarrâny^^^, 
puis  ed-Démachqy,  inspecteur  [nâzer)  des  orphelins. 
Il  mourut  [le  jour  de  samedi  4  dou  1  qa^eh  de] 
Tannée  696,  comme  la  dit  son  élève ^^^  ebn  Katîr; 
il  était  âgé  d  environ  soixante-dix  ans. 

L'auteur  de  la  Tadkérat  el  Kendiyeh  ^^*,  *alâ  ed-dîn 
ebnel  Mozafferebn  Hodbah  el  Kendy^^^,  fut  investi 
le  premier  de  la  charge  de  supérieur  de  cette  école 
et  ensuite  le  hâfez  el  Borzâly  (sic)  *alam  ed-dîn. 

La  maison  (denseignement)  de  la  tradition  la 
Nâsériyeh.  —  Il  s  y  trouve  [aussi]  un  rSât.  Elle  est 
connue.  Elle  est  située  au  quartier  des  marjolaines 
[mahallet  elfawâkhir)],  (fol.  4  v**)  sur  le  penchant 
[du  Qâysoûn],  au  sud  [du  djam^]  del  Afram.  Cest 
la  Nâsériyeh  extra  maros.  Elle  fut  construite  par  el 
malek  en-Nâser  Salâh  ed-dîn  Yoûsef,  fils  d'el  malek 
el  Wz[Mohammad,fils  d'el malek  ez-ZâherGhâzy], 
fils  de  Salàh  ed-dîn  [Yoûsef,  fils  d'Ayyoûb,  fils  de 
Châdy],  le  conquérant  de  Jérusalem  et  le  fondateur 
des  deux  Nâsériyeh^^^.  Ebn  Chohbeh  ^"  a  dit  :  «  Le  sul- 
tan el  malek  en-Nâser  Salàh  ed-dîn,  seigneur  de 
Damas  et  de  Halab ,  naquit  dans  la  citadelle  de  Ha- 
lab  en  ramadan  de  Tannée  627^^*.  On  le  nomma 
sultan  à  la  mort  de  son  père,  en  Tannée  634*  Il  fit 
beaucoup  de  bonnes  œuvres  et  fut  très  bienfaisant 

ly. 


284  MARS-AVRIL   1894. 

et  charitable,  plein  d'amour  pour  ses  sujets  et  doué 
d'équité.  En  un  mot,  son  naturel  était  excellent.  H 
aimait  les  gens  de  science  et  de  mérite ,  et  les  litté- 
rateurs. Sous  son  règne,  le  marché  de  la  poésie  était 
bien  achalandé.  Chaque  jour  on  tuait  dans  sa  cuisine 
quatre  cents  têtes  (de  bétail) ,  sans  compter  les  poules , 
les  oiseaux  et  les  chevreaux.  Il  composa  de  belles 
poésies.  Il  bâtit  à  Damas  une  madraseh  et,  au  mont 
(Qâsyoûn),  un  rébât,  une  madraseh  et  une  turbeh. 
Le  7  djoumâda  i"  de  Tannée  GSg,  quand  arriva  la 
nouvelle  qu'il  avait  été  mis  à  mort  (par  Houlagou), 
on  célébra  à  Damas,  dans  la  mosquée-cathédrale,  la 
cérémonie  des  obsèques.  Que  Dieu  lui  fasse  miséri- 
corde ! 

Les  fonctions  de  supérieur  du  rébât  furent  exer- 
cées par  le  chaykh  Kamâl  ed-dîn  ech-Charîchy.  Puis 
son  fils  Abou  Bakr  ^^^  y  professa  et  eut  pour  succes- 
seurs Heusâm  ed-dîn  el  Qaramy^^^,  Charaf  ed-dîn  el 
Fazâry^^^  Nadjm  ed-dîn  ebn  Qawâm^^^  et  ensuite 
le  fils  de  ce  dernier,  Noûr  ed-dîn  ^^. 

[maisons  (d'enseignement)  du  QOR'ÂN 
et  de  la  tradition  réunis  ]. 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  et  do 
qor'ân  la  TENKiéziYEH  ^^*.  —  Elle  est  située  à  l'orient 
du  bain  de  Noûr  ed-dîn  le  martyr^  vis-à-vis  de  la 
maison  d*or  [dâred-dahab)^^^,  derrière  le  marché  des 
grainetiers  [soûq  el  bozoâryin  ou  el  bozoûriyeh),  qu'on 
appelait  anciennement  le  marché  au  blé  [soûq  el 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  285 

qamh),  (Cette  maison)  était  un  bain  connu  sous  le 
nom  de  bain  de  Souwayd,  Le  vice-roi  [nâîb  es-saltaneh) 
Tentez  [ei  maléky  en-Nâséry]  ^^^  le  démolit  et  en  fit 
une  maison  (d'enseignement)  du  qorân  et  de  la  tra- 
dition. 

Cet  émir  occupait  une  haute  position.  Il  avait  de 
la  religion ,  possédait  des  qualités  viriles  et  était  né 
sous  d'heureux  auspices.  De  son  temps  l'injustice 
devint  très  légère.  Il  construisit  des  khans,  des  mos- 
quées, des  chemins,  des  canaux.  Dans  la  suite,  le 
sultan  ^^"^  s'étant  mis  en  colère  contre  lui,  il  fut  enlevé 
de  Damas  et  envoyé  au  prince,  Tannée  740  [Comm, 
9  juillet  iSSg).  Puis,  le  séquestre  fut  mis  sur  ses 
biens  ^^^.  On  l'expédia  à  Alexandrie ,  où  il  demeura 
emprisonné  pendant  moins  d'un  mois,  et  mourut 
ensuite  dans  cette  ville  ^^^.  Son  tombeau  devint  un  lieu 
de  pèlerinage ,  auprès  duquel  on  faisait  des  prières. 
Quelques  années  plus  tard,  dans  les  premiers  jours 
de  radjah ^^^  de  l'année  76/1,  son  cercueil  ayant  été 
apporté  d'Alexandrie  à  Damas,  (Tenkez)fut  enterré 
dans  sa  turbeh,  h  côté  de  la  grande-mosquée  qu'il 
avait  construite  à  l'enclos  du  sumac  [hakar^^^  es- 
sommâq). 

Parmi  les  chaykhs  qui  donnèrent  des  leçons  dans 
la  Tenkéziyeh,  furent  ed-Dahaby  ^^'^,  puis  Sadr  ed-dîn 
Solaymân  *abd  El  Hakam  [el  Bâdéry  ] ,  le  mâlékîte  ^^^. 

La  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  et  du 
qor'an  la  Sabbâbiyeh.  —  Au  sud  de  la  grande  ^âdé- 
liyeh  et  au  nord  de  la  Tabariyeh.  Elle  fut  construite 


286  MARS-AVRIL   1894. 

par  Chams  ed-dîn  ebn  Taqy  ed-dîn  [connu  sous  le 
nom  d*]  ebn  es-Sabbâb  ^^*,  le  marchand.  Elle  était  au- 
paravant en  ruines.  11  y  installa  un  chaykh  pour 
(renseignement  de)  la  lecture  (qorânique),  un  autre 
pour  (celui  de)  la  tradition,  et  des  auditeurs. 

Je  dis  :  «  Elle  est  actuellement  la  demeure  du 
chaykh  Abou  Yosr  ebn  er-Ramly.  Quant  à  la  Taba- 
rr^^fe ,  peut-être  a-t-elle  été  incendiée  lors  de  la  guerre 
du  Boiteux  (Tamerlan).  Elle  consiste  maintenant  en 
maisons  :  celle  de  ^alam  ed-dîn  et  de  ses  fils  Khedr. 
Ces  constructions  ont  rejoint  la  partie  sud  de  la  Sab- 
bâbiyeh,  » 

La  maison  (d'enseignement)  du  qor'ân  et  de  la  tra- 
dition LA  Mo^iDiYEH ^^^.  —  A  Imtérieur  de  Damas. 
D  après  un  récit  ^^^,  c  est  une  maison  (d'enseignement) 
du  qor  an  [seulement].  Elle  fut  construite  par  Fémir 
*alâ  ed-dîn *aly  ebn  Mo*îd  el  Ba^albakky  ^^'^.  Selon  moi , 
cette  maison  nest  pas  du  tout  connue^'®. 

Je  dis  :  «  Cette  façon  de  s'exprimer  :  elle  n'est  pas 
du  tout  connue  y  permet  de  supposer  qu'il  s'agirait  de 
la  Mo^iniyehf  dont  le  nom  aiu*ait  été  défiguré.  Elle 
est  actuellement  l'habitation  du  mollâ  Yoûsef  le  Kurde, 
qui  en  est  le  professeur.  Qu'on  le  sache.  Elle  se  trouve 
à  l'ouest  de  la  Sabbâbiyeh  et  au  sud  de  la  Lâqiyeh  ^'*.  » 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  287. 


NOTES  DU  CHAPITRE  IL 

^  C'est  à  la  bienveiUance  de  M.  Waddington ,  de  l'Institut  *  que 
je  dois  ia  plupart  de  mes  inscriptions  de  Damas.  Pendant  l'impres- 
sion de  ce  travail ,  la  mort ,  hâas  !  vient  d'enlever  ce  savant. 

Les  deux  suivantes  ont  trait  à  YAchrafiyeh, 

(N°  746  de  ma  collection)  :  «Au  nom  de  Dieu,  etc.  Cette  maison, 
«  après  avoir  été  incendiée  et  détruite,  a  été  reconstruite  (oy«»fi)  sous 
«l'inspection  [-jiÀJ^)  du  chaykh .  Timàm,  le  savant,  le  chaykh  de 
«  l'islamisme ,  la  bénédiction  de  la  Syrie ,  Zayn  ed-dîn  *abd  Allah  ebn 
«Marwân,  el  Fâréqy,  le  châfé'îte.  Et  cda  dans  le  mois  de  l'année  (la- 
ccune]  6o3  ".  » 

(N*^  746  his).  Sur  le  mur  nord,  à  Tintérieup  de  la  ma4ras^: 
«  Au  nom  de  Dieu ,  etc.  De  ce  qu'a  constitué  en  waqf  le  sultan  d 
ifmalek  el  Achraf  Abou'l  fath  Moûsa,  fils  d'el  malek  el  'âdel,  que 
«  Dieu  lui  fasse  miséricorde  !  en  faveur  de  cette  maison  bénie ,  à  sa- 
«voir  :  le  tiers  du  village  de  Hazramà;  la  qaysàriyeh  d'el  'âdel  en 
«  entier;  dix  boutiques,  deux  fours  et  une  écurie  les  a  voisinant;  deux 
«boutiques  et  une  chambre  (^^4^)*  à  côté  de  l'élise  de  Marie; 
«quatre  portions,  dans  quatre  boutiques,  à  hâh  el  bartd;  deux  por- 
«  tions  dans  deux  boutiques  et  une  portion  dans  une  boutique  au 
«  (marché  des)  forgerons.» 

*  Le  copiste  a  medadroitement  écrit  «  el  Lakhmy  >  ! 

'  L'Ayyoubîte  el  malek  el  Achraf  Moûsa  régna  à  Damas  de  626 
(1228)  à  635  (1237).  H  était  né  en  678.  On  trouve  sci  biographie 
dans  ebn  KhaUikân  (III,  486  et  suiv,)  où  on  lit  :  «H  bâtit  à  Damas 
une  école  de  tradition  et  en  confia  les  fonctions  de  j^rofesseur  à 
Taqy  ed-dîn  'otmân  ebn  es-Scdâh.  » 

*  Tabaqât ech'Châf^iyeh ,  c'est-à-dire  «Les  Classes  des  Chàfé'îtes», 
par  ebn  Katîr  ed-Démachqy,  Abou'l  féda  'émâd  ed-dîn  Isma'îl  ebn 
'omar,  mort  en  l'année  774  (Comm.  3  juillet  1372)  (H.,  Khal. ,  lY» 

144). 

^  Taqy  ed-dîn  ebn  e.^Salâh ,  l'imàm  Abou  'amr  'otmân ,  fils  du 
chaykh  Salàh  ed-dîn  Abou'l  Qasem  *abd  Er-Rahman,  fils  de  *otmân, 

'  Cette  date  est  évidemment  erronée,  car  el  Faréqy  naquit  en  633.  Il 
faut  peut-être  lire  708  (date  de  sa  mort).  La  destmctioa  de  cette  école  avait 
dû  avoir  lieu  en  699.  Voir  ci-après,  note  1 1. 


288  MARS-AVRIL   1894. 

fils  d*Yoûnès,  fils  d'Abou  Nasr,  en-Nasry,  le  Kurde,  ech-Chahra- 
zoûry,  naquit  l'année  677  iComm,  17  mai  1181).  Il  donna  des  le- 
çons à  Jérussdem  dans  la  Salâhiyek  (aujourd'hui  Sainte-Anne). Quand 
d  msdek  el  Mo'azzam  détruisit  les  remparts  de  la  ville  sainte,  il 
vint  à  Damas  et  y  professa  à  la  Chêaniyeh  intra  muros  et  à  la  mai- 
son (d'enseignement)  de  la  tradition  VAchrafiyeh,  dans  laquelle  il 
exerça  pendant  treize  ans  les  fonctions  de  supérieur.  Il  occupa  en- 
suite la  chaire  de  la  Rawâhiyeh,  Au  rapport  d'ebn  KhallikAn ,  c'était 
un  des  hommes  éminents  de  son  époque.  Il  mourut  à  Damas,  pen- 
dant le  siège  des  Khavyârezmiens ,  le  26  rabî*  a^  de  Tannée  643 
(septembre  i245) ,  et  fut  enterré  dans  le  cimetière  des  Soûfys,  à 
l'extrémité  septentrionale,  au  sud  du  chemin  (N,  fol.  5  r").  Ebn 
Khallikân  donne  la  biographie  d'ebn  es-Salâh,  II,  188-1  go. 

£1  Achraf  Moûsa  lui  confia,  en  629,  l'inspection  de  la  grande- 
mosquée  ^et'tawheh  (Inscr.  de  Damas,  n**  289).  On  trouvera  la  tra- 
duction de  cette  inscription  à  l'article  concernant  la  mosquée  de  ce 
nom. 

^  Ju«l.  Sur  les  amàly  (dictées),  cf.  de  Sacy,  Anthologie  gramma- 
ticale, p.  137,  et  H.  Khal.,  I,  427. 
^  Le  jeudi  4  moharram  (27  août). 

^  Le  qâdy,  le  khâttb  de  la  Syrie,  'émâd  ed-din  Abou'l  fadâll  'abd 
El  Karîm  ebn  qâdy  '1  qodât  Djamâl  ed-dîn  'abd  Es-Samad  ebn  Mo- 
hammad  ebn  Abî'l  fadl ,  el  Ansâry,  d  Khazradjy,  ed-Démachqy,  ebn 
d  Harastâny  naquit  à  Damas  en  radjah  de  l'année  677.  Il  professa 
quelque  temps  à  la  Ghazzâlijeh  et  succéda  à  ebn  es-Sdâh  dans  les 
fonctions  de  supérieur  de  VAchrafiyeh,  qu'U  remplit  jusqu'à  sa  mort. 
Il  mourut  dans  la  maison  de  la  prédication  le  29  djoumâda  i*'  de 
l'année  662  et  fut  enterré  auprès  de  son  père,  au  penchant  du  Qâ- 
syoûn  (N,  f*  5  v").  —  Quatremère,  Mamloàks,  I,  248,  l'appelle 
ebn  el  Kharestâny. 

c  Harasta ,  grand  et  populeux  village ,  au  milieu  des  jardins  de 
Damas ,  sur  le  chemin  de  Hems.  Il  est  situé  à  plus  d'une  parasange 
de  Damas.  »  Marâsed, 

*  En  djoumâda  2*^  de  l'année  662  ,  après  la  mort  du  qâdy  'émâd 
ed-dîn  (  ebn  )  d  Harastâny,  le  chayjçh  Chéhâb  ed-dîn  Abou  Ghàmah 
professa  à  la  maison  (d'enseignement)  delà  tradition  VAchrcfy^, 
Son  nom  entier  est  Chéhâb  ed-dîn  Abou'l  Qasem  'abd  Er-Rahman 
ebn  d  'émâd  Isma'il  ebn  Ibrahim  ebn  'otmân  d  Moqaddasy,  puis 
ed-Démachqy,  le  châfé'ite,  le  jurisconsulte,  le  professeur  de  lecture. 
qor*ânique,  le  grammairien,  l'historien,  l'auteur  de  nombreux  ou 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  289 

vrages ,  connu  sous  le  nom  d*Abon  châmak  à  cause  de  la  large  tache 
qu'il  avait  au-dessus  du  sourcil  gauche.  U  naquit  Tun  des  deux  rabi* 
de  Tannée  5g g.  U  fut  investi  des  fonctions  de  chaykh  de  lecture 
qor'ànique  à  la  turbeh  VAchrafiyek  et  de  celles  de  chaykh  de  la  tradi- 
tion à  la  maison  de  ce  nom.  D  mourut  le  (mardi)  ig  ramadan  de 
Tannée  665  et  fut  enterré  à  bâb  elfarâdis  (ou  au  cimetière  de  bâb 
Kisàn),  à  gauche  quand  on  passe  dans  la  direction  de  ia  mabrahat 
êd-Dahdâh  (N,  f*  6  r^).  —  Au  rapport  du  prétendu  Hasan  ebn  Ibra- 
him (f*  ig4  r^-v"),  il  naquit  le  vendredi  2  3  rabî*  i".  Voir  notice  sur 
Abou  Ghâmah  dans  Quatremère,  Mamîonks,  I,  2*  p.,  46-47* 

La  biographie  d'Abou  Ghâmah,  extraite  du  Fawât  el  wafajrât 
d'ebn  Châker,  se  trouve  à  la  fin  du  Kétâb  er-rawdatayn,  édition 
d*Abou  So'oûd,  et  une  autre,  tirée  des  Tabaqât  ech-châf^iytn ,  est 
donnée  par  de  Slane>  Biograpkiccd  dictionarv,  II,  igo.  —  Cf.  aussi 
Hist,  or.  des  Crois. ,  I ,  Introduction ,  XLin  et  lu. 

^  L'imâm  Mohiy  ed-din  Abou  Zakarya  Yahya ,  fils  de  Gharaf ,  fils 
de  Moûsa ,  fils  de  Hasan ,  fils  de  Hosayn ,  fils  de  Mohammad ,  fils  de 
Djam'ah ,  fils  de  Harâm ,  el  Harâmy,  en-Nawâwy  (avec  ou  sans  Yalef, 
d*après  ed-Çababy),  ed-Démachqy,  naquit  en  d  moharram  de  Tan- 
née 63 1  et  vint  avec  son  père  à  Damas,  à  Yêige  de  dix-neuf  ans,  en 
Tannée  649.  H  habita  la  madraseh  la  Rawâhiyeh.  Vers  Tannée  660, 
il  se  mit  à  composer  des  ouvrages  et  continua  jusqu'à  sa  mort.  Il 
fîit  investi  des  fonctions  de  supérieur  à  la  maison  (d'enseignement) 
de  la  tradition,  après  le  chaykh  (3héhâb  ed-dîn  Abou  Ghâmah.  H 
mourut  le  24  radjab  de  Tannée  677*,  et  fiit  enterré  au  village  de 
Nawa,  auprès  de  sa  famiUe  (N,  f*  6  r'-v*). 

'  uNawa,  qui  se  prononce  comme  le  pluriel  de  naioat  (noyau  de 
datte),  est  une  petite  ville  des  dépendances  du  Havirrân  et,  dit-on, 
sa  cajHtide.  Elle  fut  la  résidence  de  Job  et  on  y  trouve  le  tombeau 
de  Sem ,  fils  de  Noé.  »  Marâsed, 

"  Le  chayU^  Zayn  ed-din  Abou  Mohammad  'abd  Allah  ebn  Mar- 
wân  ebn  'abd  ^lah  ebn  Qyr  (?),  Abou'l  Hasan  el  Fâréqy,  khattb 
de  Damas  et  professeur  de  la  Châmiyeh  et  de  la  Nâsériyek  intra  mn- 
ros,  naquit  en  el  moharram  de  Tannée  633  (i5  septembre- 1 5  oc- 
tobre 1285).  G'est  lui  qui  restaura  cette  maison  (d'enseignement) 
de  la  tradition  après  sa  destruction  par  Qâzân  ^.  Il  y  exerça  ses 

*  H.  Khat. ,  II ,  place  sa  mort  en  676 ,  ainsi  que  Qaatremère ,  Mamloùks , 
II,  9*  partie,  i63.  M.  Ferd.  Wûstenfeld  a  édité  son  Takdtb  el  osmA,  Gôt- 
tingne,  i84a-i847< 

*  Coflip.  finflcription  n*  746,  à-devant  note  1.  —  Le  sultan  mongol 


290  MARS-AVRIL   1894. 

fonctions  pendant  ving^sept  ans,  après  en-Nawawy,  jusqu'à  l'époque 
de  sa  mOrt.  Il  remplissait  en  même  temps  l'office  de  khatib  de  la 
mosquée-cathédrale  omayyade.  Il  mourut  dans  la  maison  de  la  pré- 
dication (située)  dans  ledit  djâm^,  le  vendredi  ajn^  midi,  (21)  de 
safar  de  Tannée  708.  On  fit  sur  lui  la  prière  à  la  porte  de  la  (mai- 
son de  la  ]  prédication ,  au  marché  des  chevaux  et  auprès  de  la  grande- 
mosquée  de  la  Sâléhiyeh.  Il  fut  enterré  à  la  SUéhiyeh ,  dans  la  tur- 
beh  de  sa  fiaunille,  au  nord  de  la  turbeh  du  chaykh  Abou  'omar 
(N,f6v«). 

Fâréqy  est  le  nom  rdatif  formé  de  Mayyâfôréquîn.  Cf.  Géogr, 
d'Ahou'lféda^n»  a*  p.,  56. 

£s-Saqqâ'y,  dans  son  Tâly  Kétâb  wafayât  el  iCyàn  (ou  suite  au  Dic- 
tionnaire biographique  d'ebn  Khn^kân)  consacre  aussi  (ms.  anc.  f. 
ar.  n"  732 ,  f*  5  v*)  qudques  lignes  à  Zayn  ed-dîn  el  Fâréqy.  — ^Dans 
Mamloûks,  II,  2*  p. ,  235 ,  on  lit  ehn  Fir, 

^*  Ehn  Katîr  dit  sous  Tannée  7 16  :  «  Le  jour  de  dimanche  8  rama- 
dan ,  le  chaykh  Kamâi  ed-dîn  ehn  ech-Gharîchy  exerça  les  fonctions 
de  supérieur  delà  maison  (d'enseignement)  delà  tradition,  en  rem- 
placement d'ebn  ez-Zamlakâny.  Le  nom  entier  de  Kamâl  ed-dîn  ebn 
ech-Charîchy  est  Abou  l 'abbâs  Ahmad ,  fils  de  Timâm  KamM  ed-dîn 
Abou  Bakr  Mohammad  ebn  Ahmad  ebn  Mohammad  ebn  'abd  Allah 
ebn  Sahbân  el  Bakry,  Abou  *edy.  Il  naquit  en  ramadan  de  Tannée  653. 
11  était  châféite.  Il  fut  le  premier  qui  occupa  la  charge  de  supérieur 
à  la  turbeh  d'(Omm)  es-Sâleh,  après  son  père,  en  Tannée  685 ,  jua- 
quà  sa  mort.  Il  fut  nommé  wakil  (procureur)  du  trésor  public,,  qàdy 
des  troupes  et  inspecteur  de  la  mosquée-cathédrale ,  à  jdusieurs  re- 
prises. Il  professa  à  la  Châmiyeh  extra  maros,  puis  à  la  Nâiériyeh,  où 
il  donna  de  sleçons  pendant  vingt  ans.  Il  remplit  aussi  les  fonctions  de 
supérieur  du  réhât  le  Nâséry  au  Qâsyoûn ,  durant  plus  de  quinze  ans , 
et  celles  de  supérieur  de  cette  maison  (d'enseignement)  de  la  tradi- 
tion YAckrafijeh,  huit  ans.  En  Tannée  718,  ayant  résolu  de  fiiire  le 
pderinage,  il  se  mit  en  route  avec  sa  famille.  Mais  la  mort  le  sur- 
prit à  d  Hasa ,  à  la  fin  de  chav^v^âl  de  ladite  année  et  il  fut  enterré 
là.  (N,f  8v»). 

tCharich  (Xérès),  grande  ville  de  l'arrondissement  de  Ghâ4oûr 

Qâzân  ou  Ghâzân  (Mahmoud)  régna  de  6g4  à  708.  D*aprèsebn  Ch^nah 
(édition  du  Caire,  en  marge  du  Kâmel,  t.  IX,  p.  i54),  U  8*empara  de  la 
ville  de  Damas  en  Tannée  699  et  se  retira  après  avoir  reçu  des  habitants 
des  sommes  oonsidérables.  La  citadelle  avait  résisté.  —  On  trouvera  de 
longs  détails  dans  Quatremère,  Mamioûks,  11,  i5i  et  suiv. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  29i 

nah  (Sidonia),  dont  elle  est  le  chef-lieu.  On  lappeUe  aujourd'hui 
Cbarecb.  »  Maràsed. 

"  Après  d  Fâréqy,  cette  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition 
passa  à  Sadr  ed-dîn  ebn  el  Walcîl,  le  chaykh  Abou  'abd  Allah  Mo- 
hammad  ebn  Zayn  ed-dîn  Abî  Hafs  'omar  ebn  Mekky  ebn  'abd  £s- 
Samad,  erotmânv,  connu  sous  le  nom  d'ebn  d  Morabbel**  et  d'ebn  d 
Wakîl,  chaykh  des  Ghâfé'ites.  Il  naquit  à  Damiette  en  chawwâl  de 
Tannée  665 ,  professa  aux  deux  Châmiyeh  et  à  la  *adrâwiyeh  et  mourut 
le  mercredi  matin  2  4  dou'l  hedjdjeh  de  l'année  716,  dans  sa  mai- 
son, au  Caire  (N,  f  7  r'-v"). 

On  trouve  la  biographie  d'ebn  d  Wakil  dans  le  Fawât  el  wa- 
fayât,  édition  de  Boûlâq,  II ,  3i5. 

**  Ebn  Katir  dit  sous  Tannée  716  :  «Le  jour  de  jeudi  16  chal)ân, 
le  chaykh  Kamâl  ed-dîn  ebn  ez-Zamlakàny  exerça  les  fonctions  de 
supérieur  de  la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  VAchraJiyeh, 
en  remplacement  d'ebn  el  Wakîi.  Mais  il  n'y  resta  pas  longtemps  et 
ce  dernier  la  lui  enleva.  —  Le  qâdy  en  chef  Kamâl  ed-dîn  ebn  ez- 
Zamlakâny,  Mohammad  Abou'l  ma*My,  fils  du  chaykh  'alâ  ed-dîn 
'dy,  fils  de  'abd  El  Wâhed,  fils  du  jàattb  de  Zamalkâ  *abd  El  Ka- 
rîm,  fils  de  Khdaf,  fils  de  Nabhân,  d  Ansâry,  châfé*îte,  chaykh  des 
Cbâfé'îtes  en  Syrie  (ou  à  Damas)  et  aUleurs,  naquit  la  nuit  du  (di- 
manche au)  lundi  8  chawwâl  de  Tannée  666.  il  occupa  nombre  de 
chaires  et  remplit  plusieurs  grands  ofiGces  tds  que  Tinspection  du 
trésor,  l'inspection  de  Thôpitd  Noûrien ,  le  diwân  d'd  mdek  es-Sald 
et  la  wékàleh  du  hayt  el  mal.  Il  professa  à  la  Châmiyeh  eœtra  miwvs, 
à  hi^adrâwijreh,  à  la  Zâhériyeh  intra  mnros,  à  la  Rawâhiyeh  et  à  la 
Masroûiiyeh,  R  mourut  au  point  du  jour  du  mercredi  16  ramadan 
de  Tannée  739 ,  dans  la  ville  de  Belbays,  et  fut  transporté  au  Caire» 
(N,  8  r'-v'). 

La  biographie  d*ebn  ez-Zamlakâny  se  trouve  dans  le  FawAt  el 
wt^ayâi,]!,  3i3.  La  'date  737,  indiquée  comme  cdle  de  sa  mort, 
est  sans  doute  une  faute  d'impression. 

•  ZamiakAn,  village  dans  la  Ghoûtah  de  Damas.  Souvent  on  en 
retranche  le  noûn  find  :  on  dit  alors  Zamdkâ.  »  Maràsed. 

nBelbts  —  c'est  ainsi  que  Nasr  d  Iskandary  orthographie  ce 
nom.  Le  peuple ,  ajoute-t-il ,  prononce  Belbays  —  est  une  ville  si- 
tuée à  quinze  parasanges  de  Fostât  Mesr,  sur  la  route  de  la  Syrie. 
'yuL  ebn  Ba'îd  Thabite.  »  Maràsed. 

'  Quatremère,  Mamioâks,  II,  a*  partie,  235,  l'appelle  ebn  d  Mardjily. 


292  MARS-AVRIL  1894. 

iB  Aboul  Hadjdâjdj  d  Mezzy  est  l'imâm  Djamâl  ed-din  Yoûsef , 
fils  d'Ez-Zalcy  Abou  Mohammad  'abd  Er-Rahman,  fils  d*Yoûsef, 
fils  de  *aly,  fils  d'Abou  Zohr,  el  Qodry,  d  Kalby,  d  Halaby,  ed-Dé- 
machqy.  Sa  naissance  eut  lieu  en  rabi*  2*^* de  l'année  654*  H  fut  in- 
vesti (de  la  charge  de  supérieur)  de  cette  maison  (d^enseignement) 
de  la  tradition  pendant  vingt-trois  ans.  Il  mourut  en  safar  de  Tan- 
née 743  et  fut  enterré  au  cimetière  [nuu/âber)  des  Soûfys,  à  fouest 
de  son  compagnon  ebn  Taymiyeb.  H  est  l'auteur  du  Tahdib  el  Kamâl, 
de  YAchrdfei  d'autres  ouvrages  (N,  f*  9  r'*). 

Hâdji  Khalîfah  fait  mention  du  Tahdib  el  Kamâl  fi  asmâ  er-^redjAl 
(V,  34o]  et  de  plusieurs  autres  ouvrages  d'el  Mezzy,  mais  non  de 
VAchrâf. 

«  El  Mezzeh ,  grand  et  riche  village  dans  la  partie  la  plus  devée 
de  la  Ghoûtah ,  sur  le  penchant  de  la  montagne  et  plus  haut  que  Da- 
mas. >  Marâsed, 

''*  Le  qâdy  en  chef  Taqy  ed-<lîn  Abou'i  Hasan  *dy,  fils  du  qâdy 
Zayn  ed*dm  Abou  Mohammad  «  es-Sobky,  el  Ansâry,  d  Khazradjy,  na- 
quit au  commencement  de  safar  de 'l'année  683  et  mourut  en  djou- 
mâda  2*  de  l'année  766  (N.  f  8  v°). 

*^  Le  hâfez,  le  grand  savant,  'émâd  ed-dîn  Abou'i  féda  Isma'H  ebn 
'omar  ebn  fCatîr  ebn  'anoûny  ebn  Daw  ebn  War',  el  Qorachy,  d  Bos- 
rawy,  ed-Démacbqy,  naquit  l'année  701.  Il  fut  investi,  après  la  mort 
d'ed-Dahaby,  des  fonctions  de  supérieur  d'Omm  es-SMeh  et,  pen- 
dant peu  de  temps,  de  celles  de  supérieur  de  la  maison  (d'enseigne- 
ment) de  la  tradition.  D  mourut  en  cha*bân  de  l'année  794  (sic)  et 
fut  enterré  dans  le  cimetière  [maqbarah)  des  Soûfys,  auprès  de  son 
chaykh  ebn  Taymiyeb  (N,  f  9  r*-v').  —  Au  lieu  de  794 ^  il  faut  lire 
774,  voir  ci-devant  note  4. 

«  Bo^ra ,  un  des  villages  de  Baghdâd ,  près  de  'okbara.  >  Marâted, 

"  Le  grand  savant,  le  qâdy  en  chef  Tâdj  ed-dîn  Abou  Nasr  *abd 
El  Wahhâb ,  fils  du  chaykh  Jaqy  ed-dîn  Abou'i  Hasan ,  d  Ans&ry,  ^ 
el  Khazradjy.  es-Sohky,  naquit  au  Caire  Tannée  727  ou,  dit-on,  728. 
Il  vint  à  Damas  avec  son  père  en  djoumâda  2*^  de  Tannée  739.  H 
professa  à  \A*azlztyeh,  à  la  Grande  *âdéliyeh,k  la  Ghazzâliyeh,  à  la 
'adrâwiyeh,  aux  deux  Châmiyek ,  k  la  Nâsériyeh ,  à  VArrdniyeh ,  et  exerça 
ies  fonctions  de  supérieur  de  cette  maison  (d'enseignement)  de  la 
tradition  VAchrajiyeh.  Il  mourut  martyr  de  la  peste  en  donl  hedjdjdi 
de  Tannée  771  et  fut  enterré  dans  la  turbeh  des  Sobky,  au  pendiant 
du  Qâsyoûn,  à  l'âge  de  quarante-quatre  ans  (N ,  f  9  v'). 
^*  Le  qâdy  en  chef  Wdy  ed-dîn  Abou  Dorr,  fils  de  Bahâ  ed-dîn 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  293 

Abou'l  baqâ  Mohammad ,  es-Sobky,  naquit  au  Caire  en  djoumâda  2^ 
de  Tannée  735.  li  professa  à  la  Châmiyeh  intra  maros,  à  ia  Rawâhiyek, 
à  YAtâhékiyeh  et  à  ia  Qaymariyeh,  Il  fut  ensuite  investi  des  fonctions 
de  qâdy,  de  prédicateur,  de  supérieur  de  la  maison  (d'enseignement) 
de  ia  tradition ,  et  de  diverses  chaires  revenant  aux  qâdys ,  en  Tan* 
née  777,  pendant  huit  ans  et  demi,  jusqu'à  sa  mort  qui  eut  lieu  en 
chawwâi  de  l'année  785.  Il  fut  enterré  auprès  de  son  père,  dans  la 
turheh  des  Sohky,  au  penchant  (du  Qâsyoûn)  (N,  f  10  r*-v"*). 

On  voit  que  c'est  à  tort  que  'abd  El  Bâset  désigne  Abou  Porr 
comme  fils  de  Tâdj  ed-din  es-Sobky;  celui-ci  naquit  d'ailleurs  en 
737  ou  728.  Le  copiste  aura  sans  doute  omis  un  nom  après  Tâdj 
ed-dîn ,  celui  de  Bahâ  ed-dîn ,  qui  était  aussi  un  Sobky  et  qui ,  né  en 
rabi"  1*'  de  l'année  707,  vint  d'Egypte  à  Damas  où  il  mourut  en  djou- 
mâda 1"  de  l'année  777.  Cf.  N,  f  10  r"-v*. 

^  L'imâm  Zayn  ed-din  Abou  Hafs  *omar  ebn  Moslem  ebn  Sald 
ebn  'omar  ebn  Badr  ebn  Moslem ,  el  Qorachy,  d  Malahy,  naquit  en 
cha*bân  de  l'année  724*  Il  avait  dépassé  la  quarantaine  quand  il  vint 
à  Damas.  Il  professa  à  la  Mcuroûrlyeh,  puis  à  Ia  Nâsériyeh,  qu'il 
échangea  ensuite  pour  ÏAtâhékiyek,  qui  lui  fut  plus  tard  enlevée. 
Lorsque,  en  l'année  791  (771  ?)i  son  fils  Chéhâb  ed-dîn  Ahmad 
fut  investi  de  la  charge  de  qâdy,  il.  lui  laissa  les  fonctions  de  prédi- 
cateur et  celles  de  professeur  de  ia  Nâsérvyeh  et  de  VAtâbékiYeh,  On 
lui  confia  ensuite  (la  direction  de)  cette  maison  (d'enseignement) 
de  la  tradition  VAchraJiyeh.  Mais  quand  vint  le  règne  d'ez-Zâher 
Barqoûq,  il  fut  saisi  et  emprisonné  avec  son  fils  dans  ia  citadeUe  et 
on  leur  extorqua  de  fortes  sommes.  Son  fils ,  dont  nous  venons  de 
parler,  donna  des  leçons  à  la  halqah  la  Kendiyeh ,  dans  ia  grande- 
mosquée  omayyade,  en  rabî*  i"de  l'année  776. 

(Zayn  ed-dîn)  mourut  en  prison  dans  ia  citaddle  de  Damas  en 
doul  hedjdjeh  de  l'année  79a  et  fut  enterré  à  el  Qobaybàt  (les  petites 
coup<des).  Son  tombeau  est  câèbre;  (il  est  situé)  à  l'extrémité  de 
la  Mazra'ah  orientale,  (à  côté  du  ?)  mazâr  (tombeau)  connu  sous 
le  nom  de  Sohayb  er-Roûmy,  au  sud  de  ia  Zouwayzâniyeh  et  au  nord 
delà  lâwyeh  d'er-Réâ*y,  au  sud  de  l'hippodrome  des  cailloux  (N, 
P  10  v"-ii  r*). 

c  El  Qobaybàt,  un  des  lieux  habités  par  les  Arabes  sédentaires  de 
Damas ,  du  côté  du  sud.  »  Marâsed. 

Ez-Zâher  Barqoûq  commença  à  régner  en  784  (i382). 

On  trouvera  plus  loin ,  à  propos  du  tombeau  de  Sohayb  er-Roû- 
my, le  compagnon  de  Mahomet,  l'inscription  qu'on  y  lit. 


204  MARS-AVRIL    1894. 

*^  Le  hâfez  Ghams  ed-dîn  Abou  'àbd  Allah  et  Abou  Bakr  Moham- 
mad  ebn  Bahâ  ed-dîn  Abî  Bakr  *abd  Allah  ebn  Nâser  ed-dîn  Moham-r 
mad  ebn  Ahmad  ebn  Modjâhed  ebn  Yoùsef  ebn  Mohammad  di>ii 
Ahmad  ebn  'sdy,  é.  Qaysy,  ed-Démachqy,  le  châfé'îte,  le  tradition- 
niste,  connu  sous  le  surnom  honorifique  de  son  aïeul,  naquit  à 
Damas  Tannée  777.  Le  chaykh  Taqy  ed-dîn  el  Asady  dit  :  fil  mourut 
en  radjah  de  l'année  8^2,  la  nuit  du  (jeudi  au)  vendredi  26  da 
mois.  La  prière  fut  faite  sur  lui  le  lendemain  avant  la  prière,  dans 
le  djâm^  et-tawbeh,  et  il  fut  enterré  au  cimetière  (maqéber)  de  hàh  et 
farâdis,  à  son  extrémité  nord-ouest»  (N,  P  11  r**-v*). 

H.  Khal.,  qui  cite  de  lui  de  nombreux  ouvrages,  donne  84o 
pour  la  date  de  sa  mort. 

^  Le  chaykh  *M  ed-dîn  (ebn)  es-Sayrafy,  le  jurisconsulte  Abou'l 
Hasan  'aly  ebn  'otmân  ebn  'omar  ebn  Sâleh,  ed-Démachqy,  le  tra- 
ditionniste,  naquit  Tannée  778.  Il  occupa  par  délégation  la  chaire 
de  la  Châmiyeh  extra  muros  et  de  la  Ghazzâliyeh  et  donna  des  leçons 
dans  cette  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition.  Il  mourut  à  Da- 
mas  Tannée  844  et  fut  enterré  au  cimetière  (maqharah)  de  hàh  €$" 
saghir,  à  son  extrémité*  méridionale ,  en  face  de  la  porte  du  mosalla 
(N,  11  v°). 

^  H.  Khal.  ne  paraît  pas  faire  mention  de  cet  auteur. 

^  Cet  ebn  Hadjr  ayant  succédé  à  ebn  Nâser  ed-dîn,  qui  mourut 
en  842,  peut-être  s'agit-il  ici  de  Ghéhâb  ed-dîn  Ahmad  ebn  *aly 
ebn  Hadjr  el  'asqalâny  dont  H.  Khal.  mentionne  un  grand  nombre 
d'ouvrages  et  qui  mourut  en  852  (Comm.  7  mars  i448). 

^  On  y  voit  l'inscription  suivante  (n°  293  de  ma  collection)  : 
cAu  nom  de  Dieu,  etc.  A  constitué  en  waqf  cette  madraseh  bénie, 
«  dans  le  but  de  plaire  à  Dieu,  qu'il  soit  excdtél  le  maître,  le  sultan, 
«le  malek,  le  savant,  le  juste,  le  victorieux,  l'aidé  de  Dieu,  el  Achraf 
«  M ozafiPer  ed-dîn  Abou  1  fath  Moûsa ,  fils  du  maître  le  sultan  di  mdek 
«d  *âdel  Sayf  ed-dîn  Abou  Bakr,  fils  d'Ayyoûb,  que  Dieu  Tagrée  et 
«lui  donne  le  paradis  pour  récompense!  en  faveur  des  HanbdLîtes 
«qui  viennent  (à  Damas)  et  il  lui  a  constitué  en  waqf  la  moitié  du 
«  village  de  Bozâ'a  dans  le  Béqâ*  el  *azîzy  et  tous  ses  points  culmi- 
<nants(?]  (L^^i^),  dans  Tannée  634.» 

^  Le  Qâsyoûn  est  une  montagne  au  nord  de  Damas  (le  mont.Ca- 
sius)  et  sur  le  penchant  de  laquelle  se  trouve  la  Sâléhiyeh  (Ebn 
Batoûtah,!,  23 1). 

*''  Dans  la  biographie  du  sâheb  (  vizir)  Taqy  ed-din  Tawbah  ebn  Mo- 
hâdjer  et-Takrîty,  connu  sous  le  nom  à'el  Bayyi»  e»-Saqqâ*y  (P  a8  v') 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  295 

parie  de  sa  turbeh  qu'il  avait  construite  au  Qàsyoûn  et  qui  fut  in- 
cendiée iors  de  l'invasion  des  Tatârs.  Et-Takrîty  mourut  l'année  699. 

•  Takrit  —  le  vulgaire  prononce  Tekrît  —  ville  câèbre,  entre 
fiaghdâd  et  Mosoul ,  à  trente  parasanges  de  Baghd&d ,  à  l'ouest  du 
Tigre;  die  possède  une  citadelle  très  forte  dont  un  des  côtés  est 
(tourné)  vers  le  Tigre.»  Marâsed, 

^  Ebn  Mofleh  a  dit  dans  ses  Classes  :  <  *abd  Allah  ebn  'abd  El 
Ghany  ebn  'aly  ebn  Soroàr,  d  Moqaddasy,  puis  ed-Démachqy,  Dja- 
mâi  ed-dîn,  mourut  le  jour  de  vendredi  5  ramadan  de  l'année  729 
(fie,  pour  629)  et  fut  enterré  au  penchant  (du  Qâsyoûn)»  (N, 

P   13  V"). 

Le  chaykh  Taqy  ed-dîn  ebn  Mofleh  composa  une  Suite  aux  Classes 
(TaUmqât)  des  HanbaUtes  par  le  qâdy  hanbalite  Abou'l  Hosayn  Abou 
Ya'la  d  Farrâ.  Cf.  H.  Khd.,  IV,  i35. 

^  Le  chaykh  de  la  montagne,  l'imâm  Chams  ed-dîn  Abou  Mo- 
hammad  *abd  Ër-Rahman,  fils  du  chaykh  Abou  *omar  Mohammad, 
fils  d'Ahmad ,  fils  de  Qodâmah,  le  hanbalite,  fut  le  premier  à  être 
investi  de  la  charge  de  qâdy  des  Hanbalites  à  Damas ,  charge  qu*il 
abandonna  ensuite,  ainsi  que  des  fonctions  de  professeur  à  VAchra- 
fiyeh  de  la  montagne.  Il  mourut  la  nuit  du  (lundi  au)  mardi  fin  de 
rabî*  i*'de  l'année  682 ,  à  l'âge  de  quatre-vingt-cinq  ans,  et  fiit  en- 
terré dans  le  dmetière  (maqharah)  de  son  père  (N,  T  12  v°-i3  r*). 

Cf.  Quatremère,  Mamloàks,  II,  68. 

^  Chams  ed-din  ebn  d  Kamâl  Abou  *abd  Allah  Mohammad  ebn 
*abd  Er-Rahîm  ebn  'abd  El  Wâhed  ebn  Ahmad,  d  Moqaddasy,  le 
hanbalite ,  naquit  Tannée  607. 11  fut  investi  de  la  charge  de  supé- 
rieur de  la  Djrâîyeh  et  de  ceUe  de  VAchraJiyeh  de  la  montagne.  Q 
mourut  le  9  djoumâda  2'  de  l'année  688  (N ,  P  i3  r**). 

^  Le  qâdy  en  chef  Charaf  ed-dîn  Abou'l  fadl  Hasan  (ou  dHasan), 
fils  du  chaykh  Timâm  le  }âiat(h  Charaf  ed-dîn  Abou  Bakr  'abd  Allah , 
ffls  du  chaykh  Abou  'omar,  el  Moqaddasy,  naquit  l'année  638  et 
mourut  la  nuit  du  (mercredi  au)  jeudi  22  chawwâl  de  l'année  696. 
n  fut  enterré  dans  le  cimetière  [maqharah]  de  son  aïeul,  au  pen- 
chant (du  Qâiyoûn)  (N,  f  i3  r^-v'). 

"  Le  copiste  a  omis ,  avant  *eiz  eddîn ,  le  nom  de  son  père  Taqy 
ed-dîn  Solaymân  ebn  Hamzah  ebn  Ahmad  ebn  *omar  ebn  Abi  *omar, 
d  Moqaddasy,  le  hanbalite,  né  au  milieu  de  radjah  de  l'année  628 , 
mort  la  nuit  du  (dimanche  au)  lundi  2 1  dou'l  qa'deh  de  l'année  716, 
à  rage  de  quatre-vingt-huit  ans.  *ezz  ed-dîn  mourut  en  safar  de  Tan- 
née 731,  âgé  de  trente-six  ans  (N,  P  id  r**). 


296  MARS-AVRIL   1894. 

^  Badr  ed-dîn,  fils  de  'ezz  ed-din,  fiis  deTaqy  ed-dinSolaymân, 
el  Moqaddasy,  puis  ed-Démackqy,  était  qâdy  en  chef.  H  professa  à 
la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  YAchrafiyeh  da  penchant 
(du  Qâsyoûn)  et  aussi  à  la  Djawzijreh,  dont  la  moitié  de  la  chaire 
lui  appartenait.  D  mourut  la  nuit  du  (mercredi  au)  jeudi  5  rabt*  i" 
de  Tannée  670  (lire  770)  (N,  f  U  r»).. 

^  Ebn  Katîr  a  dit  dans  sa  Chronique,  sous  Tannée  733:  cLe 
chaykh  considéré ,  le  moammaar,  le  voyageur,  Bahà  ed-dîn  Abon  Mo- 
hammad,  fils  du  chaykh  Badr  ed-dîn  Abou  Ghâkb,  constitua  en 
waqf,  sur  la  fin  de  ses  jours,  sa  maison  connue  sous  le  nom  de  mai- 
son (d'enseignement)  de  la  tradition  et  investit  des  fonctions  de  pro- 
fesseur à  cette  école  ech-Ghéhâb  d  Adra*y»  (N,  i4  v"). 

Sur  la  Chronique  (ta*rikh)  d'Ebn  Ka^r,  voir  H.  KhaL.  U,  a 4,  et 
Hist.  or,  des  Crois,,  I,  Introduction,  Ln. 

On  donnait  le  titre  de  mo'ammar  à  ceux  qui  parvenaient  à  un  âge 
très  avancé  (Die  Chroniken  der  Stadt  Mekkà,  éditées  par  F.  Wûsten- 
fdd,  U,  i4i  du  texte  arabe). 

^  •Adré'ât,  vdle  sur  les  confins  de  la  Syrie  et  avoisinant  le  ter- 
ritoire d'el  Bidqà.  »  Marâsed» 

Ahmad  ebn  Hamdâu  ebn  Ahmad  ebn  'abd  Allah  ebn  *abd  £1' 
Wâhed  ebn  *abd  El  Ghany  ebn  Mohammad  ebn  Sâlem  ebn  Dâoûd 
ebn  Yoûsef  ebn  Djâber,  el  Adra*y,  puis  ed-Démachqy,  puis  d  Ha- 
laby,  le  châfé'ite,  l'imâm  Aboû'l  'abbâs,  fils  du  chaykh  Ghéhâb  ed- 
dîn,  naquit  dans  l'un  des  deux  djoumâda  de  Tannée  708,  à  Adré'ât 
en  Syrie  et  grandit  à  Damas.  D  se  transporta  dans  la  suite  à  Halab , 
où  il  se  fixa.  Il  professa  à  la  madraseh  la  Baldaqijeh  (?) ,  située  à 
Touest  de  la  KaJlâseh,  à  la  madraseh  la  Zâkériyeh,  à  la  madraseh 
VAsadijeh  et  à  la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la  Bakâ- 
îyeh.  Sa  mort  eut  lieu  le  jour  de  dimanche  2  5  djoumâda  2**  de  Tan- 
née 783.  La  prière  fut  faite  sur  lui  dans  la  mosquée-cathédrale 
omayyade  à  Halab  et  il  fut  enterré  en  dehors  de  hâb  el  maqâm,  en 
face  de  la  turbeh  d'ebn  es-Sâheb  et  à  proximité  de  cdle  de  Soûdoûn 
(N,  i4  V-i5  r'*). 

^  Le  ChartfCha.ms  ed-dîn  Abou'l  mahâsen  et  aussi,  dit-on,  Abou 
'abd  Allah,  el  Hosayny,  ed-Démachqy,  naquit  Tannée  716  et  mourut 
encha'bân  766.  Il  fut  enterré  au  Qâsyoûn  (N,  f  i5  r^-v""). 

'^  Sur  le  terme  halqah  signifiant  une  sorte  de  collège,  d'académie, 
une  réunion  qui  se  formait  autour  d'un  professeur,  et  qui  avait  pour 
objet  l'étude  de  la  théologie,  des  sciences,  de  la  littérature,  cf.  Quatre- 
mère,  Mamloûks,  I,  2*  p.,  p.  199. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  297 

»  Khfdâ  ebn  Kaykaldy  ebn^abd  Allah,  i'imâm  Sdâh  ed-dîn  Abou 
Sa'îd  ebn  di  *alây,  ed-Démacbqy,  châfé'îte,  naquit  dans  l'un  des  deux 
rabî*  de  Tan  691.  H  fut  chargé  d'enseigner  la  tradition  à  la  Nâsé- 
riyehea  718,  professa  à  VAsadiyeh  Tannée  733  et  à  la  kalqah  du 
seigneur  de  Hems  l'année  738.  Il  alla  ensuite,  en  731,  donner  des 
leçons  à  la  madraseh  la  Salâhiyek  à  Jérussdem ,  où  il  fut  nommé 
supérieur  de  la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la  Say- 
fyek,  H  mourut  à  Jérusalem ,  âgé  de  soixante-neuf  ans ,  le  3  mo- 
harram  de  l'année  761  (N,  f  i5  v"-i7  r^). 

^  Le  grand-émir  *alam  ed-dîn  Sandjar  le  turc ,  es-Sâléhy,  Abou 
Moûsa  ed'davoàdâry,  arriva  du  pays  des  Turcs  vers  l'année  64 o. 
Ez-Zâher  (Baybars)  lui  donna  un  émirat  à  Halab.  Il  vint  ensuite  à 
Damas  et  fut  investi  une  fois  des  fonctions  de  châdd  (intendance^  in- 
spection). 11  devint  après  cela  un  des  compagnons  de  Sonqor  el  ach- 
qar  (le  roux);  puis  fut  saisi  et  rétabli  ensuite  dans  la  position  qu'il 
occupait  et  même  plus.  Quelque  temps  après ,  il  reçut  un  fief  [Wiphz  ) 
et  un  commandement  de  mille.  Sa  situation  grandit  et  son  rang 
s'éleva  sous  le  règne  d'd  malek  d  Mansoûr  Heusâm  ed-dîn  Lâdjîn, 
qui  lui  donna  le  commandement  de  l'armée  dans  l'expédition  de 
Sis.  On  lui  doit  nombre  de  bonnes  œuvres  et  des  fondations  pieuses 
à  Damas  et  à  Jérusalem.  Il  assista,  déjà  msdade,  à  la  bataille  (de 
Hems)  et  se  réfugia  avec  ses  compagnons  à  Hesn  el  akrâd  (le  châ- 
teau des  Kurdes  ) ,  où  il  mourut  la  nuit  du  (jeudi  au)  vendredi  3  ra- 
djah 699  (N,  P  17  v').  —  Cf.  Quatremère,  Mandoûks,  U,  2*  p., 
173. 

Dawàdàry  signifie  c  qui  a  appartenu  à  un  dawâdâr  ».  Sur  la  fonc- 
tion de  dawâdâr  (litt,  porte-écntoire ) ,  cf.  Quatremère,  MomZod/ff, 
I,  118. 

Sur  les  termes  châdd  et  mochedd,  cf.  ibid,,  I,  58,  et  2*  p.,  i4o. 
••Hetn  el  akrâd»  château  très  fort  sur  la  montagne  faisant  face  à 
Hems.  C'est  la  montagne  d'el  Djalîl  qui  se  relie  au  mont  Liban, 
entre  Ba'albakk  et  Hems.  »  Marâsed, 

^  'dy  ebn  Ibrahim  ebn  Dâoûd,  le  chaykh  'alâ  ed-dîn  Abou'l  Ha- 
san,  fils  d'el  Mowaffaq  di  'attâr  (le  droguiste),  fils  d'et-tabîb  (le 
médecin),  le  châfé'îte,  chaykh  de  la  maison  (d'enseignement)  de  la 
tradition  la  Noûriyeh  et  professeur  à  la  Qoûsiyeh  et  à  la  *alamiyeh, 
c'est-À-dire  celle-ci,  non  la  *alamiyek  hanafîte,  naquit  le  jour  de  la 
fête  de  la  rupture  du  jeûne  de  Tannée  654  et  mourut  l'année  724* 
le  premier  jour  de  dou'l  hedjdjeh.  Il  fut  enterré  au  Qâsyoûn.  En 
f  année  701,  U  avait  été  frappé  de  paralysie  et  se  faisait  porter  dans 

ni^  20 

UUrRlMEKII    «ATIOIALB. 


298  MARS-ÂVRIL    1804. 

une  litière  aux  madraseh  et  à  la  grande-mosquée  (N,P  18  r^'V). 

*^  Noûr  ed-dîn  Abou  *abd  ^ah  Mohammad  ebn  Nadjm  ed-dîn 
Abi  Bakr  Mohammad  ebn  'omar  ebn  Abî  Bakr  ebn  Qawâm ,  'aly 
ebn  Qawâm,  dl  BMésy  d'origine,  ed-Démachqy,  connu  sous  le  nom 
d'ebn  Qawâm,  naquit  en  ramadan  de  Tannée  717.  Il  professa  à  la 
Nâsériyek  extra  muros ,  après  son  père ,  pendant  plusieurs  années , 
et  au  rébât  ed-Dawâdâry,  en  dedans  de  hâb  elfaradj.  Il  mourut  en 
rabî*  3^  de  l'année  765  et  fiit  enterré  sur  le  penchant  du  Qâsyoûn 
dans  leur  zâwyeh  (la  zâwyeb  des  Banou  Qawâm)  (N,  f  19  r^). 

€  Bédés,  ville  de  Syrie,  entre  Kelàh  et  er-Raqqah.  Elle  est  située 
sur  le  côté  occidental  de  TEupbrate,  à  peu  de  distance  de  la  riye, 
et  au-dessous  de  Seffin.  »  Maràsed, 

On  trouve  Tinscription  suivante  (n*  387  de  ma  collection)  qui 
concerne  son  aïeul  *omar,  fils  d'Abou  Bakr,  dans  la  tékyeh  d'ebn 
Qawâm,  près  de  Dayr  Morrân: 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  —  Qor'ân,  IX,  21.  —  Ceci  est  la  tarbeb 
f  du  serviteur  qui  a  besoin  de  la  miséricorde  de  son  Seigneur,  Timâm ,  le 
«  chaykb ,  l'homme  pieux ,  l'ascète  ,1e  dévot ,  *omar,  fils  duchaykh  pieux 
c  Abou  Bakr  ebn  Qawâm ,  d  Bâlésy,  que  Dieu  sanctifie  son  cœur  l  Q 
«  mourut  à  la  miséricorde  de  Dieu ,  qu'il  soit  exalté  !  la  nuit  du  (jeudi 
«au)  vendretli  2*  safar  de  l'année  ...» 

L'inscription  de  son  bisaïeul  (n**  391)  est  sur  le  tombeau  à  cMé: 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  —  Qor\,  IX,  ai.  —  Ceci  est  la  turibeh 
«  du  serviteur  qui  a  besoin  de  la  miséricorde  de  son  Seigneur,  Timâm , 
«le  chaykh,  Tascète,  le  dévot,  le  contemplatif,  le  savant,  le  prati- 
«  quant,  le  chaykh  Abou  Bakr  ebn  Qawâm ,  el  Bâlésy,  que  Dieu  sanc- 
«  tifie  son  cœur  !  Il  mourut  à  la  miséricorde  de  Dieu ,  qu'il  soit  exidté  ! 
«le  jour  de  dimanche  fin  radjah  de  Tannée  658 ,  au  village  de  *alam , 
«  et  y  fut  enterré  dans  un  cercueil  de  bois.  Ensuite  son  fils ,  le  chaykh 
«  'omar,  le  transporta  au  penchant  du  Qâsyoûn  et  il  fut  enterré  dans 
«  sa  turbeh ,  à  Touest  de  Dayr  Morrân ,  dans  la  matinée  du  jour  de 
«  vendredi  9  moharram  de  Tannée  670.  » 

n  faut  san^  doute  lire  le  7,  correspondant  au  vendredi 
i4  août  1371. 

nDayr  Morrân,  près  de  Damas,  sur  une  colline  dominant  deè 
champs  de  safiran  (mazâr^  ez-zàfarân).  »  Maràsed, 

^  On  lit  dans  B  Sâmoûriyeh,  —  On  trouve  sur  le  linteau  de  la 
porte  de  la  khânqâh  l'inscription  qui  suit  (n**  ^73  de  ma  cdlection)  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  —  Qor.,  IX,  31.  —  A  constitué  en  waqf 
c  cette  khânqâh  bénie/  en  faveur  des  pauvres  qui  y  demeurent ^  celui 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  299 

•  qui  a  besoin  de  Dieu,  quUl  soit  exalté  !  Ahmad  ebn  Mohammad  es- 
«Sarmarry,  que  Dieu  lui  fasse  miséricorde  1  Et  il  lui  a  constitué  en 
«waqf  toute  la  portion  du  village  d*d  Hadjdjâdjiyeh;  un  (prât,  un 
c  tiers  de  qîr&t  et  deux  dixièmes  et  demi  de  qîrât  de  la  mazra^ak  (sise) 
«à  ech-Ghâghoûr,  la  maison  du  moulin,  un  jardin  voisin  du  village 
« d ex-Zanbaqiyeh ,  une  salle,  trois  magasins  aux  grains  voisins  de 

•  cette  khânqâh ,  un  salon  («xjuL*  ) ,  des  chambres  et  l'écurie.  Quiconque , 

•  après  avoir  entendu,  etc.  (Qor. ,  II,  177 ).  (Et  cela)  en  Tannée  696. 1 

Une  antre  inscription  (n**  456)  se  trouve  au-dessus  de  la  fenêtre, 
^ie  diffère  très  peu  de  la  précédente.  Ainsi,  «en  faveur  des  pauvres 
qui  y  demeurent»  est  supprimé;  on  y  lit  «une  mazra'akw  au  lieu  de 
cla  mazra^ahw;  «les  deux  tiers x,  au  lieu  de  «trois».  Par  contre, 
cet  cda  »  n*existe  pas  dans  le  n**  472. 

^  Les  rues  de  la  nature  des  darb,  mais  qui  sont  si  étroites  qu*il 
ne  peut  y  passer  deux  hommes  de  front  ou  un  homme  chargé,  se 
nomment  ^\^,  pi.  iSjt  (De  Sacy,  "ahd  El  Latjf,  p.  385). 

^  Sayf  ed-dîn  Abou-1  'abbâs  Ahmad  ebn  Mohammad  ebn  'aly  ebn 
DjaTar,  el  Baghdâdy,  és-Sâmarry,  ainsi  appdé  de  son  lieu  de  nais- 
sance Sorr  man  ra*a  sur  le  Tigre  —  dont  on  forme  aussi  Tadjectif 
rdatif  Sarmary  —  possédait  de  grandes  richesses.  H  mourut  le  jour 
de  lundi  18  cha'bân  de  Tannée  696.  «En  686,  dit  ebn  Katîr,  il  fut 
mandé  de  Damas  en  Egypte  pour  procéder  à  la  vente  du  village  (  raé*) 
deHazramâ  qu'il  avait  acheté  de  la  fille  d'el  malek  d  Achraf  Moûsa. 
H  répondit  qu'il  en  avait  £ût  un  waqf.  *alam  ed-din  (Sandjar)  ech- 
Ghodjâ'y  était  chargé  de  cette  aifaire.  Nâser  ed-dîn  Mohammad ,  fils 
d*Abou  'abd  ASah ,  el  Moqqadasy,  se  jdaignit  de  ce  que  es-Sâmarry 
avait  acheté  ce  (viUage)  de  la  fille  d'el  Achraf,  alors  qu'dle  n'était 
pas  saine  d'esprit,  prouva  son  état  de  démence  par  devant  Zayn  ed- 
din  ebn  Makhloûf  et  fit  annuler  la  vente  d^mis  son  origine.  Es- 
Sâmarry  fut  oUigé  de  rembourser  pour  le  revenu  (uU^)  qu'il  avait 
touché  depuis  vingt  ans  a  00,000  derbams.  On  lui  prit  sa  portion 
de  la  Zanbaqiyeb,  dont  la  valeur  était  de  70,000  et  10,000  de  com- 
plément. On  le  laissa  dans  la  plus  grande  misère.  Ayant  ensuite  fait 
constater  que  la  princesse  avait  recouvré  la  raison,  on  lui  acheta 
ces  portimu  pour  ce  qu'on  voulut»  (N,  f  19  r**-v**). 

G>mp.  ce  récit  dans  Quatremère,  Mamloûkt,  II,  89;  mais  ce  sa- 
vant traduit  Sâmarry,  qu'il  écrit  Sâméry,  par  Samaritain.  Il  le 
nomme  Sermerày,  ibid,,  2*  p.,  54. 

E^-Sacfqâ'y  donne  (P  i3)  la  biographie  d'es-Sâmarry  et  dit  qu'il 
iïit  eolerré-  dans  sa  maison  connue  sous  le  nom  de  maison  d'ebn 


20 


300  MARS'ÂVRtL  1894. 

Qawàm,  sise  dans  lame  des  châ^ârin  et  dont  il  fîit  fait  une  zâwyeh. 
—  On  la  trouve  aussi  dans  le  FawàJt  el  wafayât,  I,  83. 

tSorr  mon  ra'a  et  Sarr  mon  ra*a,  Qudqu'un  a  dit  que  son  nom 
était  anciennement  Sâmarra.  Quand  d  Mô'ta^em  la  bâtit,  il  Tappda 
Sorr  man  rà'a.  » 

tSâméra,  locution  emjdoyée  pour  Sorr  man  ra*a.  C'est  la  ville 
que  construisit  d  Mo'tasem  entre  Baghdâd  et  Takrît.  On  dit  de 
différentes  manières  :  Sâmarra,  Sâmarrâ,  Sorr  man  râ*a  et  Sorr 
man  ra ,  Sa*  man  râ  et  Sâmarrah.  Elle  est  établie  sur  la  rive  orien- 
tale du  Tigre,  au-dessous  de  Takrît.  Quand  d  Mo*taded  la  quitta 
pour  habiter  Baghdâd,  die  tomba  en  ruines  et  il  n'en  reste  aujour- 
d'hui qu'une  minime  partie.  Cette  ville  a  une  longue  histoire.  Ce 
qui  en  reste  actuellement  est  un  endroit  qu'on  appdait  d  "askar, 
d*oii  était  originaire  *aly  ebn  Mohammad  ebn  *aly  ebn  Moûsa  ebn 
DjaTar,  ainsi  que  son  fils  el  Hasan  ebn  'aly;  on  les  appdle  les  deux 
^askary,  parce  qu'ils  y  habitaient  et  qu'ils  y  forent  enterrés.  Par-des- 
sus leurs  tombes  s'dève  un  machkadtoh  on  vient  les  visiter.  Dans 
c«tte  chapdie  sépulcrale  est  une  cave  où  se  trouve  un  conduit  sou- 
terrain. Les  Râfédîtes  prétendent  qu  el  Hasan  ebn  *aly  dont  nous 
venons  de  faire  mention  avait  un  fils  en  bas  âge,  nommé  Moham- 
mad ,  qui  disparut  dans  ce  conduit  et  jusqu'à  présent  ils  l'attendent.  ■ 
Maràied, 

^  Chéhâb  ed-dîn  Ahmad  ebn  'alâ  ed-din  *aly  ebn  Qawâm ,  châTé- 
'ite,  mourut  le  jour  de  dimanche  26  radjah  de  Tannée  8a 5  et  fut 
enterré  à  ia  Rav^dah  (N,  P  19  v<*). 

««  Chéhâb  ed-dîn  ebn  [tic)  'abd  El  Halîm  ebn  Madjd  ed-dîn  'abd 
ËS'Sfdlâm  ebn  *abd  ^^ah  ebn  el  Qasem  ebn  Mohammad  ebn  d  Khedr 
ebn  Taymiyeh,  d  Harrâny,  mourut  à  Damas  la  nuit  du  (samedi  au) 
dimanche  fin  de  dou'i  hedjdjeh  de  l'année  68a  et  fut  enterré  dans 
le  cimetière  (matiâher)  des  Soùfys  (N,  f*  19  v'-ao  r"). 

*^  Taqy  ed-dîn  Âbou'l  *abbâs  Ahmad  ebn  'abd  £1  Hdîm  ebn'abd 
Es-Sallâm  ebn  Taymiyeh ,  d  Harrâny,  professa  le  jour  de  lundi 
a  moharram  de  l'année  683,  à  la  maison  (d'ensdgnement)  de  la 
tradition  la  Sakariyeh,  qui  est  aux  QassâHn.  Il  avait  alors  vingt- 
deux  ans.  Il  était  né  le  jour  de  lundi  10  rabî*  1*'  de  l'année  661,  à 
Harrân.  Il  vint  à  Damas  avec  ses  parents  Tannée  667.  Il  composa 
des  ouvrages  et  mourut  à  Damas ,  dans  une  salle  où  il  était  empri- 
sonné, à  la  fin  de  la  nuit  du  (dimanche  au)  lundi  22  4<>u'l  qa'deh 
de  Tannée  738.  La  prière  fut  faite  sur  lui  par  son  frère  Zayn  ed- 
din  'abd  Er-Rahman  au  marché  aux  chevaux,  après  la  sortie  du 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  301 

convoi  funèbre  par  hâh  el  faradj,  B  fat  enterré  à  côté  de  son  frère 
'abd  Allah  (N,f»  20  r'-v*). 

c  Harrân  est  aussi  un  viUage  dans  la  Ghoûtah  de  Damas.  »  Marâ- 
sed,  . 

^  Le  hâfez  Abou  'abd  Allah  ed-Dahaby,  Mohammad  ebn  Ahmad 
ebn  'otmân  ebn  Qâyâzib  'abd  Allah,  le  turkomân,  el  Fâréqy  d ori- 
gine, ed-Démacbqy,  le  châfé'ite,  rimâm,  Thistorien  de  la  Syrie, 
Ghams  ed-dîn ,  naquit  Tannée  678  à  Damas.  Il  composa  des  ouvrages 
utiles,  entre  autres  les  Annales  de  l'islamisme,  en  20  volumes.  D  fut 
invetfti  de  la  charge  de  supérieur  à  la  Zâhériyeh,  anciennement,  à 
la  Najlsiyeh ,  à  la  Fâdéliyek ,  à  celte  Sakariyek ,  à  Onun  es-Sâlek  et 
dans  d^autres  collèges.  Il  ne  cessa  d'écrire  et  de  composer  jusqu'à 
Tannée  74 1,  époque  à  laquelle  il  devint  aveugle.  Il  mourut  à  Damas 
la  nuit  du  (lundi  au)  mardi  3  dou'l  qa'deh  de  Tannée  748  et  fut 
enterré  au  cimetière  de  bâb  es-saghtr  (N,  f  10  v*-2i  r°). 

H.  Khid.  Élit  mention  du  Ta*rihh  el  islam  sous  le  nom  de  Ta*rtkh 
ed'Dakahy,  II,  i3i.  —  Cf.  aussi  la  notice  dans  Hist  or,  det  Crois., 
I,  Introduction,  XLTn. 

^  L'imâm  Sadr  ed-dîn  Solaymân  ebn  *abd  El  Hakim ,  el  Bârédy, 
le  mâlélûte,  Tach*arîte,  professeur  de  la  madraseh  la  Charâhtchiyeh 
de  Damas,  naquit  Tann^  678.  Sa  mort  eut  lieu  le  jour  de  dimanche 
5  djoumâda  3'  de  Tannée  749*  H  fut  enterré  dans  la  Charàbiehiyeh 
(N,f'2i  r*-V»). 

"*  Ou  Ckaqtchaqiyeh,  Je  suis  la  leçon  de  N;  B  porte  Chaqchaqiyeh. 

'^  Si  la  rue  hâreh  est  ouverte  par  les  deux  extrémités ,  eBe  prend 
le  nom  de  v^^^  >  P^*  Vi;*^  •  ^^^r^  ^^  général ,  un  chemin  qui  conduit 
à  un  antre  chemin  s'appdle,  en  Egypte,  darb  (De  Sacy,'a6(l  El  La- 
Hf,  385). 

**  Ici  le  texte  porte  jg^l.ft.l.a-Jt . 

"  U^^uft  ^J\S^ .  C'est  ainsi  qu'on  lit  dans  les  deux  manuscrits  du 
British  Muséum, 

^  B  :  t«Xfi  LfJ  \Osi  \S  U;  N  :  fos;  L^  )«X£  \S  U,  comme  le  ms. 
de  Londres,  add.  i8533.  Dans  le  second  cas,  on  pourrait  peut-être 
traduire  :  i Quel  mérite  transcendant  a-t-ii  donc  montré?» 

»  N  (P22  v»)  écrit i^,^l. 

**  Ebn  Batoûtah,  I,  202  :  fDu  côté  oriental  de  la  cour  (de  la 
noosquée  omayyade)  se  trouve  une  porte  qui  conduit  à  une  mosquée 
admiraUe  par  son  .emplacement  et  qu'on  appeBe  le  mackhad  de  *alY, 
fils  d'Abon  TMeb.» 


302  MARS-AVRIL   1894. 

"  Qaatremère ,  Mamloûks  ^  I ,  a*  p. ,  1 98 ,  traduit  ce  mot  par  «  effets  i. 

^  Mohammad  ebii  'orwah  ei  Mawsây  demeurait  à  Jérusalem, 
mais  il  était  un  des  compagnons  particuliers  d'd  midek  d  Mo*azzam. 
n  se  transporta  à  Damas  lorsque  ce  prince  détruisit  les  remparls 
de  la  ville  sainte  (N,  P  2 1  v"-22  r"). 

^  On  appelle  motcdla  ou  lieu  de  prière  une  grande  place  en  plein 
air,  où  le  peuple  se  réunit  pour  faire  la  prière  en  certaines  occa- 
sions, et  particulièrement  «aux  deux  beîrams  (De  Sacy,  Ckrettoma- 
thie,  I,  191). 

^  Ou  f  pavillons •,  et  Quatremère,  Mandoûks,!,  241;  mais  je 
crois  qu'ici  il  s'agit  plutôt  du  mausolée  de  Toghtékîn. 

^^  B  porte  (^t^CujLL?  et  pardessus  ce  mot  :  ^ôSa  sici,et  N  ^^JJ^\ô•, 
il  faut  certainement  lire  çj»CjJg>.  L'auteur  a  probaUement  en  vue 
Zahîr  ed<lm  Abon  Mansoûr  Toghtékîn  l'atâbek,  qui  en  49*7  (iio4) 
succéda  à  Doqâq,  seigneur  de  Damas.  Cf.  Hist,  or,  des  Croii,»  ni, 
494. 

'^  Fakhr  ed-dîn  ebn  'asâker  'abd  £r-Rabman  ebn  Mo)iammad  ebn 
el  Hasan  ebn  Hébat  Âilah  ebn  *asâker,  Abou  Mansoûr,  ed*Démachqy, 
chaykh  des  Châféites  à  Damas,  n  ^>ousa  la  ^ie  de  son  chaykh 
Qotb  ed-din  Mas'oûd  en-Naysâboûry  et  professa  à  sa  place  à  la  Djà- 
roûWàyeh,  où  il  habitait  dans  une  des  deux  salles  qu'il  avait  oon>- 
struites  et  dans  laqudie  il  mourut.,  à  l'ouest  de  l'itiMin.  Q  fut  investi 
de  la  chaire  de  la  Salâhiyek-Nâsériyek  à  Jérusalem;  puis  el  *âdel 
le  nomma  professeur  à  la  Taqawijreh,  Lorsqu'el  *âdd  moarut  et  que 
Fakhr  ed-dîn  dla  faire  visite  à  son  fils  ei  Mo'azzam ,  qui  s'adonnait  à 
la  boisson ,  il  lui  reprocha  son  penchant  à  l'ivrognarie.  Le  prince 
lui  en  voidut  :  il  lui  enleva  la  chaire  de  la  Salâhiyeh  de  Jérusalem 
et  celle  de  la  Taqawiyeh,  et  il  ne  lui  resta  plus  que  la  Djàreûlàdyek , 
la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la  Noûriyek  et  le  maehkad 
d'ebn  *onvah.  Sa  mort  eut  lieu  le  jour  de  mercredi  après  Vasr, 
10  radjah  de  l'année  620.  Il  était  âgé  de  soixante-cinq  ana'.n  fut 
enterré  dans  le  cimetière  des  Soûfys ,  au  commencement,  près  de  son 
chavkh  Qotb  ed-dîn  Mas*oûd.  D  était  né  en  radjah  de  l'année  55o 
(N,>  22  i^-v*). 

Son  tombeau  porte  l'inscription  suivante  (n°  64 1  de  ma  collec- 
tion): 

t  Ceci  est  le  tombeau  de  edui  qui  a  besoin  de  la  miféricôide  de 

*  Ebn  KhallikAn,  qui  donne  sa  biographie ( II ,  gt),  dit  anm  qu'il  était 
né  en  55o.  11  avait  donc,  quand  il  monrat,  soixante-dix  ans. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  303 

c  son  Seigneur,  Fakhr  ed-dîn  'abd  Er-Rahman  ebn  d  Hasan  ebn  Hé- 
«bat  Allah  ebn  *asâker,  le  châféite.  H  mourut  le  lo  radjab,  jour  de 
«mercredi,  de  l'année  620.» 

Qotb  ed-dîn  en-Naysâboûry,  dont  on  trouve  la  biographie  dans 
ebn  Khallikân.  lU,  35 1,  naquit  le  i3  radjah  5o5  (janvier  1112) 
et  mourut  a  Damas  le  3o  ramadan  678  (27  janvier  11 83).  Il  fut 
enterré  dans  le  cimetière  établi  par  lui  à  l'extrémité  ouest  de  Damas , 
près  de  celui  des  Soûfys.  Ebn  Khallikân  dit  avoir  visité  plus  d'une 
fois  son  tombeau. 

^  Mx^ammad  ebn  Yoûsef  ebn  Mohammad  ebn  Yaddâs,  iehâfez, 
le  grand  voyageur,  Zaky  ed-dîn  Abou  'abd  AUah  el  Berzâly  d  echbîly 
(de  Séville) ,  naquit  vers  l'année  677  environ.  H  vint  à  Damas  Tannée 
6o5 ,  puis  retourna  à  Mesr.  U  retourna  à  Damas ,  voyagea  dans  le 
Kfaorftsân.  le  pays  du  Djabal,  etc.,  et  rentra  au  bout  de  cinq  ans  à 
Damas  où  il  se  fixa.  Il  devint  l'imâm  de  la  mosquée  de  Qaloûs  (sic) , 
à  l'extrémité  de  l'hippodrome  de$  cailloux,  et  fut  investi  des  fonc- 
tions de  supérieur  au  machkad  d^  'arfâ  [sic,  pour 'orwah).  U  mourut 
à  Hamâh  le  1 4  ramadan  de  l'année  636.  Il  est  l'aïeul  de  notre  chaykh 
'alam  ed;dîn  el  Qâsem  ebn  Mohammad  d  Berzâly,  l'historien  de 
Damas,  qui  écrivit  une  Suite  à  l'ouvrage  du  chaykh  Chéhâb  ed-dîn 
Abou  Gbâmah  et  aux  Annales  duquel  j'ai  fait  moi-même  une  Saite 
(c'est  ebn  Katîr  qui  parie)  (N,  foi.  23). 

Je  n'ai  trouvé  nulle  part  la  localité  nommée  Berzâlah.  Le  nom 
de  Berzâly  vient  peut-être  de  la  tribu  berbère  les  Banou  Berzâl , 
mentionnée  par  ebn  Hawqai ,  éd.  de  Goeje ,  p.  60. 

^  Le  chaykh  Fakhr  ed-dîn  Abou  Mohammad  *abd  Er-Rahman  ebn 
Yoûsef,  el  Ba'albakky,  le  hanballte,  supérieur  de  la  maison  (d'ensei- 
gnement) de  la  tradition  la  Noûriyeh.  et  du  machkad  d'ebn  'orwah 
et  tapérieur  de  )a  Sadriyeh,  naquit  l'année  62 1,  et  mourut  en  radjah 
de  l'année  688  (N,fol.  2*3). 

*  Ainsi  nommée  parce  que,  anciennement,  on  fiibriquait  la  chaux 
(keb)  en  cet  endroit. 

^  Abou  Ghâmah ,  pariant  de  la  mort  de  Salâh  ed-dîn  (  Saladin  ) ,  dit 
que  sa  turbeh  est  voisine  du  lieu  dont  el  Fâdel  a  fait  une  addition 
dans  la  mosquée.  —  El  Fâdd,  'abd  £r-Rahîm  ebn  *âly  ebn  d  Hasan 
ebn  Ahmad  ebn  el  Faradj  ebn  Ahmad,  le  qâdy  Mohiy  ed-dîn,  ou,  a 
dit  qudqu'un ,  Moudjîr  ed-dîn ,  Abou'aly,  fils  du  qâdy  dAchraf  Abou'l 
Hasan,  el  Lakhmy,  el  Baysâny,  d  'asqdâny  par  la  naissance,  ei 
Mesry  du  lieu  où  il  grandit,  naquit  en  djoumâda  2'  de  l^année  529. 
omârah  d  Yamany  a  dit  (dans  son  Histoire  des  vizirs,  intitulée  m- 


304  MARS-AVRIL  1894. 

Nokatel  ^oiriyeh)  :  «Une  des  pins  belles  actions  d'û  *adel  ebn  05- 
SMch  ebn  Rozzyk  fut  Tordra  adressé  par  loi  an  gouvemenr 
d'Alexandrie  de  faire  partir  pour  la  Porte  (la  cour]  le  qâdy  el  Fâdel, 
qu'il  employa  dans  les  bureaux  militaires  (diwân  el  djayck  ou  0I 
djoyoûch).  Quand  Asad  ed-dîn  Chîrkoûh  s'empara  du  poavoii*,  il 
eut  besoin  d'un  secrétaire;  ayant  fait  venir  d  Fâdel,  ses  façons  et 
sa  physionomie  lui  plurent.  Lorsque  Salâh  ed-din  monta  sur  le 
trône ,  il  l'attacha  complètement  à  sa  personne.  El  Fâdel  rédigea  les 
coiTespondances  comme  personne  ne  l'avait  fait.  —  Ses  revenus,  y 
compris  son  traitement ,  s'âevaient  annuellement  à  environ  cinquante 
miUe  dinars,  sans  compter  son  commerce  avec  l'Inde,  le  Maghreb 
et  autres  (contrées).  D  mourut  subitement  le  7  rabf  s'  596,  jour 
de  l'entrée  d'el  'âdel  an  château  de  Mesr  (N,  fol.  ad  r*). 

On  trouve  la  biographie  du  qâdy  el  Fâdel  dans  ebn  Khatlîkân 
(Biogr.  dicU,  U,  11 1-1 15, et IV,  563et  suiv.),dansMaqrîzy  (KhéUU, 
II,  79  et  336)  et  dans  Abou'l  mahâsen,  ms.  ar.  n"  661.  Cf.  aussi 
Hist.  or.  des  Crois, ,  I ,  Introduction ,  lvi. 

"  £1  malek  d 'azîz  *émâd  ed-dîn  Abou'l  fath  *otmân ,  fils  de  Sala- 
din,  lui  succéda  sur  le  trône  d'Egypte  en  689  (1 193)  et  mourut  en 
696  (1198).  Il  était  né  au  Caire  le  8  djoumâda  i*'  567  (janvier 
117a). 

Sa  biographie  est  donnée  par  ebn  Khallikân,  Biogr,  dict..  Il,  igS- 

197- 
^  *abd  d  Bâset  dit  le  i  o;  en-No*aymy  et  ebn  Khallikân  indiquedt 

le  7,  ce  qui  est  plus  exact,  le  7  rabi*  3'  696  tombant  on  mardi 

d'après  ebn  Fatoûh  (nne  Mère  d'Astrolabe), 

^  Ebn  Khallikân  (II,  1 14)  dit  avoir  visité  |dusieurs  fois  le  tom- 
beau d'el  Fâdel  et  lu  la  date  de  sa  mort  sur  le  marbre  qui  l'entoure. 

^^  N  dit  que  cette  mazra^ah  était  contiguë  au  territoire  de  Hammoâ- 
riyeh.  B  écrit  Bartâya  et  Add.  i8533,  Boûtâyâ. 

^^  €  Hammoâriyeh ,  village  dans  la  Ghoûtah  de  Damas.  1  Marâsed. 

^^  Le  chaykh  Taqy  ed-dîn  'abd  Er-Rahman  ebn  Abf  1  fehm ,  el 
Yaldâny,  mourut  le  8  rabî*  1"  de  l'année  655  à  Yaldâ,  où  H  fat  en- 
terré. Il  était  âgé  de  cent  ans  environ.  Je  dis  :  c  La  |dnpart  de  ses 
livres  et  de  ses  recueils  écrits  de  sa  main  sont  constitués  en  waqf 
(et  déposés)  dans  la  biMiothèque  de  la  Fàdéliyeh,  (qui  fait  partie) 
de  la  Kallàseh »  ( N ,  fol.  2 5  r^). 

«  Yaldân,  un  des  villages  de  Damas;  ce  nom  perdqudqu^is  son 
nom  final.  »  Marâsed, 

»  En  l'année  657  (N ,  fol.  26 ). 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  305 

'*  Le  hàfez,  le  mo'ammar,  le  voyageur,  Taqy  ed-dîn  Abou'l  ma-âty 
Mohammad  ebn  Djamâl  ed-dîn  Abou  Mohammad  Râfé^ebn  Hadjoûch 
ebn  Mohammad  ebn  Châfé\  es-Ssdiâmy,  e»-Samîdy,  el  Mesry,  ainsi 
appelé  parce  qu'il  était  né  et  avait  grandi  à  Mesr,  puis  ed-^Démacbqy, 
naquit  en  dou'l  qa'deh  de  Tannée  704*  H  professa  dans  la  maison 
(  d'enseignement  )  de  la  tradition  la  Noûriyeh,  dont  il  fut  investi  après 
la  mort  d'el  Mezzy,  en  l'année  7^3,  et  à  la  Fâdélijeh,  (qui  est)  à  la 
Kallâseh ,  après  la  mort  d'ed-Dababy.  Il  réunit  des  articles  nécrolo- 
giques [wafayât)  dont  il  fit  une  Suite  à  el  Berzâly  et  composa  une 
Suite  de  YHistoire  de  Baghdâd  par  ebn  en-Nadjdjâr.  Il  fut  promu  à 
diverses  charges  de  supérieur  comme  celles  de  la  Qoûsiyeh  et  de  la 
'osroûniyeh.  Il  mourut  en  djoumâda  1*'  de  l'année  79^  et  fut  enterré 
à  bâb  es^saghtr  (N,  fol.  2 5  r'-v"). 

H.  Khal.,  U,  118,  lio,  et  VI,  456.  Les  Wafayât  vont  de  Tan- 
née  737  [Comm,  10  août  i336)  à  Tannée  774  [Comm,  3  juillet 
1372). 

^^  Chams  ed-dîn  Abou  *abd  Allah  Mohammad  ebn  Mohammad 
ebn  *abd  El  Karîm  ebn  'abd  El  Wz  ebn  Redwân  el  BaHy,  connu  sous 
le  nom  d'ebn  d  Maw^ly,  naquit  Tannée  699.  H  fut  appelé  à  Damas 
pour  y  être  investi  de  la  fonction  de  làxatib  à  la  grande-mosquée 
d'Ylboghâ ,  lorsque  Ton  commença  à  la  construire,  et  il  y  fit  le  prône 
avant  quelle  eut  été  achevée.  Puis  le  fondateur  étant  mort,  il  sur- 
vint de  grandes  discussions,  et  la  mosquée  passa  aux  Hanafîtes. 
Chams  ed-dîn  demeura  à  Damas  ;  il  se  tenait  auprès  de  la  porte  du 
minaret  de  la  fiancée.  Il  mourut  en  djoum&da  2^  de  Tamiée  774 
(N,  fol.  25  V*). 

'^  Cette  montagne,  qui  est  aussi  appelée  Djabal  es-SàléMyeh ,  est 
située  à  deux  milles  au  nord  de  Damas.  Elle  est  élevée  à  environ  un 
millier  de  pieds  anglais  au-dessus  du  niveau  de  la  ville  (Biographi- 
cal  dictionary.  II,  282,  n.).  —  C'est  un  des  ^ubourgs  (arbàd)  de 
Damas,  et  une  grande  ville.  Elle  a  une  mosquée-cathédrale  et  un 
hôpital;  elle  a  aussi  une  madraseh,  nommée  la  madraseh  d'ebn  (sic) 
'omar  (Ebn  Batoûtah,  I,  23o). 

^  Le  sâheb  (vizir)  'ezz  ed-dîn  Abou  Ya4a  Hamzah  ebn  Moayyed 
ed-dîn  Abî'l  ma'âly  As'ad  ebn  'ezz  ed-din  Ghâleb  ebn  d  Mozaffer  ebn 
el  wazîr  Moayyed  ed-dîn  Abi'l  ma*âly  As*ad  ebn  el  'amid  ebn  Yala 
Hamzah  ebn  Asad  ebn  'aly  ebn  Mohammad  et-Tamîmy,  ed-Dé- 
machqy,  ebn  el  Qalânésy.  Ebn  d  Qalânésy  est  cité  par  ebn  Khal- 
likân  (IV,  484)  comme  Tauteur  d'un  ouvrage  historique  faisant 
suite  à  la  Chroniqae  d' Abou'l  Hasan  Hdâl  ebn  es-Sàby.  H.  Khal. , 


306  MARS-AVRIL   1804. 

qui  mentionne  (II,  i33)  la  chronique  d'Héiâl  et  les  appendices  qui 
lui  furent  donnés ,  ne  parie  pas  d'ebn  el  Qalânésy.  —  £bn  el  Qaïà- 
nésy  rédigea  aussi  un  complément  à  ï Histoire  de  Damas  par  ebn 
*asâker.  Cf.  HisU  or.  des  Crois,,  lU,  478.  Abou  Ghâmah  et  Aboul 
mahâsen  font  de  nombreux  emprunts  à  Abou  Ya'ia  {ibid,), 

^  Le  titre  de  rajs  en  chef  était  donné  aux  vizirs  et  aux  officiers 
en  chef  de  l'administration  (BiograpkUxd  dietionary.  II,  67). 

^*  N  dit  (fol.  26  r")  :  •  du  trésor  du  sultan  •• 

^^  N  (foi.  26);  la  moitié  de  la  page  est  restée  en  blanc.  B  ne  ùdi 
aucune  mention  de  cette  école. 

^'  li  ftit  enterré  dans  sa  maison  dont  il  avait  &it  une  madraseh. 
Voir  plus  loin. 

^*  Sur  le  mohtaseh,  magistrat  chargé  de  la  police  civile  de  la  viUe, 
de  rinspection  des  marchés ,  des  poids  et  mesures ,  de  la  répression 
des  délits,  etc.,  cf.  Biographiad  dictionary,  I,  Z*jbi  Quatremèce, 
Mamloûks,  1 ,  1 1 4  ;  S.  de  Sacy,  Chrestomathie  arabe ,  1 ,  468  et  suiv.  ; 
ebn  Khaldoûn,  Prolégomènes,  traduction,  I,  458  et  suiv. 

^  £bn  Khaliikân  (III,  339)  et  ebn  ei  Atîr,  Atâheks  de  Mosonl 
(Hist,  or,  des  Crois,,  U,  2*p.,3i3),  font  mention  de  cette  école. 

^^  Voir  la  biographie  d'elmalek  el  'adel  Noâred-dîn  Aboul  Qâsem 
Mahmoud,  fils  de  'émâd  ed-dîn  Zenky,  dans  Biographical  dictio- 
nary,  RI,  338.  —  Son  corps  fut  plus  tard  transféré  au  mausolée 
élevé  dans  la  madraseh  (la  Grande  Noûriyeh)  quil  avait  fondée  près 
de  l'entrée  du  marché  des  vanniers  (el  Khawtoâsin), 

Ebn  Katir  dit  dans  ses  Annales ,  sous  Tannée  6 1 1  :  •  En  cette  année 
le  fossé  fut  âargi  dans  la  partie  faisant  suite  à  la  Qàjrmâziyeh:  on 
détruisit  beaucoup  de  maisons  en  cet  endroit,  le  bain  de  Qàymâz, 
un  four,  qui  était  un  waqf  en  faveur  de  la  maison  (d'enseignement] 
de  la  tradition  la  Noûriyek,  et  d'autres  constructions.!  Es-Sdâh  es- 
Safady  s'exprime  ainsi  à  la  lettre  'ayn  :  «  *Abdân  el  Falaky  *ezz  ed- 
dîn,  le  propriétaire  de  la  maison  et  du  bain  (sis)  vis-à-vis  de  la 
maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la  Noûriyeh,  à  Damas, 
mourut  l'année  609.»  Elle  a  vis-à-vis,  aujourd'hui,  la  Petite  'àdé' 
liyeh  et  le  bain  d'ebn  Moûsek.  Peutrétre  la  'àdéliyek  était-elle  la  mai- 
son dudit  'abdân  (N,  fol.  26  v**). 

^  La  biographie  d'el  malek  el  Mansoûr  *émâd  ed-dîn  Zenky,  fils 
d'Aq  Sonqor,  est  donnée  dans  Biographical  dictionary,  I,  539.  «fl 
était  sur  le  point  de  s'emparer  de  Qai'ah  Dja*bar,  lorsqu'il  fut  trouvé 
mort  dans  son  lit,  assassiné  par  un  de  ses  eunuques,  le  mercredi 
matin  i5  rabf  2^54i  (22  s^tembre  ii46).B  fut  enterré  àSe£fin»» 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  307 

—  Ebn  ei  Atîr,  Atâheks  de  Mosoul,  dans  HÙL  or,  des  Crois,,  dit  le 
5  rabî'  2*.  —  Dans  le  Kétâb  er-rawdatayn,  on  lit(p.  Sa  )  :  «  Cinq  nuits 
étant  écoulées  du  mois  de  rabf  (3^).» 

^^  Voir  la  biographie  d'Abou  Sald  Aq  Sonqor  ebn  'abd  Allah, 
Qâsem  ed-dauleh,  le  hâdjeb,  dans  Biographiccd  dictionary,  I,  2  a 5. 

^^  La  biographie  de  Malekchâh  se  trouve  dans  Biographical 
dictionary,  III,  44o.  Ce  sultan  Seldjoûqîde  naquit  le  9  djoumâda 
1"  447  (6  août  io55)  et  mourut  à  Baghdâd  le  i5  chawwâl  4B5 
(18  novembre  1092).  Voir  Hist  or.  des  Crois,,  U,  2*  p.  22. 

^^  C'estrà-dire  Ma'arrah  Blasrîn,  «petite  ville  et  arrondissement 
(koûruh)  dans  les  environs  de  Halab,  k  cinq  parasanges  de  cette 
ville.  »  Marâsed, 

^^  tiKafar  Tâb,  ville  entre  el  Ma'arrah  et  Hdab.i  Marâsed, 

^^  tiÇaVah  Dja'bar,  sur  l'Euphrate,  entre  BMès  et  er-Raqqah, 
près  de  Seffin.  On  l'appelait  autrefois  Roûs,  Un  homme  des  Banou 
Qochayr,  aveugle,  nommé  Dja^bar,  s'en  étant  emparé,  die  prit  son 
nom.  »  Marâsed,  —  La  biographie  de  ce  Dja*bar  se  lit  dans  Biogra- 
phical  dictionary,  I,  829. 

C'est-à-dire  une  construction  surmontée  d'une  coupole. 
Atâbeks  de  Mosoul,  dans  Hist,  or,  des  Crois,,  U,  2* p.,  3i3.  — 
Dans  ce  passage,  ebn  Atîr  se  sert  du  mot  ^,  alors  que  B  em- 
ploie y^\  ce  qui  prouve  que  ces  deux  expressions   sont   souvent 
synonymes. 

^  Au  lieu  de  esiOsil  ^b,  il  faut  lire  «ûsi>xJJ  )^|,>, 

^  Voir  Atâbeks  de  Mosoul,  loco  cit.,  p.  292.  N  porte  par  erreur 
599  (le  mercredi  1 1  chav^wâl,  au  lever  du  s<deil). 

^^  Le  grand  hâfez  Jéqat  ed-din  Abou'i  Qasem  *aly  ebn  d  Hasan 
ebn  Hébat  Allah  ebn  'abd  Allah  ebn  d  Hosayn  ebn  'asâker,  ed-Dé* 
machqy,  naquit  dans  la  dernière  décade  d'd  moharram  de  l'année 
499.  Il  est  l'auteur  d'ouvrages  importants,  entre  autres  d'une  His- 
toire  de  Damas  en  So  volumes.  Il  mourut  la  nuit  du  (dimanche  au) 
lundi  1 1  radjah  de  l'année  67 1  et  ûit  enterré  au  cimetière  de  6d& 
es'saghir,  dans  la  chambre  où  repose  Mo^âwyah  (N,  fol.  27  r^). 

Cf.  H.  Khal. ,  n,  i3o,  où  il  est  appdlé  Abou'i  Hasan  *aly  ebn  Ha- 
san. 

Son  tombeau,  à  bâb  es-saghtr,  près  de  celui  d'Aws,  porte  l'in- 
scription suivante  (n**  619  de  ma  cdlection)  : 

(Vers)  «Lorsque  ma  couche  s'est  trouvée  le  soir  faite  de  terre, 
«et  que  j'ai  passé  la  nuit  auprès  du  Seigneur  miséricordieux; 

«Félicitez-moi  donc,  mes  amis,  et  dites:  «Vmd  pour  toi  la 


91 
93 


308  MARS>AVRIL   1894. 

•  bonne  nouvdie;  ta  es  mort  (pour  te  rendre)  chez  un  (Dieu)  gë- 
cnéreaxt 

<  Ceci  est  le  lieu  de  repos  [marqad)  de  *aly  ebn  *asftker.  Il  mourut 
fia  nuit  du  (dimanche  au)  lundi  ii  radjah  de  Tannée  571.1 

D'après  ebn  Khallikân  (Bio^^hical  dictionary.  H,  254)*  il  na- 
quit le  1*'  moharram  et  mourut  la  nuit  du  (dimanche  au)  lundi 
2i  radjab  (février  1176).  Le  21  radjah  est  une  erreur. 

^  Le  hâfez  Bahà  ed-dîn  Abou  Mohammad  el  Qasem  ebn  'asftker 
naquit  en  djoumâda  1*'  de  Tannée  527.  D  composa  des  ouvrages. 
B  mourut  le  jour  de  jeudi  2  safar  de  Tannée  600 ,  et  fut  enterré 
au-dessus  de  son  père,  au  cimetière  (mcu/àber)  de  hâb  et-uufhtr,  à 
Torient  des  tombeaux  des  compagnons  (du  prophète),  en  dehors 
de  la  Hadîrah  (N,  fol.  27  r»-v'). 

£bn  Khallikân  (II,  2  54)  dit  qu'il  naquit  la  nuit  du  (i4  au) 
i5  djoumâda  2^  et  qu'il  mourut  le  9  safar.  D'après  ce  biographe, 
il  aurait  été  enterré  en  dehors  de  bàb  en-nasr.  —  H.  Khal.  fait  men* 
tion  de  ses  ouvrages. 

•'  Voir  ci-devant,  n.  62. 

^  Zayn  d  omanâ ,  le  chaykh  Abou'l  barakât  el  Hasan  ebn  Moham- 
mad ebn  d  Hasan  ebn  Hébat  Allah  ebn  'asâker,  ed-Démachqy,  le 
châfé*îte,  fut  investi  de  Tinspection  (nazar)  du  trésor  et  des  i^nqfs. 
Puis  il  se  consacra  à  Tascétisme.  B  vécut  quatre-vingt-trois  ans  et 
mourut  en  safar  de  Tannée  627.  B  fut  enterré  auprès  de  son  frère, 
le  chaykh  Fakhr  ed-dîn  ebn  'asâker,  au  cimetière  (maqàber)  des 
Soûfys.  Ës-Ssdah  ebn  Aybek  es-Saiady,  dans  son  fVâfy,  dit  qu'il  était 
né  en  544  (N,  fol.  28  r^). 

»  Et-Tftdj  *abd  £1  Wahhâb,  fils  de  Zayn  d  omanâ  Abou'l  bara- 
kât el  Hasan  ebn  Mohammad,  ed-Démachqy,  ebn  *asâker,  mourut 
le  1 1  djoumâda  1*'  de  Tannée  660,  à  la  Mekke.  B  était  né  en  61 4 
(N,  fol.  28r'-v»). 

^^  Le  chaykh  Zayn  ed-dîn  Abou'l  baqâ  KhMed  ebn  Yoûsef  ebn 
Sa*d  ebn  el  Hasan  ebn  Mofarradj  ebn  Bakkâr,  en-Nâbolosy,  naquit 
à  Naplouse  Tannée  585  et  mourut  en  Tannée  663  (N,  fd.  28  v*). 

^^^  Tâdj  ed-dîn  Abou  Mohammad  *abd  £r-Rahman  ebn  Borfaân 
ed-dîn  Abî  Ishaq  Ibrahim  ebn  Ghabbâ'  ebn  Dyâ  el  Fazâry,  d  Badry 
d'origine,  el  Mesry,  ed-Démachqy,  (surnommé)  d  Ferkâh,  naquit 
en  rabî*  1*'  de  Tannée  624.  B  remplit  la  fonction  de  répétiteur  à  la 
Nâsérijeh,  dès  qu'eUe  fut  ouverte,  et  cdle  de  professeur  à  la  Mo- 
djâhédiyek,  qu'il  abandonna  ensuite.  B  écrivit  des  ouvrages  utiles. 
B  était  de  sept  ans  plus  âgé  qu'eii-Nawawy.  B  mourut  à  la  Bàdé- 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  309 

râïyehen  djoumâda  i*'  de  Tannée  690  et  fut  enterré  au  cimetière 
de  bâb  es-saghir,  dans  ia  qonbbeh  la  Bakâïyek,  au  nord-est  du  com- 
mencement du  mo$alla  des  deux  fêtes  (N,  fol.  29  r^-v**). 

^^  Taqy  ed-dîn  Mohammad  ebn  *aly,- surnommé  ebn  Daqîq  el  'îd 
(le  fils  de  la  farine  de  la  fête) ,  châfé'îte,  est  fréquemment  mentionné 
par  H.  Khal.  Il  mourut  l'année  702  (Comm,  36  août  i3o2).  —  En 
l'année  680,  il  fut  nommé  professeur  au  collège  situé  dans  le  quar- 
tier de  Qarâfah,  près  du  mausolée  d'éch-Ghâfé'y  (Quatremère,  Mani- 
loûks,  II,  d3).  U  mourut  le  vendredi  11  safar,  à  l'âge,  de  soixante- 
dix-sept  ans.  Il  exerçait  alors  les  fonctions  de  t/àdy'l  qodât.  U  était 
né  le  20  cha*bân  625  [ibid.,  II,  2*  p.,  227). 

^^  Djamâl  ed-dîn,  ech-Charaf  ebn  en-Nâbolosy,  le  hàfez,  ehn  d 
MozafFer  Yoûsef  ebn  el  Hasan  ebn  Badr,  ed-Démacbqy,  naquit  après 
l'année  600  et  mourut  le  10  d'd  moharram  de  Tannée  671  (N,  fol. 
29  V»). 

^^  Djamâl  ed-dîn  ebn  es-Sâboûny  Mohammad  ebn  'aly  ebn  Mah- 
moud ebn  Ahmad,  le  hâfez  Abou  Hâmed,  fib  du  chaykh  'alam  ed- 
dîn  el  Mahmoûdy,  naquit  Tannée  6od  et  mourut  au  milieu  de 
dou'l  hedjdjeh  de  Tannée  680.  Il  fut  enterré  au  penchant  du  Qâ- 
syoûn  (N,  fol.  29  v*). 

^^  Le  chaykh  Madjd  ed-din  YoûsefebnMohammad  ebn  Moham- 
mad ebn  'abd  Allah  el  Mesry,  puis  ed-Démachqy,  le  châfé'îte,  le 
kâteb,  connu  sous  le  nom  d'ebn  el  Mehtâr,  mourut  le  10  4ou'l 
hedjdjeh  685 ,  et  fut  enterré  à  bâb  el  farâdis  (N ,  fol.  3o  r"). 

^^  Gharaf  ed-dîn  en-Nâbolosy  Ahmad ebn  Né' mah,eiMoqaddasy, 
le  jdialib  de  la  Syrie,  naquit  en  Tannée  622.  Il  fut  investi  de  (la 
direction  de)  ia  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition  la  iVoa- 
riyeh,  de  ia  Châmiyek  extra  muros  et  de  la  Ghazzâliyek.  Il  mourut 
dans  le  mois  dé  ramadan  de  Tannée  694  (N,  fol.  3o). 

^^^  L'imâm,  le  hâfez,  Thistorien,  *alam ed-dîn  Abou  Mohammad 
el  Qasem  ebn  Mohammad  ebn  Yoûsef  ebn  Mohammad  d  Berzâly 
el  echbily  d'origine,  ed-Démachqy,  naquit  Tannée  663,  ou  plus 
exactement  Tannée  665.  U  foi  nommé  supérieur  de  cette  école  de 
tradition  la  Noûriyek  et  de  la  Naftsiyeh,  H  composa  les  Annales  fai- 
sant suite  à  celles  d'Abou  Ghâmah,  en  commençant  de  Tannée  de 
sa  naissance,  qui  est  celle  de  la  mort  d'Abou  Ghâmah,  665,  et  le 
grand  Mo'djam,  U  mourut  en  état  à*ikrâm,  à  Kholay.s .  (le  dimanche 
matin)  h  dou'l  hedjdjeh  de  Tannée  739  (N,  fol.  3o  r*^-v**). 

Le  Fauât  el  wafayât,  dans  sa  biographie  (II,  162),  donne  pour 
la  date  de  sa  naissance  djoumâda  1*'  de  Tannée  665. 


310  MARS-AVRIL   1894. 

H.  Khal.  mentionne  ces  deux  ouvrages  d'esL  Berzâly,  le  dernier 
sous  le  titre  de  Mo'djam  ech'choyoûhk  (V,  6a 8).  L'année  788  y  est 
indiquée  comme  celle  de  sa  mort. 

•  Kholays .  château  fort  et  village  entre  la  Mekkeet  Médine,  près 
de  la  Mekke.  Il  s'y  trouve  des  palmiers  et  un  grand  bassin  auprès 
duquel  descendent  les  pèlerins.  »  Maraud, 

^^  Peut-être  s'agit-il  ici  du  chaykh  Badr  ed-dtn  ou  Noûr  ed-din 
Abou  Mohammad  Hasan  ebn  Zayn  ed-dîn  *omar  ebn  el  Hasan  ebn 
Habib,  le  phildogue,  d  Halaby,  mort  en  779  [Comm,  10  mai  1377). 
—  H.  Khal.  cite  de  lui  un  grand  nombre  d'ouvrages. 

^^  Au  lieu  de  oul3,  B  a  écrit  «,015. 

>^«  B  écrit  Ul^jSÔS  au  lieu  de  cA^^I . 

^^^  Au  lieu  de  JLsjJI  ,  B  porte  JU^ t . 

1»  Ebn  Katîr  l'appelle  Nafîs  ed-<Mn  Abou'l  fédalsmâ'â  ebn  Moham- 
mad ebn  'abd  el  Wâhed  ebn  Ismâ'â  ebn  Salâmah  ebn  *aly  ebn  Sa- 
daqah  el  Harrâny,  et  dit  qu'il  était  un  des  témoins  de  la  valeur 
[chohond  el  qtmeh,  experts)  à  Damas,  et  qu'il  naquit  l'année  628. 
n  fut  enterré  au  penchant  du  Qâsyoûn  (N,  fol.  Sir"). 

^^^  B  a  copié  purement  et  simplement.  <  Son  âèvev  ne  se  rapporte 
pas  à  Nafîs  ed-dîn  Ismâ'îl,  mais  à  ed-Dahaby  que  N  mentionne 
qudques  lignes  plus  haut. 

u«  Et'Tadkérei  el Kendiyek,  appdée  aussi  el  'cMyeh  (H.  |^al. ,  Il , 
a64  et  1267) ,  a  pour  auteur  'alâ  ed-<lm  ebn  d  McMtaffer  d>n  Hodbak 
(B  écrit  i^^xuà  et  N  ^\  S^)  el  Kendy.  Sous  k  n*  3812,  H.  Khal. 
fait  mention  de  la  Tadkéret  er-réty,  par  *aly  ebn  el  Mozaffar  [ebn 
Ibrahim  el  Kendy],  d'Alexandrie,  le  grammairien,  onma  sous  le 
nom  d'er-Râ*y,  et  mort  l'année  716  [Camm,  a 6  mars  i3i6). 

^^^  *Alâ  ed-dîn  'aiy  ebn  el  Mozaffer  ebn  Ibrahim  ebn  *omar  ebn 
Zayd  ebn  Hébat  Mlah  d  Kendy,  el  Iskandaràny,  puis  ed-Démachqy. 
Il  constitua  en  waqf  à  la  Somaysàtiyeh  son  ouvrage  et-Tadkéret  el 
Kendiyek,  en  cinquante  volumes  environ.  U  mourut  dans  son  jardin 
(  situé)  auprès  de  la  qoubbeh  d'dMasdjaf  (?)i  la  nuit  du  (mardi  an) 
mercredi  19  radjah  de  l'année  716,  et  fut  enterré  à  d  Meneh.  U 
avait  soixante-seize  ans  (N,  fol.  3i  r^). 

^^*  Le  conquérant  de  Jérusalem ,  d  maiek  en-Nâser  Salàh  ed-dm 
Yoûsef,  fils  d'el  malek  d  Wz  Mohammad, fils  d'd  maldi ez-ZAher 
Ghâzy,  fils  de  Salâh  ed-dîn  Yoûsef,  fils  d'Ayyoûb,  fils  de  Ghftdy, 
construisit  les  deux  Nàsériyeh,  Ebn  Katîr  dit:  cËn  Tannée  610  na- 
quit el  malek  el  'azîz,  fils  d'ez-Zâher  Ghâzy,  et  père  d'd  mdek  en- 
Nâser,  seigneur  de  Damas.  —  Gomme  en-Nâ^er  n'avait  que  sept 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  311 

ans  quand  ii  succéda  à  son  père ,  le  royaume  de  Halab  -  fut  admi- 
nistré par  un  groupe  de  mamioûks  d'el  *azîz,  ayant  à  leur  tôte 
Ghams  ed-din  Loulou;  mais  rien  ne  se  faisait  que  d'après  les  avis 
de  Taîeule  du  jeune  prince,  Safyah  (Dayfah)  Khâtoûn.  fiUe  d'el 
malek  ei  'âdei  Abou  Bakr,  fils  d'Ayyoûb.  Aussi,  comme  elle  était, 
sa  sœur,  el  malek  el  Kâmel  resta-t-il  tranquille.  Quand  die  mourut. 
Tannée  64 o,  en-Nâser  était  devenu  fort.  En  l'année  646,  ses  troupes 
lui  conquirent  Hems;  il  régna  pendant  dix  ans  sur  cette  ville.  En 
l'année  662,  il  épousa  la  fille  du  sultan  'alâ  ed-dîn  (Kayqobâd), 
seigneur  du  Roûm,  petite-fille  d'el  Wz  par  sa  mère.  (£n-Nâser) 
était  doué  de  bonnes  qualités;  mais  il  s'adonnait  à  la  boisson  et 
aux  actes  immoraux.  Il  faisait  de  grandes  dépenses ,  surtout  lorsqu'il 
ajouta  la  possession  de  Damas  à  celle  de  Hdab.  D  finit  par  tomber 
entre  les  mains  des  Tatârs ,  qui  l'amenèrent  à  Hoûlftgoû.  Ce  sultan 
le  traita  honorablement;  mais  lorsqu'il  apprit  que  son  armée  avait 
été  défaite  à  'ayn  Djâloût,  il  entra  dans  une  violente  colère  et  donna 
l'ordre  de  le  mettre  à  mort.  Le  prince  très  humblement:  «Quelle 
<  est  ma  faute  ?  »  dit-il.  Hoûlâgoû  suspendit  l'arrêt  fatal.  Mais  quand 
il  reçut  la  nouvelle  que  Baydarâ  avait  été  mis  en  déroute  près  de 
Hems,  sa  colère  ne  connut  plus  de  bornes,  et  il  entra  en  fureur. 
Il  ordonna  de  le  tuer,  ainsi  que  son  firère  utérin  el  mdek  es-Zâher 
'dy.. 

Ed-Pahaby  rapporte  dans  ses  'éhar  sous  l'année  659  :  cQudqu'un 
a  dit  qu'il  fut  tué  le  26  chawwâl  de  l'année  658,  et  qu'il  fut  en- 
terré dans  le  Ckarif  (l'Orient).  Il  s'était  pr^aré  une  turbeh  dans 
son  rébât  qu'il  avait  bâti  au  penchant  du  Qâsyoûn  ;  mais  il  ne  put 
y  être  enterré.  En  l'année  654,  en-Nâser  avait  donné  l'ordre  de 
construire  le  rébât  le  Nâséiy  au  penchant  du  Qâsyoûn,  immédia- 
tement après  l'achèvement  de  la  Nâ^ériyek  intra  mnros  de  Damas. 
La  Nâsériyeh  extra  muroi  est  un  des  édifices  les  {^us  extraordinaires 
comme  solidité  de  construction  et  la  Nàtériyeh  inlra  maros  une  des 
plus  belles  madraseh.  C'est  lui  qui  construisit  le  grand  khân  qui 
est  vis-à-vis  de  Zendjâry,  et  on  y  transféra  la  maison  (de  distri- 
bution) des  aliments;  elle  était  auparavant  à  l'ouest  de  la  citadelle, 
dans  l'écurie  actuelle  du  sultan.  Ce  prince  r^na  à  Damas  dix  ans  • 
(N,  fol.  3i  r^-v*). 

Cf.  ebn  KhaUikân,  n,  445-446.  La  fille  d'el  mdek  el  'âdd  y  est 
appelée  Safiyah  Khâtoûn ,  comme  dans  N;  mais  Abou'l  féda  (HisU 
or.  des  Crois.,  I)  lui  donne  le  nom  de  Dayfah. 

^'Ayn  el  djâloût,  jolie  petite  ville  entre  Naplouse  et  Baysân,  une 


312  MARS-AVRIL   1894. 

des  dépendances  de  la  Palestine.  C'est  là  qu'étaient  parvenus  les  Mo- 
ghols  lorsqu'ils  furent  rencontrés  par  le  Bondoqdâr,  qui  les  mit  en 
déroute.  Cet  événement  marqua  la  fin  de  leurs  victoires.  »  Murâted. 
^^^  Badr  ed-dîn  Aboul  fadl  Mohammad  ebn  Abî  Bakr  el  Asady, 
vvdgo  ebn  Gbohbeb ,  écrivit  sous  le  titre  de  Ed-dorr  et-taaUn  une  Vie 
de  Noûr  ed-dîn  Mahmoud ,  fils  de  Zenky,  en  sept  chapitres  (H.  KhaL , 
m,  188).  n  mourut  en  l'année  874  (Comm.  11  juillet  1469). 
^^^  Le  19  ramadan  (août  i23o). 

^'  L'imâm  Kamâl  ed-dîn  Mohammad ,  qui  portait  la  konyak  d'Abou 
Bakr,  naquit  l'année  694  ou  696.  Il  professa  dans  diverses  madraseh , 
du  vivant  de  son  père,  et,  après' sa  morti  au  rébât  le  Nâiéry,  Plus 
tard,  en  l'année  74 1^  il  fut  investi  des  fonctions  de  professeur  à  la 
Bâdérâxyeh,  qu'il  abandonna  ensuite  à  son  fils  Charafed-Klîn ,  l'année 
760,  lorsqu'il  fut  promu  à  la  chaire  de  Vlqhàliyeh,  Puis  il  laissa 
celle-ci  à  son  autre  fils,  Badr  ed-dîn.  Lorsque,  en  l'année  769,  le 
qâdy  Tâdj  ed-dîn  fut  destitué,  il  partit  pour  Mesr  et,  en  route,  el 
Bdqîny  le  nomma  son  substitut.  Il  se  dirigea  néanmoins  vers  le 
Caire,  où  il  reçut  sa  nomination  comme  professeur  delà  Ckâmiyeh 
extra  mnros,  l'année  769,  et  retourna  à  Damas.  Mais  il  n'occupa 
cette  chaire  et  la  charge  de  substitut  de  la  justice  qu'un  seul  jour. 
Étant  tombé  malade,  il  mourut  en  chawwâl  de  la  même  année,  à 
la  madraseh  Vlqbcdiyek,  et  fut  enterré  dans  la  turbeh  de  la  famille, 
au  penchant  du  Qâsyoun,  vis-à-vis  delà  mosquée-cathédrsde  d'el 
Afram  (N,  3i  v''-32  r*»). 

***  Le  copiste  a  écrit  d  Ghoûny.  —  Heusàm  ed-dîn  d  Qaramy?, 
le  qâdy  de  Tripoli  Abou  *aly  el  Hasan  ebn  Ramadan  ebn  d  Hasau 
ebn  Heusâm  ed-dîn,  d  Qaramy,  mourut  à  Tripoli  l'année  746.  IJ 
avait  donné  sa  première  leçon  au  rébât  le  Nâséry  du  Qâsybûn,  le 
17  chawwâl  de  l'année  726. 11  écrivit  des  ouvrages  (N,  fol.  32  r*-v**). 
***  En  l'année  690 ,  ( mourut  )  le  grand  émir  Bémekteb  (?)  ebn  *abd 
Allah  en-Nâséry;  le  nâzer  du  rébât  (le  Nâséry)  à  la  Sâléhiyeh,  con- 
formément aux  dernières  volontés  dé  son  maître,  investit  le  chaykfi 
Charaf  ed-dîn  d  Fazâry  de  la  charge  de  supérieur  du  rébât,  après 
ebn  ech-Charîchy.  Ëch-Charaf  ei  Fazâry  est  le  hâfez  Charaf  ed-dîn 
Abou'l  'abbâs  Ahmad  ebn  Ibrâhîm  ebn  Chabbâ'  '^  ebn  Dyâ ,  d  Fazâry, 
khatib  de  Damas,  et  frère  de  Tâdj  ed-dîn  (voir  note  101).  H  naquit 
à  Damas  en  ramadan  de  l'année  63o.  Il  ^tait  supérieur  et  profes- 

*  Sic ,  d'après  Hàdji  Khalifah.  Le  texte  porte  «LmmJI  ,  comme  Quatre* 
mère,  Mamloûh,  II i  a*  p.,  sSq. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  313 

seur  du  rébât  le  Nâséiy  et  autres.  Il  fut  investi  des  fonctions  de 
hkatib  de  la  mosquée-cathédrale  de  Djarrâh ,  puis  de  celle  de  Damas. 
Il  mourut  à  l'âge  de  soixante-quinze  ans ,  Tannée  706  ,  dans  le  mois 
de  chawwâl  (N,  fol.  32  v**). 

^"  Nadjm  ed-din  ebn  Qawâm ,  le  chaykh  Abou  Bakr  ebn  Moham- 
mad  ebn  *omar  ebn  ech-chaykh  el  kabîr  Abî  Bakr  ebn  Qawâm  ebn 
'aly  ebn  Qawâm ,  el  Bâlésy  d'origine ,  ed-Démacbqy,  naquit  en  (Joui 
qa'deh  de  l'année  690.  Il  était  supérieur  de  la  zâwyeh  de  son  père. 
Il  mourut  en  radjab  de  l'année  746  et  fut  enterré  dans  la  zâv^eh 
de  la  famille,  au  penchant  du  Qâsyoûn,  à  coté  de  son  père  (N,  fol. 
32  v'»). 

^^  Le  chaykh  Nour  ed-dîn  Abou  'abd  Allah  Mohammad.  Sa  bio- 
graphie sera  donnée  dans  le  paragraphe  concernant  leur  zâwyeh. 

^**  Elle  porte  l'inscription  suivante  (n®  696  de  ma  collection)  : 
«Au  nom  de  Dieu;  etc.  A  ordonné  de  construire  cette  madraseh 
«bénie  et  l'a  constituée  en  waqf  pour  les  faqîrs  occupés  (de  l'étude) 
«  du  sublime  qor'ân  et  les  jurisconsidtes  qui  suivent  les  leçons  de  tra- 
«dition  concernant  le  prophète,  Son  Excellence  très  noble  Tenkez 
«en-Nâséry,  kâfel  (gouverneur)  des  nobles  principautés  en  Syrie  la 
«bien  gardée.  Et  cela  en  Tannée  739,  sous  la  direction  (S^âL.^)  du 
«serviteur  qui  a  besoin  (de  la  miséricorde  de  Dieu)  Aydémir  el 
«  Mo*îny.  » 

Le  nom  de  Tenkez  figure  sur  une  inscription  du  sultan  Moham- 
mad, fils  de  Qalâoûn  (n°  693],  qui  sera  donnée  plus  loin. 

^^  Tenkez  ayant  acheté  la  maison  des  pièces  de  cuivre  (dar  el 
foloûs)y  qui  est  située  à  proximité  des  grainetiers  (el  bozoûryîn)  et 
de  la  Djawziyeh,  à  l'orient  des  deux,  en  fit  une  maison  admirable, 
teUe  qu'il  n'en  existait  pas  de  plus  belle  à  Damas.  Il  lui  donna  le 
nom  de  «la  maison  d'or»  [dâr  ed-dahab).  —  Le  26  dou'l  qa*deh  de 
cette  même  année  728,  dit  encore  ebn  Katîr,  Tenkez  transféra  ses 
effets  (hawâsel)  et  ses  richesses  de  la  maison  £or,  sise  en  dedans  de 
hàh  elfarâdb ,  à  la  maison  qu'il  venait  de  construire;  elle  était  con- 
nue sous  le  nom  de  dâr  eljoloûs;  elle  fut  appelée  dâr  ed-dahab  (N, 
fol.  33  v"). 

"•  Tenkez  (el  Achrafy),  le  grand  émir  Sayf  ed-dîn  Abou  Sa*îd 
(Khalîl),  vice-roi  de  Syrie,  fut  amené  encore  jeune  à  Mesr,  où  il 
grandit,  par  le  (marchand  d'esclaves )  Khawâdja  'alâ  ed-dîn  de Siwâs 
et  acheté  par  Témir  Heusâm  ed-dîn  Lâdjin.  Quand  Lâdjîn  fut  tué, 
pendant  qu'il  régnait,  Tenkez  devint  un  des  Khâsiky  (officiers  par- 
ticuliers) du  sidtan  (en-Nâ^er  Mohammad)  et  assista  avec  lui  à  la 

III.  2  1 

|«rM«BftlB   ■ATtORU.B. 


314  MARS-AVRIL   1894. 

bataille  du  (Wâdyl)  KhazandAr,  puis  à  c^e  de  Chaqfaab.  H  disait 
un  jour  que  Témir  Sayf  ed-dîn  Toghyâi  (Danyâl)  et  lui  avaient  été 
du  nombre  des  mamloûks  d*d  Acbraf  (Khalîl).  Il  suivit  des  leçons 
sur  le  Sahih  d'd  Bokhâry.  Avant  de  partir  pour  d  Karak ,  le  sultan 
en-Nâser  le  nomma  émir  de  dix;  il  avait  remis  son  fief  à  Témir 
Sârem  ed-dîn  Sâroûdjâ  (Sâroùkhâ)  el  Moza£Pary,  qui  était,  suivant 
la  coutume  des  Turcs,  son  agbâ.  Quand  le  prince  partit  pour 
d  Karak,  Tenkez  demeura  à  son  service.  Il  l'expédia  une  fois  à 
Damas ,  en  qualité  d'envoyé  auprès  d'el  Airam.  Ce  dernier  l'ayant 
accusé  d'être  porteur  de  lettres  pour  les  émirs  de  Damas ,  il  prouva 
une  frayeur  extrême.  Après  avoir  été  fouillé  et  appliqué  à  la  torture, 
il  retourna  auprès  du  sultan,  à  qui  il  fit  part  de  ce  qui  lui  était  ar- 
rivé. «Si  je  remonte  sur  le  trône,  lui  dit  en-Nâser,  tu  seras  néSb  de 
Damas.»  En  effet,  lorsqu'il  revint  d'el  Karak,  il  nomma  l'émir 
Sayf  ed-dîn  Argboûn ,  le  dawâdâr,  lieutenant  du  sultan ,  à  Mesr, 
après  avoir  fait  saisir  le  grand  djoûkandâr  (l'officier  porteur  de  la 
raquette),  et  dit  à  Tenkez  et  à  Soûdy  (Sonoudy)  de  se  présenter 
chaque  jour  chez  Argboûn  pour  apprendre  de  lui  les  fonctions  de 
nàîb  et  la  manière  de  rendre  la  justice.  Quand,  au  bout  d'un  an, 
ils  furent  devenus  capables,  Sayf  ed-dîn  Soûdy  (Sodoûny)  fîit  en- 
voyé à  Halab  comme  nâîb,  et  Sayf  ed-dîn  Tenkez,  à  Damas,  en  la 
même  qualité.  Il  y  arriva  sur  les  chevaux  de  la  poste  en  compagnie 
du  hâdjdj  Sayf  ed-dîn  Soûdy  (Sodoûny),  d'ArtAy  (AraqtAy)  et  de 
l'émir  Heusâm  ed-dîn  Toûmtây  (Taraqtây)  le  bnehmaqdâr  (officier 
qui  portait  les  sandales  du  sultan).  Leur  arrivée  à  Damas  eut  lieu 
le  (20  du)  mois  de  rabf  2*^  de  l'année  712.  Il  se  consolida  dans  son 
poste  et  partit  avec  les  troupes  pour  Malatyah,  qu'il  emporta  (en 
moharram  de  l'année  716).  Ce  succès  grandit  sa  situation.  R  inspira 
le  respect  aux  émirs  de  Damas  et  donna  la  sécurité  à  la  population; 
elle  se  trouva  ainsi  à  l'abri  de  la  tyrannie  des  émirs  et  des  grands 
personnages ,  au  point  qu'aucun  d'eux  n'osa  plus ,  redoutant  la  co- 
lère de  Tenkez,  commettre  d'injustice,  non  seulement  contre  un 
musulman,  mais  même  contre  un  denrniy,  Tenkez  continua  à  s'é- 
lever en  grade;  il  voyait  doubler  ses  fiefs,  ses  troupeaux  [caCàm)  et 
ses  revenus.  C'est  au  point  que  les  lettres  qu'il  recevait  (delà  Ghan- 
ceUerie)  portaient:  «Que  Dieu  exalte  les  victoires  de  Son  ExceUeoce 
[el  maqarr)  noble,  élevée,  émirienne»;  comme  titres  honorifiques  : 
«  el  atâbéky,  el  fôîdy  '  »  ;  et  comme  épithètes  :  «  Gdui  qui  exidte  l'is* 

*  Le  Fawdi  dit  :  «el  atâbéky,  ez-sâhédy,  el  'Abédy». 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  315 

iâm  et  les  musulmans,  le  sayyed  des  émirs  dans  l'univers».  Jamais 
on  n'avait  vu  écrire  de  la  sorte ,  au  nom  du  sultan ,  à  un  fonction- 
naire, nâîb  ou  non,  qudle  que  fût  sa  charge.  Le  sultan  ne  faisait 
rien  la  plupart  du  temps  (à  Mesr)  sans  lui  demander  conseil  (à 
Damas  ). 

Tenkez  édifia  la  mosquée-cathédrale  qui  porte  son  nom ,  à  l'enclos 
du  sumac,  à  Damas.  H  qonstruisit  à  côté  une  turbeh  et  un  bain, 
et  éleva  auprès  du  marché  des  vanniers  (el  Khawwâ$in)  une  turbeh 
pour  son  épouse.  A  côté  de  sa  maison  (appelée)  la  maison  d'or,  il 
bâtit  une  école  du  qor'ân  et  de  la  tradition ,  et  construisit  un  rébât 
k  Jérusidem.  Il  restaura  la  ville  sainte,  y  amena  l'eau,  qu'il  intro- 
duisit dans  le  haram  à  la  porte  du  masdjed  el  Aqsa ,  et  y  bâtit  deux 
bains  et  une  qâysâriyeh  extrêmement  belle.  Il  âeva  à  Safad  l'hô- 
pitid  auquel  il  donna  son  nom ,  un  khân  et  d'autres  bâtiments.  C'est 
à  lui  qu'est  dû,  à  Djaldjoûliyeh '*,  le  khân  public  d^el  menneh,  d'une 
extrême  beauté  et,  au  Caire,  dans  (la  rue  d')  el  Kâfoûry,  une  très 
grande  maison,  un  bain,  des  boutiques,  etc.  Il  répara,  à  Damas, 
les  canaux,  dont  les  eaux  s'étaient  altérées,  restaura  les  construc- 
tions de  mosquées  et  de  madraseh ,  élargit  les  chemins  et  prit  soin 
de  leur  entretien.  Il  eut  dans  toute  la  Syrie  des  monuments ,  des 
pn^riétés  et  des- bâtisses  (Es-Safady,  abrégé).  —  J'ai  vu  sur  une 
ancienne  liste  qu'au  waqf  de  ladite  maison  (d'enseignement)  du 
qor'ân  et  de  la  tradition  appartenaient  :  comme  bien  kéîâlj  (  dont 
la  taxe  est  payable  chaque  nouvelle  lune),  au  marché  des  Qcuihckd- 
ekin,  en  dehws  du  marché,  dix-huit  boutiques  et,  en  dedans  du 
marché,  dix-neuf  boutiques;  au  quartier  du  château  (hârat  el  qasr)^ 
deux  chambres  et  une  écurie;  et  comme  bien  ]Oiarâdjy  (soumis  à 
l'impôt  foncier)  un  jardin  à  Raydîn,  connu  sous  le  nom  d'e/  bandar 
(N,  fol.  33  v^-34V). 

Les  variantes  sont  tirées  du  Khétat  et  du  Fawât, 

On  trouve  une  longue  biographie  de  Tenkez  dans  le  Fawât 
iiwafayàt  (I,  117)  et  dans  Maqrîzy,  [Khétat,  II,  5d).  — Cf.  aussi 
ebn  Batoûtah ,  I,  1 27,  2 1 7,  2 1 9 ,  et  Moudjîr  ed-dîn ,  traduction  Sau- 
vaire,  16,  125,  id2,  246  et  266. 

^  En-Nâser  Mohammad ,  fils  de  Qalâoûn ,  régna  pour  la  troisième 
fois  de  709  (i3io)  à  741  (i34i). 

'^  L'inventaire  nous  en  a  été  conservé  dans  le  Fawât  el  wafayât 

*  Cf.  V.  Gnérin,  Samarie,  II,  368»  et  Quatremère,  Mamloàks,  I,  a'  p., 
s56. 

21 . 


316  MARS-AVRIL   1894. 

(1 ,  1 30-1 3  2  ).  Je  mentionnerai ,  avec  leur  prix  a  estimation ,  quelques- 
uns  seulement  des  principaux  immeubles  sis  à  Damas  ou  ailleurs 
(la  liste  en  est  très  longue)  : 

La  maison  d*or,  avec  tout  ce  qu'dle  comprend  et  ses  écuries, 
600,000  derhams;  —  la  maison  d'émerande,  200,000  derhams;  — 
la  maison  de  .... .  (ez-'zerdkâch)  et  ses  dépendances,  220,000  der- 
hams; —  la  maison  qui  est  à  côté  de  sa  mosquée  -  cathédrale  à 
Damas,  100,000  derhams;  —  le  bain  qui  est  à  côté  de  la  mosquée- 
cathédrale,  100,000  derhams;  —  le  khân  de  l'arène  [el  arsah), 
i5o,ooo  derhams;  —  l'écurie  de  l'enclos  du  sumac,  20,000  der- 
hams; —  la  chambre  qui  est  à  côté  du  bain  d'ebn  Yomn ,  4f5oo  der- 
hams ;  —  la  qaysâriyeh  des  marchands  de  vêtements  en  étoffe  rayée 
de  l'Yaman  (el  mardjelyin),  260,000  derhams;  —  les  greniers  de 
l'écurie  de  Behâdérâs,  10,000  derhams;  —  le  khân  des  (esclaves) 
blancs  et  ses  boutiques,  11 0,000  derhams;  —  les  boutiques  de  bdb 
elfaradj,  45,ooo  derhams;  —  le  bain  d'el  Qâboûn,  20,000  der- 
hams; —  le  bain  d'el  Qosayr  el  *omary,  6,000  derhams;  —  la  Da- 
hicheh  et  le  bain,  260,000  derhams;  — le  jardin  d'el 'âdel,  180,000 
derhams;  —  le  jardin  d'et-Todjîby,  le  bain  et  le  four,  i3o,ooo  der- 
hams; —  le  jardin  d'el  Djîly  à  Harastâ,  1,000  derhams;  — les 
vergers  (hadâîq)  à  Harastâ,  1 4 6,000  derhams;  —  le  jardin  d'el 
Qoûsy  à  Harastâ ,  60,000  derhams;  —  le  jardin  d'ed-Dardoùr  à 
Zaydyn,  60,000  derhams;  —  le  petit  jardin  connu  sous  le  nom 
du  bain,  à  Zaydyn,  7,000  derhams:  —  le  jardin  d'er-Razzâl,  36,ooo 
derhams;  —  la  mazra'ak  d'el  Boûqy  et  d'el  'anbary,  100,000  der- 
hams; —  la  portion  des  versants  (?)  (dofoûf)  méridionaux  à  Kafar 
Batnâ,  soit  les  deux  tiers,  3o,ooo  derhams;  —  le  jardin  d'es-Saf- 
latoûny  à  el  Manîhah,  76,000  derhams;  —  le  champ  [haql)  de  la 
Baytâriyeh  au  même  village,  16,000  derhams;  —  el  Fâtékiyât,  er- 
Rachîdy  et  les  vignes ,  à  Zamalkâ ,  180,000  derhams;  —  la  mazra'cJi 
d'el  Marqa*  à  ei  Qâboûn,  110,000  derhams;  —  la  portion  des  plan- 
tations de  la  Ghaylat  el  cCdjôm,  20,000  derhams;  —  la  moitié  du 
jttrdin  (ghaytah)  connu  sous  le  nom  de  Zoraybeh,  6,000  derhams; 
—  l'aire  à  blé  de  Zabardîn,  43,ooo  derhams;  —  le  château  (•/ 
qo-ir)  et  ses  dépendances,  660,000  derhams;  —  le  quart  du  bourg 
d'el  Qasrayn,  120,000  derhams;  —  la  moitié  de  la  Baytâriyeh, 
180,000  derhams;  —  une  portion  d'el  Bouwaydâ,  186,000  der- 
hams ;  —  la  moitié  de  Bawwâbah ,  1 80,000  derhams  ;  —  la  portion 
du  couvent  d'ebn  *osroûn,  76,000  derhams;  —  la  portion  du  petit 
couvent  du  lait  [donwayr  el  laban]^  1,600  derhams;  —  le  couvent 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  317 

blanc,  5o,ooo  derhams;  —  la  Tannoûriyeh,  23,000  derhams;  — 
el  'ozayl,  i3o,ooo  derhams. 

Biens -menlk  sis  dans  la  ville  de  Hems  :  le  bain,  26,000  derhams; 
—  le  moulin  sur  l'Oronte ,  3o,ooo  derhams  ;  —  la  maison  de  Qab- 
djaq,  26,000  derhams;  —  le  khân,  100,000  derhams;  —  le  bain 
contigu  au  khân,  60,000  derhams;  —  l'enclos  {hawck)  contigu  au 
même,  60,000  derhams. 

Biens -m^^  sis  dans  la  ville  de  Bayrout:  le  khân,  1 3 6,000 
derhams;  —  les  boutiques  et  le  four,  120,000  derhams;  —  la  sa- 
vonnerie avec  son  matériel,  10,000  derhams;  —  le  bain,  20,000 
derhams;  —  l'abattoir,  10,000  derhams;  —  le  moulin,  6,000  der- 
hams; —  le  village  de  Zalâyâ,  46,000  derhams. 

'V^ges  dans  le  Béqâ":  Mardj  es-Safâ,  700,000  derhams;  —  et- 
tell  el  ahhdar  (le  tertre  vert),  180,000  derhams;  —  el  Moubâ- 
rakeh,  76,000  derhams;  — el  Mas*oûdiyeh ,  120,000  derhams. 

Les  trois  bourgs  connus  sous  le  nom  d'el  Djawhary,  470,000 
derhams;  —  es-Sa*âdeh,  4oo,ooo  derhams;  —  Abroûtiyâ,  60,000 
derhams;  —  la  moitié  de  Tabroûd  es-Sâléhah  et  lés  boutiques, 
4oo,ooo  derhams;  —  en-Nâsériyeh ,  100,000  derhams. 

Ra's  el  masâbîr  :  er-Rou's,  67,000  derhams;  —  une  portion  de 
la  Hezbah  de  Rouf,  22,000  derhams  ;  —  Ra's  el  ma  et  les  seaux  (?) 
qui  se  trouvent  dans  ses  mazrcCah,  6,600  derhams;  —  le  bain  de 
Sarkhad,  60,000  derhams;  —  le  moulin  d'el  Fawwâr,  3o,ooo  der- 
hams; —  es-Sâlémiyeh ;  7,600  derhams;  — le  moulin  d'elMaghâr, 
10,000  derhams;  —  la  qaysâriyeh  d'Adré*ât,  12,000  derhams;  — 
la  qaysâriyeh  de  'adjloûn,  120,000  derhams. 

Biens -m^ft  à  Qâr  el  hammam,  26,000  derhams;  —  e:i-Salé- 
hiyeh,  le  moulin  et  les  terres,  126,000  derhams;  —  Râsdîtâ  et 
ses  mazreCah,  126,000  derhams;  —  el  Qosaybiyeh,  4o,ooo  der- 
hams; —  les  deux  villages  connus ,  l'un  sous  le  nom  de  la  Mazra*ah , 
et  l'autre  sous  celui  d'en-Naysabiyeh ,  90,000  derhams. 

"•  Le  21  moharram  741,  d'après  Moudjîr  ed-dîn,  traduction 
Sauvaire,  p.  i43. 

Moudjîr  ed-dîn  et  Maqrîzy  disent  le  6  radjah. 
Le  mot  Sa^  signifie  quelquefois  «loyer»,  cf.  Quatremère, 
Mandoûks,  I,  2*  p.^,  80;  mais  ici  il  a  évidemment  le  sens  d'«  enclos». 
Voir  de  Sacy,  Chrestomatkie  arabe,  I,  239,  et  Biographical  dictio- 
wuy,  I,  276. 

'"  Voir  ci-devant,  note  48. 

^  L'imâm  Sadr  ed-dîn  Solaymân  ebn  'abd  el  Halîm  d  Bâdéry,  le 


130 

la 


318  MARS-AVRIL   1894. 

mâlékite,  l'ach'arîte,  professeur  de  la  Charâbickijeh  et  supérieur 
de  la  Tenkéziyeh,  naquit  Tannée  643  (sic!)  et  mourut  le  jour  de 
dimanche  5  djoumâda  2'  de  Tannée  7^9  (N,  fol.  34  v°). 

^^  Ghams  ed-dîn  el  Hosayny  dit  dans  sa  Suite  (aux  *éb(w)  :  cLe 
sadr  habile,  Ghams  ed-Klîn  Mohammad  ebn  Ahmad  ebn  Abîl  *ezi 
el  Hîwâny  (el  Hîzâny  ?) ,  puis  ed-Démachqy,  connu  sous  le  nom  d'ebn 
es-Sabbâb  ( sic ^  par  un  stn)^  naquit  Tannée  674.»  On  lit  dans  les 
Annales  d* ebn  Katîr,  sous  Tannée  738  :  «En  ramadan  de  cette  année 
fut  ouverte  la  Sabbâbijek  que  construisit  Ghams  ed-dîn  ebn  Taqy 
ed-dîn  ebn  e^-Sabbâb,  le  marchand,  comme  maison  (d'enseigne- 
ment) du  qor*ân  et  de  la  tradition  (N,  fol.  34  v^-Sô  r**]. 

^^  On  lit  dans  N  <  la  McCbadiyeh  »  et ,  plus  bas ,  «  ebn  Ma'bad  ■. 

^^  JyLUt^,  telle  est  l'expression  dont  se  sert  N;  B  éciii ^y^JbXSy 
«ce  qui  est  très  connu,  c'est  que». 

137  Le  sayyed  Ghams  ed-dîn  ei  Hosayny  dit  dans  sa  Suite  aux  V&or, 
sous  Tannée  746:  «En  dou'l  qa*deh  mourut  à  Damas  Témir  *alà 
ed-dîn  ebn  M al)ad  el  Ba'albakky  et  il  fut  enterré  à  côté  de  sa  mai- 
son. J'ai  vu  écrit  de  la  main  d'd  Asady  :  Il  alla  rejoindre  son  père 
dans  une  turbeh  qu'il  s'était  construite  à  l'intérieur  de  Damas ,  et 
dont  il  avait  fait  une  maison  (d'enseignement)  du  qor'ân»  (N, 
fol.  35  r°). 

*^  Gette  dernière  phrase  ne  se  trouvant  pas  dans  le  ms.  de 
M.  Schefer,  on  peut  en  conclure  que  celui  dont  fit  usage  'abd  el  Bàset 
offrait  des  variantes.  Il  serait  intéressant  d'édaircir  ce  fidt  sur  le 
ms.  d'en-No*aymy  que  M.  Max  van  Berchem  a  vu  à  Damas  chez  an 
libraire. 

^^'  I/auteur  n'a  consacré  aucun  paragraphe  à  cette  madraseh.  Il  la 
mentionne  de  nouveau  au  chapitre  VÔ  et  cite  dans  le  chapitre  TEL 
la  ru£lle  de  la  Lâqiyeh, 

(La  suite  aa  prochain  cahier.) 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  319 

HISTOIRE  D'ESKENDER, 

D'^AMDA-SEYON  II  ET   DE   nA'OD, 

ROIS  D'ETHIOPIE, 

TEXTE  ETHIOPIEN  INIÎDIT 

COMPRENANT  EN  OUTRE 

UN  FRAGMENT  DE  LA  CHRONIQUE  DE  BA'eDA-MÂRYÂM  , 

LEUR  PREDECESSEUR, 
ET  TRADUCTION , 

PAR 

M.  JULES  PERRUCHON. 


Le  texte  éthiopien  que  je  reproduis  plus  loin  nous 
fournit  un  exemple  du  désordre  qui  règne  dans  cer- 
taines chroniques  d'Abyssinie.  Il  comprend  Thistoire 
des  rois  ^Eskender,  *Amda-Seyon  II  et  Nâ*od,  avec 
un  fragment  de  Thistoire  de  Ba^eda-Màryâm,  leur 
prédécesseur,  inséré  avant  le  règne  de  Nâ'odet  parais- 
sant être  la  continuation  et  la  fin  de  celui  d'^Eskender. 
La  vie  de  ce. dernier  roi  est  elle-même  scindée  en 
deux  parties  qui  ont  été  interverties. 

Ces  interversions  sont  déjà  anciennes  puisqu'elles 
se  rencontrent  dans  le  ms.  n""  29  de  la  Bibliothèque 
bodléienne  d'Oxford ,  qui  a  été  écrit  sous  le  règne  de 
Lebna-Dengel.  C'est,  on  le  sait,  un  manuscrit  rap- 


320  MâRS-âVRIL  1894. 

porté  d'Abyssinie  par  Bruce  et  le  meilleur  que  nous 
ayons. 

Lorsque  j  ai  copié  ce  morceau  dans  le  manuscrit 
n°  iii3  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris  ^  dont 
l'écriture  laisse,  d'autre  part,  beaucoup  à  désirer, 
j'ai  été  fort  embarrassé  par  cette  disposition,  ainsi 
que  par  la  rédaction  qui  n'est  pas  toujours  très  claire. 
Craignant  de  commettre  quelque  erreur  grave,  j'ai 
communiqué  ma  copie  et  ma  traduction  à  M.  Ësteves 
Pereira,  capitaine  du  génie  à  Lisbonne,  qui  est  très 
versé  dans  la  connaissance  de  l'histoire  de  l'Ethiopie 
et  à  qui  l'on  doit  une  bonne  édition  des  chroniques 
de  Minas  et  de  Susnyos  ^.  M.  Pereira  possède  tme 
photographie  du  manuscrit  d'Oxford  dont  il  vient 
d'être  question.  Avec  une  obligeance  que  je  ne  saurais 
trop  reconnaître ,  mon  aimable  correspondant  a  bien 
voulu  rectifier  ma  copie  d'après  ce  manuscrit,  et  c'est 
ainsi  que  je  puis  aujourd'hui  faire  cette  publication, 
bien  que  quelques  passages  soient  encore  obscurs 
pour  moi. 

Un  autre  collaborateur  sérieux  pour  la  partie  histo- 
rique ,  M.  René  Basset ,  est  venu  spontanément  s'offrir 
à  moi.  M.  Basset,  qui  prépare  en  ce  moment  ime 
édition  complète  d'un  manuscrit  arabe  intitulé  :  ^3^^ 

^  Cf.  Zotenberg,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  de  la  BibUo' 
tkèqne  nationale,  Paris,  Imprimerie  nationale,  1877,  p.  ^^7* 

'  Historia  de  Minas,  Ademas  Sagad,  rei  de  Ethiopia,  Lisboa,  Im- 
prensa  nacional,  1888.  —  Chroniea  de  Snsenyos,  rei  de  Ethiopia, 
tomo  I,  texto  ethiopico,  Lisboa,  Imprensa  nacional,  1892.  — 
Cf.  Compte  rendu  de  ce  dernier  ouvrage  par  M.  Drouin ,  dans  le 
Jonmal  asiatique  de  mars-avril  1898,  p.  353. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  321 

,  La  conquête  de  i Abyssinien  par  Ghehab  ed-Din , 
s'est  empressé  de  m'envoyer  quelques  extraits  de  ce 
manuscrit  relatif  au  roi  Nâ^od,  ainsi  que  des  notes, 
en  m'autorisant  à  les  utiliser  pour  ce  travail. 

J  adresse  à  MM.  Pereira  et  Basset  mes  plus  sin- 
cères remerciements  pour  leur  précieux  concours  et 
pour  rintérêt  qu'ils  témoignent  à  mes  études. 

Pour  le  texte  éthiopien ,  je  me  suis  servi  des  deux 
manuscrits  n*"  29  et  1 43 ,  en  les  combinant  ensemble. 
Ainsi  il  m'est  arrivé  parfois  de  laisser  de  côté  la  le- 
çon du  manuscrit  d'Oxford  pour  adopter  celle  du  ma- 
nuscrit de  Paris ,  qui  m'a  semblé  plus  correcte.  J'ai 
indiqué  en  note  ces  changements,  et  pour  permettre 
au  lecteur  de  rétablir  dans  leur  ordre  normal  les  di- 
vers fragments  historiques  qui  ont  été  intervertis, 
je  les  ai  désignés  par  un  chiffre  romain. 

Je  vais  maintenant  donner  une  notice  sur  chacun 
des  quatre  rois  dont  il  y  est  question ,  en  commen- 
çant par  Ba'eda  Mâryâm  qui  est  le  premier  en  date. 

Ba^eda-Mâryam. 

Ba^eda-Mâryâm  régna  dix  ans,  de  i468  à  lAyS 
(f  1  2  hedar  6791  =8  novembre  1 478  ^).  Il  succéda 
à  son  père  ZarVYa^eqob,  qui,  quelque  temps  avant 
sa  mort,  l'avait  accusé,  ainsi  que  la  reine  Seyon-Mo- 
gasâ ,  sa  mère ,  de  vouloir  le  détrôner.  Seyon-Mogasâ 
succomba  sous  les  coups  que  lui  fit  infliger  son  royal 

'  D'après  la  chronologie  éthiopienne  qui  compte  les  années  à 
partir  de  la  création  dn  monde.  La  date  correspondante  est  celle  du 
calendrier  julien. 


322  MARS-AVRIL   1894. 

époux,  dans  sa  colère;  Ba'eda-Maryâm  fut  mis  en 
prison  et  n'obtint  sa  liberté  que  grâce  à  Tinterven- 
tion  des  supérieurs  des  monastères  d'Ethiopie  qui 
intercédèrent  en  sa  faveur. 

Les  deux  principaux  événements  de  son  règne  sont 
les  guerres  qu'il  fit  contre  les  Dobas  et  contre  le  pays 
d'Adal.  Les  Dobas  étaient  des  nègres  païens  qui  habi- 
taient le  Wojjérat,  au  sud  du  Tigré.  Ba^eda-Mâryâm 
entreprit  de  les  convertir  au  christianisme  et,  pour 
mieux  atteindre  ce  but,  il  commença  par  leur  (aire 
la  guerre ,  afin  de  les  soumettre.  Ses  troupes  ne  furent 
pas  tout  d'abord  victorieuses;  mais  à  la  fin  la  victoire 
pencha  de  son  côté. 

Sous  le  nom  général  d'Adal,  les  Abyssins  dé- 
signent le  pays  qui  s'étend  à  l'est  de  l'Ethiopie.  Dans 
un  sens  plus  restreint,  ce  mot  désigne  les  Musulmans 
qui  habitaient  sur  la  côte  orientale  d'Afrique  du  côté 
du  Harar.  Ces  populations  furent  pendant  longtemps 
en  guerre  avec  les  Abyssins.  Amda-Seyon  leur  livra 
de  nombreux  combats  et  les  défit  plusieurs  fois^  Sous 
le  règne  de  Zar'a-Ya*eqob,  un  certain  Badlay,  roi 
d'Adal  ou  du  Harar,  fut  vaincu  ^  ;  mais  ii  est  permis 
de  supposer  que  cette  défaite  avait  été  suivie  de  quel- 
ques engagements  entre  Abyssins  et  Musulmans,  en- 
gagements qui  n'avaient  pas  été  à  l'avantage  de  ces 
derniers  puisque  nous  voyons  le   fils    de  Badlay, 

'  Cf.  Histoire  des  guerres  d'^Âmda'Sjron ,  dans  le  Journal  asiatiqne, 
en  1889. 

*  Les  Chroniques  de  Zar'a'Ya'eqoh  et  de  Ba*eda'Màtyâm,  Paris, 
Emile  Bouillon,  1893,  p.  67  et  suiv. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  323 

nommé  Mehmad,  envoyer  une  députation  à  Ba'eda- 
Mâryâm  pour  lui  porter  des  présents  et  lui  demander 
la  paix'.  Après  la  mort  de  Mehmad,  son  successeur, 
LadaV^Asman,  recommença  les  hostilités.  Telle  est 
l'origine  de  cette  guerre  d'Adal  qui,  après  un  pre- 
mier succès,  aboutit  à  une  défaite  des  armées  de 
Ba^eda-Mâry  âm . 

En  publiant  Tannée  dernière  la  chronique  de  ce 
roi  qui  se  compose  de  deux  parties  relatant  les  mêmes 
faits,  j  ai  fait  remarquer  que  la  première  partie  pa- 
raissant inachevée  nous  laissait  sous  Timpression  d'une 
victoire  remportée  sur  les  troupes  d'Adal  parles  Abys- 
sins conduits  par  Gabra-Iyasus,  tandis  que  la  seconde 
partie ,  se  terminant  aussi  par  le  récit  de  cette  même 
campagne ,  mentionnait  une  défaite  sanglante  infligée 
à  ce  général  et  à  Mahâri-Krestos,  qui  commandaient 
Tarmée  éthiopienne  ^.  Le  fragment  qui  se  trouve  in- 
séré entre  les  chroniques  d'^Eskender  et  de  Nâ'od  et 
que  je  désigne  par  le  chifiire  I  est  la  fin  de  la  pre- 
mière partie  dont  je  viens  de  parler  et  concorde 
avec  la  deuxième  partie.  Il  émane  d'un  témoin  ano- 
nyme des  événements  qu'il  rapporte,  puisqu'il  s'ar- 
rête un  an  après  avoir  mentionné  cette  défaite,  en 
déclarant  qu'il  ignore  ce  qui  s'est  passé  ensuite  parce 
que  le  roi  l'envoya  avec  ses  enfants  dans  la  province 
de  Ganz.  Cette  remarque  semble  indiquer  que  l'au- 
teur de  ce  morceau  et  peut-être  même  de  toute  la  pre- 
mière partie  de  la  chronique  de  Ba'eda-Mâryâm 

^  Les  Chroniques  de  Zar'a-Ya'eqob  et  de  Baeda'Màiyâm,  p.  i3i. 
*  Ibid.,  p.  XXXII. 


324  MARS-AVRIL   1894. 

n'est  autre  que  le  précepteur  des  enfants  de  ce  roi. 

Je  vais  profiter  dune  indication  fourniepar  ce  frag- 
ment pour  faire  une  rectification  à  mon  précédent 
travail.  Confiant  dans  1  autorité  de  Bruce,  mieux 
placé  que  moi  pour  être  bien  renseigné,  j'ai  dit  que 
la  guerre  d'Adal  avait  eu  lieu  peu  de  temps  avant  la 
mort  de  Ba^eda-Mâryâm  ^  Toutefois  j'ai  établi  par 
quelques  données  de  la  chronique  de  ce  roi  qu'elle 
avait  dû  se  faire  vers  i^yS  ou  1/176.  Le  nouveau 
fragment  confirme  mon  hypothèse  en  ce  qui  con- 
cerne la  date  de  cet  événement,  car  il  en  ressort  que 
l'expédition  dont  il  s'agit  fut  terminée  la  sixième  an- 
née de  son  règne ^.  Ce  règne  ayant  duré  dix  ans,  de 
1 468  à  1  ^78,  c'est  donc  à  la  fin  de  1  k'^k  que  doit 
se  placer  la  fin  de  cette  expédition ,  mais  quatre  ans 
avant  la  mort  de  Ba^eda-Mâryâm. 

Ce  prince  mourut  le  1  2  de  hedar^;  il  avait  eu 
quatre  fils  :  ^Eskender,  né  de  la  reine  Romna  pendant 
la  guerre  contre  les  Dobas^,  Têwoderos^,  *Enquâ- 
Esra^êl^  et  Nâ^od  dont  il  sera  question  plus  loin. 

^  Les  Chronûiues  de  Zara-Ydeqoh  et  de  Baeda-Màtyâm,  p.  xxxin 
et  XXXV. 

^  En  effet ,  le  narrateur  explique  qu'il  a  été  envoyé  à  Ganz  avec  les 
enfants  du  roi  dans  la  septième  année  du  règne  de  Ba*eda-MâryAm  et 
il  mentionne  auparavant  deux  fêtes  du  baptême  câébrées  depais  la 
fin  de  la  guerre  d'Adal  jusqu'à  son  départ.  La  première  de  ces  fêtes 
ayant  eu  lieu  aussitôt  après  la  défaite  de  M ahâri-Krestos ,  il  n'y  a 
donc  qu'un  an  d'intervalle. 

'  Cf.  René  Basset,  Études  sur  t histoire  d'Ethiopie,  Jowmal  asia- 
tique 1881,  tirage  à  part  1882,  p.  io2-io3. 

*  Les  Chroniques  de  Zara-Yâ*eqob  et  de  Ba*eda-Mâryâm,  p.  i55. 
^  Ibid,,  p.  i56. 

*  Ibid, ,  p.  161. 


HISTOIRE   D'ESKENDER.  325 

TvSKENDER  (Alexandre). 

''Eskender  succéda  à  son  père  et  régna  quinze  ans , 
de  1/178  à  1/19/1  ("l"  *^  genbot  6986  =  7  mai  1/19/1). 
La  chronique  éthiopienne  publiée  par  M.  René  Bas- 
set mentionne  seulement  que,  d'après  Topinion,  il 
aurait  été  tué  dun  coup  de  flèche  par  Maya  (?),  gar- 
dien de  rétendard  (?)  ^  Les  nouveaux  textes  nous 
donnent  quelques  renseignements  sur  son  règne.  A  la 

^  René  Basset,  Etudes  sur  l'histoire  de  l'Ethiopie,  p.  io3.  Ludolf  le 
fait  régner  de  1^75  environ  à  lâgi  et  mentionne  que  c'est  sous 
son  règne  que  Joao  Pires  da  Govilhâ  aborda  en  Abyssinie  [Hist, 
JEthiop.y  t.  II,  ch.  VI,  7)  (sur  les  voyages  de  ce  Portugais,  voir  Mc- 
moria  chronologica  acerca  do  descobrimento  dos  terras  do  Preste  Joào 
dos  Indias,  e  embaixadas  que  a  elle  enviaram  os  Portuguezes,  nos  An- 
naes  maritimos  e  coloniaes,  V"  série,  n°  2  ,  Lisboa,  i8A5,p.  57à62). 
Gutschmidt  donne  les  dates  de  1A78  à  1^94  (Wrigt,  Catalogue 
des  manuscrits  éthiopiens  du  British  Muséum).  Sur  ce  roi,  consulter 
Bruce,  Voyage  aux  sources  du  Nil,  traduction  Castéra,  Paris,  1790^ 
t.  IV,  p.  173-180,  d'après  lequel  il  aurait  régné  de  1478  à  1496, 
en  négligeant  le  règne  d'Amda-Seyon  IL 

Le  manuscrit  i4i  de  la  Bibliothèque  nationale,  encore  inédit, 
contient  à  peu  près  le  même  texte  que  la  chronique  publiée  par 
M.  Basset  : 

Ms.  a  1  fol.  1 3  v°,  note  marginale ,  IthWXKlX  1  ♦+/!?  1 

Oao^Héth  1  Mii  1  IDC*  1  K»"Jl  1  if  f-l  1  IDA*  1 AW 1 
UViao^  i  h^hP  1  %  Kahi.fi  1  0V*  1  VPXr  1  TtJhih  1 
Mkhmf^C  1  Oh'h'b  1  K.ià  1  aoAM  1  ^CfV  » 

fl*£skender  fut  tué  par  Mâyâ  qui  gardait  ?;  sa  mort 

arriva  le  12  de  genbot,  son  tombeau  est  à  Dabra-Warq.  *Amda- 
Seyon ,  son  fils ,  âgé  de  sept  ans ,  régna  six  mois  et  mourut.  Na*od 
frère  d"Eskender il  composa  le  portrait  (en  vers)  de  Marie.  » 


326  MARS-AVRIL   1894. 

mort  de  son  père,  qui  Tavait  désigné  comme  son  suc- 
cesseur, il  fut  élu  roi,  mais  comme  il  était  encore 
tout  jeune ,  la  régence  fut  confiée  à  sa  mère.  Ellie  était 
secondée  dans  ses  fonctions  par  Taqahi-saai,  Tasfà- 
Giyorgis,  et  les  deux  beht-wadad  ou  ministres,  *Ain- 
da-Mika*êl  et  Badla-Re*ed.  Au  début,  ces  personnages 
vécurent  en  bonne  intelligence  et  tout  alla  bien,  mais 
bientôt  deux  hommes  puissants ,  Abba-Hasabo  et  Ab- 
ba-Amdu,  s'aperçurent  que  le  beht-wadad  Amda-Mi- 
ka^el  gouvernait  seul  TEthiopie  et  firent  de  iopposi- 
tion.  Us  furent  arrêtés  ainsi  que  leurs  partisans  et 
exilés. 

Cependant  le  jeune  roi  ne  tarda  pas  à  faire  acte 
de  souverain.  Il  déclara  la  guerre  au  roi  d*Adal,  pour 
venger  la  défaite  infligée  à  son  père.  Dans  la  deu- 
xième année  de  son  règne,  il  rassemble  ses  troupes 
et  vient  attaquer  les  Musulmans,  malgré  Favis  des 
moines  qui  lui  prédisaient  un  désastre.  Il  ravage  la 
ville  de  Dakar  et  se  dispose  à  retourner  dans  son 
pays,  mais  les  Musulmans  le  poursuivent,  quoique 
peu  nombreux.  Un  combat  s'engage,  ses  soldats  re- 
culent et  les  ennemis  restent  victorieux;  il  peut  néan- 
moins regagner  son  palais  où,  dit  Thistorien,  il  de- 
meure triste  et  affligé ,  méditant  une  revanche  contre 
le  pays  d'Adal. 

Il  y  a  ensuite  une  longue  lacune  dans  le  texte.  La 
chronique  est  muette  sur  les  événements  qui  eurent, 
lieu  pendant  les  treize  années  qui  suivirent  et  passe 
aussitôt  à  la  dernière  année  de  son  règne. 

Un  jour,  on  lui  annonce  que  les  gens  d'Arljio, 


HISTOIRE   D'ESKENDER.  327 

village  mahométan ,  ont  massacré  Taklâye ,  son  ser- 
viteur préféré.  Il  part  aussitôt  pour  venger  son  ami; 
les  gens  d*Arho,  ignorant  que  c'était  le  roi,  se  jettent 
sur  lui  et  le  percent  de  flèches.  Il  meurt  le  i  2  de 
genbot,  après  avoir  régné  quinze  ans  et  six  mois. 

Après  sa  mort,  les  Ethiopiens  firent  un  grand 
carnage  des  habitants  d*Arho;  le  corps  du  roi  fut 
placé  dans  un  monument,  en  attendant  quon  le  mît 
dans  son  sépulcre.  Za-Selus,  son  général,  laissant  le 
corps  d'Eskender,  se  rendit  dans  TAmhara  pour  faire 
nommer  un  roi  de  son  choix,  mais,  d'un  autre  côté, 
on  élut  *Amda-Seyon ,  fils  d'^Eskender,  qui  était  encore 
un  enfant.  Les  partisans  de  ce  dernier  firent  la  guerre 
à  Za-Selus ,  qui  fut  défait  et  mis  à  mort,  ainsi  que  ses 
alliés.  Le  corps  J'^Eskender  fut  placé  dans  le  caveau 
de  son  père  à  Atronsa-Mâryâm  et  fut  plus  tard  trans- 
porté à  Dabra-Warq. 

Ainsi  que  je  l'ai  dit  plus  haut,  la  chronique  de  ce 
roi  se  compose  de  deux  parties  qui  ont  été  interver- 
ties; je  les  ai  indiquées  dans  le  texte  par  les  chifires 
romains  II  et  III. 

*Amda-Setoii  il 

J'ajoute ,  comme  tous  les  historiens ,  le  chiSre  II  au 
nom  de  ce  prince ,  parce  que  la  liste  des  rois  d'Abys- 
sinie  nous  en  donne  déjà  un  du  même  nom,  le  cé- 
lèbre *Amda-Seyon,  qui  régna  de  i344  à  iSya,  dont 
nous  avons  déjà  parié. 

*Amda-Seyon  II  n'avait  que  sept  ans  lorsqu'il  fut 


328  MARS-AVRIL   1894. 

proclamé  roi  ;  il  ne  régna  que  six  mois  et  momxit  le 
29  teqemt  6987  =  26  octobre  lAgA.  Le  fragment 
qui  le  concerne  est  précédé  du  chiflfre  IV  ^ 

Nâ^od. 

Le  trône  passa  alors  à  Nâ'od,  frère  d'^Eskender, 
qui  régna  treize  ans,  de  iligS  à  i5o8  (+  8  na- 
hasé  7000  =  80  juillet  1 5o8)^.  Sa  chronique  débute 
par  une  prédiction  faite  en  sa  favem*  par  un  moine. 
Nâ'od  fut  remarquable  par  sa  longanimité  envers 
un  grand  du  royaume  qui  lui  faisait  une  opposition 
sourde.  Ce  grand,  nommé  Taka-Krestos ,  chercha  à 
soidever  le  peuple  contre  lui,  mais  il  ne  réussit  pas; 
il  fut  saisi  et  déporté  dans  un  endroit  où  on  lui  creva 
les  yeux. 

Nâ^od  calma  l'agitation  qui  régnait  dans  son 
royaume ,  en  accordant  une  amnistie  générale  pour 
tous  les  faits  antérieurs  à  son  avènement  et  en  défen- 
dant d'y  faire  la  moindre  allusion. 

La  chronique  éthiopienne  mentionne  ensuite  la 

^  La  chronique  publiée  par  M.René  Basset  (Etudes, Tp,  io3)  donne 
sept  mois  pour  la  durée  de  ce  règne.  Bruce  indique  aussi  sept  mois 
[Voyage  aux  sources  du  Nil,  t.  IV,  p.  180).  «Andréas,  appelé  an 
(rônc  et  nommé  sdors  'Amda  Sion  n'était  encore  qu'un  enfant  et  n'eut 
qu'un  règne  de  sept  mois.  »  Ludolf  (  Hist,  JEthiop,,  U  II,  ch.  VI,  8] , 
d'accord  avec  le  ms.  i^i  (voir  la  note  1  de  la  page  325]  et  la  pré- 
sente chronique  :  six  mois. 

^  Son  nom  de  roi  était  Anbasa  Batsar  (lion  pour  l'ennemi)  (René 
Basset,  Etudes,  p.  io3].  Gutschmidt  indique  là^i.  C'est  en  effet  à 
la  lin  de  149A ,  puisque  'Amda-Seyon  mourut  le  26  octobre  de  cette 
mémo  année,  ou  au  commencement  de  1496  qui  me  semble  pré- 
férable comme  point  de  départ. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  329 

translation  dans  l'île  de  Dagâ  du  corps  de  Zar'a-Ya- 
'eqob  et  loue  ce  roi  de  son  zèle  à  défendre  la  foi  en 
poursuivant  les  Juifs  qui,  sous  son  règne,  parais- 
saient se  convertir  extérieurement  et  profanaient  les 
sacrements  ^ 

Ainsi  se  trouve  expliquée  Tépithète  d'exterminateur 
des  Juifs  donnée  à  Zar^a-Weqob  dans  sa  chronique, 
n  y  est  dit  aussi  qu'il  fut  enterré  à  Dabra-Naguad- 
guad,  tandis  que  la  grande  chronique  éthiopienne 
publiée  par  M.  René  Basset  lui  assigne  comme  lieu 
de  sépulture  l'île  de  Daga;  la  translation  de  son  corps 
sous  le  règne  de  Nâ'od  rend  compte  de  cette  diffé- 
rence dans  les  deux  chroniques  ^. 

Les  écrivains  éthiopiens  sont  toujours  très  laco- 
niques. Dans  la  chronique  de  Nâ'od,  il  est  impossible 
de  savoir  pour  quel  motif  Takâ-Krestos  se  montrait 
hostile  au  nouveau  roi.  Bruce  en  donne  la  raison, 
Na  od  était  fds  de  Calliope  :  la  seconde  femme  de  Ba- 
^eda-Mâryâm  ;  il  était  né  dans  la  ville  de  Gabargué^ 
le  même  jour  que  l'armée  royale  fut  défaite.  L'im- 
pératrice Héléna  et  ses  partisans ,  parmi  lesquels  Ta- 
kâ-Krestos, voulaient  faire  régner  *Enquâ-Esra^êl,  au 
lieu  de  Nâ'od ,  afin  de  pouvoir  gouverner  eux-mêmes*. 
Mais  d'où  Bruce  tenait-il  ces  renseignements?  Il  ne 
disposait  d'autres  sources  d'informations  écrites  que 

^  Cette  translation  est  aussi  rapportée  dans  une  note  marginale 
du  ms.  i4i  (voir  p.  35o,note). 

-  Les  Chroniques  de  Zar*a-Ya*eqob  et  de  Ba*eda-Màryâm ,  p.  87  et 
io3,  117  et  suiv.;  R.  Basset,\Étii(ffs,  p.  102. 

'  Voir  plus  loin,  p.  346  et  36i. 

*  Bruce,  Voyage  aux  sources  du  Nilj  t.  IV,  p.  182  et  suivantes; 

m.  22 


330  MARS-AVRIL   1894. 

celles  que  nous  possédons  aujourd'hui.  Or,  d'après  la 
chronique  de  Ba^eda-Mâryâm ,  *Enqua-Esra*êl  était  né 
avant  Nâ'od ,  par  conséquent  son  aîné ,  et  devait  avoir 
plus  de  droits  au  trône.  En  outre,  Nâ'od,  comme  le 
fait  remarquer  Bruce,  n'était  que  son  demi-frère. 
Voici ,  dans  Tordre  donné  par  la  chronique  de  Ba'eda- 
Mâryâm ,  les  quatre  fils  de  ce  roi  : 

r  'Eskender,  fils  de  la  reine  Romnâ  {Chr., 
p.  i55); 

2°  Têwoderos,  fils  de  la  reine  Erêsh-Gazôt  [ibid., 
p.  i56); 

3**  *Enqua-'Esra*êl ,  fils  de  larei  ne  Romnft  [ibid., 
p.  i6i); 

4°  Na  od  ou  Qadayopâ  et  non  fils  de  CaUiope 
(fi^agment  publié  ci-après). 

La  reine  Romnâ,  dont  il  est  question  dans  ce  do- 
cument ,  est-elle  lamême  quela  reine  'Elêni  (Heléna  ?) , 
qui  y  est  citée  p.  i  y/i  et  i  76  ?  je  Tignore. 

Bruce  mentionne  également  une  victoire  rem- 
portée par  Nâ'od  sur  les  Musulmans  d'Adai;  notre 
chronique  n  en  parle  pas. 

Je  ne  puis  mieux  faire ,  pour  terminer  Thistoire  de 
ce  roi,  que  de  reproduire  ime  longue  note  qu'a  bien 
voulu  m  envoyer  M.  René  Basset  :  c'est  ia  traduction 
d'un  passage  du  xâ^  Z^^'  ^^^^  P^^^  haut.  U  se  ré- 
fère justement  à  une  expédition  dans  le  Bàli ,  pro- 
consulter aussi  l'ouvrage  de  M.  René  Basset  déjà  cité.  Etudes  mot 
l'histoire  d'Ethiopie,  qui  contient  des  notes  intéressantes  "sur  cet 
règnes. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  331 

vince  située  à  Test  de  TAbyssinie,  et  montre  les  pro- 
cédés employés  par  les  Musulmans  à  Tégard  des 
Ethiopiens  : 

«  Wanâdj-Djân  (IDÇ^ iTTI  =  yU-  ^b^),  frère 
de  Wasan-Sadjad  (<Xjf^  (,^^=- ID AI  >A7J!r),  était 
descendu  près  du  sultan  (d'Adal)  Mohammed,  avait 
embrassé  Tisiamisme  par  une  conversion  sincère.  Le 
sultan  lui  avait  témoigné  des  égards ,  lui  avait  donné 
le  gouvernement  d'Ankarsah  (gVîi')  et  le  comman- 
dement d'une  expédition  musulmane  contre  le  Bâli. 
Il  était  arrivé  dans  ce  pays ,  lavait  pillé  et  ruiné  :  les 
troupes  chrétiennes  s'étaient  réunies  contre  lui  et  lui 
avaient  livré  bataille.  Les  Chrétiens  eurent  l'avantage  ; 
les  Musulmans  s'enfuirent  et  beaucoup  d'entre  eux 
furent  tués.  Wanâdj-Djân  fut  pris  et  amené  au  roi 
d'Abyssinie  Nâ^od  (^^b),  père  du  roi  Wanàdj-Sadjad 
(OcjKr  ^^=|D7^  fl7Àr»)^  On  le  lui  présenta  gar- 
rotté. Son  frère  Wasan-Sadjad  intercéda  pour  lui  : 
le  prince  le  relâcha ,  le  tint  en  grand  honneur,  telle- 
ment qu'il  fit  de  lui  comme  son  vizir.  Il  embrassa  le 
christianisme  avec  répugnance,  mais  son  coeur  pen- 
chait toujours  vers  la  (vraie)  foi.  Le  roi  lui  donna  le 
gouvernement  de  Bâli  où  il  demeura ,  fortifiant  son 
autorité,  achetant  des  chevaux  et  en  multipliant  le 
nombre.  Les  soldats  lui  obéissaient.  Un  jour,  il  dit 
aux  patrices  :  «  Réunissez-vous  aujourd'hui,  je  vous 
«  ferai  connaître  une  nouvelle  qui  m'est  arrivée  de  la 

'  Wanag-Sagad  ou  Lebna-Dengel,  qui  succéda  à  Nâ'od,  régna 
de  i5o8  à  i54o« 

aa. 


332  MARS- AVRIL   1894. 

«  part  du  roi  d'Abyssinie.  »  Ils  se  rassemblèrent  de 
toutes  les  parties  du  Bâli  au  nombre  de  soixante, 
chacun  d'eux  commandant  à  beaucoup  de  cavaliers. 
Ils  se  réunirent  en  sa  présence  avec  leurs  chevaux. 
Alors  il  leur  dit  :  «  Entrez  dans  la  maison ,  nous  boirons 
«du  vin.  »  Ils  entrèrent  chez  lui,  s  assirent  et  il  leur 
apporta  du  vin  vieux  très  capiteux.  Ils  burent,  et 
quand  ils  furent  ivres ,  il  demanda  à  son  compagnon 
nomméDel-ba-Iyasous(f^^M^^MUo  J^=J!rA>flJlwf  A*A  *)• 
celui-ci  était  chrétien  à  ce  moment,  plus  tard  il  em- 
brassa Tislamisme  et  périt  martyr  dans  le  Bâli  avec 
Ouraï  Sabr  ed-Dîn  ((jjj«>Jt  uuo  (^)^^),  fils  de  Voncle 
du  sultan  Mohammed.  Wanâdj-Djân  dit  à  son  com- 
pagnon en  question  :  «  A  présent,  que  ferons  nous? 
«  Grâce  à  Dieu ,  ils  sont  tombés  entre  nos  mains.  » 
Del-ba-Iyasous  répondit  :  «  Attachons-les  et  égorgeons- 
«  les  comme  des  moutons.  »  Quand  les  patrices  furent 
ivres,  Wanâdj-Djân  donna  cet  ordre  à  ses  pages: 
«Entrez  dans  la  maison,  liez-les,  garrottez-les  et 
«  égorgez-les  tous  à  la  porte  comme  des  moutons.  » 
Us  obéirent  et  prirent  leurs  chevaux  et  leurs  armes. 
Puis  il  envoya  un  messager  au  sultan  Mohammed  qui 
était  alors  à  Dakkar  (^^),  dans  le  pays  de  Sa*d  ed- 
Dîn  \  pour  lui  dire  :  «  Je  suis  ton  serviteur,  j'ai  traité 
«  de  la  sorte  les  infidèles,  je  les  ai  pris  par  trahison 
«  et  j'en  ai  tiré  vengeance.  »  Le  messager  partit  dire  au 
sultan  :  «  Rejoins-moi.  »  Alors  Wanâdj-Djân  dit  aux 
gens  de  Bâli  :  «  Embrassez  Tislamisme  et  mangez  des 

^  [jJt^^  ^^^^  7?f  désignation  habitudle  de  TAdal  (M.  Basset). 


HISTOIRE  D^ESKENDER.  333 

«  animaux  égorgés  par  les  Musulmans,  sinon  je  vous 
«  traiterai  comme  j'ai  traité  vos  chefs.  »  Ds  se  con- 
vertirent tous  à  Tislam,  petits  et  grands.  Mohammed 
traînant  en  longueur,  il  lui  envoya  un  second  mes- 
sager. Le  Sidtan  se  décida ,  mais  ses  émirs  et  ses  fonc- 
tionnaires lui  dirent  :  «  On  ne  peut  se  mettre  en  route 
«  en  ce  moment;  nous  sommes  en  automne.  »  Comme 
il  tardait,  Wanâdj-Djân,  en  troisième  lieu,  lui  en- 
voya son  fils  Simou  (^-^y^)  pour  insister  près  de  lui 
et  lui  dire  :  «  Si  tu  ne  viens  pas,  les  infidèles  arrive- 
«  ront  :  Dieu  très  haut  et  Mohammed  ben  ^Abdallah 
«  (le  Prophète)  —  sur  qui  soit  le  salut  —  t'imposent 
«  de  me  rejoindre.  »  Quand  Simou  arriva  près  du 
Sidtan ,  celui-ci  se  leva  en  pleurant  et  en  disant  :  «  Je 
«  ne  puis  tarder  un  seul  instant.  »  B  abandonna  lavis 
de  ses  émirs  et  partit  sur-le-champ  pour  le  Bâli. 
Quanta  Wanâdj-Djân,  après  qu'il  eut  fait  partir  son 
fils,  il  arriva  une  armée  de  Chrétiens  nombreux 
comme  les  fourmis,  envoyée  par  le  roi  d'Abyssinie 
et  commandée  par  le  patrice  Djabra-Tadriyâs  (îy^ 
jj>y4>j)^.  Hs  livrèrent  bataille  à  Wanâdj-Djân  pen- 
dant deux  et  trois  jours,  mais  comme  leur  nombre 
augmentait,  il  reconnut  qu'il  ne  pouvait  leur  résister. 
n  prit  son  harem  et  ses  soldats  et  partit  pour  le  pays 
des  Musulmans.  H  arriva  jusqu'au  fleuve  Wabi  (jj) 

*  THi  »  ^XKlSiL  1  Gabra  Tewodros?  (M.  Basset).  Peut-être  y 
a-t-il  une  faute  et  doit-on  lire  Gal)ra*-Endreyas  ?  Ce  pourrait  être  le 
Gabriendreas  dont  parie  Alvares  (  Verdadeira  informaçào  dos  terras 
do  Preste  Joao  dos  Indias ,  Lisboa ,  Imprensa  nacional ,  1 883 ,  p.  1 47- 
i48]  et  qui  tua  Masudi,  un  chef  musulman  (cf.  Bruce,  Voyage ^ 
U  IV,  p.  i83  etsuiv.). 


334  MARS-AVRIL  1894. 

elil  8  y  était  arrêté  <[uand  ]a  mort  le  surprit.  Il  mourut 
là:  son  tombeau  est  encore  célèbre  et  fréquenté,  atti- 
rant les  bénédictions.  Ses  compagnons  Tenterrèrent 
et  séjournèrent  deux  jours. 

«  Le  sultan  Mohammed  arriva  et  le  pleura,  puis 
il  rassembla  ses  cavaliers  et  ses  soldats  et  marcha 
contre  le  Bâli.  A  la  nouvelle  de  lapproche  du  sultan 
Mohammed  et  de  son  armée,  le  patrice  Djabra-Ta- 
driyâs  s'enfuit  vers  le  roi.  Le  sultan  resta  deux  mois 
dans  le  Bâli ,  puis  il  revint  dans  son  pays  après  avoir 
étabh  sous  son  autorité  des  gouverneurs  dans  cette 
contrée,  parmi  lesquels  le  père  duDjarâdMudjâhid^, 
nommé  Djarâd  *Ali  (Jl^  ^'t^)»  Ouraï  Sabr  ed-Dîn 
(^;^'  C:)»?*^'  j^)^  Djouitâ-Adarah {ê^:>\  ûi^) \  Ouâ- 
c&ou-Othmân  ((jU^^I^)  et  d'autres.  Del-ba-Iyasous 
resta  avec  eux.  Ils  demeurèrent  deux  mois  après  le 
retour  du  sultan.  Ensuite  le  roi  d'Abyssinie  résolut 
de  marcher  en  personne  contre  les  fidèles,  mais 
Wasan-Sadjad  lui  dit:  «  Ny  va  pas;  le  roi  des  Mu- 
«sulmans  est  descendu  dans  son  pays;  j'irai  contre 
eux.  »  Wasan-Sadjad  s  avança  à  la  tête  d'une  armée 
considérable;  un  combat  acharné  fut  livré  :  les  nôtres 
ne  s'enfuirent  pas,  mais  ils  furent  tous  tués  sur  le  dos 
de  leurs  chevaux  et  Dieu  les  marqua  du  sceau  du 
martyre.  Le  chérif  Nour  ben  Ahmed  {*>i^I  (^  }^) 
fut  pris ,  le  ventre  fendu  parles  infidèles ,  mais  Wasan 

^  Cest  le  viûr  Mudjâbid  que  nous  retrouvons  sous  le  règne  de 
Lebna-Dengel  et  qui  ravagea  rÂmba  de  Geché  (René  Basset,  Ètadu, 
p.  i8  et  109). 

'  Cf.  le  mot  %;f*  1  t patron,  seigneur •. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  335 

Sadjad  le  fit  recoudre  et  il  guérit.  Simou,  fils  de 
Wanâdj-Djân,  s'en  retourna  avec  le  sultan  dans  son 
pays.  Mohammed  Thonora,  le  combla  de  bienfaits 
et  le  nomma  djarâd  comme  son  père,  jusqu'à  une 
expédition  qu'il  fit  en  Abyssinie.  Simou  fut  pris  par 
les  infidèles  à  la  journée  de  Del-Maïda  (»*Xa*  J^); 
ils  le  firent  chrétien  et  patrice  à  la  place  de  son  père  *.  » 

Cet  extrait  d'un  écrivain  arabe  nous  dédommage 
heureusement  de  la  sécheresse  des  chroniqueurs 
éthiopiens.  Le  même  historien  musidman  mentionne 
une  église  construite  par  Nâ^od  et  pillée  par  le  Djarad 
Djouba  Gran  après  la  bataille  de  Chambéra-Rourê  ^; 
elle  devait  se  trouver  près  du  cours  supérieur  de 
THawash ,  dans  le  Dawaro ,  où  était  campé  Gran  *. 

^  Ce  Simou  commandait  une  partie  des  forces  du  Bâli  lors  de 
rinvaûon  de  Gran  entre  la  bataille  de  Chembrâ-Kouré  et  cdle  de 
A}£urs  (René  Basset,  cf.  Études,  p.  io4). 

'  Sous  le  règne  de  Lebna-Dengel,  voir  René  Basset,  Etudes, 
p.  ip4. 

'  Voici  l'extrait  de  cet  historien  : 

(fol.  45  r")  ^  ^U^i  ^^  jJLî  i^^\^  4^1  liUkJ  <u-mJl5' JUi6  ^15^ 

tJ,.K«at   JU:»3  U^  ù\j}\^  yuJl  jLaJ)  il!  !3;U  ili  JU  l^  (,y6^-4J  ç^ 

JL«...HS-^LXJ)    i    i^^.M>J\    ^IjLo)     i^JJi     ^    ïyJjt    U^J^^    iLy.^i    Jf 

^aùM^\^  \y^\3  'iytS^fSU£  \yéJJ^  jij  ^Lii  iUuJ!^  *-u6JJî  yUiP, 

c  n  y  avait  là  une  église  bâtie  par  le  précédent  roi ,  nommé  Nâ'od , 
fib  d'Admâs  (  !  )  Les  Musulmans  ne  la  connaissaient  pas ,  ils  n'allaient 
(dans  le  pays)  que  pour  chercher  des  bœu&  et  des  provisions.  Lors- 
qu'ils arrivèrent  à  cette  é^ise,  ils  la  trouvèrent  remplie  d'or;  à  l'in- 
térieur étaient  des  lames  d'or,  des  vases  d*or  et  d'argent  et  des  étoffes 


336  MARS-AVRIL   1894. 

Na*od  mourut  le  7  nahasé  de  Tan  7000  (3i  juil- 
let 1 5 08),  d'après  la  chronique  publiée  par  M.  René 
Basset,  et  fut  enterré  à  Geché-Amba-Nagast^. 

de  soie.  Ils  firent  an  butin  abondant  et  revinrent  du  côté  de  Tiinam 
qui  était  en  haut  du  fleuve  *Awash.  »  L'endroit  se  nommait  ^^^yi^ 
Berârah. 

^  René  Basset,  Études,  p.  io3.  Notre  historien' arabe  donne 
encore  quelques  détails  sur  la  sépulture  de  ce  roi  qu'il  place  à  Ma- 
kana-Seiâsé. 

(Fol.  59  V-.)  UU^  RA^  i  \^  j:^  J  JL^Ïy^t  «»^  i  e,l^ 
l^-x^;3  L^JLi-^  y»3  l^5tjLj  J  OsH-  ^  ^^3  *^»  yi^  ^  «^î 

u»U3  l^Stjb  ^  ^ylji  ^y  RL,té  ï^  ^^  ^^^?  J-*  J^3  V^ftjJl^ 
<y.~^^y  9JOO  UU^  Oois  ^\jy  tJ^\   l^  Jlixât^  £jLi»  ïyjSkC  iùf^  ù^ 

jl.  i:^iâ»>v<(o^  sLju.  ^^  â^uji  (2;U^  ^yiS  J{^  dUUt  UU^ 
iU^I  i  v^î;«;  ^^  j-L.^)  ^^  ^;L3  dLU  ^  jo.î  JytS'jJ  ^^  ^ 

t  II  existait  dans  la  région  d'Amhara  une  église  qui  n'avait  pas 
sa  pareille  en  Abyssinie.  Elle  avait  été  construite  par  le  roi  NA'od , 
père  du  roi  Wanadj-Sadjdjad  [Wanag-Sagad],  qui  s'était  occupé  du 
plan ,  de  la  construction ,  des  travaux  et  de  l'ornementation  en  or. 
Il  y  avait  passé  treize  ans  et  ne  l'avait  pas  achevée ,  étant  mort  après 
ces  treize  ans.  Son  fils  Wanadj-Sadjdjad  en  reprit  la  constraction 
après  lui  et  s'appliqua  à  en  faire  une  œuvre  plus  belle  que  cdle 
qu'avait  projetée  son  père.  Il  y  consacra  vingt-cinq  ans  jusqu'à  son 
complet  achèvement.  Cette   église   était  tout  entière  couverte  de 


HISTOIRE  D*ESKENDER.  337 

Le  fragment  du  texte  éthiopien  concernant  Ba^eda- 
Mâryâm  paraît  avoir  été  rédigé  sous  le  règne  de  ce 
prince,  bien  que  dans  ïexplicit  placé  à  la  fin  se 
trouve  le  nom  de  Lebna-Dengel;  les  autres  chro- 
niques datent  de  ce  dernier  roi. 


plaques  d'or,  semblables  à  un  feu  ardent ,  et  à  l'intérieur  étaient  des 
vases  d'or  et  d'argent.  Sa  largeur  était  de  i  oo  coudées ,  sa  longueur 
de  loo,  et  sa  plus  grande  hauteur  de  i5o.  Elle  était  tout  en  or  et 
en  incrustations  d'argent ,  de  perles  précieuses  et  de  corail.  Le  roi 
l'avait  appdée,  du  nom  du  village  où  elle  se  trouvait,  makan  Eu- 
tsalâtsjr  (MakanorSelasé) ,  nom  qui  signifie  :  lieu  des  trois  dieux  (En- 
droit de  la  Trinité),  Que  Dieu  soit  glorifié,  qu'il  soit  exalté  dans 
son  unité,  d'une  grande  âévation!  Louange  à  lui,  car  il  est  unique, 
car  il  n'a  pas  engendré ,  il  n'a  pas  été  engendré  et  personne  n'a 
jamais  été  son  égal  (Coran,  GXII,  3  et  4).  C'est  dans  cette  église 
que  fut  enterré  le  roi  Nâ'od ,  fib  d'Admas  (  !  ] ,  fils  de  Zârâqub  (Zara- 
Ya'eqob).  Il  y  avait  aussi  dans  l'Amhara  des  églises  bâties  par  les 
rois  précédents ,  mais  aucune  d'eUes  n'était  une  œuvre  comparable,  i 


338  MARS-AVRIL  1894. 

TEXTE. 

Chronique  d'Eskender'. 
II.  Ms.  i43(fol.!77V)>.  <DXf  XrléftH- 1  f  ^0>  I 

"hr^^iiB  •  fàC9  «  MU  «  j&«flA  «  ytm*^  • 

tf^i*  I  ^A-  *  t7«-  *  [M  I  Wlh  «]  0ht  *  fh 

a»Aa  I  h-ofràiV  I  «iii-ï  I  ta  *  it*/"  ■  af:/** 

AlfCJk  I  fù^-O  I  fh/**  *  OiiPCa*  I  Adt  I  ^7 1 
ipfd.ft"  *  A%  I  QiCliffx  *  flhiv  >  A-ti*»  *  oifc 

^  Les  passages  entre  crochets  sont  ajoatés  d'après  le  ms.  d'Ox- 
ford; la  lettre  A  indique  les  variantes  de  ce  même  manuscrit,  la 
lettre  B  celles  du  ms.  i43.  —  '  Bibl,  bodl,  d'Oxford,  ms.  XXIX, 
fol.  29  r\  1.  4.  ~  «  B  Kim  1  —  *  B  -fc^  1  iD?Vi  i  0^A^ 
*  1  mt^dk  1  —  »  B  'iO'h  t  —  •  A  -afcJl  t  ;  le  mot  ^Cff  t 
mancpe  toujours  dans  B.  —  ^  B  tki^^fàéL  «  —  *  B  Mi 


HISTOIRE  D'ESKENOER.  339 

nrik  *  9^(L  I  M^  «  [H Anv  i]  «hA4>  *  xr«c 
XA  i  «1^  I  -aSh^  *  mx,f^  «  99"JC  i  ^kKA  « 

0M*dA.O>  *  Af 'hi^t  *  AAIiIJM:  *  Vîhl  *  ttV 

/»•*  •  IDQJbift^  •  (fol.  77  V)  ID-A+  1  itlt  » 

f»*c  ■  <Dhv  •  Aidi*»  •  *<!•  »  •»!•/»  »  crv*  » 

OJCft-  «  ^f*4-  «  %Ar  *  0*AA'|i'  I  A.JK^AA<n-  * 
070.^  »  rue  »  <i»/"CW«*  »  ^hHH  "  flifh/" 
A  •  Kthra  1  /»C  W  »  *.1^fr^  •  mVlMiV 
a»'»}i'it*  AAHh^  *  K^f'kf  *  hha»  *  dif»  * 
«-hii  i  Tt  *  aa^h*  *  Ha**»  i  a>%f"JM^  i 
«I4T  *  ii»4*dA  *  7'0f>  *  iCAlk  *  2kQ  «  <h4P  « 
0M  *  97*4-  *  07*%*»  •  flKTft**  I  f*AA  * 
HSh^  *  mX,Kr  •  9f»4-  •  Afl  I CHK  •  htlf  *  JKl^ 

r»  »  tf-iif  «  rtifC  »  *.*f"fry  »  nAiirii  "  0fl 

M+H  •  M1IF«^  •  Atf-Affli»-  «  *A  •  +«Aïfc.«  » 
f  AlWO>  »  0*i»»ÇFmN  •  fllh«l  I  ^/^AJ^  " 
0ïkf*TI  »  IkACFov*  »  0fc*î9'llF<^  ■  011  » 
[Xf'fcll'iiv]  *  %A  *  r»1^  I  flf:?^  t  «Dfl  «  3bA  I 

[f*A^Ç]  "  0hrg:*kcn  «  *A.C  1  l-Kwi  1 
fJ^^  «  ?AQ4'  «  iwilf  *  IkO*»*  •  l-ÙC  *  [«h7  « 

'  BOJtAAdfti— •  ACTTi— »BC«  .-♦  A. /«C^ 
f*  «  —  •  B  Atf-Ac  t  Mlk  «  —  •  B  i'f •flh>  «  —  '  B  fAad  * 


340  MARS-AVRIL  1894. 

r^  a]  '  aQpmVùilLV'lt,  *]  '  naXrJk-  <  ftA4i- 

o-hihAA  I  hHf*  *  tiCh±fV^  *  aumAh 

tiùa  «  fh/*»  1  fciwTîA  t  îf  ^»  I  aéA  *  •  r»c 

XI  1  A7»+  »  XM:xft  »  IDJ^'O^  I  il-JÎ*»* 
4DAh4-f;iA  »  fcTHfcl*»  1  "ÏC^r*  »  flil-W 
[•1*11114 1]'  ha-0- 1  U?  I  Tin»  I  T  idK  •  A-I4C 
a*}A  t  <%ilA>A  t  A.t  1 0»A%li4-  *  ai'hùC  •]  <h 

ftl'ir'Jâ  »  nc^r  *  [hw]  a  oAXo»  I  afjiiii 

OM,  *  «yc^r  *  a  <D%9<*if  I  +imjsm  *  'Oik^ 

VI*  *  ana^  >  iIHA'i^;^  *  U/^Ith  *  fAlkif-  *  fl 
il  Ah  *  ûojiK.  I  %Aiii>  *  •MttJi'ath.C  *  Ai-A  • 

IV.  iDAhAhi&f  I  AAniAi:  I  hr»^^  ■  m 

fld^  s  afh't  I  f***î  I  [«PAA+  «]  •  dA+  I  flh 
ûoi  httU*  tf/^A-A  >  f*UAA  *  Vt*  I  hA%F  I 
aùXrP  a  <D%7»ii  I  tflCF  »  aHA+ 1  no^'fl^  • 

'  B  7<fl^  »  -{"ilil^  »  Ka%0-  »  «*7a»«^  I  —  •  A  màù 
H.V-  »  («c),  B  maai-pùh  »  hO^o-i  I  —  »  B  toitth^  » 
—  '  A  idQX'iIh  I  —  '  a  hM  »  —  •  B  T^IiJ  •  ailOT  i  MiJ  » 

ha*0-  »  —  '  B  him  I  —  •  B  idolt  I  —  •  b  c  i 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  341 

floftrfi  1 0?  «  rhh  *  hH.hO'  *  hao  *  Mvp^  » 

•h/»»  »  <dK0>C7iihF  a  aAhAJ'M  *  ♦*A1  » 
hm  *  h0» *  JKAA-Fnv'  *  axAi- 1  tf-ft- <  «OikC  * 
hn»  *  JKChft^  «  tf-Ar  I  A'OJk  a  tohi"»  *  ^aofS. 
m  a  "MiA  *  I  tiCA'f  A  *  7*AA  a  tf-A-o»-  «  ih^0>  * 
■M  •  •M«?*i»»-  »  iH-fs/^AI-  «  fl»fl:ii»1'  a  <D 
fkmX  *  A%A  I  flvhf-  *  h-ffh  I  h0»  «  J&<h4. 1 1 
4<^  *  f"AA  I  Ifi^ArA  *  htD*è}^  *  KbSS.l^Va»'  > 

%Ali7XrC  t  (fol.  78  r»)  %fth  I  %^  i  hofi,^  a  a> 
3bf*1f  I  KA<;/.  I  flAAf* ihaoiS*a>n*  A[<dC 
^  •]  T^7»4-  »  AhlM.h'OïkC''  a  %A%Ah  I OM 
^àXrP  I  A<ioA.aih  *  %AhlJM:  *  T'AA  *  OA 

flfflh  a  A0AF  »  mnÇ^Pao*  a  Atf'AfHv  a  %A  • 

l^àP  a  hni  "  <Dhni  »  IDA<DA4>  a  A*!!}  a 
l^rîA  a  i^VVKh  a  fcA-fl^  a  œMC  a  7«7/w 
h  '  •  fl^JKAh  a  -UC^  "  œhimÇ,X  a  AT*?»  a 
f»*C  a   IPCF    «    A«ÏA«ii»  a   ^Kr  a   fcnt   • 

mhnt^  a 

>  A  lia»  «  JLJ&4IIP  1  —  »  Ms.  XXIX,  fol.  29  v°,  a.  —  '  B 

J&ChjS  «  A  Atf-/^  «  manque.  — *A-I'>I«— 'BJ*— 'A 

h3kin.A  »  3k«nUk'fl<hC  »  —  '  B  Hl'î'/»»!  i  —  •  Ces  der- 
nières phrases  sont  rimées  en  P. 


342  MARS-AVRIL   1894. 

m.  oMO'Tt'tt  ■  tT-fi  *  %aiiijm:  ■  rtth  > 

[/"C^t  *  a-Ok  *  +èàV  *  A^A  I  mi^ji  ■  t 
ftl"  «]  /•'CM*  »  i»A^  »  «Dtf-Ç*  ■  m^  t  «V 
4^  *  oxMk  I  a>«»M'<YUA  >  Clf-^  ■  Ail  > 
«iipf:ti&  I  iPÇfi  1 0Mfc  *  QtA  "  0fUi'|i  a 

Si  *  <DA.70*iU0-  ■  tfflurhi  I  +r^  I  ik^c 

KilikC  I  aiflliAk  •  9<i»i-  a  XkM'^flXk  a  f 
T-/**  I  tf-il-[ii»-  *]  ih^if- 1  «do^j:  I  ffffi  ■  A 
JCA  '  «  3b71f  *  JB^IAF  *  •flU-^l  *  ^4-41  a  X.4- 
«hC^'  a  J-IS-^  I  KAA'  a  [Aft*/»»  a  a>>]X.4-^ 
fin  a  at«<L-l*  a  <DiD*k'M  a  hQt'0»'  a  «D«h4  a 
ma» A  a  J^llC  a  «Dluvliaf.*  a  [tf>i|f]  i  ft'f  ■ 

iDi«»»c9*  •  mhjn  a  j&^-tf»?^  a  SLnr  * 

hao^Jli  1 4*704^  a  iDl%A#0iHI  *  a  «"Mf  ■ 
atùa  a  <D<nf  a  [hn?  a]  70.^  a  «hf  «OlkO  i  H^  a 
tf-A-00«  a  oa^^lk  I  n%f"fcll'<ii>-  a  Mi  a  r*  ai 
<DP  I  3hA  a  >fl'iiDP  I  %A a  4*f<DIBL  "  aHitT* 
f^h  a  hAilf  a  •hrVÊjMiéliXL  a  OlkllÇA  a  «»AM| 
•tlh  a  [<D|k%4*i-F  a]  »  flâ^f*  a«i4H*  a  ;l-%I|0'  ■ 
a'hrg:*kCn[X[  a  f  fl^  a  %11f  a  JK-frim  a  0M 
Ifl  a  iDJSikA.  I  hi»  a  JKfhC  a  41«»  i  A+O 

>  A  4J(A  I  —  >  B  f-A^:  I  —  >  B  |kh«II.M  *  Ukm  « 
—  *  B  «DhOTHair  «  —  •  Us.  XXDL,  M.  ag  vM>.  —  *  B  M| 
d  »  —  '  A  hrdah  •  —  •  («c)  Bh'flli  1  —  »  B 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  343 

^êp  *  [tdt  *]  MC^^O>  *  <DA.ht  I  iP^  *  aOkin»  * 

<ii&0. 1 3^111 1 JBA1 1  A^Y  i  jc-fli;  I  rf"*eà  * 

mchf  ■  li'OC'l*  *  mhhti'Matx  *  rftA  •  0»li'fl 

[ff"d^«  »]  «D^ni  I  fihênt  *  AA4-  *  Vin  * 

UêP  *  «D^*!*  •  iCCih- 1  tîCF  I  Ultf  *  JK'flAr  i 
^•{•AF  >  A+llAjB  *  mCh  *  tt^^tC  I  A-OK  * 

hcç'  «  oimi'hif  ■  +'»i»fc  •  XII I  rà»^  * 

t9Q»A  l 'tfkU'a^  "  0Afl  *  C%K  >  %Ar  i  <h 
Afl  *  lu»  *  kêiht  *  àati  *  noltrlk- 1  A'hf 'OA'f  iiv*  * 
cvMlh^*  *.  ^m.h'f  <">■  "  <vA.y%av<>  >  ho*  1 1 
"hi»  *  Mik  I  aiïJ^i:^  I  hAr  *  A'Ofi  <  hC?  • 
lfjKA«»K  «  fJS'  *  aX'A<lo•^  I  A>Ac^'  *  mhùC 

A  I  lui»  I  I<D|  I  A[<DC^]  I  *1f 0^^  I  %f*IUlD  I 

OVflM'i*  1 1l7'|k  I  ^+APao'  I  A%A>  i  A'Ofi  i  h 

otAOI»  »  •«•/"»  1  lihiilXrC  »  *»"♦«•««»  » 

ArA  *  ff"AA  *  [t^A»ll»-  *]  '  'Y1a^StI^  »  tD^d  «  f* 
JM  I  hrâi^  *  h0»  «  ^fl/**  t  ttA.*X,  *  ihA. 

>  A  m^KJbè  (ne).  —  *  A  CV  «  —  >  Ces  deax  mots  dans  B 
seidemeiit.  An  lieu  de  hC'9  •  A  donne  hCh'V  t  —  *  A  OKA 

m^  «  ÙAUh  *  —  '  B  0'l^<a4  «  aft'fl4  •  «Hit  *  — 

*  AAtHtftm**  —  ^  (ne)  ;  il  faudrait  0KjBPl  —  >  B  tf*/^  t 


344  MARS- AVRIL  1894. 

Vo*  I  aBAù-Hh  *  r^lX  *  Mnifl^  >  [lui"  •]  A^ 

70*  *  Ohtf»  *  diAr  *  œmtx  •  hn/^p  >  a^t 
A^  *  rfi:c  *  KrdbA  -  tf+f'Oh'  •  rikA  *  n/** 

Ar A I  iDf»AA  *  IfhTiy  "  0-k-h  *  IIL  >  ?0A*  > 
ih^  •  %All1fti:  «  At-hAfo^  •  Atf-Af 0^  a  ** 

]|>  *  hn7  *  dhov  *  fl£r*<iv  '  *  athwao'  •  [a»]A 
7^JE^l  *  %A  *  hT'KTAfli»  i  im  i  A.?A-A  i  ^-f 

<»»C»  •  aim?^}  ■  fflhny  1  <D#fc  »  IT"/»»»  » 

%f»AtAP- 1  iDïfl^  t  -Ifl  I  Mac  I  [9fl.JB  *]  iHk 
Ifli*  »  CI***  I  *r*h+"?»-  •  <D*1'0<:'lkA  •  fl» 
IhC  1  T*  »  fl»fcd"»^»'i'  »  THLfî  »  <i»»^1  • 
/.i^4^  I  »?MlA'  *  aomi  *  »/■*&*  *  3U>>4-  " 
«Dfl  A  AA.l»'  ">  I  hAahP  I  hhfll"  *  AO-k^k  I A  t  A  > 

*  Ms,  XXIX,  fol.  29  v",  c.  —  *  A  Kflfl  manque,  —  *  A  ^Jl 

pu».  1  —  4  A  ^jiA  1  —  »  B  tfh'V'fl^ii»*  •  iDih^i;  •  — 

•  A  a\*  1  Ttumi  •  —  7  A  hd^^^L»^  •  -  «  B  7«.*1  •  4L* 
4«Jt  «  OByRikt  I  IDfhll/^  I  --  »  B  K  —  '^  fl  manque  dans  A. 
—  ''  B  hhft  1 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  345 

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XXIX ,  fol.  3o  p°,  a. 

m.  33 


346  MARS-AVKIL  1804. 

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HISTOIRE  D'ESKENDER.  347 

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348  MARS-AVRIL  1894. 

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HISTOIRE  DESKENDER.  349 

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[f*d^*  »]  <D*f»A"ïé:TI^  »  M  «  +l>aHjh  « 
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If  t  ahv}^  *  Titu  t  JS.-OA'  *  K^ait  *  hênm"  « 

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350  MARS-AVRIL  1894. 

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Aftim  I  (kaoteà^Jh  I  l|0>i*  t  A^lM(  t  kA  *  JK 
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1  B  Tf  1  —  «  Ms.  n"  XXIX,  fol.  3o  v%  a.  —  La  copie  que 
possède  M.  Pereira  s'arrête  ici  ;  mais  le  manuscrit  doit  contenir  ia 
suite ,  qui ,  d'autre  part ,  se  trouve  reproduite  en  partie  dans  une 
note  marginale  du  ras.  idi*  foi.  i3f  ainsi  conçue  :  IDflf4<i*4'  t 

"la  I  Kd44-  «  A^iPi^  «  f  &A  t  KAYiÀl  I  ^Ai*  i  fcf"  i 

A4Af"  I  loahl-Ml  I  i*4aHt  •  dar  I  Kg:*  ■  iDAdA 
¥0-  I  ID0AID  1  Ib&h  «  fMXk  1  XIB  1  J&7'flC  1  ^M4*  « 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  351 

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**»  •  c^cyn  «  kj^iiuçi*  »  œhrn-it  *  hxr  i 

JC'^'KlI'ov-  *  %Ah  *  a  AU*  *  ttlt  *  he.Hi'f'  1 7'V 
0-  *  «If-y}  I  %A  l 'i'hih  t  ^^tm  X  Afl  1 4?»0- 1 


352  MARS- AVRIL  1804. 

TRADUCTION. 
Histoire  d 'Eskender  et  d'*Amoa-Seyon  H. 

II.  (  Fol.  7  7  r*.  )  Après  lui  (  Ba'eda-Mâry âm  )  régna 
son  fils  'Ëskender,  ainsi  qu  il  le  lui  avait  ordonné  ^  ; 
avant  de  mourir,  il  s*était  exprimé  en  ces  termes  : 
«  Que  Ton  fasse  régner  après  moi  'Eskender,  mon 
fils,  car  il  est  agréé  de  Dieu,  mon  seigneur.  »  Et  ces 
paroles  furent  répétées  par  ceux  qui  les  avaient  en- 
tendues. 

Notre  roi  ^Eskender  fut  bon,  pur  et  doux,  car 
c'était  un  tout  jeune  enfant.  Le  jour  même,  le  roi 
ordonna  de  faire  venir  sa  mère  de  TAmbara  où  elle 
avait  été  reléguée  sous  le  règne  de  notre  roi  Ba'eda- 
Mâryâm  et  on  lamena  sans  retard  auprès  de  lui, 
avec  une  grande  joie  et  un  grand  contentement, 
[comme]  autrefois  la  reine  'Egzi'e-Kebrâ,  mère  du 
roi  Zar^a-Ya*eqob  2.  On  promulgua  une  loi  concer- 
nant sa  régence';  les  liqawent^,  le  serag-masarê*^ 

^  «  Ainsi  qu'il  l'avait  ordonné  » ,  (  ms.  1 43  ].  Les  rois  d'Ethiopie  dé- 
signaient leur  successeur  (cf.  Les  Chronûgues  de  Zw'*arYa*eqob  et  de 
Ba'eda-Mâryâm,  ^.  109,  168). 

'  La  mère  de  Zar'a-Ya*eqob  se  nommait  en  effet  EgziViCebrà 
(  cf.  Diilmann,  Ueber  die  Regierang,  insbesondere  die  Kirchenordnungdes 
Kônigs  Zar a-Jacob,  p.  8,  où  il  est  question  de  ce  passage  de  la 
chronique  d'Eskender,  et  Les  Chroniques  de  Zar'a  Ya*eqob  etdeBa" 
*eda-Mâjyâin,  p.  86). 

^  Mot  à  mot  :  •  Une  loi  du  temps  qu'elle  régnerait.! 

^  Liqawent  est  le  pluriel  de  liq  qui  désigne  un  grand  juge 
(A  d'Ahbadie,  Dict  de  la  langue  amarinna,  col.  2 5). 

^  i^ag-masaré  ou  seradj-masaré  est  le  titre  du  grand  officier  qui 
couronne  le  roi  (A.  d'Abbadie,  op.  laad,,  col.  972). 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  353 

et  le  liqa-dabtarâ  ^  la  firent  asseoir  sur  le  trône  et  le 
qasis-haçê  ^  les  bénit  suivant  leur  coutume.  A  cette 
époque ,  l'^aqabê-sa^âât  ^  se  nommait  Tasfa-Giyorgis  *  ; 
'Âmda-Mikâ'él  ^  était  beht-wadad  de  droite  et  Badlâ- 
Re*ed  beht-wadad  de  gauche  ^. 

Au  temps  de  notre  roi  'Eskender,  le  calme,  la  joie 
et  Tallégresse  régnèrent  (fol.  77  V*)  dans  tout  le  pays. 
Sa  mère  Romnà  '^,  Taqabê-sa^âât  Tasfa-Giyorgis  et  le 
beht-wadad  *Amdu  *  s'entendaient  bien  :  il  n  y  avait 
aucun  désaccord  entre  eux ,  ni  dans  leurs  délibéra- 
tions, ni  dans  les  ordres  qu'ils  donnaient.  Quant  au 
roi,  il  ne  connaissait  pas  le  gouvernement  ni  les  af- 
faires de  rÉthiopie,  car  c'était  alors  un  jeune  enfant. 
Mais  bientôt ,  abba  Hasabo ,  abba  ^Amdu  et  Mé'eman- 

'  Liqa-dabtarâ  signifie  maître  clerc  ou  chef  des  clercs. 

'  Leqasis-haçé  ou  qés-haçé(ms.  i43)  était  le  chapelain  ou  grand 
aumônier  du  roi. 

s  Ces  deux  mots ,  qui  signifient  gardien  de  l'heure ,  désignent  Tun 
des  grands  officiers  de  la  maison  du  roi  (A.  d'Abbadie,  op,  land,, 
coL  5o3). 

*  Espoir  de  Georges. 
'  G>lonne  de  Michd. 

*  Dans  son  acception  la  plus  génénde,  ce  mot  signifie  ministre. 
On  dit  aujourd'hui  bitwadad  (Tgn.  Guidi,  Granimatica  elementare 
deUa  lingua  amarina,  Roma,  1893,  p.  67,  ligne  3).  Il  y  en  avait 
deux  à  la  cour  d'Ethiopie,  Tun  de  droite  et  l'autre  de  gauche  (cf.  Les 
Ckrtmùfues  de  Zar^arYa*etfob  ei  de  BdedorMâryâm,  p.  9)- 

^  c Grenade»,  mère  d'Ëskender  et  de  'Enqua-'Esra'él ,  troisième 
fils  de  Ba*eda*Mftryâm.  (cf.  Les  Chroniques  de  Zar^a-Ya'eqôb  et  de 
BtCedorMàryâm , -p.  i55,  iCi). 

*  'Amdu  pour  'Amda-Mikâ'â.  Dans  les  noms  propres  composés 
de  deux  substantifs  dont  le  second  est  au  .génitif,  on  en  omet  sou- 
vent un  qui  est  généralement  le  dernier;  le  premier  prend  alors  la 
terminaison  u  ou  é.  Ex.  :  Gahra-Màryêan  devient  Gabru;  Kefla-Gi- 
jrorgis,  KeflU  (Ig.  Guidi,  Grammatica  délia  lingua  amarina,  p.  4i). 


354  MARS-AVRIL   1894. 

Basedequ  ^  (?)  commeecèrent  des  hostilités  contre  le 
beht-wadad  *Amdu  lorsqu*ils  -s  aperçurent  que  celui- 
ci  gouvernait  seul  FEthiopie.  Pour  ce  motif,  on  s'em- 
para de  tous  ceux  qui  avaient  pris  part  à  ces  hosti- 
lités'^ et  on  leur  infligea  divers  châtiments;  puis  on 
les  enchaîna  et  on  les  déporta  ;  les  ims  moururent 
en  chemin,  d'autres  survécurent. 

Notre  roi  se  rendit  ensuite  à  Yalaba§â^,  la  rési- 
dence de  son  père  ;  il  y  fit  la  cérémonie  du  couron- 
nement et  se  conforma  à  la  règle  de  ses  ancêtres^. 

Sous  son  règne  ^,  des  évêques  vinrent  aussi  de  la 
ville  sainte  de  Jérusalem;  les  prêtres  furent  plus 
nombreux^,  les  ég^ses  furent  restaurées  et  le  pays 
fut  rempli  de  joie.  Notre  roi,  ayant  quitté  de  nou- 

^  Ces  deux  mots  signiQent  «  coniiant  dans  sa  jusliice  t  et  je  me  de- 
mande avec  M.  Pereira  si  nous  avons  bien  ici  un  nom  propre.  Ce 
pourrait  être  un  titre  comme  t  confident  » ,  mais  je  ne  saurais  pré- 
ciser. Quanta  abba  'Amdu,  je  crois  quil  s'agit  du  supérienr-de  Oa- 
bra-Paracj^tos ,  nommé  par  Ba'eda-Mâryâm  et  comblé  d'honneurs  par 
lui  (Les  Chroniques  de  ZaT*a-Ya*eqoh  et  de  Ba*eda'Mâryâm,Tp,  las). 

*  tQui  avaient  combattu  contre  lui»  (ms.  id3).  Voici  ce  que  dit 
Bruce  à  ce  propos  :  «L'acab  saat,  Tesfo  Georgis  et  le  Betwudet 
Amdu  gouvernèrent  le  royaume  pendant  plusieurs  années  avec  le 
plus  absolu  despotisme.  Il  se  forma  dors  contre  eux  une  conspiration 
à  la  tête  de  laqudle  étaient  deux  hommes  très  puissants,  Tabbé 
Amdu  et  l'abbé  Hasabo,  mais  leur  trame  fut  découverte;  quelques 
conspirateurs  furent  punis  de  mort,  d'antres  emprisonnés,  d'antres 
bannis  dans  des  lieux  inhabitables  »  (  Voyage  aax  sonnet  du  Nil , 
traduction  Castéra,  Londres,  1790,  t.  IV,  p.  174  ). 

'  Voir  Les  ChTomques  de  Zar'a-Ya^eqob  et  de  Ba^eda-Màryâm, 
p.  67,  91  et  i55. 

*•  «Et  y  fit  la  commémoration  de  ses  ancêtres»  (ms.  i43). 

^  «  Au  temps  de  ses  pères»  (ms.  i43).  —  Ainsi  que  beauconp  de 
prêtres  (ms.  i43). 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  355 

veau  le  Shoa ,  se  rendit  dans  l'Amhara ,  traversa  toutes 
les  localités  ;  ii  visita  Ganata-Giyorgis ,  Dabra-Naguad- 
guâd ,  Atronsa-^Egze^etna-Mâryâm  ^  et  fît  à  ce  dernier 
endroit  la  commémoration  de  son  père ,  le  i  a  du 
mois  de  hedar,  fête  de  1  archange  Michel^.  Il  y  fit 
terminer  la  construction  de  l'église  nommée  Atron- 
sa-Mâryâm-Azazo(?)  Notre  roi  ^Eskender  acheva  ainsi 
ce  que  son  père  avait  commencé^. 

n  retourna  ensuite  dans  le  Shoa  ;  Za-Selus  ^  resta 
avec  lui(?)  à  Kalée-Mayda  (?)  parce  que  Dieu  avait 
prononcé  son  jugement  sur  eux  ^. 

rV.  Puis ,  après  avoir  placé  le  cercueil  d'^Eskender 
à  Metjeg*  pendant  trois  jours,  ils  le  transportèrent 

^  Ces  trois  localités,  dont  les  noms  signifient  respectivement 
t paradis  de  Georges»,  c monastère  de  la  foudre»  et  «trône  de 
N.  D.  Marie  » ,  sont  dans  l'Amhara  ;  la  deuxième  date  du  règne  de 
Zar*a-Ya*eqob  et  la  troisième  de  celui  de  Ba*eda-Mâryâm  (cf.  Les 
chroniques  de  ces  deux  rois,  index). 

'  Le  roi  Ba*eda-Màryâm  mourut  le  1 2  de  hedar  d'après  le  ms.  142 
de  la  Bibliothèque  nationale  et  le  synaxare  (cf.  Basset,  Études  sur 
rkistoire  d  Ethiopie,  p.  io3,  et  Zotenberg,  Catalogne  des  manuscrits 
éthiopieiu  de  la  Bibliothèque  nationale,  p.  163,  2i5).  Le  mois  de 
hedar  commence  le  38  octobre,  suivant  le  calendrier  jidien. 

'  Cf.  Chroniques  de  Zar*a-Ya*eqob  et  de  Ba'eda-Mâryâm ,  p.  1 33 ,  etc 

*  Za-Sdus  était  son  premier  ministre  et  gouverneur  d'Amhara 
(Bmce,  Voyage  aux  sources  du  Nil,  traduction  Castéra,  Londres, 
1790,  t  IV,  p.  176). 

'  C'est-à-dire  que  le  traître  2a-Sdus  resta  là  avec  sa  future  vic- 
time (?) 

•  Ainsi  que  me  Ta  fait  remarquer  M.  Pereira,  le  mot  f"¥^  1 
signiGe,  en  amarinna,  centrée,  exordes,  absolutions  t  (cf.  A.  d'Ab- 
badie.  Dictionnaire,  col.  89).  Peut-être  désign&-t-il  un  vestibule  qui- 
conque; mais  je  n'en  vois  pas  bien  la  signification  dans  ce  passage. 


356  MARS-AVRIL   1894. 

par  le  chemin  où  on  lavait  arrêté,  ainsi  que  Tavait 
ordonné  Za-Selus ,  et  le  mirent  dans  le  tombeau  de 
son  père,  à  'Atronsa-Mâryâm.  Takla-Krestos  se  ren- 
dit là  avec  ses  soldats  pour  le  pleurer^,  et  ils  appor- 
tèrent du  palais  du  roi  des  vêtements  ornés  ^  dont  ils 
vêtirent  son  corps.  Takla-Krestos  ordonna  ensuite  de 
promener  dans  tout  le  pays  les  cadavres  de  ceux  qui 
avaient  été  mis  à  mort ,  afin  que  tout  le  monde  les 
vît;  puis  il  revint  avec  sa  troupe  près  du  roi*,  joyeux 
et  content.  On  arracha  les  yeux  à  ceux  qui  avaient 
comploté  de  marcher  avec  Za-Selus. 

(Fol.  78  r°.)  Et  parla  force,  la  royauté  passa  à 
Amda-Seyon,  fils  d'^Eskender;  il  régna  pendant  six 
mois  et  mourut  en  paix  le  29  de  teqemt*. 

O  Seigneur  Dieu,  je  fcn  supplie,  fais  entrer  dans 
ta  demeure  ton  oint  ^Eskender  avec  son  fils  *Amda- 
Seyon;  place-le  à  ta  droite  et  opprime  tous  ceux  qui 
lont  opprimé  !  Amen  et  amen  !  Fais  comprendre  tes 
commandements  à  son  fils  Lebna-Dengel  ;  disperse 


et  je  préfère  le  considérer  comme  un  nom  propre.  Bruce  dit  que  iéis 
partisans  de  Za-Selus  qui  avaient  assassiné  le  roi  cachèrent  pendant 
quelques  jours  son  corps  dans  un  moulin  (  Voyage  aax  sources  du 
Nil,  t.  IV,  p.  179). 

^  A  donne iLlTAUf  •  «pour  qu'on  ne  le  pleurât  pas». 

*  Le  mot  7fA^9*  >  (VA^9*  •)  est  amharique.  Il  signifie 
«  décoration ,  beaux  habits  »  (  A.  d'Abbadie ,  Dict.  amarinna,  col.  212). 

'  Qu'ils  avaient  nommé  (?).  Au  lieu  de  Takla-Krestos,  A  porte 
ici  Takâ-Krestos ,  qui  est  peut-^tre  exact.  Serait-ce  le  même  per- 
sonnage que  nous  retrouvons  sous  le  règne  de  Nâ'od  ? 

^  Voir  la  note  1  de  la  page  338.  Teqemt  est  le  second  mois  des 
Éthiopiens;  il  commence  le  28  septembre  et  finit  le  38  octobre  selon 
le  cdendrier  julien. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  357 

par  ta  puissance  les  ennemis  de  ta  royauté,  et  fais 
disparaître  jusqu'à  leur  souvenir  de  la  face  de  la 
terre;  à  tout  jamais,  amen. 

III.  A.  —  Notre  roi  ^Eskender  était  plein  de  va- 
leur, expert  dans  les  combats  ;  il  connaissait  à  fond 
lart  de  la  guerre,  savait  monter  à  cheval,  tirer  de 
l'arc ,  manier  le  bouclier  et  la  lance  ;  il  était  en  outre 
miséricordieux,  clément,  d'un  cœur  compatissant, 
aimant  le  bien  et  détestant  la  vengeance.  Mais  ses  sol- 
dats ruinaient  tout  le  peuple;  ils  faisaient  gémir  les 
pauvres  et  il  ne  les  réprimandait  pas.  C'est  pour  cela 
que  Dieu  s'irrita  contre  lui. 

Dans  la  deuxième  année  de  son  règne ,  le  roi  ras- 
sembla toutes  ses  troupes  et  descendit  dans  le  pays 
d'Adal,  alors  que  plusieurs  saints  (religieux)  lui 
disaient  :  «  Ne  va  pas  dans  le  pays  d'Adal ,  ô  notre 
Seigneur,  car  tu  n'en  tireras  aucun  profit.  »  Il  ne  les 
écouta  pas  ;  il  se  mit  en  route ,  arriva  à  Dakar  ^  et 
en  détruisit  toutes  les  maisons  et  les  temples  (P)^. 
Comme  il  s'en  retournait,  les  Musulmans  le  pour- 
suivirent; ils  étaient  peu  nombreux;  mais  lorsqu'il 
engagea  le  combat,  tous  ses  soldats  reculèrent;  les 
uns  furent  tués  sur  place ,  d'autres  purent  s'enfuir, 
d'autres    furent    faits  prisonniers*.  Quant  au  roi, 

^  Dakar  ou  Dakkar  fut  la  résidence  des  souverains  musulmans 
de  l'est  de  TÉthiopie  jusqu'à  l'an  937  de  l'hégire,  époque  à  laquelle 
elle  fut  abandonnée  pour  Harar  (cf.  Maqrizi,  HisU  reg,  islamit,  in 
Abyssinia,p,  36;  Paulitschke,  Harar,  p.  5o6  et  218). 

^  Mot  à  mot  :  «toute  sa  maison  et  sa  dispositions  (?). 

^  Bruce  donne  à  entendre  qu'Eskender  aurait  été  trahi  par  Za- 


358  MARS-AVRIL  1894. 

Dieu  le  protégea  avec  les  ailes  de  ses  anges  qui  le  ra- 
menèrent sain  et  sauf  dans  son  palais.  Il  y  demeura 
triste  et  aflligé,  méditant  de  retourner  dans  le  pays 
d'Adal  pour  se  venger  de  ses  ennemis;  mais  cette 
pensée  ne  se  réalisa  pas.  Il  bâtit  un  temple  qu'il 
nomma  Dabra-Me§wa^e  (monastère  du  sacrifice  ou 
de  loiFrande)  et  pour  lequel  il  eut  ime  grande  véné- 
ration; il  combla  aussi  d'honneurs  les  prêtres  de  ce 
temple  ainsi  que  le  makbeb  ^. 

B*.  —  Puis,  un  jour  qu'il  était  dans  son  appar- 
tement, on  lui  dit  :  «  Les  gens  d'Arho*  ont  tué  Ta- 
klâye,  ton  serviteur  que  tu  aimes.  »  A  cette  nouvelle, 
il  se  mit  en  route  le  soir  même  et  se  rendit  dans  le 
pays  de  ces  gens.  Lorsque  ceux-ci  le  virent,  ils  pen- 
sèrent que  c'étaient  d'autres  guerriers  qui  étaient 
venus  pour  leur  faire  la  guerre  et  ils  se  souvinrent  de 

Selus.  Dans  la  seconde  année  du  règne  de  ce  roi ,  le  roi  d'Adal  était 
Schems  ed-Dîn  ben  Mohammed  {Hist,  des  souv,  de  Harar,  dans 
Paulitschke,  Harar,  p.  5o5;  Bruce,  t.  IV,  p.  176,  note  1). 

^  Ce  titre  paraît  désigner  une  sorte  d'archiprétre;  on  le  trouve 
employé  aussi  dans  La  Chronique  de  Bc^eda-Màryàm ,  p.  laa. 

^  li  y  a  entre  les  fragments  A  et  B  une  longue  lacune;  le  premier 
se  réfère  à  la  deuxième  année  du  règne  d'*£skender,  le  second  à 
la  quinzième  année. 

^  Bruce  les  appelle  les  habitants  d*Arno,  viUage  mahomëtan 
[Voyage,  t.  IV,  p.  177).  Le  mot  Arho  (KCif  «  KCM  [hCV)  dé- 
signe en  amharique  une  caravane  voyageant  entre  les  'Afor  et  les 
Tigray  (A.  d'Ahbadie,  Dict,  amarinna ,  col,  458  et  476-477)  et  paraît 
n'être  pas  un  nom  propre,  puisque  le  ms.  i43  ajoute  :  t/ui  se 
nomment  Maya.  Ce  pourraient  être  les  hommes  des  caravanes  dont 
parle  d'Almeida,  et  qui  transportaient  du  sel  des  confins  du  Tigré 
et  d*Angot  dans  toutes  les  foires  du  royaume  (liv.  I,  cap.  u).  Ce- 
pendant il  se  peut  que  ce  mot  soit  aussi  un  nom  de  localité  ou  de 
population  (M.  Pereira). 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  359 

leur  crime  ;  mais  ils  ne  savaient  pas  que  c  était  le  roi. 
Ces  gens  d'Arho ,  que  Ton  appelle  Maye  ^,  le  percèrent 
de  flèches  pendant  les  ténèbres  de  la  nuit;  il  mourut 
le  12  de  genbot^  et  fut  enterré  à  Dabra-Warq^, 
après  avoir  régné  quinze  ans  et  six  mois*. 

(Fol.  78  v°.)  Pour  ce  motif,  on  massacra  les  gens 
d'Arho ,  sans  épargner  les  femmes  ni  les  enfants. 
Quant  au  corps  de  notre  roi  ^Eskender,  on  le  plaça 
dans  un  monument,  en  attendant  qu'on  le  transportât 
dans  son  sépulcre.  Za-Selus  le  labsa  ainsi  que  tous 
ses  compagnons  et  alla  dans  la  province  d'Amhara, 
pour  faire  nommer  roi  celui  qui  lui  plaisait,  après 
avoir  ordonné  aux  gens  de  Metjeg  de  ne  pas  laisser 
enlever  le  cercueil  d'^Eskender.  Il  fit  nommer  roi 
celui  qu il  avait  choisi,  mais  là  on  éiut*Amda-Seyon , 
fils  d'^Eskender,  qui  était  un  enfant.  Puis  ceux  qui 
avaient  proclamé  ce  dernier,  après  avoir  pris  leurs 
dispositions ,  passèrent  dans  la  province  d'Anihara  et 
firent  la  guerre  à  Za-Selus  et  à  celui  qu'il  avait  fait 


^  Le  ms.  B  ajoute:  que  Ton  appeUe  Maye  (ou  f^utôt  Maya). 
Au  commencement  du  xyi*  siècle,  les  Maya  habitaient  le  district 
d'Âyfars,  dont  les  chemins  étaient  étroits  et  bordés  de  forêts;  ils  ne 
possédaient  d'autre  bien  que  des  bœufs  ;  ils  se  servaient  de  flèches 
empoisonnées  (Nerazzini,  La  Conquista  mnsulmana  deW  Ethiopia  nel 
secolo  xvifip,  5/i).  Sous  le  règne  de  Sarsa-I>engdi ,  ils  habitaient  à 
Wadj;  enfm,  sous  celui  de  Seltan-Sagad  ou  Susnyos,  ils  étaient  en- 
rôlés dans  l'armée  de  ce  roi  (Notes  de  M.  Pereira). 

*  Genbot  est  le  neuvième  mois  des  Éthiopiens  ;  il  commence  le 
26  avril  et  fmit  le  26  mai  selon  le  cdendrier  julien. 

^  Dabra-Warq  est  un  couvent  situé  dans  le  Guadjam  (Basset, 
Etudes,  note  i54)* 

*  Voir  la  note  1,  p.  3a5. 


360  MARS-AVRIL   1894. 

élire.  Les  soldats  d'^Eskender  qui  se  trouvaient  là  à 
cette  occasion  tuèrent  tous  les  partisans  [du  nouveau 
roi  (?)] ,  ainsi  que  ses  officiers  de  tous  grades  (?)  ^. 

Fragment  de  la  chronique  de  Ba'eda-Mârtâm. 

I.  Ensuite  îl  commanda  de  faire  venir  tous  les 
sêwas^  dans  le  mois  de  hedâr*  et  ceux-ci  se  réunirent 
dans  les  délais  fixés.  Il  désemprisonna  aussi  les  ga<- 
rads  que  Gabra-lyasus  avait  amenés  quelque  temps 
auparavant,  parce  que  ces  garads  lui  dirent  :  «  Nous 
vous  guiderons  dans  le  pays  d'Adal  que  nous  con- 
naissons très  bien.  »  Notre  roi  sortit  alors  de  son 
palais  et  vint  prendre  place  sur  une  grande  estrade  * 
qu'il  avait  ordonné  de  faire  et  qui  était  loin  de  sa  de- 
meure. La  facture  en  était  très  belle;  les  colonnes, 
très  grosses  et  très  hautes ,  avaient  environ  a  o  coudées , 
et  on  lavait  tendue  d'étoffes  étoilées^.  A  l'intérieur 
on  avait  disposé  un  trône  élevé  sur  lequel  il  s*assit. 

1  0^^  1  (iDf  9*  i) ,  sorte  de  petits  officiers  de  la  maison  royale 
(A.  d'Abbadie,  Dict.  amariîina,  col.  694  ]• 

*  Les  séwas ,  tshawas  ou  çéwâs  étaient  des  soldats  qni  recevaient 
du  roi  des  fiefs  pour  leur  subsistance  et  dont  le  principal  métier  était 
de  faire  des  expéditions  (M.  Pereira).  Ce  mot  est  souvent  emjdoyé 
dans  les  chroniques  de  Zar'a-Ya'eqob  et  de  Ba*eda-Mâryâm;  il  y 
paraît  désigner  des  garnisons  placées  dans  les  provinces  pour  main- 
tenir l'ordre. 

'  Hedar  est  le  troisième  mois  des  Éthiopiens;  U  commence  le 
28  octobre  et  finit  le  27  novembre  (calendrier  julien). 

^  En  amharique  K^flC,  châlit  à  quatre  colonnes  (A.  d'Abba- 
die, Dict.  de  la  langue  anmrinna,  col.  ^']h)» 

'  IlhO.  •  ou  VMk,  de  VnH  étoile  (?). 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  361 

Notre  roi  Ba^eda-Mâryâm  donna  Tordre  de  faire  ap- 
procher Mahâri-Krestos ,  le  beht-wadad  de  gauche ,  et 
Gabra-^Iyasus ,  celui  de  droite ,  ainsi  que  tous  les  sewâs 
avec  les  garads  qui  avaient  été  faits  prisonniers.  On 
les  amena  tous  devant  lui;  alors  il  donna  la  moitié 
des  sewâs  à  Mahâri-Krestos  et  l'autre  moitié  à  Gabra- 
^lyasus  ;  il  partagea  de  même ,  entre  ces  deux  géné- 
raux, les  Musulmans,  afin  que  ceux-ci  leur  mon- 
trassent le  chemin ,  puis  il  les  envoya  dans  le  pays 
d'Adal,  chacun  de  son  côté,  et  regagna  sa  demeure. 
Alors  abba  Mikâ^êl,  supérieur  des  moines  de  Dabra- 
Malago  ^  lui  dit  :  «  J  ai  vu  dans  un  songe  un  nuage 
noir  dévorer  non  seulement  Gabra-^Iyasus,  mais  aussi 
Mahâri-Krestos;  ne  les  laisse  pas  aller  plus  loin,  mais 
fais-les  revenir,  ô  mon  seigneur.  »  Pour  avoir  parlé 
ainsi  (fol.  79  r°),  ce  moine  fut  déporté  àZewâye.  Ga- 
bra-lyasus  et  Mahâri-Krestos  se  rendirent  à  Adal;ils 
furent  vaincus  et  périrent  de  la  main  des  Musulmans , 
dans  le  mois  de  tahsas^.  On  annonça  au  roi  quils 
avaient  été  massacrés  tous  les  deux  ainsi  que  leurs 
troupes  et  il  en  fut  très  afiligé.  Il  fit  à  cet  endroit  la 
fête  du  baptême  ^  et  la  pâque  et  rappela  de  Tendroit 
où  il  avait  été  déporté  le  moine  abba  Mikâ^êl ,  aprèf 
avoir  reconnu  que  sa  vision  était  vraie. 

Le  roi  se  mit  ensuite  en  route  et  vint  à  Gabarguê. 
C'est  là  que  naquit  Qalayôpa  et  qu'il  fut  nommé 

^  Des  fils  de  'Ita  de  Dabra-Maiago  (?). 

^  Le  mois  de  tahsas  commence  le  27  novembre  et  finit  le  27  dé- 
cembre selon  le  calendrier  jidien. 
^  Le  6  janvier,  jour  de  TËpipbanie. 

m.  3  h 


362  MARS-AVRIL   1804. 

Nâ^od^  De  cet  endroit,  ie  roi  se  rendit  dans  ie  pays 
de  Tantar  et  y  établit  son  quartier  dTiîver.  Pendant 
son  séjour  dans  ce  pays,  les  Jân-Sagana^  du  Dawaro 
lui  apportèrent  ia  tête  du  garad  Aliqota;  c'était  celui 
qui  avait  tué  le  Bahr-Nagash.  Lorsque  la  saison  des 
pluies  fut  passée,  il  ordonna  à  Mâtéwos,  le  garad  de 
Ganz,  d'emmener  ses  enfants  dans  cette  province 
pour  les  y  élever  conformément  aux  usages  et  aux 
institutions  d autrefois;  quant  au  roi,  fl  partit  pour 
Arara,  où  il  resta  quelque  temps*  et  où  il  célébra 
la  commémoration  du  baptême.  C'était  la  septième 
année  de  son  règne.  J'ignore  ce  qui  se  passa  ensuite 
parce  qu  il  m'envoya  rejoindre  ses  enfants  pour  vivre 
avec  eux. 

ÔDieu!  fais  entrerBa^eda-Mâryâm,  ton  oint,  dans 
la  terre  mystérieuse  (?),  sans  te  souvenir  de  tous  ses 
péchés ,  pour  lamour  de  Marie ,  ta  mère  pure  de  toute 
souillure,  amen  !  —  Par  son  corps  et  son  sang,  ainsi 
soit-il  !  —  Donne  à  son  fils  Lebna-Dengel  l'esprit  de 
sagesse  et  de  jugement,  afin  qu'il  accomplisse  tous 
tes  commandements;  prolonge  ses  jours,  sans  afflic- 
tion ni  angoisse,  jusqu'à  la  fin  du  cycle,  et  extermine 
ses  ennemis  de  la  face  de  la  terre ,  amen  et  amen  I 


^  Voir  p.  329  et  33o. 

^  Jân-Sagana  est  le  nom  d'une  certaine  catégorie  de  séwai 
(c{.  Chroniques  de  Zar'a-Ya*eqob  et  de  Ba'eda-Mâiyâm,  p.  45,  63 
et  137). 

'  A  donne  longtemps;  B,  peu  de  temps. 


HISTOIRE  D'ESKENDER.  363 


Histoire  de  NA  od. 

(Fol.  79  r^.)  Ensuite  régna  notre  seigneur  Nâ'od, 
fils  de  Ba^eda-Mâryâm  et  frère  d'^Eskender.  [Son 
avènement  eut  lieu]  dans  le  mois  de  hedar.  Tout  le 
pays  était  dors  tranquille.  Avant  son  avènenlent,  un 
moine,  nommé  Yohannès ,  raconta  ce  qui  suit  :  «  Tai 
entendu  une  voix  du  ciel  qui  disait:  «  Na'od  régnera, 
«loué  et  différent (?)^.  »  Et  en  entendant  ces  mots, 
j'en  fus  très  étonné,  mais  plus  tard  je  les  compris. 
Conformément  à  la  parole  de  ce  moine,  notre  roi 
fut  loué  et  différent  (?)  par  sa  bonté  et  sa  longanimité. 
Tout  le  peuple  d'Ethiopie  fut  affermi  par  sa  foi  et  la 
grandeur  de  sa  royauté.  Les  superbes  baissèrent  la 
tête,  les  méchants  furent  éloignés  et  les  bons  furent 
glorifiés  par  lui. 

Après  s'être  rendu  à  Atronsa-Mâryâm ,  Nâ'od  se 
dirigea  vers  le  Shoa.  Takâ-Krestôs  commença  à  se 
montrer  en  chemin  dédaigneux  vis-à-vis  de  lui  et 
renvoya,  comme  il  lui  plut,  les  çêwas^  dans  leurs 
résidences.  Notre  roi  Nâ'od  l'ayant  appris  ne  dit  rien 
et  patienta  jusqu'à  ce  que  son  heure  fût  venue.  Lors- 
qu'il arriva  dans  le  Shoa ,  Takâ-Krestos  mit  le  comble 
à  son  orgueil  et  à  sa  félonie;  il  harnacha  son  cheval 

^  La  racine  7X11  >  signifie  «  louer  •  ;  KUhK^  ^  «autre,  différent, 
étranger!.  Le  moine  semble  vouloir  dire  que  Nâ*od  sera  loué  et 
bien  différent  par  sa  bonté  et  sa  patience,  en. faisant  unjeu  de  mots 
sur  le  nom  de  ce  roi. 

*  C'est  le  même  mot  que  séwa,  voir  p.  36o,  note  a  ;  ce  mot  est 
encore  écrit  plus  loin  çéwa. 


364  MARS-AVRIL   1894. 

et  complota,  avec  ses  amis,  départir  et  de  faire  une 
révolte  contre  le  roi.  Quand  on  en  informa  Nâ'od, 
celui-ci  se  contenta  de  dire  :  «  Qu  il  accomplisse  son 
dessein ,  nous  le  suivrons ,  car  le  seigneur  notre  Dieu 
est  avec  nous  et  nous  aidera;  il  nous  a  fait  jurer  au- 
trefois, lorsque  nous  avons  été  élu  roi,  de  ne  pas 
commencer  par  mîd  agir  envers  lui.  »  Puis,  conmie 
lavait  dit  le  roi,  Takâ-Krestos  exécuta  son  projet; 
après  avoir  équipé  ses  chevaux,  il  partit  pendant  la 
nuit  avec  ses  amis  et,  gagnant  la  province  dlfat,  il 
chercha  à  rallier  à  son  œuvre  d'iniquité  tous  les  çêwas^ 
qui  étaient  dans  cette  province.  Mais  ceux-ci  recon- 
nurent la  malice  de  sa  penséeT,  ils  s'emparèrent  de 
lui  à  cause  de  sa  félonie ,  Tenchainèrent  et  lamenèrent 
au  roi.  Voyez  quel  exploit  et  quel  prodige  Dieu  fit 
en  faveur  de  notre  roi  Nâod,  lorsque  celui-ci  se 
montra  patient  et  confiant  dans  sa  miséricorde  et 
comme  il  renversa  sans  retard  Tennemi  de  sa  royauté. 
Tout  le  peuple  chrétien  le  glorifia  pour  ce  fait  et 
s  écria  :  »  Béni  soit  le  Seigneur,  Dieu  d'Israël,  qui  seul 
fait  des  prodiges  !  »  Le  roi  ne  voulut  pas  faire  mourir 
Takâ-Krestos,  mais  il  ordonna  de  le  déporter  (ou  de 
l'emprisonner)  et  ses  gardiens  lui  crevèrent  les  yeux. 
Puis  comme  une  grande  agitation  régnait  dans  le 
peuple  parce  que  les  gens  s'injuriaient  les  uns  les 
autres  [en  disant]  :  «  Un  tel  a  fait  ceci  au  temps  de 
notre  roi  'Ëskender,  un  tel  a  fait  cela  au  temps  de 
notre  roi  ^Eskender  » ,  et  que  ces  querelles  se  multi- 
pliaient, il  fit  publier  par  un  héraut  l'ordre  sui- 
vant :  «  Ne  parlez  pas  ainsi  et  ne  vous  reprochez  pas 


HISTOIRE  D*ESKENDER.  365 

d'avoir  commis  des  délits  sous  le  règne  de  notre  roi 
*Amda-Seyon  ;  celui  qui  adressera  ce  reproche  à  un 
autre  sera  puni  de  mort.  »  Cet  ordre  combla  de  joie 
le  peuple  tout  entier,  qui  admira  la  sagesse  et  le  ju- 
gement du  roi.  Tous  s'écrièrent  :  «  En  vérité ,  ceux 
qui  n'étaient  pas  coupables  et  qui  n'avaient  commis 
aucune  faute  ont  causé  la  plus  grande  agitation  qui 
ait  eu  lieu  de  nos  jours  ;  le  roi  a  bien  fait  de  publier 
cet  édit.  »  Nâ'od  rendit  ensuite  une  sentence  pour 
que  le  droit  d'héritage  ne  fut  pas  enlevé  à  celui  qui 
avait  été  opprimé. 

Mais  ce  qui  est  encore  plus  beau  que  tout  cela, 
ce  sont  les  miracles  et  les  prodiges  que  Dieu  fit 
pour  Nâ'od.  Dans  la  troisième  année  de  son  règne, 
ce  prince  fit  exhumer  le  corps  de  notre  roi  Zar'a- 
Ya^eqôb ,  mort  depuis  trente  ans ,  et  on  le  transporta 
dans  l'île  de  Daga  ^  Et  à  l'endroit  où  il  repose  dans 
son  cercueil,  sous  un  gros  arbre,  endroit  qui  se 
nomme  la  demeure  des  justes,  on  entendît  une  voix 
sortant  de  ses  ossements ,  qui  disait  :  «  Ceci  est  le  lieu 
de  mon  repos  éternel.  »  Ainsi  se  manifestèrent  sa 
grandeur  et  sa  supériorité  qui  ont  persisté  jusqu'à 
nos  jours,  parce  que,  sous  son  règne,  il  démasqua 
les  Juifs  qui  se  disaient  chrétiens  et  qui,  dans  leur 
cœur,  niaient  que  le  Christ  fût  né  de  Marie,  qui 
mangeaient  le  vendredi  et  le  mercredi  ainsi  que  pen- 
dant le  grand  jeûne,  en  secret,  et  qui  crachaient 

^  Zar'a -Ya'eqob  mourut  le  a  6  août  i468;  la  translation  de  son 
corps  aurait  eu  lieu  en  1498,  dans  la  troisième  année  du  règne  de 
Na'od,  monté  sur  le  trône  en  iH^S  (voir  p.  328.) 


360  MARS-AVRIL   1894. 

après  avoir  reçu  la  communion,  alors  qu'il  convient 
de  se  prosterner  devant  la  gloire  du  corps  et  du  sang 
de  Jésus-Christ.  Ces  impurs  qui  étaient  pires  que  les 
chiens  et  les  hyènes ,  notre  dame  Marie  les  a  extermi- 
nés par  la  main  du  roi  du  milieu  des  prêtres,  de  tous 
les  hommes  et  de  toutes  les  femmes;  il  a  broyé  leurs 
os  et  il  a  versé  leur  sang,  à  un  tel  point  que  tous  les 
fauves  du:  désert  ont  dévoré  leur  chair;  les  hommes 
pieux  en  ont  dansé  de  joie,  après  avoir  été  affligés 
auparavant  lorsqu'ils  avaient  appris  leur  négligence 
et  leurs  actes.  L'esprit  des  justes  en  a  été  réconforté, 
ainsi  que  l'esprit  de  notre  dame  Marie ,  sainte  et  pure , 
leur  patronne. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  367 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


SÉANCE  DU,VENDREDI  9  MARS  1894. 

■     •    - 1      ■ 

La  séance  est  ouverte  à  k  heures  et  demie  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard ,  président.    , 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adoptée 
Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

M""  Andréa  de  Btenschôn,  28,  avenue  dléna,  pré- 
sentée par  MM.  Sylvain  Lévi  et  James  Darmesteter  ; 

M.  AssiER  DE  PoMPiGNAN ,  lieutenant  de  vaisseau  ,110, 
boulevard  Malesherbes ,  présenté  par  MM.  Sylvain 
Lévi  et  Senart. 

Lecture  est  donnée  d'une  lettre  du  Ministère  de  Tinstruc- 
tion  publique  annonçant  Tordonnartcement  du  premier  tri- 
mestre de  r allocation  annuelle  faite  à  la  Société  asiatique. 

M.  Barbier  de  Meynard  annonce  que,  conformément  au 
désir  exprimé  par  le  Conseil  dans  la  dernière  séance ,  il  a  écrit, 
au  nom  du  bureau ,  à  M.  Pischel ,  bibliothécaire  de  la  Société 
germanique  orientale ,  pour  demander  s'il  est  possible  d'avoir 
communication  des  matériaux  manuscrits  réunis  par  M.  A. 
Mûlier  pour  l'édition  du  Kxiah  al-Hakemâ, 

M.  Senart  communique  de  nouveaux  détails  sur  les  in- 
scriptions de  Gandara  dont  il  a  entretenu  le  Conseil  dans  la 
dernière  séance  et  qui ,  d'après  une  lettre  récente  du  capi- 
taine Dean  qui  les  lui  a  envoyées,  ont  été  trouvées  sur  le 
massif  de  Mahâban ,  rive  droite  de  l'Indus ,  au  nord  d'Attock. 
Il  donne  un  commentaire  de  celles  de  ces  inscriptions  qui 
sont  conçues  en  sanscrit. 


308  MARS-AVRIL  1894. 

M.  Sylvain  Lévi  présente  un  spécimen  des  trouvailles  Cdtes 
par  M.  Fournereau  qui  a  entrepris  une  exploration  métho- 
dique des  vieilles  capitales  de  Siam.  Il  en  a  rapporté  des  in- 
scriptions en  vieux  thed,  et  quelques  inscriptions  sanscrites 
rares ,  dont  Tune  montre  que  le  royaume  du  roi  khmer  Sû- 
ryavarma ,  déjà  connu  par  Tépigraphie  du  Cambodge ,  s*éten- 
dait  jusqu'au  Ménam.  Les  estampages  de  M.  Fournereau 
sont  déposés  au  Musée  Guimet. 

M.  Tabbé  Chabot  annonce  la  publication  de  la  version 
syriaque  du  Commentaire  de  Théodore  de  Mopsueste  suri* Evan- 
gile de  saint  Jean,  Ce  texte  a  un  double  intérêt,  parce  que 
c'est  le  seul  ouvrage  de  Théodore  qui  nous  arrive  ainsi  au 
complet ,  car  il  ne  restait  de  son  œuvre  que  des  fragments  ; 
et  d'autre  part,  la  version  reproduit  le  texte  de  TEvangile, 
verset  par  verset,  ce  qui  fournit  un  instrument  précieux 
pour  la  critique  et  l'histoire  du  texte  et  de  ses  versions.  Le 
manuscrit  employé  par  M.  Chabot  est  récent ,  mais  écrit  avec 
soin ,  et  représente  une  traduction  faite  au  v*  siècle ,  dans  la 
céltbre  école  des  Perses,  à  Edesse. 

M.  Rubens  Duval  appelle  l'attention  de  M.  Chabot  sur 
l'état  et  la  valeur  du  manuscrit  employé.  M.  Baethgen  a  exa- 
miné un  manuscrit  récent  du  même  commentaire  qui  se 
trouve  à  Berlin  :  il  est  criblé  de  fautes  et  ne  peut  point  ser 
vir.  Il  y  a  lieu  d'examiner  dans  les  manuscrits  récents  si  les 
variantes  du  texte  biblique  sont  la  reproduction  de  lectures 
anciennes  ou  simplement  des  fautes  de  copiste. 

M.  Duval  signale  l'intérêt  qu'il  y  aurait  à  rechercher  quelle 
influence  la  culture  grecque  a  exercée,  par  l'intermédiaire 
des  Syriens ,  sur  la  lexicographie  arabe.  Les  traités  grecs  d*al- 
chimie,  traduits  en  arabe  et  en  syriaque,  renfermaient  de 
nombreuses  recettes  tinctoriales.  C*est  par  ces  recettes  que 
certains  radicaux  arabes  ont  reçu  des  acceptions  nouvelles 
qui  n'ont  rien  à  voir  avec  le  sens  primitif.  Ainsi  le  radical 
(ji,  qui  signiGe  «haïr,  tuer»  (cf.  hébreu  K|p),  désigne  aussi 
diverses  couleurs,  sous  l'influence  du  syriaque  HLim  ou  ' 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  369 

qui  vient  du  grec  xvavôs.  Les  radicaux  ^  et  mXi ,  qui  signi- 
fient «  fendre ,  crever  » ,  ont  formé  de  nombreux  dérivés ,  in- 
diquant des  couleurs  artificielles  ou  mélangées,  sous  l'action 
du  grec  ^rixos ,  qui  a  donné  le  mischnaïque  D]?B . 

M.  Barbier  de  Meynard  présente  à  la  Société,  de  la  part 
de  Ghalib  Bey,  numismate  distingué,  frère  de  Hamdi  Bey, 
le  directeur  des  Musées  ottomans,  le  Catalogue  des  monnaies 
turcomanes  des  dynasties   Ortokides ,  Zenguis ,  Afabeks ,  etc. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 

(Séance  du  9  mars  1894.) 
Par  rindia  Office  :  The  Indian  Antiquary.  December  iSgS; 

Par  la  Société  :  Société  de  Géographie,  Comptes  rendus, 
n'*  3  et  4.  Paris ,  1 89^  ;  in-8°. 

—  Rendiconti,  série  5,  vol.  II,  fascicule  12.  Roma,  1894; 
in-8". 

—  Zeiischrijï  der  deutschen  morgenlàndischen  Geselhchajï , 
t.  XL VII,  4.  Leipzig,  189^;  in-8*. 

Par  les  éditeurs  :  The  American  Journal  of  Archaeohgy, 
Jidy-December  1893;  in-8°. 

—  Revue  critique,  n"  7-10.  Paris,  189^;  in-8*. 

—  Bolletino,  n"  195.  Firenze,  189^;  in-8*. 

—  Polyhyhlion,  parties  technique  et  littéraire.  Février 
1894;  in-8». 

—  L'Oriente.  Gennaio,  1894,  Roma,  189^;  in-8*. 

—  Musée  impérial  ottoman,  catalogue  des  sculptures 
grecques,  romaines,  byzantines  et  franques  (en  turc  et  en 
français).  Constantinople ,  189^;  in-8*.  —  Monnaies  musul- 
manes (en  turc  et  en  français).  Constantinople,  189^;  in-8*. 
—  Monuments  funéraires ,  catalogue  sommaire  (en  turc  et  en 
français).  Constantinople,  189^;  in-8*. 


370  MARS-AVRIL   1894. 

Par  les  éditeurs  :  Revue  indo-cldnoise  illastr^^  n*'  i-4* 
Hanoi,  i893;in-4°. 

Par  les  auteurs  :  F.  Turettini ,  Le  commentaire  du  San  ze 
King.  Genève,  1892-1894;  in-8'. 

—  Taw-Sein-Ko ,  A  preliminary  study  of  the  Kafyanî  in- 
scriptions of  Dhammacheti ,  1^76  a.  d.  (Extrait).  Bombay, 
1898;  in4". 

—  J.  Ghalib  Edliem,  Catalogue  des  monnaies  turcomanes. 
Béni  Oriok,  Béni  Zengui,  Frou  Atahéqiéh  et  Meliks  ejoabites 
de  Meyafariqin.  Constantinople ,  1 894  ;  in-8'. 

—  G.  Ferrand,  Les  Musulmans  à  Madagascar^  2'  partie. 
Paris,  1898;  in-8°.  —  Contes  populaires  malgaches,  Paris, 
1893;  in-8». 

—  Rev.  A.  W.  Greenup ,  A  short  Commentary  on  the  hook 
of  Lamentations,  Hertford,  1898;  in-8'. 

—  Supplément  au  Dictionnaire  arabe  de  Saîd  el  KJiouri  el 
Ckartouni.  Beyrouth ,  1898;  in-4*. 

—  0.  Retovsky,  Numismatique  des  Ghirei  (deux  brochures 
en  russe).  Simphéropol ,  189^;  in-8°.  —  Monnaies  de  Ghazi 
Ghérâi  Khân  II,  1 588-1 607  (en  russe),  189^;  in-8*. 

—  E.  Teza,  Paolino  do  San  Bartolomeo,  Venise,  1888; 
in-8". 

—  J.  Halëvy,  Mahberet ,  Recueil  de  compositions  hébraiqnes 
en  prose  et  en  vers.  Jérusalem ,  1 894  ;  in-8'. 

—  F.  M.  Esteves,  Vida  do  Abba  Samuel,  versâo  éthiopien, 
Lisboa ,  1894;  in-8'. 

SÉANCE  DU  13  AVRIL  1894. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie  soos  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard,  président. 

M.  Barbier  de  Meynard  rend  compte  de  la  lettre  qu*il  a 
reçue  de  M.  Pischel,  ])ibliothécaire  de  la  Société  orientide 
allemande ,  en  réponse  à  la  demande  de  communication  des 
matériaux  réunis  par  feu  A.  MûUer  pour  une  édition  da 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  371 

Kitab  el-hukemâ.  Ces  matériaux  ont  été  remis  par  la  Société 
orientale  à  M.  Lippert  de  la  Bibliothèque  de  Vienne,  qui  a 
repris  l'œuvre  de  M.  Mùller.  M. ,  Lippert  serait  très  honoré 
d'entreprendre  cette  publication  sous  les  auspices  de  la  Société 
asiatique  avec  la  collaboration  de  Tun  de  ses  membres. 
M.  Barbier  de  Meynard ,  en  remerciant  M.  Lippert  de  sa  pro- 
position ,  lui  a  exppmé  le  regret  de  ne  pouvoir  Taccepter  : 
elle  ne  répondrait  pas  au  plan  adopté  par  la  Société  pour  sa 
collection  d'auteurs  orientaux.  Le  Conseil  aura  donc  à  faire 
choix  d'un  autre  ouvrage  pour  remplacer  le  Kitab  el-hukemâ 
dans  la  série  des  ouvrages  à  publier  sous  les  auspices  de  la 
Société. 

Le  Président  présente  à  la  Société ,  de  la  part  de  M.  de  Goeje , 
l'édition  du  fameux  traité  de  Maçoudi,  jadis  analysé  par 
S.  de  Sacy,  le  Kitab  al-tanbihj  texte  précieux  que  Sacy  n  avait 
pu  connaître  que  par  le  manuscrit  insuffisant  de  Paris  et  dont 
le  savant  orientaliste  hollandais  a  pu  établir  le  texte  avec  le 
secours  d'un  manuscrit  de  Leide.  M.  Barbier  de  Meynard  croit 
pouvoir  bientôt  présenter,  à  propos  de  ce  texte  i  une  propo- 
sition de  nature  à  intéresser  la  collection  orientale.  Il  annonce 
aussi  la  mise  en  train  du  troisième  volume  du  Mahàvàsta  par 
M.  Senart. 

M.  Sylvain  Lévi  présente  de  la  part  de  M.  Chavannes  sa 
traduction  du  Voyage  d'I-tsing, 

M.  Sylvain  Lévi  fait  une  lecture  sur  la  Chronologie  du  Ne- 
pal,  constituée  dans  ces  dernières  années  seulement  par  le 
Pandit  Bhagranlal  et  par  M.  Fleet  et  dont  M.  Lévi  propose 
une  coordination  nouvelle.  Cette  communication  paraîtra  dans 
le  prochain  numéro  du  Journal  asiatique. 

M.  Schwab  présente  quelques  observations  sur  les  tran- 
scriptions el  les  traductions  erronées  du  latin ,  du  grec  et  de 
l'arabe  qui  se  rencontrent  dans  la  littérature  ttdmudique  et 
rabbi nique ,  parfois  instructives  et  souvent  intéressantes  pour 
l'histoire  des  mœurs. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


372  MARS-AVRIL   1894. 

ODVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCI^i. 
(Séance  du  i3  avril  189^.) 

Par  rindia  Office  :  Indian  Antiqaary.  Janiiaiy  and  Febmary 

—  Report  on  publications  issued  and  registered  in  tke  êevend 
Provinces ofBritish  India  during  theyear  1892.  Calcutta,  1898 : 
in-4-. 

Par  le  Gouvernement  néerlandais  :  Tijdschrift,  Ded  xxxvi , 
Afl.  6.  Batavia,  iSgA;  m-8^ 

—  Notnlen,  D.  xxxi,  1-3,  4-6.  Batavia,  iSgS;  in-8'. 

—  Dagh  Regisier,  anno  1664.  Batavia,  1893;  iii-4*. 

—  Plakaatsboek ,  1603-1811,  xV  Deel  1788-1794.  Bata- 
via, 1893  ;  in-4". 

Par  le  Ministère  de  Tinstruction  publique  :  BihJiotkiquê 
des  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome;  Stéphane  Gsdl, 
Essai  sur  le  règne  de  l'empereur  Domitien,  Paris,  1894;  in-4*- 

Par  la  Société  :  Société  de  Géographie.  Bulletin,  3*  tri-     , 
mestre  i893;in-8°. 

—  Comptes  rendus,  n"  4,  1894;  in-8*. 

—  Journal  asiatique.  Paris,  janvier-février  1894;  in-8*. 

—  Extraits  des  procès-verbaux  des  séances  du  Comité  histKh 
rique  des  monuments  écrits.  Paris,  i85o;  in-4°. 

—  Rendiconti,  V,  vol.  111,  fasc.  1-3.  Roma,  1894;  in-8'. 

—  Acadernia  Real  das  sciencias ,  Documentas  remettidot  ia 
India,  tonio  IV.  Lisboa,  1893;  in- 4°. 

—  Recueil  de  voyages  et  de  mémoires  publié  par  la  Société  de 
Géographie.  Paris,  1867;  i^^"^*- 

Par  les  auteurs  :  De  Goeje ,  Bibliotheca  geographaram,  ara- 
bicorum,  pars  octava,  Kitab  al-Tanbth  wal-Ischraf,  auctore 
Al-Masudi.  Leiden,  1894;  in-S". 

—  R.  Basset,  L'expédition  du  Château  d'or  et  b  combat 
d'^Ali  contre  le  dragon.  Rome,  1894;  in-8". 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  373 

Par  les  auteurs  :  R.  Basset,  Les  Apocryphes  éthiopiens  III, 
V Ascension  d'isaîe,  Paris,  iSg^;  in-8". 

—  Ph.  Berger,  Ernest  Renan  et  la  chaire  d'hébrea  au.  Col- 
lège de  France,  Paris,  iSgA;  in-8". 

—  A.-F.  Hérold,  L'apanischad  da  grand  Aranyaka,  Paris, 
l894;in:8^ 

—  J.  Halévy,  Revue  sémitique.  II.  Avril  iSg^;  in-8°. 

—  R.-C.  Dutt,  Civilisation  of  ancient  India,  a  volumes. 
London,  iSgS;  in-8°. 

—  W.  RadlofF,  Die  alttàrkischen  Inschriften  der  Mongolei. 
Saint-Pétersbourg,  iSg^;  in-4*. 

—  A.  Boissier,  Documents  assyriens  relatifs  aux  présages. 
T.  I",  1  "  livraison. 

—  Ed.  Chavannes ,  Les  religieux  éminerUs  qui  allèrent  cher- 
cher la  Loi  dans  les  pays  d'Occident,  mémoire  composé  à 
l'époque  de  la  grande  dynastie  T'ang,  par  I-T»ing.  Paris, 
1894;  in-8". 

—  P.-A.  Jaubert,  Géographie  d^Edrisi,  Tomes  II  et  IV. 
Paris,  1889  et  i84o;  in-8°. 


BIBLIOGRAPHIE. 


The  boor  of  governors  :  The  Historia  monastica  of  Thomas  biskop 
of  Margâ  a.  D.  8âO  ,  edited  from  syriac  manuscripts  in  the  Bri- 
tish  Muséum,  and  other  libraries  by  E.  A.  Wallis  Budgb,  litt. 
D.,  F.  S.  A.,  formeiiy  scboiar  of  Cbrist's  collège,  Cambridge, 
and  Tyrwbitt  scboiar,  acting  assistant-Keeper  in  tbe  department 
of  Egyptian  and  Assyrian  antiquities ,  British  Muséum,  Londres , 
Kegan  Paul,  Trencb,  Trùbner  and  C,  1893,  in-8';  tome  P*', 
texte  syriaque  et  introduction,  ccv  et  409  pages;  tome  II,  tra- 
duction anglaise,  732  pages. 

L'importance  de  l'Histoire  de  Tbomas  de  Marga ,  pour  la 
connaissance  de  la  vie  monastique  en  Orient ,  qui  joua  un  si 


374  MARS-AVRIL   1894. 

grand  rôle  dans  les  premiers  sîèdes  de  notre  ère ,  nous  avait 
été  révélée  par  les  nombreux  extraits  qu'Assëmani  a  pdbliés 
dans  In  première  partie  du  troisième  volmne  de  la  Bibliotheea 
orientalis.  M.  Budge ,  qui  s*était  déjà  fait  connidtre  dans  le 
domaine  de  la  littérature  syriaque  par  la  puUicatioa  du  Livre 
de  r abeille  de  Salomon  de  Basra  et  du  Roman  JT Alexandre 
le  Grand,  vient  d* acquérir  un  nouveau  titre  à  la  Tecoimai»- 
sance  des  orientalistes  par  Tédition  complète  de  cette  hiatoire, 
faite  avec  un  soin  consciencieux  et  digne  de  tons  doges. 
Cette  édition  est  basée  sur  quatre  manuscrits  assez  récents  : 
un  manuscrit  du  British  Masenm,  du  xvii*  siède;  deux 
copies  modernes  en  la  possession  de  M.  Budge  et  un  ma- 
nuscrit du  Vatican ,  du  xvii'  siècle ,  collationnë  par  M.  GuidL 
Thomas ,  évèque  de  Marga ,  a  écrit  vers  8>lo  de  notre  ère 
riiistoire  du  couvent  de  Beith-^Abkè ,  situé  dans  la  province 
de  Marga  et  dans  l'ancienne  Adiabène ,  Tun  des  plus  ancien» 
et  des  plus  renommés  parmi  les  couvents  orientaux.  Il  n*ac- 
cueille  dans  son  ouvrage ,  dit-il ,  rien  qu*il  n  ait  pnisë  dans 
des  biographies  anciennes  ou  qui  ne  lui  ait  été  transmis  par 
des  traditions  orales  dignes  de  foi.  Aussi  les  récits  miracideax 
tiennent-ils  dans  son  livre  une  place  bien  moins  considëraUe 
que  dans  les  Vies  des  saints.  On  y  trouve  un  tableau  fidde  de 
la  vie  monastique  chez  les  Syriens  orientaux.  Le  couvent 
était  une  sorte  de  séminaire  ou  les  religieux  faisaient  leur 
éducation  et  recevaient  T instruction  nécessaire.  Après  plusieurs 
années  de  préparation ,  ils  étaient  autorisés  à  se  choisir  une 
cellide  dans  le  voisinage ,  en  dehors  du  couvent.  Là  ib'  se 
livraient  tout  entiers  aux  pratiques  d'un  ascëtisiùe  plus  on 
moins  rigoureux  suivant  le  degré  de  perfection  auquelils  pou- 
vaient atteindre.  Us  ne  se  réunissaient  dans  le  couvent  <pie 
pour  les  offices  ou  les  repas ,  ou  lorsqu'ils  étaient  convoqués 
par  ordre  du  supérieur.  La  plupart  des  moines  jouissaient , 
aussi  bien  dans  le  clergé  que  dans  le  monde  laïque ,  d*tm6 
grande  réputation  de  vertu  et  d'érudition.  Le  patriarche,  les 
métropolitains ,  les  évéques  étaient  souvent  choisis  pannt  les 
supérieurs  des  couvents.  Presque  tous  les  auteurs  en  renoiA 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  375 

dans  les  lettres  syriaques  étaient  des  moines  ou  d* anciens 
moines.  C'est  dans  les  monastères  que  se  conservaient  les 
anciennes  traditions  concernatit  la  Ikurgie ,  l'ordre  des  offices 
et  le  plain-chant.  Une  réforme  ne  sé  faisait  guère  daiïs.les 
services  religieux  sans  que  des  n^qiiies  en  renom  ne  fussent 
consultés. 

Thomas ,  conune  il  le  reconnaît  lui-même ,  a  écrit  les  bio- 
graphies des  supérieurs  du  couvent  de  Beitli-^Ahhè  plutôt 
qu'une  histoire  méthodique  de  ce  couvent.  11  prend  pour 
modèle  le  Paradis  de  Palladius  qu'il  connaissait  par  la  rédac- 
tion syriaque  faite  par  ^EnaniAçho.  Il  s'éAend  sur  le  rôle  joué 
par  des  personnages  qui  ne  se  rattachent  qu'indirectement 
à  son  histoire.  Il  termine  celle-ci  par  les  biographies  de  Rab- 
bân  Cyprien  et  de  Rabbàn  Gabriel ,  du  monastère  de  Birta 
dans  la  province  de  Marga.  Néanmoins  son  ouvrage  contient 
des  notices  historiques  de  valeur  et  d'utiles  renseignements 
sur  les  mœurs  et  les  usages  des  chrétiens  orientaux  sous  les 
Sassanides  et  les  Arabes.  Il  offre  de  plus,  comme  on  le  savait 
déjà  par  Assémani ,  d'importantes  notices  "pour  la  géographie 
des  provinces  situées  à  l'est  du  Tigre.  Enfin  il  renferme  de 
nombreuses  expressions  étrangères  aux  Syriens  occidentaux 
et  peu  connues  jusqu'ici. 

M.  Budge  était  des  mieux  préparés  pour  l'édition  de  cet 
ouvrage.  Il  a  fait  un  voyage  en  Orient  et  a  visité  les  lieux  où 
se  sont  passés  les  événements  que  Thomas  nous  fait  connaître. 
Il  a  en  outre  rapporté  de  ce  voyage  de  précieux  documents 
qui  lui  ont  permis  de  mettre  en  pleine  lumière  des  faits  déjà 
signalés  par  Assémani.  Il  s'est  procuré  en  Orient  une  copie 
d'un  manuscrit  de  la  rédaction  syriaque  du  Paradis  de  Palla- 
dius et  des  célèbres  lettres  du  patriarche  Ischoyabh»  Aussi 
son  introduction ,  qui  comprend  plus  de  cent  cinquante  pages , 
en  dehors  des  listes  qui  y  sont  jointes ,  fournit-elle  une  cri- 
tique savamment  documentée  de  l'histoire  de  Thomas.  Au 
bas  des  pages  de  la  traduction ,  de  nombreuses  notes  traitent 
de  différents  points  d'histoire ,  de  géographie ,  d'archéologie 
et  de  lexicographie ,  pour  lesquelles  M.  le  professeur  G.  Hoff- 


376  MARS-AVRIL   1804. 

manu  a  prêté  aide  à  l^auteur.  M.  Badge  fait  preuve,  dans  ces 
notes ,  de  connaissances  bibliographiques  peu  communes.  H 
est  rare  qu'une  publication  orientale  soit  faite  avec  un  soin 
aussi  grand  dans  les  détails. 

On  sera  encore  reconnaissant  à  Téditeur  d*avoir  publié 
quelques-unes  des  lettres  du  patriarche  Ischoyabh  et  de  longs 
extraits  de  la  rédaction  syriaque  du  Paradis  de  Ptdladius.  11 
est  à  souhaiter  que  cette  rédaction ,  si  importante  pour  Tétnde 
du  livre  de  Palladius ,  soit  bientôt  livrée  au  public.  La  copie 
de  M.  Budge  ne  paraît  pas  valoir  le  manuscrit  du  Vatican ,  qui 
devra  servir  de  base  à  Tédition  à  venir.  Dans  le  deuxième 
volume,  p.  33,  M.  Budge  donne  la  vie  de  Paul  le  Simple, 
qui  se  trouve  également  dans  les  extraits  du  Paradis  publiés 
par  Lagcrstrôm,  un  élève  de  Tullberg,  à  Upsale,  en  i85i, 
pour  sa  thèse  de  philosophie  (p.  21).  Comme  cette  thèse  est 
très  rare  et  n était  pas  connue  de  M.  Budge,  il  est  utile 
d'indiquer  quelques  variantes  qui  donnent  la  bonne  leçon  : 

et^  au  lieu  de  oiv^^ ,  32  pénult  —  **<ift^  au  lieu  de' 
33,18.  —  ^oA«  ^1  au  lieu  de  '•aa*  >|  ,  34  antépén,  — 
au  lieu  de  «oa^bMA?  ,35,3. 

La  traduction ,  qui  présentait  des  difficultés  en  raison  de  la 
langue  même  et  aussi  de  l'incorrection  des  manuscrits ,  m*a 
paru  très  fidèle ,  à  en  juger  par  les  passages  que  j'ai  comparés 
avec  le  texte.  Quelques  légères  erreurs  :  I,  CLiil,  i3-i4,  au 
lieu  de  «  wlienever  hc  became  hot  » ,  lire  «  quand  il  faisait  chaud  ». 
—  1 ,  1 6 ,  4  )  )LoAii^oA.  ne  signifie  pas  clay,  mais  «  pétrification  » , 
comme  a  traduit  Assémani.  L'idée  exprimée  par  cette  image 
est  qu'une  persuasion  constante  finit  par  triompher  d'une 
résistance  tenace ,  comme  l'eau  fmit  par  amollir  le  roc.  — 
II,  74,  i4-i5,  au  lieu  de  «  Why  should  I  keep  silence  [con- 
cerning  tliis]  ?  »  lire  «  Comment  cela  se  fit,  je  le  passerai  sous 
silence  » ,  comp.  p.  77,  note  4.  —  II ,  371,5,  au  lieu  de  «  ha- 
ving  consented  »,  lire  «  étant  présent  ».  Ajoutons  quelques  re- 
marques sur  les  notes  :  II,  4o2 ,  note  1,  la  raison  que  fit  va- 
loir l'émir  de  Mossoul  pour  extorquer  une  somme  assez  ronde 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  377 

au  supérieur  du  couvent  de  Beith  ^Abhè ,  à  propos  de  la  recon- 
struction de  l'église ,  était  plutôt  appuyée  sur  l'interdicjion 
des  anciens  édits  des  Califes  de  construire  de  nouvelles 
églises.  —  11,  337,  note  2  ,  et  46i,  note  2,  on  serait  tenté 

de  comparer  pour  le  Fort  hébreu ,  Ji^w^  lu^ ,  le  Kasr  Jbreej 
de  Badger,  The  Nestorians,  I,  66;  mais  ce  Kasr,  quoiqu'à 
l'ouest  du  Tigre ,  ne  se  trouve  pas  sur  le  bord  de  ce  fleuve. 
—  11 ,  4 1  o ,  1 ,  sur  la  particule  du  serment  là ,  comparer  aussi 
pour  le  nabatéen  Journal  asiatique,  8*  série,  t.  XV,  avril- 
juin  1890,  p.  48o-48i.  —  II,  p.  6o3,  la  note  1  était  inutile 
puisqu'elle  ne  fait  que  répéter  en  abrégé  la  note  a  de  la 
page  236  à  laquelle  il  suffisait  de  renvoyer. 

Des  listes  et  des  index  complètent  utilement  cette  édition. 
Au  premier  volume  est  jointe  ime  carte  destinée  à  faciliter 
au  lecteur  l'étude  géographique  de  l'histoire  de  Thomas. 
L'exécution  de  cette  carte  ne  parait  pas  avoir  été  suffisanmient 
surveillée  par  l'éditeur.  Il  est  certainement  sans  importance 
que  le  Tigre  à  Moesoul  soit  désigné  sur  la  petite  carte  d'angle 
par  les  mots  River  Eaphrates;  ce  qui  est  plus  grave ,  c'est  que 
dans  la  grande  carte  comme  dans  la  petite,  le  Beith  Zabdai 
soit  placé  entre  les  deux  Zab.  Mais  cette  carte  étant  en  dehors 
de  l'œuvre ,  elle  n'en  diminue  en  rien  les  -mérites  ;  mérites 
qui ,  nous  le  répétons ,  sont  peu  ordinaires.  Aussi  sonunes* 
nous  heureux  d'adresser  à  M.  Budge  nos  sincères  félicitations. 

Nous  venons  de  recevoir  de  M.  Budge  un  magnifique  vo- 
lume renfermant  le  texte  syriaque  des  Discours  de  Philoxène 
de  Mabboug,  Un  des  prochains  cahiers  du  Journal  asiatique 
rendra  compte  de  cette  publication  de  l'infatigable  tra- 
vailleur. 

RUBEJiIS  DUVAL. 


HI.  20 


378  MAUS-AVKII.    189/|. 

Xlr  (inscHiciiTE  DEii  Çaiiis  VOS  Kàbil  vofi  D'  M.  A.  Stf'in. 

Shillgart,  in-^^  189^,  10  pages. 

Dans  ce  cour!  niiûs  siibstaiiliolnuiinoirc,  M.  Sleln,  Tauteur 
(le  la  iioiivoHo  édition  dn  Ilujataraiifjini ,  a  cherché  à  apporter 
un  ])eii  de  hnnière  dans  Thistoire  confuse  des  rois  de  Kàboid. 
La  Chronicine  du  Kaclunir,  Albirouui ,  les  historiens  musulmans 
de  l'hide  ne  sont  pas  toujours  d'accord  sur  les  noms  de  ces 
souverains  pas  phis  que  sur  JMiisloire  de  leur  lutte  contre 
les  ràjas  de  Kachniir  et  les  sultans  Sanianides  et  Gliaznévidcs; 
mais  c'est  encore  Albirouui  (|ui  est  le  plus  exact  parce  qu  il 
est  plus  ancien  ^  el  ([u'il  a  été  contemporain  de  la  prise  de 
VVeïhand,  la  caj)itale  des  Shàhi,  -el  de  la  chute  de  leur  dy- 
nastie. 

On  sait  ([ue  vers  le  milieu  du  v"  siècle  de  notre  ère  (43o  ou 
/i5o),  les  Petits  Yue-lchi,  qui  faisaient  partie  de  la  famille 
des  Grands  \ue-tchi ,  dits  aussi  Kouclians  et  Indih-Scythes ,  se 
sonl  installés  dans  la  vallée  du  fleuve  Kaboul  ou  Kophen,  et 
ont  régné  à  Kaboul,  Pechâver  et  Gandhâra.  Leur  chef  était 
Kitolo  ou  Katoiir  el  ses  descendants  directs  régnèrent  pendant 
deux  siècles  *.  En  6/|  1  ou  6-43 ,  le  Uàï  Sàhasi  II  est  ren- 
versé par  le  brahmane  Tchatch ,  qui  fonda  la  première  dy- 
nastie brahmane  de  Kaboul,  que  les  historiens  considèrent 
comme  étant  aussi  de  famille  turque  (Yue-Tchi).  En  85o,  le 
dernier  prince  de  la  maison  des  Turcs  de  Kaboul  (de  race 
tibétaine  suivant  l'expression  d'Albirounî)  est  Lagatârmân;  il 
est  détrôné  par  son  vizir,  le  brahmane  Kallar,  qui  fonde  à  son 
tour  la  deuxième  dynastie  des  Brahmanes,  laquelle  règne 
dans  les  mêmes  contrées  pendant  environ  cent  soixante- 
dix  ans.  Tous  les  souverains  de  Kaboul  avaient  le  titre  de 
Shâlii,  appellation  qui  était,  dans   l'origine,   spéciale   aux 

'  En  cdet,  il  écrivall  ses  Indica  vers  l'un  io3o,  et  Kalhana  n*a  compoié 
le  Hdjataranfjinî  qii'uu  siècle  plus  tard  (i  148). 

^  D  où  le  nom  de  Knlonr  et  Rnlonr.nnn  donué  par  les  historiens  arabes  et 
persans  à  cet  le  dynastie. 


NOUVELLES   ET   MELAiNGES.  379 

Tourouclikas  et  aux  Indo-Scythes.  Le  Râjalarangimies  appelle 
Çâhi  (îTîf^)  et  Albîrounî  leur  donne  le  nom  de  Shâhiya,  Le 
mémoire  de  M.  Stein  s'occupe  tout  particulièrement  des 
Shâhi  de  la  deuxième  dynastie  brahmane  qui  a  régné  de  85o 
à  1026.  D'après  Albîrouni,  ces  souverains  étaient  :  Kallar, 
Sâmand,  Kamalû,  Bhîm,  Jaïpâl,  Andpàl»  Tarajanapàla  et 
Bhimapâla. 

Le  Râjataranginî ,  qui  raconte  la  lutte  entre  les  rois  du 
Kachmir  et  les  Câlii  de  Gandliàra ,  renferme  aussi  des  ren- 
seignements  historiques  importants  sur  cette  deuxième  dy- 
nastie brahmane  de  Kaboul  ;  mais  ces  indications  sont  éparses  ^ 
sans  suite ,  sans  aucun  ordre  chronologique ,  au  point  que ,  à 
défaut  des  auteurs  musidmans,  il  serait  impossible  de  les 
utiliser.  M.  Stein  a  su  cependant  en  tirer  parti  et  mettre  en 
lumière  les  événements  historiques  et  les  personnages  de  la 
Chronique  de  Kalhana.  C'est  ainsi  qu'il  a  retrouvé  :  Kallar 
dans  le  Lallya  Çâhi  ^  de  la  Chronique  kachmirienne ,  Kamalù 
dans  Kamaluka,  Bhîm  dans  Bhimadeva.  Sàmand,  Jaïpàl  et 
Andpàl  ne  sont  pas  mentionnés  dans  Kalliana ,  mais  on  a  pu 
les  identifier  avec  Sàmantadeva,  Jayapâla  et  Anandapàla 
d'autres  chroniques  et  des  monnaies.  Quant  à  Tarajanapàla , 
il  est  cité  dans  la  Chronique  sous  le  nom  de  Cri  Çàhi  Trilo- 
tchanapâla ,  soutenu  par  le  général  Tounga ,  chef  des  ti'oupes 
kachmiriennes ,  mais  abandonné  peu  après  par  celui-ci  et 
définitivement  vaincu  par  Hammira  ^  ;  son  royaume  devient  la 
proie  des  Tourouchkas  (Musulmans)  en  1021,  M.  Stein  a 
confirmé  également  d'une  manière  certaine  l'identité  de  la 
ville  de  Udabhàndapura ,  qui  était,  suivant  Kalhana,  la  ca- 
pitale des  Shàhi  de  Gandhâra ,  avec  la  Weihand  d' Albîrounî  et 
la  ville  moderne  de  Ohiud ,  Hund ,  Und  suivant  les  cartes , 
sur  le  Haut-Indus  ^. 

'  Troyer  avait  traduit  :  «Tillustre  Sabi  du  pays  de  Lalli»  au  Heu  de  «Çri 
-Lallya  Çahi»  qui  signifie  littéralement  «Tillustre  Lallya,  Shâhi». 

'  L'identification  de  Trilotchanapàla  est  due  à  M.  Reiuaud  [Mém.  sur 
rinde,  18^9)  et  celle  de  Hammira  avec  IVmt'r  Mahmoud  le  Giiaznévide, 
Kd.  Thomas,  Kinqs  ofKabul,  i84G. 

*  (ictle  irlentificution  de  Udabhûndapura  avec  L'iakhànda  d'autres  chro- 


380  MARS-AVRIL   1894. 

Ainsi,  grâce  à  ces  restitutions,  Thistoirede  la  fia  des  ShAhî 
de  Kaboul  se  trouve  ëclaircie  à  la  fois  par  le  RàjaUtrangwtét 
par  les  sources  étrangères.  Pour  les  deux  premières  dynasties 
qui  ont  occupé  le  trône  pendant  quatre  siècles ,  Ralhana  et 
Albîrouni  sont  beaucoup  moins  explicites.  L'auteur  arabe  ne 
nous  a  laissé  que  le  nom  du  fondateur  Barhatag^  (le  Kitolo 
des  Chinois),  celui  d'un  roi  incertain  Kank  ou  Ranik  (AjS) 
qui  a  construit  un  monastère  bouddhiste  (comme  le  Ranichka 
des  Grands  Yuc-tchi)  ^  et  le  nom  de  Lagatûrm&n,  mot  dont 
la  seconde  partie  rappelle  le  Turamâna  des  Hûnas.  Quant  aux 
rois  intermédiaires ,  ils  nous  manquent  chez  Albîrouni.  Dans 
le  Râjataranginî,  la  plus  ancienne  mention  des  Çâhi  se  trouve 
à  propos  (hi  roi  du  Kachmîr,  Lalitâditya,  le  grand  conque^ 
rant  «  semblable  au  soleil  qui  ne  se  lasse  jamais  de  faire  le  tonr 
du  monde  »  (R.  IV,  1 3 1) ,  et  qui  fut  vainqueur  des  Touroach- 
kas  (R.  IV,  1 79 ,  c'est-à-dire  des  Shâhi).  Or  Latitaditya  a  rëgnë 
de  693  à  739  ;  par  suite ,  nous  n'avons  encore  rien  de  certain 
dans  la  Chronique  pour  la  période  antérieure  à  693.  Mais  ici 
la  confusion  nait  de  la  multiplicité  des  événements  dont  le 
Haut-Indus  et  Kaboul  ont  été  le  théâtre  pendant  les  T*,  vi* 
et  vu'  siècles. 

11  ne  faut  pas  perdre  de  vue  en  effet  que,  pendant  an 
moins  un  siècle ,  de  45o  à  55o  environ ,  les  mêmes  contrées 
ont  été  occupées  à  la  fois  par  les  Petits  Yue-tchi  et  par  les 
Huns  blancs ,  qui  vivaient  pour  ainsi  dire  côte  à  côte ,  sans 
que  Ton  puisse  délimiter  exactement  leurs  positions  res- 
pectives. Nous  savons  aujourd'hui  que,  tout  en  étant  tons  les 
deux  d'origine  touranienne ,  ces  peuples  appartiennent  à  des 
familles  très  distinctes  ;  la  séparation  entre  les  Kouchans  et 
les  Ephthalites  ne  fait  plus  question  dans  nos  connaissances 

niques  et  Utokiahantcha  d'Hionen  Thsang ,  que  M.  Stdn  semble  attribner 
à  S.  Bcal ,  est  due  en  réalité  à  M.  Reinand  (Mém.  sur  Tlnd«,  18^9  «  p.  1 56)- 
M.  Boehtlingk  avait  proposé ,  en  1  SSg ,  la  ville  d'Attock  qui  eit  vn  peo  plna 
au  sad  que  Weihand. 

*  Quelques  biston'ens  musulmans  en  font  à  tort  le  dernier  det  roâa  Katovr. 
Thomas  pense  que  ce  roi  Kank  est  le  même  que  VmnkaiÊna  dea  moaoaàn. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  381 

historiques.  Mais ,  pour  les  Hindous ,  tous  ces  peuples  étran- 
gers venus  du  Nord-Ouest  ne  formaient  qu'une  seule  race, 
celle  des  Çaka,  mot  générique  comme  celui  de  mleccha  qui 
englobait  tous  les  peuples  barbares  :  Grands  Yue-tchi ,  Indo- 
Scythes ,  Tourouchka ,  Petits  Yue-tchi ,  Huns  blancs ,  Ëphtha- 
lites,  Hùnas.  Eln  outre,  comme  les  Hùnas  ainsi  que  les 
Petits  Yue-tchi  prenaient  sur  leurs  monnaies  et  dans  leurs 
inscriptions  le  titre  de  Shàhi,  il  s'ensuit  que  le  mot  de  çahi, 
dans  l'esprit  de  Kalhana,  s'applique  aussi  bien  aux  Hùnas 
qui  ont  occupé  Gandhâra  et  le  Haut-Indus  pendant  plus 
d'un  siècle  qu'aux  Petits  Yue-tchi  qui  (eux  ou  leurs  descen- 
dants )  y  ont  régné ,  comme  on  l'a  vu ,  pendant  quatre  cents 
ans.  Cette  période  de  l'histoire  du  nord-ouest  de  l'Inde  reste 
donc  encore  à  éclaircir.  La  numismatique  y  sera  sans  doute 
d'un  grand  secours.  Le  nombre  des  monnaies  que  l'on  pos- 
sède avec  des  légendes  en  caractères  nagaris,  mais  avec  le 
type  touranien,  est  relativement  assez  élevé,  seulement  il 
n'en  a  été  publié  qu'un  très  petit  nombre.  J'ai  donné  la 
liste  de  quelques-unes  dans  un  des  derniers  cahiers  <iu  Jour- 
nal asiatique.  Sir  A.  Cunningham  en  possède ,  parait-il ,  plu- 
sieurs autres  dans  sa  collection  particidière.  Ce  qui  caractérise 
ces  pièces ,  c'est  que ,  outre  leur  aspect  qui  dénote  une  facture 
et  une  race  étrangères ,  elles  ont  précisément  dans  la  légende 
le  mot  shâlii.  Il  y  a  donc  toute  probabilité  pour  que  les  mon- 
naies appartiennent  soit  aux  Hùnas,  soit  aux  Shâhis  de  Ka- 
boul ;  mais  comme  il  existe  aussi  d'autres  monnaies  bilingues 
en  caractères  pehlvis  et  touraniens  non  encore  déchiffrés ,  on 
ne  peut,  quant  à  présent,  faire  aucune  attribution  certaine 
pour  ces  diverses  séries  monétaires,  antérieures  au  viii"  siècle. 

E.  Drouin. 


,'582  MAUS-AVRIL    1894. 


XOTK  SI  n    DKS  SIGNES  DE  NUMERATION   INCO^IXUS. 

hc  inauuscril  de  la  Bibliotlièque  nationale  1 1 33 ,  ancien 
fonds  arabe ,  porte  une  pagination  d*un  caractère  assez  ori- 
ginal et  ({ui  inôriLe  dVire  signalée.  Du  manuscrit  lui-même 
nous  ne  dirons  presque  rien.  C'est  un  traité  d'arithmétique 
dont  ({uel([ues  passages  sont  intéressants;  mais  ce  nest  pas 
le  lieu  d'en  parler  ici.  H  est  en  fort  bon  état;  Técriture  en 
est  ample  et  belle.  Quant  à  sa  date ,  elle  n  est  sans  doute  pas 
plus  ancienne  que  le  xv'  siècle,  et  le  lieu  de  provenance  de 
ce  manuscrit  parait  être  la  Syrie. 

Quand  on  regarde  avec  quelque  attention  les  pages  de  ce 
volume ,  on  ne  tarde  pas  à  remarquer  qu'elles  portent ,  outre 
la  pagination  ordinaire  on  encre  bien  noire,  une  autre  pagi- 
nation on  oncro  fort  pâle,  dont  les  cliifFres  se  trouvent  tout  à 
fait  dans  l'angle  des  rectos,  et  ont  été  pour  la  plupart  rognés 
j[)ar  le  relieur.  On  observe  (|uc  les  unités  se  répètent  dans  le 
niôine  ordre,  tout  le  long  du  manuscrit,  qui  compte  quatre- 
vingts  pages;  cet  ordre  est  donc  certainement  leur  ordre 
naturel. 

Los  chinVos  des  unités  se  lisent  sans  incertitude.  Ce  sont 
les  suivants  : 

1  :i  i)  'i  5  6  7  8         9 

W  n'y  a  |>as  do  zéro.  Après  le  9  vient  un  caractère  unique 
(|ui  a  la  viiloui'  10.  Ce  caractère ,  placé  «à  gauche  de  chacun  des 
cliilVros  dos  unités,  donno  ensuite  la  série  des  nombres  de 
11  à  j().  Puis  \n\  nouveau  caractère  exprime  le  chiffre  ao. 
L(^  nionio  procédé  se  répète  jusqu'à  la  lin  du  livre  :  chaque 
di/.aino  a  son  signe  proj)ro,  et  dans  les  nombres  composés  de 
di/.ainos  ol  d  unitf's,  le  chlfFro  i\v.  la  dizaine  se  place  à  gauche 
do  relui  dos  unit  os. 


NOUVELLES    ET   MELANGES.  383 

Les  chiffres  exprimant  les  dizaines  sont  tous  rognés;  voici 
ce  qui  en  reste  : 

lo  20  3o  /lo  5o  60  70  80 

J K""^T""""F P k k k 

Que  sont  ces  caractères  ?  A  n'en  pas  douter,  ils  sont  un 
alphabet;  le  procédé  qui  affecte  à  chaque  dizaine  un  signe 
nouveau,  le  prouve.  Pour  nous,  nous  n'hésitons  pas  à  voir 
dans  les  neuf  premiers  chiffres  les  neuf  premières  lettres  de 
l'alphabet  grec  en  y  comprenant  le  digamma  : 

La  déformation  est  considérable,  mais  elle  ne  rend  pas 
impossible  le  rapprochement  entre  les  deux  suites  de  signes. 
La  comparaison  avec  l'alphabet  grec  devient  plus  obscure 
pour  les  chiffres  des  dizaines;  tronqués  comme  ils  le  sont, 
il  est  difficile  d'en  rien  dire  de  précis. 

Nous  laissons  au  lecteur  le  soin  de  développer  lui-même 
cette  note ,  à  laquelle  nous  ne  voudrions  pas  donner  une  trop 
grande  importance. 

Baron  Carba  de  Vaux. 


Chakaka  SamhitJ, 

translated  into  english  by  Avinash  Chandra  Kaviratna. 
Calcutta,  200,  Cornwallis  street. 

Le  pandit  Avinash  Chandra  Kaviratna  continue  courageu- 
sement sa  tâche  laborieuse.  Nous  avons  reçu  le  8"  fascicule 
de  sa  traduction  du  Charaka.  Il  faut ,  dans  tout  manuel  hin- 
dou ,  avoir  la  patience  de  chercher  l'idée  essentielle  et  origi- 
nale sous  le  fatras  de  l'exposition  scolastique  et  des  ordon- 
nances arbitraires.   On  est  ici  récompensé  par  nombre  de 


384  MARS-AVRIL   1894. 

renseignements  curieux.  L^entreprise  est  donc  aussi  méritoire 
qu  dlo  est  ilésintéressée.  H  est  vraiment  du  devoir  de  tous 
ceux  qui  s'intéressent  aux  choses  de  ilnde  et  à  Thistoire  des 
sciences  de  lui  donner  leur  concours. 

Nous  envoyons  au  savant  traducteur  nos  meilleurs  vœux 

m 

pour  le  prompt  achèvement  de  sa  tâche. 

E.  S. 


Le  Gérant, 

RUBENS  DuVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

MAI-JUIN  1894. 

DESCRIPTION  DE  DAMAS, 

PAR 

H.  SAUVAIRE, 

CORRESPONDANT  DE  I/INSTITUT. 

(suite.) 


CHAPITRE   III. 


Sur  les  madraseh  (collèges) 

DES  GhAFÉ'ÎTES. 

La  madraseh  lAtabékiyeh.  —  A  la  Sâléhiyeh  de 
Damas ,  à  l'ouest  de  la  Morchédiyeh  et  de  la  maison 
(d'enseignement)  de  la  tradition  [ïAchrc^yeh-Moqad- 
dasiyeh].  Elle  fut  construite  par  la  fille  de  Noûr  ed- 
dîn  Arslân,  fils  de  TAtâbek,  seigneur  (fol.  5)  de 
Mosoul^  Le  vrai  est  quelle  était  sa  sœur,  car  ed- 
Dahaby  dit  dans  les  ^éhar^,  sous  Tannée  64o  :  «  La 
princesse  (^Z  djéhah)  atâbékienne,  femme  d'el  malek 
el  Achraf  [MozafiFer  ed-dîn  Moûsa]^,  la  fondatrice 
de  la  madraseh  et  de  la  turbeh ,  Turkân  —  c  est-à- 
dire  par  un  ta  au  commencement  —  Khâtoûn  était 
fille  du  sultan  el  malek  *ezz  ed-dîn  Mas*oûd*,  fils  de 

m.  26 


340  MAÎ-JUIN  1894. 

Qoll)  ccl-dîii  Mawdoûd,  fils  de  TAtâbek  Zenky,  [fils 
d']  Aq  Sonqor.  »  D  après  es-Safady  *,  die  mourut  dans 
le  mois  de  labf  i*'  de  Tannée  7^0  [lisez  64o)et  fut 
enterrée  dans  sa  turbeh,  dans  la  madraseh  quelle 
avait  construite  à  Qâsyoûn.  La  nuit  de  sa  mort,  la 
turbeh  et  la  niadraseh  furent  constituées  en  waqf. 

Le  premier  qui  y  professa  fut  Tâdj  ed-dîn  Abou 
Bakr  [  ebn  ]  Tâleb ,  conim  sous  le  nom  d'el  Iskandary ^; 
la  chaire  en  fut  également  occupée  par  Nadjm  ed- 
dîn  Isma'il  [connu  sous  le  nom  d']  el  Màrédany,  le 
chafé^îte'^;  par  le  grand  savant  Safy  ed-din  ei  Hendy 
el  Orniawy,  le  châfé'îte^;  par  [Nadjm  ed-dîn]  ebn 
Sasra^;  par  Djaniâl  ed-dîn  ez-Zor*y*®;  par  Mohiy 
ed-dîn  ebn  DjahbaP';  par  le  qâdy  en  chef  ebn 
Djoumleh  ^'-^;  par  Chéhâb  ed-dîn  ebn  el  Madjd^*  ;  par 
Sadr  ed-dîn  ebn  Djalâl  ed-dîn  el  Qazwîny  ^* ,  comme 
délégué  de  son  père;  par  Taqy  ed-dîn  es-Sobky^*; 
par  le  qâdy  en  chef  Bahâ  ed-dîn  [Aboui  baqâ  ebn] 
es-Sobky^^**;  par  son  fils  [Waly  ed-dîn]  Abou  Dorr 
et  par  Zayn  ed-dîn  el  Medahy,  auxquels  succédèrent 
Badr  ed-dîn  ebn  Baba  ed-dîn  es-Sobky^^,  son  fils 
Djalâl  ed-din ,  [  Fath  ed-dîn]  Mohammad  ebn  Moham- 
mad  ebn  el  Djacary^'^,  ech-Ghéhâb  ebn  Hedjdjy^', 
Chams  ed-dîn  el  Ikhnây'^;  Nâser  ed-dîn  d  Bûsrawy, 
secrétaii'e  de  la  Chancellerie  secrète  [de  Noûroûs]^ 
et  son  fils  Kamâl  ed-dîn  [ebn  Nâser  ed-din]  ebn  el 
Bâré«y2^.. 


■ .  > 


»  I 


La  madaaseh  lIs'erdiyeh  '^^  ^ —  [Elle  renferme  une 
turbeh.  connue  sous  le  nom  de  madraseh  du  kllawâ^ 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  387 

<lja  Ibrahim.]  (Elle  est  située) au  pont  blanc,  qui  fait 
partie  de  la  Saléhiyeh  de  Damas.  Elle  fut  construite 
[et  acherée  en  817]  par  le  khawâdja  Ibrahim  ebn 
MobàrakGhâh. 

Mohammad^,  fils  du  khawâdja  Ibrahim  ebn  Mor 
barak  Chah  ebn  *abd  Allah,  elIsWdy,  ed-Démachqyi 
naquit  dans  les  premiers  jours  dé  ce  siècle  ou  dam 
les  derniers  du  précédent ,  et  mourut  dans  les  pjc^t 
miers  jours  de  Tannée  85  iv  à  Damas.  '.; 

(Le  khawâdja  Ibrâliim)  avait  de  la  fortune^  déè 
marchandises,  des  chevaiix,  des  fils  et  des^bienls'  apt 
parents ,  en  même  temps  qu'il  était  généreux  et  cliar 
ritable  pour  les  pauvres.  Il  mourut  en  radjab  de  fan- 
née  826^,  et  fiit  enterré  dans  son  mausolée  élevé 
auprès  de  sa  madraseh.  11  était  le  mari  de  la  fille  du 
l^awâdja  [Chams  ed-din]  ebn  el  Mozalleq. 

La  madraseh  lAsadiyeh.  —  [Au  Charaf  mérir 
dional] ,  à  Textérieur  de  Damas  ;  elle  donne  sur  Yhipr 
podrome  vert^.  Destinée  aux  deux  sectes,  châfé^îte  et 
hanafîte,  elle  fut  construite  par  Asad  ed-din  Ghiry 
koûh  [fancien].  Ce  prince  mourut  subitement  à 
M^^ie  2 a  djoumâda  2**  de  Tannée  564^,  après 
aiYoir  exercé  le  vizirat  en  Egypte  pendant  deux  mois 
et  deux  jours ^.  Après  lui,  ei  *âded  investit  (de  ces 
fonctions)  Salâh  ed-dîn  Yoûsef,  fils  du  frère  deChîr* 
koûh.  Le  corps  de  Ghirkoûh  fut,  dans  la  suite,  trans^ 
porté  à  Médine.  Ebn  Ghaddad  ^  dit  dans  la  Vie  de 
Salâh  edréUn  (Saladin)  ^  :  «  Asad  ed-din  était  un  grand- 
mangeur,  très  porté  à  se  nourrir  de  viandes  gros- 

36. 


:iH}<  MAI-JDIN  1894. 

«iioi't^'i.  qui  lui  occiisionnaienl  sans  cesse  des  indiges- 
tions et  des  inflammations  de  la  gorge  {khatûânuf), 
dont  \\  nVtait  d(^livré  qu'après  de  fortes  et  très  vives 
5oiifl*rances.  H  fut  pris  d  une  grave  maladie  et  éprouva 
uno  violente  esquinancie  {khânoâq)  qui  Temporta, 
le  jour  de  samedi  ou  le  jour  de  dimanche  2  3  djou- 
mâda  i^  de  Tannée  56/i,  au  Caire.  Il  fut  enterré 
dans  cette  ville,  et,  quelque  temps  après,  transporté 
à  Médine,  conformément  à  ses  dernières  volontés. 
Brave  et  courageux,  il  était  du  nombre  des  émirs 
de  Nour  ed-din  le  martyr  (et  exerça)  le  vizirat  d'E- 
gypte. « 

Jk  ois  :  «  Il  se  peut  que  ce  soit  la  madraseh  élevée 
sur  le  Bânyâs'^,  et  connue  sous  le  nom  de  la  Qara- 
mâmY(*h.  (ie  qui  est  étonnant,  cest  que  Chirkoûh 
soit  le  fondateur  de  deux  Asadiyeh  à  Damas  :  celle 
qui  est  'Wtru  inuros  et  Tautre  intra  maros,  habitation 
dn  inollà  Isnia'ii  ehn  'abd  el  Wahhâb  el  Wjamy,  et 
de<leu\  [sadiyvh  i\  llalah,  Tune  à Tintérieur, etTautre 
en  dehors  de  la  ville.  Beaucoup  de  gens  se  réclament 
de  lui  ^\  et  cette  madraseh  n'est  pas  connue.  Le  waqf 
constitué  en  faveur  de  ces  fondations  se  compose  de 
Harzah*'**^  (M  de  Oomayr^^.  On  ne  connaît  que  trois 
qîrâts  <l«»  Bar/ah^*  en  {\\\e.ur  de  Y  Asadiyeh  intra  muros 
de  Dîunas,  et  huit  (fîrâts  de  l)omayr^^  en  faveur  de 
Wisadiyrh  intra  muros  de  jjalab.  Qu'on  sache  donc 
cela.  Quant  aux  descendants,  ils  ont  souffert  de 
l'exiguïté  (des  revenus)  pour  ne  pas  être  retournés 
(fol.  5  v°)  au  droit  dans  leurs  premières  clauses^.» 

Les  professeurs  de  ce  collège  furent  :  el  ^eiz  el 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  389 

Qorachy  Aboul  Khattâb'^^,  er-Rokn  el  Badjaiy*^, 
Salâh  ed-dîn  el  'alây,  Chéhâb  ed-dîn  el  Adra^y.et 
Charaf  ed-dîn  el  Wamnâwy  ^^. 

La  madraseh  lIsfahAniyeh.  • — -  Au  quartier  deà 
étrangers  [hârat  el  ghorabâ)  [et]  à  proximité  de  la  rue 
{darb)  des  cha\îrin^^.  [Elle  était  auparavant  connue 
sous  le  nom  de  demeure  de  Charaf  ed-dîn  Ismà^ii 
ebn  et-Tabby?  ei  Amédy.]  Elle  fut  bâtie  par  un  mar- 
chand dlsfahân. 

La  chaire  de  ce  collège  fut  occupée  par  Djamâi 
ed-dîn  Vbd  El  Kâfy  ^^  puis  par  Djamâi  ed-dîn ,  connu 
sous  le  nom  dV/  Mohaqqeq  *^. 

Je  DIS  :  «Le  quartier  [hârah'^^]  des  étrangers  est 
situé  derrière  la  Qddjmâsiyeh.  Cette  madraseh  est 
actuellement  inconnue,  à  moins  que  l'emplacement 
n  en  soit  occupé  par  la  tékyeh  (couvent  de  demches) 
d'Ahmed  Pacha;  ce  qui  est  très  admissible.  Dieu, 
qu'il  soit  exalté  !  connaît  mieux  la  vérité.  » 

La  madraseh  l'Iqbàliyeh.  —  En  dedans  des  deux 
portes  d'elfaradj  et  âielfarâdis,  au  nord  de  la  mos- 
quée-cathédrale, et  de  la  Zâhériyeh  intra  muroSy  à 
l'orient  de  la  Djâroâkhiyeh  [et  de  ïlqhâtiyek  hanafite] 
et  au  {nord-]  ouest  de  la  Taqawiyeh.  h'Iqbâliyeh  est 
connue  comme  ayant  été  construite  par  Djamâi  ed- 
dîn  Iqbâl  [affranchi  de  Sett  ech-Châm**.  Au  dire 
d'ebn  Chaddâd,  elle  fut  construite  par  Khawâdja 
Iqbâl],  esclave  noir  d'el  malek  [Noûr  ed-dîn  le  ww^ 
tyr].  Suivant  ed-Dahaby,  *  (il  s'agit  de)  Djamâi  ed- 


800  HAÏ-JUIN  1894. 

(lauleh ,  IVnur  el  djayoâch  Gliaraf  ed-d!n  Abou'l  fedÉil, 
l'abyssin,  elMostanséry.ech-CAonUr^  (le  sommelier"), 
qui  Tut  nominé  en  l'année  6ï6  [Comm.  3o  novembre 
laaS)  commandant  des  armées  pour  le  'irâq.  En 
l'année  6aS  ''',  il  construisit  pour  les  Châfé'ites  une 
madraseh  de  toute  beauté,  dont  le  professeur  fiit  et^ 
Tâdj  el  Ormawy.  Pub  il  en  construisit  une  autre.on 
l'année  633  ;  la  cbairc  en  fut  occupée  par  Zayn  ed-: 
dtn  Ahmad  ebn  Nadjâ ,  el  Wâséty.  I)  construisit  ausn 
un  hospice  [réhât)  à  la  Mekke*^.  11  répandit  beau- 
coup de  bienfaits;  il  avait  de  la  religion  et  de  l'hu- 
mdité,  et  était  doué  de  belles  qualités.  Ayant  eu 
une  rencontre  avec  les  Tatârs,  l'année  643  (CoiFun. 
29  mai  1345},  il  les  mit  en  déroute.  Ce  succès  le 
grandit  et  rehaussa  son  importance  :  il  devint  -un 
des  plus  grands  princes  {nwUtùk),  jusqu'à  ce  qu'U 
partit,  au  service  d'el  Mosta'sem*^,  pour  el  Hdleh, 
dans  le  but  de  visiter  le  tombeau  du  martfr^^.  Iqbti 
tomba  malade  à  el  Helleb;  on  lui  donna,' ditrOu,  dtt 
poison  dans  une  pomme  et ,  quand  il  l'eut  mangée, 
il  ressentit  les  atteintes  du  mal.  U  retourna  à  Ba^i- 
dâd  en  descendant  le  âeuve,  en  chawwâl  de  l'année 
653 ,  et  mourut  dans  cette  ville.  > 

Il  constitua  en  waqf,  en  faveur  de  cette  madraHeh, 
diEférents  lieux  ^,  les  deux  tiers  pour  les  Ghflfé^tet 
et  le  tiers  pour  les  Hanafites. 

Les  professeurs  en  furent  successivement  :  Sadr 
ed-dîn  [Alimad]^';  son  HIs  Nadjm  ed-iliD[ebn  Swy 
ed-daufeh]  ;  Badr  ed-dîn  ebn  Khallikân;  Chanu  vît- 
tlin  ebn  JChaliikàn ,  qui  y  eut  pom>  nqrpUaofc  (hA) 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  391 

[Mobiy  ed-dîn  en-Nàwâwy,  'alâ  ed-dîn]  él  Qoû- 
nawy^^;  ech-Chéhâb  ebn  el  Madjd^^;  'èmâd  ed-dtn 
Umâ^l  en-Nâbolosy  el  Hosbâny^*;  el  Kamâl  [Abou 
Baicr  ebn]  ech-Charîchy  [en  Tannée  ySo];  son  fils 
Badr  ed-dîn^^;  le  fils  de  la  sœur  de  celui-ci,  Djalàl 
ed-dîn  ez-Zor*y^^;  [Chéhâbed-dîn,  fils  de]  *émâded- 
din  el  Hosbâny^'';  [le  fils  de  Ghéhâb  ed-dîn,]  Tâdj 
ed'^lin  *abd  El  Wahhâb;  Taqy  ed-dîn,  fils  du  qâdy 
deChohbeh;  Chanfised-dîn  el  Kafiry,  et  Abou  1  FadP^, 
fiis  du  chaykh  Taqy  ed-dîn ,  fils  du  qâdy  de  Ghoh- 
beh. 

La  madraskh  l  Akaziyeu.  •^—  En  face  de  la  ChebU- 
yeh  hanafite.  Elle  fut  construite  par  Akaz,  le  cham- 
bellan (hâdjeb)^  de  Noûr  ed-din  Mahmoud.  Elle  est 
Hiuée  à  louest  de  la  Tayyébeh  et  de  la  Tenkéziyeh , 
et  k  l'ouest  d'Omm  es-Sâleh.  [Sur  le  linteau  de  la 
porte  a  été  gravée  Tinscription  suivante  :  Après  le 
basmaieh  «  a  constitué  cette  madraseh  en  waqf  pour 
les  disciples  de  Timâm  Abou  ^abd  Allah  Moh^pnmad 
ebn  Edris,  ech-Châfé^y,  Témir  Asad  ed-din  Akaz,  en 
rftiinée  536^^»;  sa  construction  a  été  achevée  sous 
io  règae  delmalek  [en-Nâser]  Salàh  [ed-dounyaou] 
ed-din  [qui  a  aiTaché  Jérusalem  des  mains  despplyr 
théistes,  MozaflFer  ed-dîn  Yoûsef,  fils  d'Ayyoàb,  le 
vîvificateur  du  gouvernement  du  Commandeur  des 
Croyants.  La  boutique  qui  en  est  à  lest  est  un  waqf 
pour  cette  madraseh,  ainsi  qufi  le  tiers  du  moulin 
d^^Lawwân.  L  année  587]. 

Gttw  qui  y  professèrent  furent  :  Gharaf  ed-dki  el 


392  M  AI- JUIN  1804. 

Hâky^^  puis  Tàdj  ed-din  Djahbal;  puis  el  Madjd 
'abd  El  Madjid^^;  puis  Borhàn  ed-din  ei  Marâghy; 
puis  Madjd  ed-diii  ech-Chahrazoûry;  puis  ei  Kamâi 
ebn  ei   [Jarastàny^,  et,  ensuite,  ei  Badr  en-Nàbo- 

losy  ^*. 

La  madraseh  l  Amdjadiyeh.  —  Au  Charaf  supé- 
rieur. Elie  fut  construite  par  ei  maiek  ei  Mozaf&r 
Noûr  ed-dîn  ^ornar,  fiis  d'ei  niaiek  ei  Amdjad^,  à 
l'époque  où  fut  assassiné,  dans  la  maison  delà  félicité 
[dâr  es-saâdeh) ,  son  père  [el  maiek  ei  Amdjad  Madjd 
ed-dîn  Bahr»im  Chah,  fils  de  *ezz  ed-din  Farrokh- 
châh,  fils  de  Châhanchâh,  fils  d'Ayyoûb]. 

Le  premier  qui  y  donna  des  leçons  fut  Rafi*  ed- 
dîn  el  Djabaly.  Les  autres  professeurs  furent  succes- 
sivement :  Nadjm  ed-dîn  ebn  Sany  ed-daideh;  Amin 
ed-dîn  ebn  *asâker  ;  Borhân  ed-dîn  ebn  ei  Khaikliâiy  ; 
[Tâdj  ed-dîn  ebn  ei  Khaikhâly];  Madjd  ed-din  ei 
Mârédâny;  Djamâl  ed-dîn,  connu  sous  le  nom  del 
Mohaqqeq  ^®  ;  Chéhâb  ed-dîn ,  connu  sous  ie  nom  d'ez- 
Zâhéry®'';  Chéhâb  ed-dîn  ebn  Qomâ[qe]m  ei  Foq- 
qâ*y68.  Iq  sayyed  Nâser  ed-dîn,  fiis  du  naqîb  el  ach- 
râf^;  Chéhâb  ed-dîn  ei  Bâoûny'^o,  et  son  frère  {sic) 
Nâser  ed-dîn  ;  Badr  ed-dîn ,  fiis  du  qâdy  de  Cholibeh; 
le  qâdy  *ezz  ed-dîn  (foi.  6)  Hamzah  ei  Hosayny''*; 
Mohebb  ed-dîn  Aboui  Fadl,  [fiis  du  qâdy  Borliân 
ed-dîn  Ibrâhîm],  fils  du  qâdy  de  ^adjioûn^^;  ie  say* 
yed  Kamâi  ed-dîn,  fils  du  sayyed  *ezz  ed-din.  Celui- 
ci  est  ie  savant  d'illustre  origine  *ezz  ed-din  Hamzah 
el  Ba^lbakky,  chef  (rays)  des  moaadden  de  la  (grande- 


\. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  393 

mosquée)  omayyade,  né  Tannée  81  5  [Comni,  i3 
avril  i4i2).  Son  père,  ebn  Abî  Hâchem,  fils  du 
hâfez  Chams  ed-dîn  el  Hosayny,  était  le  chef  des 
mouadden  de  la  (grande-mosquée)  omayyade;  il  na- 
quit Tannée  7 8 2  [Comm.  y  avril  i38o)  et  mourut 
[le  dernier  jour  de  safar  de]  Tannée  848  (Comm.  qo 
avril  1  444),  à  Damas.  Le  sayyed  Kamâl  ed-dîn  [Mo- 
hammad] ,  le  savant  célèbre ,  le  plus  docte  des  habi- 
tants de  la  terre  (er-roh^  el  mdmoûr)  était  né  [le  5 
djoumâda  i'"" de] Tannée 85 o  (Comm.  29  mars  1 446); 
il  mouinit  vers  Tannée  98 5^^  [Comm.  i5  septembre 
1628).  Il  fut  chargé  (du  professorat)  de  nombre  de 
madraseh ,  tant  au  nom  de  son  père  que  de  son  oncle 
paternel,  le  qâdy  Mohebb  ed-dîn,  [fils  du  qàdy  Bor- 
hân  ed-dîn  Ibrahim ,  ]  fils  du  qâdy  de  ^adjloûn ,  et  de 
son  oncle  maternel  Taqy  ed-dîn,  [fils  de  Waly  ed- 
dîn,]  fils  du  qâdy  de'adjloûn.  11  reçut  d'el  Badr,  fils 
du  qâdy  de  Chohbeh,  l'autorisation  de  rendre  des 
fetwas.  En  Tannée  896  [Comm,  26  novembre  1 48g), 
il  fut  soumis  à  des  extorsions  et  emprisonné  quel- 
que temps  dans  la  grande-mosquée  de  la  citadelle; 
puis  il  sortit  sain  et  sauf  (de  prison). 

Au  rapport  debn  ech-Chehnah,  «  el  Amdjad  est"'* 
Bahrâm  Chah,  fils  de  Farrokh  Chah,  fils  de  Châ- 
hanchâh,  fils  d'Ayyoûb  ».  11  fiit  assassiné  après  être 
sorti  de  BaHbakk"'^  qui  était  assiégé,  et  que  lui  en- 
leva el  malek  el  Achraf  [Moûsa,  fils  del  'âdel].  Il  fut 
enterré  dans  la  madraseh  de  son  père  ^*,  qui  se  trouve 
sur  le  Charaf,  à  Damas.  11  avait  régné  à  Ba%akk 
pendant  quarante-neuf  ans. 


304  MAI.JUIM  1804. 

El  Auidjad  cultivait  la  poésie.  Il  était  Moqueot; 
savant ,  gracieux ,  généreux ,  i  objet  des  éloges.  B  a 
composé  un  recueil  de  poésies.  Q  fut  assaaainé  par 
un  de  ses  mamloûks  qu'il  soupçonnait  de  lui  avoir 
volé  une  ceinture  ''^  et  une  écritoire.  H  Temprisonna 
dans  sa  maison ,  mais  le  mamlouk ,  étant  parvenu  à 
ouvrir  la  porte ,  se  précipita  à  Timproviste  sur  el  Axo- 
djad  et,  ayant  saisi  son  sabre,  il  lui  en  asséna  un 
coup  si  violent  qu il  lui  coupa  la  main.  Après  lavoir 
frappé  à  la  hanche ,  il  s'enfuit  sur  la  terrasse.  On  dit 
qu'il  se  jeta  (de  là)  dans  la  (cour  de)  la  maison  et  s6 
tua.  Selon  d'autres,  au  contraire,  les  esclaves  blancs 
[ghelniân)  le  coupèrent  en  morceaux, 

Ebn  ech-Chehnah  dit  dans  ses  Annales''^  qpi'd 
Amdjad  fut  tuo  l'année  627.  D'autres  historiens  as- 
signent h  sa  mort  la  date  de  6a8^^.  Voici  de  ses 
vers  : 

«Combien  cette  vie  s'écoule  dans  l'égareinent! 
Qu'il  m'a  rendu  insouciant  et  oublieux  d'elle  I 

a  J'ai  perdu  tout  mon  temps  à  jouer.  0  existence  1 
y  a-t-il  après  toi  une  seconde  vie  ?  » 

Son  assassinat  eut  lieu  en  safar. 

Ëbn  Katir ,  dans  ses  Classes  ^,  dit  qu'un  des  boomies 
pieux  qu'il  avait  admis  dans  sa  société  layant  vu  en 
songe  :  «  Qu'est-ce  que  Dieu  a  fait  de  toi.^  •,  lui  de- 
manda-t-il.  11  répondit  : 

«  J'étais  craintif  à  cause  de  ma  religion  ;  oefct9 
crainte  m'a  passé. 

«  Mon  âme  est  en  sûreté  conti*e  les  calamités.  En 
mourant,  ô  homme,  je  suis  venu  à  la  vie**.  » 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  395 

La  madbaseh  l'Amîniyeh  *2.  —  Au  sud  de  bâh  ez- 
zyâdeh  (la  porte  de  1  addition),  une  des  portes  de  ia 
grande-mosquée,  nommée  anciennement  Mb  es-sétât 
(la  porte  des  heures ^^).  Elle  est  située  à  lorient  de 
la  Modjâhédiyeh ,  dans  le  voisinage  de  ia  (jâsâriyeh  ** 
(sic)  el  qawwâsin  (des  fabricants  d'arcs),  [au  dos  du 
marché  des  armes,  dans  lequel  se  trouvait  sa  porte. 
Ce  quaitier  s  appelait  anciennement  hârat  el  (fobâh 
(le  quartier  des  pavillons  oa  des  coupoles).  C  est  là 
qu'était  la  maison  de  Salamah ,  fils  de  'abd  El  Malek]. 
Ce  fut,  dit-on,  ia  première  madraseh  qui  fut  I)atie 
à  Damas  pour  les  Ghâfé^ites.  Elle  fut  bâtie  par  Ycttâ- 
bek  des  troupes ^^  à  Damas,  appelé*^  Amin  ed-dauleh 
Rabî*  el  islam  (le  printemps  de  rislamisme)  Amîn  ed- 
-dîn  Kastékîn»^  fils  de  'abd  Allah,  es-Saftîky»»,  qui 
était  nâïb  de  la  citadelle  de  Bosra  et  de  celle  de  Sar- 
khad.  [il  fut  investi  (du  commandement)  des  deux 
citadelles  par  iatâbek  Bataftékin.]  Il  mourat  Tan* 
née  54 1  (Comm,  1 3  juin  1 1 46).  fi  avait  constitué  la 
madraseh  en  waqf  l'année  5 14  {Comm.  a  avril  1120) 
[et  lui  avait  assigné  comme  waqf  la  plus  grande  partie 
de  ce  qui  1  entourait  du  soâq  es-sélâk  (le  marché  des 
armes)  et  la  qaysâriyet  el  qawwâsînY^. 

Les  professeurs  en  furent  successivement  :  Djam&l 
ed-dîn  ebn  el  Moslem^;  son  fib,  Abou  Bakr^^;  le  fds 
de  celui-ci,  Charaf  ed-dîn  ^;  ebn  *abd^^,  prédicateur 
de  la  grande-mosquée  omayyade  ;  Nadjm  ed-din  ebn 
Abî  *osroûn  ;  Badr  ed-din ,  fils  du  qâdy  de  Sendjâr, 
de  nouveau;  Mohiy  ed-dîn  ebn  Zaky  ed-din;  Rafî* 
ed-din  ebn  Hàmed,  le  châfé'ite;  Qotb  éd-din  ebn 


t"- 


-iS.. 


396  MAI-JUIN  1804. 

Abî  'osroûn^^;  Nadjiii  ed-dîn  ebn  Sany  ed-dauieh^; 
Qotb  ed-dîn  et-Tartîty**;  Abou'l  Hasan  ebn  *aqH**; 
Sâîn  ed-dîn  ed - Démyâty ^^ ;  et-Taqy  el  *irâqy,  la- 


98 


veugle 

Et-Taqy  habitait  le  minaret  occidental  et  avait 
avec  lui  un  jeune  homme  qui  lui  servait  de  domes- 
tique et  de  guide.  Le  chaykh ,  s'étant  aperçu  qu'il  lui 
manquait  des  pièces  de  monnaie  (f*  6  v"),  laccusa 
de  les  lui  avoir  volées  et  fut  soupçonné  à  son  tour, 
parce  qu'on  ne  croyait  pas  qu'il  eût  de  l'argent.  Son 
avoir  fut  ainsi  perdu  et  son  honneur  mis  en  suspi- 
cion. Aussi  le  vendredi  matin  6  dou'l  qaMeh  de  l'an- 
née 6 0  2  {i5  juillet  i2o6),  le  trouva-t-on  étrange 
dans  sa  chambre,  (située)  dans  le  minaret  occidental. 
Personne  ne  voulant  faire  sur  lui  la  prière,  parce 
qu'il  s'était  suicidé,  le  chaykh  Fakhr  ed-din  [*abd 
Kr-Rahman]  ebn  'asâker^^  s'avança  et  la  récita ,  action 
qu'on  lui  imputa  à  péché.  Suivant  Abou  Chàmah, 
ce  qui  porta  l'aqy  ed-dîn  à  se  suicider  fut  [le  pro- 
fond chagrin  que  lui  causèrent]  la  perte  de  son  pé- 
cule et  l'atteinte  portée  à  son  honneur.  Abou  Châ- 
mah,  que  Dieu  lui  fasse  miséricorde!  ajoute  :  «11 
m'arriva  une  histoire  pareille,  mais  Dieu,  par  sa 
grâce,  me  préserva.  » 

Les  professeurs  qui  occupèrent  ensuite  la  chaire 
de  YAmîniyeh  furent  :  el  Djamal  el  Mesry^^^;  c'était 
un  qâdy  vivant  dans  la  continence  à  Damas;  il  fut 
enterré  [dans  sa  salle,  en  sa  maison,  près]  à  l'ouest 
de  la  Qilidjiyeh  [hanafîte,  au  commencement  de  la 
rue  du  basilic  [darb  er-rayhân),  dû  côté  de  là  mos- 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  397 

quée-cathédrale;  au  sud  de  la  Khadrâ.  Sa  turheh  est 
percée  d'une  fenêtre  (qui  se  trouve)  à  Test  de  la  ma- 
draseh  la  Sadriyeh  hanbalîte  (située)  à  son  côté 
ouest].  C'est  actuellement  un  petit  jardin  vis-à-vis  la 
maison  (d'enseignement)  du  Qor'ân  et  de  la  tradition 
la  Tenkéziyeh;  —  puis  Raff  ed-dîn  él  Halaby^^^ 
Après  ceux  qui  viennent  d'être  mentionnés,  il  y  eût 
encore  trente  professeurs  dont  le  dernier  fut  *ezz 
ed-dîn  Hamzah  el  Hosayny  ;  puis  son  fils ,  le  sayyed 
Kamâl  ed-dîn  el  Hosayny. 

Je  dis  :  «  J'ai  abrégé  la  liste  de  ceux  qui  occupèrent 
la  chaire  de  ce  collège,  car  c'eût  été  allonger  sans 
grande  utilité ,  ni  variété ,  une  énumération  de  noms 
et  pas  autre  chose.  » 

La  madraseh  la  Bâdéraïyeh.  —  En  dedans  de 
bâb  el  farâdis  et  de  [bâb)  es-salâmehy  [au  nord  de 
Djayroûn,  à  l'est  de  la  Nâsériyeh  intra  maros].  Elle 
est  connue.  C'était  auparavant  une  maison  connue 
sous  le  nom  de  maison  d'Osâmah  el  Halaby  ^®^,  un  des 
plus  grands  émirs  ;  il  avait  en  sa  possession  la  citadelle 
de  *adjloûn  ^^^  et  Kawkab  ^®*.  Dans  sa  vieillesse,  il  fut 
atteint  de  la  goutte  [neqrès),  El  'âdel  l'emprisonna ^^^ 
à  el  Karak  et  mit  la  main  sur  [ses  effets  [hawâsel),] 
ses  propriétés  immobilières  [et  sur  ses  richesses]. 
De  ce  nombre  étaient  sa  maison  [et  son  bain,  (situés) 
en  dedans  de  bâb  es-salâmeh.  Sa  maison  est  celle] 
dont  fit  une  madraseh  le  chaykh  Nadjm  ed-dîn  el 
Bâdérây  ^^  —  par  une  lettre  surmontée  d'un  point 
[dâl)  —  el  Baghdâdy,  el  farady  (versé  dans  la  science 


398  MAI.JIJIN   1804. 

des  préceptes  divins).  11  naquit  Tannée  Sgà  (Comm. 
1 3  novembre  1 1 97)-  C'était  un  jurisconsulte  occu* 
pant  le  premier  rang,  entouré  de  respect,  jouissant 
d'une  haute  situalion  et  doué  d'un  caractère  plein  de 
douceur.  [Il  bâtit  à  Damas  la  grande  madrasdb  la 
Mohandésiyeh.]  Il  fut  investi  malgré  lui  des  fonctions 
de  qâdy  à  Baghdàd  et  mourut  [dix-sept  jours  après, 
1"  doui  hedjdjeh  de]  Tannée  655  ^^''. 

Je  dis  :  «  Ebn  Chohbeh  s'exprime  ainsi  :  En  chawf 
wâl  de  1  année  653,  el  Bâdérây  acheta  au  prix  de 
cent  mille  derhems,  dans  le  but  d'en  fiiire  une  ma- 
draseh  pour  les  Chàfé^ites,  la  grande  maison  d'Osâr 
mah  qu  avait  détruite  ^^  Nadjm  ed-din  Ayyoûb.**, 
en  dedans  de  bâb  es-salâmehy  et  il  commença  le  mois 
suivant  à  la  restaurer.  Le  sidtan^^^  lui  abandonna 
sur  les  marécages  (ghaydah)  de  Djesrin  ^^^  cinq  cents 
charges  de  bois  ». 

«  Le  fondateur  de  ce  collège  stipula  dans  Tacte  de 
waqf  qu  il  n'y  entrerait  aucune  fenmie.  —  ■  Ni  un' 
(jeune  homme)  imberbe  ?»  lui  dit  le  sultan  (en-Nfr^ 
ser).  —  «  Dieu,  répondit-il,  ne  frappe  pas  avec  deux 
bâtons.  B  «  C'est  pourquoi ,  ajoute  ebn  Ghohbdi,  éetle 
madraseh  ne  prospéra  pas ,  c'est-à-dire  U  n  en  sortît 
aucun  savant  qui  ait  eu  du  succès.  • 

«  (El  Bâdérày)  y  professa  lui-même,  puis  la  chaire 
passa  k  son  fils  [Djamâi  ed-din]  ^^^  et  ensuite  à  Kah 
mal  ed-dîn  Salâr^^^.  Après  lui,  la  Bâ4érâiféh)  eut 
encore  environ  douze  professeurs  dont  le  deniier.fiii 
Ghams  ed-din  el  Hosayny  ^^^,  fds  du  frère  de  Taqjr 
ed-dîn  el  Hesny.  » 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  399 

La  madraseh  la  Baunasiy£h.  —  A  la  montagne 
de  la  Sâléhiyeh.  Elle  fut  construite  par  Madjd  ed- 
dîn,  connu  sous  le  nom  d'Aboui  achbàl  [ei  Hâret 
ebn  Mohallab  el  Bahnasy]^^^.  Il  était  le  vizir  d'el 
malek  el  Achraf  MozafFer  ed-dîn  Moùsa ,  fils  d'el  ma- 
lek  el  ^âdel  [Sayf  ed-dîn  Abou  Bakr,  fils  d*]  Ayyoûb. 
Plus  tard ,  ce  prince  le  destitua  et  le  soumit  à  des 
extorsions.  (Majd  ed-dîn)  était  un  bon  poète. 
Les  professeurs  qui  y  enseignèrent  furent  : 
Nadjm  ed-dîn  ebn  Sany  ed-dauleh,  puis  ieqâdy 
Chams  ed-dîn  ebn  Khallikân  ^^^.  Ensuite  la  chaire 
fut  de  nouveau  occupée  par  Nadjm  ed-dîn. 

La  madraseh  la  Taqawiyeh.  —  En  dedans  de 
bâb  elfarâdiSf  [au  nord  de  la  mosquée-cathédrale  et 
à  l'est  de  la  Zâhérieh  et  des  deux  Iqbâliyeh^]  elle  est 
une  des  madraseh  les  plus  importantes  de  Damas. 
Elle  fut  bâtie  en  Tannée  b'jk  [Comm.  1 9  juin  1178) 
par  el  malek  el  Mozafiar  Taqy  ed-dîn  *omar,  fils  de 
Chahanchâh,  fils  de  Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb,  fils  de 
Châdy,  [à  qui  appartient  aussi  à  Mesr  la  madraseh 
connue  sous  le  nom  de  manâzel  el  ^ezz].  Il  était  brave, 
courageux  et  doué  de  belles  qualités.  Il  naquit  Tan- 
née 53d  {Conun.  a8  août  iiSg)^^^ 

(F°  7.)  Ce  collège  eut  pour  professeurs  :  le  qâdy 
en  chef  Mohiy  ed-dîn  ^**  el  Barzy;  puis  Mohiy.  ed-dîn 
[Mohammed]  ebn  Zaky  ed-dîn  ^^^,  et  ensuite  environ 
quinze  professeurs  dont  le  dernier  fut  le  sayyedKat 
mal  ed-din  ^^^;  puis,  après  le  sayyed  Kamâl  ed-dia^ 
un  groupe  de  Grecs  ^^^  el  de  Persans;  puis,  entce 


400  MAI-JUIN   189/i. 

temps,  le  qâdy  Zayn  ed-din,  connu  pour  avoir  em- 
brassé ie  rite  hanafite;  puis  les  Grecs  se  mêlèrent 
parmi  eux.  Knsuile  la  chaire  fut  occupée  par  le 
chaykh  'alâ  ed-dîn  ebn  'émâd  ed-dîn,  et,  après  lui, 
par  le  chaykh  Badr  ed-dîn  ebn  Rady  ed-din ,  Tannée 
9*71  ^'^"^  [Comnu  21  août  i563). 

La  madraseh  la  Djâroukhiyeh.  —  En  dedans  de 
bâb  el  faradj  et  de  bâb  el  farâdîs ,  contiguè  à  YlqbdU' 
yeh  hanafite  et  au  nord  [delà  mosquée-cathédrale  et] 
deia  Zâhériyeh  [intra  maros].  Elle  est  connue  sous  le 
nom  de  construction  de  Djâroùkh  le  Turkomân  [qui 
portait  le  titre  honorifique  de  Sayf  ed-dîn  J.  Il  la  bâtit 
pour  le  grand  savant  Abou'l  Qasem  Mahmoud  ebn  el 
Mobârak,  connu  sous  le  nom  d'el  jnehbar,  el  Wâséty, 
el  Baghdàdy '-^.  Apres  lui,  la  chaire  de  la  Djâroâ- 
khiyeh  fut  occupée  par  environ  dix -sept  personnes. 

Je  Drs  :  «  Mais  Ton  comprend  de  1  enuniération 
des  professeurs  (faite  par  en-No*aymy)  quelle  est 
plus  ancienne  que  la  Dâdéraîyeh,  car  Nadjm  ed-din 
el  Bâdérây  y  professa  aUvSsi.  )• 

La  madraseh  la  Hemsiyeh.  —  Vis-à-vis  de  la  ma- 
draseh la  Châmiyeh  extra  muros,  Mohiy  ed-din  et-Ta- 
râbolosy  ''-^^  y  professa. 

Je  dis  :  «  El  Djamâl  el  Mesry,  le  professeur  de 
lecture  (qoranique),  qui  était  Timàm  de  Sibây*", 
nâïb  de  Syrie,  y  habitait.  Puis  elle  fut  abandonnée, 
délaissée,  et  elle  tomba  en  ruines.  Elle  se  trouve  ac- 
tuellement parmi  les  maisons  des  Grecs.  » 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  401 

La  madraseh  la  Halabiyeh.  —  Au  quartier  des 
sept  [nâhyat  es-sab^ah)  ^^^.  La  prière  du  vendredi  y  fut 
célébrée  Tannée  8 1  3  [Comm.  6  mai  1 4 1  o). 

La  madraseh  la  Khabîsiyeh  ^^'^.  —  Au  sud  du  Zen- 
djâry.  EUe  est  dotée  d  une  charge  de  supérieur  [nuv- 
chikhah),  dont  fut  pourvu  Badr  ed-dîn,  fds  du  qâdy 
d'Adré^ât  ^2*,  et  qui  passa  ensuite  à  ses  enfants. 

Je  dis  :  «  Elle  est  actuellement  en  ruines.  Peut- 
être  fait-elle  partie  des  jardins.  » 

La  madraseh  la  Khalîliyeh  '^®.  —  A  Damas.  Le 
Charîf  el  Hosayny^^®  dit  dans  la  Suite  des  ^ébar  : 
«  L année  y 4 6  mourut  à  Hems  le  nâïb  de  cette  ville, 
Sayf  ed-dîn  Bamaghtîmor  [sic)  elKhalîly,  le  proprié- 
taire de  la  Khalîliyeh  à  Damas.  Il  y  fut  transporté 
dans  un  cercueil  et  enterré  à  el  Qobaybât  »  (N.  f*  68 
r°). 

La  madraseh  la  Dammaghiyeh.  —  En  dedans  de 
bâb  elfaradj,  à  Touest  de  la  seconde  porte  [qui  est] 
au  sud  [de  la  porte]  du  moulin.  Elle  est  située  au 
sud-est  du  chemin  qui  conduit  à  la  porte  orientale  de 
la  citadelle.  Ce  chemin  se  trouve  entre  elle  et  le  fossé. 
Elle  est  aussi  au  nord  de  la  ^émâdiyeh  et  commune 
aux  Châfé^tes  et  aux  Hanafîtes.  Elle  fut  construite 
Tannée  638  [Comm,  2  3  juillet  12^0)  par  *âïchah, 
aïeule  de  Fârès  ed-dîn  ebn  ed-Dammâgh  et  épouse  de 
Chodjâ*  ed-dîn  ed-Dammâgh  [el  *âdély]*^^ 

Parmi  les  Châfé^'tes  qui  y  professèrent  (nous  cite- 

in.  27 


iair«iK«aiK  tAntuiÂi.*. 


402  MAI-JUIN  1894. 

rons)  Chams  ed-din  el  Hoûby  *^*.  Quijize  profes- 
seurs lui  succédèrent,  dont  le  dernier  fut  Zayn  ed- 
din  ,  fils  du  qâdy  de  ^adjloûn  ^^.  Parmi  lesHanafites, 
el  Eftékhâr  el  Kâchghary  occupa  la  chaire,  puis 
quatre  professeurs;  le  dernier  d'entre  eux  fut  ebn 
Sahnoûn  ^^*. 

'âïchah  constitua  en  waqf  à  ce  collège  :  à  Qofr  el- 
Labbâd^^^,  (village  situé) à  lorient  de  Moqra^^,  huit 
parties  (sahm)  [de  vingt-quatre ,  ce  qui  fait]  le  tiers  ^''', 
de  la  mazraat  ed-dammâghiyeh;  [une  portion  (iessah) 
de  Racljam  el  hayyât;]  une  portion  du  bain  d7sraël, 
[en  dehors  de  Damas;]  une  portion  kDayr  Sehnân, 
[qui  fait  partie  du  Mardj  ;]  la  mazraak  de  Sathoàh ^^, 
auprès  de  Qdsr  0mm  Hakîm  ^*^,  à  forient  [du  village] 
de  'arrâd  et  au  sud  de  Chaqhab^*®;  des  loyers  (mo- 
hàkarât),  etc. 

Ëbn  Chohbeh  dit  dans  sa  Chronûiue^^^  :  «La 
sandale  du  pied  droit  du  prophète,  que  Dieu  le  bé- 
nisse et  le  salue  !  était  conservée  dans  la  madraseh 
la  Dammâghiyeh ,  et  celle  du  pied  gauche  dans  la  mai- 
son (d  enseignement)  de  la  tradition  YAchrajiyeh. 
Timoûrlenk  (Tamerlan)  s*enipara  des  deux.  Sache 
cela.  » 

Jb  dis  :  «  La  preuve  la  plus  complète  de  ces  attri- 
butions est  Tinspiration  qu'ont  eue  les  savetiers ,  tant 
ouvriers  que  marchands,  de  rester  là,  comme  pour 
montrer  qu  ils  étaient  les  serviteurs  de  la  sandale  du 
prophète ,  et  de  celles  de  sa  nation ,  que  Dieu  le  bé- 
nisse et  ie  salue  !  Ils  ne  quittent  pas  ce  lieu  parce 
qu'il  est  enveloppé  de  sa  bénédiction.  » 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  403 

La  madraseh  la  Dawla^iyeh.  ---  A  Djayroûn^^^ 
au  sud-ouest  de  ia  madraseh  la  Bâdéniîyeh.  EUe  fut 
construite  par  Djamâled-dîn  Abou'abdAHah  Mohàm- 
mad  ^*^,  fds  de  Zayd,  ed-Dawla*y,  ed*Démachqy,  pré- 
dicateur de  Damas,  li  naquit  à  ed-Dawia^iyeh^^,  uii 
des  villages  de  Mosoul,  [en  djoumâda  si'^de]  Tannée 
555.  Il  étudia  la  jurisprudence  sous' [son  oncle  pà* 
temel]  'omar  ed-Daivla^  Dyâ  ed-dîn  ^*^  et  occupa  les 
fonctions  de  prédicateur  pendant  trente-sept  (fol.  7 
v°)  ans. 

11  professa  le  premier  à  ce  collège;  puis  son  frère 
Charaf  ed-dln  lui  succéda  et  ensuite  le  fils  de  $an 
frère,  Chams  ed-dîn.  Après  ce  dernier,  dix  profes- 
seurs environ  y  donnèrent  des  leçons. 

Je  ms  :  «  Le  fils  du  qâdy  de  *adjloûn  a  mis  la 
main  sur  la  madraseh  et  sur  son  waqf ,  au  point  de 
lui  donner  son  nom  ^**.  Puis  les  fonctions  de  pro- 
fesseur ont  pu  être  exercées  actuellement,  en  Tan- 
née 974**^  {Comm.  19  juillet  i566),  par  le  jètine 
homme  de  mérite ,  le  savant  accompli  el  *alây  *alâ  e^ 
dîn,  fils  du  frère  de  Nâser  ed-dîn,  et-Tarâbolosy, 
imam  des  hanafîtes  à  la  grande-mosquée  omayyaide;  » 

La  madraseh  la  Rokniyeh  istra  mgros  ***.  — *•  Au 
nord  des  deux  Iffbdliyeh,  à  Test  de  la  ^ezziyeh  intra 
Mares  et  de  la  FakJdyeh,  et  à  Touest  de  la  Moffsùàr 
damiyeh. 

Je  DIS  :  «  Elle  est  située  dans  ta  nielle  (zoqâq)  des 
B»iou  Mofleh  les  Hanbafites.  Elle  fut  constituée  en 
waqf  par  Rokn  ed-dîn  Mankoûrès  ^^^,  affranchi  de 

27. 


40)  MAI-JUIN   1894. 

Faiak  cd-cJîn  *^  [Solaymân  el  *âdély,  le  même  qui 
bâtit  la  Rokniyeh  hanafîte  extra  mnros].  » 

Ceux  qui  en  furent  chargés  sont  :  Ghams  ed-din 
ebn  Sany  ed-dauleh  ;  puis  son  fils  Sadr  ed-^n  ;  puis 
le  fils  de  celui-ci ,  Nadjm  ed-dîn  ;  puis  Ghams  ed-din 
ebn  Khaliikân  ^^^  qui  y  avait  comme  suppléant 
[Mohiy  ed-dîn]  en-Nawâwy  ;  et  ensuite  environ  vingt- 
cinq  professeurs  ^^^,  dont  le  dernier  fut  Ramâl  ed- 
dîn  el  Hosayny  ebn  Çezz  ed-din]  Hamzah 


153 


La  madraseh  la  Rawâhiyeii.  —  [fin  dedans  de  bâb 
clfarâdîs],  à  lorient  de  [la  madraseh  d*ebn  ^orwah, 
(située)  dans]  la  mosquée-cathédrale.  G'est une  mos- 
quée et  une  madraseh.  Elle  est  contiguë  à  la  mos- 
quée-cathédrale, au  nord  de  Djayroûn,  à  Touest  de 
la  Dawlaiyeh  et  [au  sud]  de  la  Sayjiyeh  hanbalite. 
Cette  madraseh,  c'est-à-dire  la  Sayjiyeh,  est  Thabita- 
tion  du  chaykh  Mohammad  el  Ostouâny. 

(La  Rawâhiyeii)  est  connue ^^*.  Elle  fut  construite 
pai"  Zaky  ed-dîn  [Aboul  Qasem]  le  marchand,  [le 
mo^addel] ,  connu  sous  le  nom  d'ebn  Rawâhah  ^^.  H 
mourut  Tannée  6 2 2  [Comm.  1 3  janvier  1 2^5}.  On 
l'appela  ebn  Rawâljah  parce  qu'il  était  le  fils  de  la 
sœur  d'Abou  'abd  Allah  el  Mosayn  ebn  *abd  Allah 
ebn  Rawâhah.  Il  mourut  le  7  radjah,  et  ses  dernières 
volontés  furent  d  être  enterré  dans  sa  madraseh  de 
Damas ,  dans  la  chambre  voûtée  {y^^  *^>^^  )  ^^»  Mais 
ses  exécuteurs  testamentaires  en  furent  empêchés 
par  le  professeur  qui  était  le  chaykh  Taqy  ed-dîn 
ebn  es-Salâh. 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  405 

(Kbn  Rawâbàh)  avait  imposé  aux  jurisconsultes  et 
au  professeur  des  conditions  très  dures,  dont  quel- 
ques-unes étaient  impossibles  à  remplir.  Il  stipula 
aussi  quil  n'entrerait  dans  sa  madraseh,  ni  juif,  ni 
çbrétien,  ni  hanbalîte  anthropomorphite  ^^^.  Le  fait 
est  mentionné  par  ed-Dahaby  dans  les  Annales  de 
l'islamisme  ^^^. 

Le  premier  professeur  de  ce  collège  fut  Charaf 
ed-dîn  [ebn]  Abî  Bakr,  el  Qoracby^^^. 

Après  sa  mort  (c'est-à-dire  après  la  mort  du  fon- 
dateur) ,  Mobiy  ed-dîn  ebn  ^araby,  et-Tây,  et  Taqy  ed- 
dîn  ebn  'aly,  le  grammairien,  el  Mesry,  imam  du 
machhad  de  'aly,  rendirent  témoignage  qu'ebn  Ra- 
wâljah  avait  destitué  ebn  es-Salâh  de  cette  madraseh. 
H  s  ensuivit  de  longs  incidents;  mais  les  choses  ne 
s'arrangèrent  pas  comme  ils  lavaient  désiré.  C  est  ce 
qu'a  relaté  Abou  Châmah. 

Après  le  professeurelQorachy,  la  chaire  fut  occupée 
par  environ  dix-sept  professeurs ,  jusqu'à  ebn  Noûh 
cl  Maqdésy  ^^,  qui  exerçait  des  fonctions  du  gouver- 
nement ^^^  ;  il  fut  nommé  procureur  du  trésor  public 
et  inspecteur  des  waqfs.  Ayant  commis  des  malver- 
sations et  dépassé  toute  limite ,  il  fut  emprisonné  à 
la  "^adrâwiyehj  où  on  le  trouva  étranglé,  après  qu'il 
eut  été  battu  de  verges  et  soumis  à  une  amende.  Es- 
Sâmarry  avait  eu  beaucoup  à  souffrir  de  lui.  Il  alla 
le  trouver  en  prison  et  ils  plaisantèrent  ensemble; 
mais  il  entreprit  de  se  calmer  beaucoup  ^^^.  Après 
être  sorti,  il  composa  des  vers  dont  voici  quelques- 
uns  : 


406  MAI-JUIN  1894. 

«  Le  messager  est  arrivé  ^^,  porteur  de  la  bonne 
nouvelle  consolatrice  :  elle  a  guéri  les  cœurs;  les  gens 
étaient  déjà  sur  le  point  de  mourir. 

«  Si  le  vil  ^^^  brigand  nie  les  actes  qull  a  commis 
contre  les  musulmans,  que  je  sois  le  premier  mis  à 
mort. 

«  Réjouissez- vous  !  Que  votre  joie  augmente  1  Nous 
avons  tous  notre  part  dans  cette  allégresse! 

«  Il  est  venu  le  noble  commandement  ordonnant 
de  saisir  ce  que  le  traître  a  pillé  dans  le  pays,  et  ce 
qu  il  a  acquis. 

(I O  seigneur  des  émirs  !  O  soleil  de  la  bonne  di^ 
rection  !  O  toi  qui  sais  exécuter  ce  que  tu  as  entre* 
pris  !  O  toi  qui  accueilles  la  foule  avec  tant  de  bien- 
veillance ! 

«  Hâte-toi  d'égorger  el  Maqdésy;  égorge-le,  et  eaa- 
pêche  que  cet  enfant  de  laduitère  verse  le  sang  de 
fislàm. 

M  3oi$  inexorable  à  son  égard  et  n'aie  aucune  com- 
passion ,  toutes  les  fois  que  tu  trouveras  les  richesses 
que  ses  mains  ont  amassées  et  ce  qu'il  a  extorqué. 

«  Combien  d'orphelins  en  pleurs  et  d'orphelines 
on  t ,  à  cause  de  sa  tyrannie  y.  passé  la  nuit  sur  la  couche 
de  la  misère  ! 

«  Que  de  gens  riches  en  ont  été  réduits ,  sous  son 
administration,  à  mendier  un  secours,  après  avoir 
vécu  au  sein  de  l'opulence  ! 

«Si  le  brigand  nie,  etc.  » 

IjA  Zawyet  EL  Khadra*^^  (la  chapelle  verte).  — 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  40? 

Dans  la  maqsoûrah  ^^^  du  Khedr  ^^^,  à  l'ouest  du  djâm/ 
omayyade.  ^émâd  ed-dîn  et  ensuite  Djamâl  ed-dîn 
ebn  el  Hamawy  y  donnèrent  des  leçons. 

La  madraseh  la  Ghamiyeb  extra  muros  ^^*.  —  Au 
quartier  de  la  ^ayniyeh^^^.  Elle  fut  construite  par 
Sett  ech-Châm  [la  dame  de  la  Syrie).  Ebn  Khailikân 
la  nomme  (fol.  8)  dans  son  Ta^rikh  (Dictionnaire 
biographique)  Zomorrod  Kkâtoùn  ^'^^.  Elle  était  sœur 
utérine  de  Chams  ed-dauieh  Toûrân  Chah  ^^\  fiHe 
de  Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb  ^"^^^  fils  de  Châdy,  et  mère 
del  malek  es-Sâleh  Ismâ^I;  la  plus  charitable  des 
femmes  et  la  plus  bienfaisante  envers  les  pauvres. 
Elle  mourut  le  jour  de  vendredi  1 6  dou  1  qa^deh  de 
Tannée  6i6^^^  (i6  janvier  1220),  dans  sa  maison 
connue  sous  le  nom  de  la  Chândyeh  intra  muros,  — - 
Cette  madraseh  est  appelée  la  Hensâmiyeh,  parce  que 
son  fils ,  Heusâm  ed-dîn  ^'^^,  y  fut  enterré  auprès  de 
sa  mère ,  dans  le  troisième  tombeau  qui  suit  la  place 
[makân)  occupée  par  le  professeur.  Dans  celui  qui 
vient  après,  est  son  mari  et  cousin  germain  Nâser 
ed-dîn  Mohammad  ^''^,  fils  d'Asad  ed-dîn  Chîrkoûh. 
Elle  lavait  épousé  après  la  mort  du  père  de  son  fils 
Heusâm  ed-dîn.  Dans  le  tombeau  contigu ,  du  côté 
de  la  qebleh^'^^,  repose  el  Mo^azzam  Toûrân  Chah, 
fils  d' Ayyoûb  et  seigneur  de  f  Yaman.  —  Sett  ech- 
Châm  comptait  trente-cinq  rois  avec  lesquels  le  ma- 
riage était  pour  elle  illicite  ^'^'^. 

Ebn  Khailikân  a  dit  ^"^^r  «Toûrân  Chah,  qui  se 
vocalise  par  im  dammah  sur  le  ta  à  deux  points  par- 


408  MAI-JUIN   1804. 

dessus ,  un  waw  quiescent  suivi  d'un  râ  et ,  après  ïalef, 
un  noûii  —  est  un  mot  persan ,  et  Chah  —  avec  le 
cAÎR  surmonté  de  trois  points  —  signifie  m  en 
langue  persane.  Ce  nom  veut  dire  roi  de  l'Orient 
L'Orient  a  été  appelé  Tottriïn,  parce  que  c'est  le  pays 
des  Turcs  et  que  les  Persans  nomment  les  Turcs 
Toarkân;  puis  ils  ont  altéré  ce  mot  et  ont  prononcé 
Toûrân.  » 

Le  premier  professeur  de  ce  collège  fut  ebn  ^ 
Saiâli ,  ou ,  suivant  un  auteur,  Charaf  ed-din ,  fils  de 
l'oncle  paternel  d'ez-Zaky.  Il  y  eut  ensuite  quarante- 
deux  professeurs  jusqu'à  ce  que  la  chaire  échut  au 
chaykh  Taqy  ed-dîn '^°,  fils  du  qâdy  de  adjloùu.qui 
eut  pour  successeurs  :  Sérâdj  ed-dîn  [ebn]  es-Say- 
rafy**",  avant  la  mort  de  Taqyed-dln;  Kamàl  ed-din 
el  Bâdély,  le  sayyed  Kamâl  ed-dîn,  le  qâdy  Ma'roûf, 
el  Badr  ebn  Rady  ed-din;  ie  chaykh  Mohammad  el 
Ydjy;  le  chaykh  Ahmad  el  Falo6djy,  le  poste  ayant 
été  laissé  vacant  par  el  Ydjy  "^  ;  le  chaykh  Ismall 
eo-Nâbolosy;  notre  chaykh  Molkt  Asad  ed-dln  ;  puis , 
après  lui,  le  qâdy  Mohebb  ed-din  le  hanaflte;  son 
fils,  lo  qâdy  abd  El-Latif;  le  chaykh  Hasan  dBoù- 
rîny,  et  'abd  El  Hayy  ebn  Molla  Yoûsef  le  Kurde. 
La  madraseh  passa  ensuite  de  lui  au  chaykh  el  iâïâm 
Chéhâb  ed-dîn  Ahmad  el  'aytâwy.  Puis  die  devint 
vacante  à  sa  mort,  et  fat  occupée  par  le  chaykh 
Nadjm  cd-din  cl  Ghazzy,  De  ce  dernier,  ^e  passa 
au  chaylih  el  islam ,  le  chaykh  Chams  ed-din  d  May- 
(lâny;  puis ,  ([uand il  mourut .  Nadjm  ed-din. dGhaEsy 
la  reprit. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  409 

Je  dis  :  «  La  Châmiyeh  extra  muros  a  un  acte  de 
fondation  qui  se  trouve  en  copie  chez  la  plupart  des 
hommes  éminents  de  Damas.  » 

La  madraseh  la  Châmiyeh  intra  muros  ^^\  —  Au 
sud  de  l'hôpital  de  Noûr  ed-dîn.  Elle  fut  construite 
par  Sett  ech-Châm  dont  il  vient  d'être  parlé.  C'était 
une  maison  lui  appartenant,  [qui  fut  convertie  en 
madraseh  après  sa  mort]  et  dans  laquelle  elle  mou- 
rut. [Elle  fut  transportée  à  sa  turbeh  (élevée)  dans 
la  Châmiyeh  extra  muros ,  qu  on  appela  aussi  la  Heu- 
sâmiyeh]. 

[Abou  Bakr  Mohammad  ebn  *abd  El  Wahhâb 
ebn  *abd  Allah  ebn  *aly  ebn  Ahmad,  el  Ansâry,  a  con^ 
stitué  en  waqf  ce  qui  va  être  irientionné ,  savoir  :  la 
maison  de  Damas  en  totalité  ;  en  dehors  de  Damas , 
le  bourg  connu  sous  le  nom  de  (To)raynah  (Toray- 
bah?);  sa  portion  s'élève  à  onze  parties  [sahm)  et  de- 
mie, sur  vingt-quatre  parties  d'un  champ  {mazra^ah) 
connu  sous  le  nom  de  Djarmânâ,  dépendance  de 
Bayt  Lehyâ;  quatorze  parties  et  un  septième  de  par- 
tie sur  vingt-quatre ,  d'un  bourg  connu  sous  le  nom 
de  Tanyeh  (Tebniyeh  ?) ,  dépendant  de  Djobbeh  *asâl  ; 
la  totalité  du  bourg  connu  sous  le  nom  de  Madjîd  el 
qaryeh  (Modjandel  el  Ghozâh  ?)  et  la  moitié  du  bourg 
connu  sous  le  nom  de  Madjîd  (Modjandel?)  es-So- 
waydâ  ;  lequel  waqf  a  été  fait  en  faveur  de  la  kliâtoun 
Sett  ech-Châm,  fille  de  Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb,  fils 
de  Châdy,  pour  passer  après  elle  à  la  fdle  de  son 
fils,  Zomorrod  Khâtoûn,  fille  de  Heusâm  ed-dîn 


~V', 


410  MAI-JUIN   1894. 

Mohammad ,  fiis  de  [sic)  ^omar,  fils  de  Làdjin;  puis 
aux  enfants  de  cetie-ci,  ia  part  d'un  garçon  devant 
être  égaie  à  celle  de  deux  filles;  puis  à  ses  petits-en- 
fants, et  ainsi  de  suite,  jusqu'à  extinction  de  la  des- 
cendance, et,  dans  le  cas  de  transformation  de  la 
maison  en  madraseh,  aux  jurisconsultes  et  étudiamts 
en  droit  du  rite  châfé^ite*^  y  travaillant,  à  son  pro- 
fesseur châfé'îtei»*  (etc.)]. 

[Taqy  ed-dîn]  ebn  es-Salâh'^  y  professa  et,  après 
lui,  vingt-deux  autres  professeurs ,  dont  le  dernier  fut 
Djamâl  [Kamâl]  ed-dîn  el  Bâréiy^s^. 

Je  dis  :  «  Ensuite,  d après  ce  que  je  sais,  le  sayyed 
Kamâl  ed-din;  puis,  après  lui,  le  sayyed ^aly;  puis  le 
cfaaykh  Âhmad  ei  Faloûdjy;  après  celui-ci,  les  fonc- 
tions étant  vacantes ,  le  sayyed  Hasan ,  fils  du  sayyed 
Kamâl  ed-dîn ,  et  ensuite  le  chaykh  Ghéhâb  ed-dîn 
ebn  Rady  ed-dîn.  » 

La  madraseh  la  Chàh[în]iyeh.  — Dans  la  mos- 
quée-cathédrale d'et'Tawbeh  [(située)  à  la  ^oqayheh]. 
C'est  une  halqah  ^^"^  destinée  à  des  leçons  et  fondée 
par  Témir  Châhîn  ed-dîn  ech-Chodjâ*y,  dawâddr^^ 
de  Chaykh  ^^^.  Cet  émir  avait  restauré  le  djâm^  et- 
Tawbeh  de  ses  propres  deniers ,  en  ramadan  de  Fan- 
née  816,  après  que  cet  édifice  avait  été  consumé 
par  un  incendie. 

Ceux  qui  y  professèrent  furent  :  Chams  ed-dîn  el 
Kafîry  ^^,  puis  Badr  ed-dîn  [fils  de  Taqy  ed-dîn  Abou 
Bakr],  fils  du  qâdy  de  Chobbeh^^^ 

La  madraseh  la  Choumàniyeh.  —  Elle  fut  con- 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  411 

struite  par  Khâtoûn ,  fille  de  Zahîr  ed-dîn  Choûmâii. 
C'est  celle  qu  on  appelle  [actuellement]  et-Tayyébeh 
(la  bonne)  [nom  qu  on  lui  donna  en  signe  de  bon 
augure].  D  en  sera  question  ci-après. 

La  madraseh  la  Charîfiyeh.  —  [Est  celle  qui  est] 
auprès  du  quartier  des  étrangers  [hârat  el  gJiorabâ); 
[d'après  le  chaykh  Taqy  ed-dîn  el  Asady,  la  Charî- 
fiyeh se  trouve]  dans  la  rue  des  cha^ârin.  Le  fonda- 
teur (fol.  8  v°)  n  en  est  pas  connu. 

Elle  eut  pour  professeur  Nadjm  ed-dîn  ed-Dé- 
machqy  [en  Tannée  690].  On  n'en  connaît  pas 
d  autre. 

La  madràseh  la  Sàl^hiyeh  (ou)  Turbeh  Omit  es- 
Sâleh.  —  A  louest  de  la  Tayyébeh  et  de  la  Djawha- 
riyeh  hanafite,  et  au  sud-est  de  la  Châmiyeh  intra 
muros.  Elle  fut  constituée  en  waqf  par  es-Sâleh  [Aboul 
Hasan]  Isma^îP^^,  fds  dei  malek  el  *âdel  [Sayf  ed- 
dîn  Abou  Bakr],  C'était  un  roi  intelligent.  El  malek 
el  Achraf  Moûsa  ^^^  lui  avait  légué  Damas  par  son 
testament.  Il  régna  pei;,  de  temps  sur  cette  ville,  que 
son  frère  el  Kâmel*^^  lui  enleva.  Es-Sâleh  la  lui 
reprit  ensuite  par  la  ruse  et  y  resta  plus  de  quatre 
ans. 

En  Tannée  683  [Comm.  20  mars  1284)  mourut 
el  malek  es-Sa'id  Fath  ed-dîn  'abd  El  Malek,  fils 
d'es-Sâleh  [Abou'l  Hasan]  Isma^l,  fils  d'[el  malek] 
el  'âdel.  Il  était  fils  de  la  fille  d  el  Kâmel.  Il  [mourut 
la  nuit  du  (dimanche  au)  lundi  3  ramadan  et]  fut 
enterré  dans  la  turbeh  de  la  mère  d'es-Sâleh. 


412  MAI-JUIN    1894.  { 

En  rannce  688  [Comm.  a 5  janvier  1289)  [et  le 
jour  de  mardi  18  cha^bân]  mourut  elmalek  ei  Man- 
soûr  Chéhâb  cd-din  Mahmoud,  fils  d*es-Sâleh  Isma- 
ni,  fils  dei  'âdel.  Uy  fut  enterré  i^*. 

En  Tannée  727  {Comm.  27  novembre  i3a6)  eut 
lieu  la  mort  d*cl  maiek  el  Kâmel  Nâser  ed-^in  [Abou  1 
ma^âly]  Mohammad,  fils  d'[el  malek]  es-Sa^d  Fath 
ed-din  [^abd  El  Malek] ,  fils  du  [sidtan  el  maiek]  es- 
Sâleh  [Isma^îl  Aboul  Hasan],  fils  d'[el  midek]  d 
'âdel  Abou  Bakr,  fils  d*Ayyoûb.  Il  [mourut  dans  la 
soirée  du  (mardi  au)  mercredi  ao  djoumâda  i*  et] 
y  fut  également  enterré  ^^. 

En  Tannée  728  [Comm.  10  janvier  1 3 a3)  mourut 
[la  vertueuse  khâtoûn]  Khâtoûn ,  fille  del  malek  es- 
Sâleh  Isma'il ,  fils  d'el  ^âdel  [Abou  Bakr,  fils  d'Ayyoûb, 
fds  de  Châdy].  Elle  était  pieuse  et  doyenne  {rayseh) 
et  ne  se  maria  jamais.  Elle  [mourut  dans  sa  maison,. 
connue  sous  le  nom  de  muison  de  Kâfoâr,  le  jour  de 
jeudi  2  I  cha*bân  et]  fut  enterrée  dans  la  turbeh 
d'Omm  es-Sâleh. 

L  année  des  Khawâr  [ezmiens ,  en  643],  Damas 
fut  enlevée  à  es-Sàieh  [par  es-Sâleh  Ayyoûb];  puis 
BaHbakk  [et  Bosra,  qui  lui  étaient  restées].  U  se  ré- 
fugia alors  à  Halab  et  ensuite  à  Mesr,  où  il  fut  mis 
à  mort^^^.  C'est  lui  qui  fut  le  fondateur.de  la  turbeh, 
de  la  niadraseh  et  de  la  maison  (d'enseignement)  de 
la  tradition  et  de  lecture  qor^ânique. 

La  madraseh  la  Sâléliiyeh  eut  pour  professeurs 
Nadjm  ed-dîn  ebn  el  Moqaddasy  ^^*,  Chéhâb  ed-din 
ebn  el  Mîidjd  '^'*^  et ,  après  celui-ci ,  sept  autres ,  chacun 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  413 

d'eux  pendant  un  certain  temps.  Le  dernier  de  ces 
professeurs  fut  Tâdj  ed-dîn  ez-Zohry^^.  Quant  à  la 
fonction  de  supérieur  [machîkhah)  pour  renseigne- 
ment de  la  lecture  qor'ânique ,  ce  fut  *alâ  (^alarn)  ed- 
dîn  es-Sakhâwy^^^  qui  Texerça.  Après  lui,  onze  per- 
sonnes en  furent  investies,  c'est-à-dire  de  la  charge 
de  supérieur;  la  dernière  d'entre  elles  fut  Fakhr  ed- 
dîn  ebn  es-Salef^^2.  Pour  ce  qui  est  des  fonctions  de 
supérieur  de  la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradi- 
tion, elles  furent  remplies  par  Kamâl  ed-dîn  ebn 
ech-Charîchy,  puis  par  Ghams  ed-dîn  ed-Dahaby^^, 
qui  eut  pour  successeur  *émâd  ed-dîn  ebn  Katîr. 

La  madraseh  la  Sarémiyeh.  —  En  dedans  des 
deux  portas  d'en-nasr  et  d'el  Djâbyeh ,  au  sud-est  de 
la  ^adrâwiyeh.  Elle  fut  construite  par  Sârem  ed-dîn , 
mamloûk  de  Qâymâz  en-Nadjmy^*^*. 

[J'ai  vu ,  gravée  sur  le  linteau  de  la  porte ,  l'inscrip- 
tion suivante  :  «  Au  nom  de  Dieu  clément  et  misé- 
ricordieux! Ce  lieu  [makân)  béni  a  été  construit  par 
l'eunuque  très  illustre  Sârem  ed-dîn  Djawhar  ebn 
'abd  Allah,  l'homme  libre,  affranchi  de  la  grande  et 
illustre  dame*esmat  ed-dîn  *adrâ ,  fille  de  Châhanchàh, 
que  Dieu  sanctifie  son  âme  !  C'est  un  waqf  sacré  et 
une  immobilisation  éternelle  au  nom  de  ieunuque 
ci-dessus  mentionné,  pendant  la  durée  de  sa  vie; 
puis,  après  sa  mort,  pour  les  jurisconsultes  et  ceux 
qui  étudient  la  jurisprudence  parmi  les  disciples  de 
l'imâm  ech-Châfé^y,  que  Dieu  soit  satisfait  de  lui  ! 
C'est  à  lui  que  revient  l'inspection  (nazar)  de  ce  lieu 


414  MAI'JUIN   1804. 

et  le  waqf  qui  lui  est  constitué  est  à  Teunuque  Djaw<- 
har  ci-dessus  nommé,  durant  sa  vie,  suivant  ce 
qu'il  a  rédigé  dans  iacte  de  waqf.  En  œnsé^uence, 
quiconque r altérera  après  l*avoir entendu,  [le  yerset)^^. 
A  été  écrit  Tannée  62  a.  »] 

Ceux  qui  y  donnèrent  des  leçons  furent  : 

Nadjm  ed-din  ie  hanbalîte,  puis  son  fiis,  [puis] 
Tâdj  ed-dîn  ebn^^  el  Ferkâh.  Quinze  professeurs 
leur  succédèrent  jusqu'à  Badr  ed-dîn ,  fils  [du  qâdy] 
de  Ghohbeh ,  qui  eut  pour  successeur  Zayn  ed-dîn 
'abd  El  Qâder20\ 

La  madrâseh  la  Salahiyeh^^.  —  [A  proximité  de 
rhôpital  de  Noûr  ed-dîn.]  Elle  fut  construite  par 
Noûr  ed-dîn  Mahmoud ,  fils  de  Zenky,  le  martyr,  et 
tira  son  nom  du  sultan  [el  mai^  en-Nâser]  Salâh  ed- 
din  [le  conquérant  de  Jérusalem.  Le  sidtan]  Noûr 
ed-dîn  [el  malek  ePâdel  Aboul  Qasem  Mahmoud, 
fils  de  Tatâbek  Zenky,  fils  d'Aq  Sonqor,  ie  turc,]  prit 
de  son  père^^^  la  ville  de  Halab.  B  s'empara  ensuite 
de  la  ville  de  Damas  ^^^,  dont  il  resta  maître  pendant 
environ  vingt  ans.  Il  était  né  ian  5 1 1  *^^.  C'était  le 
plus  illustre  des  rois  de  son  époque,  le  plus  juste, 
le  plus  assidu  à  la  guerre  sainte.  Il  était  brun,  grand, 
sans  poils  aux  joues;  il  inspirait  le  respect,  se  fanait 
remarquer  par  sa  modestie,  la  chasteté  de  son  lan- 
gage et  un  jugement  parfait;  était  exempt  d'orgueil 
et  animé  d'une  grande  crainte  de  Dieu,  qu'il  soit 
exalté!  [Il  mourut  d'une  esquinancie  (khawànî^)  le 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  415 

1  1  chawwâl  569  et  son  royaume  passa  à  son  fils  es- 
Sâleh  Isma^l ,  âgé  de  onze  ans.] 

Quant  au  sultan  [el  malek- en-Nâser  Âboul  Mozaf- 
far  Yoûsef,  fils  d'Ayyoûb,  fils  de  Châdy,  fils  de 
Marwân,  fils  dTa'qoûb,  ed-Dawîny  d*origine,  et- 
Tekrîty  de  naissance]  Salàh  ed-dîn'^^,  il  naquit  Tan- 
née 532.  Il  était  fait  pour  exercer  la  souveraineté; 
inspirant  le  respect,  d*une  haute  portée  d^esprit, 
d  une  dignité  parfaite ,  il  réunissait  toutes  les  qua- 
lités. Il  resta  vingt  ans  sur  le  trône  et  mourut  [le 
27  safar  889 ^*^]  dans  la  citadelle  de  Damas,  où  il 
fiit  enterré.  Plus  tard^^^,  il  fut  transféré  [de  la  cita- 
delle] à  sa  tiu*beh  [contiguê  à  la  maison  d'Osâmah 
et]  que  son  fils  el  malek  el  *azîz  avait  bâtie  comme 
madraseh  [connue  actuellement  sous  le  nom  de  la 
""azîziyeh^^^],  au  nord  de  la  maison  (d'enseignement) 
de  la  tradition  la  Fâdéliyeh,  à  la  Kallâseh  [tout  contre 
la  grande-mosquée  omayyade^  du  côté  du  nord,  à 
proximité  de  la  zâwyeh  la  GhazzâUyeh], 

Je  dis  :  «  Le  vieux  chaykh  ed  Darouty  m'a  infor- 
mé que  Salâh  ed-dîn  avait  été  enterré  dans  la  ma- 
draseh de  son  fils  el  ^azîz,  à  Damas,  et  quel  Wiz 
Tavait  été  dans  celle  de  son  père»  la  Sâléfuyeh  de 
Mesr.  M 

La  chaire  en  fiit  occupée  par  Gbams  ed-dîn  ie 
Kurde  2l^  puis  par  Madjd  ed-dîn  ^^  le  Kurde. 

[La  madraseh  la  Toqtaïyeh ^^^.  —  Jai  vu  sur  une 
liste  d'enquête  relative  à  des  waqfs  et  portant  la  date 
de  Tannée  820  :  La  Toqtâïyeh  est  une  des  madraseh 


410  MAI-JUIN   1894. 

châfé^tes;  une  partie  en  a  été  restaurée.  EUe  est 
située  en  dedans  de  bâb  es-saghir,  à  environ  cent 
coudées  nord-est,  à  louest  de  la  maison  du  Khawâ- 
dja  en-Nâséry,  au  sud  du  minaret  de  la  graisse;  elle 
a  un  petit  minaret.  Ebn  Katir  dit  dans  sa  Chronique  ^ 
sous  Tannée  716  :  «En  radjab,  le  nâib  de  Hems, 
Témir  Chéhâb  ed-dîn  Qartây  fut  transféré  à  la  lieu- 
tenance  [nyâbeh)  de  TripoH,  en  remplacement  de 
l'émir  Sayf  ed-dîn  et-Turkestâny,  qui  était  mort,  et 
Témir  Sayf  ed-dîn  Araqtây^^®  fut  investi  de  la  nyâbeh, 
de  Hems.  La  lieutenance  del  Karak  fat  donnée  à 
Sayf  ed-din  Toglây'^'-^^  en-Nâséry,  pour  remplacer 
Sayf  ed-dîn  Yibogha.  »  Mais  il  ne  mentionne  de  lui 
aucune  madraseh. 

J'ai  vu  aussi  dans  le  Wâjy  de  Salàh  ed-dîn  es-Sa- 
fady,  sous  la  lettre  7a,  quil  fait  mention  de  deux 
personnages.  Lun  est  a  Toqtây  le  sultan,  souverain 
du  Qibdjâq  (Kipchak),  fils  de  Mangou  Timour,  fds 
de  Sâber  [sic]  Khan,  le  très  grand  empereur  Saloû 
[sic)  Khan  el  'aiy;  il  mourut  en  Tannée  7 1 3^'  ».  Le 
second  est  «  Toqlây,  Témir  *ezz  ed-dîn ,  dawâdâr  de 
i'émir  Sayf  ed-dîn  Ylboghâ  el  Yahyâwy  ».  Il  était  du 
nombre  des  djamdâr  (maîtres  de  ia  garde-robe)  du 
sultan  el  malek  en-Nâser  Mohammad,  fils  de  Qa- 
iâoûn ,  qui  le  donna  à  Yibogha.  Celui-ci  le  fit  dawâ- 
dâr. Il  disait  de  lui  :  «  Cet  homme  est  mon  parent  et 
mon  compagnon  d'esclavage  [khachdâchy).  Il  lui  avait 
remis  la  direction  de  ses  affaires  et  c'était  lui  qui 
était  le  nâïb ...  El  malek  el  Kâmel  le  gratifia  d  un 
émirat  de  dix  à  Damas .  ,  .  Plus  tard ,  lorsque  el  Kâ- 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  417 

mel  eut  été  détrôné  ^'^^  et  qu'el  malek  el  MozafTar^^' 
fut  investi  de  la  souveraineté ,  il  se  rendit  de  Damas 
auprès  de  ce  prince ...  et  reçut  un  émirat  de  tab[lkhâ- 
nâh).  11  continua  à  jouir  de  ia  faveur  de  son  maître 
jusqu'à  ce  qu'il  partit  avec  lui  quand  son  maître  se 
révolta  contre  el  Kâmel.  Il  le  suivit  à  Hamâh  et  fut 
pris  avec  les  autres  émirs  et  dirigé  sur  Mesr  en  com- 
pagnie de  son  frère  Ylboghâ.  On  Tenvoya  à  Alexan- 
drie. Dans  la  suite,  Témir  Sayf  ed-dîn  Chaykhoû^^* 
et  Témir  Sayf  ed-dîn  Sarghatmich.^^^  intercédèrent 
en  sa  faveur  auprès  du  prince ,  qui  le  mit  en  liberté 
ainsi  que  son  frère  Ylboghâ.  Il  demeura,  lui,  auprès 
de  Chaykhoû ,  tandis  qu*Ylboghâ  était  envoyé  à  Ha- 
lab.  Gela  se  passait  dans  le  mois  de  radjab  de  Tan- 
née 7^8.  Puis  il  reçut  un  émirat  de  dix  et  demeura 
au  Caire,  où  il  épousa  la  femme  de  Témir  Sayf  ed- 
dîn  Toghây  Timour  en-Nadjmy^^^,  le  dawâdâr,  qui 
était  la  sœur  de  Témir  Sayf  ed-dîn  Tâz^^''  el  Mâléky  ; 
le  nom  de  celui-ci  était  Mohammad,  fils  de  Noûh.  » 
(Es-Safady)  ne  leur  attribue  la  fondation  d  aucune 
madraseh,  ni  khânqâh,  ni  autre  (monument).] 

La  madraseh  la  Tabariye».  —  A  bâb  elbarîd.  Son 
waqf  est  situé  à  Ras  el  ^ayn^^^  et  (comprend  aussi] 
des  boutiques  à  la  Noûriyeh  [à  Tintérieur  de  Damas]. 

Charaf  ed-dîn  ebn  Hébat  Allah  el  Isfahâny^a»  y 
donna  des  leçons. 

La  madraseh  la  Tayy^beh^^®.  —  Au  sud  de  la 
Nowriyèh  [hanafite]  et  à  lorient  de  la  turbeh  de 

in.  28 


IMrKIliWUm    lATtOIALK. 


418  MAI-JUIN   1804. 

Tépouse  de  Tenkez,  à  proximité  dW  Khjawwâsîn  [à 
l'intérieur  de  Damas].  G  est  la  Choâmâtâyeh  dont  il 
a  été  précédemment  question.  On  lui  changea  son 
nom  en  signe  de  bon  augure. 

Je  dis  :  ft  II  y  a  apparence  qu'elle  est  au  nord  du 
bain  attenant  à  la  maison  du  qâdy  de  Syrie.  » 

La  chaire  en  fut  occupée  par  Âboul  ^abbàs  el  Fa- 
zâry^^^;  puis,  après  lui,  par  six  autres  professeurs. 

La  madraseh  la  ZabyIkiyeh.  —  Au  sud  de  la 
[madraseh  la]  Châmiyeh  intra  mwros  et  à  1  ouest  de 
la  Sâléhiyehy  qui  est  située  elle-même  à  roccideht  de 
la  Tayyébeh.  [Son  waqf  comprend  la  mazraah  {sise) 
au  village  dTa^qoùbâ  et  des  enclos  (mohâkarât)  au- 
tour du  fossé,  au  sud  du  rempart  de  Damas  et  au 
nord  du  cimetière  de  bab  es-saghir.] 

Je  dis  :  «  Le  mur  de  ce  collège  est  contigu  à  celui 
de  la  Châmiyeh  intra  mwros.  » 

Le  hâfez  Ghéhâb  ed-dîn  [  ebn  ]  Hedjdjy  y  professa 
[en  doul  qa*deh  de  Tannée  774]. 

La  madraseh  la  Zâhiériyeh  extra  muros.  —  En 
dehors  de  bâb  en-nasr,  [au  quartier  d'en-Nayba,]  à 
Test  de  la  KMtoâniyeh  hanafite  intra  mwros  et  à  1  ouest 
de  la  khânqâh  la  Heusâmiyeh,  entre  les  deux  rivières 
de  Bânyâs  et  de  Qanawât,  [au-dessus  de  Thippo- 
drome ,]  au  Charaf  méridional.  Elle  fut  bâtie  par  el 
malek  ez-Zâher  [Ghâzy]232^  fils  d'ei  malek  en-Nâser 
Salâh  ed-dîn.  Il  [naquit  à  Mesr  Tannée  568  et]  rap- 
porta (des  traditions)  d*après  ['abd  Allah]  ebn Bary^* 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  419 

et  plusieurs  autres.  Il  était  d'une  beauté  et  d  une  cul- 
ture d'esprit  incomparables,  doué  de  finesse  et  de 
sagacité;  il  honorait  les  savants  et  les  poètes.  [Il 
épousa  les  deux  filles  de  son  oncle  paternel.  Il  mou- 
rut de  la  dysenterie  le  20  djoumàda  a**.  E^-Dahaby 
dit  encore,  dans  sa  Chronique  intitulée  el  ^ébar,  sous 
Tannée  669,  en  donnant  le  nécrologe  de  ceux  qui 
moururent  cette  année  :  «  Et  le  seigneur  de  Sahyoun , 
le  fils  de  Mankoûrès.  Il  conserva  la  souveraineté  de 
Sahyoun,  après  son  père,  pendant  trente-trois  ans. 
Il  mourut  âgé  de  quatre-vingt-dix  ans  et  fiit  enterné 
dans  la  citadelle  de  Sahyoun.  A  sa  mort,  le  trône 
passa  à  son  fils  Sayf  ed-dîn  Mohammad.  Et  (en.  la 
même  année  669  mourut) el  nmlek  ez^Zâher  Ghàzy, 
fi'ère  utérin  de!  malek  en^Nâser  Ycûsef;  leur  m^e 
était  turque.  Il  fiit  mis  à  mort  avec  son  firère  en  pré- 
sence d'Hoûlâgoû.  »] 

Une  fois,  le  poète  el  Halaby,  étant  son  commen- 
sal ,  lui  dit  :  «  Je  ferai  des  vers  »,  le  menaçant  de  com- 
poser une  satire.  -^  «  Ecris  en  prose  » ,  répliqua  le 
sultan ,  et  il  lui  montra  son  sabre. 

Ez-Zâher  vécut  quarante-quatre  ans^*  et  en  passa 
trente  sur  le  trône.  [Il  mourut  en  djoiunâda  a*  et 
fut  enterré  dans  la  citadelle.  Il  fut  tran^orté  ensuijle 
et  enterré  dans  sa  madraseh  qu'il  avait  construite 
à  Halab.  U  est  aussi  le  fondateur  d  une  autre  madra*^ 
seh  à  Damas ,  au  Nayba\] 

Je  dis  :  «  D*après  ce  qui  précède ,  il  fut  investi  du 
souverain  pouvoir  à  Tâge  de  quatorze  ans.  » 

Au  moment  de  mourir,  il  établit  comme  son  842Cr 

28. 


420  MAI-JUIN   1894. 

cesscur  au  trône  "Son  fils  [el  malek]  el  ^azlz  [Ghyât 
ed-dîn  Mohammad]^^,  alors  âgé  de  trois  ans.  Bien 
qu'il  eût  des  enfants  grands ,  il  lui  donna  la  préfé- 
rence parce  qu'il  avait  reçu  le  jour  de  la  fille  de  [son 
oncle  paternel]  el  *âdel  et  qu'il  avait  pour  oncles 
maternels  el  Achraf,  el  Mo^azzam  et  el  Kâmel  [et 
pour  aïeul  el  ^âdel].  El  Mo^azzam  chercha  à  détruire 
la  décision  d'ez-Zâher;  mais  il  ne  put  y  parvenir. 
[El  Asady  dit  dans  ses  Annales ,  sous  Tannée  610  : 
«  Et  en  dou  1  qa*deh,  Dayfah  Khàtoûn,  fille  d'el  maiek 
el  'âdei,  mit  au  monde  el  maiek  el  Mansoûr  Mo- 
hammad^^^,  fils  dez-Zâher,  seigneur  de  Haiab.  »] 

Après  Ghams  ed-din  ebn  Ma*n  ^',  huit  autres  pro- 
fesseurs donnèrent  des  leçons  dans  ce  collège;  le 
dernier  d'entre  eux  fut  Nadjm  ed-din  [Mohammad, 
fils  de  Waly  ed-dîn,  connu  sous  le  nom  de]  fils  du 
qâdy  de  ^adjloûn^^*. 

La  madraseh  la  Zâhériyeh  intra  muros.  —  Pour 
les  Hanafites  et  les  Ghâfé^ites.  En  dedans  des  deux 
portes  bâb  elfaradj  et  bâb  elfarâdîs  [et  entre  les  deux, 
voisine  de  la  mosquée-cathédrale  omayyade,  au  nord 
de  bâb  el  barid,]  au  sud  des  deux  IqbâliyeJi  et  de  la 
Djâroâkhiyeh ,  et  à  l'est  de  la  [grande]  ^âdéliyeh.  [Leurs 
deux  portes  se  font  vis-à-vis  et  sont  séparées  par  le 
chemin.]  C'était  la  maison  d'el  ^âqîqy^*^;  Ayyoûb,  le 
père  de  Salâh  ed-dîn,  l'acheta  de  sa  succession  et 
elle  devint  sa  propre  maison.  [Ebn  Kath*  dit  sous 
l'année  676  :  «  Le  jour  de  samedi  9  djoumàda  1*,  on 
commença  à  bâtir  la  maison  qui  était  connue  sous 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  421 

le  nom  de  maison  d'el  ^aqîqy»  en  face  de  la  ^àdéliyeh, 
pour  faire  la  madraseh  et  la  turbeh  d'el  malek  ez- 
Zâher;  ce  n'était  avant  cette  époque  quune  maison 
d'el  ^aqîqy,  celle  voisine  du  bain  d'el  ^aqîqy,  et  on 
jeta  les  fondements  de  la  turbeh  le  5  djoumâda  i^ 
et  aussi  ceux  de  la  madraseh.  »  Le  fils  du  qâdy  de 
Ghohbeh  dit  sous  Tannée  368  :  «  El  *aqîqy,  le  pro- 
priétaire du  bain  sis  à  bâb  el  barîd,  Ahmad  ebn  el 
jjosayn  ebn  Ahmad  ebn  *aly,  el  *aqîqy,  mourut  en 
djoumâda  i^""  de  cette  année;  Makhoûl,  le  naib  de  la 
ville,  assista  à  ses  funérailles.  Il  fut  enterré  en  dehors 
de  bâb  es-saghir,  »]  El  malek  ez-Zâher  [Baybars  acheta 
sa  maison  et]  la  bâtit  comme  madraseh,  maison 
(d'enseignement)  de  la  tradition  et  turbeh,  et  cela 
vers  Tannée  670^^^.  Cet  el  malek  ez-Zâher  est  le  sul- 
tan [Rokn  ed-dîn]  Aboul  fotoûh  Baybars  [le  turc, 
el  Bondoqdâry,  puis  es-Sâléhy  en-Nadjmy^*^  sei- 
gneur de  TEgypte  et  de  la  Syrie.  Il  naquit  vers  Tan- 
née 620].  Il  était  très  courageux.  Il  fut  investi  de  la 
souveraineté  [le  1 7  dou  1  qa*deh  de]  Tannée  658. 
Ses  conquêtes  furent  célèbres  et  ses  batailles  fameuses. 
11  mourut  [le  jour  de  jeudi  après  midi,  28  el  mo- 
harram  de]  Tannée  676,  en  son  château  blanc  et 
noir  [el  qasr  el  ablaq)  [de  Damas]  et  fut  enterré  dans 
son  mausolée  que  construisit  son  fils  es-Said^*^. 

Je  dis  :  «  Ces  paroles  de  fauteur  (en-No*aymy),  à 
savoir  que  c'est  ez-Zâher  qui  construisit  la  Zdfe^nye/i, 
sont  en  contradiction  avec  ce  qu  a  mentionné  le  fils 
[du  qâdy]  de  Chohbeh  dans  ses  Annales  de  Vislamisme. 
D'après  cet  historien ,  cette  madraseh  fut  construite 


us  HAÏ-JUIN   1894. 

par  son  fiis  es-Sa'id ,  qui  procéda  k  cette  o 

à  cause  de  h  mort  de  son  père  Baybars,  après  qu'H 

eut  appris  la  nouvdle  de  cet  événement.  La  mort 

avait  eu  lieu  antérieurement  et  le  corps  resta  quelque 

temps  dans  la  citadelle  de  Damas  jusqu'à  ce  que  es- 

Sa'id  arriva  dans  cette  ville.  Ce  prince  acheta  alors 

la  maison  d  el  'aqîqy,  puis  construisit  la  turbeh.  C'est 

un  long  récit  qui  diffère  de  ce  que  l'auteur  raconte 

ici;  bien  plus,  la  fm  de  son  discours  est  la  négation 

du  commencement.  • 

[El  malek  es-Sa'id  moiunit  comme  subitement  au 
milieu  de  dou'l  qa'deh  de  l'année  678,  après  être 
resté  un  mois  dans  la  citadelle  d'el  Karak.  Ptù,  un 
mois  après,  il  fut  transporté  auprès  de  son  père, 
dans  la  madraseh  susmentionnée.  Son  frère  Khedr 
lui  succéda  comme  souverain  d'el  Karak.] 

A  Rachîd  cd-dîn  [el  Fâréqy]^  qui  donna  des 
leçons  dans  cette  madraseh,  succédèrent  environ 
seize  autres  professeurs  dont  le  dernier  fut  Mc^tîy 
ed-din  ei  Mesry  ^^^.  Les  fonctions  de  supérieor  de  U 
maison  (d'enseignement)  de  la  tradition,  laquelle  est 
située  entre  l'iic^n  méridional  des  Hanafites  et  l'orien- 
tal des  Châfé'îtes,  furent  exercées  {C  9  v")  par  Abou 
Ishâq  el  Andaiosy  ^"^i  puis  par  sept  autres  après  in; 
le  dernier  fut  Chams  ed-dîn  ed-Dahaby^". 

[Dans  le  waqf  constitué  en  faveur  de  cette  oxadra- 
seh,  se  trouvaient  :  les  portions  [héstu)  [situées)i  A 
Qonaylérah;  Katar  aqeh  (sur  le  lac  de  Tibériad*, 
du  côté  du  Jourdain);  Sarmàn  en  entier;  d  jWkm- 
fireh,  au  sud  de  Damas;  la  moitié  de  l'écurie  (siw) 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  423 

dans  le  Béqâ^  la  moitié  d  et-Torrah ,  et  un  jardin  à 
la  Sâléhiyeh.] 

Je  dis  :  «  Cette  madraseh  est  devenue  actuellement 
une  maison  habitée  par  le  chaykh  Zayn  ed-dîn  ebn 
Sultan.  » 

La  madraseh  la  Grande  'âdéliyeh ^^''.  —  [A  Im- 
térieur  de  Damas ,  au  nord-ouest  de  la  mosquée-ca- 
thédrale,] à  lest  de  la  khânqâh  la  Chéhâbiyeh,  [au 
sud-ouest  de  la  Djâroâkhiyeh  et  en  face  de  la  porte 
de  la  Zâhériyeh,  dont  elle  est  séparée  par  le  chemiq]. 

Je  dis  :  «  Il  y  a  apparence  que  la  Chéhdbiyeh  est 
celle  dont  la  porte  fait  face  à  la  ruelle  [zoqâq)  de  la 
Lâqiyeh ,  dans  la  ruelle  montante  qui  débouche  à  la 
^osroâniyehf  vis-à-vis  de  la  Zâhériyeh;  le  chemin  les 
sépare  lune  de  lautre.  » 

Le  premier  qui  la  construisit  fut  Noûr  ed-din 
[Mahmoud,  fils  de  Zenky,]  le  martyr;  [puis  il  mou- 
rut] sans  qu  elle  fût  achevée.  [Elle  resta  dans  cet  état 
et  plus  tard]  el  'âdel  Sayf  ed-dîn  Abou  Bakr  Mo- 
hammad,  fils  d'Ayyoûb  et  un  des  frères  de  Salâh  ed- 
dîn  [en  bâtit  une  partie].  Ce  prince  naquit  à  BaU- 
bakk  l'année  534  [Comm.  a 8  août  iiSg);  il  était 
de  deux  ans  plus  jeune  que  Saiâh  ed-din  (Saladin). 
Suivant  un  auteur,  sa  naissance  eut  Ueu  Tannée  538 
et,  d'après  un  autre,  l'année  54o^^®.  Il  eut  dix-sept 
enfants  mâles  qu'il  pourvut  de  royaumes  et  maria 
ses  filles  à  divers  souverains  2*^.  Il  mourut  le  [jour 
de  vendredi]  7  djoumâda  2^  de  Tannée  6  r5  (3 1  août 
1218)  à  ^âléqin  [village]  près  de  Damas,  et  fut  en- 


424  MAI-JUIN   1894. 

terré  dans  la  susdite  ^âdéUyeh^^,  non  encore  achevée. 
Son  fils  el  malek  ei  Mo^azzam  ia  termina ^^^  et  lui 
constitua  des  waqfs.  Il  y  enterra  son  père  Sayf  ed- 
dîn  [Tannée  619]  et  lui  donna  le  nom  de  ce  prince. 

Les  professeurs  de  ce  collège,  après  Djamâi  ed- 
dîn  el  Mesry'^^2^  furent  au  nombre  de  dix-neuf  jus- 
qu'au chaykii  Sérâdj  (ed-dîn)  el  Hemsy'^^^. 

Il  existe  dans  cette  'âdéliyeh  une  charge  de  chaykh 
pour  renseignement  de  la  lecture  qorânique  et 
d'autres  sciences  semblables;  elle  fut  remplie  par 
*alam  ed-dîn  ei-Lawraqy,  puis  après  lui  par  six  chaykhs 
dont  le  dernier  fut  Fakhr  ed-dîn  ebn  es-Salef  2^*. 

La  madraseh  la  Petite  ^adéliyeh.  —  En  dedans 
de  bâb  elfaradj,  à  Test  de  la  porte  orientale  de  la  ci- 
tadelle ,  et  au  sud  de  la  Dammâghiyeh  et  de  la  Vmd- 
diyeh.  Elle  fut  construite  par  Zahrah  Khâtoûn ,  fille 
d'[el  malek]  el  'âdel  [Sayf  ed-dîn]  Abou  Bakr,  fils 
d'Ayyoûb.  C'était  une  maison  appartenant  à  ebn 
Soûsek^^^,  et  sise  en  face  de  la  maison  (d'enseigne- 
ment) de  la  tradition  ia  Noûriyeh.  Elle  devint  la  pro- 
priété de  la  tante  paternelle  de  Zahrah  Khâtoûn. 
Dans  la  suite,  Zahrah  Khâtoûn  fut  propriétaire,  du 
chef  de  la  fille  de  l'oncle  paternel  de  son  père,  Bâ- 
^  1^  Khâtoûn,  [fille  d'Asad  ed-dîn  Chîrkoûh],  [de  la 
susdite  maison],  du  village  de  Kâmed^^^,  d'une  por- 
'  tion  [hessaJi)  du  village  de  Barqoûm,  dépendance 
de  Halab ,  d'une  portion  du  village  de  Bayt  ed-dâr, 
[dépendant  d'el  Asghâr],  et  du  bain.  Celui-ci  est 
connu  actuellement  sous  le  nom  de  petit  bain  de  la 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  425 

^osroâniyeh  et  I^était  anciennement  sous  celui  d'ebn 
Soûseq.  Bâbâ  Khâtoûn  constitua  le  tout  en  waqf  au 
nom  de  Zahrah  Khâtoûn ,  la  propriétaire  après  elle, 
pour  être  transformé  en  lieu  de  sépulture,  madraseh 
[et  emplacements  pour  habitation].  Elle  stipula  que 
la  madraseh  aurait  un  professeur,  un  répétiteur,  im 
imâm,  un  mouadden,  un  portier,  un  gardien  et 
vingt  jurisconsultes.  [C'est  ce  qui  eut  lieu  au  com- 
mencement du  mois  de  ramadan  de  Tannée  655.] 
Charaf  ed-dîn  ebn  Na^meh  el  Moqaddasy  ^^'^  y 
donna  des  leçons,  et  après  lui  douze  professeurs 
dont  le  dernier  fut  Ahmad  ebn  ez-Zohry^^^. 

La  madraseh  la  'adrâwiyeh.  —  [Au  quartier  des 
étrangers],  en  dedans  debâb  ^n-na5r[ appelée  main- 
tenant porte  de  la  Maison  de  félicité  [dâr  es-saâdeh)] 
et  dans  le  voisinage  de  la  Maison  de  la  justice  [dâr 
el  ^adl)  ^^^,  à  laquelle  une  porte  qui  s'y  trouve  donne 
accès.  Ce  collège  est  commun  aux  Châfé^tes  et  aux 
Hanafites.  Il  fut  construit  par  [la  dame]  *adrâ,  fille 
du  sultan  Salâh  ed-dîn  Yoûsef,  [le  conquérant  de 
Jérusalem,  dans  le  courant  de  Tannée  58o,  en  de- 
dans de  bâb  en-nasr,  au  quartier  des  étrangers.  Ebn 
Katîr  dit,  sous  Tannée  bgi  :  «  C'est  là  que  mourut 
la  dame  *adrâ ,  fille  de  Témir  Salâh  ed-dîn  Châhan- 
châh ,  fils  d'Ayyoûb ,  et  fut  enterrée  dans  sa  madraseh]. 
Cette  princesse  fut  la  mère  de  Témir  Sa*d  ed-dîn 
Mas^oûd,  fils  du  hâdjeb  Mobârak  et  seigneur  de  Sa- 
fad ,  [  qui  mourut  à  Safad  en  chawwâl  de  Tannée  602. 
Son  frère  Badr  ed-dîn  Mamdoûd  [Us.  Mawdoûd), 


42Ô  MAl-JUIN   1804. 

chehnah  de  Damas,  était  mort  avant  iuî,  en  rama- 
çlân].  » 

Je  dis  :  «  Mais  non,  (^adrâ  n  était  pas  fille  de  Sa- 
lâh  ed-din);  elle  était  fiiie  de  Noûr  ed-dauleh  Ghâ- 
hanchâh^^^,  fds  de  Nadjm  ed-din  Âyyoûb,  fils  de 
Châdy,  fils  de  Marwân.  Frère  de  Sadâh  ed-din  et 
Taîné  de  tous  ses  frères,  il  fut  le  père  de  'ezz  ed-din 
Farrokh  Chah,  del  maiek  ei  Âmdjad,  seigneur  de 
BaHbakk,  et  del  malek  el  Moza&r  Taqy  ed-din 
^omar^^^,  seigneur  de  Hamâh.  Ghâhanchâh  fiit  tué 
dans  la  i^ncontre  qui  eut  lieu  avec  les  Francs.  Ils 
avaient  réuni ,  dit-on ,  sept  cent  mille  hommes  entre 
cavaliers  et  fantassins,  et  s'étaient  avancés  vers  la 
porte  de  Damas,  ayant  formé  le  projet  d*envahir  tous 
ensemble  le  pays  des  musulmans.  Dieu  lui  donna 
sur  eux  la  victoire.  Il  fut  tué  dans  le  mois  de  rabf 
i"  543  (juillet-août  1 148).  Tel  est  le  réeit  d'ebn 
(fol.  io)Khallikân262.« 

[Au  rapport  d  elÂsady,sous  Tannée  60  a,  Mas'oûd, 
fils  du  hâdjeb  Mobârak ,  1  émir  Sa  à  ed*dîn ,  seigneur 
de  Safad,  avait  à  Damas  une  maison  qui  est  deve- 
nue la  propriété  de  fémir  Djamâl  ed-din  Moûsa  ehn 
Yaghmoûr;  elle  se  trouve  à  proximité  du  bain  de 
Djâroûkh  et  voisine  du  rébât  de  Zahrà  Khâtoùn.  — 
La  maison  de  son  frère  Mamdoûd  (Mawdoûd) ,  à  Da- 
mas, est  située  au  quartier  de/  balâtqh  et  a  passé  à 
Nadjm  ed-din  el  Djawhary,  qui  Ta  constituée  en  waqf 
comme  madraseh.] 

Le  premier  qui  occupa  la  chaire  de  la  ^a4fâvj^ek 
fut  Fakhr  ed-dîn  ebn  ^asâker  [Tannée  SgS].  Vingt- 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  427 

huit  professeurs  lui  succédèrent  ;  le  dernier  d'entre 
eux  lut  Borhân  ed-dîn  ebn  el  Mo^tamed  ^^. 


La  madraseh  la  'azîziyeh^^.  —  [A  l'est  de  la  tur- 
beh  la  Scdâhiyeh],  à  l'ouest  delà  turbeh  ïAchraJiyeh, 
et  au  nord  de  la  maison  (d'enseignement)  de  la  tra* 
dition  à  laquelle  le  qâdy  el  Fâdel  a  donné  son  nom, 
[IdL  Fâdéliyeh ,]  dans  la  Kallâseh,  [touchant  la  mos- 
quée-cathédrale omayyade].  Le  premier  qui  en  jeta 
les  fondements  fut  el  malek  el  Afdal^^*.  EUe  fîit  en» 
suite  achevée  par  el  malek  el  *azîz  ^^  [qui  lui  coKisti- 
tua  en  waqf,  un  très  grand  village  connu  sous  le 
nom  de  Mohdjatem^^^].  Ce  prince  mourut  à  l'âge 
de  vingt-huit  ans.  C'était  un  jeune  homme  beau,  gra- 
cieux, avenant  et  de  mœurs  pures.  Il  fit  transporter 
son  père ,  le  sultan  Salâh  ed-dîn ,  et  l'enterra  dans 
un  tombeau  à  la  qoaibeh  qui  se  trouve  dans  ïiwân 
de  la  ^azîziyeli,  du  côté  de  l'ouest,  et  qui  est  percé 
de  deux  fenêtres,  l'une  à  l'occident,  sur  le  chemin 
qui  conduit  h  la  maison  du  m^oufty  actuel,  et  l'autre 
donnant  sur  la  FâdéUyeh ,  vers  le  côté  du  sud.  U  fit 
graver  sur  la  caisse  de  son  tombeau  cette  prière 
composée  par  le  qâdy  el  Fâd^i  :  «  O  mon  Dieu,  sois 
satisfait  de  cette  âme,  et  ouvre-lui  les  portes  du  pa- 
radis; c'est  la  dernière  des  conquêtes  ^^  qu'elle 
espère.  »  Les  vœux  formés  auprès  de  son  tombeau 
sont  exaucés.  Les  plus  grands  et  les  plus  distingués 
d'entre  les  docteurs  ont  relaté  le  fait,  et  il  ne  eona- 
porte  ni  doute  ni  incertitude. 

Salâh  ed-din  avait  d'abord  été  enterré  dans  la  cita- 


428  MAI-JUIN   1894. 

délie;  son  transfert  de  la  citadelle  eut  lieu  le  jour 
^achoûr(V^^^  de  Tannée  Sga  (i5  décembre  i  igS). 

Les  professeurs  de  ce  collège  furent  :  le  qàdy 
Mohiy  cd-din  ebn  ez-Zaky;  puis  son  fils  Zaky  ed-<lin; 
puis  le  frère  de  celui-ci,  Mohiy  ed-din,  et  ensuite 
douze  professeurs ,  dont  le  dernier  fut  [Taqy  ed-dîn] , 
le  fils  [du  qâdy)  de  Chohbeh  ^^o. 

Là  mâdraseh  la  ^osrouniyeh.  —  En  dedans  des 
deux  portes  d'elfaradj  et  d'en-nasr,  à  Test  de  la  cita- 
delle, et  à  Touest  de  la  mosquée-cathédrde,  au  quar- 
tier {mahalleh)  de  la  pierre  d'or. 

[Ebn  Katir  dit  :  «Auprès  du  petit  marché  (50a- 
ivayqah)  de  bâb  el  barid,  en  face  de  la  maison  du 
fondateur;  la  largeur  du  chemin  les  sépare.  «  Je  dis  : 
«  Sa  maison  est  devenue  actuellement  une  qaysâriyeh 
servant  à  l'habitation  d'étrangers  à  la  famille,  et  le 
sol  appartient  à  sa  descendance,  non  à  la  mâdraseh; 
il  reste,  jusqu'à  présent,  des  vestiges  en  ruines  de 
sa  construction.  »  Le  waqf  de  la  mâdraseh  comprend 
entre  autres  :  dix  qîràts  et  demi  dans  Horayrah  ;  à 
Ba%akk,  deux  mazraah  connues  maintenant  sous 
le  nom  de  Dayr  en-naft,  et  montant  à  environ  dix 
qirâts,  en  commun  avec  la  khânqâh  la  Somaysâtiyeh; 
une  mazraah  connue  sous  le  nom  d'el  Djaladiyeh, 
environ  quatorze  qîrâts,  et  qu'ensemencent  les  ha- 
bitants d'el  Dja^îdiyeh;  dans  le  village  de  Hamârâ 
au  Mardj  septentrional ,  un  qîrât  et  trois  quarts  ;  à  et- 
Tâbétiyeh,  en  dehors  de  la  porte  d'el  DjâbyehàeDsk- 
mas^  un  jardin  connu  sous  le  nom  d'es-Sanboûséky.] 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  429 

Elle  fut  construite  par  le  qâdy  en  chef  Charaf 
ed-dîn  Abou  Sa^îd  *abd  Allah  ebn  Mohammad  ebn 
Hébat  Allah  ebn  el  Motahhar  ebn  Abî  ^osroûn  ebn 
Abî's-Sary,  et-Tamîmy,  el  jjadîty,  puis  el  Mawsély, 
ed-Démachqy.  Il  naquit  à  Mosoul  [en  rabî^  i"  de] 
Tannée  ^92  ou  ^gS  ^^^  Il  professa  longtemps  dans  ce 
collège ,  et  investit  son  fds  de  la  charge  de  qâdy.  Il 
mourut  à  fâge  de  quatre-vingt-treize  ans,  et  fut  en- 
terré dans  sa  madraseh,  en  face  de  sa  maison.  Il  rap- 
porta des  traditions  d  après  les  grands  imâms;  cest 
à  lui  qu'on  recourait  pour  les  jugements.  Il  composa 
de  nombreux  et  très  importants  ouvrages ,  et  on  lui 
doit  des  poésies  charmantes.  11  stipula  que  le  profes- 
seur appartiendrait  à  sa  descendance  et  que ,  dans  le 
cas  où  il  ne  serait  pas  capable ,  il  déléguerait  quel- 
qu'un. Ses  deux  fds,  Nadjm  ed-dîn  et  Mohiy  ed-dîn, 
donnèrent  des  leçons  à  la  madraseh ,  ainsi  que  plu- 
sieurs personnes  de  sa  postérité. 

Je  dis  :  «  Il  semblerait ,  Dieu  connaît  mieux  la 
vérité,  que,  quand  il  ne  se  trouva  plus  de  savants 
parmi  ses  descendants ,  il  se  soit  introduit  parmi  eux , 
en  qualité  de  professeurs ,  des  étrangers  à  la  famille , 
tels  que  Ahmad  ebn  Nasr  Allah  [el  Hamawy^"'^], 
Chams  ed-dîn  ebn  Ghânem  2^^,  Djamâl  ed-dîn  el 
Qalânésy,puis  son  fds  Amîn  ed-dîn 2^*.  De  tels  savants 
n'acceptent  pas  des  gains  illicites  ;  si  leur  acceptation 
de  ces  fonctions  n  eût  pas  été  légalement  permise 
par  suite  d'impossibilité  de  la  part  des  descendants , 
(ils  ne  l'auraient  pas  donnée). 


430  MAI'iUIN    1894. 

Au  nombre  des  vers  composés  parCfaaraf  ecl*^in 
ebn  [Abi]  ^osroûn  sont  les  suivants  : 

«  J'espère  vivre,  et  à  chaque  heure  passent  à  mes 
côtés  les  morts  dont  on  secoue  les  bières  ; 

«  Je  ne  suis  que  Tun  deux^'^,  si  ce  uest  que  j'ai 
encore  quelques  restants  de  nuits  i  vivre.  » 

On  a  trouvé  écrit  de  sa  main ,  au  bas  d'une  licence 
d'enseigner  : 

«  0  toi  qui  r^aurdes  ce  diplôme  après  ma  mort, 
cueillant  les  fruits  de  mon  travail  assidu, 

N  (N'oublie  pas  que)  j'ai  besoin, dans  les  ténèbres 
de  ma  tombe,  que  tu  me  donnes  une  prière. 

«  Me  voilà  pauvre,  après  avoir  été  riche,  et  isdé, 
après  avoir  réuni  autour  de  moi  une  foule  nom* 
breuse.  » 

La  madraseh  là  'emadiyeh.  —  En  dedans  de  bâb 
elfarâdis  et  contiguè  à  la  Danunâghiyek  {du  côté  d^ 
sud].  Elle  fut  bâtie  par  ^émâd  ed-dîn  [Ismâ^l],  fils 
de  Nour  ed-dîn.  Ce  fut  le  sultan  Salâh  ed-dîn  «qui 
lui  constitua  des  waqfs.  ^émàd  ed-idîn  y  donna  des 
leçons ,  puis  son  fils  ^ezz  ed-dîn* 

Ainsi  s'exprime  ebn  Chaddâd.  Mais  c'est  une  erreur. 
Le  vrai  est  qu'elle  fut  bâtie  par  Noûr  ed-dîa  Mah- 
moud, (fils  de  Zenky,]  le  martyr,  pour  le  prédica- 
teur de  Damas ,  Abou'l  barakât  ebn'abd ,  el  Hâré|y^^*. 
Lorsqu'arriva  el  *émâd  el  kâteb^'^'^  (le  secrétaire), 
Kamal  ed-dîn  ech-Chahrazoûry  lui  donna  rhosjM- 
talûbé  [à  la  madraseh  la  Noûriyeh,  (située)  en  dedans 
de  bâb  elfaradj] ,  et  elle  prit  son  nom  à  cause  du  se- 


\ 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  431 

jour  qu'il  y  fit.  [C'est  pourquoi  on  l'appelle  la  ^émi- 
diyeh]. 

Après  les  deux  fils  du  prédicateur,  Badr  ed-dîn 
ebn  es-Sâyegh '^''^  y  professa. 

[J  ai  eu  sous  les  yeux  (rapporte  en-No^aymy)  une 
liste  écrite  de  la  main  de  Taqy  ed-dîn  ebn  Ghahlâ  et 
ainsi  conçue  :  «Louange  à  Dieu!  Décompte  béni, 
s'il  plaît  à  Dieu ,  de  ce  qu  a  produit  le  waqf  de  la 
madraseh  la  ^émâdiyeh  (située)  en  dedans  de  bâb  el 
faradj,  que  Dieu  fasse  miséricorde  à  son  fondateur  ! 
et  de  ce  qui  a  été  dépensé  dans  les  constructions  de 
la  madraseh,  le  tout  réuni  sous  imi^ction  {nazar) 
du  soussigné,  et  cela  pour  Tannée  865.  En  der- 
hams,  1,000  pour  lui;  70  de  la  boutique  voisine 
de  la  madraseh ,  et  habitée  par  el  adamy  (le  cor- 
royeur .^)  en  Tannée  8(6)4?;  une  chambre  {tabcujoh) 
par-dessus  cette  boutique,  restée  vacante;  le  loyer 
[mohâkarah)  de  iamazraah  cormue  sous  le  nom  de  la 
'émâdiy  eh ,  à  Qasr  el-Labbâd ,  près  du  quartier  (  hârah  ) 
d'es-Solaymâny,  800;  le  loyer  de  la  fnoitié  de  la 
mazraah  située  au  Wâdy  inférieur,  et  eonuifue  sous 
le  nom  de  la  Dammâghiyeh ,  aux  mains  debn  'osfoûr, 
35;  le  loyer  du  petit  jardin  et  de  la  maison  del 
Adjroûd  el  Qarâdy,  3oo;  le  loyer  du  p^it  jardin  et 
de  la  maison  de  Qizil  M alak ,  2  o  ;  le  loyer  de  la  maison 
de  Qarâ  Boghâ  le  sourd,  el  Ba^dbakky ...  ?  (Lm  f^^^)', 
le  loyer  du  sol  des  boutiques,  portant  la  construc- 
tion de  Zayn  ed-*dln  ebn  atâ ,  1 5>;  le  loyer  des  lïou- 
tiques  au-dessus  desquelles  s'élève  la  construction 
d'ebn  'osfoûr,  35;  le  loyer  du  ^ol  des  boatiques  et 


432  MAI-JUIN   1894. 

de  la  hauteur?  (g}^)  portant  la  construction  de 
Ghâhin.  .  .?  (Jb^w).  Le  détail  des  dépenses  est  le  sui- 
vant :  salaire  des  ouvriers  et  nettoyage  (J^yis)  autour 
de  l'étang  et  autres  dépenses,  y  compris  la  subsis- 
tance de  quatorze,  et  ce  qui  était  préparé,  avec  ce 
qui  avait  été  déboursé  au  compte  du  waqf  dans  la 
restauration  de  la  madraseh,  dans  le  courant  de  Tan- 
née (8)64,  en  argent  lui  appartenant,  70;  impôt 
foncier  et  imposition  [farîdah)  pour  Tannée  (8)65, 
70;  le  naqih  (préposé)  du  waqf,  10.  li  restait  après 
cela  700.  Il  a  été  remis  povu*  Tinspection  [nazar) 
160;  pour  les  leçons,  3  00;  pour  les  frais?  (i^^lj-eJI), 
prix  d'huile ,  a  4  ;  la  gérance  ?  (  jJLjJI  ) ,  1 00  ;  ïimâmah 
aux  jurisconsultes  restants ,  au  nombre  de  dix  :  le 
chaykh  Chéhâb  ed-dîn  Ahmad  el  *anbary,  ao;  le 
chaykh  Ghams  ed-din  Mohammad  ebn  Hedjdjy  el 
Khayry,  20;  le  chaykh  Ghams  ed-din  Mohammad 
el  Horayry,  20  ;  le  chaykh  Ghams  ed-dîn  el  Hemsy, 
2  o  ;  le  chayhk Ghams  ed-dîn  el  Hawâry,  20  ;  le  chaykh 
Ghams  ed-dîn  el  Arîhy,  2  o  ;  le  chaykh  ^omar  et-Tayby , 
laveugle,  20;  le  chaykh  Djamâl  ed-dîn  *abd  Allah 
ebn  ^abd  Es-Sallâm,  el  *adawy,  20;  le  chayUi  *aly  el 
^asbâny,  20;  et  le  chaykh  Ghams  ed-dîn  Mohanmiad 
ebn  el  Farrâch,  le  portier,  20^"^^].  » 

(Fol.  1  o  v"*)  La  zâwyeh  la  Ghazzâlf^eh.  —  [Dans 
la  zâwyeh  nord-ouest,]  au  nord  de  la  chapelle  sé- 
pulcrale de  ^otmân  [connue  actuellement  sous  le 
nom  de  machhad  da  nâîb],  dans  la  mosquée-cathé- 
drale omayyade.  Elle  est  connue.  La  zâwyeh  porta 


V 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  433 

(rabord  le  nom  du  chaykh  Nasr  el  Moqaddasy -^^, 
puis  celui  de  rimâni  Abou  Hâmed  el  Ghazzâly^^^ 
Le  sultan  en-Nâser  lui  constitua  en  waqf  [en  safar 
de  Tannée  672  ]  un  village  [le  village  de  Hazm  à  el 
Léwa  dans  le  Hawrân^^^]. 

Je  dis  :  «  Le  village  est  à  Saydâ ;  on  lappelle  el 
[Târah.  Il  existe  encore  aujourd'hui,  mais  réduit  à 
la  moitié.  Dieu  est  plus  savant.  » 

Le  waqf  constitué  par  en-Nâser  concerne  aussi 
ceux  qui  s'occupent,  dans  ce  collège,  des  sciences 
relatives  à  la  loi  divine  et  les  Ghâfé^îtes  qui  y  donnent 
des  leçons. 

Ceux  qui  y  professèrent  furent  successivement  : 
le  chaykb  Nasred-dîn  Nasr  el  Moqaddasy  ;  [ebn^abd] 
le  khatib  du  djâme  omayyade;  Djamâl  ed-dîn  ed- 
Dawla^y;  son  frère  Charaf  ed-dîn  ;  [le  frère  de  celui- 
ci]  Asîl  ed-dîn  el  IsWdy;  *émâd  ed-dîn,  le  [fils  du] 
Chaylîh  des chaylihs ;  ^ezz  ed-dîn  ebn  *abd  Es-Sallâm ^®^. 
Après  eux ,  il  y  eut  encore  vingt  professeurs  environ 
jusqu'à  Chams  ed-dîn  el  Wafây  ^^*. 

Je  dis  :  «  Il  est  évident  qu'il  (en-No^aymy)  n'a  pas 
fait  mention  d'el  Ghazzâly  à  cause  de  la  notoriété 
que  son  nom  avait  acquise  à  la  zâwyeh.  li  y  fut  in- 
vesti des  fonctions  de  professeur,  et  le  sultan  en- 
Nâser  constitua  des  waqfs  à  ce  collège,  tant  pour  lui 
que  pour  ses  élèves.  Le  chaykh  Nasr  ed-dîn  y  était 
avant  el  Ghazzâly;  mais  il  y  professa,  à  ce  que  je 
crois  '^*^,  sans  aucune  dotation.  Dieu  connaît  mieux 
la  vérité.  » 

iii.  -îO 

ivrmwKftiB  t*ri<t<i«LK 


U4  MAI-JUIN    1894. 

La  maohaseh  la  Fàrbsiyeh  [et  )a  turbeh  qu'elle 
renierine].  —  A  louest  deia  Djawziyeh[hanh9Ïiie], 
vis-<V\  is  de  celui  qui  sort  de  la  porte  de  ïcdditioH  [bâb 
ez-zyédeh).  Elle  fut  constituée  en  waqf  par  Sayf  ed- 
dîn  Fârès,  le  dawâdâi\  et-Tanamy  ^**,  Tannée  808 
(Co/wm.  29  juin  i/io5). 

Je  dis  :  «  Il  est  clair  que  c'est  le  dawâdâr  fonda- 
teur de  la  Tanamiyeh  au  maydân  el  hasa  (ilùppodronie 
des  cailloux).  » 

[Il  constitua  en  waqf  le  village  de  Sahnâyâ,  qu'il 
acheta  en  808,  avec  l'autorisation  du  sultan,  et 
autres]  en  faveur  des  professeurs,  de  dix  juriscon- 
sultes, de  [dix]  maîtres  enseignant  la  lecture  (qor- 
ânique)  et  de  dix^^''  orphelins.  Lorsque  l'un  d'eux 
avait  appris  le  qor  an  par  cœur,  il  sortait,  et  un  autre 
était  installé  à  sa  place.  (Le  waqf  était)  aussi  (affecté) 
à  la  distribution  d'un  [quart  de]  quintal^**  de  pain 
par  semaine,  et  à  (la  solde  de)  deux  professeurs  de 
lecture  qorânique,  autres  ([ue  les  dix  [susmention- 
nés] ;  ils  devaient  être  présents  immédiaterpçnt  après 
l'heure  de  midi  et  après  Y^asr. 

Cette  école  eut  pour  professeurs  Ghéhâb  ed-din 
ebn  Hedjdjy '-^^^  et  Djamài  ed-din  [et-Taymâny]  cl 
Mesry  [en  chawwâl  de  Tannée  811];  puis  son  fils 
[comme  suppléant  de]  Taqy  ed-din,  fils  du  qâdy  de 
Chohbeh  ;  puis  le  fils  de  celui-ci ,  Badr  ed-din  et  en- 
suite Taqy  ed-dîn ,  fils  du  qâdy  de  ^adjioûn. 

[D'après  des  informations  fournies  par  Djamâl 
ed-din  el  ^adawy,  portier  de  cette  inadraseh ,  le  waqf 
de  celle-ci  comprenait,  entre  autres,  le  quart  du  vii- 


DESCRlPTIOiH  DE  DAMAS.  4W 

iage  de  Fazâr»h ,  àe  là  dépendatiOd  du  DfftWlàâ  f  ttti 
dixième  du  village  de  BMin ,  dé  lâf  ééfmàemm  àu 
Béqâ^  ;  un  quart  du  marché  des  armes ,  en  coiHfUtftt 
avec  la  madras^h  VAminvyek;  et  là  tti«îiôft  d^èbrt  Mo- 
/.alleq.  ] 

La  MAbflAàEtt  LA  FATHrtfâs  —  Eik  ftil  €Oiis*rurtô 
par  el  malek  [él  Ghâleb]  Fàtb  ed-dîw»  ééi^tt*'  àë 
Bârîn  [,  pkrettt  du  seigfwêur  de  Hâiï^àh}.  Elle  ren- 
ferme k  tô^ibeau  dui^M^alé^tf',  qui  kiif  dofistiifiili  dé9 
waqfe  datts  les?  Dyâr  el  Mft'art^iyéh^®.  ^émèÀ  id^dtrt 
ei  Harartâny^w  y  dotwïà  dfe»  k^ns?  ét^'^ipi'èë  iili^ 
qtiôtre  (professeurs).  '  -  :  «^  > 

Jb  di^  :  «  On  eft  igWôrferémpUcefMWlJ  Dietl^  qtf* 
soit  exalté  !  est  plus  savant.  »  .  : 

La  !ifAMAi«H  LA  pAtAftir^il.  ^^  Emtê  1m  deux 
reoipifrts.  Elle  fut  ôottstfûite  pa«?  YOstâ  FkW^iféé' 
àhï.  Laf  Irâtisèe  efi  fot  aehevée^  érr  ràndodliv  d'HIV 
[Fakhr  ed-^ti  mo^irut  le  6  chawwâi  de  fa  mêitie  aim 
née  et  y  fat  enteïi^é*^^]. 

La  charge  de  ppofesdettr  fut  eonfeée  k  Ghsrmt  ed^ 
dîn  el  Bàfmâwy2«^ 

Je  ms  :  «  C*e5^  le  cottimentâteur  d'el  Bôbhàfy^*..  * 

La  maôha^ëh  la  pALAitnpiÊtf.  —  A  louest  de  la 
madraseh  la  Ihkniyeh  irtffà  rmrùs ,  «rtf  qmr  (ier  ( J4r*a/i  ) 
de  rAftarîô  [en  dedans  de  la  poirte  êtélfanâiU  et  (de 
la  porte)  d'etjùriidj]. 

Je  dis  :  «  Elle  est  située  dans  la  ruelle  où  habite 

29. 


430  MAI-JUfN    1894. 

de  nos  jours  le  qâdy  Akiiiai  ebn  Mofleh,  et  le  nom 
(lu  quartier  a  maintenant  disparu  ^^^  Dieii  est  plus 
savant.  » 

Elle  fut  construite  par  [le  grand-émir]  Falak  ed- 
dîn  [Abou  Mansoûr  Soiaj/mân  ebn  Gharwah  ebn 
Djeldek^^],  et  renferme  son  tombeau;  il  mourut  [le 
ay  el  moharram  de]  Tannée  599.  [Il  lui  constitua 
en  waqf  le  village  entier  d  el  Djomân]. 

Les  professeurs  de  ce  collège  furent  :  Chams  ed- 
dîn  ebn  Sany  ed-dauleh,  puis  le  fds  du  qâdy  de 
Chohbeh^^'',  el  ensuite  son  fils  Sadr  ed-din  [le  qâdy 
en  chef  Abou  1  ^abbâs  Ahmad].  Il  y  eut  aprèa  lui 
dix  professeurs,  dont  le  dernier  fut  [en  d^ul  qa*- 
deh  78a]  Borhân  ed-din  [Ibrahim]  ebn  el  Mo*ta- 
med2«». 

La  madraseh  la  Qelîdjiyeh^^.  —  En  dedans  des 
deux  portes  orientale  (Mb  charqy)  et  de  Thomas 
(bâb  toâmâ);  à  Test  de  la  Mesmâriyeh.  [A  l'ouest  du 
mekrâb  est  une  turbeh ,  et  de  même  à  f  orient  de  la 
madraseh.  Elle  est  en  pierres  de  taiUe  mezzy.]  Elle 
fut  construite  par  Modjâhed  ed-dîn,  fils  de  Qilîdj 
Mohammad,  fils  de  Chams  ed-din  Mahmoud.  Elle 
est  située  dans  un  endroit  connu  sous  le  nom  de  Qasr 
[ebn  Abî]  el  HadùP^. 

Je  dis  :  «  Cette  madraseh  m'est  inconnne.  » 
Zaky  ed-dîn  ebn  el  Kabaty  ^^^  y  donna  des  leçons 
et,  après  lui,  huit  professeurs  dont  le  dernier  fut 

Tâdj  ed-dîn  ez-Zohry  [au  commencement  de  Tan- 

née  801 302]. 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  437 

La  madraseh  la  Qawwâsiyeh.  —  A  la  petite  'oqay- 
beh,  au  quartier  (liârah)  d'es-Solaymâny,  près  de  la 
mosquée  de  Y oli\ier  [tnasdjed  ez-zaytoâneh).  La  con- 
struction en  est  due  à  Témir^ezz  ed-dîn  Ibrahim  ebn 
*^abd  Er-Rahman  [ebn  Mohammad  ebn  Ahmad  ebn 
el  Qawwâs],  qui  était  préposé  [moubâcher)  à  la  sur- 
veillance des  abus  qui  se  commettaient  dans  la  per- 
ception [d*une  partie]  des  impôts  revenant  au  sul- 
tan ^^^.  Au  moment  de  sa  mort  [qui  eut  lieu  le  jour 
de  mercredi  20  doul  liedjdjeh  de  Tannée  ySS^^^],  il 
recommanda  de  faire  de  sa  maison  une  madraseh 
[à  Textérieur  de  Damas,  en  dehors  de  bâb  elfarâdîs] 
et  lui  constitua  des  waqfs. 

Les  fonctions  de  professeur  y  furent  remplies  par 
(fol.  1 1  )  el  *émâd  le  Kurde ^*^^,  puis  par  Bahâ  ed-dîn , 
fils  de  Timàm  de  la  chapelle  sépulcrale,  et  ensuite, 
après  lui,  par  six  professeurs  dont  le  dernier  fut 
Mohiy  ed-dîn  en-Nâséry  [le  hanafîte], 

La  madraseh  la  Qousiyeh.  —  [C  est  la  haUjah  qui 
est]  dans  la  grande-mosquée  omayyade.  On  ne  lui 
connaît  pas  de  fondateur.  Suivant  quelques-uns,  elle 
fui  constituée  en  waqf  par  son  professeur  qui  était , 
dit-on,  Djamâl  el  islam. 

Ceux  qui  y  donnèrent  des  leçons  furent  :  Ghéhâb 
ed-dîn  el  Qoûsy  ^^,  puis  ^ezz  ed-dîn  el  Erbély,  puis  neuf 
autres  dont  le  dernier  fut  Kamâl  ed-dîn  ebn  Hanizah. 

Je  dis  :  «  J  ai  vu  le  sayyed  Kamâl  ed-dîn  faire  sa 
leçon  à  l'est  de  la  nuiqsoarah,  près  de  la  tombe  [da- 
rih)  de  sîdy  Yahya,  fils  de  Zakaryà,  que  sur  eux  soit 


438  MAI-JUIN  1894. 

le  salut!  J  ai  assisté  auprès  de  lui  à  à»^  kçons  sur 
(les  sciences  diverses,  entre  autres,  sur  la  Djam  H 
djawàm^  ^^  ^t  sur  une  partie  du  Moghny^^  :  le  pre- 
mier ouvrage  traitant  des  principes  du  drcHt»  et  le 
second,  de  la  syntaxe  grammaticale.  » 

La  MAD^ASPH  hA  QaYiMIARIYJEH  JNTftA  NU»06.  -^  [Au 

( marché  des)  harùnyin^\  à  Tintérieur  de  DiWHu».] 
Elle  fut  construite  par  [le  conomwdai^t  d?&  armée» j 
Témir  Nâser  ed-dtn  [Abqul  ma'âly  el  Ho«ayo]  ebn 
*Mw  [ebn  Abîl  fawârès],  el  Qaymiuy  [te  Kurite}**^ 
C^était  un  guerrier  brave  et  oQur^geux.  G*eat  lui  qui 
livra  la  Syrie  ^^^  à  el  malek  en-Nâsor  [sei^poeui!  de 
Hamâh,  lorsque  fut  tué  Tourân  Chah*  fila  desp§^eh 
Ayyoûb,  à  Mesr],  H  mourut  en  guenx)yant  sur  le 
Léittoral  [en  rab^  i"  de]  Tannée  665.  On.  dit  qu'il 
dépensa  pour  les  heures  (rhorloge)  qui  sont  Wrdetirafl 
de  la  porte  de  la  madraseh  plus  de  quarante  mille 
derhams. 

Le  fondateur  confia  la  charge  de  profesieur  au 
qâdy  Chams  ed-din  ech-Cbahrazoury^^^,  auqud  3uo« 
cédèrent  onze  professeurs  dont  le  dernier  {ai  Charaf 
ed-dîn  Aboul  baqâ^^^. 

[Sayf  ed-dîn  el  Qaymary,  le  fondateur  de  Thôpital 
situé  à  la  montagne  (de  Qâ^yoûu),  était  du  aombre 
des  émirs  et  de  leurç  guerriers  les  pim  reuo^uoés 
pour  leur  bravoure.  Il  mourut  à  Nfiqplouse  et  £iijt 
transporté  et  enterré  dans  sa  qoabbeh,  qui  est  en  face 
de  f  hôpital.  ËdoDababy  le  meutionne  parmi  les  per- 
sonnages qui  moururent  Tannée  653^**.] 


DESCRIPTION  DE   DAMAS.  439 

La  Petite  Qaymariyéh.  —  A  Tancienne  Qabâqé- 
biyeh  (marché  des  fabricants  de  qahqâh,  socques  en 
bois),  à  Touest  de  la  Moqaddamiyeh  [hanafîte]  et  au 
nord  de  la  hanbalîte.  [Elle  est  située  entre  la  Grande 
Qaymariyeh  dont  il  ^ient  d'être  c[uestion  et  qui  se 
trouve  au  soûq  el  harimyin ,  et  le  marché  des  caisses 
[soûq  es-sanâdiq);  elle  est  autre  que  la  Qaymariyeh 
située  sur  le  chemin  de  la  Chebliyeh,  laquelle  est  au 
sud  de  la  Hâféziyeh.] 

Djamâl  ed-dîn  ebn  el  Bâ'ouny  en  résigna  la 
chaire  3^^*"  1  année  892  ^^^ 

La  madraseh  la  Karousiyeh.  ^-  A  côté  de  la  Sa- 
marriyeh  châfé^îte.  Elle  fut  constituée  en  waqf  par 
Mohammad  [ebn  ^aqîl]  ebn  Karoûs  [Djamâl  ed- 
dîn]^^^,  mohtaseb  de  Damas,  [qui  mourut  dans  cette 
ville  en  chawwâl  de]  Tannée  64 1 .  H  fut  enterré  dans 
sa  maison ,  dont  il  avait  fait  une  madraseh. 

Les  leçons  y  furent  données  par  Mohammad  ebn 
Nadjm  ed-dîn  ebn  Abî'  t-Tayyeb  [ou  Abr  t-tîb  ?)»'''. 

Je  dis  :  a  Elle  m'est  inconnue;  mais  je  présume 
fort  qu  elle  soit  l'habitation  du  chaykh  Abou  1  baqâ 
ei  Béqâ^y,  le  prédicateur  châfé^te,  devenu  en  dernier 
lieu  hanafîte.  » 

La  madraseh  la  Kallâseh^^*.  -^^  Centime  à  la 
mosquée -cathédrale  omayyade  [du  côté  du  nord. 
Elle  a  une  porte  donnant  accès  à  la  mosquée].  Elle 
fut  édifiée  par  Noûr  ed-dîn  le  martyr,  Tannée  555 ,  et 
devint  la  proie  des  flammes  avec  le  hiinslret  de  la 


MO  MAI-JUIN    1894. 

iiaiicée  [madanet  el  ^aroûs),  i année  670  {Comm. 
3  août  1 17A).  Elle  fut  appelée  la  KaUâseh^  parce 
([u  elle  occupa  remplacement  où  se  préparaît  la  chaux 
{kels)  lorsque  Ton  construisit  la  grande-mosquée. 
Quelque  temps  après  Tincendie,  le  sultan  Salâh  ed- 
din  [fds  d'Ayyoub,  étant  devenu  maître  de  Damas  le 
29  rabf  i'""  de  Tannée  5  7  5,]  donna  Tordre  de  recon- 
struire la  Kallâseh  par  les  soins '^*  [du  hâdjeb  Abou'l 
fath  connu  sous  le  nom]  debn  el  *amîd**^. 

[En  Tannée  6/17,  le  bassin  de  la  Kallâseh  fut  re- 
construit et  on  en  dalla  le  vestibule  ainsi  que  ie  soi 
du  bassin.] 

El  kamàl  el  jjarastâny  y  donna  des  leçons,  puis 
huit  autres  dont  le  dernier  fut  Ghéhftb  ed-ctin  el 
Ghazzy  et  ensuite  son  fils  Rady  ed-din'-^  [le  3  doul 
qcV  deh  de  Tannée  835]. 

La  madraseh  la  Modjahédiyeii  intra  muros^^'^.  — 
Près  de  la  porte  (du  marché)  des  vanniers  (bâb  el 
kliawxoâsîn).  Elle  fut  constituée  en  waqf  par  [le 
grand-émir]  Modjâhed  ed-dîn  Aboul  fawârès,  fils 
d'Yasen^^^,  fils  de  'aly,  [fils  de  Mohammad  d  Dja- 
lâly,]  le  Kurde,  un  des  commandants  en  chef  [de 
Tarmée  de  Syrie ,  avant  et  pendant  le  règne  de  Noûr 
ed-dîn.  H  fut  lieutenant  [nâh)  à  Sarkbad]^^*.  Il  mou- 
rut [la  nuit  du  (jeudi  au)  vendredi  «isafar  de]  Tan- 
née 555  et  fut  enterré  dans  son  autre  madraseh  la 
Modjahédiyeii,  à  bâb  elfarâdis^^^^. 

[C'est  de  cet  émir  que  tire  son  nom  le  sob*  el 
Modjâhédy,  dans  k   mosquée-cathédrale,   dans   la 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  441 

maqsoûrah  (Xel  Khedr,  en  dedans  de  la  porte  de  ïad- 
dition,] 

[La  madraseh  comprend  dans  son  waqf  le  moulin 
d'el-Lawwân,  à  l'extrémité  d'el  Mezzeh,  et  ed-Day- 
roûsah.] 

Je  dis  :  «  Cette  madraseh  est  peut-être  celle  située 
derrière  le  marché  de  Djaqmaq,  et  voisine  de  la 
maison  d'ebn  Amîn  ed-dîn  le  kbawâdja;  elle  est 
actuellement  la  demeure  du  chaykh  Nàser  ed-dîn  le 
hanafîte,  imam  de  la  grande-mosquée  omayyade,  et 
peut-être  est-elle  celle  qui  est  vis-à-vis  de  la  porte  de 
la  qaysâriyeh  des  marchands  d'arcs  [qaysâriyet  el  qaw- 
wâsin);  car  je  sais  quelle  portait  anciennement  le 
nom  de  Modjâhédiyeh.  Quant  à  maintenant,  on  l'ap- 
pelle idi  Hedjâziyeh ,  parce  que  les  habitants  du  Hedjâz 
descendaient  là.  Mais  alors  elle  servait  de  pied-à- 
terrc  [manzoûl)  aux  délégués  [nouwwâb)  du  qâdy  de 
Syrie  et  autres  Grecs  (arwâm).  » 

Elle  eut  comme  professeurs  Montakheb  ed-dîn  el 
Qorachy^-^,  puis  une  série  de  quatorze,  qui  se  ter- 
mina par  el  Borhân  [ebn]  el  Mo*tamed,  Zayn  ed-dîn 
et-Tarâbolosy,  Ghams  ed-dîn  el  Kafarsoûsy^^^  et  le 
Gharîf  le  mowaqqé'^  el  Halaby  [né  en  l'année  852  ]. 

Je  dis  :  «  11  est  le  frère  du  sayyed  Djalâl  rakkâb 
el  khayl  (le  monteur  de  chevaux).  Dieu,  qu'il  soit 
exalté  !  est  plus  savant.  » 

» 

La  madraseh  la  Modjâhédiyeh  [extra  muros].  — 
Entre  les  deux  portes  d'el  farâdis.  Nous  venons  de 
donner  ci-dessus  la  biographie  de  son   fondateur 


\M  MAI-JUJiN    1804. 

[Mocijàlied  ed-diii.  G  est  dans  cette  inadraseh  quil 
fui  enterré]. 

Elle  compta  plusieurs  professeurs. 

(Fol.  1 1  v°)  La  madraseh  la  Masrouriyeh^  -—A 
bâb  el  barid.  Elle  fut  construite  par  reilnuque  [Ghams 
el  Khawàss]  Masroûr,  un  des  esclaves  noirs  des  khalifes 
égyptiens,  le  propriétaire -du  kliân  de  Masroûr  ^^  au 
Caire,  ou,  dit-on,  par  lemir  Fakhr  ed-dln]  Masroûr 
el  inaléky  en-Nâséry  el  ^âdély,  pour  qui  elle  fut  con- 
stituée en  waqf  par  Ghebl  ed-dauleh  [  Kâfoûr]  el  Heu- 
sàniy,  le  fondateur  de  la  Chebliyeh. 

\âseh  ed-din  [Abou  1  IJasan  ^aly  ebn  Mortafé^  ebn 
Aftékin  (ou  Taftékin  ) ,  el  Djomayzy,  el  Mesry]  y  donna 
des  leçons ^-^^,  puis,  après  lui,  quinze  autres  dont  le 
dernier  fut  'ysa  ebn  ^otmân  cl  Ghazzy'^. 

Je  dis  :  c<  Elle  ni  est  inconnue  à  la  porte  de  la 
poste.  » 

La  madraseh  la  MankalAniyeh.  — ^  Ce  que  dit  es- 
Safady  donne  à  entendre  que  cétait  une  madra- 
seh ^^^;  mais  il  n'en  fait  connaître  ni  professeur,  ni 
fondateur.  Elle  est  connue;  (elle  est  située)  près  de 
la  madraseh  la  Qaymariyeh  intra  muros. 

Je  dis  :  «  Elle  est  voisine  de  la  maison  d*eu-Noârj 
Mahmoud  ebn  el  Bâbâ  et  d'ech-Ghams  Mohalnfiuid 
ebn  koraychât.  » 

La  madraseh  la  NAséAiYEii  it^tha  muros.  —  [Ert 
dedans  de  bâb  el  farâdh,]  au  nord-est  de  id  grflfkde^ 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  443 

mosquée  et  de  la  Rawâhiyeh,  au  nord-ouest  de  la 
Bâdérâïyeh  et  à  Test  de  la  Petite  Qaymariyeh  et  de  la 
Moqaddamiyeh  intra  muros.  Elle  fut  construite  par  el 
malek  en-Nâser  Yoûsef^*^  fiis  de  Salàh  ed*din  [  Yoû- 
sef],  fils  d^Ayyoûb.  [Cette  madraseh  était  connue 
sous  ie  nom  de  maison  d'ez-Zaky  el  Mo^a^am  et  la 
construction  en  fut  achevée  à  la  fin  de  Tannée  653.] 
Les  leçons  y  furent  données  par  Sadr  ed^dîn  ebn 
Sany  ed-daideh  [qui  commença  le  7  el  moharram  de 
Tannée  654],  pufa  pai^  Mohiy  ed-dixi  Yabya  [ebn] 
ez-Zaky^^^  [en  Tannée  65&].  Il  eut  pour  successeur 
Nadjm  ed-dîn  [fils  de  Sadr  ed-dîn  ebn  Sany  ed-dau- 
leh,  de  dou'l  qa'deh  658  à  doul  qa^deh  669]..  Il 
y  eut  ensuite  environ  trente  professeurs  dont  les  dèr' 
niers  furent  el  Bad)%  fils  [du  qâdy]  deChohbeh;  en- 
Nadjm  [Mohammad,  fils  de  Waly  ed-dîn],  fils  du 
qâdy  de  'adjloûn;  son  frère  Taqy  ed-dîn  [Abou 
Bakr];  echrChams  ebn  Ghâzy^^*  et  le  qâdy  en  chef 
ech-Chéhâb  ebn  el  Forfoûr^^^  [le  jour  de  mercredi 
4  djoumâda  2*^  soit  le  27  octobre,  de  Tannée  905]- 

La  madraseh  la  Madjnoûniyïh.  —  A  Test  de  la 
Châmiyeh  extra  maros,  à  la  ^oqaybah^^^*.  Elle  fut  con« 
sLruite,  après  Tannée  63o,  par  Charaf  ed-dîn  ebn 
Charwah^^'^  ea-Zeraiâry,  connu  sous,  le  nom  de&  sept 

Je  DIS  :  «  Actuellement  il  est  connu  parmi  le  peuple 
sous  le  nom  des  sept  champions  de  la  guerre  sainte  [es- 
.saè'  (sic)  modjâkédin).  » 

'ezz  ed-din  [Ahniad  ebn  Mobajosbinad  ebn  ^aly]  el 


444  MAI-JUIN  1804. 

Mawsély  y  donna  des  leçons  et,  après  lui,  trois  pro* 

fesse  iirs. 

La  madraseh  i.a  Nadjîbiyeh.  —  Contiguè  à  la  ima- 
draseh  la  Noûriyeh  et  à  la  tombe  de  Noûr  ed-din  [le 
martyr],  du  côté  du  nord.  Elle  fut  construite  par  en- 
Nadjiby  [Djaniîd  ed-dln]  Aqoûch  es-Sâléhy  [en-Nadj- 
,jjy339"j  Qq^  émir  aimait  les  savants  et  répandait  de 
nombreuses  aumônes;  il  était  plein  de  mérite  et 
adonné  aux  bonnes  œuvres.  11  mourut  Tannée  667  "• 
[âgé  de  soixante  et  quelques  années]. 

Je  dis  :  a  Elle  est  peut-être  auprès  de  la  maison  de 
Sîdy  Djéléby  et  habitée  par  Mohammad  ed-Doway- 
ry,  le  serviteur  du  noble  mahniel^^^.  » 

Es-Salâh  es-Safady  s'exprime  ainsi  :  «  L'émir  Dja- 
rnàl  ed-diri  Âqoùch  en-Nadjiby,  mamloûk  d'el  malek 
es-Sâleh  Ayyoûb,  qui  se  reposait  sur  lui  pour  toutes 
ses  alFaires  et  fit  de  lui  son  ostâdâr  (majordome)  pen- 
dant sa  vie.  El  malek  cz-Zâher  l'investit  de  la  lieute* 
nance  [nyâbeh)  de  Damas,  où  il  arriva  à  la  fin  de 
dou  1  hedjdjeh  de  l'année  660.  11  suivait  le  rite  châ- 
fé^îte,  faisait  beaucoup  d'aumônes  et  avait  de  belles 
croyances.  Corpulent,  doué  d'une  voix  mâle***,  il 
était  grand  mangeur.  11  constitua  des  waqfs  en  faveur 
des  deux  harains  (la  Mekke  et  Médine)  et  bâtit  à 
Damas  une  madraseh  à  côté  de  celle  de  Noûr  ed-din 
le  martyr.  11  s'y  bâtit  une  turbeh  dans  laquelle  il 
ouvrit  deux  fenêtres  sur  le  chemin  ;  mais  il  ne  put  y 
être  enterré.  11  constitua  aussi  en  waqf  une  khânqâh 
en  dehors  de  Damas,  au  Charaf  ie  plus  élevé  [ech- 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  445 

charaf  el  a  la)  méridional  et  en  remit  1  mspectioh 
(nazar)  au  qâdy  en  chef  ebn  Kkallikân.  Très  patient, 
il  ne  se  possédait  plus  dès  qu'il  s  agissait  de  la  loi  di- 
vine. H  demeura  à  Damas  en  qualité  de  nâîb  pen- 
dant dix  ans.  Il  fut  ensuite  remplacé  par  Témir  'ezz 
ed-dîn  Aydémir  le  2  safar  de  Faiviée  670.  En-Nadjîby 
retourna  alors  au  Caire  et  resta  sans  emploi,  dans  sa 
maison ,  entouré  du  plus  grand  respect.  Lorsqu'il 
tomba  malade,  el  malêk  ez-Zâher  lui  fit  visite. 
Quatre  ans  avant  sa  mort,  il  fut  frappé  de  paralysie. 
Il  mourut  [la  nuit  du  (jeudi  au)  vendredi  5  rabî*  i*' 
de]  Tannée  677  [au  Caire,  dans  sa  maison  sise  dans 
la  rue  de  la  meloûkhiyah.  Il  était  né  vers  le  com- 
mencement de  Tannée  620  (Comm.  4  février  1  2  23).  » 
Ce  collège  ^*3  eut  pour  professeur  Chams  ed-dîn 
ebn  Khallikân^**  et,  après  lui,  dix  personnes  dont 
la  dernière  fut  *émâd  ed-dîn  Isma^l  ebn  Katîr^*^, 
puis  Taqy  ed-dîn  [ebn]  el  Harîry  [le  jour  de  di- 
manche 1 1  rabî*  1*'  de  Tannée  835]^*^. 


NOTES  DU  CHAPITRE  III. 

'  Ed-Dahaby  dit  dans  son  Abrégé  des  Annales  de  l'islamisme,  sous 
l'année  607  :  «En  cette  année  mourut  le  seigneur  de  Mosoul,  Noûr 
ed-dîn  Ârslân  Chah,  fils  de  'ezz  ed-dîn  Mas'oûd,  fils  de  Mawdoûd, 
fils  de  l'Atâbek.  Il  régna  après  son  père  pendant  dix-huit  ans.  R 
bâtit  pour  les  Châfé'îtes  une  madraseh  de  toute  beauté.  La  souve- 
raineté passa  après  lui  à  son  fds  MasV>ûd.  »  —  Cet  historien  dit 
dans  le  même  ouvrage,  sous  l'année  600  :  «El  malek  Charaf  (el 
Achraf  ?  ) ,  seigneur  de  Harrân ,  épousa  la  sœur  du  seigneur  de  Mo- 
soul Noûr  ed-dîn ,  la  princesse  Atâbékiyeh ,  la  fondatrice  de  la  tur- 
heh  et  de  la  madraseh  (situées)  à  la  montagne  (N,  fol.  35  r**). 


446  MAI-JUIN  1894. 

On  trouve  la  biographie  de  Noùr  ed-dîn  Anlân  Chah  dans  &»- 

ijraphical  dictionary,  I,  i-jà. 

'  El  'éhâr  fi  hh(ibar  tnan  'ahar,  ouvrage  liistorique ,  par  le  k^ez 
Chams  od-ilm  AImiq  'abd  Allah  Mohammad  ebn  Ahtnad  ed-f>ahabj. 
Cet  ouvrage,  qui  va  jusqu'à  la  fin  d«  Tannée  740,  fiit  eontimié 
jusqu'à  la  lin  de  l'année  761  par  Chams  ed-din  Abou'l  ma^sen 
Mohammad  ebn  *aly  el  Hosayny.  Une  Suite  jusqu'à  l'année  786  fut 
composée  par  Chams  ed-dm  Mohammad  elm  Mohammad  ebn  'aiy  ei 
Hosayny,  lils  du  précédent,  et  mort  en  79t.  Une  autre  Smite  a  pw» 
auteur  Zayn  cd-dîn  *abd  £r-Rahîm  ^n  Hosayn  el  'irâqy,  mort  en 
806 ,  et  une  autre ,  son  (ils  Wal}^  ed~dîh  Ahmad  el  *irftqy,  mort 
en  8^6  (H.  Khal.,  IV,  182).  —  Ed^Çahaby  est  ansaî  Fauteur  Ah 
Tarikk  el  islam  t  les  Annales  de  Tislamisme» ,  cL  d-devant,  chap.  ii« 
n.  48. 

^  El  Achraf  Mozaffcr  ed-dîn  Moûsa  reçut  de  son  père  el  'âdel, 
en  598,  Harrân  et  les  dépendances  de  cette  viUe.  Voir  Abou'l  féds^ 
//lit.  or.  des  Crois,,  I,  80. 

^  La  biographie  de  'ezz  cd-dîn  Masoûd  est  donnée  dans  Biog^- 
phic(d  dictionary,  TU,  356.  —  Ce  prince  mourut  le  27  cfaa*bftn 
589  (28  août  1193). 

^  Snlâlj  cd-dîn  Kholîl  ebn  Ayliek  e^-Safady,  mort  Ai  VêBJoàe  7Ç4 
[Connii,  21  octobre  1 363) «composa,  entre  autres  ouvrages, le  ^'4& 
bel  wafayàt  ou  Biographies  des  hommes  illustres  de  féjpoque.  Cf. 
H.  Kkal,  VI,  417. 

^  El  fskandary  était  aussi  surnommé  eeh<hûhrowr  tle  marier.  Il 
resta  dans  cette  inadraseh  jusqu'à  sa  mort. 

'  Nadjm  ed-dîii  Isma'îl  y  enseigna  jusqu'à  la  fin  de  Tannée  674. 

^  Safy  ed-dîn  Abou  'abd  Allah  Mohammad  ebn  *abd  Er-Rahîm 
ebn  Mohammad  el  Hendy  el  Ormawy,  cliâfé*îtev  naquit  dans  l'Inde 
en  rabî*  i*'  de  l'année  644.  H  partit  de  Dehly  en  radjab  de  Tannée 
667,  fit  le  pèlerinage  de  la  Mekke,  puis  entra  dans  TYaman,  dont 
le  souverain ,  d  Mozaf&r,  lui  donna  4oo  dinars.  11  arriva  enanile  à 
Mesr,  en  Tannée  671,  et  y  passa  quatre  ans.  Etant  parti  pour  le 
Roùm  (TAsie  Mineure)  par  la  route  d'Antioche,  il  y  séjooma  onse 
ans  :  cinq  à  Qoùnyeh  (Iconium),  cinq  à  Siwâs  (Sébaste),  et  vme 
année  à  Qaysariyeh  (Césarée).  Puis  il  vint  à  Damas  en  Tannée  68&< 
et  s'y  fixa.  Il  fut  investi  de  la  charge  de  chayjdt  des  chajUis  et  donna 
des  leçons  à  la  ZAhériy^k  intra  marox,  à  la  Rawàhiyek,  à  la  Ikaola- 
'iyek  et  à  cette  AMékiyeh,  Il  composa  des  ouvrages.  Suivant  ebn 
Kalîr,  el  Hendy  mourut  la  nuit  du  (lundi  au)  mardi  29  sa&r  de 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  447 

l'année  71 5.  Au  moment  de  sa  mort,  il  n'avait  plus  que  la  Zàhé- 
rlyeh,  o^  il  mourut.  H  fut  enterré  au  cimetière  des  Soûfys  (N»  fol. 
35  v^-Sô  r").  H  Khal.  fait  mention  de  ses  ou\rage8. 

Le  Rasoûlîde  el  Mozaifar  Yoûsef  régna  de  l'an  6^7  ?  (1  aég  ?)  à 
Tannée  69/1  (1295).  Cf.  St.  Lane  Poole;  Tlt€  mçJtammadan  dynasties, 
1894,  p.  99. 

^  Le  mercredi  9  djoumâda  a*^  de  l'année  716,  la  leçon  fut  don- 
née à  ÏAtâbékiyek  par  le  qâdy  en  chef  ^adjiB  ednlin  elm  Sa^ra, 
Abou'l  abMs  Ahmad  ebn  'émêtà  ed-din  Mohammad  ebn  Amîn  ed- 
dîn  Sâlem  ebn  Bahâ  ed-dîn  Abî'l  mawâhdb  el  Hasan  ebn  Hébai 
Allah  ehn  Mahfoûz  ebn  el  Hasan  ebn  Mdiaminad  ebn  el  Hasan  ebn 
Ahmad  ebn  Mohammad  ebn  Sasra*  e|-Talftby,  er-Rab*y,  châfé'îte.  Il 
naquit  en  dou'l  qa'deh  de  l'année  655.  U  professa  à  la  Petke  'édér 
liyeh,  l'année  682,  à  VAminiyeh,  l'année 6gOi  et  à  la  Gkazz^yeh, 
l'année  694.  Il  fut  promu  qêtày  des  tr<M^>ea  sous  le  rhgae  d'é.  'àdd 
Ketboghâ,  puis  nommé  qâdy  de  la  Syrie,  en  Tawiée  709.  fi  sum* 
rut  subitement  dans  son  jardin  a  e«-Sakm,  la  nak  du  (mercredi 
au)  jeudi  16  rabî*  1*'  de  l'année  7»3.  La  prière  sur  sont  corp«  fut 
faite  dans  la  moftquée<atbédjpale  d'el  Moaafl^r  et  il  fut  &BAarré  dans 
la  turbeh  de  famille,  dans  la  R^kntyeK  H  éfeaii  âgé  de  soitaote- 
Imit  ans  {N,  fd.  36  r'V). 

Sasra  est  ainsi  vocalisé  par  M.  Hartwig  DerenbcMirg,  dans  sa 
traduction  d'Ousâmah,  II,  379  et  695,  où  il  est  fait  mention 
d' Abou'l  mawâheb  cl  Hasan  ebn  Hébat  Allah  ebn  Mahfona . . . ,  né 
en  537,  et  mort  en  586.  —  Néanmoins  Qoatreinère,  MwHloàk^, 
11,  21,  dit  ebn  Sasary. 

i'^  En  dou'l  qa'deh  de  l'année  726,  ez-Zor'y  se  démit,  pour  aller 
à  Mesr,  de  ses  fonctions  de  professeur  à  VAtâb^kiyeh  ea  faveur  de 
Mohiy  ed-dîn  ebn  Djahbal. 

"  B  écrit  Djahl;  N,  ici,  Khahbtd.  mais  au  fol.  6a  y°,  Djfthbal 
ou  Djohbol.  «^  Mohiy  ed-din  Abou'l  fédâ  Ismâll  ebn  MohAmmad 
ebn  Ismâ'U  ebn  Tâher  ebn  Nasr  AUah  ebn  Djahbat,  &ère  da  chayUi 
Chéhâb  ed-din ,  naquit  à  Damas  l'année  666.  Il  lut  investi  pendant 
quelque  temps  de  la  charge  de  qâdy  de  Tripoli,  puis  destitué;  H 
retourna  à  Dama»,  où  il  «noujnit  en  cha'bân  de  l'année  7^0,  et  f«t 
enterré  auprès  de  son  fvère,  au  cimetière  des  Soûfy»  (£iit  iToéû*^ 
N,fol.  36v°). 

'-  Lo  qâdy  en  chef  ebn  Djoumleh  occupa  l*  chaixe  de  VAtàhé- 
kiyeh  le  jour  de  dimanche   i3  chawwâl  de  Vannée  733  (N,fi»L 


448  MAfJUrN  1894. 

>^  Lc!  qÂdy  cm  cli(*i'  Chéhâb  ed-din  ebn  el  Madjd  professa  à  la 
(ihazzâliYch  t>t  à  la  ^ddélirek,  tout  en  conservant  VlqbàliYek  (N,  fol. 
i>G  v").  Voir  aussi  plus  loin,  n.  53  et  n.  199. 

'^  Sadr  (>cl-(lin  donna  la  leçon  le  second  jonr  de  dou*l  qa'deh  de 
l'annët»  7.38,  comme  délégué  de  son  père  (N,  fol.  36  v"). 

^^  Le  c[hi\y  en  chef  Taqy  ed-din  Aboul  Hasan  *aly  ebn  'abd  El 
KAfv  ebn  'al\  el)n  Tammâm  ebn  Yoûsef  ebn  Moàsa  ebn  Tammâm , 
el  Ansâry,  el  Khazradjy;  es-Sobky,  naquit  à  Sobk,  un  des  a'mâl  (de 
la  ])rovince)  del  Menoûfîyeh,  le  premier  jour  de  ^afar  de  l'année 
683.  Il  professa  à  la  Mansowriyeh,  à  la  Hakkâriyeli  et  à  la  Sarfijeh 
et,  on  djoumàda  2^  de  l'année  739 ,  fut  investi  de  la  charge  de  qâdy 
de  Damas ,  en  remplacement  de  Djidàl ed-dîn  el  Qaiwîny.  Il  professa, 
à  Damas ,  à  la  Ghazzâliyeh ,  à  la  Grande  ^édèliy^ ,  à  cette  Aiàhéïnyéii 
à  la  MasroûrÎYfli  et  à  la  Châniiyeh  extra  mtcroi.  Il  fît  longtemps  la 
hhplbeh  à  la  mosquée-cathédrale  de  Damas,  et  donna,  a  la  Kalîâsek, 
des  leçons  de  tradition.  Sur  la  fm  de  sa  vie,  il  se  démit  de  ses  fonc^ 
tions  de  qâdy  de  Syrie,  et  revint  à  Me5r,  où  il  mourut  en  djou- 
mâda  2^  de  l'année  766  (N,  fol.  37  r'). 

On  trouve  dans  H.  Khal.  la  mention  'de  ses  nombreux  ouvrages. 

Dans  le  cadastre  de  T Egypte  dressé  en  777  de  l'hégire  et  traduit 
par  S.  de  Sacy  à  la  suite  de  'abd  el-Latîf,  il  est  ùài  mention 
(p.  653]  de  deux  lieux  du  nom  de  Sobk  :  Sobk  ed-daljhâk  et  Sobk 
el  *abîd. 

i<^  ^"  Le  qâdy  en  chef  Bahâ  ed-dîn  Abou'l  baqâ  Mohammad,  fils  du 
qâdy  Sadîd  ed-dîn  'abd  El  Barr,  fils  de  TimÂm  Sadr  ed-dîn  Yahya 
ebn  *aly,  el  An;^âry,  el  Khazradjy.  es-Sobky,  el  Mesry,  ed-Démachqy, 
juge  (hàkem)  en  Egypte  et  en  Syrie,  naquit  en  rabî*  i**  de  l'année 
707.  Il  vint  à  Damas  avec  le  qâdy  en  chef  es-Sobky,  dont  il  fut  le 
substiliiL  II  professa  à  ÏAtâbékiyeh,  à  la  Zàkériyek  extra  muros,  k 
la  RaivàhiYek  et  à  la  QaymariYek.  Puis  il  fut  nommé  qâdy  de  Damas 
et  professeur  de  la  GkazzâliYek  et  de-  la  'âdéliyek,  pendant  peu  de 
temps.  Mandé  à  Mesr  en  Tannée  765,  après  s'être  démis  de  ses 
places  en  faveur  de  ses  deux  fds,  il  fut  investi  de  la  fonction  de 
qâdy  de  la  troupe ,  de  la  procuration  souveraine ,  et  de  la  charge  de 
grand  substitut  de  la  justice.  Puis  il  fut  promu  qâdy  en  chef  d'bgypte 
avec  toutes  les  fonctions  attachées  à  la  charge  de  qâdy.  Il  resta  ainsi 
environ  sept  ans  et  fut  destitué.  Il  fut  nommé  ensuite  qâdy  de  Syrie, 
où  il  arriva  dans  les  commencements  de  Tannée  757  («c),  comme 
qâdy  et  professeur  de  la  GkazzâliYek ,  de  la  ^Adéliyek  et  de  la  A'di/- 
riyeh ,  et  supérieur  de  la  maison  (d'enseignement)  de  la  tradition 


DESCRIPTION   DK   DAMAS.  449 

V Achraflyeh.  On  y  ajouta,  un  mois  avant  sa  mort,  la  fonction  de 
Ua'Jb  (le  la  grande-mosquée  omayyade.  Il  mourut  en  djoumâda 
i'"  de  l'année  777,  et  fut  enterré  dans  la  turbeh  des  Sobky,  au  pen- 
chant (duQâsyoûn)  (N,  fol.  10  r*). 

^^  Le  qâdy  en  chef  Badr  ed-dîn  Abou  *abd  Allah  M ohammad ,  fils 
du  qâdy  en  chef  Bahâ  ed-dîn  Abou'l  baqâ  dont  il  vient  d'être 
question,  naquit  en  cha'bân  de  l'année  jhi.  li  mourut  dans  ie  mois 
de  rabî*  1*'  de  l'année  8o3,  et  fut  enterré  en  dehors  de  bâben-nasr 
(N,fol.  37  r'^-v»). 

^^  Fath  ed-dîn  Mohammad  ebn  Mohammad  ebn  Mohammad  ebn 
Mohammad  ebn  el  Djazary,  ed-Démachqy,  mourut  dans  sa  demeure 
à  V  Atâbékiyeh ,  le  jour  de  lundi  2  3  safar  de  l'année  81 4,  à  l'âge  de 
trente-cinq  ans,  à  ce  que  je  présume  (N,  fol.  37  v**). 

^*  Taqy  ed-dîn  cl  Asady  dit  dans  sa  Suite,  sous  Tannée  816  : 
«En  cette  année  mourut  notre  chaykh,  le  chayth  des  Ghâfé'ites 
Chéhâb  ëd-dîn  Abou'l  'abbâs  Ahmad  ebn  *alâ  ed-dîn  Abî  Mohammad 
Hedjdjy  ebn  Moûsa  ebn  Ahmad  ebn  Sa'd  ebn  'achm  ebn  Ghazwân 
ebn  *aly  ebn  Saraq  ebn  Turky  ebn  Sa'dy,  el  Hosbâny  d'origine ,  ed- 
Démachqy.  Il  était  né  entre  le  maghreb  (le  coucher  du  soleil)  et  l'en- 
trée de  la  nuit  (VcAà),  la  nuit  du  (samedi  au)  dimanche  4  el  mo- 
harram  de  l'année  761,  à  la  khânqâh  des  paons ,  au  CAaro/* supérieur, 
en  dehors  de  Damas.  J'ai  vu  écrit  de  sa  main  :  «Les  commence- 
«  ments  coïncidant  avec  ma  naissance  sont  au  nombre  de  dix  :  le 
«  commencement  de  la  (seconde]  moitié  du  huitième  siècle;  le  com- 
«  mencement  de  l'année  arabe  ;  le  commencement  de  Tannée  solaire  ; 
«  le  premier  jour  de  la  saison  du  printemps;  le  premier  jour  du  signe 
«du  Bélier;  le  commencement  de  la  nuit  du  premier  jour  de  la  se- 
a  maine;  le  commencement  du  moment  oh  le  croissant  devient  lune; 
«  le  commencement  du  moment  où  les  démons  se  reposent  après  leur 
«  expansion ,  lorsque  disparaît  l'étoile  de  l'entrée  de  la  nuit.  »  li  com- 
posa des  ouvrages ,  entre  autres  un  livre  qu'il  a  intitulé  ed-Dârès  sur 
l'histoire  des  madraseh ,  et  dans  lequel  il  mentionne  la  biographie 
du  fondateur,  les  clauses  stipulées  par  lui,  et  les  biographies  dés  pro- 
fesseurs jusqu'au  dernier  moment.  G*est  un  livre  précieux.  La  majeure 
partie  a  été  la  proie  des  flammes  lors  de  la  rencontre  des  Tatârs; 
j'en  ai  eu  sous  les  yeux  qudques  cahiers  brûlés.  Chéhâb  ed-dîn  pro- 
fessa à  la  Zobyàniyeh ,  du  vivant  de  son  père  et  de  ses  maîtres ,  en 
dou'l  qa'deh  de  Tannée  774,  et  fut  répétiteur  à  la  *oironniyeh  et  à 
la  DammAgbiyeh ,  Puis,  après  cela,  il  remplit  les  mêmes  fonctions 
à  la  Cliâmiyek  extra  mnros  et  à  la  Tcufawiyeh,  également  du  vivant 

m.  3o 


IMrkIlllWIB    lATIUllALB. 


t^!jO  MAI-JUIN    189^1. 

(le  son  père;  eii.su ito  ù  VAwiniYflt  «  à  la  HawâlnYeh  et  à  la  *ailrAwiyek  ■ 
(N,  fol.  37  r^-Sy  v"). 

H.  Khal. ,  (|iii  mentionne  plusieurs  de  ses  ouvrages,  place  sa  mort 
en  Tannée  8i5  [Comm»  i3  ayril  i^ia).    . 

D'après  le  calendrier  astronomique,  le  i*'  moharram  751  a  cor- 
respondu au  mercredi  10  mars  i35o,  et  le  h  au  samedi  (naît  au 
dimanche  pour  les  musulmans)  ^3  mars, 

^*  Le  qâdy  en  chef  Gbams  ed-dîn  Abon  *abd  Allah  Mohammad 
ebn  Tâdj  ed-dîn  Mohammad  ebn  Fakhr  ed-dîn  'o^mftn,  el  Ikjinây. 
châféite,  naquit  Tannt^c  767.  En  Tannée  78.7,  il  fut  nommé  qâdy 
de  la  caravane  de  la  Mekke  [er-rahb)  par  Tiuterccssion  de  Témîr 
Djibraîl.  Qâdy  de  Zor\  où  il  se  transporta  d'er-Rahabah ,  il  fut  en- 
suite nommé  qâdy  de  Ghazzali.  Puis  en  doul  qa'defi  de  Tannée' 798 , 
il  exerça  les  fonctions  de  substitut  du  c(âdy  à  Damas  au  liom  do 
qâdy  Ghébab  ed-dîn  el  Bâ'oûny.  Il  professa  à  la  Zàhiriyek  ùcni 
mui'ox  dont  s'était  désisté  en  sa  faveur  le  qâdy  'idâ  ed-dîn  el  Kai^y, 
le  kàieh  es-serr,  fut  investi  encore  de  la  charge  de  waktt  du  trésor 
public  et  plus  tard,  en  796,  de  l'inspection  [nazar]  de  Tannée  â 
Damas ,  pour  laquelle  il  paya  une  forte  somme.  U  en  fîit  destitué 
huit  mois  apnNs.  Il  reprit  ses  fonctions  de  substitut  du  qâdy  et  de 
wakil  du  trésor  public,  puis  fut  promu  qâdy  de  Halab  en  djoo- 
mâda  2**  do  Tannée  797  et  destitué  en  radjab  Je  Tannée '799.  En 
djoumâda  1*'  de  Tannée  800,  il  fut  investi  de  ,1a  charge  de  qftdy  de 
Damas ,  du  poste  de  khatib  et  df^s  fonctions  de  'snpérieur  avec  tontes 
les  chaires  et  inspections  y  annexées.  Destitué,  puis  rc^idacé,  il 
mourut  la  nuit  du  (jeudi  au]  vendredi  17  radjab  de  Tannée  8 10 
(N,r39  v«..4or°). 

Zor  et  Zor^ali,  Tune  des  principales  villes  du  HawrAn.  Cf.  6éogr. 
d'Abpu'l  fédâ,  II,ii.  36. 

^  Depuis  ff^â^er  ed-dîn»  jusqu'à  la  fin  de  ce  passage,  les'antears 
cités  par  en-No'aymy  ne  sont  pas  d'accord  entre  eux.  —  NAser  ed- 
dîn  conserva  la  chaire  de  VAtâbéhiyeh  depuis  la  mort  d'c^tl^nâ} 
(810)  jusqu'en  817.  Le  jour  de  dimanche  q  djommàda  3'  de  cette 
année,  Nour  ed-dîn  ebn  Qawâm  professa  à  ce  collège  par  diâégàtion 
du  Gis  du  kâteb  es-serr,  Kamâl  ed-dih  ebn  el  Bâr&y.  Le  seaî^aire 
de  la  Chancellerie  Kamâl  ed-dui  y  donna  la  leçon  le  jour  de  dimanche 
3  doul.qa'deh  de  Tannée  83i  (N,  ^  4o  r^-.^i  y'), 

*^  JLe  cliaykh  Taqy  ed-dîi;i,  fils  du  qâdy  dfe  0iohbehy  dît  dans  sa 
Suite,  sous  le  mois  de  djoumâda  a**  de  Tannée  816  :  «£a  cette  année 
furent  élevés  trois  bâtiments ,  les  plus  belles  habitations  dea  jardins 


.  •'■  ■  .*-.- 


DKSCHIPTION    DE    DAMAS.  ^51 

■'''.'"• 
(h'  DaDias  :  la  Daliicheh ,  le  jardin  d'ebii  en-Nachweh  sur  le  bord  de 

la  Tawra,  près  (Ver-RobwehV^et  îé  jkhlih  d*ebn-D}amâ*ak  à  el'Mez- 
zeh.  Mais  les  matérîatix  âh  celle  iroîsîèWifi  constfhctîôtt  ont  ïSté trans- 
portés à  la  madrasch  du  Khawâdjà' Ibrâhîth  ebries'-iSé'fertyi  ^^^J, 
P  hi  v°).  ^     ■        '•    '' -^        -.î» 

-'2  Les  lignes  que  je  place  entre  deux  astérisques  sont  surmon- 
tées d'un  trait.  Le  copiste  a-t-il  voulu  indiquer  (jti*elles  doiv^nt'lêtre 
supprimôèè?      '      *•  '    '        ''         *    '■--     '^  *'  ^"    •  •»''     ' 

^  Le  grand  Khawâdja  Borbân  ed-dîn  Ibrâbim  ebn  Mobârak  Cbâb 

ri  Is'erdy  était ,  avec  iè  KhaV^âdjé  Cfiàni*ièd-dîrf  èbriy'MèiaHèq,  le 

plus  ^ràiiâ  màV(ihand  dé  Dafnàs.^Soh  cbhimèrtiè  s'étêtfdàit  à  tous 

les  pays.  lîinourut  à  ia  fiil  du  jour  de  Vettdfèdî,  ïi  fâge^de  ^ioitihte 

'  et  quelques  abni^^  (f*  '42  V).  ■*"  '    '  ■-         •^''  --  ''MM  ♦ 

h'erd,  vîUfe  située  entre  le  Tigre  et  Mayyâfôréqîn  {//wf.  or,  des 
Croisades,  I,  832  [Index]).  —  Suivant  el  IstèlKrÇ  (éd.''d«rOo«je, 
76  K),  TiVài  qu'on  appelle  aussi ''5^^^,  est^linfe  j$ëtité>*Hîle ,  sans 
remparts.'  — '  Voir  aussi*  AHbulféda\  loèd  eî^/J  »/t!,  63*'     ■  ' 

-♦  Et  niayJân  et  akhddr '^ieiH  '5itué**sur  la  rite  droite' du  Barrada 
[Iwe  Baradà},  ïni^ëdiàtèhtèiit  au  sbd-otië^f  de'lii'Ville  d^  Damas. 
CVsfl  apparerfièfierii  Tet/i^plàcenient  dti  l6ng''fat»bMirg  <Jtii»  I^Ap^llo 
aujourd'hui  le  Maydân  [Uist.  or.  des  Croisades,  I,  760).    -   •"''  " 

^  En-No*aymy  et  les  historien^  nl€fn1!iofnnés  bi-diéssdus  disent  •  au 
Caire».  —  H  est  probable  qdti  d^Jà  à\î'x*  Siècle  déf-llrégil*  le  nom 
(fe  Mesr  st^  dontiait  coiVïme  aùjouiyhui  à  él  Qâbérfeh.    '= 

^  Le  manuscrit  phrte  pàr*eiTèuV*'524.'^-^  fitt  bibgraphie  de  Chîr- 
kouh  ebri  Cbâdy  est  doifnée  par  ebn'  Kballikâh  ^Bib^rtgphièùl  iHûtio- 
uary,  I,  t5i26).  «  II  mbiirut  sbblleiAent  au  Caire,  te' samedi  ^^'•(sic 
pour  22),  6u\' suivant  er-Hàuffify,  \t  dibiatièhe  23  Vié'djtouinâda  2** 
564.  »  Ebn  Cbaddâd  dit  lé  i?;  Al>dtf'CbâMah  Honmëlà  nlétrie  date 
et  le  jour  dé  sataedi;  Abou'l  féd»  [»îà:  or.  dés  Cnfis^dekil,'%S), 
le  samedi  22  de  djoùniâda  d*  de  Tannée  564  (^3  mktÉ'  iiSgy^'ebn 
Châddâd  (ibld.,  m.  U):  et  Biàgràpkiè' de  MaéHh^\ihkl.,  niVkoS) 
le  dimanche  22  djbuihâcïa  2*'(23  mai^  1 16^):     ^'         '^*     •  'î' 

^  D'après  Abbu'  Chân^ab  et  ^bn'KhalKkân.  deux  mois  et  cinq 
jours.  •"  '"1  t  "»    '  >    .  ''MI    :'fi(     >f   ;i(io 

'  '  "  Ebn  Khallikân  (W,  417  et  suiv.)  :  «Abou'l  mabâsen  Yoûsef 
ebn  Hâfé'  ebn  Tamîm ,  surnommé  Bahâ  ed-dîn  et  coMiA^^oul  le  nom 
d'ebn  C^addftd,>naqtiit  Â^Mbsotâ'ên  ^3|9V  ^if  ^Mj  âé  HMh  et  y 
mourut  en  Tannée  632  '[i'234).'»  Cl  ausiiHidtJte  Aii«-*Kll. u»v (/« 
Croisadex,  f,  întroducfioii';  ^ilv.  '— ^Cdmff.'eî-apr^;  note  '42.*' 

3o. 


4&:2  MAl-JLIN   1894. 

**  ^JJt>J\  ^^  'iy^^  •  Vie  de  Saladin  ».  Elle  a  étét  publiée  en  anbr 
et  en  latin  par  Scliultens.  Le  passage  emprunté  ici  à  ebn  Chaddiil 
se  trouve  page  3)  de  l'édition  de  1755.  Cet  ouvrage,  qui' a  pour 
titre  :  IfJ^yJS  ij^^^^^y  JL^UaJLJl  ^ù\yjJ\  et  dont  H.  Khai.  ne  fait 
pas  mention,  se  trouve  avec  sa  traduction  dans  Hist  or.  des  Croi- 
sades, III,  3-370. 

^*  «Rivière  de  Damas.  La  vraie  orthographe  est  Bânâs,  sans  yii** 
Maràsed. 

^'  On  lit  dans  le  manuscrit  :  a^*1  ^j^imT;^  7^^  cT^b- 

"  G  Bartah ,  avec  le  ta ,  indice  du  fèminin ,  YîUage  dans  la  Ghoû- 
lah  de  Damas.  Les  Damasquins  prononcent  ce  nom  avec  un  A4,  ea 
l'inflérhissant.  11  s'y  trouve  une  chapdle  sépolcnde  [maekkad] 
d'Abraham,  l'ami  de  Dieu;  les  Juifs  samaritains  Tont  en  grande 
vénération.*  Maràsed. 

"  Quoique  ce  nom  se  présente  dans  le  manuscrit  sous  la  forme 
Davmar,  je  ne  doute  point  qu'il  ne  faiUe  lire  Domayr.  c  Domayr  est 
un  des  villages  de  la  Ghoûtah  de  Damas,  devant  le  col  de  l'Aigle. 
Dans  sa  mosquée  se  trouve  un  long  palmier.  •  Iforâseel.  —  Cf.  aussi 
M.  Hariwig  Derenbourg,  trad.  d*Ousâma  ihn  Mounkidh,  p.  170, 
note  k. 

^  Le  copiste  a  écrit  Mabrazah. 

-^  Ici  encore  le  teite  nous  donne  Daymar  au  lien  de  Domayr. 

^  FJbn  Katîr  dit  sous  l'année  G 64  :  «  En  cette  année.,  le  fils  du 
Khalife  el  Mosta'sem  ebn  cl  Montaser,  en-Nâser  'aly  Tabbâside,  arriva 
ù  Damas  et  on  le  fit  descendre  à  la  maison  [ne)  VAsadiyeh,  en  (ace 
(le  la  madraseh  la  'azlziyeh.  Il  était  prisonnier  aux  mains  des  Ta- 
târs.  »  Suivant  el  Asady,  en  safar  de  Tannée  8 14,  mourut  de  la  peste 
à  la  madraseh  XAsadiyeh  (située)  à  l'extérieur  de  Damas,  la  femme 
du  qâdy  Nadjm  ed-dîn  ebn  Hedjdjy,  ( l'esclave)  mère  de  son  fils.  La 
prière  sur  son  corps  fut  faite  à  la  mosquée-cathédrale  de  Tenkex  et 
elle  fut  enterrée  à  l'extrémité  du  cimetière  des  Soâfya,  aux  pieds 
du  chaykh  Taqy  cd-dîn  ebn  es-Salâh  (N,  f  4»  v"). 

^^  'omar  ebn  'ahd  El  'azîz  ebn  Hasan  ebn  *alv  ebn  Mohammad 
ebn  Mohammad  ebn  'aly,  el  Qorachy,  ed-Démachqy,  iefaqik  Abou'l 
Kbattâh,  châfé'îte,  mourut  en  djoumâda  3^  de  l'année  61 5  (N, 
P  42  v*.43  r"). 

'**'  Rokn  ed-dîn  Abou  Yahya  Zakaryâ  ohn  Yoûsef  ebn  Solaymân 
ebn  Hammâd,  el  Badjaiy,  mourut  le  jour  de  jeudi  a 3  djoumâda  i*' 
de  l'année  722,8  l'Âge  de  soixante-sept  ans,  et  fut  enterré  pr^  du 
chaykh  Taqy  ed-dîn  el  Fazâry  (N,  f»  A3  r"). 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  453 

^  Le  qàdy  suprême  Charaf  ed-din  Moûsa  ebn  Chébàb  ed-din 
Ahmad  ebn  Moûsa ,  el  Wamnâwy,  épousa  la  fille  du  chaykh  Charaf 
ed-dîn,  qui  lui  laissa  en  mourant  une  grande  fortune.  Il  professa 
à  VAsadiyeh  en  safar  de  l'année  796  ;  puis ,  en  cbawwâi  de  l'année  796 , 
le  qâdy  en  chef  Badr  ed-dîn  Abou'l  baqâ  se  démit  en  sa  faveur  de  la 
chaire  et  de  l'inspection  de  la  Bawâhiyeh.  En  81 4,  il  fit  le  pèleri- 
nage de  la  Mekke  comme  qâdy  de  la  caravane  et  mourut  le  Jour  de 
jeudi  8  el  moharram  après  V'asr,  en  sa  demeure  (sise)  J)rès  de  la 
madraseh  la  Zendjâriyeh ,  au  sud  de  hâh  toûmà.  On  dit  que  sa  mort 
tut  occasionnée  par  les  menaces  de  Noûroûz  au  sujet  d'un  dépôt  de 
Kamâl  ed-dîn  Vostadâr.  11  fut  enterré  au  cimetière  de  hâh  es-saghir, 
auprès  de  la  qoabbet  es-Syâhak,  et  la  prière  sur  son  corps  fut  faite 
à  la  mosquée  des  roseaux.  Suivant  une  information  fourme  par  le 
qâdy  Chams  ed-dîn  el  Kafîry,  il  serait  né  vers  Tannée  760.  —  Cette 
qoubbct  es-Syâhah  se  trouve  au  nord  du  banc  des  témoins,  à  vingt 
pas  environ ,  et  à  l'orient  de  la  qoahbet  er-Ryânah  et  de  la  turbeh  d« 
Tâdj  ed-dîn  el  Fazâry  (N,  P  43  r^-v"). 

'^^  Les  cka^drin  (au  nom.  cha^'àroûn)  sont  ceux  qui  garnissent  de 
poil ,  doublent  de  peau  à  poil  l'intérieur  des  bottines ,  ou  emploient 
la  peau  de  manière  que  le  poil  soit  en  dedans.  Cette  expression 
peut  aussi  s'appliquer  aux  «fabricants  de  ^ijLâ  »  vétetnent  de  des- 
sous; couverture,  housse  de  cheval.  —  B  écrit  partout  chc^âdin; 
ce  qui  est  une  erreur  manifeste. 

*'  Le  Uaiih  de  Damas  Djamâl  ed-dîn  Abou  *abd  El  Kâfy  ebn 
abd  El  Malek  ebn  'abd  El  ICâfy,  er-Rab'y,  ed-Démachqy,  le  moufly, 
naquit  l'année  612.  Il  mourut  le  dernier  jour  de  djoumâda  i"  de 
l'année  689  (N,  P  Ixk  r**). 

*^  «Le  jurisconsulte  Djamâl  ed-dîn  Ahmad,  connu  sous  le  nom 
(ïcl  mohaqqeq ,  professe  à  V IsfahÀnijek  jusqu'à  maintenant.  »  Ainsi 
s'exprime  le  qâdy 'ezz  ed-din  ebn  Chaddâd  dans  son  livre  (intitulé) 
ïyJ:Jl  ^SVis^t  (N,  f*  44  r").  H.  Khal.  attribue  cet  ouvrage,  qui 
traite  (des  émirs)  de  la  Syrie  et  de  la  Mésopotamie,  à  ebn  Chaddâd 
Yoûsef  ebn  Ràfé'  el  Halaby,  mort  en  632  {Comm,  26  septembre 
I  2  34).  Mais  M.  Ilartwig  Derenbourg  fait  observer  (Vie  d'Oasàmah, 
11,  .^95,  n.  3)  qu'il  ne  faut  pas  confondre  cet  auteur,  Mohammad 
ebn  aly  ebn  Ibrâhîm  ebn  Khalîfah  ebn  Ibrahim  ebn  Chaddâd,  el 
An^àry,  cl  IJalaby,  mort  au  Caire  en  684  (12  avril  i285),  avec  eba 
Chaddâd,  le  chancelier  et  le  biographe  de  Saladin. 

Es-Saq<|â'y  donne  (P  12  v")  la  biographie  de  Djamâl  cd-din  Ah* 
niad  chn  'ahd  Allah  ebn  el  Hosayn,  comrti  sous  le  nom  dV/  mohaq- 


/i54  MAI-JUIN    1894. 

'■  ■  .  ■"      ,         -  ■<.»#.,  .  .1.    - 

7^17 >  j^uriscqu^ulte- et  médecin.  Jl  demeura: à  Damas  comme,  ra^^j 

ei'Veubb , /pend&ni  quelque  temp&,  en  qualité  dé  substitut  de^aiam 
cd-diQ  ebn  Abî  Hpiayqah  et _  professeur,  de  la  madraseh  la  Sdré- 
miyeh.  Il  mourut  à  Damas  en  ramadâu  de  Tannée  Gqd.  —  Sous 
V^tnfljadiyeli,  N  (f"  48  v°)  lui  donne  la  même  généalogie;  voir  ci- 
après,  n   66. 

/^  fJilral^  sijrnifie  d'après  Maqrîzy  [Kliéial)  plusieurs  maisons 
réunies  ou  contiguês.  L'espace  ou  rue  sur  Jaqudie  donnent  les 
portes  de.  ces  maisons 
rue  a  son  entrée  dans 
a  point  de  boutique  dai 
de  la.  porte  d'eotréç,  o^  l'on  trouve,  une  boutique  d'épicier  ou  im' 

café,(S.de.Sacy,  *a^<i  fi/jLaa/,  38^).. 

A  Pâmas,  Iç  quartier  des  chrétiens  s'appdlc.  hâral  en-nasâirç^  . , 
.  Qn  Ht  dans  le  Marâfed  (I«  281)  :  c^4raA  est  le  nom  dfi  auairtier 
(el  mahallek)  chez  les  habitants  de  Damas;  ils  appellent  en  effet  les 
quartiers  {A  maball)^  les  rues  [el  hâràt),  n .  -     .     > .  . 

:.Ci-{iprès,  aux  Ç*  iz  v^'çt.aS  r^  le  quartier  de   la  monnaie  est 
appelé  hârat  es-sekkeli  et  mahfdlei  cs-sekkeli, 
Gomp.  ^i^si  chapitre  II,  n.  5i.. 


:layes  noirs  d'd  malck  Salâh  ed-dîn  et  le  fondateur  des  deux  tqhd- 
liyeh^  qui  étaient  deux  maisons  qu'il  transforma  en  madraseh,  U 
gi;andc  pou):  les  Ghâfé'îtes ,  et  ]a  petite  pour  les  Hanafites  avec  le 
tiers  du  waqf  qu'il  constitua ,  mourut  à  Jérusalem  en  dou*l  qaMeh 
de  Tannée  6o3  »  (.N .  P  44  r'*). 

•,'\^  Sur  la  sommellerie  (sljli.  v'*^  ou  «Uliçyâ),*  cf.  Quatremère, 
Mamloûhs,  I,  162. 

'^  £bn  Katîr  dit  sous  Tannée  628  :  «En  cette  année  fut  achevée 
la  construction  de .  la  madraseh  YJqbâliyek  qui  est  au  marcbé  des 
Persans. (501Î9  el  \uJjam),  à  Baghdâd,  et  qui  tire  son  nom  dlqbâl 
ec/i-cWd6y  » .  (  N ,  f  4/i  r"). 

*'  «  Il  y  a  aussi  le  rébât  d'Iqbâl  ech-ckarâby  el  Mostan^éry  d  *àb- 
bâsy,  à  la  porte  des  Banou  Chaybah ,  à  droite  en  entraiit  à  la  mos- 
quép  el  A ard//>.  .La  date  de  sa  construction  est  Taiméé  6i&i»  [ÏKe 
Clironikeii  der  Stadt  Mekka,  éditée  par  Wûstenfeld,  II,  108].  — 
«  A,u  non^bre.  des  eunuques  d*el  Mostan^er  biliah  était  Témir  Charaf 
e4-^in  Iqbâl  ech-charâby  cl  ]Vi|[o;stanséry,el.*abb4sy.  ]3  ^constnûsit  à  la 
Mckkp  une  madraseh  à  droite  en  entrant  à  la  mosquée  el  karàm,  par 


DESCRIPTION    DE   DAMAS.  455 

la  porte  du  salut  [bâb  es-salàni)  et  il  y  constitua  en  waqf  un  grand 
iiomhre  délivres,  en  l'année  63 1.  La  rhadraseli  existe  jusqu'à  présent 
cl  a  été  transformée  en  rébât»  [Ibid.,Jli\  177).  -t         • 

**  El  Mosta'sem ,  le  dernier  khalife  'abbâsîde  de  Baghdâd,  fut  tué 
pur  les  Tatârs  en  Taiinée  656. 

*'  Cest-à-dire  d'el  Hosayn,  fils  de  *aly,  tué  à  Kerbélâ.  —  C'est 
aussi  de    Hellah  qu*ebn  Batbûtah  se  rendit  à  Kerbélâ.  Voir  t.  H, 

99-       ,.        .     .  *  .  '   .    '' 

^  L'inscription  de  Damas  n"  287  de  ma  collection  en  contient 

l'énumération   suivante   :   «Le  tiers  du  village  d'es-Samoûqah;  ie 

tiers  de  la  niazraah  d'el  Allarîs;  le  tiers  d'une  mazrcCah  au  itérd  de 

Baydar  Zabdîn;  cinq  qîrâts  et  un  tiers  d'une  vigne  conhue  sou^  le- 

nom  de  Moayyed  ed-dîn,  à  el  Haditah;  deux  qîrâts  de  Malîhah  (et) 

(le  Zar'  Mâhât ,  sur  la  routé  de  Zoi'  à  Bosi^a.  »  D^J)rès  une  nofte  de 

M.  Waddington,  le  village  d'és-Satlioûqah  est  près  de  Safad  et  ceui 

d'el  Efterîs,  de  Zebdîu,  d'eî  Hadîtab,  de  Mâlîbàb  et 'de -Zar^  Mâ- 

\\kl^  àdnsXc  Miirdj^  el  Ghonlah.  -     ' 

^^  En  ï'annéc  658,  dit  ëd-Bababy  dans  les  ^ébar,  mourut  ebn 
Sauy  ed-dauleh,  le'qâdy  en  cbef  Abou'l  'abbâs*  Ahmàd,  qui  portait 
le  titre  honorifique  de  Sadr  èd-dîn,  ebn  Yalryaf  ébn 'Hébat  Aliab 
(hn  el  Ilasan,  et-Talaby,  ed-Démacbqy,  connu  sons  ië'suïnom  d'ebn 
Sanv  ed-dauîeh,  (jui  était  celui  de  son  aïèful  el  'Hstsan.  li  naquit 
l'année  590.  Il  professa  Tannée  61 5.  Il  fut  ensuite  investi  de  la  wè- 
kdleli  du  trésor  public,  donna  des  leçons  à  Ylqbédiyék  et  k  W Djà- 
roûlJiijcli,  et  exerça  quelque  tebâps  les  fonctions  de  qâdy.  11  revint 
malade  d'auprès  d'Houlâgou  et  fiît  atteint  par  la  mort- à  Bàlbak^ 
en  djouniâda  2^,  à  l'âge  de  soixante -dix -huit  ahs.  Suiv&ht  d'auft'es, 
il  fut  le  prennier  professeur  de  la  Nâsériyeh  (N,  f**  ^^  v*). 

"  Le  chaykh,  le  grand  savant,  le  qâdy  en  chef,  ie  chaykb  des 
ehaykhs  alâ  ed-dih  Abbu'l  Hasan  *aly  ebn  Noûried-dîn-  Abî'l  fédâ 
isma*îl  ebn  Yoûsef,  el  Qoûnawy,  et-'Tebrîzy,  naquit  dfttf*  la  ville-.de 
Qoûnouah  vers  l'aimée  668.  Il  vint  à  Dàtnas  au  cibmmencement  de 
OqS.  Il  mourut  à  Damas  en  729  et  fui  enterré  an  pen<ïlrant  da 
(yâsyoûii  (N,  P45  r").  •  •■''.';  .;     .. 

'^^  Comp.  cî-devant  n.  i3  et  ci-après  n.  199.  —  Chéhâb  ed-dîn 
Ahmad  ebn  el  Madjd  'abd  Allah  ebn' él  Hôsayh  ebn  *aiy,  éz-^Zawzâry; 
el  Erbély  cl'originê,  puià  ed-Démaéliqy.'qâdy  en  chef  dcM  Châfé'îtes 
à  Damas,  naquit  en'66è.  îl  professa  à  cette*  lifhâliyek  en  Tan- 
née 700,  à  la  Baivâhiyèfi  et  à  la  ttlfrheh  d'OrniH  e^-Sâlèh;  puis  ii  fut 
nommé  procurelik'  du  trésor  piiblic.  Il  dÏRvint  ensuite  qâdy  en  chef 


450  MAI-JUIN    1894. 

de  la  Syrie ,  fonctions  qu'il  conserva  jusqu'à  sa  mort.  Elle  eut  lieu 
au  commencement  de  djoumâda  i"  de  l'aDnée  [aie)  (N,  f*  45  r^]. 

^  L  imâm  'émâd  ed-din  Aboul  fédâ  Ismâ'il  ebn.  Khdîfkh  ebn  'abd 
Kl  'âly,  en-Nâbolosy  d'origine ,  el  Hosbâny,  naquit  Tannée  718  apr 
proximativement  et  vint  à  Damas  l'année  738.  Il  mourut  en  doul 
qa'deh  de  l'année  778  et  fut  enterré  à  bâb  es-iaghtr,  au  sud  de  la 
mosquée-cathédrale  de  Djarrâh,  à  gauche  en  idlant  vers  le  sud 
(N,r45r"-v''). 

•  Hosbân  (Hcsbon),  petite  \ille,  chef- lieu  du  Bsdqft,  dans  une 
vallée  qui  confine  au  Ghaur  de  /oghar.  »  Abou  J  fédft ,  Géographie , 
traduction,  II,  11,  5. 

^  Badr  cd-din  Abou  'abd  Allah'  Mohammad  mourut  dans  le  mois 
de  rabr  i""  de  l'année  770,  à  l'âge  de  quarante-six  ans,  et  fut  en- 
terré auprès  de  son  père  (N,  f°  45  v*). 

^  Mohammad  ebn  Mohammad  ebn  *otmân  ebn  Ahmad  ebn  *amr 
ebn  Mohammad ,  le  qâdy  en  chef  Djalàl  ed-din  abou4  ma'My,  fils 
du  qâdy  en  chef  Nadjm  ed-din ,  fils  du  qâdy  en  chef  Fakhr  ed-dîn , 
ez-Zor'y  d'origine,  ed-Démachqy,  c^èbre  sous  le  nom  de  Chamar 
Noûh,  le  petit-fils  par  la  fille  (sebt)  du  cbaykh  Ejamâl  ed-dîn  ebn 
ech-Charîchy.  Il  fut  élevé  par  son  aïeul  et  par  ses  deux  oncles  ma- 
ternels Badr  ed-dîn  et  Charaf  ed-dîn.  £n  l'année  778,  il  fut  nommé 
qâdy  de  Halab.  Destitué  au  bout  de  six  mois,  il  vint  à  Damas  en 
ramadan,  investi  de  la  charge  de  qâdy  des  troupes,  de  la  wékàlek 
du  trésor  public  et  de  la  chaire  de  Vlqbdlijeh,  U  composa  pour 
cette  chaire,  moyennant  une  somme,  avec  el  HosbÂny  qui  la  lui  avait 
enlevée  et  exerça  les  fonctions  de  qâdy  à  Hftiab  jusqu'à  sa  mort, 
survenue  en  rabî*  1"  de  Tannée  7 8 2.  Ebn  Hedjdjy  dit  qu'il  ne  pense 
pas  qu'il  ait  atteint  Tâge  de  quarante  ans  [N,  f*  45  v''-46  r^). 

"  Le  cbaykh  Chébâb  ed-dîn  Abou'l  'abbâs  Ahmad,  fils  de  Timâm 
'émâd  ed-dîn  Ismâ'îl  èl  Hosbâny,  naquit  Tannée  749-11  professa  en 
outre  à  YAmîniyeh  et  dans  d'autres  madraseh  cl  fut  ^alib  de  U 
grande-mosquée  à'et-Tawbeh.  Il  mourut  en  rabî  a'  de  Tannée  81 5 
et  fut  enterré  au  Qâsyoûn  (N,  f'  46  r"). 

^  Taqy  ed-dîn ,  fils  du  qâdy  de  Ghohbeh ,  dit  dans  ses  Annales  : 
«En  rabî*  2'  de  Tannée  838  et  le  jour  de  dimanche  38  du  mois» 
mon  fils  Abou'l  Fadl  Mohammad ,  que  Dieu  le  conserve  !  donna  la 
leçon  à  la  madraseh  ïlqbcdijeh,  que  je  lui  avais  cédée.  J'en  avais 
été  investi  moi-même  avec  le  cbaykh  Cbams  ed-din  d  Kafiry,  à  la 
place  de  TâdJ  e^-dîn  d  Hosbâny,  qui  m'avait  résigné  ainsi  qu'à  loi 
sa  chaire  et  Tin^pection.  Mais  ebn  el  Afltékîn  nous  disputa  Tinspec- 


DESCRIPTION   DE  DAMAS.  457 

tion ,  l'obtint  et  répara  la  madraseh.  Quand  moarut  le  chaykh  Chams 
cd-(lîn  el  Katîry,  je  fus  investi  des  places  annexes  qu*il  avait  en  sa 
possession»  (N,  f®  46  r"). 

Sur  l'expression  ^^  Jt3  «céder,  concéder,  abdiquer,  résigner», 
voir  Quatremère,  Mamloûks,  I,  175. 

^^  B  écrit  Sâheb,  —  Il  existait  au  Caire  une  place  d'et  Akaz ,  vis- 
à-\is  de  la  maison  de  l'émir  Sayf  ed-dîn  el  Akaz  en-Nâséry*  le  vizir 
(Maqrîzy,  Khéta\  II,  48);  mais  ce  ne  peut-être  le  nôtre,  plus  an- 
cien et  sans  l'article. 

^^  U  faut  sans  doute  lire  586.  —  La  phrase  commençant  par 
«  sa  construction  »  et  finissant  par  «  687  » ,  que  B  a  incorporée  dans 
le  texte ,  semble  faire  partie  de  l'inscription. 

^'  El  Berzâly  dit  dans  ses  Annales,  sous  l'année  786,  et  j'ai  copié 
sur  son  autographe,  ce  qui  suit  :  §  Et  la  nuit  du  (vendredi)  au 
samedi  18  djoumâda  2'',  mourut  le  chaykh,  le  jurisconsulte,  le 
vieillard  [el  mo'am.mar)  Cbaraf  ed-dîn  Abou  Mohammad  Hasan  ebn 
Ya'qoùb  ebn  Elyâs  ebn  'aly,  el  Hâky,  châféite,  dans  sa  demeure  à 
la  madraseh  VAkazijreh  de  Damas.  La  prière  sur  son  corps  fut  faite 
dans  le  djœne  el  md'ammar  et  il  fut  enterré  au  cimetière  de  bâb  es- 
saghîr.  Sa  naissance  avait  eu  lieu  peu  après  l'année  64o  et  il  était 
parvenu  à  sa  quatre-vingt-quinzième  année.  Il  était  établi  comme 
châhed  (témoin)  à  l'emplacement  des  marchands  d'oiseaux,  en 
dedans  de  bâb  el  Djâbyekt  (N,  f»  46  v°). 

«2  Fils  d'el  Madjd  er-Roûdrawâry  (N,  f  46  v*). 

«  Uoudrauâr,  arrondissement  près  de  Nahâwand ,  une  des  dépen- 
dances du  Djabal;  elle  a  une  étendue  de  trois  parasanges.  Ses  vil- 
lages sont  reliés  à  des  jardins  remplis  d'arbres  et  à  de  rapides  cours 
d'eau.  Il  s'y  trouve  el  Karadj.  Le  Karadj  de  Roûdrawâr  est  une  petite 
ville,  construite  en  argile,  fortifiée,  où  il  y  a  beaucoup  de  safraii 
qu'on  exporte  en  divers  pays.  Elle  est  située  au  centre  et  à  sept  pa- 
rasanges tant  de  Nahâwand  que  d'Hamadân.  »  Marâsed.  — '■  Roâdra- 
wâr,  dit  le  Lobâb,  est  une  ville  des  environs  d'Hamadân.  Plusieurs 
savants  en  sont  originaires.  Cf.  Abou'l  fédâ,  loco  cit,,  II,  11,  160. 

«^  abd  El  Djabbâr  ebn  *abd  El  Ghany  ebn  'dy  ebn  Abîl  Fadl  ebn 
abd  El  Wâhed  ebn  *abd  El-Latif,  d  Ansâry,  Kamâl  ed-dm  Aboii 
Mohammad  ebn  el  Harastâny,  le  jurisconsulte,  le  moufty,  châf^îtfr, 
naquit  en  549.  Suivant  ebn  d  Hâdjeb,  il  donna  des  leçons  à  la  Kal' 
lâsek  et  à  VAkaziyeh,  H  était  de  la  fiimille  d'ebn  Talîs.  fl  mourut  en 
cha'ban  de  l'année  624  (N,  f»  46  v**). 

^  Le  chaykh  Badr  ed-dîn  Mohammad  ebn  cl  Borhân  Ibrahim 


A58  MAI-JUIN    1894. 

ebu  VVoliayb,  on  dit  uu^vi  Hébat  Allah,  ebn 'abd  Jilr-Raliiuaii  ebu 
Abî'l  Qaaeni  elm  MoUauimad,  el  Djazary  d'origiiie  es-Sidty,  eu-Nâ- 
bolosy,  fut  in\esti  à  Damas  des  fonctions  de  professeur  à  cette  Aka- 
ziYeh ,  de  celles  do  su()ëriciir  à  VAsadirek,  et  de  la  charge  d*imâin 
à  la  mos({uéc  des  roscaav.  Il  passa  les  quatre-\ingts.  Sa  imisscusce 
«•ut  lieu  l'année  70G  (N,  f"  ^7  r"). 

Sur  la  ville  de  Sait  (  Pliiladelphie) ,  située  sur  la  montagne  orien- 
tale, du  Ghaur,  au  midi  de  udjloûn,  cf.  Quatremère,  3fam2oâ^«  II, 
?.\ij  et  suiv. 

^  Ou  lit  dans  el  Asady,  sous  l'année  628  :  §  Bahrâm  Chah,  fils 
de  FarroùkU  Chah,  . . .,  el  malek  el  Amdjad  Madjd  ed-din  Abou'l 
M o/atFar,  seigneur  de  Ba'lbal,k ,  reçut  après  la  mort  de  son  père , 
en  678,  cette  ville  en  don  de  Salâh  ed-dîn  et  la  conserva  jusqu'en 
()27.  A  cette  date,  elle  lui  fut  enlevée  i)ar  el  Achraf,  qui  la  remit  à 
sou  frère  ei-Sâle!i  »  (N ,  f  48  ). 

Le  h'awàl  el  wafayât,  qui  donne  la  biographie  de  Bahrâm  Chah 
(1,  tort),  dit  qu'il  fut.  enterré  dans  la  turbeh  de  son  père,  sur  le 
(éliantf  septentrional. 

El  malek  el  Amdjad  Madj  ed-Din  Abou'l  Mozaffar  Bahrâm  Chah , 
I Us  de  Farroùkh ,  fut  autorisé  par  Salâh  ed-dîn  à  conserver  le  gou- 
vernement de  Ra*lbakk.  Lorsque  cette  ville,  lui  fut  enlevée  par  cl 
.Vchraf,  iils  d'el  Videl  (6a6=  1228),  il  se  rendit  à  Damas,  où  il  fut 
assassiné  par  un  de  ses  mamloûks,  dans  la  soirée  du  (naardi  au) 
mercredi  in  rhawwâl  C28  (août  i23i)  [Biographlcal  divtionarY,  I1 
61O).  —  D'après  Abou'l  féda  [llist.  oi\  des  Crois,,  I,  106),  el  ma- 
lek el  Amdjad  ne  rendit  la  ville  de  Ba'lbakk,  dont  il  était  le  seigneur, 
à  eX  malek  cl  Achraf,  qu'en  627.  Il  reçut  de  lui  en  dédomma^ 
i^ent  (la  ville  d')  (UL-/abadàny,  le  QonaNr  de  Damas  (Immeau  sitiié) 
î\u.  nord  de  cette  ville ,  et  autres  lieux.  Il  se  rendit  alors  à  Damas  et 
s'installa  dans  son  hôtel  situé  près  (J^âi.I«>  en  dedans)  de  la  porto 
hàb  en-misr  ...  et  fut  assassiné.  11  avait  occupé  la  principauté  de 
Iki'lbakk  jjcjidant  quarante-neuf  ans. 

'^  Ebu  Katîr  dit  sous  l'année  694  :  «El  Djamâl  el  mohatiqeq  Ah- 
mad  ebn  abd  Allah  ebn  el  Ilosayn ,  ed-Détpachqy,  fut  investi  de  la 
charge  de  supérieur  de  la  Dahkwàriyeh,  attendu  qu'il  était  le  pre- 
mier de  tous  dans  l'art  de  la  médticiue ,  el  visita  les  malades  à  VïA- 
pital ,  suivant  la  règle  des  médecins.  Il  était  (;n  même  temps  pro- 
fesseur des  Cliâfe  ites  à  la  b\vrrohhchâhiych  et  répétiteur  dans  nombre 
de  madraseh  »  (N,  f°  48  v").  —  ('omp.  ci-devant,  n"  4 2. 

'  '  Le  qâdy  Ch:''hâb  f.d-din  Ahmad  ebn  'abd    Allab  ebn   abd  F^r- 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.       »  /|59 

Hall  mail  ebn'ahd  Allah,  eJ-Démachqy,  conna  sous  le  nom  d'ei-Zà- 
liéry,  naquit  en  chawwâl  de  r&nnée'678  ' —  quelqu'un  a  dit  en  0571 
—  11  professa  à  ladite  AmdjaJiyek  et  à  la  Madjnoùniyeh,  11  mourut 
iMi  cha'bân  de  Tannée  765 ,  et  fut  enterré  auQâsyoûn  (N ,  fol.  àS  y*). 

'«  Chéliàb  ed-din  Ahmad  ebn  Mobammad  ebn  Qomâqem,  cd- 
D/unacbqy,  el  Foqqâ'y,  mourut  à  Damas  en  djoumâda  2*  de  Tannée 
•S09.  Qomâqem  était  le  surnom  de  son  père  ;  celui-ci  était  marchand 
(le  bière  (/077a*)  (N,  fol.  A8  v"). 

'^  Le  sayyed  Nâsr.r  ed-dîn  MoUammad,  fds  dû  sayyed  *alâ  ed- 
(lin  'aly,  fils  du  mf(//6  e/ac/trd/'t  syndic  des  chérîfs),  mdurul'eii  ^afar' 
(le  l'année  8i/|.  H  fut  chargé  de  plusieurs  fonctions,  entre  autres 
reîles  de  professeur  el  d'inspecteur  de  là  Nâsérireh,  de  sUJ)érieur 
de  VAsadiveli  intra  murosci  de  professtmr  de  VAmdjàdiy eh,  du  tas- 
ilir  à  la  niosqu(^(;-calhédrale ,  de  la  moitié  du  pOstie  de  Ijhatîb  de  la 
mos(|uée  des  roseaux,  ci  autres  placèà  et  inspections.  A  la  moirt^  de 
leur  père,  lui  tit  son  frenî  Chéhâb  ed-dfn  furent  confirmés  dàiift 
les  emplois  qu'il' détenait.  Ses  funérailles  eurent  lieu  le  jour  de 
mardi  2  du  mois.  11  était  àg}.  de  trente-cinq  ans  environ.  On  l'ap- 
pelait zorajij ,  parce  qu'il  avait  lesyeui^  bleus(N,  fol.  48  v"-49-  i^). 

'"  A  la  mort  de  Nâser  od-dîn ,  son  frère ,  Chéhâb  (ï(t-dîn ,  fut  in- 
vesti de  la  chaire  et  de  l'inspbction  de  là  I^Asétiyek.  Puiîiv  le  jour 
de  samedi,  1 1  djoumâda  a**  de  l'année  818,  Chams  ed-dîn  Mohan*- 
mad,  fils  du  qàdy  en  chef  (ihéhâb  ed-dîfr  Ahmad,  el  Bè'oùny,  étant 
rcxemi  de  Me;r,  enleva"  à  Chéhérb  ed-dîii  ebn  n<x<flb  et  (ichrâf  ïiiX' 
•ipertion  des  deux  harains,  la  moitié  de  la  chaire  et  l'rtrsfïection  de 
VAnidjadivcli  vl  autres  emplois,  prodmsanl  mcnsneHemenl  mille 
itcrbams.  Aitoùiibogh<\  (»rofmàny  Tavrfit  secondé  darts  cet  acte.  Mai» 
au  retour  du  qàd)  en  chef,  c^esl-à-dire  d'ebn  He<ljdjy,  les  choses  ren- 
trèrent dans  l'ordre  (N,  (bl.  fn)  v"). 

■'  Le  say>ed  et  qâdy  'ezz  ed-din  Hamzah  mourut  hoi's  de  cheï 
lui ,  à  Jérusalem ,  le  i  rabî'  2^  de  l'année  894 ,  et  fut  enteiré  au  ti- 
meli(»re  de  Màmilà  (N,  fol.  àij,  v*). 

"^  Le  ([âdv  Mobebb  ed-din  mourut  la  nuit  du  (jeudi au)  vendredi 
•>3  rabr  1"  de  l'année  89 1  et  fut  enterré  auprès  de  son  père,  à  Touest 
de  la  Qalandariyeh ,  dans  la  lurbeh  (cimetière)  de  bah  en-saghir,  H 
(•tait  né  en  82G(N,foL  49  V»). 

'^  Cette  dat(>.  infirme  la  note  en  latin  qu'on  lit  en  tête  du  manu- 
scrit de  Paris  et  d'après  iJaqnelle  *abd  EiBA^ret  serait  mort  vers  Tan- 
née 920.  L'auteur  de  cette  liote  Ta  confondu  avec  son  homonyme 
abd  Kl  Bâsel  ebn  KhnW  el^n  OMitn ,  el  Malaly,  cl  C^Whéry,   hana- 


460  MAI-JUIN    1894. 

iite,  dont  H.  Khal.  mentionne  plusieurs  ouvrages  et  qui  mourut, 
en  effet,  en  920.  On  verra  d'ailleurs  au  fol.  Ho  r^  que  rabrëviateur 
liu  Tatibih  e_-lâleb  u'avait  que  quatorze  ans  en  921. 

'^  Le  texte  porte  yft  après  el  Amdjad;  l'édition  égyptienne  d'ekn 
(>ch-(ihehiiah  ac  le  porte  pas. 

'^  Quand  ei  Achraf  Moîisa  etdeva  Ba'albakk  à  el  Amdjad,  il  le 
(It  demeurer  auprès  de  lui  à  Damas,  dans  la  maison  de  son  père. 
Le  même  auteur  (cbn  Katîr)  dit,  sous  l'année  635,  à  propos  de  la 
mort  d'el  Achraf,  que  ce  prince  avait  constitué  en  waqf  la  maison 
de  Farroûkh  Châli ,  qu'on  appelle  dâr  es-sdâdeh ,  et  son  jardin  au 
Mayrab,  en  faveur  de  son  fils  (N,  fol.  4 7  v*). 

'^  D'après  ebn  Katîr,  ce  fut  dans  sa  madraseh ,  sise  à  coté  de  celle 
de  son  père ,  au  Charaf  septentrional.  En  donnant  la  biographie  de 
Farrokh  Chah,  cet  auteur  s'exprime  ainsi  :  «C'est  de  lui  que  tire 
son  nom  la  madraseh  la  Fairolihckâhiyeh  (située)  au  Charaf  sep- 
tentrional,  et  à  côté  de  laquelle  est  la  turbeh  \* Amdjadijek,  ^es 
sont  toutes  deux  affectées  aux  Hanafites  et  aux  Châfé*îtes»  (N,  fol. 
48  v«). 

^^  iitoliA. .  Cf.  sur  ce  mot  Quatremère ,  Mamloûks  «  1 ,  3 1 ,  et  Doiy, 
Dictionnaire  des  vêtements,  i45.  —  Le  Fawât  el  wajayâi  (I,  349) 
(ait  mention  d'une  ceinture  qui  valait  cinq  mille  dinars  (plus  de 
soixante  mille  francs  !). 

^^  iiJL^Ji  ^1  ^;b.  Cet  ouvrage  ne  figure  pas  sous  ce' titre  dans 
U.  Khal.,  mais  sous  celui  de  JôLUt  jo^^  (III,  491)11!  a  été  im- 
primé au  Caire,  dans  la  marge  des  tomes  IX.  et  X  du  Kàmel  d'ebu 
el  Atîr,  avec  le  titre  de  ^UXi  Jûâ»;.  Kbn  Chehnah  (Aboul  Walîd 
Zayu  ed-dîn  Mohammad  ebn  Moljammad),  el  Halaby,  hanafîte, 
mourut  l'année  8iô  {Comm.  i3  avril  i4ia). 

'*  Les  deux  dates  sont  restées  en  hlanc  dans  le  manuscrit.  — 
l'jbn  ech  Chehnah  (t.  IX,  d'el)n  el  Atir,  p.  84)  rapporte  aussi 
l'assassinat  de  fiahrâm  Chah  à  l'année  637;  ed-Dahaby,  dans  les 
*ébar,  dit  628;  el)n  Katir  et  es-Safady,  dans  le  iVâJy,  le  placent  en 
chawwâl  628.  Elm  Chaddâd  donne  le  mois  de  safar  639. 

«0  IJ.  Khal.,  IV,  149,  les  appelle  ^^\  ^l*  c»LM:».  —  Comp. 
rhap.  Il,  n.  4. 

^*  Ces  deux  vers  se  trouvent  aussi  dans  le  Fawài  el  wajayàt,  I, 
io3;  mais  au  lieu  de  ^^j^  (j^i  on  y  lit  ^^3  ^^  (de  mon  péché). 

^^  (^e  collège  est  mentionné  dans  le  n°  398  de  ma  collection  des 
inscriptions  de  Dumas  (il  sera  donné  plus  loin  sous  la  Jkhânqâh  la 
'ezziyeh)  el  dans  le  Kêlàh  cr-vawdatavn ,  p.  5o. 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  461 

^  «Car  il  y  avait  ià  une  horioge  (c^LcLmJI  (•^XJb)  au  moyen  de 
laquelle  on  connaissait  chaque  heure  qui  s'écoulait  de  la  journée. 
Elle  était  surmontée  d'oiseaux  en  cuivre,  d'un  serpent  de  même 
métal  et  d'un  corbeau.  L'heure  s'achevait-elle ,  que  le  serpent  sor- 
tait, les  oiseaux  sifflaient,  le  corbeau  criait,  et  un  caillou  tombait. 
Voilà  ce  que  dit  le  qâdy  ebn  Zohayr»  (N,  fol.  5o  r"). 

Comp.  le  passage  du  manuscrit  823,  fol.  53  \°,  repi*oduit  et 
traduit  par  de  Sacy,  *abd  El-Latif,  p.  578,  et  dans  lequel  un  au- 
teur appelé  ebn  Djobayr  décrit  l'horioge  que  Ton  voyait  en  sortant 
do  la  porte  de  Djayroûn.  —  Le  texte  porte  JuLi^  {j\  Jl*S  que  le 
savant  orientaliste  a  lu  JJLj3  jij)  Jlj»  et,  plus  bas,  y^^5o4l  (^lt«l->M 
qu'il  a  cru  devoir  remplacer  par  ^^^^ù^^  ç^^UoJl . 

®*  Plus  loin  on  lit  qaysâriyek.  —  S.  de  Sacy  (*abd  El-Lalif, 
p.  3o3],  dans  une  note  sur  la  qaysâriyeh,  donne  à  ce  terme  le 
sons  de  «halle».  —  Cette  construction  devait  fort  ressemblera  ce 
qu'on  appelle,  à  Alexandrie,  une  okette  :  au  rez-de-chaussée  sont 
des  magasins  servant  d'entrepôt  pour  les  marchandises,  et  des  bou- 
tiques ,  tout  autour  d'une  grande  cour,  à  peu  près  carrée.  Pardes- 
sus, au  premier  étage,  des  logements  dont  la  porte  s'ouvre  sur  une 
galerie  couverte,  passage  et  promenoir,  donnant  sur  la  cour.  Il 
en  est  de  même  du  IJvàn.  Celui  qui  existe  à  Saydâ  et  qui  appar- 
tient à  la  France  est  construit  dans  les  mêmes  conditions.  Un  grand 
portail  auquel  est  préposé  un  portier  (  baiowàb)  ferme  ces  établis- 
sements ;  il  s'y  trouve  aussi  qudques  petites  portes  donnant  accès 
soit  dans  la  cour,  soit  à  un  escalier  conduisant  au  premier  étage. 
Le  mot  okelle  n'est  pas  usité  en  Syrie.  —  M.  de  Goeje,  dans  le 
glossaire  de  sa  Bibliothèque  des  géographes  ara6e« ,  IV*  partie ,  définit 
la    qaysAriyeh    par   :     taberna    mercaioria,    hospitinm    mercatoriam 

»'  D'après  Khalîl  Dâhéry  (ms.  ar.  696,  foL  23o  v**),  l'atAbek 
des  armées  est  le  même  que  le  greuid-émir,  et  porte  encore  le  titre 
de  behler  beki  (Quatremère,  Mamlonks,  1,3). 

^'^  Le  copiste  a  écrit  ^^JLi^ ,  qui  n'a  pas  de  sens  ici  ;  je  suppose 
qu'il  faut  lire,  comme  dans  N  (fol.  5o  r^),  *J  JUC^. 

"^  Les  deux  manuscrits  B  et  N  donnent  ^^^XmS;  mais  il  faut 
lire  ^j.Xy.6.C  (Gumuchtékîn)  comme  dans  le  texte  imprimé  du 
Kélâb  er-rawdaiayn ,  p.  5o.  Cf.  Ovuàma»  traduction  de  M.  Hartwig 
Derenbourg,  p.  178,  n.  5. 

Ed-Dahaby  dit  sous  l'année  493  :  «Kastékîn  (Gumuchtékîn]  ebn 
ed-Dîiiiirhmpnd,  seigneur  de  Malatyah  et  de  Siwâs,  rencontra  les 


iiCr2  MAI-JUIN   189.4. 

Francs  près  de  MulaUali ,  les  iQil.,pn  déroute,. et  fit  prisonnier  lenr 
roi  Botunond  ICS.  Alioii'l  £^dâ,  liisU  or^  îles  crois.  »  [,  5).  Et  il  ar- 
.  riva  par  uier  sept  i^avires?  (qarânh.);  (les  assajillaiits]  s'en^parèrent 
de  la  citudoilc  d*el  Kawra^h  et  ,en.  massacrèrjent  la  garnison.  Ebn 
ed-Dânichmend  marcha  à  leur  rencontre ,  diti|)>n  el  Ajir,  et  les  tailla 
en  pièces.  Trois  mille  Francs  seulement,  sur  .neuf  cent  mille,  échap- 
pèrent la  nuit  venue  (N,  fol.  .00,  r^-v**).  —  [ja.  bataille,  à  laguèUe 
prit  part  l'armëe  &anquc  au  nooibre  de  3op,opo  hommes , .  est 
mentionnée  dans  1(^  fCâmei  d'ebn  el  Atîr  [Hitt*  or,  jit  Croit.,  I, 
-  ao3),  mais  il  n  est. pas  question  de  la  cita4elle. 

«  Et-îaftbéky,  d'après  N,  fol.  5a  t\  où  il  est. dit  qu'il  fut  in- 
vesti des  fonctions  d'atâbek  des  troupes  à  Damas  en  Tannée  53o. 

^'^  On  l'appelait  le  prix  de  l'or  (  hfiiqq  ed-dakab  )  et  elle  possédait 
une  portion  du  jardin  d'd  Khachchâb ,  à  Kafar  Soûsyâ,  et  autres 
pi'opriélés  (N,  fol.  5o  r"). 

^.  l>jamâi  cd-dîn  ehn  Djamâl  el  islam  Aboul  Hasan  'aly  ebn  el 
M oslera  ebn  :  Mohanunad  ebn  'aly,  Es-Nolamy,  ed-Démachqy,  pro- 
fessa pendant  quelque  tejnps  à  I9  Aa(^aA  d'el  phazzâly,  dans  la 
mosquée-cathédrale.  C'est  lui  qui  conseilla  a  cl  G.hazzftl^  de  prendn*. 

•  place  dans  la  Aa/^ri/i  du  chaykh  Nasr.  qui  est  le, iieu  connu,  dans 
la  mosquée-cathédrale,  .sous  le  non^  de  la  Ghazzâlireh.  Professeur 
à  la  Ghaz^âUyeL  et  à  la  Mo'îniyeh ,  il  fut  le  premier  qui  donna  des 
h^ons  à  la  niadraç eh  d'Ainîu  ed-daq|eh ,  en  l'année  5 1 4*  H  composa 
des  ouvrages,  Il  mourut  eu  (]ou'l  qa'deh  de  l'année  533,  du  vivant 

.  du  fondatiiur,  et  fui  enterré  à  hâh  es-saghir^sur  la  même  rangée  que 
plusieurs  des  compagnons  du  prophète  (N^  fol.  5o  v^'-Si  r*). 

Cf.  H.  khal.,  I,  170. 

'^  Mohammed  ehn  'aly  ehn  cl  Moslem  Mo]ii^mmad  ebn/(dy  ehn 
el  Fatlj,  le  prédicateur  [irâ'ez)  Abou  Bakr  ebn  1>jamAl  el  isUm 
Abn  Hasan  ^  es-Solamy,  ed-Démachqy,  fnt  investi  de  la  charge  de 
prédicattiur  {khalih)  à  la  mosquée-cathédrale  de,Damas«  et  de  celle 
de  professeur  à  la  zâwyeh  qui  fait  face  à  1^  porte  .d'e/  har^^^h.  Il 
..mourut  en.chawwâl  de  l'année  564,  à  Tâg^Q  de  soixantedei^i  ans,  et 
fut  enterré  au-dessus  de  son  père  (N,  ôi.r'). 

Le  wiiez  prononce  .des.  sermon^ ,  sans  position  officielle.  Le  Afta/cft 
oxerc($,une  charge;  c'est.lui  qui  fait  che^uç^yençlredi,  çjans  le  djàm£, 

•  où  les. fidèles  ^.réunissent  .pour  la.prièi'e  en  commun,  la  .j^othek 
oi|  prône  avec  une  invocation  finale  pour  le  sultan  régnant. 

.  Voin  ^HP  If^  Mïoibek  la.  note  ;çédigée.  par  M.  de  Slane  danp  Hist. 
or.  des  Crois,,  t.  J,  p.  -757, 


DKSCRÎPTION    D/:    DAMAS.  463 

^  (iliafaf  ed-dîn  Aboii'l  Hasan  'aly  ébn  Abî  Bakr  ebn'Djamâl  el 
islam,  es-SoIamy,  naquil  à  Damas  l'anf  544.  Il  professa  àla  ziwyeh 
située  en  face  de  bâh  el  larâdeh.  Expulse  plus  tard  de  Datnas,  il  de- 
meura à  Hems  jusqu'à'  sa  mort ,  qui  eut  lieu  en  djoumâda-  2*  de 
Tannée  602  (N,  fol.  5i  r"). 

'^s  El  Khedr  cbn  CBebl  ebrt  'abd,  Abou'î  fcïtrakât  el  Hâl^ty,  ed- 
DémachqV,  professa  à  la  Gkazzâliyeh  et  à  ià^ M&djâhédiyeli,  i}n  eLUirt 
(qu'ebn  Chaddâd)  dit  que  Noùr  ed-dîn  le  màrtjrr  -constniisit  '  pour 
lui  la  madraseh  qui  est  eil  dedans  de  bâb  elfat^ûdj  eVqd^n  appelle 
Ik^émâdïyeh,  ff'en  devint  le  premier  professeur.  Pttis  elle  fut  con- 
nue sous  le  lïom  d'el  'émâd  el  kâteb.  If 'Tiaquit  i'aiïriée  486  etnïou- 
rut  en  dou'l  qa*deh  de  Tannée  562.  Il  fut  -enterré  k'^bâh  élftitàdia 
(N,  fol.  5i  v"). 

•*  Le  qâdy  le  ra'j^j  Qotb  ed-dîn  âbouM  tna'âly  Ahmadebh  Abî 
Mobammad  (ebn)  'abd  Ei-Sallâm  ebn  el  Motalihar  ebn  Abi  Séa'd 
'abd  AUab  ebn  Abî  'osrtfûn  îiàquit  eh  radjsfb  àé  Tannée  593*  &  pro- 
féra à  rAtniniyeh  et  à  la  'ùsnoûntyeh ,  à  Damas  ^  ettaounit  e»  djou- 
mâda 2**  de  Tannée  675  (N,  P  53  v'*-54  r**).  —  Quatremère;  Mam- 
loûks,  I,  2*  jpart.,  V46,  dîe*qu'il  mdurut  à'Haiab  àTâge  de  qhatre- 
vingt-troii  ans. 

^  ^"  Le  qâdy  en  cliefNàdjiti  ed^lînAbou  Bakr  Mohamimad,<^ils 
du  qâdy  en  chef  Sadr  ed-dîn  Aboul'abbâs  Ahmad,  fils'du  qâdy  en 
chef  Chams  ed-dîn  =  Abou'i  barakât  Yahya  ebn  Hébat  AUab  ebn  el 
Hasan,  surnommé  (ebn)  Sany  ed-dauleli,  naquit  Taii  616.  Il  fut 
investi  de  !à' charge  de  qâdy  en  chef  (tprèé  la  défaite  des-  Tatârs  à 
'ayn  Djâlbôt  eft  rai'nadâti  de  Tannée^659,  et  destitué  un  an  après. 
Puis  bii' lui  fit  habiter  Mesr  et  il  fut  soumis  à  une' amende.  Ensuite 
U^  fut  nommé  qâdy  de  Daiha's  pendant 'quelques  jours,  après  le 
règne  de  Sbnqoi^  ëi  actiqar;  etf  safar.  de  i'artnée  679.  I:»e>qâdy  en 
chef  Cfa'ams'  ed-dîn  Ahmad  èbh  Khailikâta  Idi  'àVait  «nlevé  aiors  la 
chaire  de  XAndniyehl  en'moharram  de  ladite  aihihée,^liiais  il  levait 
reprise  en  siifar.  B  mourut  le  8  el  tijoharram  de  i'ânnée  680  et 
fut  enterré  au  Qâsyoûil,  dans  la  tui^beh  de'soi^  tiieuii(N,  f"  54  r**). 

—  Cf.  Qùatrei»rèpé;ïoc(y  CI*. ,  H,  49. 

•*  <}otb  ed'-<lîn''Abou*l  ma'âly  Mas^èûd  Mebti  Mc^âmmad  «bn 
Mas*oûd,  en-Nay«àboûry,  e^Tàrtîty?  Tattfetir  dû  Kétâh'^  Hâéyisur 
la  juriâljpiSidence  ;  nkqùit  en* radjah  de  Tannée  So^.^â  vidi»  à  Damas 
Tannée  Sic  cK  dohiia  des  leèohé^à  la'.lllf(>c(/âA^iy^;<puis  à  iat'zâwyeh 
la  Ghazzâliyeh,  après  la  mort  de  Nasr  Allah  el  Massîsy.-  Enf' Tan- 
née 568,  ir  revint 'fr  Dàinas*  qu'il  tfvait  quittée  e(  ^yroièssa  à  cette 


404  MAI-JUIN    1894. 

Aminiyeh  et  à  la  (iliazzâliyeh ;  Noûr  ed-dîn  le  mm^iyr  commença  à 
construire  pour  lui  une  niadraseh,  qui  est  la  Grande  *âdéliyeh.  U 
avait  aussi  occupé  la  chaire  de  la  Djâroûkhiyeh,  11  mourut  à  la 
fin  de  l'année  678  et  fut  enterré,  d'après  ed-Dahaby,  dans  une 
turbeh  qu'il  avait  construite  à  l'ouest  du  cimetière  (maqéJter)  des 
Soûfys.  Il  avait  également  bâti  une  mosquée  sur  Its  rochers  qui 
sont  en  face  du  moidin  de  l'hippodrome  (N,  f°  5i  v**). 

Cf.  H.  Khal.  ElHâdyJilforoû\  VI,  ^70. 

c£7  MassUah  et  el  Masisah  (Mopsueste)  est  une  ville  (sise)   sur 
le  bord  du  Djayhoûn  et  un  des  postes-frontières  de  la  Syrie,  entre 
Antioche  et  le  Bélâd   cr-Roûm;   anciennement   les  musulmans  y 
stationnaient  pour  inquiéter  le  pays  ennemi.  —  El  MastUak  est . 
aussi  un  des  villages  de  Damas ,  près  de  Beyt  Lahya.  »  Mardsed. 

^  *aiy  ebn  'aqîl  ebn  Hébat  AÛah  ebn  el  Hasan  ebn  d  Mo'alla. 
le  jurisconsulte  châfé'îte  Dyâ  ed-dîn  Abou  1  Hasan  ebn  el  Hoûby,  el 
Mohallaby,  ed-Démachqy,  le  notaire,  naquit  Tannée  537.  Il  fut 
imânî  au  machhad  de  'aly  et  mourut  en  radjah  de  l'année  601  (N, 
f°5i  v°-53  r"). 

*^  Sâîn  ed-dîn  Abou  Mohammad  *abd  El  Wâlied  ebn  Ismâ*îi  ebn 
Zâfer,  ed-Démyâty,  le  châfé'îte,  naquit,  à  ce  qu'on  suppose,  en  l'an- 
née 556  et  mourut  en  rabî*  1"  de  l'année  6i3  (N,  f^  Sa  r*). 

•*  Et-Taqy  *ysa  ebn  Yoûsef  Ahmad. 

^  Voir  chapitre  U,  n.  G2.  Le  Kétàb  el  wefayât  donne  sa  bîo- 
«>;raphic,  1,  i33. 

^"o  Le  qâdy  en  chef  Djamâl  ed-dîn  Abou  1  Walîd  Yoûnès  ebn  Bad- 
rân  ebn  Fîroûz  ebn  Sâ'ed  ebn  'asâker  ebn  Mohammad  ebn  'aiy,  d 
Qorachy,  ech-Chayby,  el  Hcdjâzy  d'origine,  d  Me^ry,  naquit  à  Me^r 
en  l'année  555  approximativement.  B  fut  procureur  du  trésor  puMic 
à  Damas  et  investi  de  la  charge  de  professeur  à  cette  Amtaijek, 
après  et-Taqy  l'aveugle ,  par  le  vizir  Safy  ed-dîn  Abou  Bakr  qui  le 
nomma  aussi  professeur  de  la  Grande  *âdéliyeh,  quand  ia  construc- 
tion en  fut  achevée  en  Tannée  619.  C'était  sous  le  règne  d'd  Mo'az- 
zam.  On  lui  contesta  sa  génédogie  comme  descendant  de  Qoraych. 
Chaque  jour  de  vendredi ,  après  V'asr,  il  siégeait ,  pour  rendre  la 
justice,  à  la  fenêtre  el  Kamâly,  dans  le  machhad  de  *oUnAn.  D  mou- 
rut en  rabî*  1"  de  l'année  623  (N,  f°  52  v^-53  r"). 

Echrcheubbâk  el  Kamàly,  On  lit  au  P  5ii  v°  et  en  {dusieurs  autres 
endroits  :  «à  la  fenêtre  el  Kamédy  de  la  mosquée-cathédrale  de 
Damas  ». 

Rn  parlant  de  la  mort  de  Tâdj  ed-dîn  Mohammad,  fils  de  Ché- 


DESCRIPTIOiN   DE   DAMAS.  465 

Lâb  ed-dîn  (voir  ci-devant,  n.  57),  N  dit  {f°  67  v°)  qu'il  mourut 
en  sa  demeure  située  dans  la  ruelle  de  la  turbeh  du  sultan  Salâh 
ed-dîn  Yoûsef. 

*®^  N  écrit  el  Djabaly.  —  Rafî*  ed-dîn  est  mentionné  plus  haut. 
—  Le  qâdy  er-Rafï*  Abou  Hâmed  'abd  El  azîz  ebn  *abd  El  Wâhed 
ebn  Ismâ'îl  ebn  'abd  El  Hâdy  ebn  Mohammad  ebn  Hâmed ,  el  Dja- 
baly, châfé'îte,  fut  investi  par  es-Sâleh  Isma'îl  du  poste  de  qâdy  à 
Damas,  l'année  638.  Saisi  el  condamné  à  une  amende,  il  fut  mis 
à  mort  en  dou'l  hedjdjeh  de  l'année  6li2.  U  a  écrit  des  ouvrages 
de  médecine  (N.P  53  r°-v°). 

Cf.  H.  Khal.,  I,  3o3.  Dans  l'index,  Flùgel  l'appelle  el  Djabaly 
[al.  el  Halaby).  M.  Leclerc,  Histoire  de  la  médecine  arabes  II,  210, 
lui  donne  le  nom  ethnique  d*el  Djîly  et  le  fait  mourir  en  Tan- 
née 64 1  (sans  doute  d'après  ebn  Osaybé*ah). 

*®*  N  écrit  par  erreur  el  Djabaly.  —  Voir  Hist  or.  des  Crois.,  I, 
index ,  aui  mots  Osâmah  'ezz  ed-dîn  et  'adjloûn.  'ezz  ed-dîn  Osâmah 
el  Halaby  était  l'un  des  principaux  généraux  de  Saladin.  Cf.  aussi 
la  note  de  M.  H.  Derenbourg  [Oasânia,  traduction,  191). 

^^  'adjloûn  est  un  château  fort  et  Bâ'oûtah  en  est  le  bourg.  Le 
château  s'élève  à  un  temps  de  galop  du  bourg.  Tous  deux  sont  situés 
sur  la  montagne  orientale  du  Ghaur,  en  face  de  Baysân,  et  de  Bay- 
sân  on  découvre  'adjloûn ,  cette  place  inexpugnable  bien  connue.  Ce 
château  fort  est  récent  :  il  a  été  construit  par  *ezz  ed-dîn  Osâmah , 
l'un  des  principaux  généraux  de  Saladin»  (Abou'l  fédâ,  loco  cit,, 
II,  n,  23). 

*®*  tKawkah  est  le  nom  d'une  citadelle  sise  sur  la  montagne  qui 
donne  sur  Tibériade;  elle  est  très  forte  et  domine  le  Jourdain.  Elle 
fut  conquise  par  Saladin  et  ruinée  depuis.  9  Marâsed. 

^•^  D  le  soupçonnait  d'être  en  correspondance  avec  ez-Zâher,  sei- 
gneur de  Halab.  Il  lui  extorqua  un  million  de  dînârs.  La  citadelle 
de  Kawkab  fut  rasée  jusqu'au  sol,  parce  qu'il  était  hors  d'état  de 
la  conserver  (N,  f"  69  r°). 

*••  Le  chaykh  Nadjm  ed-dîn  *abd  Allah  ebn  Mohammad,  d  Bâ- 
dérây,  el  Baghdâdy,  fut  professeur  de  la  Nézâmiyeh  (à  Baghdâd)  el 
ambassadeur  du  khalifat  auprès  des  divers  souverains  (N,  f°  69  r^). 

Cf.  dans  Quatremère,  Mamloûks,  I,  77  n. ,  la  notice  sur  el  Bâ- 
dérây  tirée  de  Hasan  ebn  'omar  (f  11  r")  et  d'Abou'l  mahâsen 
(f  172  v*»). 

'^^  Dans  sa  madraseh,  près  de  bâb  essaldm,  on  lit  sur  sa  tombe 
l'inscription  suivante  (n"  3^5  de  ma  collection),  écrite  sur  piapier  : 

III.  3 1 


iMraimr.KiB  i*tiu<i*li. 


400  MAI-JUIN  1804. 

■  Ceci  (>st  la   lonibe  ilu   cliayUi  parfiiil,  savaat,   pFAliqnant,  tièf 

■  docte,  verse  dans  la  science  des  préceptes  divins  ( M  fartuty) ,  Nadjn 
ted-din'abd  Allah  ebn  Abri  wafd  Mohammad  ebn  el  H«Mn,elBà- 
«  dérày,  le  chàfe  itc ,  que  Dieu ,  qu'il  soit  exalté  !  lui  fasse  miséri- 
«  corde  !  H  mounit  à  la  miséricorde  et  an  pardon  de  Diea ,  Tan- 
«née  655.  • 

^  l^^-^ï.  Cette  destruction  eut  lieu,  d'après  Abou  Ciiâiiiah,ai 
647.  comme  on  le  verra  plus  loin  sous  la  madraaeh  VYa^kmMuériytL 

>»  (El  maleL  ei-SàleLi)  Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb,  fils  d*el  Kâmd, 
régna  à  Damas  en  636  et  fut  dépossédé  de  cette  ville  en  637.  H 
régna  en  l^g>7)te  de  637  à  647  et  rentra  en  possession  de  Damas 
de  6.43  à  647- 

"^  Le  sultan  d'Egypte  (et  de  Syrie)  était  alors  d  Mb'eiz  'en  ed- 
dm  Aybek,  qui  régna  de  648  (1360)  à  655  (1S57). 

'"  «  Djesrîn  est  un  des  villages  de  la  Ghoûtah  de  Damas.  >  Ma- 
ràsed. 

"^  *abd  Er-Rahman  ebn  'abd  Allah  ebn  d  Hasan  ebn  *abd  AUafa 
ebn  el  Hasan  ebn  'otmân,  Djamâl  ed-din,  fils  do  chaykh  Nadjm 
ed-din ,  el  Bàdérày,  el  Baghdâdy,  puis  ed-Dëmadiqy,  professa  i  la 
madraseh  de  son  père,  après  lui,  jusqu'à  sa  mort,  qui  eut  lieu  le 
jour  de  mercredi  6  radjah  de  l'année  677.  H  fut  enterré  au  pen- 
chant du  Qàsyoùo.  H  avait  passé  la  cinquantaine  (N,  f*  59  i^-V). 

On  trouve  sa  biographie  dans  le  Tâljr  wafayàt  el  tCyàn  d'e«-SH|- 
qâ'y,  P  5 1  r*>-v^  Cet  auteur  dit  que  Djamâl  ed-dui  vint  à  Damas, 
après  la  prise  de  Baghdâd ,  et  demeura  dans  la  maison  voisine  de 
la  madraseh. 

"'  Le  chavkh  Kamàl  ed-din  Aboul  fadâil  SalAr  ebn  d  Hana 
ebn  omar  ebn  Sa*id,  el  Erbély,  avait  été  désigné  par  le  fendatenr 
de  la  Bàdèrâïyeh  comme  répétiteur  à  ce  collège.  B  umserva  eas  fonc- 
tions jus({u'à  ce  qu  il  mourut  en  djoomAda  3'  de  Tannée  670.  H  fut 
enterré  à  hàh  es-sagkù^  (N,  f  Sg  v"). 

Quatremère,  Mamloùks,  1,  2"  part.,  107,  lui  donne  la  àoa^ 
d'Aboul  Fadl. 

"^  Le  chaykh  Chams  ed-dîn  Abou  'abd  AlUh  Mohunmad  dn 
Hasan  ebn  Mohammad,  el  Hosayny,  diAfêfte,  neven  dn  cba]^ 
Taqy  ed-din  d  Hesny,  fut  nommé  à  la  chaire  de  la  Bâdéràfyth^  sans 
y  toucher  de  traitement ,  et  s'occupa  de  restaurer  œooUège.  Il  non- 
rut  à  Damas  le  jour  de  lundi  3  rabî*  i"  de  l'année  894  (N,  f*  6i  ^). 

^^^  Fils  do  Mohaddeb  e/l-din  Aboo'l  mahâsen  d  Mohdlab  ebn 
Hasan  ebn  BaraLàt  'aly  ebn  Ghyât ,  el  Mohdiaby,  d  Me^ry.  D  était 


DESCRIPTION    DE   DAMAS.  467 

connu  sous  le  nom  d  el  Madj  el  Bahnasy.  Il  mourut  a  Damas  en  sa- 
far  de  l'année  628,  âgé  de  plus  de  soixante-dix  ans,  et  fut  enterré 
dans  sa  turbeh  qu'il  avait  construite  au  penchant  du  QâsyoiHn  (N, 
r  62  r^). 

Bahnasa,  dans  le  Sa'id  d'Egypte,  sur  le  canal  de  Joseph  ou  du 
Fayyoûm. 

'^^  Ghams  cd-dîn  Ahmad  ebn  Khallikân,  dont  le  nom  entier  est 
Aboul  'abbâs  Ahmad  ebn  Mohammad  ebn  Ibrâfaîm  ebn  Abî  Bakr 
ebn  Khfidiikân ,  ainsi  appelé  du  nom  de  son  aïeul ,  el  Barmaky,  ta 
Erbély,  naquit  à  Arbèles  en  608.  Il  vint  en  Syrie  pendant  sa  jeunesse. 
En  dou'l  qa*deh  de  Tannée  669 ,  il  fut  nommé  qâdy  de  Syrie  avec 
juridiction  séparée ,  charge  à  laquelle  furent  jointes  l'inspection  des 
waqfs ,  de  la  mosquée-cathédrale ,  de  l'hôpital ,  et  les  fonctions  de 
professeur  dans  sept  madraseh  :  la  ^âdéliyeh,  la  Nâsériyek,  la  Wrà- 
wiyek,  la  Falakiyeh,  la  Rokniyeh,  Vlqbâfyeh  et  la  Bahnâsiyeh,  Son 
diplôme  fut  lu  le  jour  de  ^arafah ,  le  vendredi ,  après  la  prière  pu- 
blique ,  à  la  fenêtre  el  Kamàly  de  la  mosquée-cathédrale  de  Damas. 
H  fut  plus  tard  destitué  et  remplacé  par  *ezz  ed-dîn  ebn  evSAyegh  » 
l'année  669.  Sept  ans  après,  au  commencement  de  677,*  il  fut  ré- 
tabli à  son  poste  et  ebn  e^-Sâyegh  destitué.  Privé  de  nouveau  de  ses 
fonctions  en  el  moharram  680,  ebn  Khallikân  ne  conserva  en  sa 
possession  que  VAmtniyeh  et  la  Nadjibiyeh.  11  composa  un  recueil 
précieux  sur  les  morts  des  personnages  illustres.  Il  mourut  dans 
ïiwân  de  la  madraseh  la  Nadjibiyeh,  dans  la  soirée  (du  vendredi 
au)  samedi  26  radjah  de  l'année  681  (3o  octobre  1281)  et  fut 
enterré  au  penchant  du  Qâsyoûn.  H  était  âgé  de  soixante-treize  ans 
(N,r54v"). 

On  trouve  la  biographie  d'ebn  Khallikân  dans  de  Slane,  Bio- 
grupkical  dictionary,  introduction  des  vol.  I  et  II;  dans  Quatremère, 
Mamloâks,  I,  2"  pari.,  p.  180  et  suiv. ,  271;  ibid..  Il,  22;  et  dans 
e5-Saqqâ*y,  ms.  732  ,  f*  3  v*. 

*"  La  biographie  de  Taqy  ed-dîn  'omar,  prince  de  Hamâh ,  est 
donnée  par  le  Biogt^apkical  dictionary.  II,  391.  Ce  prince  mourut  le 
19  ramadan  687  (10  octobre  1191).  —  H  devint  seigneur  de  Hamâh 
en  674.  —  n  fut  enterré  dans  une  turbeh  que  recouvre  une  ma- 
draseh très  connue,  sur  le  territoire  de  Hamâh  (Kétâb  er-rawda- 
tayn,  2"  part. ,  p.  igS).  Le  Kkéial  (II,  2  64),  à  propos  de  la  ma- 
draseh nommée  Manâzel  el  *eiz,  donne  aussi  une  biographie  de  Taqy 
ed-dîn  'omar  et  dit  qu'il  mounit  la  nuit  du  (jeudi  an)  vendredi 
9  du  mois  de  ramadan. 

3i. 


408  MAI-JUIN    1894. 

""   Llin  (^liaddâd  l'appello  l<*  qâdy  en  chef  Mohiy  ed-din  Mobam- 
mad  H)n 'alv  (N,  r63  V"). 

"^  Qàdy  dr  Damas;  il  fit  à  Jérusalem,  le  4  cha'bân  583  (g  oc- 
lohn»  ï  1 H7  ) ,  l(»  premier  sermon  après  la  prise  de  la  ville  sainte  par 
Saladiii  [Hist.  or.  des  Croisades,  I,  706).  —  Il  récita  le  service  fu- 
nèbre à  renterrcment  de  ce  prince  (/6irf.,  69,  et  III,  366,  869 , 
387  et  \  1  2  ). 

Ebn  Khallikàn  donne  sa  biographie  (II ,  633).  Il  était  né  à  Damas 
en  55o  (1 155);  il  mourut  dans  cette  ville  le  7  chal>ân  598  (3  mai 

I  202  )  et  fut  enterré  au  penchant  du  Qâsyoûn. 

^^  H  s'agit  probablement  de  Kamâl  ed-din,  fils  du  qâdy  *ezz  ed- 
dSn  Hamzah,  el  Hosayny,  qui  figure  parmi  les  professeurs  de  la  ma- 
draseh  V Amdjadiyeh. 

"'  Aronâm,  c'est-à-dire  originaires  du  pays  du  Roûm  (Asie  Mi- 
neure). 

^^  *abd  El  Bâset  avait  alors  soixante-quatre  ans. 

'"  Envoyé  comme  ambassadeur  auprès  de  Khawârezm  Chah  à 
Isbahân,  il  mourut  en  route  à  Hamadân  en  dou'l  qa'deh  692  (N. 
P  65  r''). 

'"  Le  jour  de  dimanche  i4  dou'l  qa'dch  de  l'année  726,  fut  ou- 
verte la  madraseh  la  Hemsiyeh  (qui  est)  vis-à-vis  de  la  CAdmîve^  ex- 
tra miiros,  et  la  leçon  y  fut  donnée  par  Mohiy  ed-dîn  de  'Tripoli. 

II  était  qâdv  de  Hesn  'akkâr  et  surnommé  Abou  Rébâh  (N,   £^67 
r»). 

Le  cliâtean  de  'akkâr  est  placé  dans  la  montagne  de  ce  nom ,  si- 
tuée au  delà  de  Ba'lbakk  et  à  l'orient  de  Tripoli.  Cf.  Abou'I  fédâ, 
loco  cit.,  II,  89. 

*^^  Si  el  Djamâl  el  Mesry  est  le  même  dont  la  biographie  est 
donnée  ci-devant,  n.  100,,  et  qui  vécut  de  555  à  623,  on  peut  être 
à  peu  près  fixé  sur  l'époque  à  laquelle  ce  Sibây  était  nâîh  de  Syrie. 

•2«  Ou  «de  la  lionne».  N  (f°  67)  porte  iU..-Jl  laâç.  La  moitié 
inférieure  de  ce  f"  67  r"  est  restée  en  blanc,  ainsi  qu'une  partie  du 
verso. 

'^'  Ce  titre  manque  dans  N. 

•"  Le  qâdy  suprême  Badr  ed-dîn  Hasan,  connu  sous  le  nom  de 
fils  du  qâdy  d'Adré'ât,  mourut  la  nuit  du  (samedi  au)  dimanche, 
au  coucher  du  soleil,  fin  du  mois  de  moljarram  de  l'année  81 4, 
dans  son  habitation  au  haut  de  la  madraseh  la  Khahisiyeh ,  et  fut 
enterré  dans  la  turbeh  du  chaykh  Raslân  (N,  f"  67  v"). 

•"  Cette  madraseh  el  sa  notice  sont  omises  dans  B. 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  469 

*^**  Cf.  ci-devant,  note  2. 

'^^  Ebn  Katîr  dit,  sous  l'année  61 4  :  «Ech-Chodjà'  Mahmoud, 
connu  sous  le  nom  d'ebn  ed-Dammâgh ,  était  du  nombre  des  amis 
d'el  'âdei,  qu'il  faisait  rire.  Il  acquit  des  biens  considérables.  Sa 
maison  était  située  en  dedans  de  bâb  el  faradj.  Sa  femme  'âîchah 
en  fit  une  madraseh  pour  les  Châfé'îtes  et  les  Hanafites  et  lui 
constitua  des  waqfs.  Il  mourut  à  Damas  en  dou'l  qa'deh»  (N,  P  68 

*^  11  mourut  l'année  637.  Cf.  Fawât  el  wafayât,  11,  227,  oii  son 
nom  est  écrit  une  fois  el  Kboûly,  comme  dans  B. 

^^  Zayn  ed-dîn  ebn  Waly  ed-dîn,  connu  sous  le  nom  de  fils  du 
qâdy  de  'adjloûn  (N,  f*  70  r*»). 

*^  *abd  El  Wahbâb  ebn  Ahmad  ebn  Sahnoûn,  le  prédicateur 
d'en-Nayrab ,  hanaf îte ,  professa  à  la  Dammâghijeh»  H  vécut  soixante- 
quinze  ans  et  mourut  l'année  69 4-  U  était  le  médecin  de  l'hôpital 
de  la  montagne  (Fawât  el  wcLfayâl,  II,  26).  Es-Saqqâ'y  donne  égale- 
ment la  biographie  d'ebn  Sahnoûn  (Madj  ed-dîn),  f**  55  r^  et  dit 
qu'il  mourut  en  dou'l  qa'deh.  —  N  ne  fait  mention  ici  d'aucun  des 
professeurs  hanafites. 

Ebn  Châker  dit  que  Qasr  el-Labbâd  était  un  couvent. 
«  Maqra  —  par  xinfathah ,  puis  un  sokoûn  et  un  alef  bref  à 
la  fin  —  village  de  Syrie,  faisant  partie  des  districts  de  Damas. 
C'est  ainsi  qu'a  dit  quelqu'un;  mais  les  traditionnistes  et  les  habi- 
tants de  Damas  donnent  un  damniah  au  mim.  »  Marâsed, 

^"^  On  sait  que  les  Arabes  divisent  toute  chose  en  vingt-quatre 
parties  qu'ils  appellent  qiràt  ou  bien  saÀm  (litt.  (lèche). 

***  Au  lieu  de  Sarhoûb ,  N  écrit  Charkhoûb. 

"•  «  Qasr  Omin  Hakim,  à  Mardj  es-Soffar,  du  territoire  (  ^Je»^l  ^J*) 
de  Damas.  0mm  Hakîm  était  l'épouse  d'Héchâm ,  fils  de  'abd  El 
Malek.  »  Marâsed. 

***  Chaqhab.  Village  situé  dans  le  Mardj  es-Soffar.  Cité  par  Maq- 
rîzy,  Khélat,  II,  58  et  92.  —  C'est  près  de  cet  endroit  qu'eut  lieu, 
dans  l'année  702  (1 3o3) ,  entre  les  Mongols  de  la  Perse  et  les  Egyp- 
tiens ,  une  bataille  dans-  laquelle  ceux-ci  furent  victorieux.  —  C'est 
là  que  les  Francs  prirent  position  en  l'année  520  (1126-1137) 
(Hist.  or.  des  Croisades,  I,  16,  173,  790  et  372). 

^*'  Voir  H.  Khal.,  II,  io3  :  «  Ta'rikh  ebn  Chohbeh.  C'est  ime  suite 
à  l'Histoire  d'ed-Dahaby  intitulée  el  V6ar.  Selon  moi,  c'est  une  Chro' 
niqne  à  part,  que  l'auteur  a  appelée  Ta'rikh  el  islam,  en  six  gros 
volumes  environ,  dont  je  possède  le  deuxième  et  le  troisième,  coni' 


13S 
136 


k 


470  MAI-JUIN  1804. 

incnçaiit  u\i'c  l'année  5Go  (Comm.  18  novembre  11 64).  J'ai  vu  un 
L'iempiaire  coiupiet.  » 

*^  tDjayroûn.  Portique  (tcufifeh)  allongé,  supporté  par  des  co- 
lonnes et  entouré  de  portiques;  une  ville  l'euvdoppe;  il  se  trouve 
à  Damas,  au  centre,  comme  un  quartier  (d  mahaUek),  La  porte 
orientale  de  la  mosquée -cathédrale  qui  y  conduit  se  nomme  bàk 
Djayroûn  (la  porte  de  Djayroûn).  •  MaràsedL  —  Voir  sur  Djiroén, 
'abcl  Kl-Lalif,  n.  44*  p.  àà2  et  suiv.,  S.  de  Sacy,  qui  cite  successive- 
ment Mas'oudy,  Maqrîxy,  Khalil  Dàhéry,  Âbou  1  fédA ,  Djawhary,  Abou 
Châmah  et  Thévenot.  D'après  Gabricd  TaouU,  «Dproûn  est  ud  vaste 
et  ancien  édifice,  couvert  de  toits,  et  renfermant  dans  son  intérieur. 
tant  à  droite  qu'à  gauche,  des  lieux  d'aisances,  au-dessous  desqueb 
passe  sans  cesse  une  partie  de  la  rivière  de  Damas».  Cet  édifice, 
<|ui  sert  aujourd'hui  de  latrines  publiques,  était  sans  doute  autre- 
ibis  un  bazar  ou  marché  couvert.  —  Il  fut  consumé  par  un  incendie 
en  l'an  SSg  {Kétàb  er-iawdatayn ,  i33).  De  Sacy  donne  encore, 
p.  576,  addition  à  la  note  44*  un  extrait  du  ms.  n"  833,  dans 
lequel  il  est  question  des  trois  porter  primitives  de  Damas  et  des 
quatre  portes  de  la  mosquée,  des  quatre  réservoirs  (ial^UL»)  de  la 
mosquée,  et  de  l'horioge  (£^11^)  qu'on  voit  à  droite  en  sortant  de 
bàb  Djayroûn.  —  D'après  Mas'oûdy,  traduction  de  M.  Barbicar  de  Mey- 
nard ,  lll ,  2 72 ,  c  l'emplacement  du  palais  de  Djayroûn,  qu'à  nomma 
Irem  aux  piliers,  est  occupé,  en  l'an  333,  par  un  des  marchés  de 
Damas,  situé  près  do  la  porte  de  la  mosquée-cathédnde,  appelée 
Djayroûn  ou  porte  de  Djayroûn,  C'était  un  vaste  édifice  servant  de 
château  à  ce  roi.  Il  était  muni  de  portes  d'airain  d'un  travaU  mer- 
vcdleux,  dont  les  unes  sont  restées  dans  lenr  état  primitif,  et  les 
autres  ont  été  adaptées  à  la  mosquée-cathédrale.  » 

^  n  fut  enterré  dans  sa  madraseh  (N,  P  70  v"). 

*^*  tEd'Dawlaiyeh.  Grand  village  à  une  journée  d'el  filawsel,  sur 
la  route  de  Nésîbîn.  »  Maràsed, 

^^  n  lava  le  corps  de  Ssdadin  (Hist.  or,  des  Crois,,  I,  68,  etIU, 
369).  S.  de  Sacy,  ^abd  El-Latif,  488,  indique,  d'après  Aboul  ma- 
hâsen  (ms.  ar.  de  la  Bihliothècpie  nationale,  n**  661),  l'année  698, 
comme  la  date  de  la  mort  d'ed-Dawla'y  et  dit  que  ses  noms  et  sur- 
noms étaient  Dyâ  ed-din  'abd  El  Malek  ehn  Yâsîn.  —  Ebn  Khdii- 
Lân  (IV,  ^àà)  dit  également  que  celui  qui  lava  le  corps  de  Saladin 
s'appdait  Dyâ  ed-dîn  Abou'l  Qâsem  'abd  EU  Malek  ebn  Zayd  ebn 
Yâsîn. . .,  châfé'ite,  prédicateur  de  Damas,  qui  mourut  le  13  ra- 
bî'  1*'  598  (10  décembre  1201).  Il  était  né  l'an  607  (iii3-iii4). 


DESCRIPTION    DE   DAMAS.  471 

Il  fut  enterré  au  cimetière  des  martyrs  [maqâber  ech-chohadâ) ,  en 
dehors  de  bâb  es-sagkir,  —  On  trouve  près  de  bâb  es-saghtr  ie  tom- 
beau d'ed-Dawla'y.  H  porte  l'inscription  suivante  (n°  61 5  de  ma 
collection)  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  Qor.  XXXVII,  69.  Ceci  est  le  tombeau 
«du  chaykb,  le  jurisconsulte,  l'imâm,  le  savant,  le  moufty,  la  lu- 
«mière  de  la  religion  (Dyâ  ed-dîn),  le  UiaUb  ^  i'imâm  et  le  moufty 
«  de  Damas ,  Abou'l  Qâsem  *abd  El  Malek ,  fils  de  Zayd ,  ct-Taghlaby, 
«  ed-Dawla  y,  que  Dieu  lui  fasse  miséricorde  !  Il  mourut  le  jour  de 
«mardi,  avant  le  coucher  du  soleil,  après  avoir  fait  la  prière  de 
tiVa$r  et  sans  cesser  de  réciter  son  chapelet  jusqu'à  ta  mort,  le 
«  1 2  rabî'  1"  de  l'année  698.  » 

****  Le  membre  de  phrase  est  incomplet  dans  le  ms,  et  par  suite 
le  sens  reste  douteux.  On  y  lit  i  c;».>.o*>i  ^^,^, . 

^^^  'abd  El  Bâset  avait  alors  soixante-quatre  ans  (lunaires). 

'"  N  l'appelle  «  châfé'îte  » ,  au  lieu  de  intra  mwros. 

'*'  D  faudrait  écrire  j^^^JL*,  Manko-vireck,  qui  signifie  en  turc 
oriental  «don  de  Dieu»  (cf.  HisL  or.  des  Crois.,  I,  844). 

•^"  Falak  ed-dîn  était  frère  utérin  d'el  malek  el  *âdel.  11  est  men- 
tionné dans  HisL  or.  des  Crois.,  II,  1"  part.,  61,  et  111,  307,  3o8. 

''^  D'après  ebn  Katîr,  il  se  désista  de  cette  chaire  en  faveur  de 
Chéhâb  ed-dîn  Abou  Châmah,  l'année  660  (N,  P  73  v"). 

*"  De  ce  nombre  était  Djamâl  ed-dîn  et-Taymâny  en  faveur  du- 
quel Chéhâb  ed-dîn  ebn  Hedjdjy  et  le  sayyed  Chéhâb  ed-dîn,  fils 
du  naqib  el  achrâj,  résignèrent  la  chaire  de  la  Rokniyeh,  en  dou'l 
qa'deh  81 5,  moyennant  cent  cinquante  florins  [ajloûry)  payables 
partie  comptant  et  partie  à  terme  (N,  f"  74  v").  (Cependant)  le  fils 
du  qâdy  de  Chohbeh  dit  dans  ses  Annales,  sous  l'année  8i5  :  «Et- 
Taymâny  naquit  à  Mesr  l'an  771  et  fut  tué  en  safar  de  l'an- 
née 8i5,  dans  sa  demeure  (située)  au  tadil,  pendant  la  guerre  qui 
édatt  entre  en-Nâser  (  Faradj  )  et  ses  compétiteurs  au  trône ,  en  safar 
de  l'année  81 5.  Il  fut  enterré  au  cimetière  (maqâber)  d'el  Homo- 
riyeh ,  à  proximité  de  la  Choûwaykeh ,  près  du  quartier  du  tombeau 
de  'âtékah,  à  côté  du  chaykh  'aly  ebn  Ayyoïib»  (N,  f°  74  r*-v'). 

*"  D  professa  à  ce  collège  l'année  886  (N,  f°  77  v").  Comp.  sous 
la  madraseh  VAmdjadiyeh. 

^^  Cf.  ebn  Khallikân  (11,  189-190)  :  «Un  collège  du  même  nom 
existait  à  Halab,  fondé  également  par  ez-Zaky  Abou'l  Qâsem  Hébat 
Allah  ebn  *abd  El  Wâhed  ebn  Rawâhah,  cl  Hamawy.  Il  mourut  à 
Pâmas  le  mardi  7  radjab  622  (3  juillet  1228)  et  fut  enterre  dans 


472  MAI-JUIN   1894. 

le  cimetière  des  Soûi'ys.  Cliéhâb  ed-dîn  'abd  Er-Rakman  Aboa  Châ- 
niah  dit  dans  ses  Annales  qu'ebn  Rawâhah  moanit  en  6 s 3.  » 

»"  D'après  ebn  Katir  (N,  f  77  v')7  il  sappdait  Hébat  Allah, 
(ils  de  Moljammad. 

'^  Il  habitait  la  chambre  qui  se  trouvait  dans  Yiwàn  de  la  ma- 
draseb,  du  côté  de  l'ouest  (N,  f  77  v"). 

^"  ^^Aa  .  Cf.  de  Goeje,  Bibl.  geotp\  arab,,  glossaire,  au  mot 


'^  Les  Annales  d'ed-Dahaby  existent  à  la  Bibliothèque  uationide* 
n"  646. 

'^  Le  qâdy  Cbaraf  ed-dîn  Abou  Tftleb  *abd  Allah  ebn  'abd  £r- 
Hahmaa  ebn  Sultan  ebn  Yahya  ebn  *aly  ebn  'abd  £l 'azîz  ebn  Zayn 
el  qodât  (l'ornement  des  qâdys)  Abî  Bakr,  ei  Qorachy,  ed-Dé- 
machqy,  professa  à  la  Rawâhiyeh  en  l'année  6o4t  et  à  la  Châmijr^ 
extra  mwvs.  H  mourut  en  chaliân  de  l'année  61 5  et  fiit  enterré 
dans  leur  cimetière,  à  la  mosquée  du  pied  (N,  f*  78  r'*). 

^^  L'imâm  Chams  ed-dîn  'abd  Ër-Rahman  ebn  Noûh  ebn  Mo- 
ljammad ebn  et-Turkomâny  el  Maqdésy  mourut  en  rabf  2'  de  l'an- 
née 654,  à  l'âge  d'environ  soixante-dix  ans  (N,  f*  78  r'*-v*). 

n  s'agit  ici  de  son  fils  Nâser  ed-din  Mohammad  ebn  Chams  ed- 
din  *abd  Er-Rahman  ebn  Noûh,  ed-Démachqy.  Celui-ci  professa  à 
la  ^adràwiych  et  à  la  turl>eh  d'Omm  es-Sâleh,  On  le  trouva  étranglé 
le  vendredi  matin  3  cha'bân  de  l'année  689.  Il  fut  enterré  au  cime- 
tière (maqâber)  des  Soûfys  (N,  f"  78  v*'-79  v"). 

1^^  I^^J^j.^â^b  JojsJ  ^J^.  Je  ne  suis  pas  certain  d'avoir  bien 
traduit  ce  membre  de  phrase.  N  porte  i^tri^Y*  *)  0^.  Il  écrit 
quelques  lignes  plus  haut  :  f^\  ^^o^^l  (^15^  U  I4;  j<ft,T^  ^^^^^^aS  JjS 
ï\S\^  ilaJ)  ^.  «Il  composa  une  pièce  de  vers  comme  soidagement 
aux  injustices  et  aux  mauvais  procédés  qu'il  lui  avait  fait  subir.  » 

^^  Le  courrier  de  la  poste  porteur  de  l'ordre  de  procéder  à  une 
enquête  arriva  en  djoumâda  2**  de  l'année  688. 

^**  Au  lieu  de  k>^I  ,  N  porte  loIxxJt  «  le  très  grand  •. 

*•*  N  ne  fait  pas  mention  de  cette  zâwyeh. 

^^  Le  mot  maqsoûrah  désigne  :  une  chambre  grillée,  placée  dans 
une  moscf ttée,  auprh  du  timenbari»  [la  chaire)  et  dans  /oçBtf/le  le 
prince  se  place  pour  faire  la  prière  et  entendre  la  hhplheh.  On  peut 
consulter  pour  ce  (|ui  concerne  la  matjsoûrah  l'Architecture  arahe  on 
monuments  du  Caire,  de  Coste,  p.  82  (Quatremère,  Mamloàhs,  I, 
164,  et  II,  283). 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  473 

^^"^  Sur  le  Khedr,  cf.  Qor'ân,  sourate  xviii,  et  Reinaud,  Monu- 
ments arabes,  persans  et  tares,  I,  169. 

^**  En-No*aymy  a  omis  ce  titre.  Du  reste,  il  doit  y  avoir  ici 
(f°  81  r")  une  forte  omission  du  copiste,  car  il  n'est  pas  question 
de  Sett  ech-Châm ,  quoique  l'auteur,  en  paiiant  de  la  Chdnivyeh  intra 
ninros  [î"  86  r")  qui  suit,  renvoie  à  la  biographie  de  cette  princesse, 
qu'il  dit  avoir  donnée.  De  plus ,  les  deux  premiers  professeurs  seids 
sont  mentionnés  et  son  article  ne  cite  aucun  de  ceux  énumérés 
dans  la  longue  liste  de  R. 

^^*  Abou  Châmah  (voir  ci-après  n.  174)  appelle  ce  quartier  la 
'awniyeh. 

*^®  Ce  collège  est  mentionné  par  ebn  Khallikân  (II,  189);  mais 
la  princesse  est  appelée  Zaman  Khâtoûn ,  ce  qui  est  sans  doute  une 
faute  de  copiste. 

>^^  La  biographie  de  Chams  ed-dauleh  Toûrân  Chah  (el  maiek 
el  Mo'azzam  )  surnommé  Fakhr  ed-dîn ,  fils  d'Ayyoûb ,  fils  de  Châdy, 
fils  de  Marwân,  se  trouve  dans  le  Bioyraphical  dictionary,  I,  284- 
287.  Saladin  l'envoya  faire  la  conquête  de  l'Yaman  (année  669); 
puis,  en  671,  il  le  nomma  son  lieutenant  à  Damas.  Toûrân  Chah 
mourut  à  Alexandrie,  d'après  ebn  Chaddâd  (voir  Schultens,  p.  45), 
le  jeudi  1"  safar  676  (26  juin  1 180);  mais  cet  auteur  dit  dans  une 
autre  partie  de  son  ouvrage  que  sa  mort  eut  lieu  le  5  safar.  Son 
corps  fiit  transporté  à  Damas  par  Sett  ech-Châm ,  qui  était  sa  sœur 
du  côté  du  père,  et  fut  enterré  par  elle  dans  le  collège  qu'elle  avait 
fondé  en  dehors  de  la  ville.  Cet  édifice  contient  également  son  tom- 
beau, celui  de  son  fils  Heusâm  ed-dîn  'omar  ebn  Lâdjîn  et  celui  de 
son  second  mari,  Nâser  ed-dîn  Abou  'abd  Allah  Mohammad  ebn 
Asad  ed-dîn  Chîrkoûh,  qu'elle  avait  épousé  à  la  mort  de  Lâdjîn. 

^'^  Cf.  Biographical  dictionary,  I,  2  43-2  47-  Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb 
(Abou'  ch-Chokr  Ayyoûb  ebn  Châdy  ebn  Marwân,  surnommé  el 
malek  el  Afdal  Nadjm  ed-dîn).  Pendant  son  séjour  à  Balbakk  en 
qufidité  de  lieutenant  de  l'atâbek  'émâd  ed-dîn  Zenky,  il  fonda  la 
khânqâh  appelée  la  Nadjmiyeh.  11  resta  ensuite  à  Damas ,  au  service 
de  Noûr  ed-dîn  Mahmoud,  fils  de  Zenky.  Il  arriva  au  Caire,  appelé 
par  son  fils  Saladin,  en  565,  et  y  mourut  le  mercredi  27  dou'l 
hedjdjeh  568  (8  août  1173). 

"^  C'est  aussi  la  date  que  donne  ebn  Khallikân  (I,  285). 

"*  Heusâm  ed-dîn  'omar,  fils  de  Lâdjîn,  mourut  dans  la  nuit 
du  (jeudi  au)  vendredi  19  ramadan  587  (10  octobre  1191).  Voir 
Biographicat  dictioncuy,  I,  285.  —  Le  Kelâb  er-rawdatajn  (2*  part.. 


474  MAI-JUIM    18g4. 

|>.  190)  porle  :  «Il  fut  enlerré  dans  la  turbdi  la  Heasànûjek,  qui 
lire  (le  iiii  son  nom  et  fut  construite  par  sa  mère  Sett  ecb-Châm, 
(iiie  (l'A>\oilb.  C'est  la  madraseh  la  Châmiyeh  (sitaée)  en  dehors 
(le  Damas ,  à  la  *awniych.  •  * 

>^^  Dans  ia  biographie  de  Chîrkoûh  ebn  Ghâdy  (d  malek  el  Man- 
soùr  Asad  cd-din),  mort  au  Caire  le  a  a  djoamàda  a'  564  (sS  mars 
1169),  ebn  Khaliikàn  (1,  637)  parle  du  fils  de  ce  prince,  Nâser 
wl-din  Mohammad,  surnommé  ei  malek  el  Qâfaer.  Quand  Saladin 
prit  possession  de  In  S>rie,  il  lui  rendit  Hem«  que  Noûr  ed-din 
avait  enlevée  ù  sa  famille.  Nâner  ed-din  en  conserva  la  possession 
jusqu'à  sa  mort  qui  eut  lieu  le  9  dou'l  hedjdjeh  58i  (3  mars  1186). 
Son  corps  fut  transporté  à  Damas  par  son  épouse  et  cousine  Sett 
ex:h-Giàm ,  ({ui  l'enterra  à  côté  de  son  frère  Ghams  ed-dauleh  Toû- 
ràn  Cbàh ,  dans  le  mausolée  qu'elle  avait  construit  dans  sa  madra- 
seh en  dehors  de  la  ville.  A  sa  mort,  son  fils  appdé  (comme  son 
grand -père)  Asad  ed-din  Chîrkoûh  lui  succéda  sur  le  trône  de 
Ijems.  11  était  né  en  069  (ii73-ii74)*  U  mourut  à  Hems  le  mardi 
19  radjah  G37  (1/1  février  ia4o). 

1^  Le  copiste  a  écrit  aLjlJI  *^\  l'article  de  X^Jj^  est  de  trop. 
Peut-être  faut-il  lire  X.J.JLH  â^jJI  «le  côté  méridional i.  La  prépo- 
sition ^  est  omise. 

'"  £  pL^I  JyiX\  ^  y,. 

^'^   l,  287,  de  la  traduction  anglaise. 

''^  Taqy  ed-<lîn  Abou  Bakr  ebn  Waly  ed-din  'abd  Allah  ebn  'abd 
Er-Rahman  ebn  Mohammad  ebn  Mohammad  ebnCharaf  ebn  Man- 
soûr  ehn  Mahmoud  ebn  Yoûnès  ebn  Mohammad  ebn  'abd  Allah, 
célèbre  sous  le  nom  de  fils  du  qâdy  de  'adjloûn,  est  né,  que  Dieu 
le  conserve  en  vie!  en  chabân  de  l'année  84 1.  fin  Tannée  89S, 
Taqy  ed-dîn  a  résigné  le  tiers  de  ladite  chaire  en  faveur  de  SérAdj 
ed-din  Abou  Hafs  omur,  fils  de  'alâ  ed-din  'aly  ebn  e^Sayrafy,  ed- 
Démachqy,  né  en  82$.  11  y  a  donné  la  leçon,  pour  ledit  tiers,  le 
jour  de  dimanclie  5  safar  de  l'année  896 ,  lequel  était  le  sîiième 
(degré)  du  signe  du  Capricorne  (N,  f°  84  v"). 

H.  Khal.  fait  mention  de  Taqy  ed-dîn  (IV,  296),  mais  sans 
donner  la  date  de  sa  mort. 

180  \Tq[j.  J^  j^qIq  précédente. 

*"  Citée  par  ebn  Khaliikàn,  H,  189.  —  L'inscription  de  cette 
madraseh  située  à  bâb  el  biwld,  près  de  l'hôpital,  est  ainsi  conçue 
(n°  a 5 3  de  ma  collection)  : 


*. 


DESCRIPTION    DE   DAMAS.  475 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  Cette  madraseh  est  celle  de  la  grande 
«khàtoûn,  la  très  illustre,  la  chasteté  (l'épouse)  des  rois  et  des  sul- 
«tans,  Sett  ech-Châm,  mère  de  Heusâm  ed-dîn,  fille  d'Ayyoûb,  fils 
«de  Châdy,  que  Dieu  la  reçoive  en  sa  miséricorde,  ainsi  que  ses 
«  père  et  mère  !  C'est  un  waqf  en  faveur  des  savants  qui  étudient  la 
«jurisprudence,  disciples  de  l'imâm  ech-Châfé*y,  que  Dieu  soit  satis- 
«  fait  de  lui  !  Ce  qui  est  constitué  en  waqf  en  faveur  de  la  madraseb 
«et  de  ces  savants  consiste  en  ce  qui  suit  :  La  totalité  du  village 
«connu  sous  le  nom  de  Toraybeh,  la  totalité  de  la  portion  indivise, 
a  soit  onze  parties  et  demie  sur  vingt-quatre  parties,  la  totalité  de 
«  lu  inazraaÀ  connue  sous  le  nom  de  Djarmânâ ,  la  totalité  de  la  por- 
«  tlon  comprenant  quatorze  parties  et  un  septième  de  partie  des 
«vingt-quatre  parties  primitives  du  village  nommé  Tobnayeh,  la 
«  moitié  du  village  appelé  Djobbeh  *asâl  et  la  totalité  du  village 
u  connu  sous  le  nom  de  Modjandel  el  ghozâh,  dans  le  mois  de  ra- 
«madân  auguste  de  l'année  628.» 

On  voit  que  (sauf  erreur  du  copiste)  la  transformation  de  la 
maison  de  Sett  ech-Châm  en  madraseh  n'eut  lieu  que  douze  ans 
après  la  mort  de  cette  princesse. 

«  Djarmânâ ,  un  des  cantons  de  la  Ghoûtah  de  Damas.  »  —  «  J^jor- 
mânas ,  un  des  villages  de  la  Ghoûtah.  Peut-être  est-ce  le  même  que 
le  précédent.  »  Marâsed. 

Le  Marâsed  donne  Djobbeh  ^osajrl,  «canton  (nâhjeh)  entre  Damas 
et  Ba'lbakk ,  comprenant  nombre  de  villages». 

"^  iCrfyuLûJL  Cf.  Hist  or.  des  Crois.,  I,  764. 

"*  Ce  professeur  était  le  qâdy  en  chef  Zaky  ed-dîn  Abou'l  *abbâs 
et  Tâher  ebn  Mohammad  ebn  *aly,  el  Qorachy.  Le  texte  ajoute  :  «S'il 
est  en  vie  et,  s'il  ne  l'est  pas,  à  ses  descendants  directs  capables  de 
professer»  (N,  f°  86  r°).  —  Un  dixième  des  revenus  du  waqf  était 
attribué  au  nâzer  (inspecteur)  pour  ses  peines  et  soins,  la  surveil- 
lance des  propriétés  constituées  en  waqf  et  ses  allées  et  venues.  De 
plus,  huit  cents  derhams  d'argent  nàsérys  devaient  être  consacrés 
annuellement  à  l'achat  d'abricots,  de  pastèques  et  de  halioa,  la  nuit 
du  milieu  de  cha'bân ,  suivant  que  le  nâzer  le  jugerait  à  propos. 

»8''  En  djoumâda  1"  de  l'année  628  (N,  f  86  v").  —  Ebn  es- 
Salâlj  est  dit  ici  «originaire  de  Sohraward». 

*  Sohraward ,  ville  à  proximité  de  Zandjân  dans  le  Djébâl.  »  Ma- 
râsed. 

^^^  Le  i"  cha'bân  de  l'année  838,  correspondant  an  a  février, 
il  fiait  secrétaire  de  la  Chancellerie  à  Mesr  (N,  f"  89  r"). 


/i76  MAI-JUIN   1804. 

1*^  JuLJU.  ^  3 ,  que  N  remplace  par  y^t^^*a3  ^i^Jôy  ^3  «  c'est  un 
(unploi  (le  tasdir  » ,  ce  qui  nous  donne  la  signiGcation  approximative 
i\v.  vv.  ti'rme  que  je  n'ai  encore  rencontré  dans  aucun  autre  ouvrage. 
Eba  Chaddàd  compte  dans  la  grande-mosquée  omayyade  onze  hal- 
<fak,  neuf  cent  vin{;;-quatre  sob'  et  soixante-treize  tatdir,  pour  l'ensei- 
gnement de  la  lecture  du  qor'ân;  il  mentionne  aussi  des  haUfak  pour 
(l'enseignement  de)  la  tradition,  etc  (N,  f*  96  i^). 

^**  Suivant  le  chaykli  Chéhâb  ed-dîn  ebn  Hedjdjy  (mort  en  81 5* 
H.  Khal.),  c'était  un  des  plus  grands  aides  de  son  maître  dans  les 
guerres  civiles.  Il  mourut  en  ramadan  de  l'année  816,  sur  la  route 
de  Mesr,  regretté  par  beaucoup  de  gens ,  qui  disaient  qu'il  était  la 
«bonne  <?toilei»  de  son  maître  (N,  f*  90  r"). 

'^*  Le  sidtan  bordjîte  cl  Mo'ayyad  Chaykh  régna  de  8i5  (i4i3 

ù  824  (1/121]. 

'^  Le  cha>kh  Ghams  ed-din  Abou  *abd  Allah  Bfohammad  ebn 
Ahtnad  ebn  Moûsa,  el  adjloûny,  el  Kafîry  (el  Kofayry  ?)  d'origine, 
ed-Démach(|y,  naquit  dans  les  premiers  jours  de  chawwâl  de  l'an- 
née 797.  Il  fut  investi  de  ia  chaire  de  la  Sârémiyek  et  d'autres,  en 
safar  de  l'année  %i\.  Le  qàdy  Chams  cd-dîn,  pendant  sa  dernière 
maladie ,  lui  résigna  sa  portion  de  la  chaire  de  la  'azizijek,  et  il  occupa 
bientôt  apnNs  le  poste  du  tasdir  [^ù<tA3)  dans  la  mosquée-cathédrale. 
H  fut  investi  de  la  charge  de  qàdy  de  ia  caravane  de  la  Mekke  en 
l'année  829.  Il  composa  des  ouvrages.  Il  mourut  le  i3  el  mohar- 
ram  de  l'année  83 1.  La  prière  fut  faite  sur  lui  dans  ia  mosquée 
des  roseaux  et  il  lut  enterré  au  cimetière  des  Soûfys.  Il  s'était  démis 
de  la  plupart  de  ses  places  eu  faveur  du  sayyed  Ghéhâb  ed-din, 
(ils  du  naqib  el  achrâf  (N,  f*  90  r°V). 

***  Notre  chaykh ,  le  très  docte  Badr  ed-dîn  Abou'l  Fadi  Moham- 
mad,  fils  du  chaykh  des  Châfé'îtes  Taqy  ed-dîn  Abou  Bakr,  fils  du 
({âdy  de  Chohbeli ,  fit  la  leçon  le  jour  de  mardi  4  du  mois  de  ra- 
bî*  1"  de  Tannée  83 1.  C'est  ce  qu'a  dit  son  père,  le  chaykh  Taqy 
ed-dîn,  dans  sa  Suite,  ajoutant  que  le  jour  de  samedi  25  safar  de 
l'année  8^8,  il  avait  terminé,  à  la  mosquée  d'et-Tawbeh,  le  MolAtar 
sar  d'ebn  IJàdjeb  (N.  f*  90  v°). 

>"  Es-Sâleh  (el  malck)  'émâd  ed-dîn  Isma'îl,  fds  d'd  malek  el 
'âdel,  hls  d'AyyoûI),  avait  été  désigné  pour  son  successeur  par  son 
frère  el  Achraf  en  635.  Mais  son  autre  frère,  el  Kâmd,  prit  les 
devants  et  occupa  Damas  en  djoumâda  i"  de  la  même  année,  lui 
permettant  de  garder  la  ville  et  le  district  de  Ba'ibakk,  Bosra,  etc. 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  477 

Es-Sâieh  reprit  possession  de  Damas  en  687  et  la  conserva  jus- 
qu'en  643  (i245). 

^*^  Cf.  chapitre  II,  n.  3.  —  El  Achraf  Moûsa  mourut  à. Damas 
le  jeudi  k  moharram  635  (27  août  1237)  et  fut  enterré  dans  la 
citadelle.  Son  corps  fut  dans  la  suite  transporté  au  mausolée  qu'il 
s'était  construit  à  la  Kallâsek,  tout  contre  le  côté  septentrional  de 
la  grande-mosquée  de  Damas. 

*^  El  malek  el  Kâmel  Nâser  ed-din  Abou'l  ma'âly  Mohammadt 
fils  d'el  malek  el  *âdel  Sayf  ed-dîn  Abou  Bakr,  frère  de  Saladin, 
mourut  à  Damas  dans  l'après-midi  du  mercredi  21  radjah  635 
(8  mars  12  38)  el  fut  enterré  dans  la  citaddle.  On  lui  éleva  un 
mausolée  qui  communique  par  une  fenêtre  grillée  avec  la  grande- 
mosquée.  Voir  sa  biographie  dans  Biographiccd  dictionaiy,  III,  2^0 
248. 

'•*  N  dit  «dans  la  turbeh  de  son  aïeul,  dont  il  était  le  nâzer 
(inspecteur)». 

'•*  On  lit  dans  N  :  «  On  voulut  l'enterrer  auprès  de  son  aïeul 
maternel  el  malek  el  Kâmel;  mais  comme  ce  ne  fut  pas  possible, 
on  l'enterra  dans  la  turbeh  d'Omm  es-Sédeh,  Son  fils,  l'émir  Salâh 
ed-dîn,  le  remplaça  dans  l'ofiice  d'émir  de  tab(l!i!iânah) ,  et  son  frère 
fut  fait  émir  de  dixn  (f**  91  v°). 

'•'  0<i* .  —  n  fut  mis  à  mort ,  dans  le  château  de  la  Montagne , 
le  dimanche  27  dou'l  qa'deb  648.  Cf.  Quatremère,  Mandoâks,  I,  3o. 

^"*  Le  qâdy  Nadjm  ed-dîn  Abou'l  'abbâs  Ahmad  ebn  Mohammad 
ebn  Khalaf  ebn  Râdjeh  ebn  Hélâl  ebn  Bélâl  ebn  *ysa,  el  Moqad- 
dasy,  hanbalîte,  puis  châfé'îte,  naquit  en  cha'bân  de  l'année  578. 
Il  donna  des  leçons  à  la  Châmiyeh  extra  muros,  à  0mm,  es-Sâleh,  à 
la  'adrâwiyeh  et  à  la  Sârémiyeh.  Abou  Châmah  dit  qu'il  était  connu 
sous  le  nom  du  Hanbalîte.  Il  mourut  le  6  chawwâl  de  l'année  638 
et  fut  enterré  au  Qâsyoûn  (N,  f  91  v"). 

^**  Chéhâh  ed-dîn  (ebn)  el  Madjd  professa  à  la  Sâléhiyeh,  connue 
sous  le  nom  de  turbeh  d'Omm  es-Sâleh ,  lorsqu'il  fut  nommé  qâdy, 
l'année  732  (N,  P  92  r").  Cf.  ci-devant  n.  i3  et  n.  53. 

*•*  Le  jour  de  mercredi  19  (moharram)  de  l'année  819,  Tâdj 
ed-dîn  ez-Zohry  donna  la  leçon  à  la  'adrâwiyeh  en  remplacement  du 
chaykh  Chéhâh  ed-dîn  ebn  Nachwân  qui  s'était  désisté  en  sa  faveur 
et  en  faveur  de  ses  deux  fils  de  ses  places  et  entre  autres  de  la 
madraseh  d'Omm  es-Sâleh,  du  tiers  de  la  ^aziziyeh,  des  fonctions  de 
répétiteur  à  la  Châmiyeh  extra  mvwos  et  à  la  Petite  'âdéliyeh ,  du  tcu- 
d(r  de  la  mosquée-cathédrale;  cela  ajouté  à  ce  qu'il  possédait,  c'est- 


478  MAI-JUIN    1894. 

ànlirc  ia  cliaiiv  de  ia  Châmiyek  extra  maros,  cdle  de  la  Petite  'àdé- 
Uyeh ,  la  rliar^e  (1(>  muiifl)  de  la  maison  de  justice  et  de  qAdy  de  la 
lroii]>c,  le  lasdir  de  la  mosquée-calhédrale  et  autres  places  et  inspec- 
tions. On  a  vil  sous  la  Ckàmijreh  extra  maros  qu'une  des  dauses 
stipulées  par  le  fondateur  était  que  cdui  qui  y  profeaferait  n'occu- 
]>erait  pas  d'autre  chaire;  mai»  i7  n'y  a  de  force  qu'en  Dieu  (N, 

r  92  V"). 

**'  'alam  ed-dîn  Âbou'l  fath  'aly  ebn  Mojiammad  ebn  *abd  E^Sa- 
mad,  el  llamdàny,  es-Sakhâwy.  el  M<Mry,  naquit  l'année  558  on 
559.  Ed-Daliaby  dit  dans  les  'éhar  sous  Tannée  643  :  t*dbuii  ed-dîn 
es-Sak)iâwv  Ahou'l  Ilasan  ebn  Mohammad  ebn  *abd  Es^Samad  ebn 
'alxl  El  Aljad ,  el  Hamdâny,  naquit  aYant  les  56o.  Il  mouroi  dans 
sa  demeure  à  la  turlieh  d'Omm  es-Sâleh,  le  13  djonnaâda  3',  et  fut 
ontiirré  dans  son  mausolée  au  mont  Qâsyoûn»  (N,  f*  93  v**). 

*alnm  ed-dîn  es-Sakbâwy  est  mentionné  par  H.  Khfd. 

«  Sa'Jia ,  chef-lieu  d'un  arrondissement  en  Egypte.  »  Maràsed. 

D'après  l'état  sommaire  des  provinces  de  l'Egypte  publié  par 
S.  de  Sacy  à  la  suite  de  sa  traduction  de  'abd  El-Latîf,  Sakha  te 
trouve  dans  la  province  de  Gharbiyeh. 

^  Fakhr  ed-dîn  ebn  en-Salef,  'otmân  ebn  Mohammad  ebn  Kha- 
lîl  ehn  Ahmad  ebn  Yoûsef,  ed-Démachqy,  chftfé*îte,  professeur  de 
lecture  qor'ânique,  ra'ys  (chef)  des  mouaddens  à  la  grande-mosquée 
omayyade,  naquit  en  Tannée  772  et  mourut  à  Damas  sur  la  fin  de 
la  peste  de  Tannée  84 1,  la  nuit  du  (samedi  au)  dimanche  i5  chaw- 
wâl  (N,  P  gi  r"). 

*"  Le  jour  de  lundi  20  dou'l  hcdjdjeh  de  Tannée  718  (N, 
f  94  r").  —  Cf.  chapitre  II,  n.  A8. 

^  Quatremère,  Mamloûks,  I,  37,  nous  fournit  la  note  suivante: 
«La  famille  de  Qavmâz,  établie  à  Damas,  est  souvent  nommée 
dans  V Histoire  de  l'Egypte  et  de  la  Syrie,  L'écrivain  *émAd  ed-dîn  el 
Isfahâny  fait  mention  de  l'émir  Sârem  ed-dîn  Qaymâs  en-Nadjmy 
(ms.  ar.  714,  fol.  120  r%  1^3  r°,  189  v",  193  v*,  309  r^,  3^5  r'', 
265  r").  On  lit  dans  l'histoire  de  Nowayry  (36*  part.,  f"  168  r*) 
(|ue  le  sultan  el  malek  cl  Achraf  avait  acheté  la  maison  de  QaymAx 
en-Nadjmy.  Abou'l  mahâsen  (Manhel  safy,  t  IV,  ms«  ar.  750, 
r"  1 14  r^)  parie  d'un  collège  situé  à  Damas,  et  appdé  la  Qajrmdr 
zijreh.  Dans  l'Histoire  d'Egypte  du  même  écrivain  (ms.  ar.  661, 
r*  34  r*),  sous  le  règne  du  khalife  el  Fâîz,  il  est  fait  mention  de 
Tâdj  el  molouk  Qaymâz,  qui  était  un  des  principaui  émirs  du 
rovaome.  » 


DESCRIPTION   DE   DAMAS.  479 

Ce  nom  est  souvent  écrit  Qâymâz. 

^  Qor'ân,  II,  v.  177. 

^  Au  iieu  de  ebn,  N  (f  94  r^)  porte  ^^Lx.»  «c'est-à-dire».  Cf.  en 
effet  chap.  II,  n.  101. 

^'  Le  chaykh  Zayn  ed-dîn  fut  investi  de  cette  chaire  le  1  2  chaw- 
wâl  de  l'année  887.  Il  succéda,  a  dit  quelqu'un,  à  Badr  ed-dîn,  fils 
du  qâdy  de  Chohbeh.  Il  mourut  la  nuit  du  (vendredi  au)  samedi 
16  dou'l  hcdjdjeh  de  l'année  goS  et  fut  enterré  an  cimetière  dé 
bâb  es-saghir  (N,  f°  96  r^-v"). 

^'^  Il  en  est  fisiit  mention  dans  Hist.  or.  des  Crois.,  111,  429. 

^^®  Damas  était  alors  au  pouvoir  de  Modjîr  ed-din  Abou  Sa'îd  Abeq , 
fils  de  Djamâl  ed-dîn  Mohammad^  fils  de  Tâdj  el  moloûk  Boûry, 
fils  de  Zahîr  ed-dîn  Togfatékîn,  l'atâbek  du  prince  Doqâq,  (ils  de 
Totoch.  Noûr  ed-dîn  occupa  la  ville  le  dimanche  9  safar  5^9 
(26  avril  11 54)  et  donna  Hem 5  en  échange  à  Modjîr  eddîn.  Cf. 
Biographical  dictionary,  III,  339. 

"^  Le  dimanche  17  chawwâl  (11  février  1118).  Cf.  Ibid.,  III, 

34i. 

***  Voir  la  biographie  de  Saladin  Ibid.,  IV,  ^79-558,  et  dans 
Hist.  or.  des  Crois.,  t.  III. 

**^  Le  mercredi. 

^  Le  jeudi  10  moharram  692  (  i5  décembre  11 96),  d'après  un 
auteur. 

***  La  'azizijreh  est  mentionnée  dans  Biographical  dietionary,  IV, 

547. 

*•  N  (f  96  r")  ajoute  :  «le  boiteux». 

«'  U  s'appelait  ^abd  Allah  (N,  P  96  r"). 

**•  Elle  est  omise  dans  B.  Le  copiste  de  N  écrit  et-Taftàïyeh  et, 
plus  bas ,  Tontây  en-Nâséry.  Il  e»t  d'aiHeurs  impossible  de  se  fier  à 
l'orthographe  qu  il  nous  donne  pour  la  plupart  de  ces  noms  propres. 

**•  L'émir  Sayf  ed-dîn  Araqtây,  que  le  vidgaire  prononce  Raq- 
tay,  était  un  des  mamloûks  d'el  malek  el  Achraf  Khalîl ,  fils  de 
Qalâoûn.  U  fut  nommé  djamdâr  (maître  de  la  garde-robe)  par  le 
frère  de  ce  prince ,  el  malek  en-Nâser  Mohammad ,  qui  l'envoya  avec 
l'émir  Tenkez  à  Damas.  Puis,  nâXb  de  Hems  en  radjah  de  l'an^ 
née  710,  il  exerça  cette  charge  pendant  qudque  temps  et,  en  718, 
fut  transféré  à  la  iieutenance  de  Sa&d.  En  l'année  73o,  mandé  à 
Mesr,  il  y  fut  nommé  émir  de  cent  et  plus  tard  envoyé  comme  nàib 
à  Tripoli,  .en  remplacement  de  Tînâl.  U  y  resta  jusqu'à  l'épocpie 


480  MAI. JUIN  1804. 

où,  ayant  um])rass^  le  parti  d'AiUmnbogfaA ,  il  fut  pris  et  empri- 
sonné à  Alexandrie.  Mi»  en  liberté  au  commencement  du  règne  d'el 
malek  PH-Sàleh  Isma'îl,  il  reçut  du  successeur  de  ce  prince,  el  ma> 
lek  el  kâmel ,  la  licutenance  de  Halab ,  en  remj^cemeni  de  l'ëmir 
Ylboghà  el  Yahyâwy,  et  arriva  dans  cette  ville  en  djoamAda  i^  de 
l'année  746.  Cinq  mois  après  environ,  ii  fut  mandé  à  Me^r  et  au 
bout  de  peu  de  temps  el  Kâmel  fut  détrôné  et  remplacé  sur  le 
trône  par  el  Mozaffar  Hâdjdjy,  qui  l'investit  de  la  vice-royauté  à 
Menr,  fondions  dont  il  s'acquitta  jusqu'à  la  déposition  d'el  Mcxaf* 
far,  auquel  succéda  ei  malek  en-Nâser.  S'étant  démis  de  la  vice- 
royauté,  il  demanda  et  obtint  ia  lieutcnance  de  Halab,  qu'il  eierça 
jusqu'à  son  transfert  à  Damas,  à  la  grande  joie  des  habitants  de 
cettfî  ville,  qui  se  portèrent  à  sa  rencontre;  mais  atteint  de  msdadie, 
il  succomba  à  'avn  Mobârakeb,  en  dehors  de  Halab,  le  mercredi 
5  djoumâd<i  i"de  l'année  760,  ayant  dépassé  les  soixante-dix  ans 
(Maqrîzy,  Khéiaf. ,  II,  /jo-4i). 

^  Quatremère,  Mamloâhs,  II,  a*  part.,  83,  cite  d'après  Nowayry 
(f°  16G  r**)  un  émir  nommé  Sayf  ed-dîn  Taqtây. 

^*  D'après  M.  St.  Lane  Poole  (The  mohantmedan  dynasties) ^  le 
khân  mongol  de  la  Horde  d'or  (Horde  bleue  du  Kipchak  occiden- 
tal)  Toqloù,  de  la  famille  de  Râtoû,  régna  de  689  (1390)  à  719 

(l3l3). 

'^  Le  mamloùk  ])ahrîte  el  Kâmel  Sayf  ed-dîn  Ghal>âD  régna  de 
746  (1345)  à  747  (i34G). 

«3  El  Mozaffar  Sayf  ed-dîn  Hâdjdjy  succéda  au  précédent  en  747 
et  rogna  jusqu'en  748  (1 347).  • 

^^  On  trouve  la  biographie  de  Chaykhoù  en-Nâséry  dans  Maq- 
rîzy, Khé'gt ,  II,  3] 3  :  (Jn  des  mamloûks  d'en-Nâser  Mohammad, 
fils  de  Qalâoùn ,  il  fut  très  on  faveur  auprès  d'el  Mozaffar  Hâdjdjy, 
fils  de  Mohammad ,  fils  de  Qalâoûn.  Il  devint  si  puissant  qu  il  in- 
tercéda pour  les  émirs  et  les  fit  sortir  de  la  prison  d'Alexandrie.  11 
mourut  la  nuit  du  (jeudi  au)  vendredi  36  doul  qa'deb  de  l'an- 
née 768  et  fut  enterré  dans  la  khânkâh  la  Chayjûiqûnijrek ,  oà  se 
trouve  son  tombeau. 

*^  Sayf  ed-dîn  Sarghatmicli  en-Nâséry  fut  acheté  en  l'année  787 
par  le  sultan  en-Nâser  Mohammad  ebn  Qalâoûn  au  prix  de  deux 
cent  mille  derhams,  représentant  alors  environ  quatre  mille  met- 
qâls  d'or.  Il  s'éleva  à  une  haute  position  et  devint  tout -puissant. 
Mais  en  769  il  fut  saisi  et  conduit  à  Alexandrie,  où  il  mourut  en 
prison  en  dou'l  hedjdjeh  de  la  même  année.  Cf.  Kkéiat ,  II,  4o4. 


V 


DESCRIPTION  DÉ  DAMAS.  48* 

^'  îoghây  Tîmor  était  dawâdàr  d'd  malek  es-Sâleh  Ismâ*îl;  fils 
de  Mohainmadf  fils  de  Qsdâoûn.  A  la  mort  d'es-Sâleh,  il  conserva 
sa  position  sous  les  règnes  des  deux  firères  de  ce  prince ,  el  malek 
d  Kâmel  Cha'bân  et  el  malek  el  MozaiFar  Hâdjdjy.  Il  fut  le  premier 
qui  reçut  un  émirat  de  cent  et  un  commandement  de  mille,  et  cela  au 
commencement  du  règne  d'el  Mozaffar  Hâdjdjy.  11  fut  tué  par  l'émir 
Mandjak  en  l'année  748.  Voir  Khélat,  II,  426. 

**'  L'émir  Sayf  ed-dîn  Tâz,  émir  madjlès,  commença  à  être  cé- 
lèbre sous  le  règne  d'el  malek  es-Sâleh  Ismâll.  Il  conserva  la  dignité 
d'émir  jusqu'à  la  déposition  d'el  malek  el  Kâmel  Chal>ân  et  à  l'avè- 
nement d'el  Mozaffar  Hâdjdjy.  Ce  dernier  prince  ayant  été  déposé, 
la  puissance  de  Tâx  augmenta  sous  le  règne  d'û  malek  en-Nâ«er 
Hasan.  C'est  lui  qui  plaça  sur  le  trône  cl  malek  es-Sâleh  Sâleh.  Le 
2  chawwâl  de  Tannée  705,  en-Nâser  Hasan  étant  remonté  sur  le 
trône  fit  partir  Tâz  comme  néub  de  Halab,  où  il  demeura.  Cf.  Khé- 
/a^Il,74. 

***  B  écrit  f^\SS^\  (j«l^.  Ra*s  el  'ajrn  doit  désigner  ici  quelque 
localité  des  environs  de  Damas. 

^  Charaf  ed-dîn  Abou  *abd  Allah  el  Hosayn  ebn  aly  ebn  Mo- 
hammad  ebn  Mohammad  ebn  Mohammad  ebn  Hâmed  ebn  Moham* 
mad  ebn  *abd  Allah  ebn  'aly  ebn  Mahmoud  ebn  Hébat  Allah  ebn 
Aloh  —  Aloh  signifie  en  arabe  «aigle»  —  d  Isfahâny  d'origine,  ed 
Démachqy,  connu  sous  le  nom  d'ebn  ech-Gharaf  Hosayn ,  naquit  en 
el  moharram  de  l'année  657.  Il  mourut  en  radjah  de  l'année  739 
et  fut  enterré  au  Qâsyoûn  (N,  f*  97  r"). 

*•  C'est-à-dire  «la  bonne». 

®*  Voir  chapitre  II,  n.  121. 

^  Pour  la  biographie  d'el  malek  ez-Zâher  Ghyât  ed-dîn  Abou  1 
fath  Ghâzy  Abou  Mansoùr,  fils  de  Saladin  et  souverain  de  Halab, 
voir  Biographical  dictionary,  II,  443-446.  H  mourut  la  nuit  du  (ai 
au]  33  djoumâda  a**  6i3  (7  octobre  iai6). 

^  n  n'existe  aucune  mention  de  ce  fait  dans  la  biographie  d'ebn 
Bary.  Cf.  Biographical  dictionary,  II,  70-73.  Ebn  Bary  était  né  à 
Meftr  le  5  radjah  499  (i3  mars  1 106).  Il  mourut  dans  la  même  ville 
la  nuit  du  (vendredi  au)  samedi  27  chawwâl  58a  (10  janvier  1 187). 

*"*  Quarante-cinq,  d'après  el  Asady  (N,  f*  99  r*). 

*»  Abou'l  Mozaffar  Mohammad  Ghyât  ed-din.  Il  était  né  à  Hakb 
le  jeudi  5  dou'l  hedjdjeh  610  (16  avril  iai4)  et  mourut  dans  cette 
ville  le  mercredi  4  rabî*  1"  634  (5  novembre  12 36).  Cf.  Biographical 
dictionary.  II,.  445. 

m.  32 


mrkKiitmiB  batio»u« 


4a3  MAl.JUIN  1894. 

«•  N  (r  98  V"}  donne,  d'après  ebn  WAsd,  la  liste  des  cadeaux 
qui  furent  ofiferts  au  nouveau-né.  Elle  est  très  longoe. 

"^  Chams  ed-din  Abou  'abd  Allah  ebn  Bia*n  ebn  Sultan,  ecb- 
Chayhâny,  ed-Démachqy,  mourut  en  6o4  (N,  P*  99  v*). 

^^  Nadjm  ed-dîn  donna  la  leçon  le  jour  de  samedi  8  du  mois  de 
rabi'  a*^  de  l'année  874.  U  était  né  en  83 1.  Il  composa  des  ouvrages 
(\,f  100  v"). 

^  £s-Saqqâ>  dit  (f*  6  r*  et  U  v")  que  la  turi>eh  la  Zâhérijek 
C4t  située  vis-à-vis  de  la  madraseh  la  *âdélijrek,  Bfaqiuy  (Qaatre- 
nière,  MaiiUoûks,  I,  a'  part.,  16a)  s'exprime  de  même  au  sujet  de 
la  maison  d'ei  aqîqy.  Il  ajoute  que  cette  maison  fut  achetée  (en  67C) 
par  *cxz  ed-din  Aydémir,  ndïb  de  la  Syrie,  pour  une  somme  de 
soixante  mille  dcrhams  (es-Salâh  d  Kotoby  dit  quarante-huit  mille). 

^  Le  texte  de  N ,  reproduit  par  B ,  porte  par  erreur  «  vers  690  ». 

**'  Quatremère,  Mcunloûks,  I,  donne  le  règne  de  ce  sultan,  dont 
es-Saqqây  présente  aussi  une  lûographie  (f*  sS  v**).  D'après  ce  der- 
nier, «el  malek  ez-Zâher  Rokn  ed-din  Baybars,  connu  sous  le  nom 
d'ei  Bondoqdâry,  es  Sâiéhy,  en-Nadjmy,  était  mamloÀk  de  Chams 
cd-din  el  Khâsy  (le  châtreur],  kàteb  edrdardj  (écrivain  des  r^es)  à 
Damas,  qui  l'avait  acheté  jeune  et  l'exposa  en  vente  apr^  lui  avoir 
adressé  des  paroles  grossières.  H  passa  à  l'émir  *alà  ed-din  Aydékîn  le 
Boiidoqdâr  esrSâléhy,  auquel  il  doit  son  nom  patronymique;  puis  an 
sultan  el  malek  es-Sâleh  (Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb)».  —  On  trouve 
aussi  la  biographie  de  Baybars  dans  le  Fatoàt  el  wafayéX,  I,  109. 
L'auteur  mentionne  (p.  ii3  et  suiv.)  les  constructions  âevées  par 
ce  prince.  Je  citerai  seulement  celles  qui  concernent  Damas  :  •  Les 
Tatârs  avaient  détruit  les  créneaux  des  sommets  de  la  citaddie  do 
Damas  et  les  faîtes  de  ses  tours.  U  les  reconstruisit  II  bâtit  le  pa- 
villon [tài'émak)  qui  est  sur  le  marché  aux  chevaux.  Il  bâtit  on 
bain  en  dehors  de  hâh  en-nasr  et  renouvela  trois  écuries  au  Char^ 
supérieur.  U  bâtit  le  qa%r  el  ablaq  à  l'hippodrome  et  il  n  y  eut  pat 
son  pareil.  Il  reconstruisit  le  machhad  de  Zayn  d  'âbédm  dans  la 
grande-mosquée  de  Damas,  les  chapiteaux  des  cidonnes  et  des 
piliers  et  les  dora.  H  refît  la  porte  bâb  el  barid  et  en  fit  dfdler  le 
sol.» 

Sur  le  Kâteb  ed-dardj,  voir  Quatremère,  MturdoûJu,  II,  i*  part, 

231. 

Les  inscriptions  suivantes  sont  les  témoins  des  réparations  £ûtes 
par  ce  prince  à  la  citaddle  et  aux  tours. 

(N°  54o  de  ma  collection.)  Sur  la  courtine  de  la  citadelle  «  entre 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  483 

la  tour  à  droite  de  l'entrée  et  celle  qui  forme  l'angle  nord-est,  en 
deui  grandes  lignes;  à  chaque  bout  un  lion  fruste  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  Bonheur  à  notre  maître  le  sultan  el  ma- 
«lek  ez->Zâher  Rokn  ed-dounya  ou  ed-din,  savant,  juste,  champion 
«  de  la  foi ,  assidu  des  rébâts ,  assisté  de  Dieu ,  el  Mansoûr  Baybars 
«es-Sâléhy.  Il  a  ordonné  la  reconstruction  (s^U)  de  la  citaddlevic- 
«  torieuse  et  sa  remise  au  gouverneur  [el  'aziz)  obéi  ez-Zâhéry  Sala- 
it mich,  en  l'année  658.  Et  en  a  fait  le  tour  le  chef  (rays)  de  Tannée 
«  victorieuse,  le  jour  de  dimauche  26  ramadan  de  ladite  année.  Sous 
«la  direction  (dy^)  du  serviteur  qui  a  besoin  de  Dieu^  qu'il  soit 
«exalté  !  *ez2  ed-dîn  Aybek  el  maléky  ez-Zâhéry  e^-Sâléhy,  connu  sous 
«le  nom  du  Dizdâr  (commandant  de  forteresse),  que  Dieu  lui 
«soit. . .  !» 

(N""  789.)  Sur  la  courtine,  à  droite  de  la  tour  de  droite,  en  deux 
lignes  ;  à  chaque  bout  un  lion  mutilé  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  Gloire  a  notre  maître,  etc.  (comme  dans 
«l'inscription  précédente  jusqu'à  «assisté  de  Dieu  »  )  el  Mozaffar  el 
«Mansoûr  Baybars  elTNadjmy  es-Sâléhy.  11  a  ordonné  la  reconstmc- 
«  tion  de  la  citadelle  victorieuse ,  après  sa  livraison  par  l'ennemi .. . . 

«  En  l'année  658.  Et  l'armée  s'en  est  emparée  eu  entier  le  jour  de 
«dimanche  27  (sic)  ramadan  de  la  date  susmentionnée.  Sous  la  di. 
«  rection  du  serviteur  qui  a  besoin  de  la  miséricorde  de  Dieu ,  qu'il 
«soit  exalté!  l'émir  'ezz  ed-dîn  Aybek  el  msdéky  ez-Zâhéry  es-Sâ- 
«  léhy, ...» 

(N**  54i.)  Sur  la  façade  est  de  la  citadelle  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  A  ordonné  la  reconstruction  de  cette 
«iour  bénie  le  sultan  el  malek  ez-Zâher,  savant,  juste,  champion 
«de  la  foi,  asfidu  des  rébâts,  défenseur  des  frontières,  el  Mansoûr 
«  Rokn  ed-dounya  ou  ed-dîn ,  le  sultan  de  l'islamisme  et  des  musul- 
«maai ,  cdui  qui  détourne  le  chemin  des  Francs  et  des  Chayâhjeh? 
«  Berbers ,  le  maître  des  cous  des  nations ,  le  serviteur  des  deux  ha- 

•  rams  (de  la  Mekke  et  de  Médine),  l'associé  du  Commandeur  des 
«  Croyants ,  que  Dieu  éternise  son  empire  et  exalte  son  œuvre  I  Sdus 
«  la  direction  du  pauvre  serviteur  Chodjâ'  Isma'îl  ebn  *omar  ^-Zoûry 
«(et-Toàry?)  el  maléky  ez-Zâhéry,  à  la  date  de  dou'l  hedjdjeh  de 
«Tannée  663.» 

(N°  54a.)  Façade  est  de  la  citadelle  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  fl  a  été  ordonné  de  reconstruire  cette 

•  tour  bénie  sous  le  règne  de  notre  maître  le  sultan  d.  msdek  ez-Zâ- 
«  her,  savant ,  juste ,  champion  de  la  foi ,  assidu  des  rébâts ,  défenseur 

32. 


484  MAI-JUIN   1804. 

«des  frontières,  le  conquérant, Rokn  ed-dounya  ou ed-dîn,  ie  suiUn 
«  du  l'islamisme  et  des  musulmans ,  celui  qui  tue  les  infidèles  et  les 
«polythéistes,  qui  vivifie  la  justice  dans  l'univers,  le  oiaître  des 
i  cous  des  nations ,  le  sultan  des  Arabes  et  des  Persans ,  l'associé  du 
«Commandeur  des  Croyants,  que  Dieu  éternise  son  règne,  exalte  ses 
«  victoires  ut  double  sa  puissance  !  Sous  la  direction  du  pauvre  ser- 
«  viteur  Chodjâ*  Isma'îl  ebn  'omar  ^-Zoùry  d  maléky  ea-ZAfaéry,  à 
«la  date  des  mois  de  l'année  663.» 

(N"  791.)  Tour  à  droite  de  la  porte  de  la  citaddle,  grande  in- 
scription en  une  ligne ,  sous  les  mAchicoulis  : 

«Au  nom  de  Dieu,  etc.  (A  ordonné)  de  renouveler  (cette)  tour 
«bénie  lu  sultan  el  malek,  etc.  (comme  au  n**  54 1  jusqu'à  «et  des 
«musulmans»),  celui  qui  tue  les  polythéistes  et  les. . .  (Sous  la  di- 
«ruction)  du  pauvre  serviteur  l'émir  ChodjA*  Isma*îl  ebn  'omar  et- 
«Toûzy  (sic)  el  maléky  uz-Zâhéry. . .  l'année  673.» 

*^  On  trouvera  son  règne  dans  Quatremère,  M€aidoàks,  I.  Cf. 
aussi  us-Saqqâ'y,  f*  aA  v°. 

^  Le  chaykh  Rachîd  eddîn  el  Fâréqy,  le  très  docte  Aboa  Hafs 
'omar  ebn  Ismâ'îi  ebn  Mas'oûd  ebn  Sa'd,  er-Rab^,  éL  FAréqy  (de 
Mayyâfâréqm  ) ,  puis  ed-Démacbqy,  le  jurisconscdte,  naquit  l'an- 
née 598.  Il  professa  quelque  temps  a  la  Nàtériyeh  intra  maros,  puis 
à  cette  Zâliérijeh  intra  muros,  0  était  dominé  par  la  science  astro- 
logique et  l'examen  des  jugements  tirés  des  planètes  et  des  étoiles; 
malgré  cela ,  il  calculait  très  mal  «  les  moments  favorables  à  choi- 
sir» (el  ehhtjarât,  lus  élections).  On  le  trouva  étran^  dans  sa  de- 
meure à  la  Zâkériyeh ,  et  son  argent  volé ,  en  éL  moharram  de  l'an- 
née 689.  Il  fut  enterré  au  cimetière  (maqâber)  des  Soùfys  (N, 
P  ICI  v**).  —  Ou  el  Fâréqâny,  cf.  Quatremère,  Mandoûh,  II, 
1 16. 

^  Le  qâdy  Mohiy  ed-dîn  ei  Mesry  donna  la  leçon  à  la  Ckâmvyek 
extra  nwros  le  jour  de  mercredi  2i  ramadan  de  l'année  833  (N, 
f"  102  v"). 

^  £d-Pahaby  dit  dans  ses  Annales  (intitulées)  el'ébar,  sons  Tan- 
née G87  :  «Abou  Ishâq  el-Lawzy  Ibrahim  ebn  'abd  El  *azîi  ebn  Ha- 
djîn,  er-Ro*ayny,  el  Andalosy,  mâlékîte,  le  traditionniste,  naquit  l'an* 
née  6i.i.  11  liabita  Damas  ut  mourut  le  34  ^afar  à  en-Nayba*.  »  £bn 
Nâ^cr  ed-dîn  dit  dans  son  Tawdik  :  «  Son  nom  est  'abd  El  'azîi  ebn 
Yahya  ebn  *aly,  er-Ro'ayny,  el  Andalosy,  d-Lawzy.  R  vint  habiter  Da- 
mas. Il  naquit  à  Lawzeh,  qui  est  une  des  dépendances  de  Séville» 
(N,  f"  102  v'-ioS  r'). 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  485 

^^  Le  jour  de  mercredi  1 7  djoumâda  2'  de  Tannée  729.  H  Irésigna 
la  charge  de  khatih  qu'il  exerçait  à  Kafarbatnâ  (N,  f*  io4  r*). 

«  Kafarbatjia  est  un  des  villages  de  la  Ghoûtah  de  Damas.  »  Ma* 
râsed.  Comp.  chap.  II,  n.  48.  Dans  la  biographie  d'ed-Çahaby,  le 
Fawât  el  wafajât,  II,  228,  l'appelle  ebn  Qâymâz  (au  lieu  d'ebn 
Qâyâzîb)  et  dit  qu'il  naquit  en  rabî*  i*', 

^^  Ebn  Batoutah,  I,  218,  dit  que  le  plus  grand  collège  des  Char 
fé'îtes  à  Damas  est  celui  appelé  el  *âdélijreh  et  qu'il  est  en  face  de  la 
jnadraseh  la  Zâkérijreh, 

^^  Abou  Bakr  Mohammad ,  fîls  d'Abou'  ch-chokr  Ayyoûb ,  (Ils  de 
Châdy,  fils  de  Marwân ,  et  surnommé  el  malek  d  *âdel  Sayf  ed-dîn , 
était  frère  de  Saladin.  Sa  biographie  se  trouve  dans  Biographical 
dictionary,  III,  235-239.  Ebn  KhaUikân  donne  pour  la  naissance 
d'el  'âdel,  à  Damas,  les  deux  dates  moharram  bào  (juin-juillet  1 145) 
et  538. 

Nous  devons  à  ce  prince  nne  très  bdle  inscription  encadrée  qu'on 
lit  sur  la  tour  de  droite  de  la  porte  de  la  citaddle. 

(N°  788  de  ma  collection)  :  «Au  nom  de  Dieu,  etc.  A  ordonné 
«la  reconstruction  de  cette  tour  bénie,  notre  maître  le  sultan  el 
«malek  el  Mozafifar  (à  qui  Dieu  donne  la  victoire)  el  Mo'ayyad  (as* 
«sisté  de  Dieu)  el  Mansoûr  (victorieux)  Sayf  ed-dqunya  ou  ed-dîn» 
«suitân  de  l'islamisme  et  des  musulmans,  exterminateur  des  inCi* 
«  dèles  et  des  polythéistes ,  protecteur  des  deux  nobles  haramt,  Aba 
«i(sic)  Bakr,  fils  d'Ayyoûb,  l'ami  du  Commandeur  des  Croyants, 
«  que  Dieu  exalte  sa  victoire  !  Et  cela  en  l'année  610.  Sous  la  di« 
«  rection  de  l'émir  Heusâm  (?)  ed-dîn  Ibrâhîm  ebn  Moûsa,  que  Dieu 
«  fasse  durer  ses  jours  !  » 

^*  (j>\Jo^\  J^ .  Cette  expression  rappelle  cdle  de  Ul^t^Wt  d^ 
«  rois  de  bandes  ou  rois  de  fractions  de  bandes  »  et  par  laqudle  les 
historiens  désignent  des  gouverneurs  de  provinces  et  de  villes,  qui 
se  déclarèrent  indépendants.  Cf.  Prolégomhies  d'ebn  Khaldoùn . 
traduction,  II,  p.  11  note. 

^  D'après  ebn  KhaUikân  (lU,  238),  ia  madraseh  ia  'âdéliyek  se 
trouve  sur  le  bord  de  la  route. 

^^  La  turbeh  ne  fut  terminée  qu'en  l'année  6ao  (N,  f  lofi  r**). 

»»  En  l'année  619  (N,  f  io5  r*). 

^3  Le  jour  de  mercredi  5  rabî*  2*  de  l'année  838  (N,  P  107  r^). 

*^  Ce  dernier  paragraphe  n'existe  pas  dans  le  manuscrit  de 
M.  Schcfer. 

^^  N  écrit  «ebn  Morsek»  et,  plus  bas,  «Marqoûm»  au  lien  de 


486  MAI-JUIN  1894. 

Barqoûm  et  «Bayt  ed-dftjr»  au  lieu  de  Bayt  ed-dâr.  Les  deax  ma- 
niiscrits  du  Briiisk  Muséum  donnent  pour  les  troia  noms  des  leçons 
conformes  à  celles  de  B. 

Le  KétAb  er-rawànlayn ,  2"  part,  p.  i49-i5o,  fait  mention  d*nn 
émir  'ezz  ed-din  Moûsek  ebn  Djekr,  fils  de  Tonde  matemd  de  St- 
ladin.  Tri's  gravement  malade,  il  demanda  la  permission  d'entrer 
à  Damas ,  où  il  mourut  en  Tannée  585  et  fut  enterré  au  mont  Qi- 
syoûn. 

^  Sur  la  ville  de  ce  nom,  voir  Géographie  d'Aboal  fôda,  tra- 
duction, n,  2"  part.,  p.  27.  D'après  ed-Démachqy,  édition  Mehren, 
p.  fii,  elle  est  une  des  dépendances  [a^méd)  de  Balbakk.  La  rîUe 
de  KAmed  était  la  capitale  du  BéqA*. 

*^  fiO  chaykh  Cliaraf  ed-dîn  Ahmad  ébn  Ahmad  ebn  Na*meh,  d 
Moqaddasy,  chAfé'îte,  prédicateur,  mourut  à  Damas  en  ramadan  de 
Tann(^e  69A  (Es-Saqqâ*y,  f  5  v**).  —  Ebn  Katîr  dit  dans  ses  AmuJet, 
sous  Tannée  682  :  t  A  la  fin  de  cbaliAn,  Gharaf  ed-dîn  ebn  NaVneh, 
ci  Mo<|addasy,  Tun  des  imAms  le  plus  éminents  et  des  diefs  des 
docteurs  auteurs  d'ouvrages,  exerça  la  fonction  de  snbstitat  de  la 
justice  au  nom  d'ebn  cz-Zaky.  Quand ,  en  cbawwAl ,  moarut  son  frère 
Chams  ed-dîn  Mohammad ,  il  fut  investi  à  sa  place  de  la  diaîre  de 
la  Ckâmiyeh  extra  muros  et  on  lui  eideva  odle  de  la  Petite  'édéUytk 
et  de  la  Rawâhiyek  (N,  f  107  v»). 

Cf.  Quatrcmère,  Mamloàks,  II,  2"  part.,  p«  S7> 

*^  Taqy  ed-dîn  el  Asady  dit  dans  la  Suite  :  tEn  rabi*  i**  de  l'an- 
née 825  et  ic  jour  de  dimanche  7  du  mois,  la  leçon  fîit  donnée  i 
la  Petite  'Adéliyeh  par  ChéhAb  ed-dîn  Ahmad,  fils  do  qAdy  Tldj 
ed-dîn  ebn  ez-Zohry.  A  la  mort  de  leur  père,  oe  Ghéhâb  ed-<Un  et 
son  frère  furent  mis  en  possession  de  ses  nombreuses  diarges.  Seide, 
la  chaire  de  la  Châmiyeh  extra  mwros  sortit  de  lenrs  mains.  D  moa- 
rut de  la  peste  le  jour  de  mardi  12  rabf  i**  de  Tannée  853»  (N, 
f  108  r"-v"). 

^^  JjoJi  y\ù.  Il  en  existait  aussi  une  an  Caire,  au  pied  du  diA- 
teau  de  la  Montagne.  Cf.  Quatremère,  Mtanlùàk» ,  I,  393,  et  Khitain 
II,  2o5.  —  Ebn  Batoûtah,  I,  219,  fait  mention  de  odle  de  Damas. 

^  El)n  Khaliikân  donne  la  biographie  de  ce  prince  (I,  6i5- 
C 1 6  ) ,  et  dit  que  'adrâ  était  sa  fille.  B  fait  mention  de  la  'odréinjndk 
fondée  ])ar  elle  et  fixe  la  date  de  sa  mort  an  lo  m<^arram  5g3 
(4  décembre  1 196).  —  Voir  aussi  pour  'adrA,  fiilè  de  Ghâhandiâh, 
ci-devant ,  sous  la  Sârémiyeh ,  l'inscription  de  SArem  ed-dîn  Djawhar. 

^^  On  trouve  dans  le  Fawàt  el  wafayàt  (II,  3i5)  la  biographie 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  ASi 

du  fiis  de  Taqy  ed-dfn  'omar  :  «  Mohammad  ebn  'omar  ebn  Châhan- 
châh  ebn  Ayyoûb ,  le  sultan  el  malek  d  Mansoûr,  fils  d'el  msdek  el 
Mozaftar  Taqy  ed-dîn ,  fils  de  l'émir  Noûr  ed-dîn ,  seigneur  de  Ha- 
mâh  et  fils  du  seigneur  de  cette  ville.  Il  composa  en  plusieurs  vo- 
lumes des  Annales  suivant  Tordre  chronologique  et  un  livre  qu'il 
appela  les  Classes  [tabaqât)  des  poètes,  en  dix  volumes.  Il  régna 
dix  ans  et  mourut  l'année  610.» 

H.  Khal.,  en  citant  ce  dernier  ouvrage  (IV,  1 45) ,  dit  qu'el  malek 
el  Mansoûr  Mohammad  ebn  'omar  ebn  Chahanchâh  mourut  en  6 1 7 
(Comm.  8  mars  1220). 

^^  Biographical  dictionary,  I,  61 5.  —  Dans  les  Kawàkeb  ed-dar- 
riyeh  fCs-sirat  en-noûriyeh ,  Badr  ed-dîn ,  fils  du  qâdy  de  Chohbeh , 
rapporte  sous  l'année  543  le  passage  suivant  qu'il  emprunte  à  ebn 
Abî  Tayy  :  «Dans  la  défaite,  c'est-à-dire  la  défaite  infligée  par  Noûr 
ed-dîn  au  seigneur  d'Antioche,  &t  tué  Chahanchâh,  fils  d' Ayyoûb  et 
frère  d'el  malek  en-Nâser  Salâh  'ed-dîn.  H  était  aussi  le  père  de  *ezz 
ed-dîn  Farrokh  Chah ,  de  Taqy  ed-dîn  *omar  et  de  la  dame,  'adrâ 
de  qui  tire  son  nom  la  madraseh  la  *adràtpiyeh.  Le  tombeau  de  ce 
prince  se  trouve  dans  la  turbeh  la  Nadjniyeh,  à  côté  de  la  madra- 
seh la  Heusâmiyeh ,  au  cimetière  d'el  ^owc^niyek ,  en  dehors  de  Da- 
mas. »  C'est  la  turbeh  qui  est  à  l'intérieur  de  la  Chàmiyeh  extra  rnn- 
ros  (F,  f  109  v°-iio  r"). 

Le  texte  imprimé  du  Kétâb  er-rawdatayn  (p.  55)  porte  «le  cime- 
tière d'el  'awniyeh  ». 

*"  Le  qâdy  suprême  Borhân  ed-dîn  Ibrâhîm ,  fils  du  qâdy  Chams 
ed-dîn  Mohammad  ebn  Borhân  ed-dîn  Ibrâhîm  ebn  el  Mo'tamed, 
v  donna  la  leçon  le  jour  de  dimanche  i4  dou'l  qa'deh  de  l'année  880 
(N,Pii2r*»). 

***  Ce  collège  est  mentionné  dans  Hist.  or,  des  Croisades,  III, 
428.  —  Plusieurs  auteurs  disent  qu'il  se  trouve  «à  côté  de  la  Kal- 
lâseh  »  et  non  «  dans  ». 

^'  El  malek  el  Afdal  Noûr  ed-dîn  *aly,  fils  de  Saladin;  né  en 
565;  appelé  à  Damas ,  582;  roi  de  Syrie,  589;  déposé,  592;  atâbek 
d'el  Mansoûr  Mohammad  en  Egypte,  595;  roi  de  Samosate.  Cf. 
Tableau  généalogique  des  Ayyoubttes,  dressé  par  M.  Waddington,  de 
l'Institut.  —  La  biographie  d'el  AfdjJ  se  trouve  dans  Biographical 
dictionary.  H,  353-355. 

^  El  malek  el  *azÎ2  *émâd  ed-dîn  'otmân,  né  en  567;  nâïb  d'É- 
i^yptc,  582;  roi  d'Egypte,  589;  mort  le  21  moharram  595.  Cf. 
Tableau  généalogique,  et  ci-devant,  chapitre  II,  note  67.  —  Il  mou- 


488  MÀI-JUIN  1804. 

nit  la  septième  heure  de  la  nuit  précédant  le  mercredi  3 1  Doohar» 
ram  SgS  (12  novembre  1198);  le  Kétdb  er-rawdatayn,  s*  part., 
33.4  ,  porte  «la  nuit  du  (samedi  au)  dimanche  30 »• 

^  Dans  le  Kétâb  er- raivdatayn ,  a*  part,  sSi,  on  lit  Madjadjah. 

^  On  sait  que  ^Li ,  plur.  ^j-s-t ,  signifie  «  ouverture  »  et  aussi 
fi conquête».  —  Cf.  sur  cette  épitaphe,  HUt.  or,  des  Croigades,  UI, 
428. 

**  Neuvit^me  ou  dixième  jour  du  mois  de  moharram.  —  Voir  ci- 
devant,  note  31 4  «  et  Hist,  or.  des  Croisades,  III,  438. 

^^  Le  jour  de  mercredi  i3  safar  de  Tannée  8a 3  (N,  f"  116  i'). 

^^  Après  ebn  el  Motahhar,  on  lit  dans  N  (f*  117  v")  ebn  'aly. 
Kbn  Khailikâu,  qui  donne  (II,  3  a -3  5)  la  biographie  du  fondateur 
de  la  *osroûniyeh ,  l'appelle  Abou  Sa*d  'abd  Mlah  ebn  Abî'a-Sary  liO' 
hammad  ebn  Hébat  Allah  ebn  Motahhar  dbn  'aly  ebn  Abi  'onroAn 
ebn  Abî  's-Sary,  etTamîmy,elHadîty,  puis  el  Mawaély.le  fiujîh  châ- 
fé'itc,  à  qui  fut  donné  le  titre  honorifique  de  Charaf  ed-dîn ,  et  dit 
qu'il  naquit  à  Mosoul  le  lundi  22  rabf  1"  492  (i5  février  1099)  et 
mourut  à  Damas  la  nuit  du  (lundi  au)  mardi  11  ramadan  585 
(22  octobre  1189).  H  se  transporta  à  Damas  en  549  (i>54)  et  y 
revint  en  570(1174-1175). 

H.  Khal.  cite  plusieurs  de  ses  ouvrages  sous  le  nom  d'Abou  Sa'd 
(al.  A])Ou  Sa'îd)  *ubd  Allah  ebn  Mohammad  ebn  Hébat  Allah,  d 
MawHély,  cl  Yamany  (al.  et-Tamîmy),  vulgoebn  Abî  'o^roàn  et  dit 
(|u'il  mourut  en  585. 

Il  professa  à  Mosoid  l'année  523;  puis  fut  nommé  qâdy  de  Sen- 
djâr,  de  Nasîbîn,  de  Harrân  et  d'autres  viUes.  Il  entra  l'année  545 
à  Halab  où  le  sultan  Noùr  ed-dîn,  seigneur  de  cette  ville,  lui  té- 
moigna de  la  bienveillance.  Quand,  en  5499  ce  prince  s'empara  de 
Damas,  il  arriva  avec  lui,  professa  à  la  Ghaxtéliy^,  et  fiit  investi 
(le  l'inspection  des  waqfs.  Puis  il  partit  pour  Halab  et  iht  promu 
qâdy  de  Sendjâr,  de  Harrân  et  du  Dyâr  BaJu*.  Revenu  à  Damas  l'an- 
née 570,  il  fut  nommé  qâdy  l'année  573.  Dix  ans  avant  sa  mort, 
il  devint  aveugle  et  le  sultan  remit  la  charge  de  q4dy  à  son  fils 
Abou  Hâmed.  Il  fut  enterré  dans  sa  madraseh,  en  &ce  de  sa  mai- 
son. Noùr  ed-diu  lui  avait  bâti  des  collèges  à  Halab,  à  HamAh»  à 
Hems  et  à  Balbakk.  Il  s'en  bâtit  un  à  lui-même  à  Halab  et  un  autre 
à  Damas  (N,  f°  117  v"-ii8  r"). 

Cf.  aussi  Kétàh  er-rawdatayn ,  263,  et  2'  part.,  i5o. 

«  Haditeh  de  Mosoui ,  petite  ville  qui  était  sur  la  rive  orientale  du 
Ti^rc,  près  du  Zâh  supérieur.  Elle  forme  la  limite  du'iràq,  du  oôlé 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  489i 

de  Mosoul.  Il  s'y  trouve  un  tombeau  qu'on  dit  être  celui  de  'abd 
Aiiah,  fils  de  'omar,  fils  d'el  Khattâb;  mais  ce  n'est  pas  exact,  at- 
tendu qu'il  mourut  à  Médine.  •  Marâsed. 

^'2  Ahmad  ebn  Mohammad  ebn  Nasr  Allah ,  Tâdj  ed-dîn  el  Ha- 
mawy,  châfé'îte,  mourut  l'année  687.  Il  fut  investi  de  la  charge  de 
chnylà  des  chay'jhs  (N,  P  1 18  v*»). 

Le  titre  de  «  chaykh  des  chaykhs  »  (cliayUi  ech-choyoùM)  ou  «  doyen 
des  vieillards  »  servait  à  indiquer  le  chef  du  corps  des  professeurs 
ou  des  'olamâ.  Il  servait  aussi  à  désigner  les  chefs  de  chaque  ordre 
de  derviches.  Cf.  Hist.  or.  des  Croisades,  I,  763. 

^''^  Le  chaykh  Chams  ed-din  ebn  Ghânem  y  donna  la  leçon  le 
1"  moharram  692  et,  en  l'année  699,  mourut,  à  l'âge  de  plus  de 
quatre-vingts  ans,  Solaymân  ebn  Mohammad  ebn  Hâil  ebu  *aly,  el 
Moqaddasy,  connu  sous  le  nom  d'ebn  Ghânem.  Il  fut  le  père  de  'alâ 
ed-dîn  ebn  Ghânem  (N,  P  118  v**). 

^^^  Le  fils  de  Djamâl  ed-din  d  Qalânésy,  le  qâdy  Amîn  ed-dîn 
Abou  'abd  Allah  Mohammad ,  naquit  l'année  701.1!  fut  nommé  à 
plusieurs  reprises  qâdy  des  armées  à  Damas  et  procureur  du  trésor 
public.  Il  fut  ensuite  investi  de  la  charge  de  kâteb  es-serr,  de  celle 
de  chay'sli  ^^  chaykhs  et  des  fonctions  de  professeur  à  la  Nàsériyth 
intva  muras  et  à  la  Châmiyeh  intra  maros  (N,  P  118  v^-iig  r").  Il 
mourut  à  Damas  en  rabî*  1"  de  l'année  768  (N,  f®  88  r®). 

^^^  Le  manuscrit  de  Paris  porte  ^»«|JU  ^1  bl  U3;  ebn  Khidiikân > 
p.  r*)1,  écrit  ^^^^\  L»l  J^j. 

"«  B  donne  *abd  El  Kâfy.  Je  suis  la  leçon  de  N.  —  El  Khedr  ebn 
Chebl  ebn  'abd ,  le  jurisconsulte  Abou'l  barakât  d  Hâréty,  ed-Dé^ 
machqy,  châfé'îte ,  hhaUb  de  Damas  et  professeur  à  la  Ghazzâliyeh 
et  à  la  Modjâhédiyeh,  naquit  en  cha'bân  de  Tannée  486.  Noûr  ed- 
dîn  bâtit  sa  madraseh  auprès  de  bâb  el  faràdj  et  l'en  nomma  pro- 
fesseur. Il  y  enseigna  pendant  dix-huit  ans.  H  mourut  en  dou'l  qa"- 
deh  de  l'année  662 ,  et  fut  enterré  à  bâb  elfarààis  (N, fol.  120  r°). 

^^^  El  Asady  dit  sous  l'année  Ô97  :  cEl  'émâd  el  kàleb ,  Moham- 
mad ebn  Mohammad  ebn  Hâmed  ebn  Mohammad  ebn  'ahd  Ailah 
(^hn  'uly  ebn  'abd  Allah  ebn  Mahmoud  ebn  Ilébat  Ailah  ebn  Alok  — 
mot  qui  en  arabe  signifie  t'aigie»  (<^ULa),  —  i'imâm,  Tâoquent  ré- 
dacteur de  la  correspondance ,  le  vizir  *émâd  ed-din  Abou  *abd  Allah 
el  Isl)ahâny,  le  kâteb,  connu  sous  le  nom  de  fils  du  frère  du  vizir, 
nacpiit  à  Isbahân  l'année  5 19,  et  arriva  à  Baghdâd  à  l'âge  de  vingt 
ans  environ.  Il  étudia  la  jurisprudencii  à  la  Nézàimyeh,  Il  se  trans- 
porta à  Damas  en  Tannée  56  a.  L'émir  Nadjm  ed-dîn  Ayyoùb  lui 


490  MAIJUIN    1894. 

traya  la  voi«'  aiiprèn  du  «ultan  NoAr  ed-dîn ,  qui  lui  confia  ia  chaire 
dv  la  ma(lra<i(>li  connue  sous  le  nom  de  la  'imàd^k.  Lorsque  NoAr- 
l'dHJîn  mourut,  it  reprit  le  chemin  du  'iréq.  *éniftd  ed-<lîn,  ditebn 
MialliLàii,  conserva  sa  haute  position  jusqu'à  la  mort  de  SalAh  cd- 
(lîn.  Cet  L^i^ncment  porta  la  perturbation  dans  sa  situation.  Il  garda 
la  inai^ion,  et  se  consacra  au  professorat  et  à  la  composition  de  ses 
ouvra<;('s.  11  mourut  à  Damas  en  ramadan,  et  fat  enterré  au  cime- 
tièn>  [mivfàher]  des  Soûfys.  El  *émftd  rapporte  lui-même  qu'eo 
radjul)  de  Tannée  560,  Noi\r  cd-dîn  lui  confia  la  chaire  de  la  ma- 
(Irasi'h  ^sitiin>]  aiipn'H  du  bain  d'el  Qasyr  (ou  A'dQosayr,  le  petit 
château)  et  où  il  était  descendu  à  son  arrivée  à  Damas  (N,  fol.  i30 
r'*-v*').  —  Cf.  aussi  sa  biographie  dans  ebn  Khallikân .  III,  3oo- 
."^o.î,  et  \oir  Kêtàh  er-rawHatayn ,  i*part. ,  2^5. 

"^  Badr  ed-dîn  Abou'l  yosr  Mohammad,  fils  du  qâdy  en  chef 
'ezz  ed-dîn  Moliainmad  ebn  'abd  Kl  Khftleq  ebn  Khalîl  ebn  Moqallad 
(>bn  Dja'bar,  el  Ansâry,  ed-Démachqy,  connu  sous  le  nom  d'ebn 
e;-Sc^\et;h,  na(|iiit  en  el  moharram  de  l'année  676.  H  professa  aussi 
à  la  DnminnffhiYfh.  Il  mounit  à  Damas  en  djonmftda  i**  de  l'année 
729,  et  fut  enterré  dans  la  turl>oli  de  sa  famille,  au  penchant  du 
Qîisyoùn  f\,  fol.  6 H  v'-Gg  r").  —  On  trouve  sa  biographie  dans 
le  h\i\càl  el  uafayàt,  II,  3idv  q<)i  place  sa  mort  en  739. 

^"^  Le  texte  ne  paraît  pas  partout  très  clair;  j'ai  dû  en  traduire 
certains  passages  par  conjecture. 

"®  Le  clia>k]i  Nasr  ebn  Ibrahim  ebn  Nasr,  el  Moqaddasy,  com- 
posa plusieurs  ouvrages  (voir  H.  Khal.).  Il  étudia  la  jurisprudence 
à  Soi\r,  sous  Salîm  or-Râzy,  pendant  quatre  ans,  et  se  rendit,  en 
l'année  ^80,  à  Damas,  06  il  passa  sa  vie  dans  la  pratique  de 
«grandes  aust<^rités  et  mortifications.  Il  mourut  en  moharram  4go 
(jan>ier  1097)  et  fut  enterré  à  Damas,  oii  sa  tombe  continua  k 
être  baulenient  vénérée.  (TabaqAt  ech-châf/ytn,  Tab.  el-foqaUâ,  dans 
ii'iographical  dictionary^  I,  ^2,  n.  2.  Voir  aussi  Modjîr  ed-dîn,  tra- 
duction Sauvaire,  p.  64,  128  et  i^o.) 

*^'  On  trouve  la  biographie  d'Abou  Hâmed  Mohammad  ebn  Mo- 
liammad  ebn  Ahmad  cl  Ghazzâly,  surnommé  Headjdjet  el  islam 
/ayn  ed-dîn,  dans  Biographical  dictionary,  II,  62 1-62 4.  Il  naquit  à 
Tous  en  l'annt^  .\bo  (io58-io59)  et  mourut  à  Tabarân,  le  lundi 
l^  djoumâda  1^  de  l'année  5o5  (décembre  1111].  Dans  la  biogra- 
phie d'Ahmad  el  Ghazzâly  (I,  79-80),  frère  d'Abou  Hâmed,  ebn 
Khallikân  dit  que  Ghazzâly  est  dérivé  de  ghazzAl  (fileur),  formé 
d'après  le  systèmes  généralement  adopté  par  la  population  du  Kho- 


S 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  491 

wârezm  et  du  Djordân.  Qudques-uns  prononcent  Ghazâiy,  nom 
d'un  village  dans  les  dépendances  de  Tous.  C'est  cette  dernière  pro- 
nonciation qu'a  adoptée  es-Sam*âny,  dans  ses  Ansâh;  mais  la  pre- 
mière est  plus  généralement  usitée.  —  Modjîr  ed-dîn  nous  parle 
aussi  d'el  Ghazzâly  et  de  la  Ghuzzâlijeh  de  Jérusalem ,  traduction 
Sauvaire,  p.  64,  66,  128  et  i4o. 

'^-  Cf.  Kétâb  er-rawdatayn ,  p.  263. 

'»3  'ezz  ed-dîn  'abd  El  'azîz  ebn  *abd  Es-Sallâm  ebn  AbH  Qâsem 
c^hn  el  Hasan  j  es-Solaymy,  ed-Démacbqy,  puis  el  Mesry,  naquit  en 
577  ou  578.  n  mourut  à  Mesr,  en  djoumâda  1"  de  l'année  660 
(N,fol.  123  \'). 

Sa  mort  est  mentionnée  par  Quatremère,  Mamloûks,  I,  182 ,  où 
il  est  appelé  es-Salamy. 

*"  N  (fol.  125  v')  appelle  ce  qâdy  en  cbef,  el  Wanây,  et  dit 
qu'en  safar  de  l'année  846,  il  donna  ses  leçons  a  la  maison  (d'en- 
seignement) de  la  tradition  YAckrafijrek,  puis  à  la  'âdétiyek,  puis  à 
la  Gliazzâliyek  et  à  la  BâdércâyeK, 

^^^  &..**<A. .  Comp.  ci-devant,  chapitre  II,  n.  33. 

"«  Il  était  le  dawâdâr  de  Tanam  (N,  fol.  126  r»). 

**'  N  dit  quinze.  ^ 

"®  Le  quintal  syrien  était  égal  à  i85\388. 

"»  Le  hâfez  Chébâb  ed-dîn  ebn  Hedjdjy,  es-Sa*dy,  dit  lui-même, 
sous  l'année  811  de  ses  Annales,  que,  dans  la  première  décade  de 
chawwâl,  il  donna  la  leçon  à  la  madraseb  la  Fârésiyeh  (située)  au  , 
sud  de  la  mosquée-cathédrale  (N,  fol.  126  r"). 

^^  N  écrit  ed-dyâr  el  mesriyek  et  B ,  plus  haut ,  Mârédîn  au  lieu 
(le  Bârîn. 

*^  Fath  ed-dîn  donna  l'inspection  des  fonctions  de  professeur  au 
qâdy  'émâd  ed-dîn  el  Harastâny,  et  ensuite  à  son  fils  Mohiy  ed-dîn , 
à  qui  elle  fut  enlevée  en  l'année  669  (N,  fol.  126  v"). 

^  Bemarque.  Il  existe  en  outre  deux  madraseb  appelées  FoAA- 
riyeh:  l'une  est  à  Jérusalem.  Ebn  Katîr  dit  dans  ses  Ann€des,  sous 
l'année  732  :  «Le  qâdy  Fakhr  ed-dîn,  écrivain  des  mamloûks, 
Mohammad  ebn  Fadl  Allah,  inspecteur  des  armées  à  Mesr,  copte 
(l'origine,  embrassa  l'islamisme  et  devint  un  bon  musulman.  Il  fit 
de  nombreuses  fondations  pieuses.  Le  sultan  lui  accorda  des  marques 
multiples  de  sa  faveur.  Il  mourut  âgé  de  plus  de  soixante-dix  ans. 
(Vest  de  lui  que  tire  son  nom  la  FaMiriyeh  qui  est  à  Jérusalem.  Il 
mourut  au  milieu  de  radjab  et  le  séquestre  fut  mis  après  sa  mort 
sur  ses  richesses  et  ses  propriétés.  » 


49S  MAI.JUIN  18Q4. 

La  seconde  Fakhnjek  se  trouve  à  Me^r.  Suivanl  ^^«l«dy,  *ofc- 
mân  elm  Qizii,  rëmir  Fakhr  ed-dîn  Aboa'l  fath  el  KAmâv,  na- 
quit à  Halab.  C'était  un  des  meilleurs  émirs  d*el  Kâmel.  fl  consti- 
tua en  waqf  la  madraseh  très  connue  au  Caire,  ainsi  que  la  motquie 
sine  en  face ,  une  école  publique  et  le  rébât  qui  est  sur  le  penchant 
du  Mo(|attam.  Il  mourut  à  Harrân  et  fut  enterré  en  dehors  de  cette 
ville,  Tannée  639  (\,  fol.  137  r^). 

Sur  la  FaUvriyeh  de  Jérusalem  et  son  fondateur,  voir  Modjîr  ed- 
dîn,  traduction  Sauvaire,  p.  i^i,  et  sur  cdle  du  Caire,  Khélat .  U, 
307.  Maqrizy  appelle  Fakhr  ed-dîn  el  Bâroùmy,  et  dit  qu'il  fut  ma- 
jordome [ottàdàr)  d'el  malek  cl  Kftmei  Mohammad,  fils  d'el  'âdd, 
et  l'administrateur  du  royaume.  D  était  né  à  Hidab  en  l'année  55 1 
rt  mourut  à  iïarrân  le  18  4ou'l  hedjdjeh  de  l'année  639.  L'auteur 
de  la  Description  de  l'Egypte  place  le  rébât  à  el  Qarftfah;  il  lui  en 
attribue  un  autre  à  la  Mekke. 

Au  lieu  de  «Xfi^A,  on  lit  dans  N|54^,  qui  signifie  <  passage  ■  et 
n'a  pas  de  sens  ici. 

^  Chams  ed-dîn  Abou  'abd  Allah  Mohammad  ebn  *abd  Ed-Dftim 
ebn  Moûsa,  el  ^asqidâny,  en-Na'ymy,  el  Barmâvry,  el  Menry,  naquit 
on  don'l  qa'dch  de  Tannée  76.^.  Le  7  cha'bân  836,  cinquante  jours 
après  la  mort  de  son  fils  Abou'l  Fadl ,  il  partit  pour  BCésr.  £n  4ou'l 
Ijiuljdjch  838,  il  résigna  les  fonctions  qu'il  exerçait  à  Damas  (N, 
fol.  57  v»  58-r''). 

H.  KhaJ.  mentionne  ses  ouvrages  et  place  sa  mort  en  83i  (Comm. 
22  octobre  1427). 

^  Le  commentaire  du  Djàm^  ^!-|<4î^«  composé  par  el  Bar- 
mâwy,  porte  le  titre  de  el-Làmc'  es-tahth.  Cf.  H.  Khd.,  Il,  5a5. 

^^  cmxIxmI^  .  Le  copiste  me  paraît  avoir  estropié  ce  mot ,  que  je 
traduis  par  conjecture. 

^  Comp.  ci-devant,  n.  iSo.  Voir  aussi  Kitàb  er-rawdatajn, 
2*  part.,  339. 

^  N  ne  fait  pas  mention  du  fils  du  qâdy  de  Chohbeh,  et  dit  que 
Sadr  ed-dîn  était  le  fils  de  Chams  ed-dîn  ebn  Sany  ed-dauleh  (f<^ 
127  v°). 

^^  C'est-à-dire  le  qâdy  suprême  Borhân  ed-dîn  Ibrâym  ebn 
Chams  ed-dîn  Mohammad  ebn  Borhân  ed-dîn  Ibrahim  ebn  d  Mo'- 
tamed.  Voir  ci-devant,  n.  363. 

^  Ebn  Chaddâd  l'appelle  la  QiUdjiyeh-Modjâhédiyeli, 

^  Ebn  Chaddâd  dit  en  parlant  de  la  grande-mosquée  de  I>jar- 
rah  :  c  Après  qu'elle  eut  été  restaurée  par  el  Achraf  MoAiav  die 


\ 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  493 

devint  la  proie  des  flammes  sous  le  règne  d'd  maiek  es-Sâleh  'ëmftd 
cd-(lîn  Isma'il,  vers  la  fin  de  l'année  643  ,  lorsque  Mo*m  ed-dîn  ebn 
ccli-chaykh  vint  assiéger  Damas.»  (Je  lis  J^b  au  lieu  de  dkb  que 
porte  le  manuscrit.  Cf.  Abou'l  féda  dans  HisU  or,  des  Crois,,  1, 1 33.) 
Plus  tard,  en  l'année  653,  la  construction  en  fut  renouvelée  par 
l'émir  Modjâhed  ed-dîn,  fils  de  Mohammad,  fils  de  l'émir  Chams 
ed-(lîn  M ohammad ,  fils  de  l'émir  Ghars  ed-dîn  Qilîdj  en-Noûry.  Cet 
émir  Modjâhed  ed-dîn  est  autre  que  le  premier.  Je  ne  l'ai  mentionné 
(|uc  pour  faire  remarquer  qu'il  y  en  avait  deux  (du  même  nom) 
(N,  fol.  138  V»). 

^'  N  l'appelle  el-Labany  (fol.  128  v"). 

^  Le  qâdy  en  chef  Tâdj  ed-dîn  Abou  Nasr  *abd  El  Wahhâb,  fils 
du  cliaykh  des  Châfé*îtes  Chéhâb  ed-dîn,  ez-Zohry,  el  Béqâ*y,  d 
ary  d'origine,  ed-Démachqy,  naquit  Tannée  767  et  mourut  le  jour 
de  vendredi  2  3  safar  de  Tannée  824»  dans  sa  demeure,  à  la  Salé- 
hiyeh ,  au  pont  blanc,  La  prière  sur  son  corps  fut  faite  à  la  porte 
de  la  Mârédcuiiyeh  ;  puis ,  une  seconde  fois ,  dans  la  mosquée-cathé- 
drale d'Ylboghâ  et ,  en  troisième  lieu ,  dans  la  mosquée-cathédride 
de  Tenkez.  Il  fut  enterré  au-dessus  de  son  père,  dans  le  cimetière 
desSoùfys  (N,  fol.  81  r°-v°). 

303  juiULJLJi  c»(44I  jxx^  i  ?  yjsJJ  1^1^  (w^.  Sur  les  c^lf^ 
iuLLxUJi,  cf.  Quatremère,  Mamloâks,ly  p.  17.  —  Peut-être  faut- 
il  lire  lyâJJ  cà  Tachât»  (dans  qudques  domaines  royaux). 

^"^  El  Berzâly  le  fait  mourir  le  jour  de  dimanche  au  coucher  du 
soleil ,  2  4  dou'l  hedjdjeh ,  à  la  'oqaybeh ,  et  ajoute  qu'il  fut  enterré 
sur  le  penchant  du  Qâsyoûn.  U  constitua  en  waqf  sa  maison  comme 
madraseh,  à  l'extérieur  de  Damas,  en  dehors  de  bàb  el  faràdts  (N, 
fol.  129  r°). 

3^  L'émir  'ezz  ed-dîn  Ibrahim  institua  comme  professeur  de  ce 
collège  'émâd  ed-dîn  le  Kurde,  chftfé'îte  (N,  fol.  139  r^). 

^  Chéhâh  ed-dîn  Aboul  mahâmed,  Abou't-Tâher  et  Abou'l  'ezx, 
Ismâ'îl  ebn  Hâmed  ebn  'abd  £r-Rahman  ebn  el  Mardjàn,  le  voya- 
geur (el  morahhel)^  el  Ansâry,  d  Khazradjy,  procureur  du  trésor 
public  en  Syne,  naquit  à  Qoûs  en  .el  moharram  de  Tannée  574. 
vint  au  Caire,  en  Tannée  690 ^  puis  à  Damas,  où  il  se  fixa  en  Tan- 
née 591 .  Chéhâb  ed-dîn  d  Qoûsy  mourut  en  rabî*  i**  de  Tannée  653 
et  fut  enterré  dans  sa  maison  qu'il  avait  constituée  en  waqf  comme 
maison  (d'enseignement)  delà  tradition,  située,  comme  on  Ta  vu 
précédemment,  à  proximité  de  la  place  [er-rtihbeh)  ^  en  dedans  de 


494  MAI. JUIN  1804. 

bâb  charqy,  une  des  portes  de  Damas ,  et  où  se  trouve  son  tombeau 
(N,fol.  lag  \"). 

Es-Stu/qây  (fol.  3  3  v")  dit  à  propos  d'un  ChéhAb  ed-dîn  el  Qoùsy 
(contemporain  de  Chams  ed-dîn  Ahmad  ebn  d  Moùkdd^  ebn  'ysa 
cbn  Ibrahim  ebn  Matroûb ,  le  kàteb,  mort  à  Damas  en  699)  qu'il 
avait  des  propriétés  dans  la  Gboûtah  et  une  belle  maison  voisine 
des  sayycds  les  Banou  Sasra.  A  sa  mort ,  Cbéhâb  ed-d!n  immobilisa 
sa  maison  comme  madraseh  et  lui  constitua  un  waqL 

^  Le  Djam*  el  djawâm^  est  sans  doute  l'ouvrage  de  ee  nom  trai- 
tant des  principes  de  la  jurisprudence  et  ayant  pour  auteur  Tiidj 
ed-dîn  'abd  ei  Wabhâb  ebn  *aly  ebn  es-Sobky,  châfé'îte,  mort  en 
771  (Comm.  5  août  iSôg).  H.  Khal..  II,  610. 

•'^  Le  Moghnyfin-nahon  a  été  composé  par  Fakhr  ed-dîn  Ahmad 
cl  m  el  Hosayn  cl  Tcharpcrdy,  mort  en  746  [Comm,  4  mai  i345). 
H.  KhaL,  V,  654. 

^  TjCs  harimyin  sont  les  marchands  de  harim  (vêtement  grossier 
(]ue  re\6t  celui  qui  doit  faire  le  pèlerinage  de  la  Mekke). 

•'"®  On  lit  dans  es-Saqqâ'y  (fol.  6,  r*)  :  «Lorsque  el  malek  elMo- 
zaffar  Qotoz  conquit  la  Syrie ,  il  donna  en  fief  à  l'émir  Fârès  ed-dîn 
Aqtây  el  Mosta'rch ,  connu  sous  le  nom  de  VAtàhek,  l'apanage  [khphz] 
(le  l'émir  Nâser  ed-dîn  el  Hosayn  ebn  *azîz,  el  Qaymary,  leqnd  con- 
sistait dans  le  nombre  de  deux  cent  cinquante  cavaliers  et  consti- 
tuait le  plus  imjK)rtant  des  apanages  [a'jhbàz)  de  la  Syrie.  1 

Cf.  sur  lo  mot  y^i  Quatremère,  Mandoéki,  I,  a*  part.,  iSg. 

Es-Saqqâ'y  donne  comme  suit  la  biograj^ie  de  cet  émir  (ioL  3o 
v")  :  «  L'émir  Nâser  ed-dîn  el  Hosayn  ebn  'azîx,  el  Qaymary,  câèfare 
par  ses  bienfaits ,  était  un  des  plus  grands  émirs  de  la  Syrie  pen- 
dant le  règne  d'en-Nâser,  un  des  plus  justes,  et  dont  la  conduite 
était  la  plus  b(dle.  Il  avait  un  nombre  de  deux  cent  cinquante  ca- 
valiers ,  et  son  apanage  était  le  plus  important  de  tous.  D  édifia  la 
madraseh  et  les  boutiques  de  la  JoauYijr^aA  (le  petit  marché)  qui 
l'avoisinent  et  qui  portent  son  nom.  Il  les  constitua  en  waqf  pour 
la  madraseh.  A  la  mort  d'en  Nâser,  il  devint  un  des  émirs  de  MoVm 
£1  malek  cz-Zâber  lui  donna  le  commandement  d'un  groupe  d'émirs 
et  le  plaça  sur  le  Littoral,  vis-à-vis  des  Francs  qui  étaient  à  *akkâ. 
Il  mourut  en  rabî'  i*'  de  l'année  665.  i  —  En  661,  eat-ZAher  l'insti- 
tua en  qualité  de  délégué  royal  (nâXb  es'êalyxnek)  pour  ies  provinces 
conquises  du  littoral  (Hist,  or,  des  Crois,,  U,  i'*part.,  a  18. 

On  trouve  dans  Quatremère,  Mandoûks,  I,  a*  part.,  45,  la  bio- 
graphie de  l'émir  Nâser  Hosayn  [sic)  ebn  Wx  d  Qaymary,  que  lui 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  495 

ont  fournie  Nowayry  (fol.  36  r"),  le  prétendu  Hasan  dbn  Ibrahim 
(fol.  194  v°)  et  Abou'l  mahâsen  (fol.  217  r^  et  v°)  :  tCet  officier 
était  un  des  principaux  émirs ,  un  de  ceux  qui  occupaient  auprès  du 
prince  le  rang  le  plus  éminent.  C'était  lui  qui ,  au  moment  de  la 
mort  tragique  de  Toûrân  Chah ,  fils  d'el  malek  es-Sâleh  Nadjm  ed- 
dîn  Ayyoàb ,  avait  livré  la  Syrie  à  el  malek  en-Nâser  Yoûsef ,  souve- 
rain de  Halab.  Distingué  par  ses  rares  qualités ,  son  courage  intré- 
pide, sa  générosité,  il  commanda  les  armées  de  la  Syrie,  sous  les 
règnes  d'd  malek  es-Sâleh  et  d'el  malek  en-Nâser.  Sous  ce  dernier 
règne,  il  était  plus  obéi  que  le  sultan  lui-même  :  tous  les  Kurdes 
lui  étaient  dévoués  et  exécutaient  fidèlement  ses  ordres  :  û  malek 
cz-Zâher  lui  conféra  un  bénéfice  militaire  ^^^t  dans  le  Sâbel,  et 
i'éleva  au-dessus  de  tous  les  émirs  de  cette  province.  C'était  lui  qui 
avait  fait  construire,  à  Damas,  le  collège  Qaymariyeh,  destiné  aux 
Châfé'îtes,  et  situé  près  du  minaret  de  Firoûz.  Il  dépensa,  disait- 
on,  pour  cet  objet,  une  somme  de  quarante  mille  derhams.  Il  mou- 
rut le  dimanche,  treizième  jour  du  mois  de  rabî'  1*',  dans  la  pro- 
vince où  il  commandait.  Plein  de  fierté ,  il  se  plaisait  à  rivaliser 
avec  les  sultans  pour  la  magnificence  de  son  cortège,  le  nombre  de 
ses  chevaux ,  de  ses  mamloùks  et  des  gens  de  sa  suite.  » 

Quatrcmère  me  paraît  avoir  attribué  à  la  construction  du  collège 
la  dépense  (4o,ooo  derhams)  faite  pour  Thorloge. 

^"  N  écrit  :  «  qui  mit  en-Nâser  en  possession  de  Damas  ». 

^"  N  l'appdle  «  es-Sohrawardy  ».  —  L'imâm  Chams  ed-dîn  Abou'l 
Hasan  'aly  ebn  Mahmoud  ebn  'aly,  es-Sohrawardy,  le  Kurde ,  mou- 
rut en  chawwâl  de  l'année  676.  Il  fut  enterré  à  la  Soûfiyeh  (le  ci- 
metière des  Soûfys  ) ,  face  à  face  avec  le  chaykh  Taqy  ed-dîn  ebn 
ei-Salâh  (N,fol.  i3i  r^). 

êChahrazoâr,  vaste  arrondissement  dans  le  Djébâl,  entre  Erbel 
et  Uamadân.  Tous  ses  habitants  sont  Kurdes.  La  cité  se  trouve 
dans  la  plaine  et  est  protégée  par  un  mur  de  huit  coudées  d'épais- 
seur. A  proximité  s'^èvent  une  montagne  connue  sous  le  nom  de 
Ché'rân  et  une  autre  appdée  ez-Zalam.  Le  Tamarra  se  détourne  de 
cette  viUe  dans  la  direction  de  Khânéqîn.  »  Marâsed,  i 

'^  Charaf  ed-dîn  Yoûnès ,  fils  du  qâdy  'alâ  ed-dîn  ebn  Abî'l  baqâ, 
mouratle  jour  de  mercredi  26  safar  de  l'année  8i4(N,  fol.  182  r"). 

^*  Cf.  Quatremère,  Mamloùks,  I,  60,  où  il  est  cependant  appelé 
Charaf  ed-dîn  (Yoûsef  ebn  Abîl  fawârès). 

***  *"  Au  lieu  de  l^  Jy  que  porte  B,  N  écrit  1^*a  J'y ,  leçon  qui 
m'a  paru  préférable.  —  Dans  B  on  lit  (^^IJ\  pour  ^^UJt . 


496  MAI-JUIN   1894. 

^^^  B  porte  792. 

^'^  Ks-Safadv  rap|)cllc  le  mohtaseb  ebn  Abî  Karoûa ,  Mohammad 
ebn  'aqîl  cbn  'abcl  El  Wâbecl  ebn  Abmad  ebn  Hamxab  ebn  Karoâs, 
le  mohtiueb  Dj.imâl  od-dîn  Abou*!  makArem,  es^aiamy,  ed-Oé- 
machqy  (N,  fol.  iSa   v'). 

A17  Mohammad  cbn  'omar,  le  chaykh  Nadjm  ed-dîn ,  fils  du  chaykh 
Nadjm  ed-dîn  ebn  Abî't-Tayyeb ,  procureur  du  trésor  public  à  Danôas, 
arriva  aux  plus  grands  postes,  tels  que  Tinspection  du  trésor  à  la 
citadelle  de  Damas  et  la  fonction  de  procnreur  du  trésor  public* 
La  mère  de  ce  Nadjm  ed-dîn  était  fille  de  Ghams  ed-din,  fils  du 
(|Âdy  Nadjm  ed-dîn  A])ou  Bakr  Mohammad,  fils  du  qAdy  en  chef 
de  Damas.  Nadjm  ed-din  était  châfé'îte.  D  mourut  en  detii  jours 
d'une  pustule  qui  se  déclara  sur  son  visage.  Sa  mort  ent  lieu  le 
h  cha'bân  de  l'année  742  (N,  fol.  iSa  r^-v*). 

^**  Est  citée  par  ebn  Batoûtah,  I,  211. 

^^^  Os!  J^  •  Cette  expression ,  qui  signifie  littéralement  «  par  la 
main  de»,  se  ronconti'e  fréquemment  dans  les  inscriptions  arabes. 

^^  L'édifice  nommé  Kallâseh  fut  englouti  dans  le  tremblement 
de  terre  de  l'année  5  98;  il  est  tombé  seixe  créneaux  de  la  grande- 
mosquée  et  un  des  minarets;  un  autre  a  été  fendu,  ainsi  que  le 
dôme  en  plomb  (qobbet  «n-n^sr).  *A1m1  d-La^f,  traduction  de  Sacy, 
417.  —  Voir  aussi  sur  la  Kallâseh  ebn  KhaUikAn,  Biographie  de 
Saladin. 

^*  La  (chaire  de  la)  Kallâseh  était  alors  en  la  possession  de  son 
père ,  Chéhâb  ed-dîn.  Taqy  ed-dîn  el  Asady  dit  encore  :  c  Le  jonr  de 
mercredi  19  rabî'  1*'  de  l'année  8^7,  Rady  ed-dîn  se  présenta  à  la 
KalltUeh,  Le  qâdy  secrétaire  de  la  Chancellerie  secrète  de  M^r, 
Kamâl  od-dîn  (d  Bârézy,  l'avait  investi  d'un  tasdtr  qu'il  avait  renou- 
velé pour  lui  à  la  Kallâseh,  en  lui  assignant  un  traitement  mensnd 
de  cent  cinquante  derhams»  (N,  fol.  i33  v*).  —  lienum/ne.  La 
haUjah  la  Kawianyeh ,  qui  est  vis-à-vis  de  la  fenêtre  de  la  KallâMek, 
sous  le  minaret  de  la  fiancée,  à  la  mosquée-cathédnde,  a  été  con- 
stituée en  waqf  par  le  martyr  Noûr  edndîn,  en  faveur  déjeunes  gar* 
cens  et  d'orphelins ,  devant  lire  chaque  soir  après  l^oir,  trois  fois  : 
Dis  :  il  est  Dieu  unique  (Qor'ân,  CXII,  v.  1),  paroles  dont  la  ré- 
compense est  dévolue  par  eux  au  fondateur.  A  cet  effet,  ils  touchent 
ime  rétribution  du  grand  sob',  c'est-à-dire  du  sob*  qui  est  dans  la 
mosquée-cathédrale.  Leur  nombre  était  alors  de  trois  cent  cinquante- 
quatre  (N,  fol.  i33  v»-i34  r"). 

^  Cette  madraseh  faisait  face  à  la  porte  de  la  maison  de  Sayf 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  497 

el  Ghazzy  (sise)  sur  la  même  ligne  que  le  collège  de  Noûr  ed-dîn 
(Kétâb  er-rawdatayn ,  laS,  dernière  ligne). 

*"  Au  lieu  d'ebn  Yàsen,  N  le  nomme  Bozâz  (plus  bas  Borân) 
ebn  Yamîn.  Le  K,  er-rawdatajm  porte  partout  ebn  Mâmîn.  Cf.  aussi 
Ousâma,  traduction  de  M.  Derenbourg,  qui  l'appelle  Bouzân, 
p.  176,  n.  —  On  lit  dans  le  K.  er-rawdatayn,  ip,  1 33-134  *  que  sa 
maison  était  située  à  bâh  el  faràdis.  Il  est  fait  mention ,  dans  ce 
même  passage,  des  deux  collèges  fondés  par  Modjâhed  ed-dîn  et 
portant  son  nom. 

^  Ebn  Cbaddâd  ne  fait  mention  ici,  dans  son  livre  el  ctlâti  {el 
Ijhaiirah) ,  ni  de  cet  émir,  ni  de  sa  biographie.  Il  le  cite  en  parlant 
des  mosquées  de  Damas  et  dit  :  c  II  y  a  une  mosquée  dans  la  ma- 
draseh  de  Borân  ebn  Yamîn ,  le  Kurde ,  connu  sous  le  nom  de  Mo- 
djâhed ed-dîn,  qui  était  la  maison  du  Charîf  le  qâdy  Abou'l  Hasan.  » 
Cet  auteur  parie  encore  de  lui  à  propos  de  l'arrondissement  du 
Hawrân.  Dans  ce  passage,  il  s'exprime  en  ces  termes  :  c  Lorsque 
Mo'în  ed-dîn  fit  la  conquête  de  Sarkhad  et  de  Bosrà,  il  remit  la 
première  à  l'émir  Modjâhed  ed-dîn  ebn  Borân  ebn  Yâmîn ,  le  Kurde, 
et  la  seconde  à  son  hâdjeb  Fârès  ed-dauleh  Sarkhak.  Modjâhed  ed- 
dîn  y  resta  jusqu'à  sa  mort.  Sarkhad  passa  alors  à  son  fils  Sayf  ed- 
dîn  Mohammad ,  à  qui  die  fut  enlevée  par  d  malek  el  *âdd  Noûr 
ed-dîn  Mahmoud,  quand  ce  prince  s'empara  de  Damas i  (N,  f*  i34 

'')■ 

™  Abou  Châmah  dit  :«  Touchant  la  porte  renouvdée  (<>0s^]  à'el 
farâdts»  » 

^  Le  qâdy  en  chef  Montakheb  ed-dîn  Abou'l  ma'âly  Mohammad, 
fils  du  qâdy  en  chef  Abou'l  Fadl  Yahya  ebn  'aly  ebn  'abd  El  'azîz, 
d  Qorachy,  naquit  au  commencement  de  l'année  467.  Le  fondateur 
l'investit  de  l'inspection  et  de  la  chaire  de  cette  madraseh.  Il  mou- 
rut dans  le  mois  de  rabî*  1*'  de  l'année  537  et  fut  enterré  auprès 
de  son  père,  à  la  mosquée  du  pied  (N,  f*  i34  v^). 

^  C'est-à-dire  originaire  de  Kafarsoûsiyeh,  c  un  des  villages  de 
la  Syrie ,  dépendant  de  Damas  ».  Marâsed, 

*••  Voir  smr  ce  khân ,  Khétat ,  II ,  93 .  —  L'eunuque  Masroûr  passa 
au  service  particulier  de  Saladin ,  qui  lui  donna  le  commandement 
de  sa  garde  (halqak).  Il  se  retira  du  service  sous  le  règne  d'd  Kâ- 
md  et,  se  consacrant  à  Dieu,  il  garda  la  maison.  Masroûr  éleva 
un  grand  nombre  de  monuments  pieux  en  Syrie  et  en  Egypte.  Il 
possédait  en  Syrie  un  hameau  qui  fut  vendu  pour  une  forte  somme 

m.  33 

iurkumaia  batiosalb. 


408  MAI-JDIN  1694. 

à  rémir  Sayf  ed-dîn  Aboul  Hasan el  QayniAry.  — *  Sur  la  maHraaeh 
ia  Masroûriyek  du  Caire,  voir  de  mène  Khétat^  II,  378. 

"*  En  vertu  d'une  stipulation  du  fondateur.  —  Djamftl  ed-dîn 
Yoùsof,  fiis  de  NâseU  ed-din,  succéda  à  son  père  comme  inspecteur 
vi  mourut  le  5  safar  de  Tannée  65g.  D  fut  enterré  au-dessus  de  son 
pre,  à  la  monUgne  (de  Qftsyoûn)  (N,  f  i35  v*). 

^^  fi  écrit  ei  Maghréby,  an  lieu  d'el  Gfaaziy.  —  Après  la  mort 
du  chaykh  Zayn  ed-dîn  'omar  ebn  Moslem  ebn  Sa*îd,  d  Qoracfay, 
en  (lou'i  hedjdjeh  de  l'année  791,  la  chaire  fut  occupée  par  edi- 
Chnraf 'ysa  ebn  'otmàn  el  Ghauy  (N,  f*  i36  v*). 

^^  Voici,  au  sujet  de  la  Mankalâïyeh  (sic),  tout  le  paragraphe 
(|ue  lui  consacre  en-No'aymy  (P  i36  v*)  :  E»^afiidy,  en  donnant, 
sous  ia  lettre  sin,  la  biographie  de  Sandjar,  le  grand-émir 'alam  ed- 
dîn  ech-GhodJâ*y,  el  Mansoûry,  s'exprime  en  ceii  termes  :  cU  fut 
élevé  en  premier  lieu  à  Damas  chez  une  femme  connue  sous  le  nom 
de  Setl  Qadjâ ,  à  côté  de  la  madraseh  la  Mankalâïyeh.  a 

Ks-Saqqâ'y,  dans  la  biographie  de  l'émir  'idam  ed-dîn  Sandjar 
ech-CihodJâ'y  (  f°  43  r°] ,  appelle  cette  femme  Sett  Qasâ  et  dit  qu'elle 
habitait  à  côté  de  la  madraseh  la  Mcmkalànijrek  et  de  la  maison  du 
seigneur  de  Hamâh ,  à  Damas.  —  f  Cet  émir,  s'étant  transporté  au 
Cuire,  apprit  l'écriture  et  un  peu  de  littérature  et  s'attacha  au  sol- 
lan  el  Mansoûr  Sayf  ed-dîn  Qalàoùn ,  auprès  de  qui  il  obtint  de 
l'avancement  et  dont  il  fut  plusieurs  fois  le  vizir.  —  En  l'année  690 , 
el  malek  el  Achraf  (Khdîl) ,  fils  d'el  Mansoùr  (QalAoûn) ,  le  nomma 
nâXb  de  Syrie  et  le  destitua  l'année  suivante.  Lorsqn'U  quitta  l*Égypte 
pour  se  rendre  en  Syrie,  l'année  693 ,  il  lui  confia  les  fonctions  de 
nâXb  de  Mesr.  En  el  moharram  de  Tannée  693 ,  d  mdek  d  Achraf 
fut  tué  à  Taroùdjah  pendant  que  l'émir  *alam  ed-dîn  ecfa-GhodjA^ 
se  trouvait  à  la  citadelle  de  Mesr.  »  Ech-Chodjâ*y  périt  tragiquement 
dans  le  mois  de  safar.  Cf.  Quatrcmère,  Mixndoékt,  II,  3*  part, 
11-1 3,  et  la  notice  d'après  Abou'l  mahâsen  (ms.  663,  f*  33  i^), 

p.    13. 

•  TaroAdjak,  village  d'Egypte  dans  l'airondissement  d'd  Bohay- 
rch,  une  des  dépendances  d'Alexandrie,  i  Marâied,  —  Voir  aussi 
Etat  des  provinces  et  villages  de  V  Egypte,  de  Sacy,  loeo  cit.»  province 
de  Bohayreh,  p.  663. 

3»  Il  s'agit  sans  doute  d'en-Nâser  Sdâh  ed-cUn  Yoiksef,  fiis 
d'd  *azîz  Mohammad,  (ils  d'^-Zaher  Ghâzy,  fils  de  Saladin,  fils 
d'Ayyoùb,  qui  régna  à  Halab  de  63d  à  658  et  à  Damas  de  6d8 
à  658. 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  400 

^  Le  qâdy  en  dief  Mohiy  ed-dîn  Yahya  était  fila  da  qAdy  en  chef 
Mohiy  ed-Klin  Mohammad  ebn  ei-Zaky.  A|»ès  avoir  occupé  pédant 
qudques  mois  la  chaire  da  cette  Nâsérijeh,  il  fiartit  pOttr  Mesr. 
où  il  mourut  en  radjah  de  l'année  668-(N,  f*  137  r^).  -^  A  l'Age 
de  soixante  et  douze  ans.  Cf.  Quatremère,  Maadoûh,  I,  a*  part,, 
81. 

'^  N  l'appdle  le  qâdy  Mohiy  edr^iîn  Yahya  ébn  Ahmad  ebn  GhA- 
ZT,  époux  de  la  sœur  de  l'inspecteur  de  la  madraseh,  le  qâdy  des 
Hanafîtes^  dis  du  qâdy  de  'adjloAn. 

^  Le  qâdy  en  chef  des  ChAfêltes  Chéfaâb  ednlk  Ahmad  dm 
Charaf  ed-dîn  Mahmoud  ebn  DfamAl  ed^din  *abd  AHah  An  For- 
four  (N,  f»  i38v»). 

^  £l 'oqaybah  ou  el  %qîbah;  «la  petite  montée  i,  village  situé 
apparemment  dans  la  banlieue  de  Damas,  et  au  sud  de  cette  ville 
(Hist,  or,  dts  Croiâodet,  I,  Index  et  p.  1 13). 

^  B  écrit  f  ebn  Charaf*. 

^  D'après  une  inscription  de  Damas  de  l'année  643  (n**  476  de 
ma  collection),  le  même  surnom  a  été  porté  par  Charwah  ebn 
Hosayn  el  Mefarâny. 

^  La  biographie  de  l'émir  Djamâl  ed-^n  Aqoâch  en  Nadjîby 
evSâléhy  en  Nadjmy  est  donnée  par  es-Saqqâ'y  (f  6  r**)  :  c  C'était 
un  des  grands-émirs  connus  par  leurs  bienftiits.  Il  ftit  investi  de  la 
charge  d'ostâd  ed-dâr  au  commencement  du  règne  d'fflZâher  (Bay- 
bars  )  et  appdé  aux  fonctions  de  tUU^  de  Syrie ,  après  l'émir  'alâ  ed-dîn 
Taybars  d  Wazîry,  au'  commencement  de  l'année  661.  •—  Il  ftit 
destitué  des  fonctions  de  nMb  en  Tannée  670  et  remplacé  par  l'émir 
'eu  ed-dîn  Aydémir  es-Zâfaéry.  Il  m«arut  au  Caire  l'année  677.  «  — 
Celte  dernière  date  est  aussi  cdie  qu'on  trouve  pour  la  mort  deect 
émir,  dans  Quatremèro,  IfonJoàib,  I,  2^  part,  167. 

^  C'est  677  qu'a  faut  lire.  Voir  la  note  précédente. —  Ed^ 
haby  dit  dans  set  àmmUi,  sous  l'année  667  (stc  peur  677)  t  «En 
Nadjtby  DjamJd  ed-din  Aqoàch  e»-Sdéhy  fm-Nadjmy,  ùstàdér  d'd  ma- 
lek  es^eh ,  foi  ^gdement  investi  de  la  charge  é^  nMjordome  pso^  «1 
msdek  èz-Zâher,  puis  de  la  iieutenance  de  Damas  pendant  neaf  ans. 
B  lut  remplacé  par  'exi  ed«dîn  Aydénir.  Puis  il  resta  «a  Gain  sans 
emploi  et  fut  atteint  de  paralysie  quatre  ans  avant  ta  mort.  B  mottrut 
eo  rabi*  s',  à  l'âge  de  soixante  et  qudques  années.  Damas  lui  doit  une 
khânqAh ,  un  khân'et  une  madraseh.  fl  ne  laissa  pas  d'en&nt.  »  Ed-P*- 
haby  venait  de  ^lire  :  «  En  l'année  670 ,  le  sultan  partit  pour  Damas 
et  destitua  en-Nadjîby,  qu'il  remplaça  par  son  mamloûk  'ezz  ed-djln 

33. 


J 


500  MAIJUIN  1804. 

Aydémir.  Au  milieu  de  chaliân ,  Damas  fut  ai  proie  à  iine  très  YÎve 
frayeur  à  cause  des  Tatârs.  Le  nàlb  de  cette  ville,  *alam  ed-din  Tay- 
bars  d  Wazîry,  ordomia  à  tous  ceux  qui  en  avaient  iés  moyens  de 
partir  de  Damas  et  de  se  rendre  en  Egypte.  Le  sultan  éi  malek  o- 
Zâher  Baybars  envoya  dors,  en  4^u\  qa'deh,  qudqa'im  pour  se 
saisir  duditndtfr  et  le  destitua,  remettant  la  lieutenance  à  l'émir  Dja- 
mâl  ed-dîn  Aqoûch  en-Nadjîby,  un  des  jplns  grands  émirs,  i  Sons  l'an- 
née 663 ,  son  disciple  ebn  Katîr  dit  :  •  Au  rapport  d'Abou  Châmah , 
le  28  {sic)  mourut  Mohiy  ed-dîn  'abd  Allah  ebn  Safy  ed-dîn  ebn  Mar- 
zoùq ,  dans  sa  maison  à  Damas ,  voisine  de  la  madraseh  la  Noâriyiek.  ■ 
Je  dis  :  c  Cette  maison  estcdle  qui  fut  convertie  ea  madraseh  châféite. 
Elle  fut  constituée  en  waqf  par  l'émir  DjamM  ed-dîn  Aqoùch  en-Na- 
djîby. »  n  dit  encore  sous  l'année  677  :  «  Parmi  les  grands  personnages 
qui  moururent  cette  année ,  fut  Aqoûch  ebn  'abd  Allah ,  le  grand-émir 
Djamâl  ed-dîn  en-Nadjîby  Abou  Sa'd,  es-SMéhy,  qu'd  malek  ef 
Sâleh  Nadjm  ed-dîn  Ayyoûb,  fils  d'd  Kftmd,  affiranchit,  et  dont  il  fit 
un  des  plus  grands  émirs  :  il  le  nomma  son  oitâdâr,  puis  son  nâSb 
à  Damas  [ech-Chàm)  pendant  neuf  ans.  Aqoùch  y  fonda  la  madraseh 
la  Nadjtbijreh  et  lui  constitua  des  waqfs  nombreux  et  productif.  D 
fut  enterré  dans  sa  turbeh  qu'il  avait  construite  à  la  petite  Qarâ- 
fah.  n  s'était  aussi  bâti  une  turbeh  appelée  la  Nadjfbi/di  et  loi  avait 
ouvert  des  fenêtres  sur  le  chemin ,  mais  il  ne  put  y  être  enterré  (N, 
fol.  139  v'-Uo  r^). 

^  C'est  le  nom  donné  au  rideau  de  soie  envoyé  avec  pompe  à  la 
Mekke  par  le  souverain  d'Egypte. 

3tt  ^^yai\  f^y^ya^  chien  constitué  quant  à  la  voixi. 

^  n  fut  ouvert  dans  la  première  décade  de  4oal  qa'deh  de  l'an- 
née 677  (N,  fol.  i4o  v°). 

^  C'est  là  qu'il  mourut  le  samedi  26  radjah  681.  Cf.  Qoatre- 
mère,lfamloàA<>I,  2*  part.,  187. 

^  On  lit  dans  N  (fol.  idi  r"*)  :  Le  jonr  de  jeudi  11  djoomâdm 
1"  de  l'année  736,  dit  ebn  Karîr,  son  secrétaire  (de  DjamM  ed-dîn 
fils  du  qftdy  d'ex-Zabadâny) ,  Isma'îl  ebn  Ka^  donna  la  leçon  à  la 
NadjCbieK 

Djamâl  ed-dîn  Abou  'abd  Allah  Mohammad,  fils  du  qâdy  Mohiy 
ed-dîn  d  Hasan  d>n  Mohammad  ebn  Matoùkh  ebn  Djarîr  d  Hâréty, 
connu  sous  le  nom  de  fils  du  qâdy  d'ez-Zabadâny,  naquit  en  djou- 
mâda  2^  de  l'année  688  et  mourut  de  la  peste  au  commencement 
d'd  moharram  de  l'année  776. 11  fut  enterré  à  la  SMéhiyeh  (N,  foL 
89  r^'-v»). 


DESCRIPTION  DE  DAMAS.  501 

^  D'après  Taqy  ed-dîn  el  Asady,  il  fiit  investi  de  cette  chaire  en 
remplacement  d'ebn  Katîr,  qui  fiit  professear  de  la  maison  (d'ensei- 
gnement) de  la  tradition  VAchrafyeh  (voir  chapitre  n,  n.  17). 

L'Isma'il  ebn  Katîr  de  la  note  précédente  est-il  le  même  que  ce 
dernier  ? 


[La  suite  à  an  prochain  cahier.) 


502  MAMDIN   1894. 


i^i^fcaM»— tJ^^M^-^^ML^Mb— fc»^M  >.         ^^,,^.^j,|^„^,^.^MWfcJÉ 


LETTRE  DE  TANSAR  À  JASNASP, 

ROI  DE  TABARISTAN, 

.   MB 

M.  DARMESTETER. 

(suite.) 


TRADUCTION  \ 

{6  b)  Voici  ce  que  dit  Ibn  d  Moqaffii\  d*après  Bah- 
râm ,  fils  de  Khorzâd ,  qui  ie  tenait  de  son  père  Ma- 
nûcihr,  Mobed  du  Khorâsân ,  et  des  savants  de  Perse*  : 

Lorsque  Alexandre  envahit  les  provinces  du  Cou- 
chant et  le  pays  de  Roum',  invasion  célèbre  qu'il 
est  oiseux  de  rappeler  ici,  après  s'être  emparé  du 
pays  copte,  du  pays  berbère*  et  du  pays  hébreu,  il 
conduisit  son  armée  en  Perse  et  livra  bataille  à  Darius. 
Une  partie  des  familiers  de  Darius  le  trahit  *  et  tran- 


*  Voir  le  texte  plas  haut,  p.  200-2 5o. 

*  Voir  plus  haut ,  p.  190-192. 

^  Ou  mieux  :  <  Lorsque  Alexandre,  dans  les  provinces  du  Couchant 
et  le  pays  de  Roum ,  fit  cette  invasion  célèbre . . .  »  D  part  du  cou- 
chant et  de  Roum  (la  Grèce). 

^  Le  Berbéristan ,  qui  est ,  non  pas  la  Beribérie  des  modernes ,  mais 
la  côte  d'Afrique  au  bas  de  la  mer  Royge  (la  Barharica  regio  de 
Pline,  Berbera  d'aujourd'hui  :  \oir  Études  iraniennes,  TI,  2  2i-2s5). 

*  Voir  le  texte,  p.  200,  note  6. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    603 

chant  la  tête  de  leur  souverain,  ils  rapportèrent  à 
Alexandre.  Alexandre  ordonna  de  les  pendre  haut  et 
court  ^  ce  qui  est  le  supplice  en  usage  chez  les  Roumis , 
d  en  faire  une  cible  pour  les  flèches  et  de  proclamer  : 
«  Voici  le  châtiment  réservé  à  qui  ose  attenter  à  la 
vie  dun  roi.  »  Lorsqu'il  se  fut  emparé  du  royaume 
d'Iran-Shahr,  tous  les  princes  et  ce  qui  siurivait  des 
grands,  des  seigneurs,  des  magistrats  et  des  nobles 
du  pays  se  réunirent  en  sa  présence.  Le  bruit  de  leur 
puissance  et  de  leur  nombre  lui  donna  à  penser  et 
il  écrivit  à  son  ministre  et  maître  Aristote  :  t  Par  la 
grâce  de  Dieu  tout-puissant  nos  aflaires  sont  en  bonne 
voie  et  je  veux  partir  pour  Tlnde,  la  Chine  et  TEx- 
trême-Orient.  Mais  je  réfléchis  que,  si  je  laisse  en 
vie  les  grands  de  la  Perse ,  en  mon  absence  ils  feront 
naître  des  troubles  qu'il  sera  difiicile  de  réprimer; 
ils  envahiront  Roum  et  attaqueront  nos  provinces. 
Ce  que  je  vois  de  mieux  à  faire,  c'est  de  les  faire 
périr  tous  et  je  pourrai  alors,  libre  de  toute  inquié- 
tude, réaliser  mes  projets*  n  Aristote  répondit  comme 
il  suit  à  cette  communication  :  «  C*est  un  fait  avéré 
que  dans  le  monde ,  les  races  de  chaque  zone  se  dis- 
tinguent par  une  excellence,  un  talent,  une  supério- 
rité spéciale ,  étrangère  aux  races  des  autres  climats. 
Ce  qui  distingue  les  gens  de  Perse,  c'est  le  courage, 
la  bravoure  et  la  prudence  au  jour  du  combat,  ces 

• 

qualités  qui  forment  le  plus  sohde  et  le  plus  puissant 
des  instruments  de  souveraineté  et  de  succès.  Si  tu 

*  Voir  le  texte,  p.  30o,  note  7. 


504  MAIJLIN  1894. 

les  extermines,  (7  a)  tu  auras  supprimé  de  ce  inonde 
le  suprême  pilier  du  tident,  et  une  fois  les  grands 
disparus,  tu  seras  absolument  forcé  de  Cadre  passer 
aux  vilains  les  fonctions  et  le  rang  des  grands.  Or, 
sois  bien  convaincu  que  dans  ce  monde  il  n*est  mal, 
fléau,  révolte  et  peste  dont  faction  soit  si  pernicieuse 
que  le  passage  des  vilains  au  rang  des  nobles.  Prends 
donc  bien  garde,  tourne  bride  de  ce  projet  et,  dans 
ta  sagesse  accomplie,  coupe-toi  la  langue  de  la  sévé- 
rité qui  porte  et  qui  blesse  plus  que  la  lance  homi- 
cide, et  ne  va  pas,  pour  le  repos  de  cette  vie  éphé- 
mère ,  effacer  et  perdre  ton  bon  renom,  en  suivant  de 
vagues  calculs  au  lieu  de  la  vérité  et  de  la  certitude 
de  la  religion  et  de  la  foi. 

Quand  tu  vivrais  six  cents  ans  ici-bas, 
ne  compte  cette  vie  sans  fin  que  comme  une  chanson  : 
du  moins  si  tu  deviens  une  chanson ,  ô  sage  I 
mieux  vaut  bonne  chanson  que  mauvaise. 

«  Il  faut  donc  prodiguer  protection ,  fidéhté,  bien- 
veillance et  iibérsdité  aux  che£s  des  grandes  maisons , 
aux  dignitaires,  aux  princes  et  aux  grands,  et  écarter 
de  leur  cœur,  par  des  bontés  et  des  amabilités,  les 
causes  de  chagrin  et  d'inquiétude  :  car  les  anciens 
ont  dit  qu  une  affaire  qui  n  aboutit  pas  par  la  bien- 
veillance et  la  douceur  ne  réussit  pas  davantage  par 
la  force  et  la  violence.  Ce  quil  y  a  à  faire,  c*est  de 
confier  le  royaume  de  Perse  à  ses  rois^  et,  partout  où 

'  A  ses  rois  provinciaux. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    505 

tu  en  découvriras  un.,  de  lui  conférer  la  couronne  et 
le  trône ,  mais  sans  donner  à  aucun  d'eux  ia  préséance 
ou  lautorité  sur  les  autres ,  en  sorte  que  chacun  règne 
pour  lui  en  prince  indépendant.  Porter  la  couronne 
est  un  grand  orgueil,  et  un  chef  qui  a  obtenu  la  cou- 
ronne  n accepte  pas  de  payer  tribut  à  personne,  ni 
de  courber  la  tête  devant  un  autre.  H  naîtra  donc 
entre  ces  roitelets  tant  de  discordes,  de  mésintelli- 
gences, de  compétitions  et  de  luttes  à  propos  du  pou- 
voir, tant  de  rivalités  pour  l'éclat  et  l'étendue  de 
leurs  richesses,  tant  de  querelles  pour  le  degré  de 
considération,  tant  pour  l'orgueil  de  leur  train, 
qu'ils  n'auront  pas  loisir  de  se  venger  de  toi^  et,  ab-^ 
sorbes  dans  leurs  affaires  entre  eux,  ne  se  souvien- 
dront plus  du  passé.  (7  6)  Et  quand  tu  serais  aux 
confins  les  plus  éloignés  du  monde,  chacun  d'eux 
effrayera  son  voisin  de  ta  puissance,  de  ta  force  et  de 
la  menace  de  ton  assistance,  et  il  y  aura  sécurité 
pour  toi  et  après  toi ,  si  peu  de  sécurité  et  de  con- 
fiance qu'il  y  ait  dans  là  fortune.  » 

Quand  Alexandre  eut  pris  connaissance  de  cette 
réponse ,  il  adopta  le  parti  que  lui  indiquait  Aristbte. 
Il  partagea  l'Iran  entre  ses  princes  auxquels  il  donna 
le  nom  de  «  Mulûk  uttavâïf  »  (Rois  des  provinces)^,  et 

1  Comparer  le  début  de  Y  Arda  Virâf. 

*  Comparer  le  Grand  Bundahish  :  tPlus  tard,  sous  le  règne  de 
Dârâ,  fils  de  Dârâ,  le  Kaisar  Alaksandar  fondit  d'Arûm,  envahit 
l'Irânshahr,  tua  le  roi  Dârâ,  détruisit  toute  la  race  royale,  les  Mages 
et  les  grands  d'Irânshahr.  Il  éteignit  nombre  de  feux  sacrés ,  enleva 
le  Zend  de  la  religion  mazdéenne  et  l'emporta  en  Arûm,  brûla 


506  MAI-JUIN  1804. 

conduisit  son  aimée  de  Perse  dans  rËxtrême-Orient, 
à  la  poursuite  de  ia  puissance  que  le  Roi  des  Rois 
lui  avait  octroyée.  Il  soumit  les  hommes  et  s*enipara 
de  Tunivers.  Quatorze  ans  après,  sur  son  retour,  il 
arriva  à  Babyione,  abandonna  tout  ce  qu*ii  avait  pris 
et  trépassa. 

Nous  le  voyons,  le  monde  ne  vaut; 

tous  les  royaumes  de  ce  monde  ne  valent  pas  une  obole. 

Son  armée ,  qui  était  emmêlée  comme  les  IHéïades , 
se  dispersa  comme  la  constellation  de  TOorse,  et  il 
n*était  pas  encore  en  terre  que  les  soldats  se  préci- 
pitèrent comme  le  vent  dans  leur  patrie  ;  la  fortune 
sépara  toute  cette  assemblée  et  dispersa  tout  cet  amas 
de  biens.  La  succession  des  jours  et  des  nuits  et  le 
jeu  des  événements  passèrent  là^dessus. 

Longtemps  après,  Ardashir,  fils  de  Bâbak,  fils  de 
Sâsân ,  se  leva  ^  En  ce  temps-là  Ardavân  était  roi  des 
deux  Irâq2,  du  Mâh*  (le  Mâh  Nihâvand  et  le  Mâh 
Basthâm),  de  Mâsabadân^,  de  Qazvin  et  de  Samnân; 
c'était  le  plus  puissant  et  le  plus  obéi  des  «  Rois  des 

l'Avcsta  même,  et  divisa  llrânshahr  entre  quab'ê'vingt-dix  petits 
princes.  » 

Sur  les  Mulûk  nitavâif  et  leur  identité  avec  les  dahjnpaiti  de 
l'Avesta,  voir  Zend-Avesta  (du  musée  Guimet),  m,  p.  xl-kli. 

'  Ardashir  s'insurge  vers  212,  prend  quatorze  ans  à  abattre  mi 
à  un  les  Mulûk  uttavâif ,  à  établir  l'unité  de  l'empire  et  à  se  faire 
Roi  des  Rois;  il  règne  sur  l'empire  unifié  environ  de  326  à  a4i. 

*  L'Iraq  dit  arabe,  et  l'Iraq  persan. 

^  Sur  Mâh  (Mâda),  désignation  de  régions  qui  faisaient  partie 
de  la  Médie  ancienne ,  voir  Olshausen,  Mâh-Màda* 

^  Mâsabadân ,  la  M ésobadène  de  Pline. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     507 

provinces  ».  Ardashlr  le  fit  prisôntiier  avec  quatre- 
vingt-dix  autres  princes  qui  étaient  les  descendants 
des  rois  installés  par  Alexandre.  Il  fit  périr  les  ans 
par  le  glaive^  les  autres  par  la  prison.  Il  épargna  Âr- 
davân  ^ 

A  cette  époque  vivait  en  grande  puissance  et  haut 
rang  Jasnasfshâh^  roi  du  Farshvâdgar^  et  du  Taba- 
riâtân.  Gomme  ses  aûcâtres  -avaient  reconquis  par  la 
force  le  Farsbvâdgar  sur  les  lieutenants  d'Âlesiandre 
et  suivaient  ia  religion  et  le  parti  des  Rûis  de  Pet^se, 
Ardashtr  le  traita  avec  courtoisie;  il  n'envoya  pas 
d armée  dans  sa  province;  il  fit  preuve  à  scm  égard 
d'indulgence  et  de  bons  procédés,  pour  éviter  une 
lutte  ouverte  et  un  conflit.  Lorsque  Jasnasfshâh,  roi 
du  Tabaiistân ,  vit  clairement  qull  fallait  absolument 
obéir  et  se  soumettre  à  Aràs^bir,  (6  o^)  il  adressa 

1  Tr&daction  doateu^  :  AïtlttshîfA^AvAit  poiiit  DiiOiitiitlé  de  fkire 
grâce ,  il  eût  fait  grâce  à  Ardttvân  meinf  qu'à  ibùt  autres  Aidavlb 
périt  dans  la  dernière  bataille  (Tabari,  tr.  Noeldeke,  i4).  H  y  a 
sans  doute  une  lacune  dans  le  texte  :  «et  [le  monde]  passa  des 
mains  d'Ardavââ.t 

*  Jasnaf-fthâk.  c^ajna^ULL»a.,  ou  mwaxJiuimf,  dst  une  coivup^ 
tion  de  Gushnnifi  (^  arabe  c*  ti  persan;  j«  pour  J^ ;  ^  omiê) ,  nom 
propre  fréquent  sous  la  période  Missaiûde)  prtmilivetneiit  nom  da 
feu  sacré  de  la  caste  guerrière  (van^hatt-àBpd,  pehlYi  ¥àsknasp, 
gushnasp,  gnskûsp:  Zend  Âveitat  !«  i55)>  -^  Là  préseaeo  de  ee  nom 
prouve  le  zoroastrisme  de  Ift  dynastie  de  Tâbarittâiit  et  l*anti({uit6 
relative  du  culte  des  îenx  de  caête. 

B  Farshvàd'gar  ySù\y^^,  FatÂvàd  ù\y6^  est  une  eomiption 
orthographique  de  Fadmkvàr,  pSyûù^  (lire  •>  pouT^,  ^  pour  •>), 
représentant  le  pehlvi  Patash>^Kkiwâr,  nom  de  la  chaîne  au  sud  du 
Tabaristân  (Bundahish,  XU,  17).  iH^ur  là  réduction  de  kkw  y^  k 
V  3 ,  cf.  khvér  ^\yL. ,  réduit  à  Vdr  ^tj  dans  dkihvâr  ^\yM . 


508  MAI-JUIN  1894. 

une  lettre  au  chef  des  Herbeds  ^  d'Ardashir,  fils  de  Bâ- 
bak ,  Tansar.  Bahrâm  Khonâd  rapporte  qu'on  rap- 
pelait Tannasar  parce  que  le  poU  avait  pousse  si  dm 
sur  tous  ses  membres  que  tout  son  corps  ressemblait 
à  la  tête  d*un  cheval^.  Tansar,  ayant  lu  la  lettre  du 
roi  de  Tabaristân ,  lui  répondit  conune  il  suit. 

I.  Le  Herbad  des  Herbads,  Tansar,  a  reçu  la  lettre 
de  Jasnafshâh,  prince  du  Tabaristân,  du  Farsh- 
vâdgar,  du  Jilân ,  du  Dîlmân ,  de  Rûyân  ^  et  de  Da- 
mâvand.  Il  la  lue,  lui  a  envoyé  ses  salutations  et  se 
prosterne  devant  lui.  B  a  pris  connaissance  de  ce 
que  cette  lettre  contient  de  sain  et  de  mnlftaîn  et  en 
a  éprouvé  de  la  joie.  Bien  que  la  vérité  et  Terreur 
s  y  mêlent  par  moitié ,  il  espère  que  ce  qu'elle  con- 
tient de  mauvais  se  changera  pour  le  bien. 

Tu  bénis  mon  nom  et  tu  me  magnifies.  Heureux 
celui  qui  mérite  les  éloges  d*un  homme  tel  que  toi, 
dont  la  bénédiction  est  digne  d'être  exaucée  I  Sans 


^  Herbed  des  Herbeds  fj^tyft  «>>^;  titre  donné  ansti  à  Tamar 
par  le  Dînkart  (Hérpatân  Hérpat  :  Zend-Awtta,  III,  p.  xzxi,  note  i). 
L'emploi  actud  de  Herbed,  comme  prêtre  du  degré  inférieur,  est 
relativement  moderne  (Ibid,,  I,  p.  uy-ly), 

'  L'explication  de  Babrâm  fait  difficulté  avec  la  lecture  Tansar, 
qui,  se  décomposant  en  tan  corps  et  sar  tête,  laisse  précisément  en 
dehors  Tidée  importante,  celle  des  cheveux.  Si  l'on  suppose  que  le 
pehlvi  tnsr  A  laissé  tomber,  comme  il  arrive  souvent,  une  lettnT 
répétée,  on  aura  tnnsr,  c'est-à-dire  tan-van  (tanu-vares6)  «qui  a 
du  poil  sur  tout  le  corps  • ,  ce  qui  cadre  avec  le  tmkdid  de  ^usieurs 
passages  [Tannasar)  et  avec  l'étymologie  de  Bahrâm. 

'  Ràyàn,  le  Baoidkita  du  Zamyâd  Yasht,  s  (leilo^&n-iMuid  de 
Rundahish,  XII,  3,  7  (ZendrAvetta ,  II,  4i6,  note  s5). 


^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     509 

doute  que  le  Créateur  te  bénira  plus  encore  que  moi, 
ô  roi,  fils  de  roi,  et  tu  profiteras  autant  que  moi- 


même. 


Tu  dis  que  moi,  Tansar,  j  occupais  auprès  dé  ton 
père  une  position  considérable  et  qu'il  suivait  mes 
conseUs  dans  les  actes  de  son  gouvernement.  Il  a 
quitté  ce  monde  et  n  a  laissé  près  de  ses  deux  fils 
nul  plus  proche  que  moi.  Il  est  bien  vrai  que  ton 
père  (que  son  âme  soit  éternelle  et  sa  mémoire  à  ja- 
mais durable  !  )  m'honorait  et  me  respectait  au  delà  de 
mes  mérites;  il  se  soumettait  tout  entier  à  mes  avis 
et  à  mes  conseils  et  laissait  de  côté  ses  autres  fidèles; 
et,  s'il  vivait  encore,  il  se  lèverait  devant  celui  de- 
vant qui  tu  restes  assis  et  s'empresserait  à  ma  ren- 
contre. Mais  puisque  tu  en  es  arrivé  à  me  demander 
conseil  et  m'as  fait  l'honneur  de  demander  mon  avis, 
sache  ceci  :  Tous  les  fils  d'Adam  savent  ce  qui  est 
de  moi;  sages  ou  ignorants,  bourgeois  ou  gens  de 
rien ,  nul  n'ignore  que  depuis  cinquante  ans  je  com- 
mande à  mes  passions ,  que  je  m'abstiens  rigoureu- 
sement des  joies  du  mariage  et  de  l'amour,  de  l'ac- 
quisition des  richesses^  et  du  commerce  des  hommes, 

*  L'ascétisme  est  aussi  contraire  que  possible  à  l'esprit  du  xo- 
roastrisme;  TAvesta  dit  en  particidier:  i  L'homme  qui  a  femme  est 
au-dessus  de  cdui  qui  vit  dans  la  continence;  Thomme  qui  a  une 
maison  au-dessus  de  celui  qui  n'a  pas  de  maison;  l'homme  qui  a 
un  fils  au-dessus  de  celui  qui  n'a  pas  de  fils  ;  Thomme  qui  a  de  la 
fortune  au-dessus  de  cdui  qui  n'en  a  pas»  (Vendidad,  IV,  ^7). 
Aussi  Tansar  sent-il  le  besoin  d'expliquer  qu'il  ne  se  livre  pas  à 
l'ascétisme  par  amour  de  l'ascétisme  même,  mais  pour  des  fins 
pratiques.  Selon  Maçoodi  (II,  160],  Ardashir  également  finit  par 
renoncer  au  monde  :  til  envisagea  les  misères  de  la  vie,  ses  iUu- 


510  MAIJDIN    18Q4. 

et  jamais  je  n*ai  pris  à  cœur  ce  qu'il  peut  m*arriver 
(le  désirer.  Je  vis  dans  ce  monde  comme  un  prison- 
nier, et  cela  afin  que  les  peuples  connaissent  mon 
esprit  de  vertu  et  de  justice  (8  b)  et  que,  lorsqu'ils 
me  consultent  sur  les  moyens  de  sauver  leur  âme  et 
de  s  abstenir  du  péché  et  que  je  leur  donne  la  bonne 
direction ,  ils  ne  s  imaginent  pas  que  je  cherche  à  les 
abuser  dans  la  recherche  d*un  intérêt  mondain  et 
qu'ils  ne  soupçonnent  pas  d'artifice.  Car  si  j'ai  re- 
noncé, il  y  a  si  longtemps,  à  tout  ce  qu'aime  le 
monde  et  ai  fait  mon  repos  de  ce  qu'il  déteste,  c'est 
pour  que  le  jour  où  j  appelle  un  homme  à  la  voie 
droite,  aux  bonnes  œuvres,  au  salut,  il  m'écoute  et 
ne  réponde  pas  à  mes  conseils  par  la  révolte.  C'est 
ainsi  que  feu  ton  père ,  après  ses  quatre-vingt-dix  ans 
de  vie  et  de  règne  sur  le  Tabaristftn,  {Nrétait  une 
oreille  soumise  à  mes  paroles,  et  en  cet  ami  par&it 
il  n  y  avait  pas  place  au  moindre  soupçon.  Sache 
bien  que  cette  façon  de  vivre  et  ces  mœurs  de  moi 
que  je  viens  de  t'exposer  ne  reposent  pas  sur  des 
principes  de  mon  invention.  Gomment  aurais-je  l'au- 
dace de  m'attaquer  à  la  religion  et  d'interdire  ce 
quelle  permet  au  sujet  de  la  femme,  du  vin  et  des 
jouissances  chamelles?  Car  interdire  ce  qui  est  licite, 
c  est  autant  que  permettre  ce  qui  est  défendu.  Cette 
conduite  et  cette  règle  viennent  d'hommes  qui  furent 
des  chefs  religieux ,  gens  de  bon  sens ,  de  science  et 

sions  et  son  néant,  etc . . .  il  préféra  donc  abdiquer  Im  royauté  pour 
vivre  dans  les  temples  du  feu,  et  se  consacrer,  dans  la  retraite,  à 
l'adoration  du  Dieu  unique. . .  » 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    511 

de  vraie  foi,  comme  un  tel  et  im  tel,  élèves  des 
Maîtres  et  des  Sages  anciens,  du  temps  et  des  jours 
de  Dârâ.  Devant  les  maux  qu'ils  avaient  vus  causés 
par  ies  sots  et  la  canaille ,  devant  tout  ce  qu'ils  voyaient 
et  entendaient  du  peu  d'égards  et  de  considération 
que  les  ignorants  témoignent  aux  sages ,  ils  préférèrent 
s'isoler  et  renoncer  à  cette  vie  vide  et  à  ces  mœurs  de 
brute  ^  Rougissant  de  voir  marcher  en  dehors  des 
voies  de  la  raison  ceux  qui  étaient  leiurs  confidents  et 
associés  —  les  hommes  —  ils  brisèrent  leur  cœur, 
et,  se  refusant  à  jouer  plus  longtemps  avec  les  re- 
nards ,  allèrent  chercher  la  paix  au  milieu  des  pan^ 
thères.  Ils  dirent  donc  adieu  au  monde,  renoncèrent 
aux  mille  passions  qui  le  suivent  et,  préférant  la  lutte 
pour  l'âme  et  pour  l'éternité  aux  séances  où  l'on  vide 
la  coupe  des  désirs  vains,  ils  sacrifièrent  leurs  pas^ 
sions  au  salut  de  leur  âme;  car  il  est  écrit  dans  la 
Bible ^  :  Fair  les  ignorants,  cest  se  rapprocher  de  Dieu. 

Homme  par,  sois  généreux  à  V égard  de  deux  hommes,  car 

[il  nest  au  monde  plus  misérable  queux  : 
Le  plumier,  cest  le  sage  que  le  monde  laisse  misérable  aux 

[mains  des  ignorants; 
L'autre,  cest  le  roi  que  la  mauvaise  fortune  précipite  du  trône 

[dans  la  mendicité, 

(9  a)  Le  Roi,  prince  du  monde,  sait  que  les  sages 
ont  dit  :  On  appelle  grand  roi  celui  qui  s'intéresse  plus 

'  Le  développement  qui  commence  à  cette  phrase,  jusqu'à  la  fin 
des  vers,  est  évidemment  une  paraphrase  due  à  la  rhétorique  du 
traducteur  arabe. 

*  Dans  ia  Thora  (ose;>3)* 


512  MAI-JUIN    1894. 

uu  bien  de  Tavenir  quau  temps  présent,  afin  de  mé^ 
riter  un  beau  nom  dans  ce  monde  et  une  bonne 
place  dans  1  autre  ^  Je  t*écris  tout  cela  sur  mes  affidres 
pour  que  tu  saches  que  quand  un  homme  me  de- 
mande conseil,  c'est  autant  que  s  il  me  conférait  un 
bienfait;  et  si  mes  avis  portent  fruit,  j'en  suis  tout 
joyeux,  car  cest  là  toute  ma  joie  dans  le  monde,  et 
les  rois  de  la  terre,  les  puissants  et  les  grands  nont 
pas  d  autre  moyen  de  m'obliger  ou  de  me  rendre 
heureux. 

Ne  sois  pas  surpris  de  ma  passion  pour  le  bien 
du  monde  :  elle  n  a  clairement  pour  objet  que  de 
consolider  les  lois  et  les  principes  de  la  vraie  religion. 
En  troisième  lieu ,  je  sais  bien  que  d'ici  peu  mon 
âme  nouera  une  amitié  inaltérable  avec  celle  des 
ancêtres,  et  quand  nous  nous  rencontrerons,  quelle 
joie  de  nous  conter  ce  que  nous  avons  fait!  Le  prince 
et  roi  doit  donc  savoir  que  nos  efforts  pour  aider  les 
peuples  n'ont  d'autre  mobile  que  la  générosité. 

IL  Quant  à  toi ,  ton  devoir  propre  est  de  monter  à 
cheval  et,  prenant  ta  couronne  et  ton  trône,  de  te 
rendre  à  la  cour  du  Shâhanshâh.  Tu  ne  dois  tenir 
pour  vraie  couronne  que  celle  qu'il  te  mettra  sur  la 
tête,  ni  pour  vraie  royauté  que  celle  qualité  confiera. 
Tu  as  déjà  entendu  raconter  ce  qu'il  en  a  été  de 
ceux  qui  ont  reçu  de  lui  la  couronne  et  le  sceptre. 

^  0^)3  Lj«>  i^b  Jlj  :  répond  à  la  formule  du  Yasna  62,  6 
(cd.  Geldner]  :  zazé  buyé  vaiihaûca  mizhdé  vanhâuca  sravahi  ura- 
naéca  dareghé  havanhé. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     513 

L  un  d  eux  était  Qâbûs ,  roi  de  Kirmân  ;  obéissant  et 
soumis,  il  vint  rendre  hommage  au  seuil  sublime 
du  Roi  et  obtint  Thonneur  de  baiser  le  tapis  inacces- 
sible. Le  Shâhanshâh  dit  alors  aux  Mobeds  :  «  Nous 
avions  décidé  de  ne  conférer  le  titre  de  Roi  à  aucune 
créature  dans  le  royaume  de  nos  ancêtres.  Mais  voici 
que  Qâbûs  est  venu  chercher  asile  auprès  de  nous  ; 
nous  le  confirmons  dans  le  trône  et  la  couronne.  Et 
de  même  nous  n'enlèverons  le  titre  de  Roi  à  aucun 
de  ceux  qui  viendront  nous  offrir  leur  soumission  et 
resteront  dans  la  grande  voie  de  Tobéissance^  Nul 
(autre),  s'il  n'appartient  à  notre  maison,  ne  doit 
prendre  le  titre  de  Roi,  excepté  les  commandants  de 
marches^,  du  pays  des  Alains  et  des  districts  de 
rOuest  et  du  Khvârizm.  Nous  ne  rendrons  pas  héré- 
ditaire la  dignité  royale^,  comme  nous  le  faisons  pour 
les  autres  fonctions.  Les  princes  royaux  doivent  ser- 
vir à  tour  de  rôle  à  notre  cour  sans  avoir  de  fonction 
déterminée  ;  car,  s'ils  prétendaient  aux  fonctions ,  ils 
tomberaient  dans  les  querelles,  les  luttes,  les  con- 
flits, les  intrigues,  toute  leur  dignité  se  perdrait  (96) 
et  ils  seraient  dégradés  aux  yeux  de  l'opinion.  Qu'en 
pensez- vous?  Si  vous  approuvez  ma  façon  de  voir, 

^  Le  Roi  des  Rois  (Shâhanshâh)  laisse  ie  titre  de  Roi  (Shah)  aux 
chefs  des  dynasties  locales  existantes  qui  le  reconnaissent.  On  trou- 
vera dans  Ibn  Khordadbeh  la  liste  complète  des  princes  auxquels 
Ardashîr  laissa  le  titre  de  Shah.  Dans  le  nombre  se  trouve  le  titre 
de  Kirmân-Shâh. 

*  syÀ3  f-fl^p\.  Les  marzbân? 

^  ^U;i>L^.  Il  s'agit  sans  doute  des  princes  de  la  famille  du  Roi. 
des  Rois,  non  des  dynasties  locales. 

m.  34 

l)il-KI'4r.'tR    IE*T|->  .AIR. 


Ik 


314  MAI-JUIN   18«4. 

cxprinicz-lc;  sinon,  dites  ce  qu'il  y  a  à  faire. > 
Comme  l'initiation  et  l'accompliasement  de  cette  ré- 
forme étaient  utiles  et  ssiutaires,  eiie  passa.  Il  ren- 
voya chcj.  lui  Qâbûs.  Je  me  suis  étendu  ainsi  sur  ce 
point  parce  que  le  prince  m'avait  demandé  de  lui  dire 
un  toute  hâte  ce  qu'il  y  a  à  faire.  Eli  bien,  il  faut 
piu-tir  en  toute  hâte  et  vite  te  présenter  à  la  cour, 
afin  d'éviter  que  l'on  ne  t'y  mande,  que  tu  ne  sois 
blâmé  et  frappé  de  la  colère  du  Shâhanshâh ,  et  que 
tu  n'aies  â  passer  de  l'obébsance  volontaire  à  l'obéis- 
sance forcée. 

III.  Tu  m'as  posé  plusieurs  questions  sur  les  actes 
politiques  du  Shâhanshâh,  et  tu  m'as  dît  que  les  uns 
sont  lachcux  et  les  autres  contraires  à  la  voie  bonne. 
J'y  répondrai.  Tu  écris  que  le  Shâhanshâh  aspire  & 
rétablir  la  vraie  foi  des  Anciens,  mais  qu'il  faut  en- 
tendre par  là  l'abandon  de  la  Loi  \  et  s'il  est  juste  au 
point  de  vue  mondain,  il  ne  l'est  pas  au  point  de 
\Tie  de  la  vraie  Rdigion  ^. 

Or,  il  faut  que  tu  saches  qu'il  y  a  deux  sortes  de 
luis,  la  loi  des  Anciens  et  la  loi  des  Modernes'.  La 

'  0  prétend  rétablir  la  vraie  foi  dei  anciens,  ijU^Jjl  ^~-  •  c'cat 
une  façon  du  9C  débairaaser  de  la  loi  rédlle,  de  la  légion  irmAi. 
tionnelle ,  is/J-j*  . 

'  Ce  qu'il  fait  peut  £tre  bien  an  point  de  vne  des  întéréb  oa  de 
la  justice  do  monde ,  lawl;  lf}lJ<;,  il  ne  r«9l  pa»  au  point  dfl  nwda 
la  religiou,  ^^i . 

''  La  loi  dans  aa  pureté  primitive  et  la  loi  dei  tempe  pf^Mota ,  ce 
que  l'Aresla  appdlc  pooir/i  tkaiihà  et  apai-t  tiaiikâ  [Z»nd'A**tta, 
111,  p.  x.ux  ul  p.  197.  note,  ad  717).  L'aparâ  {kaiéabA  Mt  la  U  ^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     515 

loi  des  Anciens  est  la  justice  même;  mais  de  nos 
jours,  on  a  tellement  oblitéré  la  notion  de  justice, 
qu appeler  quelquun  juste,  c'est  le  traiter  de  sot, 
d'original  et  d'obstiné  ^  La  loi  des  Modernes  n'est 
que  violence  :  mais  le  peuple  s'est  fait  une  telle  ha- 
bitude de  l'iniquité  qu'il  ne  sait  plus  préférer  la  jus- 
lice  utile  à  ce  qui  lui  nuit  et  se  détourner  de  ce 
dernier  2.  Si  bien  que  lorsque  des  modernes  veulent 
restaurer  la  justice ,  on  leur  crie  :  «  Les  temps  sont 
trop  mauvais  pour  cela  » ,  et  c'est  ainsi  qu'il  ne  reste 
souvenir  ni  trace  de  la  justice.  Et  quand  le  Shâhan- 
shâh  veut  supprimer  quelque  iniquité  des  Anciens  •'*, 
qui  ne  s'ajuste  pas  aux  exigences  du  temps  présent, 
on  lui  dit  :  «  C'est  la  coutume  antique ,  c'est  la  règle 
des  Anciens  ».  Tu  dois  être  convaincu  que  c'est  un 
devoir  de  travailler  à  abolir  les  traces  de  l'iniquité, 
soit  ancienne,  soit  moderne.  Il  est  certain  que  l'ini- 
quité, passée  ou  présente,  est  chose  réprouvable, 
qu'elle  vienne  des  Anciens  ou  qu'elle  vienne  des 
Modernes.  Mais  le  Shâhanshâh  actuel  a  pouvoir  sur 
la  Religion  et  Dieu  est  son  allié;  et  dans  cette  œuvre 
de  destruction  et  de  changement  de  l'ordre  de  vio- 
lence, je  le  vois  mieux  armé  et  orné  de  plus  de  ver- 
tus que  les  Anciens.  Tu  reconnaîtras  que  sa  loi 
vaut  mieux  que  les  lois  passées,  (lo  a)  si  tu  t'inté- 

fait  du  jour,  telle  que  l'ont  faite  l'oubli  et  la  corruption  de  l'ancienne 
loi  et  les  nécessités  historiques. 

^  C'est  le  traiter  de  t  fossile  •. 

^  Texte  et  traduction  douteux. 

'  L'œuvre  d'Ardashir  n'est  donc  pas ,  de  l'aveu  même  de  son  théo- 
ricien, une  restauration  pure  et  simple  de  l'ordre  antique. 

H. 


510  MAI-JUIN   1894. 

resses  aux  choses  de  la  Religion  et  te  refuses  à  toute 
partialité  en  matière  religieuse. 

Tu  sais  qu'Alexandre  brûla  à  Istakhar  nos  livres 
sacrés,  écrits  sur  douze  mille  peaux  de  boeufs  II 
en  resta  quelque  chose  dans  la  mémoire ,  mais  encore 
n  était-ce  tout  que  des  légendes  et  des  traditions  2;  on 
ne  savait  plus  rien  des  lois  religieuses  et  des  ordon- 
nances ;  et  enfin ,  par  la  corruption  des  hommes  de 
ce  temps ,  par  la  disparition  de  la  loi ,  pari  e  goût  du 
nouveau  et  de  l  apocryphe  et  la  soif  de  la  réputation, 
ces  légendes  mêmes  et  ces  traditions  sortirent  de  la 
mémoire  populaire,  au  point  qu'il  n'en  resta  pas  mi 
élif  d'authentique.  Il  fallait  donc  absolunàent  un  es- 
prit droit  et  honnête  pour  faire  revivre  la  Religion  '. 
Or,  as-tu  jamais  entendu  citer  ou  vu  de  tes  yeux  aucun 
roi  autre  que  le  Shàhanshâh  qui  ait  montré  l'énergie 
nécessaire  pour  cette  œuvre?  Vous  savez  qu'en  même 
temps  que  la  Religion  se  perdait  et  disparaissait,  se 
perdait  aussi  la  connaissance  des  généalogies,  des 
traditions  et  des  biographies,  qui  étaient  complète- 
ment sorties  de  la  mémoire  des  honmies  (ces  docu- 
ments étaient  écrits  en  partie  dans  les  registres,  en 
partie  sur  les  pierres  et  les  murs) ,  jusqu'au  point  que 
même  les  faits  passés  au  temps  de  vos  pères  vous  sont 
sortis  de  mémoire.  Gomment  donc  pourriez-vous 

»  Voir  Arda  Virâf,  I;  Shah  Nâma  Pehlvi. 

^  civ.'^^'^  jo^Aî.  Des  légendes  et  des  traditions  comme  celles 
qui  forment  le  fond  des  Yashts  épiques  et  du  Livre  des  Rois. 

^  Apn^i  toutes  ces  ruines,  il  s'agit  moins  de  faire  revivre  la  reli- 
gion ([ue  (h;  la  refaire. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     517 

posséder  Thistoire  générale,  la  biographie  particu- 
lière des  rois,  et  la  science  dune  Religion  qui  doit 
[pourtant]  durer  sans  terme  jusqu'à  la  fin  du  monde  ? 
Il  est  hors  de  doute  que ,  même  dans  les  temps  an- 
ciens ,  alors  que  les  hommes  possédaient  une  con- 
naissance parfaite  de  la  Religion  et  lui  étaient  ferme- 
ment attachés,  ils  sentaient  le  besoin  d'un  roi  puissant 
et  sage  dans  les  conjonctures  et  les  troubles  qui 
pouvaient  survenir  au  milieu  d  eux;  car  si  la  Religion 
n'est  pas  éclairée  par  la  raison ,  elle  est  sans  force. 

IV.  Sur  ce  que  tu  écris  que  le  Shâhanshâh  exige 
des  gens  la  profession  d'un  métier  quelconque  et  la 
courtoisie ,  sache  que ,  d'après  la  Religion ,  les  hommes 
sont  divisés  en  quatre  classes  ^  La  chose  est  consignée 
et  expliquée  en  maints  passages  dans  les  livres  sacrés, 
d'une  façon  qui  rend  inutiles  toute  discussion  et  tout 
commentaire,  toute  opposition,  toute  contestation. 
Ces  classes  sont  connues  sous  le  nom  des  quatre 
membres.  La  tète  de  ces  membres  est  le  Pâdishâh^. 
Le  premier  membre  est  le  Clergé  et  lui-même  se  di- 
vise à  son  tour  en  plusieurs  catégories  :  juges ,  prêtres , 


'  L'Avesta  connaît,  en  effet,  quatre  classes  :  prêtres  (atharvan)y 
guerriers  (rathaésthar) ,  laboureurs  (vâstryô  fshuyâs)  et  artisans 
(hutukhsh);  Yasna,  19,  17;  cf.  Maçoudi ,  £itâ&  al-tanblh,  La  classi- 
fication de  Tansar  concorde  avec  celle  de  TAvesta  pour  les  deux  pre- 
mières classes;  mais  sa  troisième  classe  semble  un  démembrement 
de  la  première;  sa  quatrième  classe  comprend  les  deux  dernières  de 
l'Avesta ,  cultivateurs  et  gens  de  métier.  Il  y  a  peut-être  là  quelque 
confusion  du  fait  du  traducteur. 

*  Cf.  Shikan-Gamânlk ,  I. 


518  MAI-JUIN   1804. 

surveillants  et  instructeurs  ^  Le  deuxième  comprend 
les  gens  de  guerre  qui  sont  eui-mémes  divisés  en  deux 
classes,  les  cavaliers  et  les  fantassins;  chacune  de 
ces  deux  classes  a  son  rang  et  ses  fonctions  propres. 
Le  troisième  membre  comprend  les  scribes,  (106) 
divisés  eux-mêmes  en  plusieurs  espèces  :  écrivains, 
comptables,  rédacteurs  de  jugements,  de  diplômes, 
de  contrats ,  biographes  ;  les  médecins ,  les  poètes  et 
les  astrologues  entrent  aussi  dans  cette  série.  Le  qua- 
trième membre  se  compose  des  gens  de  service.  Sous 
ce  nom  on  comprend  les  marchands,  les  crdtivateurs , 
les  négociants  et  tous  les  autres  corps  de  métier. 
Cette  répartition  des  hommes  en  quatre  classes  est 
pour  le  monde  une  garantie  diu*able  de  bon  ordre. 

'  I*IX^,  ùl^^,  Ajjk^w,  (fjULxj*.  Ces  quatre  termes  arabes  cachent 
les  quatre  termes  de  la  hiérarchie  sacerdotide,  tdlo  que  la  donne 
le  Yasna  pehlvi  (voir  Zeml-Avesia,  I,  3o  ss.).  Ces  quatre  termes 
sont  en  pehlvi  : 

Dâtôbar,  ^^\ù,  juge; 

Magûpat,  Oo^,  prêtre: 

Bat  [pyXjué^),  chef  de  communauté,  prêtre  en  chef  d'un  temple 
du  feu; 

Magû-andarzpal,  instructeur  des  prêtres. 

Trois  des  termes  arabes ,  les  deux  premiers  et  le  dernier,  répondent 
sans  difficulté  aux  termes  pehlvis  : 

a5Lw,  juge,  dont  ^IXi^L  est  le  pluriel,  répond  à  dàtôhar  ^\ù^ 
zend  tkaêsha; 

iXiàtj  religieux,  dont  «>Ldj  est  le  pluriel,  répond  à  magàpat 
«X3^,  zend  môghn  (ou  atharvan)\ 

Axa,  instructeur,  répond  à  magâ- andarzpat ,  l'instructeur  des 

mages  (z.  aôthryapaitl?). 

n  suit  de  là  que  iGo^w  doit  répondre  à  rat  (z.  rata).  G*est  le  plu- 
riel [sSo^)  de  ij^Ltt,  surveillant  d'un  temple. 


k 

^ 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     519 

Le  passage  d  une  caste  à  Tautre  est  interdit ,  sauf  le  cas 
où  lun  de  nous  montre  un  talent  particulier.  Alors 
on  porte  le  cas  devant  le  roi.  Après  une  épreuve  et 
une  enquête  prolongée  faite  par  les  Mobeds  et  les 
Herbeds,  s'ils  reconnaissent  le  mérite  du  candidat, 
ils  le  transfèrent  dans  une  autre  caste  i.  Mais  lorsque  le 
cours  des  temps  amena  la  corruption  de  lautorité 
royale ,  qui  devint  impuissante  pour  le  bien  public , 
les  hommes  aspirèrent  à  des  choses  auxquelles  ils 
n avaient  pas  droit.  Ils  perdirent  les  mœurs,  aban- 
donnèrent la  loi,  rejetèrent  la  prudence,  et  s'enga- 
gèrent aveuglément  dans  des  voies  sans  issue.  La  vio- 
lence se  donna  carrière  :  chacun  fondit  ;  sur  .  son 
voisin  sans  considération  pour  son  rang,  jusqu'à  ce 
que  tout  bien-être  et  toute  religion  fussent  entière- 
ment anéantis.  Sous  une  forme  himiaine  les  hommes 
se  conduisirent  en  démons,  comme  il  est  dit  dans  le 
noble  Coran  :  Les  démons,  hommes  et  Djins,  murmu- 
rent Vun  à  Vautre^, 

On  secoua  le  voile  de  l'honneur  et  de  la  politesse 
Il  parut  des  gens  sans  noblesse  et  sans  fonction ,  sans 
propriété  héréditaire,  sans  souci  de  l'origine,  sans 
métier  ni  art ,  affranchis  de  toute  préoccupation ,  sans 
profession  aucune ,  propres  seulement  à  la  délation , 
à  la  méchanceté ,  à  la  fabrication  des  mensonges  et  des 
calomnies,  et  de  tout  cela  se  faisant  un  moyen  d'exis- 

^  Le  parsisme  moderne  est  moins  libérd  :  on  ne  peut  plus  entrer 
par  le  mérite  dans  la  caste  sacerdotale;  pour  être  Mobed,  il  faut 
naître  Mobed  ;  on  ne  le  devient  plus. 

'  Sourate  6,  verset  112. 


EtSO  MAI-JUIN    1894. 

tcnce ,  un  marchepied  pour  s'élever  et  conquérir  la 
richesse.  Le  Shâhanshâh,  par  sa  pure  intdligence  et 
la  vertu  de  son  génie,  a  reconstitué  ces  membres 
disjoints.  Il  a  remis  chacun  à  aa  place  distincte,  l'a 
fait  redescendre  h  son  rang  et  a  arrangé  qae  personne 
n'exercerait  un  autre  métier  que  cdui  pour  lequel 
Dieu  l'avait  créé.  Par  ses  mains  la  Providence  divine 
a  ouvert  aux  habitants  de  ce  monde  une  porte  incon- 
nue même  aux  âges  antiques.  Il  fixa  chacun  dans 
l'une  ou  l'autre  de  ces  quatre  classes  { i  i  a)  et  établit 
que  s'il  se  rencontrait  parmi  les  gens  de  service  un 
homme  qui  se  fit  connaître  par  une  dévotion  éprou- 
vée ,  ou  par  la  force  et  le  courage ,  ou  par  le  mérite , 
l'honneur  et  l'intelligence ,  ils  l'en  instruisissent  afin 
qu'il  prit  une  décision  sur  ce  cas. 

V.  Quant  à  ce  qui  paraît  excessif  à  tes  yeux  dans  les 
peines  qu'inflige  le  ShAhansh&h  et  dans  la  prodigalité 
avec  laquelle  il  verse  le  sang  de  ceux  qui  agissent 
contrairement  ii  ses  vues  ou  à  ses  ordres,  sache  bien 
que  les  anciens  avaient  la  main  plus  courte  que  lui  ', 
parce  que  la  désobéissance  et  l'abandon  des  bonnes 
mœurs  n'étaient  point  dans  le  caractère  du  peuple. 
Chacun  ne  s'occupait  que  de  son  bien  et  de  ses  afi^res 
personnelles  et  ne  se  fatiguait  pas  à  des  desseins  per- 
vers et  à  se  révolter  contre  les  rois.Quand  la  corruption 
s'accrut,  que  les  hommes  s'alTranchirent  de  toute 
obéissance  à  la  religion  et  aux  ordres  rationnas  des 

'  Allongeaient  moins  la  mtdn  pour  attûodre  le  vui,  éUicnt  phu 
imiulgcnls. 


â 


{     LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     521 

rois  et  que  tout  respect  disparut,  Thonneur  d'un  tel 
pays  ne  pouvait  plus  être  restauré  sans  verser  le  sang. 
[^  Peut-être  as-tu  entendu  ce  mol  dun  homme  de 
bien  dans  des  temps  pareils  :  Nous  ne  savions  pas 
jadis,  mais  nous  savons  à  présent  que  la  chasteté,  la 
pudeur,  le  contentement,  la  fidélité  dans  Tamitié, 
les  bons  conseils  et  la  piété  reposent  sur  labsence 
de  toute  convoitise;  et  comme  en  ce  temps  la  con- 
voitise s'étalait  au  plein  jour,  toute  bienséance  dis- 
parut parmi  nous.  Nos  proches  devinrent  nos  ennemis  ; 
celui  qui  obéissait  exigea  lobéissance;  le  serviteur 
voulut  être  maître.  Les  gens  du  peuple,  semblables 
<\  des  démons  dont  on  relâcherait  les  liens,  aban- 
donnèrent leurs  travaux  et  se  dispersèrent  dans  les 
villes  pour  pratiquer  le  vol,  Témeute,  1  escroquerie 
et  autres  métiers  infâmes.  Les  choses  en  vinrent  enfin 
à  ce  point  que  les  serviteurs  se  révoltèrent  contre 
leurs  maîtres  et  les  femmes  contre  leurs  maris.  Cet 
homme  énuméra  d  autres  faits  de  ce  genre  et  ajouta  : 
Plus  de  parenté ,  plus  de  bons  conseils ,  plus  de  loi  et 
de  bienséance.] 

Tu  comprends  maintenant  comment  les  ordres 
donnés  par  le  roi  que  chacun  s'occupe  de  son  métier 
et  ne  se  mêle  point  des  affaires  des  autres  ont  pour 
effet  d'établir  la  stabilité  dans  le  monde  et  d'assurer 
la  bonne  marche  des  aflFaires  publiques.  C'est  la 
pluie  qui  ranime  la  terre,  le  soleil  qui  la  conforte, 
le  vent  qui  accroît  son  souffle,  (i  i  t)  S'il  verse  le  sang 

*  Ici  commence  une  interpolation  du  traducteur  arabe. 


9iS  MAI-JniN  1S94. 

(le  pareilles  gens  avec  une  prodigalité  dont  on  ne 
voit  pas  le  terme ,  nous  savons ,  nous ,  que  c'est  la  vie 
et  le  bonheur  de  l'avenir  ;  de  toute  façon ,  TÉlat  et  la 
Religion  en  seront  plus  solidement  affermis  et  gardés 
de  l'anarchie  et  de  la  décadence.  Hus  il  prendra  des 
mesures  rigoureuses  pour  que  tous  les  membres  de 
ce  corps  se  meuvent  chacun  dans  son  cercle  original , 
plus  îi  sera  digne  d'éloges.  ^Ajoutez  qu'il  a  institué 
un  chef  pour  chacune  des  classes  ^  ;  après  ce  chef  vient 
un  contrôleur  chargé  du  recensement  de  cette  classe; 
puis  un  inspecteur  digne  de  confiance  qui  doit  re- 
chercher les  revenus  de  chaque  individu,  enfin  un 
instructeur  pour  instruire  chacun  dèsl'en&nce  dans 
un  métier  ou  une  science  et  le  mettre  en  état  de 
gagner  tranquillement  sa  vie.  Ces  instnicteors ,  ces 
juges,  ces  surveillants',  chargés  de  l'enseignement, 
reçoivent  des  appointements  fixes.  Il  a  institué  aussi 
un  instructeur  de  cavalerie  *,  chargé  d'dler  dans  les 
villes  et  les  campagnes  pour  y  initier  les  gens  de 
guerre  au  métier  des  armes  et  aux  différentes  disci- 

'  I)  semble  que  cette  fm  de  pnragrapbe  soit  tranipcnje  du  clit' 
pitre  rV  où  clic  serait  mieux  à  sa  place  et  qu'dle  eontiinis  natuid- 
Icmcnt 

'  Un  chef,  j-«Jj;  un  conbôleiu',  ^j^^\  on  inipedttir,  J^^i*- 
un  instructeur,  i>ju.  Nous  ne  connaissons  l'éqairahnt  îndîgine  qno 
pour  le  dernier  terme  (onifarzpal].  Le  premier  terme  est  letiu  doote 

'  Nous  revenons  à  l'organisation  décrite  au  chapitn  IV, 
*  Fonctionnaire  cit&  dans  le  Kirnimûk  d'Ardaihir  loiu  le  non 
Anilar:pali  aspvârakân  [Ir.  Nœldcko,  p.  63 ,  n°  3),  eo  que  les  chro- 
niques arabes  rendent  maaddib  al-aiâtira  {ibid.,  et.  Ztiki-Avsita,  1, 
3i). 


n 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     523 

plines  de  leur  profession.  Ainsi,  tous  les  habitants  du 
royaume  s'occuperont  de  leurs  affaires,  [car  les  sages 
ont  dit  :  «  Un  cœur  vide  cherche  le  mal  et  la  main 
oisive  est  impatiente  du  péché  »',  c est-à-dire  qu'un 
cœur  inoccupé  et  oisif  est  toujours  à  la  recherche 
des  intrigues  et  des  vaines  rumeurs ,  et  de  là  naissent 
les  troubles,  et  une  main  qui  nest  pas  au  travail 
est  inquiète  2.] 

Tu  dis  que  Ton  parie  beaucoup  de  ces  effusions 
de  sang  et  que  Ions  en  effraye^.  Je  te  répondrai  qu'il 
y  a  beaucoup  de  rois  qui  sont  prodigues  de  sang  tout 
en  n'en  versant  que  quelques  gouttes  ;  ils  ne  mettent 
à  mort  que  dix  personnes  et  c'est  trop  encore.  Et  il 
y  en  a  d'autres  qui  tuent  des  milliers  d'hommes,  et 
qui  devraient  en  tuer  davantage ,  parce  que  la  chose 
est  nécessitée  par  le  temps  et  les  hommes;  il  y  en  a 
beaucoup  qui  mériteraient  la  mort  et  à  qui  pourtant 
le  Shâhanshâh  fait  grâce.  La  clémence  et  la  douceur 
de  ce  roi  dépassent  de  beaucoup  celles  de  Bahman 
et  d'Isfandyâr  *,  sur  la  bonté  desquels  toutes  les  nations 
anciennes  sont  d'accord.  Je  te  dirai  que  la  rareté  des 
supplices  et  des  exécutions  dans  les  anciens  temps  et 
leur  grand  nombre  dans  le  temps  présent  tiennent  au 
peuple  et  non  pas  au  roi. 

Sache  qu'il  y  a  châtiment  pour  trois  sortes  de 

'  Addition  du  traducteur  arabe. 

*  Paraphrase  du  proverbe  arabe  par  le  traducteur  persan. 

'  Ici  reprend  le  sujet  véritable  de  ce  chapitre ,  dont  ie  développe-' 
ment  a  été  interrompu  par  les  interpolations  des  traducteurs  et  par 
une  transposition  du  chapitre  précédent. 

*  Peut-être  faut-il  lire  «Bahman,  fils  dTsfandyâr». 


524  MAI-JUIN  1804. 

fautes.  La  première  faute  est  cdle  de  la  créature 
contre  le  Seigneur  (exalté  soit  son  noml),  lors- 
qu  elle  se  détourne  de  la  religion  et  innove  dans  la 
religion.  La  seconde  est  celle  du  sujet  contre  le 
roi,  quand  le  sujet sHnsurge,  se  révolte  ou  trahit.  La 
troisième  est  celle  du  prochain  contre  le  prochain, 
cpiand lun  opprime  lautre.  Or,  le Shâhanshâh  a  insti- 
tué pour  ces  trois  cas  des  règles  bien  meilleures  que 
celles  des  Anciens.  Car  au  temps  des  Anciens  on 
mettait  à  mort  sans  délai  quiconque  s'écartait  de  la 
religion,  tandis  que  le  Shâhanshâh  a  ordonné  que 
Ion  tienne  le  coupable  en  prison  et  que  pendant  toute 
une  année  des  clercs  le  catéchisent  sans  interruption, 
lui  prodiguent  les  conseils ,  lui  exposent  des  arguments 
et  dissipent  ses  doutes.  S'il  se  repent  et  confesse  son 
erreur,  on  le  met  en  liberté  ;  si  Tobstination  et  l'or- 
gueil le  retiennent  dans  Tinfidélité,  on  le  met  à  mort^ 
Pour  ce  qui  est  du  second  cas,  autrefob  on  n'épar- 
gnait jamais  ceux  qui  s'étaient  révoltés  contre  le  roi 
ou  avaient  pris  la  fuite  dans  la  bataille.  Le  Shâhan- 
shâh a  ordonné  qu'on  n'exécute  qu'une  partie  pour 
intimider  les  autres  et  leur  servir  d'exemple  :  on 
laissera  vivre  ceux-là  pour  leur  faire  espérer  le  par- 
don et  les  tenir  suspendus  entre  la  terreur  et  l'espoir, 
mesure  excellente  pour  le  bon  gouvernement.  Quant 
au  troisième  cas ,  les  lois  qui  régissaient  antérieure- 
ment la  matière  étaient  les  suivantes  :  on  frappait 
celui  qui  avait  frappé,  on  blessait  celui  qui  avait 

^  Première  apparition  de  l'inquisition.  —  Cf.  Yama,  3i,  i, 
note  2. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     525 

blessé  ;  on  appliquait  cette  loi  de  talion  au  brigand 
et  au  voleur;  et  de  même  pour  ladultère,  il  ordonna 
à  la  fois  la  mutilation  et  l'amende ,  de  sorte  que  le 
coupable  souffrît  et  que  la  victime  en  retirât  profit. 
Au  contraire ,  quand  on  coupe  la  main  à  un  voleur, 
cette  peine  ne  rapporte  rien  à  qui  que  ce  soit  et  porte 
un  préjudice  criant  à  l'intérêt  général;  le  brigand 
payera  quatre  fois  autant  que  le  voleur  ^.  On  coupera 
le  nez  à  Tadultère ,  on  ne  lui  infligera  aucune  muti- 
lation qui  affaiblisse  une  force ,  de  sorte  que  le  coupable 
sera  flétri  sans  que  le  travail  en  souffre. 

H  ordonna  dlnsérer  ces  prescriptions  dans  le  livre 
des  lois  et  ajouta  :  «  Nous  avons  trouvé  le  monde  divisé 
en  trois  classes  et  pour  chacune  d'elles  nous  avons 
agréé  un  genre  de  politique.  La  première,  peu  nom- 
breuse, comprend  Télite  et  les  gens  de  bien  :  nous  les 
traitons  par  Tamitié  pure.  La  deuxième  classe,  qui  est 
nombreuse ,  est  celle  des  pervers  et  des  séditieux  :  nous 
les  traitons  par  la  crainte  pure.  (12  b)  La  troisième 
classe,  qui  est  innombrable,  est  un  peuple  compo- 
site :  la  politique  à  suivre  à  son  égard  tiendra  le  mi- 
lieu entre  la  bienveiflance  et  la  terreur  :  ni  trop  de 
confiance,  qui  lenhardirait;  ni  trop  de  sévérité,  qui 
l'effaroucherait.  Parfois ,  il  faudra  mettre  à  mort  pour 
une  faute  qui  appelle  et  mérite  le  pardon  :  d'autres 
fois  on  pardonnera  des  méfaits  qui  méritent  la  mort. 
Ayant  reconnu  que  la  législation  des  Anciens  n'avait 
point  de  réparation  pour  ceux   qui   avaient   subi 

'  Brigand  et  voleur;  l'un  prend  ouvertement  par  force,  l'autre 
en  secret  :  c'est  la  diflereucede  hatanha  et  tâyuJi  (cf.  Yastia,  1 2  »  2). 


b±^  MAI-JUIX  1894. 

i  inliL^ùcr:  cl  portait  iin  ^rave  préjudice  à  la  société 
i{ii  ^  lI^'  irappait  dani  le  nombre  et  dans  la  force  ^^  nous 
jv .  [15  rtjhli  cette  loi  à  appliquer  après  nous  et  avons 
•ionnr:  cet  ordre  am  ju^es  que.  si  les  criminds  con- 
•  ijoin»^:;  d  la  réparation  pécuniaire,  après  s'être 
ciC({uittr:?.  retombaient  dans  leur  crime,  on  leur  cou- 
perait le^  oreilles  et  le  nez,  sans  qu'ils  puissent  pré- 
tr.iidrc  a  un  nouveau  pardon.  ■ 

Mu.  Tu  ecrb  au  sujet  des  innovations  que  le 
Slic'ihan'^hàh  a  introduites  dans  la  législation  concer- 
luiiit  ia  tamille.  les  rangs  et  la  hiérarchie,  que  la 
^tinili'.-  rjt  la  hir-rarcliie  sociale  sont  conune  les  piliers, 
les  appuis  et  les  colonnes,  et  que  si  les  fondements 
\iennent  à  manquer,  ia  maison  s'ébranle  et  s'écroule. 
^ache  qu^'  la  ruine  de  la  famUle  et  de  la  hiérarchie 
?e  fait  de  deux  laçons.  Tantôt  ce  sont  les  hommes 
qui  iiiint-nt  une  maison  et  transfèrent  ailleurs  le 
rang:  tantôt  c'est  ia  seule  action  du  temps  qui,  sans 
tjtfort  des  étrangers,  lui  enlève  sa  considération,  sa 
valeur,  sa  gloire  et  sa  puissance.  Des  générations  in- 
dignes apparaissent .  s'imprègnent  de  mœurs  ignobles, 
oublient  la  dignité  de  leur  rang  et  perdent  tout  prix 
aux  yeux  du  peuple.  Tout  comme  les  gens  de  métier, 
elles  s'occupent  à  accpiérir  du  bien  et  ne  songent  pas 
à  amasser  un  trésor  de  bon  renom.  Elles  s'unissent 
avec  la  basse  classe  et  non  plus  avec  leurs  égaux,  et 
de  ces  unions  sortent  des  vilains  qui  ensevelissent  la 

1  En  sapprimant  les  coupables  ou  les  rendant  incapaUea  de 
travail. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     527 

dignité  de  la  famille.  Le  Shâhanshâh,  pour  relever 
et  remettre  en  honneur  Taristocratie ,  a  promulgué  un 
règlement  dont  je  n'ai  pas  entendu  dire  qu'homme  ait 
Jamais  édicté  le  semblable;  il  consiste  à  établir  une 
distinction  visible  et  générde  entre  la  basse  classe  et 
les  nobles.  Il  établit  des  différences  dans  la  monture, 
le  vêtement,  Thabitation,  les  jardins,  les  femmes  et 
le  domestique,  et,  parmi  les  nobles  eux-mêmes,  il 
établit  des  différences.  «Jai  interdit,  dît-il,  quun 
homme  de  race  épouse  une  femme  de  basse  classe , 
afin  de  préserver  la  pureté  du  sang  :  celui  qui  le  fera 
sera  déchu  du  droit  d'héritage.  »  (i3  a)  Il  défendit 
aussi  aux  gens  du  peuple  indépendants  d'acheter  les 
biens  de  la  noblesse.  Et,  en  cela,  il  rendit  service  au 
bien  général  en  faisant  que  la  place  et  le  rang  de 
chacun  restât  fixé ,  et  il  les  enregistra  dans  les  livres 
et  les  archives. 

[Je  te  citerai  à  ce  propos  V  histoire  du  coffre.  Il  y  avait 
autrefois  an  grand  roi  qui,  dans  un  accès  de  colère  contre 
ses  femmes,  leur  dit:  «  Je  vous  montrerai  que  je  puis  me 
passer  de  vous.  »  //  commanda  un  coffre  et  y  laissa  tom- 
ber une  goutte  de  sperme.  Uune  de  ces  femmes  recueillit 
en  elle  cette  goutte  et  il  en  naquit  un  enfant.  On  pré- 
tendit que  la  mère  était  la  reine  et  que  le  père  était  le 
coffre^. 

^  On  ne  voit  pas  clairement  le  rapport  de  cette  histoire  bizarre 
avec  le  développement  à  l'appui  duqud  die  est  donnéeCOn  voit, 
par  le  passage  qui  suit,  qu'il  s'agit  de  la  nécessité  de  maintenir  la 
pureté  de  la  race  en  empêchant  le  mdange  des  classes.  —  L'his- 
toire en  dle-méme  rentre  dans  un  ensemble  de  contes  représentés 
surtout  dans  l'Inde  (Vasishtha,  conçu  de  Mitra -Varuna  dans  le 


J2S  MAI-JCIN  1894. 

On  rofpctric  aussi  dans  la  Bible  des  Juifs  et  dans 
l'Etûnqile  des  Chirtiens  qa'après  Noé  [sur  lai  soit  le 
<alut  '  le<  hommes  se  maltipUèrent  et  qail  ne  resta  pas 
an  emftan  de  terre  inhabitée.  Les  Béni  Elohim  se  mêlè- 
rent aiur  enfants  des  hommes.  De  là  sortirent  les  Géants^: 
>r  bien  que  Dieu  [exalté  soit  son  nom!)  jeta  les  yeax 
sur  eux .  et  lÀci  que  les  rangs  étaient  tombés  dans  an 
dt-yordre  que  l'un  ne  peut  imaginer.  Dieu  ordonna  de  punir 
par  la  mort,  la  spoliation  ou  l'exil  quiconque  s'écarteraà 
de  la  loi  propre  à  sa  place  et  son  rang^  et  il  dit  :  •  Jai 
trrit  cette  histoire  à  ïusage  des  rws  à  venir»  Peat-étre  ne 
^aurunt-ils  pas  tenir  ferme  la  Religion  :  ils  n'auront  qu'à 
lire  mon  Livre  et  agir  en  conséquence.  > 

VII.  Sois  absolument  con>'amcu  que  le  Roi  est 
M  la  Règle  «  au  milieu  de  ses  sujets  et  de  son  année; 
quil  est  le  suprême  ornement  au  jour  de  fête,  et  au 
jour  de  crainte  la  forteresse,  Tasile,  la  protection 
contre  lennemi.  Tu  dis  que  le  Shâhanshâh  a  perdu 
tout  respect  de  la  religion  et  de  la  loi  :  sache  que  le 
Shàlianshàh  a  trouvé  les  lois  religieuses  corrompues 
ou  abolies  et  Tesprit  d'innovation  et  d*hérésie  en  hon- 
neur et  en  vigueur  chez  les  peuples.  Il  a  institué  des 
suneillants  à  cet  effet  que  lorsqu'un  homme  meurt 
en  laissant  des  biens  après  lui,  on  avise  les  Mobeds, 

littmbha,  d'après  ie  Rig  Veda:  Agastya  dit  kumbha-sambhâva.  Va- 
riante atténuée  :  Fradhâkhshti  Khumbya,  élevé  dans  la  cruche, 
Bundaliish.,  29,  5;  origine  des  Afghans  Kaiiânai,  KilidiÀfghani, 

i85). 

*  Genhe,  VI. 


LETTRE  DE  TANSAR|AU  ROI  DEJTABARISTAN.     529 

qui  partagent  ces  biens  entre  les  héritiers  d  après  la 
loi  des  testaments  ^  Si  le  défunt  ne  laisse  pas  de  for^ 
tune,  ils  ont  à  s'occuper  de  ses  funérailles  et  du 
sort  de  ses  enfants.  Seulement,  le  prince  a  prescrit 
que  les  substituts  des  princes  royaux  soient  aussi 
des  princes  royaux  et  que  les  substituts  de  nobles 
soient  des  nobles.  Il  n  y  a  rien  là  de  réprouvable  ni 
d'étonnant,  ni  selon  la  loi  religieuse  ni  selon  la 
raison. 

[  Voici  le  sens  da  mot  «  Abdâl  »  dans  leur  secte.  (  i  3  /»  ) 
Lorsqu'un  homme  mourait  sans  enfants ,  s'il  laissait 
une  femme,  on  la  donnait  en  mariage  à  l'un  des  parents 
du  défunt,  celui  qui  était  le  plus  proche  ou  quil  aimait  le 
plus  '^.  De  même  s'il  ne  laissait  qu'une  fille.  S'il  ne  laissait 

*  Cette  loi  se  retrouvera  sans  doute  dans  le  vieux  Code  pchlvi 
découvert  par  Tahmuras  D.  Anklesaria  et  dont  il  a  lithographie 
un  spécimen  en  1887. 

^  Les  Rivâyats  concordent  avec  ce  passage.  Si  un  homme  marié 
meurt  sans  enfants,  la  moitié  des  enfants  que  âa  veuve  remariée 
peut  avoir  lui  appartiennent,  et,  dans  l'autre  monde,  elle  lui  ap- 
partient :  elle  est  dite  cahar  zan,  femme  servante.  S'il  meurt  sans 
avoir  été  marié,  ses  parents  dotent  et  marient  une  jeune  lille  en 
son  nom  :  la  moitié  des  enfants  qu'elle  a  appartiennent  au  mort; 
et  elle-même  lui  appartient  dans  l'autre  monde  :  elle  est  dite  alors 
satar  zan,  femme  d'adoption  (cf.  West,  Pahlavi  Texls,  I,  i^3, 
note;  PaXet  Irâni,  S  i5,  dans  le  Zend-Avesta,  Uli  174).  Moiï  ami, 
M.  Sylvain  Lévi,  me  signale  une  page  de  l'Inde  d'Albîrûnî,  où  ce 
passage ,  qu'Albîrûnî  a  lu  sans  doute  dans  le  texte  d'ibn  al-Moqaffa', 
se  trouve  analysé.  Voici  le  passage  d'Albîrûnî,  dans  la  traduction 
de  Sachau,  I,  109-110  :  [à  propos  du  Nikâh-elmakt  (=  matrimo- 
nium  exosum)  des  Arabes].  There  was  à  similar  institution  among 
the  Magians.  In  the  book  of  Tausar  (sic  :  TAUSAR)  the  great 
herbadh ,  addressed  to  Padashvâr-girshâh ,  as  an  answer  to  his  at 
tacks  on  Ardashîr  the  son  of  Bâbak,  we  find  a  description  of  the 
institution  of  a  man's  being  married  as  the  substitute  for  another 

III.  35 


lVrKI)l«BIE    KATIOJXLB, 


530  MAI-JUIN  1894. 

ni  femme,  nijUle,  on  choisissait  ane  femme  parmi  les 
cscLivcs  da  défont  et  on  la  coi^ù  à  l'un  de  ses  plus 
pi-ochcs  parents  :  les  enfants  qai  naissaient  de  là  deve- 
naient légataires  aa  nom  da  défanL  Quiconque  contre- 
venait à  ces  dispositions  était  mis  à  mort^f  et  l'on  disait  : 
Il  faut  que  cet  homme  se  reproduise  jusqu'à  la  fin  des 
temps  '^.  La  Bible  des  Juifs  veut  également  que  le  frère 
épouse  la  femme  de  son  frère  défunt  et  perpétue  ainsi  sa 
race^.  Les  Chrétiens  n'en  usent  pas  de  même]. 

VIU.  Tu  rappelles  que  le  Shâhanshâh  a  fait  en 
lever  et  éteindre  le  feu  des  pyrées  et  les  a  abolis  et  que 
jamais  nul  n  a  eu  pareille  audace  en  matière  reli- 
gieuse. La  chose  n  est  point  si  grave  que  tu  penses  et 

man,  which  existed  among  the  Penians.  If  ■  man  die»  withoat 
lca>  ing  malc  oiFspring ,  people  are  to  examine  the  caie.  If  he  leavos 
a  M'ife,  they  marry  her  to  his  neareat  relative.  If  he  doea  not  leavc 
a  wife,  they  marry  his  daaghter  or  the  nearest  idated  woman  to 
the  nearest  related  maie  of  the  family.  If  there  is  no  woman  of  his 
family  left,  they  woo  by  mcans  of  the  money  of  the  deceesed  a 
woman  for  his  [no]  family  and  marry  her  to  tome  mide  nintive. 
Tlie  child  of  sach  a  marriage  is  considered  as  the  oflEqning  of  the 
duceased.  Whoever  neg^ects  this  duty  and  does  not  fîdfili  it  kiUs 
innumerable  soûls,  since  he  cats  off  the  progenyud  the  ntme  of 
the  deceased  to  aU  etemity. 

^  n  s'agit  sans  doute  du  plus  proche  parent  refusant  d'aœomplir 
le  satar  :  cf.  Patei  Irâni,  S  i5. 

*  L'homme  qui  ne  laisse  pas  d'en&nts  mides  apfèi  lui  ne  pas- 
sera pas  le  Pont  du  Paradis,  qudques  bonnes  cBavres  qu'U  ait  lais- 
sées derrière  lui,  et  les  Amshaspands  lui  diront  :  cAiHu  produit 
dans  le  monde  là-bas  un  remplaçant  pour  toi?t  (Yasna*  63,  5, 
note  19).  —  Aujourd'hui  encore,  c  un  fils  adoptif»  se  dit  en  Perse 
àkkirai'oglu,  biaâkhirat,  ifils  de  l'autre  monde  •. 

'  Le  lé\irat. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     531 

tu  es  mal  informé.  Après  Darius,  les  «  Rois  de  pro* 

vinces  »  instituèrent  chaoun  un  pyrée  à  leur  usage 

personnel  :  or  c'était  là  une  innovation  contraire  aux 

ordres  des  anciens  rois^ 

I 

VI  b.  Tu  me  rappelles  aussi  que  le  Shâhan^hâh 
a  interdit  aux  honunes  ime  vie  trop  large  et  des 
dépenses  exagérées.  Il  a  là-dessus  établi  trois  états  et 
son  but  a  été  de  mettre  ainsi  une  distinction  entre 
ses  sujets  pour  qu  on  reconnût  chaque  classe  à  son 
équipage.  Tout  d  abord  il  distingue  les  nobles  des 
gens  de  métier  et  de  service  par  la  splendeur  de  leurs 
montures ,  de  leurs  vêtements  et  de  leur  armement* 
A  leurs  femmes,  les  robes  de  soie,  les  castels  élevés, 
les  bottines ,  les  caleçons ,  le  chapeau ,  la  chasse  et  les 
autres  exercices  des  grands.  Quant  aux  gens  de  guerre , 
le  Shâhan&hâh  leur  confère  un  rang  honoré  et  toutes 
sortes  de  faveurs  ;  et  comme  ils  sacrifient  sans  cesse 
leur  vie,  leurs  biens  et  leur  famille  à  la  caste  popu- 
laire et  à  son  bien-être,  qu'ils  sont  à  combattre  les 
ennemis  du  pays  pendant  que  les  gens  du  peuple ,  dans 
le  repos,  Taisance  et  la  sécurité,  restent  tranquille- 
ment à  leur  foyer  avec  leur  femme  et  leurs  enfants,  il 
est  juste,  en  retour,  que  les  gens  de  service  et  les 

*  L'unité  de  l'empire  suppose  l'unité  du  feu  royal.  Le  feu  royal 
était  leNûr  dirakhshân  de  Shîs  où  les  rois,  à  leur  avènement,  se 
rendaient  à  pied  en  pèlerinage  (Ibn  Khordâdbeh),  —  La  question 
s'est  posée  sous  une  forme  plus  humble  à  Bombay,  entre  les  deux 
dastûrs  de  la  sedterasmie,  l'un  contestant  à  l'autre  le  droit  d'inau- 
gurer un  second  temple  du  feu  Bahrâm ,  car  le  feu  Bahrâm  étant 
le  feu  du  pays ,  il  ne  peut  y  en  avoir  qu'un  seul. 

35. 


532  MAI  JUIN  1804. 

artisans  les  saluent,  s^indinent  devant  eux,  leur 
rqndcnt  hommage  et,  en  général,  (i&  a)  témoignent 
une  grande  déférence  à  Tégard  des  gens  de  guerre  et 
des  nobles. 

iX.  Pour  ce  que  tu  m'écris  que  le  Shâhansbâh 
a  institué  un  corps  d  espions  pour  surveiller  ses  sujets 
et  que  cette  mesure  a  provoqué  Tépouvante  et  la  stu* 
péfaction  parmi  tout  le  peuple,  sache  que  les  gens 
pieux  et  honnêtes  n  ont  rien  à  redouter;  car  le  Roi 
ne  peut  commettre  comme  «  yeux  •  et  policiers  que 
des  hommes  honnêtes,  soumis,  pieux,  fidèles,  in- 
struits, pratiquants,  dévots  et  vertueux,   de  sorte 
qu  ils  ne  rapportent  rien  au  roi  qm  ne  soit  bien 
prouvé  et  certain.  Si  tu  es  comme  il  faut  et  obéissant, 
et  que  ces  agents  fassent  de  toi  un  rapport  exact  au 
souverain,  tu  dois  ten  réjouir,  car  ils  en  rendront 
un  témoignage  sincère  et  la  bonté  du  prince  à  ton 
égard  s  en  accroîtra.  Dans  le  Testament  qu*U  a  écrit 
à  ce  sujet,  le  Shâhansbâh  dit  expressément  ceci  : 
«  L'ignorance  où  est  un  roi  de  ce  qui  se  passe  parmi 
son  peuple  est  une  porte  ouverte  au  mal.  Seulement, 
il  faut  que  le  roi  prenne  bien  garde  d*écouter  les 
gens  peu  honorables  et  peu  sûrs.  Il  ne  doit  pas  en-  - 
trer  dans  cette  voie  et  dire  qu'il  ne  fait  quimiter 

^  cr^ti^y^  c'est-à-dire  andarz,  n'est  pas  nécessairement  nn  testa- 
ment de  mourant  :  c'est  une  recommandation,  un  conseU.  Cepen- 
dant il  faut  rappder  que  Maçoudi  (II,  163)  cite  un  testament  écrit 
par  Ardashîr  pour  son  fils  Sapor,  au  moment  où  il  abdiquait  pour 
lui.  Si  le  Vaçiat  de  notre  lettre  est  le  même,  tout  ce  passage  sera 
étranger  a  la  lettre  de  Tansar. 


* 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     533 

Ardashîr.  Car  moi,  j*ai  trouvé  le  siècle  désorganisé, 
la  religion  troublée,  lautorité  royale  ébranlée,  les 
hommes  libres  et  les  gens  de  bien  sans  pouvoir. 
Mes  confidents  à  moi  sont  des  gens  de  bien.  A  Dieu 
ne  plaise  que  les  rois  donnent  aux  méchants  assez 
de  pouvoir  pour  faire  parvenir  par  l'entremise  de  ces 
agents  leurs  délations  à  loreille  du  prince  !  Autrement 
(Dieu  nous  en  préserve!)  s'ils  leur  donnent  accès,  il 
n'y  a  plus  repos  ni  tranquillité  pour  les  sujets,  dont 
l'obéissance  et  les  services  resteraient  désormais  sans 
profit ,  sans  rien  à  espérer  ni  à  attendre.  Lorsque  les 
affaires  d'un  Etat  marchent  ainsi,  la  révolution  éclate 
bien  vite  et  l'on  taxe  le  souverain  de  faiblesse  d'esprit 
et  d'impuissance.  » 

X  a.  Que  le  Roi,  fils  de  Roi,  ne  s'imagine  pas 
que  le  Shàhanshâh  a  établi  cette  chose  ^  au  hasard  et 
sur  de  vaines  raisons  ;  qu'en  voyant  son  héritier  pré- 
somptif il  se  dit  :  «  Cet  homme  attend  ma  mort  »,  et 
que  cette  pensée  refroidit  son  amitié  et  son  affection. 
Comme  la  désignation  d'un  successeur  est  un  mau- 
vais garant  des  intérêts  et  du  roi  et  des  sujets  «  mieux 
vaut  que  Ton  ignore  qui  il  sera.  Il  se  peut  aussi  que, 
s'il  est  connu,  les  ennemis  ourdissent  des  complots 
et  que  les  rebelles,  démons  et  hommes,  fassent 
venir  le  mal  sur  lui.  Sois  bien  convaincu  que  l'homme 

*  A  établi  qu'il  n'y  aurait  pas  d'héritier  désigné.  Le  dévdoppe- 
ment  qui  commence  ici  ex  abrupto  et  viendrait  mieux  après  le  cha- 
pitre II  est  interrompu  au  bout  de  quelques  lignes  par  une  longue 
dissertation  sur  le  nom  des  Iraniens  et  reprend  page  553  (chap.  \  b). 


534  MAI-JUIN  1894. 

(jiiî  est  en  vue  est  exposé  à  périr,  [ih  h)  étant  plein 
de  lui-même  et  sans  amabUité.  C'est  pour  cela  qu'on 
nous  a  appelés  les  Modestes^.  Dans  les  livres,  chez 
les  modernes  comme  chez  les  anciens ,  entre  toutes  les 
dénominations  qu'on  nous  donne ,  c'était  là  la  plus 
belle  et  c'est  la  plus  chère ,  tant  que  nous  nous  sommes 
comportés  de  façon  h.  la  justifier.  Ce  nom  nous  rap- 
pelle ,  nous  conseille  et  nous  prêche  notre  devoir  ;  c'est 
ce  nom  qui ,  chez  nous ,  assure  l'honneur,  la  considé- 
ration ,  la  gloire  et  la  dignité  ;  tandis  que  l'humUia- 
tion  et  la  terreur  sont  attachés  à  l'orgueil  et  à  la  su- 
perbe^. Du  temps  des  anciens  comme  des  modernes, 
nous  sommes  toujours  restés  fidèles  à  cette  pensée,  & 
cette  direction  morale.  Nous  n'éprouvions  des  rois 
que  bonté  et  bienveillance  et  ceux-ci  à  leur  tour 
trouvaient  chez  nous  obéissance  et  affection.  Aussi , 
en  paix  et  en  repos,  nous  étions  l'envie  du  monde 
entier;  nous  étions  les  souverains  des  sept  climats,  au 
point  que  si  l'un  de  nous  circulait  dans  les  sept 
Kcshvars,  il  n'y  avait  créature  qui  osât,  par  crainte 
de  nos  rois,  jeter  sur  lui  un  regard  irrespectueux*. 
[Nous  vécûmes  ainsi  jusqu'à  l'époque  de  Dârfl,  fils 


^  ^^ffsuslà^;  traduction  de  Âijya  (parsi  ^r],  qui  est  le  nom  etli- 
nique  des  Iraniens  (  Yasht,  VIQ,  6).  La  vertu  de  Yairya,  de  l'homme 
pieux,  modeste,  soumis,  est  divinisée  dans  4riviaî£ij  et  le  dé&ut 
contraire  est  personnifié  dans  le  démon  de  l'insolence,  Tarômaiti 
(voir  Zend-Avesia,  I,  2\),  Se  rappeler  que  orya  est  le  positif  de 
àpi(/76s.  Cf.  p.  546. 

*  Voir  la  note  précédente. 

'  n  est  clair  que  le  développement  suivant  n'appartient  pas  à  la 
lettre  de  Tansar. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    535 

de  Cihrâzâd^  Il  n'y  eut  jamais  au  monde  souverain 
plus  savant,  plus  sage  et  de  plus  beau  caractère. 
Tous  les  rois,  depuis  la  Chine  jusqu'à  l'occident  de 
r Empire  grec,  étaient  ses  humbles  esclaves  et  lui 
envoyaient  le  tribut  et  des  présents  et  des  troupes» 
On  lui  donnait  le  surnom  de  Toghûlshâh^.  Toutes 
les  infortunes  et  les  calamités  qui  lont  assailli,  lui, 
son  fils  Dârâ  et  leur  peuple  jusqu'à  ce  jour,  tiennent 
à  ceci  : 

Quand  Dârâ,  au  sortir  da  berceaa  et  des  langes  y  ap- 
procha l'heure  de  joie  royale ,  devant  lai  s  ouvrirent 
toutes  les  portes  de  la  faveur,  toutes  les  ressources  de 
raffection  paternelle;  on  confia  à  des  serviteurs  le  soin 
(le  son  éducation  y  on  lai  donna  des  lieutenants,  de  sorte 
qu'en  ouvrant  les  yeux  il  se  vit  porte-couronne  et  souve- 
rain. Il  s'imagina  que  la  royauté  ne  vient  pas  de  Dieu, 
mais  de  la  seule  personnalité  da  roi.  Il  ne  tint  pas  compte 
de  ses  devoirs  nouveaux  et  se  dit  à  lui-'niéme  : 

«  De  père  en  fils  la  royauté  est  à  moi;  le  soleil  et  l'épi, 
l'oiseau  et  le  poisson,  tout  est  à  moi.  » 

Il  y  avait  parmi  ses  pages  un  jeune  garçon  nommé 
Pari  dont  il  fit  son  ami  intimé.  Il  étaif'de  tous  ses  re- 
pas, et  tous  deux  burent  jusqu'à  l'ivresse  à  la  coupe  de 
l'orgueil.  Le  roi  avait  an  secrétaire  blanchi  sous  le 

'  Le  Bis  de  Bahman  dirâz-dast  et  de  Humai  cihrâzâd  (Bnnda- 
hish,  34 ,  8). 

^  $l&Jyk3.  Je  ne  sais  que  faire  de  ce  nom  de  Tùghûl,  Est-ce  un 
nom  d'homme  ou  un  nom  de  pays }  On  ne  peut  songer  à  Togknd 
(|iii  est  JyiJa  et  qui  est  turc,  à  moins  que  la  ligne  ne  soit  une  ad* 
(lition  malheureuse  du  traducteur  persan.  Y  a-t-ii  eu  un  prince  turc 
an  xii*'  siècle  ou  avant,  portant  les  deux  noms  de  JJ^  et  de  t^li>? 


536  MÂl-JUIN  1894. 

harnais,  éprouvé  à  son  service  et  bien  en  cour^  (i5  «) 
homme  sage,  éloquent,  d'un  jugement  solide,  pieux, 
sûr,  de  bonne  mine  et  de  belles  mœurs,  de  noble  ca- 
ractère et  d'an  heureux  naturel.  Il  s'appelait  Rastin. 
Ce  Pari  convoitait  sa  place  et  désirait  s'en  emparer. 
Pour  arriver  au  but  désiré,  il  lança  le  coursier  de  l'em- 
pressement, mit  sur  son  épaule  le  mantecm  de  la  satire 
et  de  la  critique  et  tira  du  fourreau  le  glaive  de  la 
rancune  pour  conquérir  ce  poste.  Il  était  lieutenant  de 
Toghulshâh.  Quand  les  chjoses  en  arrivèrent  aux  extré- 
mités, et  comme  Pari  ne  cessait  pas  ses  emportements  et 
perdait  toute  patience  à  attendre ,  Ra>stin  s'enaUa  un  jour 
chez  le  Shâhanshâh  et  lui  demanda  une  audience  secrète. 
A  cette  époque,  on  n'osait  dire  aux  rois  la  vérité  pure 
et  simple  et  on  exposait  sa  pensée  par  voie  d'apologue 
et  d'histoires.  Rastîn  s'exprima  ainsi  : 

Que  le  bonheur  accompagne  le  roi  des  rois  jusqu'à 
la  fin  des  siècles!  [Fable)  ^. 

fai  entendu  conter  qu'une  fois,  dans  certaines  Ues, 
il  y  avait  une  cité  prospère,  pacifique  etfiorissante.  Cette 
cité  avait  un  roi  qui  avait  reçu  le  pouvoir  de  ses  ancêtres. 
Dans  les  environs  de  cette  cité  une  troupe  de  singes  avait 
élu  domicile,  et  ces  singes  passaient  également  leur  vie 
dans  la  quiétude,  V aisance  et  la  tranquillité.  Ils  possé- 
daient un  roi  respecté,  dont  ils  écoutaient  les  conseils  et 

^  La  fable  qui  suit  est  évidemment  une  addition  d'Ibn  ei  Mo- 
qaiFa",  le  traducteur  arabe  de  Kalîla  et  Dimna.  Elle  se  retrouve 
dans  l'original  sanscrit  (Pancatantra)  et,  bien  qu'elle  manque  dans 
le  Kalila  syria({ue,  a  dû  appartenir  au  Kalîla  peblvi  dont  le  Kalîla 
d'Ibn  cl  Moqaffa'  est  traduit.  Le  texte  arabe  publié  par  Sacv  ne 
le  contient  pas;  mais  on  sait  que  ce  texte  est  incomplet. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  537 

suivaient  la  direction,  et  ils  n  osaient  souffler  sans  un 
signe  de  lai.  Un  certain  jour,  il  les  convoqua  en  assem^ 
blée,  et  lorsqu'ils  furent  réunis,  il  leur  dit  :  a  11  nous 
faut  quitter  ce  pays  et  émigrer  en  autre  lieu.  »  Les  singes 
lai  dirent  :  «  Il  faut  nous  dire  les  raisons  de  cette  dou- 
loureuse nécessité  et  nous  justifier  l'opportunité  de  cette 
résolution,  afin  qu'il  y  ait  consentement  unanime.  Si 
cette  mesure  semble  nécessaire  et  utile,  on  ne  ^s'y  sous- 
traira pas.  »  //  répondit:  «  Je  n'entends  pas  vous  expliquer 
r opportunité  de  cette  mesure ,  carcecampementvous  agrée, 
ce  pays  est  vaste  et  charmant  et  abonde  en  agréments , 
et  je  sais  bien  que  si  je  vous  fais  part  de  ce  que  je  sais, 
cela  ne  sera  d'aucun  poids  à  vos  yeux  et  n'agira  pas 
sur  votre  esprit  Mais  puisque  vous  reconnaissez  mon 
mérite,  ma  sagesse,  ma  supériorité  intellectuelle,  (i5  6) 
écoutez  mes  conseils,  croyez  qu'il  est  urgent  de  les 
suivre  et  émigrons,  car  les  sages  ont  dit  : 

Je  ne  sangle  ma  monture  que  lorsquelle  est  amaigrie.  Si  ma 
patrie  cesse  dêtre  plaisante ,  je  la  quitte. 

En  tout  cas,  fuir  la  tyrannie  et  les  calamités,  voilà  la 
règle  suivie  par  tous  les  prophètes.  Il  est  absurde  pour  le 
sage,  lorsqu'il  voit  l'annonce  du  malheur  et  les  affres 
de  la  calamité  suspendues  sur  lui,  sur  les  siens  et  sur  sa 
fortune,  de  faire  montre  de  sottise  et  de  négligence  en 
dédaignant  ces  symptômes  et  en  sojcrifiant  à  ses  biens  la 
joie  et  le  bonheur  de  toute  la  vie,  de  faire  signe  à  la 
mort  et  l'attirer  sur  lui».  Les  singes  répliquèrent  : 
«  0  Roi,  c'est  assurément  dans  l'excès  de  votre  affection 
envers  nous,  vos  sujets,  que  vous  plaidez  avec  une  telle 


538  MAI-JUIN  1894. 

insistance  pour  nous  faire  agréer  vos  conseils.  Cependant, 
tant  qu'il  ne  se  sera  pas  produit  quehfue  grave  affaire  et 
guelgue  coup  de  la  fortune,  ne  vous  livrez  pas  à  ces  excès 
d'éloquence.  Mais  tant  que  vous  ne  nous  aurez  pas  fait 
connaître  les  raisons  de  cet  exode,  notre  cœur  ne  cessera 
pas  de  battre  Jtémoi,  Lorsque  nous  serons  instruits  de  ce 
mystère ,  sans  doute  aucun ,  nous  nous  tiendronsforcés  d! ac- 
complir votre  ordre  et  de  nous  conformer  à  vos  défenses, 
et  nous  seconderons  de  toute  la  force  de  notre  ccear  et 
d'un  mouvement  allègre  les  effets  de  votre  grande  bien- 
veillance à  notre  égard.  »  Le  Roi  des  singes  répondit  : 
«  Sachez  donc  qu'hier  fêtais  monté  sur  un  arbre  qui  re- 
garde sur  la  ville.  Je  regardais  dans  le  palais  du  roi  :  je 
vis  nn  mouton  appartenant  au  prince  qui  se  querekât 
avec  une  des  servantes.  Or,  les  sages  ont  dit  :  Évitez 
le  voisinage  des  querelles;  et  je  ne  veux  pas  désobéir  anx 
conseils  des  sages  et  mépriser  leur  parole.  »  Les  singes  se 
regardèrent  avec  un  sourire  d'étonnement,  puis,  d'an  ton 
dédaigneux  et  tranchant,  lui  dirent  :  t  Voilà  bien  des  an- 
nées que  tu  as  été  notre  guide  et  notre  souverain.  Tu  es  le 
plus  sage  de  la  tribu,  tu  as  l'âge  et  teocpérience;  nuds  tu 
ne  nous  dis  pas  ce  qui  peut  résulter  pour  nous  des  batteries 
d'un  mouton  avec  une  servante  du  palais.  »  Le  Roi  des 
singes  repartit  :  «  U abord  votre  perte ,  et  c'est  là  la  moindre 
chose,  car  la  chose  commencera  par  vous;  ensuite  la  perte 
des  habitants  de  cette  cité,  sa  destruction  et  le  meurtre 
(le  son  roi.  »  Les  singes  de  s'extasier  et  de  s'exclamer  plas 
encore  :  «  Nous  ne  te  connaissions  pas  auparavant  sous 
cet  aspect  {\  6  a)  Ta  es  victime  du  mauvais  ail  et  un 
voile  a  recouvert  ton  intelligence.  Surveme-toi  bien,  nous 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  OË  TABARISTAN.     539 

albns  appeler  le  médecin  pour  qu'il  te  guérisse  de  ton  mal , 
qae  ta  rentres  en  toi-même  et  ne  soies  point  déchu  de 
trône.  »  Le  Roi  des  singes  reprit  :  «  Les  sages  ont  dit  vrai  : 
Celui  (jui  est  faible  d^intelligence ,  le  Roi  du  jour  ne  sau- 
rait en  faire  un  homme  de  valeur  et  intelligent;  celui 
qui  n'a  pa^  le  contentement  y  la  fortune  ne  le  rendra  pas 
riche;  celui  qui  n'a  pas  la  vraie  foi  y  la  large  connaissance 
des  traditions  ne  fera  pas  de  lui  un  théologien.  Puisque 
telle  est  votre  opinion  de  moi  y  le  mieux  est  que  faille 
mohmême  quérir  le  médecin  et  vous  épargne  le  souci  de 
ma  maladie.  »  Et  sur  l'instant,  il  sella  le  coursier  de  la 
séparation  et  abandonna  son  royaume. 

Il  ne  se  passa  guère  de  temps  que  la  servante  courut 
un  jour  hors  du  palais  avec  une  bouteille  d^huile  à  la 
main  et  un  morceau  de  bois  enflammé.  Le  mouton ,  sui- 
vant son  habitude,  se  dirigea  vers  la  file  et  se  jeta  sur 
elle.  Elle  jeta  bouteille  et  tison  sur  la  bête.  L'huile,  le 
feu  et  la  laine  se  mêlèrent,  l'animal  effrayé  par  la  cha^ 
leur  courut  de  porte  en  porte,  se  jeta  de  palais  en  palais, 
jusqu'à,  ce  qu'il  arriva  à  l'hôtel  d^un  des  notables  de  la 
cité.  H  se  trouva  que  le  propriétaire  de  l'hôtel  était 
malade.  Le  mouton  courut  sur  lui  et  le  brûla;  et  il  brûla 
et  blessa  plusieurs  autres  notables.  La  nouvelle  vint  au 
roi.  n  demanda  aux  médecins  des  remèdes  et  des  em- 
plâtres contre  les  brûlures.  Ils  furent  tous  d'accord  qu'il 
n'y  avait  pas  d'emplâtre  plus  efficace  que  le  fiel  de  singe. 
Le  roi  dit  :  «  Rien  de  plus  facile.  »  Il  ordonna  à  un  des 
siens  de  monter  à  cheval,  d'aller  à  la  chasse  et  de  lui 
apporter  du  fiel  de  singe.  Suivant  tordre  du  roi,  le  chas- 
seur réussit  à  attraper  un  singe  par  ruse  et  perfidie  et 


540  MAI-JUIN  1804. 

obtint  ce  qu'on  voaUdL  Les  singes  se  réanirent  et  tuèrent 
V envoyé  da  roi,  qu'ils  mirent  en  morceaux*  A  cette  nou- 
velle, le  ivi  monta  à  cheval  en  personne,  Uvra  bataille 
aux  singes  et  en  tua  tant  qu'il  finit  parfaire  grâce  au 
reste.  L'un  d'eux  s'en  fut  auprès  d'un  homme  de  la  cour 
du  roi,  fit  son  SaUm  et  lui  dit  :  «  Voilà  tant  Jt années 
que  nous  habitons  près  de  vous  sans  que  nous  c^ons  rien 
eu  à  souffrir  ni  nous  de  vous,  ni  vous  de  nous,  absorbés 
chax^un  dans  le  soin  d'assurer  notre  existence  journalière , 
(i  6  b)  et  dans  nos  habitudes  invétérées.  Quelle  considé- 
ration vous  a  poussés  à  nous  détruire  et  à  nous  exter- 
miner? Pourquoi  l'épine  des  mauvaises  pensées  est-elle 
entrée  dans  l'œil  de  votre  générosité,  et  comment,  aa  mé- 
pris des  droits  de  bon  voisinage,  dédaignant  le  maintien 
de  la  sécurité,  avez-vous  perdu  tout  souci  da  blâme  pubUc 
dans  ce  monde  et  des  châtiments  de  la  vie  future?  » 

L'homme  raconta  au  singe  tout  aa  long  ^histoire  de 
la  servante,  du  mouton  et  du  feu,  les  gens  hrâlés,  les 
remèdes  du  médecin,  le  meurtre  du  chasseur  et  la  ven- 
geance du  Roi,  Le  singe  fondit  en  larmes  et  s'écria  : 
a  Combien  est  vrai  ce  qua  dit  le  Commandeur  des  croyants ^ 
^ Alt,  fils  d'Abû  Tâlib  [sur  lui  soient  la  merci  et  la  grâce 
de  Dieul)  :  Celui  qui  dans  les  temps  difficiles  n'écoute 
pas  le  conseiller  compatissant,  savant  et  expérimenté, 
se  prépare  à  la  fin  regret  et  remords.  Jeune  homme  ^  le 
torrent  du  destin  nous  a  engloutis  les  premiers  dans  la 
mer  du  néant  pour  que  la  fortune  vous  balaie  ensuite  comme 
la  paijle.  »  L'homme  lui  demanda  :  «  Ce  que  tu  m'an- 
nonces là  est  bien  grave;  as-tu  quelque  preuve  à  l'appui  de 
ton  dire?  »  Le  singe  répondit  :  «  Oui.  Nous  avions  un  roi 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DÉ  TABARISTAN.     541 

plein  d'intelligence,  de  sagacité,  de  mérite  et  de  savoir, 
instruit  dans  les  secrets  du  monde  et  les  merveilles  da 
ciel.  Par  son  esprit  solide  et  son  intelligence  pénétrante , 
il  avait  échappé  à  mille  embûches  et  jamais  il  n  avait 
mis  le  pied  dans  les  filets  de  la  Fortune.  Il  avait  l'esprit 
clair  et  VintelUgence  qui  prévoit.  Un  jour  il  monta  par 
curiosité  sur  un  arbre  situé  au  bord  de  la  ville,  i»  {Et  le 
singe  conta)  l'histoire  de  la  fille  et  du  mouton,  et  ce  qui 
se  passa  entre  eux  et  le  roi,  les  explications  du  roi,  et 
comment,  devant  leur  refus  d'écouter  ses  conseils  et  leur 
ingratitude  pour  ses  avis,  il  renonça  au  trône  et  s'éloigna 
d'eux. 

L'homme  écouta  cette  histoire  d'aune  oreille  étonnée. 
De  retour  en  ville,  il  la  raconta  à  son  tour,  et  la  rumeur 
la  porta  aux  oreilles  et  aux  lèvres  de  grands  et  petits.  On 
la  conta  enfin  au  roi  qui  ordonna  de  rechercher  le  pre- 
•  mier  narrateur.  C'était  un  des  notables  de  la  cité  et  il 
avait  nombre  de  frères  et  de  parents.  Il  se  rendit  à  la 
cour,  et  quand  on  le  présenta  au  Roi,  il  advint  par  ha- 
sard que  celui-ci  fit  monter  la  fumée  de  sa  colère  de  la 
voûte  de  son  cerveau  jusqu'à  l'étoile  de  la  Chèvre,  (17 
a)  et  à  l'instant  il  ordonna  de  lui  infliger  un  supplice 
atroce^.  A  cette  nouvelle,  les  parents  de  ce  malheureux, 
accompagnés  du  peuple  entier,  se  rassemblèrent  devant 
le  palais  :  une  émeute  éclata  qu'il  fut  impossible  de  ré- 
primer, et  le  tout  finit  par  le  meurtre  du  roi,  la  dispersion 
des  habitants  et  la  destruction  de  la  ville. 

Lorsque  Rastin,  le  secrétaire,  dans  son  discours  à 

^  Cette  un  si  faiblement  motivée  est  saus  doute  abrégée* 


ë.-«4bt .  *&féniU/'  fat  b  ] 
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■  r»^Ti^B«aiait~aak»>aka^^ii 


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LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.  543 

sèrent  la  loyauté  de  ses  sujets  et  installèrent  la  haine 
clans  les  esprits.  Toute  confiance  en  ses  paroles  et  en  ses 
actes  disparut.  Il  abandonna  les  lois  des  ancêtres  et  sou- 
tint les  innovaiiQns  de  ce  secrétaire  téméraire.  Quand 
Alexandre  parut  sur  les  frontières  occidentales  de  lewr 
pire,  on  assit  le  roi  sur  le  coursier  de  l'irréfiexion ,  on  lui 
mit  en  main  les  rênes  de  la  présomption*  Quand  les  deux 
armées  se  rencontrèrent  ^  une  partie  de  ses  soldats  fit  dé- 
fection ,  le  reste  s'entendit  avec  l ennemi  et  le  mit  à  mort. 
Ils  s  en  repentirent  par  la  suite,  (i  7  t)  niais  les  regrets 
ne  servirent  de  rien  pour  réparer  le  mal. 

«  L objet  dont  on  s  est  privé  change  tout  à  coup  de  va- 
leur. » 

X  6.  Il  n'est  pas  vrai  que  le  âhâhanshâh,  dans  un 
ticccs  de  colère,  ait  établi  cette  loi  d après  laquelle 
il  n'y  aura  pas  après  lui  d'héritier  présomptifs  II  n  a 
fait  que  proclamer  l'opportunité  delà  chose  et  même 
il  a  ajouté  :  «  Nous  ne  prétendons  pas  que  notre  opi- 
nion soit  tenue  pour  définitive.  Nous  ne  possédons 
pas  la  science  universelle.  Le  monde  supraterrestre 
est  au  Seigneur  (exaltée  soit  sa  gloire  I).  Nous  vivons 
dans  le  monde  de  la  génération  et  de  la  corruption'^ 
et  les  êtres  de  ce  monde  ne  sont  pas  en  état  de  con- 
naître les  causes  et  les  aspects  contraires  de»  choses. 
Il  se  peut  que  dans  un  autre  temps  une  façon  de  voir 
différente  de  la  nôtre  paraîtra  la  bonne.  » 

^  Voir  plus  haut,  chap.  X  a  (page  533). 
^  •>Lj>3  (j^yjlx,  yiptotç  et  ^Bépatê  :  eo  pehlvi  yahûaishn,  vi- 
nàsishn  (Zend'Avesta,  Uî,  p«  xxuu). 


544  MAI-JUIN  1804. 

Tu  reproches  au  Shâhanshfth  d'avoir  subordonné 
le  choix  d  un  héritier  présomptif  à  la  consultation 
préalable  des  confidents,  des  conseUlers  et  des 
hommes  purs.  Sache  que  sur  ce  point  nous  avons 
voulu  que  le  Shâhanshâh  se  tienne  à  fécart  et  n*ait 
avec  qui  que  ce  soit  de  conférence  sur  ce  sujet.  Il 
écrira  seulement  de  sa  propre  main  trois  messages, 
qu'il  confiera  chacun  à  une  personne  sûre  et  jouis- 
sant de  toute  sa  confiance^;  le  premier  au  Mobed  des 
Mobeds ,  le  second  au  Grand  Chancelier^,  le  troisième 
au  Généralissime.  Quand  le  monde  perdra  le  Shâh- 
anshâh, le  Mobed  des  Mobeds  sera  convoqué  ainsi 
que  les  deux  autres  personnages.  Ils  se  réuniront 
pour  délibérer  et  décachèteront  les  messages  et  se 
consulteront  sur  le  choix  à  faire  parmi  les  enfants  du 
roi.  Si  lavis  du  Mobed  est  conforme  à  celui  des 
deux  autres,  on  en  informera  le  peuple.  S'il  y  a 
désaccord ,  on  n  en  dira  rien  au  dehors  :  mais  le  Mo- 
bed tiendra  un  conseil  secret  avec  les  Herbeds,  les 
docteurs  et  les  dévots.  Ils  entreront  en  prière  et  mar- 
motteront le  «  Vâdj  ».  Les  gens  de  bien  se  tiendront 
derrière,  disant  amerif  se  prosternant  et  levant  les 
mains  avec  humilité.  Cela  prendra  fin  à  la  prière  du 

*  Ce  message  ne  contient  sans  doute  que  des  considérations  gé- 
nérales, observations  sur  le  caractère  et  les  aptitudes  respectives 
des  divers  candidats,  sur  les  besoins  de  l'État,  et  non  pas  une  re- 
commandation précise,  car  en  ce  cas  il  n'y  aurait  {dus  lien  à  nne 
délibération  et  à  un  clioix  des  trois  grands  officiers. 

*  {^^rù^  v^f  ^c  chef  des  secrétaires;  dans  le  KàmAmak,  dapi- 
rân-'Uiahisht  ;  le  titre  officid  était  sans  doute  Erân-daptrpat ,  car  l'é- 
quivdcnt  arménien  est  Dprapets  Ariats  (Nœldeke,  Tabari,  444)* 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    545 

soir  et  i  on  acceptera  avec  foi  ce  que  Dieu  (sa  Royauté 
soit  exaltée  !  )  aura  inspiré  au  cœur  du  Grand  Mobed  ^ 
Cette  nuit-là,  on  apportera  dans  ia  grande  salle  du 
palais  la  couronne  et  le  trône.  Les  grands  officiers 
prendront  leur  place.  Alors  le  Grand  Mobed,  accom- 
pagné des  Herbeds ,  des  Grands  et  des  Ministres ,  se 
rendra  à  rassemblée  des  princes  royaux  ;  ils  se  ran- 
geront tous  devant  les  princes  et  diront  :  «  Nous  avons 
consulté  devant  le  Très-Haut;  il  a  daigné  nous  con- 
duire et  nous  inspirer  et  nous  a  instruits  de  ce  qui  est 
bien.  p{iS  a)  Alors  le  Mobed  s*écriera  à  haute  voix  : 
«  Les  Anges^  ont  agréé  pour  roi  un  tel  fils  dun  tel. 
Adoptez-le  aussi ,  créatures ,  et  bonne  nouvelle  pour 
vous  !  »  On  soulève  alors  le  prince  royal  et  on  lasseoit 
sur  le  trône ,  on  lui  met  la  couronne  sur  la  tête  ;  puis , 
lui  ayant  saisi  la  main ,  on  lui  dit  :  «  Acceptes-tu  de 
Dieu  (glorifié  soit  son  nom  !  )  la  religion  de  Zoroastre , 
qu'a  affermie  Gushtâsp ,  fils  de  Lohrâsp  '  ?  »  Le  prince 
répond  affirmativement  et  dit  :  «  S'il  plaît  à  Dieu,  je 
ferai  le  bien  de  mes  sujets.  »  Les  gens  du  palais  et  la 
garde  restent  avec  lui  et  la  foule  retourne  à  ses  occu- 
pations et  à  ses  affaires  *. 

'  L'élection  est  donc,  en  somme,  aux  mains  du  clergé. 

'  Les  Izeds  ou  les  Amshaspands. 

'  Cf.  Patetirâni,  fin  {Zend-Avesta,Ul^  *7*7)' 

*  Ce  caractère  semi-électif  de  la  royauté ,  dont  ne  parient  pas  les 
historiens  persans ,  laisse  pourtant  sa  trace  dans  ces  scènes  d'accla- 
mation des  grands  qui  prennent  place  à  chaque  avènement  dans 
Firdausi  et  Tahari.  Jusqu'à  quel  point  ce  droit  d'élection  resta 
théorique  ou  fut  une  résdité,  il  est  difficile  dé  le  dire  dans  le 
silence  des  textes  historiques.  Le  fait  que  le  roi  a  souvent  pour 

III.  3G 


546  MÂI-JOIN  1894. 

XII.  Tu  m  mterroges  sur  les  guerres  et  les  fêtes 
du  Shâhanshâh,  sur  sa  vie  civile  et  militaire.  Je  te 
rappellerai  que  la  terre  se  divise  en  quatre  parties. 
La  première  est  la  région  des  Turcs  ^,  du  couchant 
de  ilnde  au  levant  de  Roum.  La  deujdème  s'étend 
entre  Rôum  et  le  pays  copte,  le  pays  berber^  et  le 
pays  hébreu.  La  troisième  est  le  pay9  des  Noirs,  de 
Berber  à  Tlnde.  La  quatrième  est  la  région  qui  a 
pour  nom  la  Perse  et  pour  surnom  le  «pays  des 
Modestes  »  [des  dévots^].  Cette  région  s'étend  de  la 
rivière  de  Balkh  à  la  frontière  de  TAzarbaîdjân,  de 
TArménie  et  du  Fars,  de  TEuphrate  et  de  ia  terre 
d'Arabie  jusqu'à  TOmân  et  le  Makrftn,  et  de  là  jus- 
qu'à Kâbul  et  jusqu'au  Tokhàristân.  Cette  quatrième 
région  est  la  partie  privilégiée  de  la  terre ,  et  com- 
parée aux  autres  pays,  elle  est  la  tête,  le  nombril,  la 
bosse  de  chameau  et  le  ventre.  Je  vais  t'expliquer 
ces  termes.  On  l'appeUe  tète,  parce  que  depuis  les 
temps  d'Iraj ,  fds  de  Farîdùn ,  la  prééminence  (iSMwt^j 

de  jmI)  tête)  et  la  souveraineté  ont  appartenu  à  nos 
rois.  Ils  ont  gouverné  sur  tous  les  peuples  :  les  con- 
testations qui  s'élevaient  entre  les  nations  étaient 

successeur  son  frère  ou  son  onde,  au  lieu  de  son  filf ,  prouve  que 
la  succession  directe  dans  l'ordre  de  progéniture  n'était  pas  un 
principe  reconnu. 

^  Si  cette  partie  de  la  lettre  appartient  à  i'origiiial,  il  faut  lire 
fl  la  région  des  Touraniens  •  (Tûrân)  au  lieu  de  a  la  région  des  Tores  •. 
Au  cas  contraire,  elle  est  postérieure  à  Khosroès  Anûshirvân,  du* 
qud  date  l'entrée  de  l'empire  turc  dans  l'horizon  iranien. 

*  Voir  plus  haut,  p.  5o2 ,  note  4* 

'  Les  Aryens.  Voir  plus  haut,  p.  53.4  «  note  i. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    547 

réglées  d  après  les  vues  et  Tordre  de  nos  rois.  Elles 
leur  envoyaient  leurs  filles ,  des  tributs  ou  des  ca- 
deaux. —  EUe  est  le  nomhril,  parce  quelle  est  au 
centre  de  toutes  les  terres  du  globe  et  ses  habitants 
sont  les  plu$  illustres ,  les  plus  honorés ,  les  plus  pieux , 
les  plus  braves.  La  science  équestre  du  Turc ,  Tingé- 
niosité  de  Tlndien ,  la  dextérité  et  lart  du  Grec,  Dieu 
(béni  soit'ily  glorifié  et  exsdtél)  nous  a  donné  tous 
ces  talents  et  en  plus  grande  mesure  qu*à  chacun  de 
ces  peuples  pris  à  part.  Quant. aux  bonnes  mœurs 
religieuses  et  au  service  du- Roi,  ce  sont  des  faveurs 
quil  nous  a  octroyées  et  qu'il  leur  a  refusées  ^  Le 
teint  de  nos  visages,  la  couleur  de  nos  cheveux 
tiennent  le  juste  milieu  :  ni  le  noir,  ni  le  blond  ou  le 
roux  ny  prédomine.  (18  b)  Le  poil  de  notre  barbe 
ou  de  nos  cheveux  nest  ni  démesurément  crépu 
comme  chez  les  Zangs,  ni  flottant  comme  chez  les 
Turcs.  —  Elle  est  la  bosse  de  chameau^,  parce  que 
notre  pays ,  comparé  aux  autres ,  possède  plus  d  avan- 
tages et  de  bonnes  productions.  —  Enfin  elle  est  le 
ventre,  parce  que  tout  ce  que  les  trois  autres  parties 
de  la  terre  produisent  en  fait  d  aliments ,  de  drogues , 
de  liqueurs  et  de  parfums,  vient  dans  notre  pays  où 
nous  en  jouissons,  comme  la  nourriture  et  le  vin 
vont  au  ventre. 

Toutes  les  sciences  de  la  terre  sont  notre  lot.  Nos 


^  Nous  avons  tous  leurs  talents  et  en  plus  la  connaissance  de  la 
vraie  rdigion  et  du  gouvernement  le  meilleur. 

*  La  viande  de  la  bosse  des  animaux  à  bosse  est  la  plus  savou- 
rçuse. 

36. 


548  MâI-JUIN   1894. 

rois  ne  se  sont  jamais  fait  connaître  par  le  massacre , 
le  pillage ,  la  mauvaise  foi ,  la  bassesse  ou  Tirréligion. 
Si  un  différend  s*élevait  entre  deux  rois,  ou  si  Tun 
devait  à  l'autre  (P)  et  que  les  gens  de  désordre  fissent 
de  la  querelle  matière  à  pillage ,  ils  rebâtissaient  les 
cités  et  ne  molestaient  point  les  sujets  dans  un  but 
de  pillage  ou  de  conquête,  pour  satis&ire  leur  cupi- 
dité ou  leur  caprice.  Si  une  contestation  s'élevait 
entre  eux,  ils  la  tranchaient  d après  la  loi  religieuse 
et  la  procédure  de  la  preuve.  On  n  a  jamais  vu  mille 
hommes  d'entre  nous  partir  en  guerre  contre  vingt 
mille  ennemis  sans  revenir  victorieux,  et  cela  parce 
qu  ils  n'étaient  jamais  les  agresseurs.  Tu  as  sans  doute 
entendu  parler  du  meurtre  de  Syâvash  et  de  la  per- 
fidie d'Afrâsiâb  le  Turc  à  son  égards  Les  nôtres  le 
rencontrèrent  à  deux  cents  reprises  et  dans  toutes  ces 
rencontres  Hs  remportèrent  la  victoire.  Ds  finirent 
par  le  tuer  avec  tous  ceux  qui  avaient  pris  part  au 
meurtre  de  Syâvash  et  par  conquérir  entièrement  le 
pays  des  Turcs. 

Aujourd'hui^  le  Shâhanshâh  étend  Tombre  de  sa 
majesté  sur  tous  ceux  qui  agissent  bien,  lui  obéis- 
sent et  envoient  le  tribut,  et  il  protège  leurs  États. 
Sa  majesté  versera  sur  eux  ses  faveurs.  Hus  tard  il 
se  réserve  d'entreprendre  la  guerre  sainte  contre 
Roum.  Il  ne  prendra  pas  de  repos  qu'il  n'ait  vengé 
Dârâ   sur  les  Alexandrides^,  enrichi  son   trésor  et 

^  Yasht,  IX,  18;  XJX,  77  ;  Etudes  iraniennes.  H,  337, 

^  Au  moment  où  Tansar  écrit. 

^  (:;^)OoX«v!.  Les  Romains,   maîtres  de  la  Grèce,  et  par  suite 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     549 

celui  de  l'État  et  restauré  les  villes  qu'Alexandre  a 
méchamment  détruites  dans  le  Fars.  Il  faut  qu'il  les 
soumette  au  tribut  qu'ils  ont  toujours  payé  à  nos 
rois  pour  le  pays  copte  et  la  Syrie,  que  nos  rois 
avaient  autrefois  conquis  en  la  terre  des  Hébreux 
lors  de  l'invasion  de  Bokht  Nasr  dans  ces  contrées  ^ 
Gomme  le  climat  trop  mauvais  (19  a)^ne  nous  allait 
pas,  que  les  maladies  y  étaient  chroniques  et  que  nos 
gens  n'en  pouvaient  supporter  le  séjour,  ils  avaient 
confié  ce  pays  au  roi  de  Roum,  en  se  contentant  du 
tribut.  Cet  état  de  choses  dura  jusqu'aux  temps  de 
Kesra  Ânûshirvân  ^. 

XIV.  Tu  expliques  que  tu  as  un  lien  de  parenté 
avec  le  Shâhanshâh  du  côté  d'Ardashîr,  fils  d'Isfan- 

héritiers  d'Alexandre.  Il  n'y  a  sahs  doute  qu'une  rencontre  curieuse , 
mais  fortuite,  dans  le  fait  que  l'empereur  romain  auqud  Ardashîr 
déclara  la  guerre  portait  le  nom  d'Alexandre  et  avait  pris  Alexandre 
le  Grand  pour  mod^e,  modèle  qu'il  comptait  d'ailleurs  surpasser 
[Elahorabat  deniquent  dignns  illo  nomine  videretnr,  imo  ut  Macedo- 
nem  Ulvan  vinceret;  Lampride,  Alexandre  Sévère,  XLIX). 

'  Les  prétentions  d'Ardashîr  sont  exprimées  dans  Hérodien  dan^ 
des  termes  concordant  avec  ceux  de  Tansar  :  «  Il  prétendait  avoir 
des  droits  incontestables  sur  toutes  les  provinces  d'Asie  qui  sont 
séparées  de  TEuphrate  par  la  mer  Egée  et  par  la  Propontide;  que 
tout  ce  pays  jusqu'à  l'Ionie  et  la  Carie  avait  toujours  été  gouverné 
par  des  satrapes  de  la  nation,  depuis  Cyrus,  qui  transporta  l'em- 
pire des  Mèdes  aux  Perses,  jusqu'à  Darius  qui  fut  vaincu  par 
Alexandre,  et  qu'ainsi  il  ne  ferait  point  d'injustice  aux  Romains 
en  entrant  dans  l'ancien  héritage  de  ses  ancêtres.  »  (Tr.  Mongault.) 

*  Cette  dernière  phrase  est  d'Ibn  el  MoqafFa*  ou  peut-être  mieux 
de  Bahrâm.  Il  faut  probablement  lire  Kesra  Parvîz  (690-627),  au 
lieu  d:i  Kesra  Anûshirvân  (53i-578),  car  c'est  Parvîz  qui  enleva 
momentanément  rEg)'pte  et  la  Syrie  aux  Romains. 


550  HAI-JDIN  1894. 

dyAr,  dit  Bahman  ^  Je  te  répondrai  qtt*&  mes  yeux, 
le  second  Ârdastiîr  est  bien  supérieur  au  premier. 
Si  vous  cherchez  parmi  vos  parents,  soit  dans  la 
ligne  maternelle ,  soit  dans  la  ligne  paternelle ,  quel- 
qu'un qui  vous  soit  supérieur  en  une  ou  deux  qua- 
lités, vous  pouvez  sans  doute  le  trouver  et  vous  le 
trouverez;  mais  parce  qu'un  homme  l'emporte  sur 
vous  d  une  ou  deux  qualités ,  U  ne  s'ensuit  pas  qu*il 
soit  votre  égal.  Autrement,  il  faudrait  mettre  Tâne 
au-dessus  du  cheval ,  car  le  sabot  de  Tftne  est  plus 
solide  que  celui  du  cheval ,  et  l'ftne  résiste  davantage 
c^  la  fatigue.  La  vérité  est  que  pour  ce  qui  est  des  ac- 
tions, des  qualités  et  des  mérites,  c'est  sur  l'opinion 
de  la  masse  ^  qu'il  faut  s'appuyer  et  non  sur  le  rare  et 
l'exceptionnel  qui  prête  au  ridicule. 

Quant  à  toi,  il  faut  faire  ton  devoir  dlionnéte 
homme,  écouter  mes  conseils,  et  sans  tarder  adler 
rendre  hommage  au  Shâhanshâh.  Je  ne  voulais  point 
répondre  à  ta  lettre,  de  peur  que  ma  réponse  ne  te 
déplût;  mais,  en  y  repensant,  je  me  suis  dit  qu'il 
vsdait  mieux  que  * .  . . 

XV.  Tu  contes  que  les  actes  et  les  décisions  du 
Shâhanshâh  t'étonnent.  Us  n'ont  rien  qui  doivent 
t'étonner.  Ce  qui  est  étonnant,  c'est  la  façon  dont 
il  a,  à  lui  seul,  conquis  le  monde.  Ajoutez  que  la 

^  Ardashîr  dirâz-dast  cité  plus  haut.  Jasnasf  prétend  être  l'égal 
d'Ârdashîr,  comme  descendant  de  la  même  souche. 

*  Peut-être  mieux  :  •  c'est  sur  l'ensemble  qu'il  faut  juger. . .  » 
^  Je  ne  comprends  pas. 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.    9Sl 

terre  entière  était  une  vague  de  lions  déchaînés;  il 
y  avait  quatre*  siècles  quelle  était  pleine  de  bâtes 
féroces,  d animaux  sauvages,  de  démons  à  face  hu- 
maine, sans  religion,  sans  mœurs,  sans  instruction, 
sans  sagesse  et  sans  pudeur;  c^était  un  peuple  de 
qui  ne  venait  dans  le  monde  que  ruine  et  corrup» 
tion  ;  les  villes  étaient  devenues  des  déserts ,  les  édi- 
fices étaient  en  ruines  et  désolés.  En  Tespace  de  qua- 
torze ans^,  à  force  d'habileté,  de  force  et  de  génie, 
il  a  fait  couler  Teau  dans  le  désert,  fondé  des  villes*, 
créé  des  villages ,  comme  on  n'avait  pas  fait  en  l'espace 
de  quatre  mille  ans  avant  lui.  Il  a  amené  des  archi- 
tectes et  des  habitants;  (19  6)  il  a  construit  des 
routes,  il  a  édicté  des  lois  sur  le  manger  et  le  boire, 
le  vêtement,  le  voyage  et  le  séjour.  Et  il  n'est  chose 
où  il  ait  mis  la  main  sans  inspirer  aux  hommes  la 
confiance  en  sa  capacité  et  sans  la  mener  à  bonne 
fin.  Et  il  a  si  bien  travaillé  pour  l'avenir  de  mille 
années  après  lui,  que  son  œuvre  ne  sera  jamais 
interrompue.  Il  trouve  plus  de  joie  à  l'avenir,  il  prend 
plus  de  peine  pour  le  bien  des  générations  qui  vien- 
dront après  lui ,  qu'il  n'en  trouve  dans  le  temps  pré- 
sent et  à  redresser  les  affaires  de  ses  contemporains. 
A  cela  il  s'intéresse  plus  qu'à  sa  propre  santé«  £t  qui 

^  Plutôt  cinq  siècles.  De  ravènement  des  Arsaeides  à  cdui  d'Ar- 
dashîr  (260  AG-226  PC) ,  il  y  a  ^76  ans.  De  l'invasion  d'Alexandre 
à  l'avènement  d'Ardashîr  f336  AC-3a6  PC),  il  y  a  563  ans. 

^  Les  quatorze  années  remplies  par  ses  luttes  contre  les  Mulûk 
ut-tavâif  et  contre  Ardavân ,  d'environ  211  à  2  s  5. 

-^  Voir  la  liste  des  villes  fondées  par  Ardashîr  dans  Taharf  (trad. 
Nœldeke,  iQ-20). 


652  MAI-JUIN   1804. 

considérera  tout  ce  que ,  durant  ces  quatorze  années , 
il  a  déployé  de  mérite,  de  savoir,  de  raison  et  d'élo- 
quence, de  colère  et  de  satisfaction,  de  générosité  et 
de  modestie,  saura  reconnaître  que,  depuis  que  le 
puissant  artiste  du  monde  a  arrondi  la  sphère  azurée, 
la  terre  n  a  jamais  vu  un  roi  juste  à  Tégal  de  celui- 
ci.  La  porte  de  bien  et  de  bon  ordre  quil  a  ouverte 
au  peuple  restera  ouverte  pendant  mille  ans  ^.  Et 
n'était  que  nous  savons  qu'au  bout  de  mille  ans  l'aban- 
don de  son  testament  amènera  le  trouble  et  la  con- 
fusion dans  le  monde  ^  déliant  ce  qp'il  a  noué^  je 
dirais  qu'il  a  travaillé  pour  le  monde  pour  l'éternité. 
Bien  que  nous  soyons  des  créatures  vouées  à  la  des- 
truction et  au  néant,  pourtant  la  philosophie  veut 
que  nous  travaillions  en  vue  de  ce  qui  dure  et  que 
nous  nous  ingéniions  pour  Téternité.  Tu  dois  être 
parmi  ceux-là^,  et  tu  recevras  bientôt  le  bien  et  la 
félicité  réservés  à  ton  service;  à  Dieu  ne  plaise  que 

^  Dans  la  doctrine  parsie,  le  monde  dure  ia,ooo  ans  ou  i3  Aa- 
zârs  ;  Zoroastre  a  paru  à  la  fin  du  9*  hazâr.  La  fin  de  chacun  des 
3  hazârs  qui  restent  doit  être  marquée  par  une  ruine  de  la  rdigion 
et  un  débordement  du  mal,  auxquds  met  un  terme  l'apparition  de 
trois  prophètes  successifs,  fils  de  Zoroastre.  D'après  notre  texte, 
Ardashîr  aurait  inauguré  un  hazâr,  ce  qui  est  en  contradiction  avec 
la  chronologie  parsie  ,  car  Ardashîr  paraît  l'an  553  du  10*  miUé- 
nium.  Il  est  probable  que  dans  cette  phrase,  et  plus  haut,  le  millé- 
nium  est  pris  dans  un  sens  indéfini.  Le  dévdoppement  qui  suit, 
qui  d'aiUeurs  fait  allusion  au  testament  d' Ardashîr,  sera  étranger 
à  la  lettre  primitive  de  Tansar.  —  Le  texte  arabe  de  ce  passage 
se  retrouve,  probablement  d'après  Iba  el-Moqaffa',  dans  le  Kitâh 
al  Tanbik,  p.  98-99  de  l'édition  de  Goeje. 

^  Cf.  la  note  précédente. 

^  Ou,  avec  1p  manuscrit  T,  «parmi  les  gens  de  la  religion». 


LETTÇE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     552f 

le  mal  ne  tombe  sur  toi  et  ton  peuple ,  car  les  sages 
ont  dit  : 

Sois  convaincu  que  celui  qui  renonce  à  TefFort 
personnel  et  sappuie  sur  la  prédestination  se  dé- 
grade et  s  avilit;  et  celui  qui  s'agite  dans  la  libre  re- 
cherche et  nie  la  prédestination  n'est  qu'un  igno- 
rant infatué,  f^e  sage  doit  prendre  la  voie  moyenne 
entre  la  libre  recherche  et  le  destin,  sans  se  conten- 
ter de  Tune  ou  de  l'autre.  Car  le  destin  et  le  libre 
arbitre  sont  comme  les  deux  valises  du  voyageur  sur 
le  dos  d'un  quadrupède.  Si  l'une  est  plus  lourde  que 
l'autre,  les  bagages  tombent  à  terre,  le  dos  (20  a)  de 
la  bête  est  rompu ,  le  voyageur  se  trouve  dans  l'em- 
barras et  manque  le  but  de  son  voyage.  Si ,  au  con- 
traire ,  les  deux  valises  sont  d'un  poids  égal ,  le  voya- 
geur ne  se  désole  pas,  la  monture  est  tranquille  et 
arrive  à  bon  port. 

On  raconte  là-dessas  qu  autrefois  il  y  avait  un  roi 
nomnié  Jihang.  Il  appartenait  à  la  secte  des  fatalistes, 
se  montrait  partisan  fanatique  de  la  prédestination  et 
disait  : 

L'homme  n  efface  pas  ce  que  l'ordre  du  Destin  a  écrit  avec 
le  calam  qui  trace  sur  la  tablette  blanche  et  noire. 

Ses  contemporains  réprouvaient  ses  doctrines,  si  bien 
que  l'un  de  ses  frères,  se  levant  contre  lui,  lui  disputa 
la  couronne  et  V expulsa  du  pays  avec  ses  enfants.  Rs  se 
réfugièrent  auprès  du  Qîrdn-sJiâh  [?)et,se  mettant  à  son 
service,  remirent  en  ses  mains  leur  fortune  humiliée.  Le 
roi,  confiant  dans  le  destin,  ne  fit  aucun  effort  pour  re- 


554  MAI-JUIN  1894. 

conquérir  son  royaume  et  les  choses  en  vinrent  au  point 
qu'ils  se  trouvèrent  sans  force  pour  gagner  leur  vie.  Ses 
enfants  vinrent  le  trouver  et  lui  tinrent  ce  langage  :  t  C'est 
ta  croyance  au  fatalisme  qui  nous  a  ainsi  rainés;  la 
lâcheté  de  ta  nature  et  ton  manque  de  cœur  rappellent 
le  chameau  qu'un  enfant  de  dix  ans  charge  de  foin  et, 
tant  il  a  peu  de  cœur,  la  longe  aa  nez,  le  conduit  aa 
marché.  Si  ce  chameau  avait  seulement  autant  de  cœur 
qu'un  moineau,  le  premier  enfant  venu  ne  pourrait  lui 
infliger  une  telle  humiliation.  »  Jihang  répondit  à  ses  en- 
fants :  «  Vous  avez  raison;  c'est  là  ce  qui  m'a  ruiné  et 
a  renversé  ma  fortune.  »  Ils  se  mirent  d'accord,  se  rési- 
gnèrent à  reconquérir  le  royaume  perdu  et,  par  l'effort, 
arrivèrent  à  leur  objet. 

Le  Roi,  fils  de  Roi,  du  Tabaristân  doit  excuser 
mon  audace.  La  reconnaissance  que  je  porte  à  ton 
père  et  la  grandeur  de  ta  famille  ne  m*ont  pas  per- 
mis d'omettre  un  seul  conseil  et  de  te  parler  avec 
une  hypocrite  flatterie. 


Ici  s'arrête  la  traduction  du  morceau  d*Ibn  al- 
Moqaffa\  Mais  j  aï  lu  dans  les  livres  d'histoire  que 
quand  Jasnafshâh  de  Tabaristân  lut  la  lettre  de  Tan- 
sar,  il  s  en  alla  rendre  hommage  à  Ârdashir,  fils  de 
Bâbak ,  et  déposa  en  ses  mains  le  trône  et  la  couronne. 
Ardashir  le  reçut  avec  les  plus  grands  honneurs  et 
le  plus  grand  respect,  et  quand  il  se  décida  à  Tex- 
p  édition  contre  Rûm,  il  le  renvoya  et  lui  octroya  le 


LETTRE  DE  TANSAR  AU  ROI  DE  TABARISTAN.     555 

Tabaristân  et  les  autres  régions  du  Farshvâdgar;  et  le 
royaume  de  Tabaristân  resta  dans  sa  famille  jusqu'au 
temps  du  roi  Fîrôz.  Quand  Qobâd  monta  sur  le  trône  \ 
les  Turcs  firent  des  incursions  sur  le  Khorâsân  et  du 
côté  du  Tabaristân.  Qobâd  tint  conseil  avec  les  Mo- 
beds.  Après  délibération ,  ils  tombèrent  d'accord  que 
le  Roi  devait  envoyer  ià-bas  son  fils  aîné,  nommé 
Kâûs2. 

^  An  488  de  notre  ère. 

^  Source  de  la  dynastie  des  Sipâhbad  de  Tabaristân.  Sur  l'histoire 
de  cette  dynastie ,  voir  Oishausen  et  Dorn. 


556  MAI-JUIN   1804. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES 


SEANCE  DU  VENDREDI  11  MAI  1894. 

La  séance  est  ouverte  à  A  heures  et  demie,  sons  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Lecture  est  donnée  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance  ; 
la  rédaction  en  est  adoptée. 

M.  le  Président  entretient  la  Société  de  la  publication  d*nn 
ouvrage  qui  doit  remplacer  celle  du  Kitâh  el-hukamâ. 

11  s'agirait  de  faire  la  traduction  française  du  Kitâb  eUtan- 
bîh,  dont  le  texte  arabe  vient  d'être  publié  par  M.  de  Goeje.  Le 
savant  hollandais  ayant  donné  son  adhésion  à  ce  projet, 
M.  Barbier  de  Meynard  propose  de  confier  cette  traduction 
à  notre  confrère  M.  Carra  de  Vaux.  L'ouvrage  serait  publié 
dans  le  format  des  neuf  volumes  des  Prairies  JCor  de  Maçoudi 
qui  ont  paru  de  i86i  à  1877,  aux  frais  de  la  Société  asia- 
tique ,  et  formerait  le  complément  à  cet  ouvrage.  Cette  propo- 
sition est  mise  aux  voix  et  votée  à  Tunanimité  des  membres. 
M.  Carra  de  Vaux,  présent  à  la  séance,  dédare  se  charger 
de  la  traduction  du  Kitâh  el-tanbîh. 

M.  le  Président  fait  part  ensuite  au  Conseil  d'une  demande 
adressée  par  M.  Chavannes  en  vue  d'obtenir  une  subvention 
pour  la  publication  de  la  traduction  française  de  rhistorien 
chinois  Sse-ma-tsien.  La  Société  asiatique  iJlouerait,  à  titre 
d'encouragement,  une  somme  de  i,aoo  francs  par  chaque 
volume  qui  paraîtrait,  à  la  seule  condition  que  l'ouvrage 
serait  imprimé  en  France  et  que  mention  serait  faite  de 
cet  encouragement  sur  la  couverture  des  volumes.  M.  Cha- 
vannes mettrait  à  la  disposition  de  la  Société  deux  exemplaires 
gratuits  et  la  faculté  d'acquérir  l'ouvrage  au  prix  de  librairie 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  557 

serait  accordée  aux  membres  de  la  Société  asiatique.  La  tra- 
duction de  Sse-ma-tsien  comprendra  environ  dix  volumes. 

Cette  proposition,  mise  aux  voix,  est  adoptée  dans  les 
termes  et  sous  les  conditions  ci-dessus.  M.  Chavannes,  pré- 
sent à  la  séance ,  exprime  ses  remerciements  à  la  Société. 

M.  Clermont- G  anneau  fait  une  communication  sur  un 
point  particulier  de  philologie  nabatéenne.  Il  s*agit  d'un  pas- 
sage de  Strabon,  touchant  la  forme  de  sépulture  chez  les 
Nabatéens,  et  d'après  lequel  les  rois  eux-mêmes  étaient  en- 
terrés dans  des  trous  à  fumier  :  "aapà  roùs  xoTrp&vaç  (XVI, 
4,  36).  M.  Ganneau  pense  que  cette  assertion  de  Strabon, 
empruntée  d' Athénodore ,  repose  sur  une  méprise.  Le  mot 
N1DD ,  kafm  ou  kapra,  qui  ne  nous  est  connu  que  par  le  na- 
batéen  et  qui  désigne  un  monument  funéraire,  aurait  été 
mal  compris  d' Athénodore ,  qui  aurait  confondu,  par  un 
jeu  de  mots,  le  hapra  avec  les  xoirpiat.  Si  cette  explication 
était  vraie ,  on  en  conclurait ,  en  outre ,  que  la  première  syl- 
labe en  nabatéen  était  vocalisée  en  0  :  kopra.  En  arabe ,  le 
mot  kcifr,  yjS,  est  resté  avec  le  sens  de  «  tombeau  »  chez  les 
anciens  lexicographes.  Les  méprises  dans  le  genre  de  celle 
d' Athénodore  sont  fréquentes  chez  les  anciens  auteurs.  M.  R. 
Duval  fait  observer,  à  propos  de  noms  des  tombeaux  chez  les 
Nabatéens ,  que  le  mot  nefesh ,  nc^ska  a  les  deux  sens  de  «  vie  » 
et  de  «  tombeau  ».  Dans  les  inscriptions  nabatéennes ,  palmy- 
réniennes  et  même  himyarites,  le  mot  nafsha  a  le  sens  spé- 
cial de  stèle,  stèle  pyramidale.  Dans  la  version  syriaque  du 
livre  des  Macchabées  (1,  xiii,  aS),  il  est  question  de  nafshot 
érigées  par  Simon  à  sa  famille.  Il  y  avait  autant  de  stèles  que 
de  corps  enterrés.  Le  nafsha,  comme  le  iad  (i>)  en  hébreu, 
c'est-à-dire  «  la  main  » ,  était  la  marque  du  souvenir  de  l'exis- 
tence du  mort ,  destinée  à  perpétuer  sa  mémoire.  Plus  tard , 
en  syriaque ,  le  mot  nefesh  a  pris  le  sens  de  «  tombeau  ».  Dans 
la  chronique  d'Edesse ,  on  voit  que ,  en  l'an  4oo  des  Grecs , 
le  roi  Abgare  éleva  une  nafsha  en  l'honneur  de  sa  famille. 
Dans  la  littérature  syriaque  postérieure,  outre  le  mot  nafsha, 
on  rencontre  le  mot  nausa  «  sanctuaire  » ,  le  vaôs  grec ,  que 


D58  MAI-JUIN  1894. 

Ton  trouve  du  reste  aussi  mais  plus  rarement  en  arabe,  où  il 
a  le  sens  spécial  de  mausolée. 

M.  Duval  insiste  sur  ce  fait  intéressant  que  le  n^esh  in- 
dique l'individualité  du  mort  et  qu'il  y  avait  autant  de  n^esk 
ou  stèles  qu  il  y  avait  de  morts. 

Au  sujet  du  nefesh,M.  Cl.-Ganneau  rappelle  qa*il  a  déjà 
eu  occasion  de  faire  les  mêmes  remarques,  qu'il  avait  consi- 
gnées dans  une  note  remise  à  la  Commission  du  Corpus,  lors 
de  la  publication  du  a*  fascicule  de  la  partie  aramëenne. 

M.  Halévy  fait  remarquer  qu'il  y  a  dans  le  Talmud  des 
passages  qui  indiquent  que  Ton  ne  confondait  jamais  le  ne- 
fesh  avec  le  tombeau  ;  dans  le  paganisme  sémitique ,  le  nrfesh 
semble  avoir  représenté  au  sens  des  croyances  populaires  le 
corps,  le  buste  du  défunt  et  on  lui  faisait  des  oifirandes, 
coutume  dont  il  reste  encore  des  traces  chez  les  Israélites 
d'Orient.  M.  Halévy  ajoute  qu'en  assyrien  napishtou  désigne, 
dans  les  textes  religieux  et  magiques ,  le  buste  du  corps  hu- 
main ;  on  le  plaçait  sur  le  tombeau  afin  que  l'âme  du  défunt 
y  trouvât  un  lieu  de  repos  lorsqu'elle  venait  visiter  les  sépul- 
tures. Cette  pratique  a  été  interdite  dans  la  Bible  conmie  étant 
entachée  d'idolâtrie. 

En  ce  cpii  concerne  le  K(^ra  nabatéen,  M.  Halévy  pense 
({uc  les  mots  de  Strabon  «  à  côté  du  fumier  »  («apà  toO;  xo- 
irpùàvas)  au  lieu  de  udans  le  fumier»  ne  semblent  pas  &vo- 
rables  à  l'hypothèse  de  M.  Clermont-Ganneau. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOGHfT^. 

(Séance  du  ii  mai  1894.) 

Par  l'India  Office  :  Annual  Administration  Beport  cf  the 
Forest  Department,  1893-1893.  Madras  ;in-8^ 

—  Annual  Progress  Report  of  the  Archaeological  Sarvey 
Circle.  Nortli- western  Provinces  and  Oudh.  Jmie  iSqS. 
L\oorkee  ;  long  in-8'. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  559 

Par  le  Ministère  de  rinstruction  publique  :  Enquêtes  et 
documents  relatifs  à  l'enseignement  supérieur,  XLIX.  Médecine 
et  pharmacie,  par  M.  A.  de  Beauchamps.  i842-i8d8;  in-4°< 

Par  le  Gouvernement  néerlandais  :  Bijdragen,  b*  Volgr. 
X ,  2 .  Sgravenhage ,  1 894  ;  in-8*. 

Par  la  Société  :  Société  de  Géographie,  Comptes  rendus, 
n°  6.  Paris,  189^;  in-8°. 

—  The  Journal  of  the  Asiatic  Society.  April  1 89^.  London  ; 
in-8°. 

—  Zeilschrift  der  deutschen  margenlàndischen  Gesellschuft, 
t.  XLVlll,  1,  Heft.  Leipzig,  i894;in-8*. 

Par  les  éditeurs  :  Revue  critique,  n"*  16-19.  Paris,  1894 ; 
in-8°. 

—  Le  Muséon,  avril  1894.  Louvain;  in-8°. 

—  Tke  American  Journal  of  Archaeology.  January-March 
1894;  in-8°. 

—  Journal  and  Text  of  the  Buddhist  Text  Society  oflndia, 
1,1V.  Calcutta,  1894;  in 8°. 

—  Revue  de  l'histoire  des  religions.  Janvier-février  1894; 

—  The  American  Journal  of  Philology.  Vol.  XV,  i,  n*  57. 
Baltimore,  1894;  in-8'. 

—  Polybihlion,  parties  technique  et  littéraire.  Avril  1894; 
in-8^ 

—  Mittheilungen,  in  Tokio,  53  Heft,  1894;  in-S". 

—  Journal  des  savants,  janvier  et  février  1894.  Paris, 
l894;in-4^ 

—  Jornal  das  sciencias,  da  Academia  dos  sciencias  de  Lis- 
boa.  Feverero,  1894;  in-4*. 

—  Bolletino,  n"  199  et  200.  Firenze,  1894;  in-8'. 

Par  les  auteurs  :  Dr  P.  Horn,  Das  Heer  ond  Kriegswesm 
der  Grossmoghuls.  Leide,  i8g4;  in-8°. 


560  MAI-JUIN  1804. 

Par  les  auteurs  :  Goidziher,  Renan  mint  orientalista ,  Em- 
lékbeszéd,  Budapest ,  1 894  ;  in-8*. 

—  CM.  Pieyte ,  Nederlandsch  Koloniaal  Centndblad,  n*  1 . 
Leide,  189^;  in- 8°. 

—  J.  Casanova,  Sceaux  arabes  en  plomb  ( extrait ).  Paris, 
189^;  in-8*. 

—  Ethnographia,  szerkesztî  Dr.  Monkécsi  Bernât.  Buda- 
pest, 189^;  in-8*. 

PHILIPPE-EDOUARD  FOUCAUX. 

La  Société  asiatique  a  perdu  le  19  mai  1894*  en  M.  Foa- 
caux ,  professeur  de  sanscrit  au  Collège  de  France ,  on  de  ses 
membres  les  plus  anciens ,  et  Torientidisme  français  un  vail- 
lant travailleur  qui  s'est  efforcé  de  lui  ouvrir  une  voie  nouvelle. 

Philippe-Edouard  Foucaux  était  né  à  Angers  le  i5  sep- 
tembre 1 8 1 1 .  En  1 838 ,  il  vint  à  Paris  pour  étudier  les  langues 
et  les  littératures  de  TOrient ,  et  suivit  le  cours  que  taisait  avec 
tant  d*éclat ,  au  Collège  de  France ,  Eugène  Bumouf.  Il  fut 
bientôt  un  des  disciples  assidus  et  un  des  amis  de  Tillustre 
professeur.  En  1 84o ,  il  fut  reçu  membre  de  la  Société  asia- 
tique, dans  la  séance  annuelle  du  18  juin. 

Ce  fut  en  grande  partie  sur  les  conseils  de  son  maître 
Eug.  Bumouf  qu'il  entreprit  Tétude  du  tibétain,  dont  la 
connaissance,  indépendamment  de  Tintérét  qu'dQe  pouvait 
présenter  au  point  de  vue  purement  linguistique  et  phil(do- 
gique ,  était  d'une  si  grande  utilité  pour  celle  du  Bouddhisme 
septentrional.  11  s'y  livra  avec  ardeur  et  persévérance ,  n*ayant 
d'autres  secours  que  les  travaux  grammaticaux  et  leûoogra- 
phiques,  les  analyses  et  les  traductions  d'Alex.  Csoma  et 
I.  J.  Schmidt.  Dès  18^1,  il  s'annonçait  comme  tibétanisterpar 
la  publication  d'un  spécimen  du  Rgya-tch'er-roUpa.^n  i843 , 
il  ouvrait  le  cours  de  tibétain  créé  pour  lui  «  près  la  Bîblio- 
llièque  royale  »  (cours  qui,  par  le  fait,  rentrait  dans  le  cadre 
de  ceux  de  l'Ecole  des  langues  orientales  et  se  faisait  dans 
la  même  salle,  mais  n'y  fut  jamais  compris  offiddlement. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  561 

même  à  litre  de  cours  amiexe ,  et  fut  toujours  annoncé  par 
une  affiche  spéciale).  En  même  temps  qu'il  ouvrait  son  cours, 
M.  Foucaux  publiait,  sous  le  titre  de  Sage  et  Fou,,  un  texte 
tibétain  à  Tusage  de  ses  auditeurs.  Mais,  quelques  années 
plus  tard ,  en  i^^y,  il  affirmait  plus  hautement  sa  connaissance 
du  tibétain  par  la  publication  intégrale  du  texte  dont  il  avait 
donné,  en  i84i  ,  un  spécimen,  le  Ryya-tch'er-rol'pa  ou  «Dé- 
veloppement des  jeux  ^  ».  Ce  n'était  qu'une  «  première  partie  »., 
suivie  de  près  (dès  i848)  par  la  «  seconde  partie  »,  savoir:  la 
traduction  française  de  ce  même  ouvrage ,  sous  le  titre  de 
9i Histoire  du  Bouddha  Sakya-Mouni,  traduite  du  tibétain». 
On  peut  bien  dire ,  sans  exagération ,  que  l'apparition  de  cette 
vie  du  Bouddha  en  français  fut  un  événement.  Des  publications 
postérieures  ont  complété  de  bien  des  manières  la  Vie  du 
Bouddha;  elles  n'ont  pas  affaibli  l'intérêt  et  la  valeur  du  travail 
de  M.  Foucaux. 

Ce  savant  continua  son  cours ,  l'alimentant  par  diverses  pu-, 
blications,  principalement  par  sa.  Grammaire  tibétaine  *,  qui 
parut  en  1 858.  Cette  même  année ,  il  fut  appelé  à  faire ,  comme 
remplaçant,  le  cours  de  sanscrit  au  Collège  de  France.  La 
chaire,  devenue  vacante  en  i852  parla  mort  d'Eugène  Bur- 
nouf ,  avait  été  occupée  par  un  de  ses  élèves  M.  Théod.  Pavie , 
compatriote,  condisciple  et  ami  de  M.  Foucaux  à  qui  il  laissa 
sa  place  en  se  retirant  volontairement.  M.  Foucaux  fit  le 
cours  dans  ces  conditions  jusqu'en  1862.  fl  y  avait  alors 
dix  ans  que  Bumouf  était  mort;  on  jugea  que  la  vacance  avait 
été  d'une  longueur  suffisante  et  on  se  décida  à  nommer  un 
titulaire.  M.  Foucaux ,  qui  était  professeur  de  fait ,  devint  alors 
professeur  en  titre ,  et  eut  ainsi  l'honneur  et  la  satisfaction  de 
succéder  à  son  illustre  maître.  U  conserva  encore  deux  ans^ 

*  S'5^*Ï^QJ'îJ'  Rgya  Ich'er-rol-paonu  Développementdes  jeux»,  conte- 
nant Thistoire  du  Bouddha  Sakya-Mouni  traduite  sur  la  version  tibétaine, 
par  Ph.-Ed.  Foucaux.  Première  partie,  texte  tibétain.  Paris,  Imprimerie 
royale,  1847;  II,  385  pages. 

*  Grammaire  de  la  langue  tibétaine ,  par  Ph.-£d.  Foucaux ,  Imprimerie 
impériale,  i858. 

ni.  37 

■  «raiMeaiB  iii;io>ALa. 


502  MAI. JUIN  1894. 

son  cours  de  tibétain  et  n*y  renonça  que  lorsqu'il  se  fut  as- 
suré de  la  continuation  de  renseignement;  il  le  transmit,  en 
effet,  en  i86d»  au  signataire  de  ces  lignes. 

Il  put  alors  se  consacrer  uniquement  à  son  cours  de  sans- 
crit et  le  fit  pendant  trente-deux  ans  avec  le  soin,  Texactitude 
et  la  conscience  qu'il  apportait  à  tous  ses  travaux  ;  c'est  en  ac- 
complissant sa  tâche  journalière  de  professeur  qu'il  contracta , 
dans  la  salle  même  des  cours  du  Collège  de  France,  le  mal 
qui  remporta  en  quelques  jours. 

Nous  ne  pouvons  énumérer  ici  tous  les  travaux  de  M.  Fou- 
eaux,  traductions  d'épisodes  du  MahabhAtata,  de  drames  de 
Kalidàsa ,  publications  et  traductions  de  textes  tibétains.  Nous 
désirons  seulement  bien  marquer  la  place  qu'il  occupe  dans 
lorientalisme  français. 

L'honneur  de  M.  Foucaux  est  d'avoir  représenté,  dirai-je? 
ou  créé  et  acclimaté  en  France  une  branche  d'études  qui 
n'était  cultivée  qu'en  Russie,  ou  I.  J.  Schmidt  et  A.  Schiefner 
s'y  adonnaient  avec  éclat.  On  ne  peut  pas  dire  que  Calcutta 
fût  alors  un  centre  d'études  tibétaines ,  car,  bien  que  Gsoma 
y  eût  trouvé  déférence ,  asile ,  protection ,  ajde  efficace  pour 
la  publication  de  ses  importants  travaux,  il  n'y  fit  pas  de  dis- 
ciples et  y  termina  sa  carrière  dans  un  véritatde  isolement. 
Mais  s'il  n'eut  pas  de  disciples  près  de  lui ,  il  en  eut  au  loin.  En 
donnant,  dans  son  Analyse  du  Kandjour,  un  développonent 
exceptionnel  à  la  notice  du  premier  ouvrage  du  volume  II  de  la 
section  Mdo  \  il  semblait  âke  à  ses  lecteurs,  à  ceux  du  moins 
qui  seraient  tentés  de  marcher  sur  ses  traces  :  VoUà  l'ouvrage 
qu'il  importe  surtout  d'étudier  et  de  faire  connidtre.  -^  Un 
homme  de  bonne  volonté  et  de  courage  s'est  trouvé  pour  ré- 
pondre à  cette  sorte  d'appel  du  fondateur  des  éludes  tibé- 
taines  :  il  était  à  Paris  ;  c'est  Edouard  Foucaux.  Il  nous  a 
donné  le  Laliiavistara  en  tibétain,  ce  qui  intéresse  la  science; 
il  nous  l'a  donné  en  français ,  ce  qui  intéresse  le  public  lettré, 

'  Cet  ouvrage  est  précisément  le  Lalitavistam,  Gioiiia  hd  coosacie  plot 
de  six  pages  in-&*,  Tanalysant  diapitre  par  chapitre.  U  nV  dût  oala  pour 
aucan  autre  traité  du  Kandjoar. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  563 

tous  ceux  qu'attire  le  Bonddhisme  et,  en  général,  Thistoire 
philosophique  et  religieuse  de  TOrient. 

La  place  faite  au  tibétain  dans  renseignement  et  dans  les 
recherches  d'érudition  et  la  publication  de  la  Vie  du  Baddha 
Sakya'Moani  sont  les  vrais  titres  qui  assurent  à  la  mémoire 
de  £d.  Foucaux  Testime  et  les  regrets  du  monde  savant. 

L.  Feek. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Leiicon  STRiACVM,  auctore  Carolo  Brockelmann;  praefatus  est 
Th.  Nœldeke.  Fasciculus  I,  Berlin,  189 4,  Reuther  et  Reichard, 
ia-8%  80  p. 

Le  besoin  d*un  dictionnaire  syriaque  d*un  maniement  aisé 
et  mis  à  la  portée  de  tous  se  faisait  vivement  sentir  depuis 
que  les  publications  syriaques  ont  pris  une  extension  si  con- 
sidérable dans  la  seconde  moitié  de  ce  siècle.  Les  étudiants , 
qui  ne  peuvent  toujours  recourir  au  grand  Thésaurus  syriacus 
de  M.  Payne  Smith  encore  inachevé ,  n'avaient  d'autres  res- 
sources que  le  lexique  syriaque  extrait  par  Michaelis,  en 
1 788 ,  du  Lexicon  heptaglotton  de  Castel ,  ouvrage  aussi  cher 
que  rare  malgré  son  insuffisance  notoire.  Il  n'est  donc  pas 
surprenant  que ,  de  différents  côtés ,  il  se  soit  rencontré  des 
syrologues  prêts  à  entreprendre  la  tâche  ardue  et  pénible 
qu'impose  la  confection  d'un  dictionnaire  mis  au  courant 
des  progrès  de  la  science,  tâche  facilitée  dans  une  certaine 
mesure  par  le  Thésaurus  de  M.  Payne  Smith  et  la  publication 
des  ouvrages  orientaux  de  lexicographie.  En  Angleterre, 
M****  Payne  Smith  a  commencé  à  imprimer  à  la  Clarendon 
press  un  dictionnaire  syriaque-anglais  destiné  aux  commen- 
çants et  basé  sur  le  Thésaurus  de  son  père.  Voici  plus  d*un 
an  quelle  m'a  adressé  la  première  feuille,  en  me  faisant 
rhonneur  de  me  demander  mon  avis  sur  ce  spécimen.  A 
Beirouth ,  les  Pères  jéstiites  impriment  également  un  nouveau 

37. 


504  MAI-JUIN  1894. 

diclioiinaire  syriaque-latin ,  dont  les  épreuves ,  qui  m'ont  été 
communiquées,  vont  actuellement  jusqu a  la  quatrième  lettre 
de  Talphabet  (dolath).  Enfin  M.  Brockdmann ,  en  Allemagne , 
vient  de  faire  paraître  le  premier  fascicule  du  Lexicon  syria- 
cuni  dont  le  compte  rendu  fait  Tobjet  du  présent  article. 

Ce  fascicule  renferme  les  quatre  premières  lettres  et  s'ar- 
rête au  commencement  du  hé.  L'introduction  que  M.  Nœl- 
deke  a  accepté  d'écrire  ne  sera  sans  doute  publiée  qu'après 
l'achèvement  de  l'impression  du  dictionnaire.  Ea  tête  on  lit 
un  prospectus  des  éditeurs,  MM.  Reuther  et  Reichard,  de 
Berlin ,  qui  donne  un  aperçu  du  plan  de  l'ouvrage.  L*auteur 
s'est  proposé,  disent-ils,  d'écrire  un  manuel  (Handwœrter- 
buch)  qui  facilitât  la  lecture  des  textes  syriaques  et  les  re- 
cherches du  linguiste.  Pour  atteindre  ce  but ,  le  manuel  doit 
ôtre  complet  et  concis.  L'ouvrage,  ajoutent-ils,  comprend 
tous  les  mots  qui  se  rencontrent  dans  la  littérature  publiée 
jusqu'à  ce  jour  et  dont  les  citations  proviennent  de  lectures 
personnelles.  Ont  été  exclus  :  i°  les  noms  de  personnes  et 
(le  lieux;  a°  le  domaine  limitrophe  de  la  lexicographie  et  de 
la  grammaire ,  l'auteur,  pour  les  questions  de  forme ,  renvoyant 
à  la  granmiaire  de  M.  Nœldeke  ;  3**  les  nombreux  mots  grecs 
fournis  par  les  lexiques  syriaques  de  Bar  Ali  et  de  Bar  Bab- 
loul ,  en  retenant  les  mots  syriaques  et  persans  transmis  par 
les  lexicographes;  4**  tous  les  éléments  étrangers  indiqués 
comme  tels  dans  la  littérature.  Les  mots  sont  rangés  suivant 
l'ordre  des  racines  ;  pour  les  mots  étrangers  eux-mêmes ,  il  n  a 
pas  été  tenu  compte ,  pour  le  classement ,  des  lettres  faisant  of- 
fice de  voyelles.  Les  rapprochements  avec  d'autres  langues  ne 
sont  faits  que  pour  les  termes  d'une  dérivation  douteuse ,  mais 
les  mots  persans  ont  été  rétablis  d'après  les  travaux  de  Paul 
de  Lagarde.  M.  Jenscn ,  de  son  côté ,  a  indiqué  les  mots  assy- 
riens reçus  par  les  Syriens.  Les  explications  sont  en  latin  ;  on 
y  a  joint  les  expressions  anglaises  quand  le  latin  n'était  pas 
sufFisanmient  clair. 

Tels  sont  les  principaux  points  que  fait  ressortir  le  pros- 
pectus pour  guider  le  lecteur  dans  ses  recherches.. Sur  la  plu- 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  565 

part  d'entre  eux ,  on  sera  d'accord  pour  louer  ia  méthode  de 
i' auteur  ;  sur  quelques-uns ,  nous  sommes  d'un  avis  différent. 

C'est  un  grand  mérite  d'avoir  pris  les  mots  syriaques  aux 
sources  mêmes,  au  lieu  d'avoir  dépouillé  les  livres  de  lexico- 
graphie composés  en  Orient  ou  en  Europe.  Sur  la  couverture 
du  fascicule,  un  index  des  abréviations  donne  une  liste 
presque  complète  de  la  littérature  syriaque  actuellement  pu- 
bliée, qui  comprend  plus  de  deux  cents  volumes*.  On  ne 
peut  exiger  que  M.  Brockelmann  ait  lu  et  dépouillé  cet  énorme 
matériel,  mais  ses  citations  dénotent  une  grande  lecture  et 
il  a  profité  avec  intelligence  des  index  joints  à  plusieurs  pu- 
blications. 

En  s'arrètant  sur  la  lisière  du  domaine  grammatical ,  pour 
nous  servir  de  l'expression  des  éditeurs,  M.  Brockelmann 
suppose  le  lecteur  déjà  préparé  par  une  première  étude  du 
syriaque.  Dans  quelques  cas,  la  concision  frise  l'énigme. 
Sous  W  pater,  on  lit  :  pL  ]oA>]  etiam  parentes.  L'auteur  pense 
probablement  que  le  lecteur  suppléera  dans  son  esprit  :  plu- 

fiel  à  forme  féminine  lltol  «  les  ancêtres  et  les  pères  spirituels  » . 

pluriel  à  forme  masculine  lâ»3)  «  les  aïeux  et  même  les  père  et 
mère*.  Sous  lUj  on  lit  :  IJS&  cum  suff,  ««oiofJBo,  faut-il  sous-en- 
tendre  que  olfJ^w.la  est  la  forme  ordinaire  [Jud,,  ix,  ^;  Jos, 
StyL  y  63 ,  8  ;  Jtt/.  d£r  Abtr. ,  96 ,  4  et  g ,  autres  exemples  dans 
Payne  Smith,  Thés.,  626)  et  c[ue  mmoik^  se  rencontre  aussi 
quelcpiefois  ? 

M.  Brockelmann  a  eu  raison  de  laisser  de  côté  les  mots 
grecs  fournis  par  les  lexicographes.  11  aurait  même  pu  sans 
inconvénient  écarter  les  termes  technicpes  grecs  transcrits 
dans  les  traductions  ;  pour  ces  derniers ,  c'est  au  dictionnaire 
grec  qu'on  doit  recourir  en  cas  de  besoin.  Les  traités  d'al- 

'  Dans  cet  ind« ,  les  Anecdota  syriaca  publiés  par  M.  Land  sont  indi- 
qués par  le  sigle  ASI ,  tandis  que  dans  le  texte  ils  sont  désignés  par  les 
lettres  AS  qui  servent  également  pour  les  Analecta  syriaca  de  Paul  de  La- 
garde.  On  ne  trouve  pas  dans  Tindex  le  siglc  Rie  qui ,  dans  le  texte ,  désigne 
les  Reliquiœjuris  de  P.  de  Lagarde. 


500  MAI-JUIN  1804. 

chimie  syriaque  publiés  par  M.  Berthelot  renferment  un  très 
grand  nombre  de  ces  termes  ;  je  n  ai  donné  que  les  plus  inté- 
ressants dans  mes  Notes  de  lexicographie  publiées  dans  ce 
Journal,  que  M.  Brockelmann  a  utilisées.  Cependant  on 
pourrait  faire  une  exception  pour  les  mots  estropiés  dont  ia 
restitution  n*est  pas  évidente ,  ou  pour  ceux  qui  ont  pris  un 
sens  inconnu  aux  dictionnaires  grecs,  comme  ^h4*='alOéXfp 
«  alambic  ». 

Le  même  ostracisme  pourrait  aussi  frapper  les  mots  per^ 
sans,  dont  il  appartient  au  dictionnaire  persan  de  nous 
donner  la  clef.  Nous  entendons  par  là  les  mots  persans  des 
iexiques  de  Bar  ^i  et  de  Bar  Bahloul ,  car  dans  la  littérature 
même  ces  mots  sont  assez  rares.  M.  Brockelmann,  en  ce  qui 
concerne  Bar  Bahloul ,  a  pris  ses  explications  dans  les  Gesam- 
melte  AbhanéUungen  de  Paul  de  Lagarde ,  sauf  quelques  termes 
empruntés  au  Thesanras  de  Payne  Smith.  Mais  Paul  de  La- 
garde, bien  loin  d*avoir  épuisé  le  sujet,  n  avait  donne  qu'on 
choix.  Si  M.  Brockelmann  avait  dépouillé  le  lexique  de  Bar 
Bahloul ,  pour  les  quatre  premières  lettres  il  aurait  trouvé  des 
matériaux  dix  fois  plus  considérables  cpie  ceux  qu*il  a  don- 
nés. Citons  quelques  exemples  choisis  parmi  les  termes  les 
plus  faciles  à  identifier  :  MOA^tl  ■  séneçon  »,  5g5 ,  30 ;  788,  6; 
944,  18,  etc.;  ou  ot^odoM,  43,  i;  «.«Alot,  548,  a;  «^^1, 
Lag.  Ges,  Ahh,,  10,  10;  Imm.  Lôw,  Aram.  Pflanz.,  n*  10, 
p.  49*  —  ^A^jo»!  «ce  qui  rafraîchit»,  a65,  6;  (^^wJl,  Lag., 
Symm.  ^91.  —  ^^ii^'^ ,  ^^n^j^^  (et  ^ftan^fc»)  «  artemiâia 
abrotonum»,  399,  1;  «çM(i»I^.X#  et  v«*^x?.  —  ^*I*-H  ■'*'*" 
glosse»,  475,  23;  yUj^LS  ou  (^t3jjL5^,  Imm.  Lôw,  n*  18a, 

p.  244.  —  vo>o|Oi^«fiel  de  bœuf»,  458,  17,  t:^^.  — 
^^ou^  h.  A  .M  «  âne  de  selle  » ,  4oo ,  7  et  1  a ,  ^yS;  i^^-'^^ 
«litière»,  980,  9  (le  Lexicon  donne  seulement,  d'après  La- 
garde ,  <^*»)  ^^tt^,  à^^&mvos  ohoç).  —  ^^uoi^i  tamarin  » , 
271,  6,  et  <^to|^,  480,   aa,  â)^)^,  Imm.  Lôw,  n*  38, 

p.  66.  -^  i»ai^a^«  lichen  » ,  473,  ao,  |»oa^)P ,  Lmm.  Lôw, 
p.  i55.  —  ^^^<vft  JLflBu»^,  487,  18,  expliqué  par  ice  qui 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  567 

ressemble  à  des  boucles  de  cheveux  » ,  u^^St^  J^»  — *  m^n^ 
«  sèche  »  [mtnioL)  et  alcyonom  [àhi^àmov  de  Dioscor.),  4g3, 
16;  770,  2;  P.  S.,  Thés,  sous  jba*»  et  liflb»,  cf.  Imin.  Lôw, 
Z.  D.  M.  G. ,  XL VII ,  533 ,  sans  doute  du  persan  rto  t  noir  »  ; 
l'expression  syriaque  est  iicut  liiie^  ou  Imu^  Itkoi,  ar.  «>Sf) 
^^^,  179,  20;  47a,  i5.  —  f^^« lèpre»,  5i3,  i3;  776, 
7,  d)^.  —  Y>a^«  petit  porci,  k^b,  7,  et  M>«^»  716.  7» 

;|3^. i-*-ft^«  coriandre  » ,  BB.,  sous  ^lâajj^A;  t^^iifc^^  Gesam, 

Ahh.,  p.  67,  1.  19;  Imm.  LÔw,  p.  210.  —  «û»o>î  «marum», 
595,  8;  11 54.,  2,^;1*>,  appelé  aussi  [sic)  ^^mh),  11 54, 
1,  ^J\y^<y^\ ^  Imm.  Lôw,  n*  igS,  p.  252.  — ^o)t  «racine 
d'aconit»,  592,  16,  *iM>;«>.  On  voit  que  le  Leaneon  est  loin 
d'être  complet  sur  ce  chapitre ,  qu*il  aurait  mieux  vcJu  laisser 
de  côté,  en  exceptant  cpielques  mots  d'origine  douteuse 
comme  ••â^«^. 

Le  plus  grand  nombre  des  mots  grecs  et  persans  exdu ,  le 
Lexicon  gagnait  une  place  qui  aurait  été  avantageusement 
remplie  par  des  locutions  propres  au  syriaque,  dont  il  est 
trop  sobre.  Pour  éviter  des  longueurs ,  je  ne  donnerai  qu'un 

exemple  :  1^1  impératif  afel  de  Jl]  signifie  «  apporte  » ,  mais 
il  est  pris  quelquefois  adverbialement  dans  le  sens  de  «  ainsi  • . 
Lagarde,  Anal,  syr,,  92,  20;  i3o,  23;  PrœL,  244»  7  d'en 
bas.  Au  commencement  du  Talmud  de  Jérusalem ,  on  lit  : 
^DD  xn^X  «  ainsi  considère  ».  Avec  ce  mot  s*est  formée  la  lo- 
cution v^Jiad^  JÀ>I  «•!  «  pour  ainsi  dire  » ,  «  par  exemple  » ,  usitée 
par  les  grammairiens  (Jacq.  d*£desse.  Lettre  sur  Vorthogr.; 
Elias  de  Tirhan,  Qram,;  Bar  Hebreus,  Œav.  gramm,)  pour 
introduire  une  citation  ;  comp.  Lagarde ,  Afmh  gyr, ,  109 ,  1 7  ; 
B.  O. ,  II ,  2  33 , 8 ,  etc.  Tout  mot  d'un  usage  fréquent,  comme 

f^l,  |JS»|,  M,  J^U,  etc.,  entrait  dans  diverses  combinaisons 
pour  former  des  locutions. 

Le  procédé  de  classer  les  mots  étrangers  sous  les  racines 
syriaques  est  nouveau  et  semble  étrange.  On  est  surpris  de 
trouver,  par  exemple  :  l>wi^=c  yfûvia  sous  a^  à  côté  de 
hooA^:=syv<i)yLiî,  Le  système  suivi  par  M.  Brockelmann  dans 


568  MAI-JUIN  1894. 

ce  cas  n'apparait  pas  toujours  dairement  :  v»J>^«l  =  Ôpyavov 
figure  sous  i\ ,  mais  >pjuio|  =  àpiiùiv  sous  io\ ;  >o^^fti>  =  die- 

tator  sous  iA?  ,  mais  l^>mj^}  =  hxau/lai  sous  ^9  ^ 

A  ces  considérations  générales  sur  la  méthode  de  M.  Broc- 
kelmann ,  nous  croyons  utile  d'ajouter  quelques  observations 
et  additions  que  nous  a  suggérées  la  comparaison  de  nos 
notes  personnelles  avec  le  premier  fascicule.  Nous  les  donnons 
dans  l'ordre  du  Lexicon. 

J*do|  n'est  pas  le  grec  odoii,  mais  é)  ^ia^  conune  Ta  montré 
Lagerstrôm,  Parad.  Patrum,  38,  note  i3,  et  comme  je  l'ai 
indiqué  dans  l'index  grec  de  Bar  Bahloul,  ig,  a4;  5o,  1; 

60,  6;  a86,    1;  comp.  Opusc.  nesi.,  6,  17  iA^aA  Aijf  tCÂo| 

^  dol"»  lL^t=  ^^.,  5o,  1  ^Aa  J^•|f  (49,  a4,  1*^1)1*^ 
,^  eiol  S»?. 

^vtoo^ol ,  aÙTOfiàpetov,  lire  aùrofiaràpsiov. 

Ajouter  :  i-olM  et  lo)jb|  «  sarcocolle  » ,  ar.  ^;y^ ,  La  Chimie 
an  moyen  âge,  TI ,  7,  10;  97,  6  ;  autre  forme  i*o)f  ;  comp.  BB,^ 
122  ult.;  700,  i4,  etc. 

Sous^^l  :  l&»aâ)lk>,  pL  ^Uo.  Le  pluriel  de  l&^oAko  est 

iJl^Jiio,  1  Tim.,  IV,  3;  JuL,  110,  5,  8,  i5,  etc.,  voir  mon 

Traité  de  gram.,  p.  280  h;  ^l»»  est  le  pluriel  de  l'infinitif 

|LaJi£>  pris  substantivement. 

|U1  signifie  «  teredo  »  et  non  «  rubigo  »  d'après  les  lexico- 
graphes syriaques;  M.  Payne  Smitli  a  également  admis  ce 
sens  ;  comp.  Jacq.  de  Saroug ,  Z.  D.  M.  G. ,  XXXI ,  383 ,  i  :  I^^ê» 
oilo^id  ;»wa|Ld)e  .0^  «*.^ato  «la  mite  le  ravage  et  le  termite 
ronge  sa  beauté  »  ;  le  rapprochement  de  l^ùm  et  de  |La|  rap- 
pelle Math.,  VI,  19,  20  (comp.  Mal.,  III,  11).  Bar  Hebraeus, 

Œuv,  gram,,  II ,  80 ,  ^  d'en  bas ,  explique  |Ld|  par  UL^  k  propos 

du  vers  918 ,  lia)  ;»vd  II  ILdjo  «  le  termite  ne  perce  pas  le  mar- 

'  Souvent  le  Lexicon  ne  donne  que  le  mot  grec  sans  en  expliquer  le  sens, 
ce  qui  n^est  pas  toujours  suffisant.  Quand  ou  lit,  par  exemple,  [tBoM]  dhro- 
Çdveu^  on  n*cst  guère  renseigné;  il  fallait  ajouter  que  li^oÈ^  se  oonstnrit, 
dans  les  traités  de  lexique ,  avec  le  verbe  t-ax  dans  le  seiu  de*  «nier». 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  569 

teau  ».  Comparer  encore  le  talmudique  niViSKD  •  termites  » 

et  X3^D  tfh^K  «  ver  de  terre  » ,  Bab.  hatr, ,  73,6. 
9  y 

Ajouter  ILaI  «  marteau  »  donné  non  seulement  par  les  lexi- 
cographes, mais  aussi  par  BH  dans  le  vers  cité  ci-dessus  et 
expliqué  par  lui  par  \hAS\\ . 

^■i«inno|  à%é&w»  y  lire  d^efhiov. 

Iuoa)  i^ios,  lire  i^ia  «dignité»,  ajouter  Het  Leven  van 
Joh.,  64,  11;  comp.  BB,,  i63,  7. 

Sous  Aa]  ajouter  «a^bol  «  préoccupé  » ,  «  inquiet  » ,  JaL  >  1 2 1 , 
i5. 

|L^ ...  4  impostor,  deceptor .  .  .  haeresis.  L'explication 
cimpostor»,  «deceptor»  est  empruntée,  avec  les  deux  cita- 
tions de  saint  Ephrem  qui  suivent,  à  Tindex  que  M.  Bickell 
a  joint  à  son  édition  des  Carmina  Nisihena.  M.  Brockelmann 
ajoute  un  troisième  passage  de  saint  Ephrem  pris  dans  l'édi- 
tion de  M.  Lamy.  Les  lexiques  syriaques  expliquent  le  mot 

par  «  explorateur  » ,  «  espion  » ,  or^^^^  1  JL.oa^.  C'est ,  à  mon 
avis,  le  vrai  sens;  comp.  le  Targ.  Onk. ,  p^l^f  ^b^vN  «vous 
êtes  des  espions  » ,  Gen. ,  XLII ,  9.  La  récente  publication  de 
M.  Budge ,  The  Discourses  of  Phil, ,  fournit  deux  nouveaux 

exemples  :  1 3o ,  1 ,  llo-f La?  otI^«lS^  «  les  inquisiteurs  de  la  jus- 
tice »  ;  5 1 6 ,  1 3 ,  )JS^?  ciN'rV  «  les  provocateurs  des  passions  ». 
M.  Lamy,  dans  le  troisième  passage  de  saint  Ephrem ,  a  tra- 
duit par  «  duces  ».  Dans  JuL,  80,  i4 ,  1^»-^  a  le  même  sens 
et  ne  veut  pas  dire  «hérésie »,  comme  le  pense  M.  Brockel- 
mann. Voici  le  passage  :  JJMu»  ^oSm?  I^uS^  ouolyA^e  «  vous 
en  feriez  la  provocatrice  de  toutes  les  turpitudes  ».  Il  est  vrai 
que  BB,,  171,  33-23,  explique  aussi  1^-^  par  |JS^o*«a.fei 
«  hérétique  » ,  parce  que ,  dans  la  théologie  syriaque ,  le  mot 
chercheur  est  synonyme  d'hérétique,  comp.  Thés,  syr,,  sous 

JLo.d,  col,  568;  et  l^oi?,  col.  955. 

Ajouter:  l^t  )l»oJ  «conduite    d'eau»,    Sir.,   XXIV,    3o; 

l^»o}  W  =  "|bDn  riD^a,  Neh,,  II,  là,  U^]  (comme  vocalise 
l'édition  d'Ourmiah  dans  ce  dernier  passage)  a  le  sens  de  bras , 


r)70  MAI-JUIN  I8Q4. 

comme  nous  disons  «  nn  bras  de  rivière  »  ;  talmnd  ni9K ,  voir 

T     - 

les  passages  cites  par  Buxtorf. 

)So|  «  efiugit  » ,  «  evasit  ».  L*a^Z  a  le  même  sens  et  on  s'at- 
tendait à  le  trouver  ici.  Si  M.  Brockelmann  pense  le  donner 
sous  la  racine  ^,  il  était  utile  de  renvoyer  à  cette  racine. 

Pour  ma  part ,  je  crois  que  le  radical  est  «ftol ,  comp.  ar.  «x^t 
«  terme  » ,  «  but  ».  Le  sens  primitif  est  «  parvenir  » ,  c  arriver  au 
but»,  puis  «pouvoir»,  «suffire  à»,  analogue  au  verbe  ^jte 
qui  a  suivi  la  même  filière.  Avec  qa  le  verbe  ^  a  le  sens  de 
«  arriver  hors  de  » ,  échapper  » ,  «  fuir  ». 

Sous  )No| ,  donner  >p)l  «  elle  gémira  » ,  Zach. ,  Hex, ,  IX , 
5 ,  formé  vraisemblablement  de  )Ne|  «  gémissement  ». 

JLdo^l  intubus,  genus  olei;  lire  oleris  [chicorée). 

JLq^J  àmiKUfiKàv  (?  PS.)  Geop,  5o,   16;  lire  «attique». 

Le  passage  cité  est  mb:^  |N^Va.^  joo^ij  t^  (/.  i^up)  |um  «une 
mine  attique  pour  dix  mesures  ».  Il  s'agit  d'une  addition  de 
marube  au  vin  ^  comp.  BB, ,  1 1 06 ,  4  d'en  bas. 

Ajouter  :  |L|  h^ea]  «gomme  adragante»  {rfvyéawvBdf 
k^^]  est  une  corruption  populaire  de  ÏkwOol).  La  Chimie  aa 
moyen  âge,  11,34)7;  45, 19  (cité  dans  mes  Notes  de  lexicogr. , 
sous  le  mot*»okaA);  covaç.  BB,,  ai3,  i4;  818,  5;  819,  aa; 
1008,  16;  Gfidien,  Z.  D.  M.  G.,  XXXIX,  p.  3oo,  n*  8; 
ïmm.  Lôw,  p.  49 ,  n"  24- 

Ajouter  :  |J^l&AA|  ou  |^«Aâ«»|,  ph  IKaam»!  ou  lUSAa«»| 
[(jKœKàvrj)  « hoyau » ,  Geop. ,  2,12;  3,  7;  la,  i5et  17;  34, 
29;  67,  18;  81,  7.  La  deuxième  forme  Mla«»|  ou  H^ana») 
est  expliquée  dans  le  Lexicon  par  <niapia=<TKai^lbL. 

Ji£Lo|  et  luA»]  est  le  grec  (t^v,  comp.  BB.,  235,  18;  a39, 
1 4  ;  P.  S. ,  Thés. ,  3 1 3.  Le  passage  d'Eusèbe  ok^Uy  Jbi^  |  <») 

i^ka^ao  jbû»  ^  ui^  omÔa^JL»  wAa.  signifie  «  nn  navire  ne  peut 
être  bien  assemblé  avec  ses  coins  que  par  un  homme  du  mé- 
tier» (jeu  de  mots  avec  ii«a«»)  «coin»  et  lÂA  «matdot»). 

iJ^uaftjDl,  comparer  Nœldeke,  Tahari,  a  44,  note. 

Ajouter:  *m^é^\\  «A^f^l,  iMilHoe,  éfxdfxof,  Het  Lwe»  van 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  571 

Joh.,  7S,  1 1;  jà,  5;  voiriioum^.  —  \,0k^m^\,  êHoxaala' 
tria,  H  et  Leven  vcm  Joh.,  58 ,  8. 

iùh^]'"  a  manica,  Duv.  B.,  a,  agd.  note  1.  Ce  n**  a  est 
à  effacer;  «  manche  » ,  dans  mes  Notes  épigr, ,  signifie  k  manche 
d*un  outil  et  non  la  manche  d*un  vêtement. 

m^Mirel^l. 

Imb#|  tegamentum  capitis  sacerdotum,  BA,  iag8  (?).  Bar 
Ali  et  Bar  Bahioul,  a 65,  à,  écrivent  yÊost],  Le  premier  a  la 
glose  yy^tyJi^^  ;  le  second  JH^^ ,  ce  qui  signifie  une  «  espèce  de 
ragoût»,  Dozy,  Suppl.  aux  dict,  ar,,  II,  3a8  et  Sag;  comp. 
aussi  Sieg.  Fraenkel,  Wiener  Zeit,,  1889,  p.  a  57. 

Ajouter  IK^dodil  «aines»,  BH.,  Chron.  syr,,  éd,  Bed- 
jan,  80,  a3;  BB.,  a8o  ,  10;  ou  renvoyer  à  la  racine  oi;  ar. 

Sous  )L»M,  ajouter  «caravane»,  Mar  Balai,  éd.  Overb. , 
a 85,  4;  Hist.  Joseph,  éd.  Bedjan,  a 6,  4;  de  l'hébreu  ^n'^^f . 
Dans  le  sens  de  «  fois  » ,  ajouter  ^Lilo  \*»ic]  I^m  «  une  ou 
deux  fois  » ,  Goep. ,  y  1 ,  1 4- 1 5. 

Ajouter  :  U^^f) ,  drtocyijv,  Dos  Bach  der  Natarg, ,  27,  9. 

I^M  «  veuf» ,  ]t^i)  «  veuve  »  mancpent  ;  si  ces  mots  doivent 
figurer  sous  la  racine  "^te) ,  à  laquelle  il  est  douteux  qu'ils 
appartiennent,  il  était  utile  de  Tindicper  par  un  renvoi. 

Ajouter  :  IjOAiaoïl.  àpfievtoLHà  ((i^Aa)  «abricot»,  Geop,,  i3, 
a3;  Inun.  Lôw,  p.  i5o. 

JUa«teî|  «  mercurialis  » ,  lire  Uj/Oéùoil . 

Le  Lexicon  donnant  ua»M ,  Api7$  (plane ta  ) ,  il  était  conséquent 
d^ajouterlea  autres  noms  de  planètes  :  JL^?«^I,  &a  ou  «&o, 
«  Vénus  » ,  "Xwâ  «  Bel ,  Jupiter  »  ;  jmtà\\ ,  ÈpyLYJs,  avec  leur  équi- 
valence comme  noms  de  métaux ,  d'après  La  Chimie  aa  moyen 
âge, 

KjM,  ajouter  :  ou  J^»l,  comp.  P.  S.,  Thés,,  393  et  39^; 
Acta  martyr.,  éd.  Bedjan,  IV,  538,  1;  588,  a;  Nœldeke, 
Die  Erzàhlung  vom  Màusekônig ,  a ,  note. 

Sous  %.H  on  lit  :  WIom  lorica  (Balai,  Overb.,  387,  3).  Ce 
sens  est  très  douteux,  v.  PS.,  col  a  a  39.  Dansl^ffi**.  de  Jo- 


572  MAI-JUIN  1894. 

seph,  Bedjan,  2'  éd.,  36,  8,  au  lieu  de  W^o^,  on  lit  koSko) 
«  trembieinent  »  qui  vaut  mieux. 

Sous  JlJ  on  est  sui'prîs  de  lire  ^|l  I  ne  pigeât  te ,  qui  ap- 
partient au  verbe  yi .  Le  Lexicon  a  raison  de  conserver  la  tra- 
duction de  Bickell,  mais  il  a  tort  de  confondre  les  deux 
verbes. 

^MU  (quid  gr.  ?)  Jepra  morbus.  C*est  un  verbe  formé  de 
)u\]  «  lépreux  »  et  qui  signifie  t  il  fut  frappé  de  la  lèpre  » 
(communication  de  M.  Imm.  Lôw). 

. .  larcinia ,  lire  lacinia,  * 

est  à  joindre  en  un  seul  article  avec  iLodo»;  sinon  on 

ne  comprend  pas  le  sens  du  premier  mot. 

i^Ad  «  malus  » ,  ajouter  :  pris  substantivement  •  le  diable  » 

fréquent  dans  la  Peschiio  du  Nouveau  Testament. 
p 
JL^  d'après  BA.  ;  ajouter  Guidi,  Un  nuovo  testa,  a3,  i6. 

Sous  fd,  ajouter  \^  a  pressoir»,  Geop.,  85,  aa;  Talm.  et 

Targ.  12 ,  H12 . 

ifc^f»  lire  ^^t^,  BB,,  36o,  g. 

Jbid  aries  parvus ,  BB, ,  est  à  supprimer.  Lagarde ,  à  qui 
le  Lexicon  doit  ce  sens,  avait  lu  JLik.a^  au  lieu  de  JL^d, 
BB,,  378,  11.  Le  mot  signifie  «morceau  de  pierre»,  «cail- 
lou » ,  comme  Texplique  BB, 

Sous  Jbid,  ajouter  iia^Ad  «petits  caiUoux»,   Geop.,  75, 
1 1. 
Sous  VMd,  ajouter  ^^  «  enflammer  ».. /e^.  «  fleo?.  «  I,  a5, 

w*d|  =  tarvp«tX7&) ;  Het  Leven  van  Joh, ,  65,  g,  ■■moi a  \m-h%it  fA 

«  en  faisant  étinceler  ses  yeux  ». 
p  p  y 
ljk'\^  «  lapis  magnus  ».  La  forme  ]U.aad  (comp.  La^^)  se 

trouve  mr.intenant  dans  Budge,  The  Disc,  qfPhil.,  10,  ig. 

.•o^  a  aussi  le  sens  de  «accélérer,  hâter»,  Jah,  163,  3; 

166,  26.  Comp.  o«f|  «efirayeret  hâter». 

i  yv  *»  vifi»,»!^!  (^  v^^  (d  après  ^as  de  Nisibe).  Si 
M.  Brockelmann  s'était  reporté  à  BB,^  38o  vi\X,  et  3g7,  a, 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  573 

il  aurait  vu  qu'il  s*agit  de   i    Reg. ,  VI ,  18,  où  on  lisait  : 

%^  et  ijl^kd.  Le  mot  suivant  du  Lexicon,  l^^»^  lychnuchi 
genus,  est  la  même  chose. 

ao»tti*aojad  pestilentia,  BH. ,  Ckron.,  80,  q3;  ajouter  cor- 
rompu de  ^OM^&veç^BB.,  36  a,  16  et  Gai.  dans  PS.  sous 

jido^jBOd,  lire  Ji^oJ^m».  NiZ.a  Chimie  au  moyen  âge,  ni  mes 
Notes  de  lexicographie  n'ont  la  forme  ji»o^jBad . 

yaA«Ad  tintorialis ,  lire  tinctorius. 

Ajouter  :  jnKoo-»  «  bâton  » ,  Nestlé ,  Gramm,  syr. ,  2*  éd. , 
96,  iQ,  sous  tt^od.  —  J^:b^^K^  et  J&kd^.d  «charbon  ar^ 
dent»,  Geop,,  5o,  3;  5a,  11  et  id,=  âv&paaiss  Siàirvpox. 
M.  Payne  Smith  a  lu  à  tort  I^J:^d^  et  l&^d^  qu'il  a  mis  sous 
'^j  col  3397  et  3398. 

Les  articles  ^^d  et  ^  pourraient  être  augmentés  de  nom- 
breuses locutions  composées  avec  ces  mots  \  Sous  ^Mdle  Lexi- 
con renvoie  au  second  mot  du  groupe  pour  les  expressions 
qu'on  ne  trouve  pas  sous  le  o  ;  il  est  admissible  qu'il  en  est 
de  même  pour  i^ .  Ces  complexes  formant  une  unité ,  il  était 
plus  logique  de  les  donner  sous  la  première  lettre. 

Iio^ivd ,  lire  Àio^  lid  et  placer  sous  iL> . 

Sous  l«i>:  «•vilao  «remotus»,  ajouter  JîSio  «removens», 
Apoc,  acts,  a 55,  8. 

^Q«AÎJNd  parpàx^tov  «  malachites  ».  Puisque  M.  Brockelmann 
citait  BB, ,  il  devait  donner  la  forme  plus  correcte  de  cet  au- 
teur, ya«AvjkA  .En  outre  l'explication  complète  est  :  «  malachite 
dorée  ou  chrysocoUe»,  comp.  ^ar pà'/^iàv  èalt  ^pv<T6KoXXa. 
xalyjpMdàTçpcKjov,  Palladius,  Defebribus,  éd.  Bernard ,  Leyde , 
1845. 


*  Pour  Vd,  notamment:  JL^^teiid  «assistants,  conseiliers»,  Jul.,  i4à« 
i4;  i46,  a4;  PS, co/.  584*  —  koiSo  «la»  «moines»,  )viA>  J^i3  «nonnes», 


par  opposition  à  Jbâï^  ««iid  «laïcs»,  PS.,  coL  Sqô.  —  Jvinft  Vd  ou 
lifiMOft  VA  «semblable»,  Jul,  127,  17.  —  JâAi  Wd  et  iiu^t  Vd  «parti- 
san», /ai.,  66,  A.  —  lloaoi^kA.  vd  «qui  est  d*accord».  Anal,  syr.,  (jS, 
3o ,  etc. 


574  MAI-JUIN  1804. 

Sous  Aa^,  ajouter  «^a»^  «  se  oonsacra  »,  Anal,  tyr,,  19,9. 

"V,^..  3  iiUr.  cascendit»  (nin  Uil^hg.).  Le  sens  de 
«  monter  »  est  assuré  par Kayser^  Dos  BuehvanderErkennt» ,  79 , 
4;  Jul,,  47,  A;  Apacr.  acts,  259,  16. 

Jlut^genus  piscium,  BA;  lire  |Abf^« anguille».  Imm. 
Lôw,  Aram.  PJl.,  p-  97;  dans  BB.,  Ilout^,  453,  16;  li^^»'!^ 
etl^?%^,  5ao,  9-10;  comp.  dans  le  Zi«riooii  IJ^*«i^. 

i««^l  se  invicem  tangentes  sonmn  dedenint  (lapides) ,  sens 
Tort  douteux,  v.  inf.'V^^. 

Sons  |fo^,  ajouter  Uoftm  |fo^«  noix  du  cocotier  » ,  La  Chi- 
mie au  moyen  âge,  38,  li. 

Jiia^...   a  cibos  BH;  3  genima,  Opuse.  nest,;  inexact  : 

lU^kdf  Ifo^i^L  dans  BH  signifie  «  trois  espèces  de  ragoût  » , 
Y.  PS.,  coL  6S2  fin,  où  il  est  dit  que  bo^,  outre  le  sens  de 
couleur,   signifie  aussi  espèce,  comme  \ay^  en  arabe.  Dans 

Opusc,  nest.  «  47,  3 1 ,  lio^  iio^eî  «**iklL  reot  dire  t  Tarii& ,  c*est- 
à-dire  couleur  blanche»,  par  opposition  aw  autres  pierres 
d'une  couleur  difiérente. 

l^^Q^  planta  quaedam,  ar.  ft^,  uia^i^;  lire  u*<tt^>  t  arti- 
chaut»; BB.,  Â71,  11;  Imm.  Lôw,  p.  393. 

iiLo^Geo/}.  ^64,4;  vox  incerta.  Les  mots  JkLâ^f  k»)f  in- 
duisent le  grec  Keyxpctfit^s,  721,  lA,  «la  graine  dans  la 

pulpe  de  la  figue».  ÀiLa^est  donc  le  plilriel  du  mot  |la^ 
a  pulpe  d'un  fruit  » ,  ou  d'un  mot  l>lo^  ayant  le  même  sens. 
Iwti^glutcn ,  ajouter  :  comp.  ar.  *l^ . 

Sous'^â^^,  ajouter  «creuser  en  rond»,  de  i^^t rotundi- 
tas»,  Geop,,  83,  29  =  xin^to  ^iaAo0v. 

«»o««x^.^yAuxipt{a ,  lire  yXvxi^ptia. 

^^tt^genus  cibi  c  lacté  concrète ,  ajouter  :  grec  yaXiptop, 
BB. ,  443 ,  1 3  ;  4qo  ,11. 

IhdS^EN,  28,  27,  Ib&^BA,  2928,  quisquiliœ  [tweepings). 
Comment  M.  Brockelmann  a-t-il  eu  Tidëe  d'on  tel  sens  ?  Elias 
de  Nisibc  a  la  glose  J^^ll ,  ce  qui  signifie  la  corde,  comme 

l'indique  exactement  PS.  ;  comp.  Dozy,  SuppL,  sous  vrf*  •  Cette 


^ 


f 
i 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  575 

glose  vise  Math.,  XIX,  ad«  voir  Opiue.  nesL,  i46,  3; 
BB.y  5oo,  19.  Bar  Ali  a  la  glose  0**^^  ce  qui  signîGe  la 
poutre  du  sommet  du  toit ,  à  laquelle  sont  attaches  les  chevrons 
et  qui  présente  la  forme  d'une  carcasse  de  chameau,  voir 
BA,  n"  3356  et  45^7;  BB,,  177,  31;  5oo,  17;  658  nlt,; 

854  ult.  Ce  dernier  sens  était  fondé  sur  Tusàge ,  comp.  ILS^mo^ 
«  poutres  » ,  Dcu  Bach  der  Naiargeg. ,  53 ,  1  a  \ 

Sous  iN^r»,  ajouter  ^1^  t  se  contracter,  se  rider  » ,  Ephr., 

éd.  Lamy,  I,  a8i  pén.  =»  o^»  Nœldeke,  Gôlt,  gelehrte  Anz., 
188a,  p.  1509. 

Jlnmio^,  lire  «a^mo^,  BB,,  469,  11. 

uaa^  «  recubuit  »  est  comparé  avec  jJla^l  d'après  G.  Hoff- 
mann. J'avais  également  rapproché  le  verbe  arabe  dans  mon 
Traité  de  grammaire,  p.  io3;  mais  je  crois  maintenant  que 

le  verbe  syriaque  est  formé  de  l^a^t  flanc  » ,  t  côté  • ,  comme 
le  donne  à  penser  la  forme  i^l  et  signifie  :  «  8*étendre  sur  le 
côté  » ,  «  s'accouder  » ,  comp.  JUa^o  «  accabitus  ».  Le  Leadcan  ne 
donne  pas  ce  dernier  mot  quoiqu'il  se  trouve  non  seulement 
chez  les  lexicographes,  mais  aussi  chei  les  autres  auteurs. 
Voiries  exemples  cités  par  P.  S.,  Thés.,  757;  ajouter  PérrÉwi. 
Patram  (Markstrôm-Tullberg),  11,8;  Opusc.  nestor,,  4i,  i3. 
U»\^yet<TOs,  lire  yeiffov, 

«ASb»a.^ovis  BB.,  lire  «bâton  recourbé  avec  lequel  le 
berger  arrête  les  moutons  (crosse d'évéque)  »,  voir  BB.  dans 
PS,  col,  3684 1  sous  J^^A^. 

^fikj^ne  signifie  pas  «  circumfossit  »  (sic  pour  «circumfo- 
dit»'),  mais  «provigner»;  dans  Geop,,  i4»  Hi  fc»*-*  •^^-^g^ 
répond  au  gi^ec  ^XoujIoXoyeTv  et  non  à  "aepUTxàvIetv;  à  la 
ligne  suivante ,  on  lit  JU»a^  .«oie^»]  (leg.  ^})  >|f  .^a«<»fo^m^f> , 

Hcnaa^ôpeats  signifie  «provignage»  (k^«^;  ibid.,  3a,  19  et 
suiv.;  7a,  16;  81,  38,  JU»a^=  7^pûHJ«ff. 

'  Ou  mieux  iJB^âo^,  comme  a  BB.  dans  ie  passage ^oorrespoodant  sous 

l^f£ ,  voir  P.  S. ,  col.  36o  1 ,  soas  ma^  Q . 

'  Smu  «ji^ ,  le  Lexicom,  iiaprimtt  aussi  «perfiwait»  pour  «perfodila. 


576  MAI-JUIN  1804. 

Sous  J^^,  ujouler  )w^«qai  excite»,  Het  Leven  van  Jch., 
75,  la  ;  IuL,  i34*  a- 

lLlo^«  lionceau  » ,  a  aussi  le  pluriel  1*»^,  1er. ,  li  ,  38. 

rtw^K  castor  » ,  lire  lt%^,  cf.  BH. ,  Œuv.  gram. ,  II ,  go  ult,; 

BB. ,  5 1 5 ,  a  1  ;  Dos  Bach  derNatargeg. ,  6 , 1  a ,  a  lyi^qui  donne 
la  prononciation  nestorienne. 

"V^,^)  inter  se  tangentes  sonom  ediderunt  (lapides) 
BA. ,  n°  7035.  Ce  verbe  signifie  t  dégringoler  » ,  comme  Im- 
di(juc  la  glose  arabe  ^7^^^  •  Voici  ce  que  Bar  Ali  veut  dire  : 
H  pierres  qui  dégringolent  les  unes  sur  les  autres  en  produi- 
sant du  bruit  et  en  se  précipitant  » ,  lire  yh^^e  au  lieu  de 
>5?*^*®®.  comp.  BB.,  473,  i3. 

i^Mft^  est  à  supprimer.  BB.  ^  5 1 6 ,  4  ;  676 ,  a3 ,  a  JLoAi)»^ 
comme  BA. 

U»^^ XP^^^^^M ^  Gai.,  Z.  D.  M.  G.,  XXXIX,  3oa,  11, 
est  à  supprimer.  Galien  a  JL»^^sous  ;^6v8poff  et  non  sous 
X,pv(TOKÔ(irf  ;  c'est  donc  le  même  mot  que  celui  qui  est  ex- 
pliqué ensuite  par  «  hordeuui  molitum  ». 

ba^lo^,  lire  ju^io^,  BB.,  i'jb,  la. 

Ajouter  HoA^n  bomme  mielleux  » ,  Métrique,  éd.  abbé  Mar- 
tin, p.  54,  ar.  J>^. 

hf^^i;  lire  i^a.?,  BB.,  558,  6. 

-e?  pa.  purgavit ,  Geop. ,  111,  8 ,  à  supprimer.  Dans  le 
[)assage  cité  MO*ao  est  une  faute  pour  «*d^. 

"^T .  •  •  pa.  M  cxcitavit  » ,  ajouter  «  ministravit  » ,  exemples 
dans  P.  S. ,  Thés. ,  837  ;  dans  ce  dernier  sens ,  le  syriaque  peut 
avoir  été  influencé  par  le  grec  iovXeiw. 

«oioiAf  Ifoy ,  Joh,  XLi,  5,  n*a  pas  le  même  sens  que  lUof , 
ibid,,  xLi,  11.  L'Hexapla  a  pour  le  premier  o^»?  JLi^T  )^?**; 

Epbrem  l'explique  par -okua  J,— ,  Thés.,  85 1;  Opusc.  nesi., 
1 18,  1,  et  BB.,  5/1.7,  11,  le  rendent  par  «  gencive  ». 

J»?A«oî  et  )ttf?,  lire  i?A.o?  et  hU^. 

lL*o9  palmuia  pa^matura  BB.,  cit.  PS..  Dans  BB,,  53ii 
1 7  ;  673 ,  ai,  ce  mot  signilic ,  conmie  Tarabe  SX&^ ,  coonflTe 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  577 

de  dattes  » ,  un  panier  dans  lequel  les  dattes  sont  pressées  e» 
forme  de  gâteau. 

lia-*?  expulsivus.  Bernstehi  a  corrigé  en  JLom»?  ;  le  mot  de- 
vait donc  être  placé  sous  JL»*?  et  non  sous  ^-*t . 

1^7  gramiœ,  lemae,  BA,  n*  4333.  La  glose  arabe  o^^  in- 
dique qu'il  faut  lire  l-ao?  au  lieu  de  It*o|.  DB,  donne  la  forme 

exacte  sous  i^âô  et  ï^j ,  quoiqu'il  ait  aussi  ï.»?,  682  ,26; 

802 ,8.  ' 

?f^«a>o^  lire  tjJfru»oj. 

Sous  I^ûo>J ,  ajouter  :  «  servante  » ,  KaL  et  Dim, ,  éd.  Wright , 
228,  9,  =  *:î;^,  Nœldeke,  Gôtt.  gel  Anz.,  i884,  p.  683; 
Prœt.,  ']'],  li2.  —  «marcotte»,  Geop.,  3 1,  19  et  20;  66,  /i 
et  9;  67,  9,  10,  i3,  etc.;  73, 16;  80,26;  ^Wtt  que  tu  mar- 
cottes » .  ibid.,  67,  12. 

Sous  i^^,  ajouter  t^^,  Anal,  syr,,  43,  ao. 

Les  additions  que  nous  avons  proposées  pour  ce  premier 
fascicule  sont  toutes  appuyées  sur  des  exemples  tirés  de  la 
littérature ,  le  but  principal  d*un  dictionnaire  étant  d*aider  à 
la  lecture  des  textes.  Dans  leur  prospectas ,  les  éditeurs  don- 
nent à  entendre  que  tous  les  mots  syriaques  transmis  par  les 
lexicographes  ont  été  recueillis.  On  trouve  quelques  citations 
du  Livre  de  l'interprète  d'Elias  de  Nisîbe ,  des  Opuscuïa  nesto- 
riana ,  des  Lexiques  de  Bar  Ali  et  de  Bar  Bahlool ,  des  Œuvres 
grammaticales  de  Bar  Hebraeus  ^  Mais  ces  ouvrages  sont  loin 
d'avoir  été  dépouillés  d'une  manière  systématique  et  on  for- 
merait une  longue  liste  des  mots  qu*ils  nous  ont  conservés 
et  qui  ont  été  omis  par  le  Lexicon  *.  Nous  nattachons  que  peu 
d'importance  à  ces  omissions.  Tant  que  les  mots  en  question^ 

'  On  lii  même  Ivi^^^n^  «fractns»  d*après  KamneilinoyD  (nue  antorité 
très  sujette  à  caution) ,  cité  dans  le  Thésaurus  de  Vxpït  Smilb ,  mais  nn  des 
mots  précédents ,  ÀiUa^A^  «forceps* ,  de  la  même  sdmrce,  est  omis. 

'  Cette  observation  s'applique  sortoot  aux  Opuseuh  mestoriana,  h  la  petite 
grammaire  de  Bar  Hebraens  «  OEnv  gramm,  «  Il ,  et  aa  lexique  de  Bar  Bahlool. 
M.  Brockelmann  a  complètement  laissé  de  côté  notre  édition  de  ce  lexique; 
en  la  consultant,  il  se  serait  épargné  une  grande  partie  des  erreorf  et  des 
omissions  que  nous  avons  signalées. 

m.  38 


ic» «:«*«•»   ir*Tt*ftir. 


^78  MAI-JUIN  1894. 

ne  se  seront  pas  rencontrés  dans  on  texte  littéraire,  on  sert 
autorisé  à  les  tenir  pour  des  locutions  vulgaires  et  dialectales, 
qui  n  ont  pas  trouvé  droit  de  dtë  dans  la  hûagOB  ëcrîte.  Tou- 
tefois, les  noms  de  plantes  composés  avec  lifl  K=«i>rlp,  ta*)» 
dpxjiç,  JLl-^}  =  'Bftbyœv,  etc. ,  sont  imités  du  grec  et  n'appar- 
tiennent pas  à  la  langue  vulgaire.  )i  ^  ^  "%>  «  vigne  blanche  » 
est  à  décomposer  en  ]%^  Jift^,  selon  Lagarde,  Gesam»  Abh.» 
38,  n**  96;  comp.  Imm.  Lôw,  p.  go,  et  vient  du  persan.  Ces 
mots  auraient  dû  figurer  au  Lexicon,  ainsi  que  d^autres  du 
même  genre,  et  les  divers  composés  avec  lfa^«  noix  ». 

C'est  la  destinée  d*un  dictionnaire,  si  près  de  la  perfection 
qu'il  soit,  de  renfermer  des  lacunes  et  de  prêter  le  flanc  à  la 
critique.  Les  observations  et  additions  que  noua  avons  pré- 
sentées n'ont  pas  pour  but  d^amoindrir  la  valenr  de  cet  oa- 
vrage ,  qui  rendra  de  réels  services  aux  études  syriaqnea.  En 
les  formulant,  nous  n'avons  eu  d'autre  pensée  qne  de  facUiter 
à  l'auteur  la  rédaction  de  sa  liste  des  Addenda  et  conigenda, 
s'il  juge  a  propos  d'en  écrire  une. 

M.  Brockeïmann  a  fait  preuve  d'érudition  et  a  fourni 
une  grande  somme  de  travail.  Peut-être  a-t-il  procédé  avec 
une  certaine  précipitation,  mais  il  faut  considérer  qne,  au 
commencement,  un  ouvrage  est  toujours  un  pen  flottant. 
On  doit  attendre  l'achèvement  du  livre  avant  de  porter  un 
jugement  définitif  ;  cependant  on  petit  augurer  de  ce&scicnle 
que  nous  posséderons  bientôt  un  dictionnaire  syriaque  qui 
comblera  une  regrettable  lacune. 

Le  Lexicon  s'imprime  à  Leipzig  chez  M.  Dmgnlin;  c*est 
dire  que  l'exécution  typographique  ne  laisse  rien  à  désirer. 
Les  éditeurs  pensaient  d*abord  que  l'ouvrage  atteindrait  cin- 
(]uante  feuilles  et  que  le  prix  serait  de  quarante  mark.  Bs 
espèrent  maintenant  qu'il  ne  dépassera  pas  trente  fenSles  et 
que  le  prix  pourra  être  fixé  entre  vingt-cinq  et  trente  mark. 

Après  avoir  corrigé  cet  artide ,  nous  avons  re^  le  second 
fascicule  du  Lexicon  qui  va  jusqu'à  la  lettre  knf, 

RUBEKS  DOVAL.  . 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  579 

Musée  impérial  ottoman.  —  Section  des  monnaies  musulmanes.  — 
Catalogue  des  monnaies  turcomanes.  Béni  Ortok,  Béni  Zengui, 
Ferou  Atabekyéh  et  Meiiks  Eyoubites  de  Meiyafarkin ,  par  L  Ghâ- 
lib  Edhem.  i  vol.  in-8*,  C.  P.,  imprimerie  Mîrhan,  1894,  xx- 
162  p.,  1  et  vni  pi.  photogr. 

Nous  avons  renda  compte  dans  le  Journal  asiatique  des 
deux  ouvrages  de  numismatique  ottomane  et  seljoucide  qu*a 
publiés  Ghàlib  Edhem  Bey,  en  1890  et  189a.  Ces  ouvrages 
étaient  rédigés  en  turc,  et  contenaient  la  description  raison- 
née  d*une  partie  de  la  collection  de  médailles  de  l*auteur.  Il 
s  agit  aujourd'hui  du  catalogue  du  Musée  impérial  de  Con- 
stantinople ,  dont  la  publication  est  faite  sous  les  auspices  du 
sultan  Âbd  ul  Hamid,  et  par  les  soins  de  0.  Hamdy  Bey,  di- 
recteur général  des  Musées  ottomans ,  membre  correspondant 
de  l'Académie  des  inscriptions  et  helles-lettres.  Cette  publi- 
cation, qui  compte  déjà  plusieurs  parties  concernant  Tanti- 
quité  grecque ,  va  s'étendre  successivement  à  toutes  les  caté- 
gories de  monuments  anciens  et  du  moyen  âge  que  possède 
le  Musée  impérial.  Tous  ces  catalogues  seront  rédigés  en 
turc  et  en  français ,  aûn  de  les  rendre  plus  accessibles  aux 
Ottomans,  comme  aux  savants  d'Europe.  Ghâlib  Bey  a  été 
tout  naturellement  chargé  de  la  partie  numismatique ,  et  le 
volume  dont  nous  nous  occupons  est  le  premier  de  la  série. 

11  contient  la  description  des  monnaies  des  différentes  dy- 
nasties musulmanes  connues  sous  le  nom  de  :  Ortokides ,  Atà- 
beks  Zenguides  ou  Zenkides  (  j3^  ^  ) ,  Atàheks  indépendants 
(aJoIj)  ^^^  ferou  Atàbekieh  «  suite  des  Ab)  et  Aïoubites  de 
Meiafarkin.  Tous  ces  princes^  d'origine  turque,  ont  régné  en 
Mésopotamie  pendant  les  xii*et  xiii*  siècles,  et  sont  contem- 
porains des  deuxième  (1  i^y-i  1^9)  et  troisième  (1 189-1 192) 
croisades.  Leurs  monnaies  ne  sont  pas  rares  et  offrent  cette 
particularité  intéressante  qu'elles  ont  des  représentations  fi- 
gurées :  bustes ,  cavaliers ,  saints ,  personnages  et  aulres  des- 
sins empruntés  aux  monnaies  grecques ,  romaines  et  byzan- 
tines. Quelques-unes  de  ces   monnaies  donnent  même  le 

38. 


:  V'  MAI-JUIN  1894. 

l».Mti..i{  ihi  sitiivoraiu  régnant,  ce  qui  est  contraire  aui 
|M^'5rii:^!ion<  rvliprasos,  et  ne  se  rencontre,  sauf  de  très 
i.iri'^s  o\«:oj>:lons,  nulle  part  aiDears  dans  la  numismatique 
niusii!in.ini\  Il  ost  certain  que  le  contact  des  princes  chrétiens 
ilOritMit  :  In/Autins.  arméniens,  croises,  a  exercé  une  grande 
i:i'.\itMioo  sur  lo  monnayage  turc  de  cette  époque,  et  que 
i  c^sprit  i l'imitation  dos  Arabes,  contenu  pendant  plusieurs 
si(vl<^ ,  trou\  .lit  dans  les  monnaies  chrétiennes  qui  circulaient 
011  i:ranil  nomhro  un  aliment  artistique  qui  ne  pouyait 
inant)iior  i\e  les  scnluire.  Peut-être  ces  représentations  étaient- 
ollos  doj^linéos  à  pn^parcr  par  degrés  les  esprits  à  v<Mr  sans 
iiuirnmrt'r  l'oflii^io  du  prince  régnant  ou  Timage  de  ses  ac- 
ti«>iis  n'pn*sonti^s  tulèlenient  sur  ses  monnaies.  Cesl  ainsi 
(|uo  YoulouL  Arslan,  Orlok  Arslan,  Izeddin  Mess*oad, 
(îuoui^hiuiri .  Salailin .  se  sont  en  réalité  fait  représenter  eux- 
I  nom  os  sur  lours  monnaies  respectives.  L'abhé  Barthélémy, 
(|ni  a  lo  promier,  en  lySS,  étudié  les  monnaies  arabes  avec 
ligun^s  \  l'ait  remarquer  a  ce  sujet  que  les  Khalifes  et  autres 
soiivorains  qui  se  prétendaient  les  descendants  directs  da 
Pn^phèlo  rost^ront  toujours  fidèles  aux  prescriptions  du  Co- 
ran ,  et  que  ceux  qui  violèrent  cette  loi  religieuse  furent  des 
Turcs,  c'est-ii-ilire  dos  étrangers,  qui  étaient  d^une  religion 
ot  iVmio  race  diiïérentos ,  et  qui  n  avaient  embrassé  le  maho- 
métisme  quo  par  politique ,  s*alliant  d\ii1leurs  indifiEéremment 
îivoc  des  cliré tiens  et  des  musulmans  *. 

Du  reste ,  l'imitation  des  types  monétaires  chrétiens  était 
un  moyen  d'assurer  la  valeur  iiduciaire  du  monnayage  mu- 
sulman dans  les  pays  circonvoisins.  En  outre,  la  représenta- 
tion de  figures  d*animaux  ou  autres  objets,  sur  les  monnaies 
turques,  peut  s^cxpliquer  par  Tusage,  commun  à  tous  ïes 

'  ^'olr  son  mémoire  intitulé  :  Dîgscrlalion  sur  If 9  médailles  ara&e*  ^dftiii  le 
Recueil  (le  l'ancienne  Académie  des  inscriptions  et  belle94ettref ,  t.  XXVI 
(i75i)),p.557. 

'  Méui.  cit.,  p*  570.  Cf.  IL  Lavoix,  £<>5  peintres  arabes,  Parii,  1876,  p.  a  a. 
Au  sujet  de»  Khalifes ,  il  faut  se  rappeler  toutefois  quo  les  premien  socoo- 
NCiirs  de  Mahomet  :  Moawiah ,  Abd  êl  Melek ,  Omar  (et  El  Nomân  dans  le 
Maqfhrel))  ont  dos  monnaîp^  à  figures,  ropi/'cs  sur  le  lypc  bysantîn. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  581 

peuples  lar tares,  de  marquer  leurs  mois,  leurs  cycles ,  leurs 
Iribus,  par  des  animaux  ou  des  symboles  appelés  Tamga. 
Parmi  ces  derniers ,  il  est  intéressant  de  signaler  le  signe  x 
qui  se  trouve  sur  certaines  monnaies  des  Atàbeks,  et  qui 
lemonie  au  vu*  ou  viii*  siècle.  (Voir  iieua^  naniûm.,  1891.) 

Les  monnaies  décrites  dans  le  catalogue  sont  celles  du 
Musée  ottoman ,  augmentées  d'une  centaine  de  pièces  pro- 
venant de  dons  particuliers.  L'ensemble  constitue  ime  collec- 
tion à  peu  près  complète  de  tout  ce  que  Ton  possède  ea.  fait 
de  monnaies  des  Ortokides  et  des  Atâbeks.  Cette  série  moné- 
taire a  été  r objet  de  travaux  importants ,  depuis  Tabbé  Bar- 
thélémy qui,  le  premier,  déchiffira  la  monnaie  d'argent  de 
Housàm-eddin  ïimour-tacb.  Il  faut  citer  ensuite  :  Casti- 
glioni ,  1819;  Marsden ,  1 8a 3  ;  Fraehn ,  1 8a  6  ;  Pietraszevski , 
i843;  S.  L.  Poole,  1876;  et  enfin  le  catalogue  du  Britisk 
Muséum,  1877.  Grâce  à  ces  travaux  antérieurs,  la  nmnis- 
matique  oriokide  était  déjà  bien  connue  ;  le  catalogue  dressé 
par  Ghâlib  vient  y  ajouter,  par  quelques  pièces  inédites ,  de 
nouveaux  documents,  il  manque  encore  au  Musée,  comme 
dans  toutes  les  collections ,  certaines  pièces  qui  peut-être  n'ont 
jamais  été  frappées,  comme,  par  exemple,  pour  les  derniers 
émirs  de  Mardin.  11  est  possible  cependant ,  maintenant  que 
l'attention  des  savants  est  attirée  vers  la  numismaticpie  mu- 
sulmane ,  que  Ton  découvre  peu  à  peu  ces  monnaies. 

C'est  ainsi  que  jusqu'ici  on  ne  connaissait  que  deux  souve- 
rains ortokides  de  Khartabirt  (moderne  Kharpout)  :  Imad  ed- 
din  Abou-Bekr  ben  Kara  Arslan  (  58 1-600  H.)  et  son  fils  Nizam 
ed-din  (600-620);  Ghâlib  Bey  en  a  découvert  trois  autres  : 
Ibrahim,  Alimed  (ou  Kbizr)  et  un  certain  Ortok  Shah  que 
les  historiens  mentionnent  comme  le  dernier  émir  de  cette 
petite  dynastie  (685  H.).  Mais,  de  tous  ces  princes ,  Imad  ed- 
din  est  le  seul  dont  on  possède  des  monnaies  de  bronze.  Par- 
mi les  ortokides  de  Mardin ,  l'auteur  pubfie  deux  pièces ,  Tune 
en  bronze  de  l'an  698  H. ,  qu'il  attribue  à  Nedjm  ed-din 
Ghazi  II ,  et  l'autre  en  argent,  de  l'an  7^0 ,  qui  serait  deShems 
ed-din  Sàfih ,  son  successeur.  Ces  deux  pièces  sont  inédites. 


UH2  MAIJUIN  1S94. 

Je  (lois  ajouter  toatebis  que  si  la  lecture  ^t^iJT  ^^  parmH 
rcrtainfî  fiour  la  première  de  ces  pièces,  la  date  698  est  iifi- 
^ihlfî  sur  la  photop^vnre.  II  en  est  de  même  pour  la  petite 
niorinaifî  d'argnut  de  Salili ,  où  le  nom  ^'.«Arf  se  Kt  difiâle- 
iiif'iit  airifti  que  la  date. 

L'ouvrage  est  pnicédé  d*une  introdactiao  donnant  on  ré- 
%imw  dft  r histoire  dos  familles  turques  qni  se  sont  établies 
cil  \l(**ofM)tamio  au  v*  siècle  de  rhégire,  et  qui  ont  donné 
iiai^saiirc  aux  diflercntcs  dynasties  ortokides  de  Kdfa  —  de 
Kiiartahirl  —  dn  Mardin  et  Miafarkin  ;  des  Zengaides;  Atàbeks 
do  Mossoui  —  dVMcb  —  de  Sendjar  —  de  Djétirefa  et  d*Ar- 
1m*1.  (Vautres  notices  historiques  se  trouvent,  en  ontre ,  à  la  fin 
<hi  catalogue  do  chaque  dynastie.  Des  index  de  tonte  natnre 
cl  huit  planches  irii%  nettes  de  photogravures  font  de  Ton- 
vni^o  do  rjhâlib  Rey  un  excellent  manud,  le  premier  qui 
Hiiit  rcrit  en  français.  11  ne  manque  cpe  la  partie  bibliogra- 
phique cpii  a  été  complètement  suppiîmée,  sans  doute  pour 
phi»  (le  .simplicité;  mais  nous  considérons  cette  omission 
ninirne  une  laciuie  qui  devra  disparaître  des  prochains  cata- 
logii(*s.  N(His  ne  demandons  pas  les  références  pour  chaque 
pi^^l^  re  (pil  serait  un  travail  trop  considérable,  quoique 
utile ,  mil  in  nu  moins  la  liste  des  ouvrages  antérieurs  que  l'an- 
t4Mir  a  ronsultés.  Ce  desideratum  ne  diminue  pas  la  valeur 
(hi  livri'  pour  le<piel  nous  exprimons  nos  remerciements  et 
frhritations  aux  deux  savants  de  Constantinople. 

ELDrouik. 


llKciiuncnKs  svn  la  domination  ababe,  le  cbutismm  et  tma 

<:nnrANr.K.n  MKSSiAIflQVES  SOVSLB  KHAUFAT des  0MÂYÂDE8,faT 

i\.  vnii  Viotcn.  (Kx trait  des  Mémoires  de  l'Académie  des  Mciœei 
d' Amsterdam,]  iHt^h,  in-8',  81  pages. 

No  reprochons  pas  à  ce  titre  un  peu  de  prolixité,  car  il  ré- 
itume  exactement  les  données  du  travail  dont  M.  von  Vloten 
vient  d'enrichir  Thistoirc  de  la  civilisation  arabe.  Rechercher 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  583 

1  enchaînement  des  causes  qui ,  dans  l'ordre  politique  et  reli- 
gieux ,  ont  entraîné  la  chute  des  Khalifes  omayades  et  facilité 
Tavènement  des  Abbassides,  surtout  dans  les  provinces 
orientales  de  Tempire ,  tel  est  le  problème  à  la  solution  duquel 
le  jeune  orientaliste  de  Leyde  vient  de  consacrer  une  étude 
pleine  d'érudition  et  de  judicieuse  critique.  Tout  en  prenant 
pour  base  de  ses  informations  les  plas  anciennes  et  les  meil- 
leures chroniques,  celles  de  Tabari,  de  Maç'oudi,  de  Bela- 
dori  et  d'autres  auteurs  non  moins  accrédités,  il  a  fort  bien 
compris  que  leurs  témoignages  ne  pouvaient  être  acceptés  sans 
contrôle  puisqu'ils  ont  subi ,  comme  ceux  des  annalistes  de  la 
période  abbasside ,  l'influence  plus  ou  moins  directe  et ,  jusqu'à 
un  certain  point,  la  censure  de  la  cour  de  Bagdad.  Aussi 
n'est-ce  pas  exclusivement  sur  les  faits  politiques  et  militaires 
que  l'auteur  a  porté  son  attention  ;  il  a  tenu  aussi  à  bien  con- 
naître l'état  socisd  et  religieux  des  provinces  arabes  au  second 
siècle  de  l'hégire ,  la  condition  des  races  vaincues ,  leur  rap- 
port avec  le  Khalife  et  ses  représentants ,  et  enûn  le  développe- 
ment des  sectes  en  lutte  contre  l'orthodoxie. 

Trois  faits  principaux  expliquent  la  grande  secousse  qui ,  en 
déplaçant  l'axe  du  khalifat ,  fait  passer  sur  la  tète  des  héri- 
tiers collatéraux  du  Prophète  la  couronne  usurpée  par  Moa- 
wyah  et  ses  successeurs.  On  peut  les  résumer  ainsi  :  i  "  haine 
invétérée  des  peuples  vaincus  contre  les  conquérants  de  racé 
étrangère;  2"  développement  des  idées  chiites,  c'est-à-dire 
du  cidte  voué  aux  descendants  d'Ali  divinisés  par  la  réac- 
tion qui  se  manifeste  avec  une  intensité  profonde  en  Irac , 
en  Perse  et  dans  le  Khorassàn;  3**  attente  d'un  Messie  ou 
libérateur  qui ,  en  raison  du  progrès  de  la  croyance  chiite , 
ne  peut  être  qu'un  héritier  direct  d'Ali ,  un  Mehdi,  Voilà  le 
cadre  que  M.  von  Vloten  s'est  tracé  et  dans  lequel  il  a  su  faire 
entrer  une  foule  de  renseignements  nouveaux  et  instructifs 
sur  la  condition  politique  et  économique  du  gouvernement 
de  Bagdad ,  la  répartition  et  le  prélèvement  presque  toujours 
arbitraires  de  l'impôt ^  l'administration  des  provinces,  la  vé- 
nalité des  fonctionnaires ,  l'impopularité  du  pouvoir  central , 


584  MAI-JUIN  1894. 

toutes  choses  qui  donnent  au  passé  de  ildam  Une  aingulière 
et  triste  ressemblance  avec  sa  condition  actudle. 

On  ne  peut  que  i'éliciter  M.  von  Vloten  du  talent  avec  le- 
quel il  a  {)oursuivi  Tétudc  d*nne  thèse  assez  importante  poar 
avoir  mciitc  de  figurer,  il  y  a  quelques  années,  parmi  les 
questions  mises  au  concours  par  rAcadémie  des  inscriptknu 
et  belles-lettres.  A  défaut  du  prix  auquel  il  aurait  ea  droit  de 
prétendre  si  la  question  avait  été  maintenue ,  le  docte  orien- 
taliste de  Leyde  peut  compter  sur  les  suffrages  et  les  eneoo- 
ragements  du  monde  savant.  Nous  devons  le  remercier  aussi 
du  dioix  qu'il  a  fait  de  notre  langue  pour  la  rédaction  de  son 
mémoire  et  nous  nous  empressons  de  calmer  ses  appréhen- 
sions à  cet  égard  :  à  part  quelques  erreurs  de  pea  d*iaiportanoe 
et  qui ,  pour  la  plupart ,  ne  sont  que  des  fautes  d'impression , 
il  s  est  fort  bien  tiré  de  cette  diflBculté  ajontée  à  tant  d'autres. 
En  un  mot,  M.  von  Vloten  s'annonce  comme  une  des  vaeSL- 
leures  recrues  des  études  d'érudition  orientale  ;  élève  de  M.  de 
Goeje ,  il  n'oubliera  pas  que  noblesse  oblige  et  réalisera  sans 
nui  doute  par  des  publications  de  plus  longue  haleine  la  pro- 
messe de  cet  excellent  début. 

B.  M. 


Praktiscues  iBVNGSDvcn  zvn  crûnducherbu  Erlbmhukg  dbm 
OsMANiscH -TURMiscuEN  SpRACHE ,  von  L.  Pckotsch,  i"  partie. 

Vienne,  1894,  in-8'. 

Dans  ses  limites  modestes  et  sans  nulle  visée  sdentifiqoe, 
ce  Manuel  est  un  des  mieux  faits  que  je  connaisse  et  des 
plus  propres  à  faciliter  l'étude  du  turc  usueL  Ce  n*est  pas 
que  le  plan  suivi  par  l'auteur  soit  chose  nonvdle  :  il  y  a  long- 
temps qu'on  a  reconnu  l'utilité  de  ces  exercices  simnltanés 
de  tlièmes  et  de  versions  qui  reproduisent,  à  l'aide  de  mots 
déjà  connus  et  groupés  dans  une  série  de  phrases  courtes  et 
adroitement  combinées ,  le  mécanisme  des  formes  gramina- 
ticales,  les  tournures  populaires,  idiotismes,  etc.  Mais,  en 
suivant  la  vieille  et  bonne  méthode ,  l'auteur  a  fait  prouve  icî 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  585 

d'ane  connaissante  approfondie  de  son  sujet  ei:  des  besoins 
de  l'enseignement  d'une  langue  vivante.  Son  livre  est  divisé 
en  sept  chapitres.  A|M*ès  avoir  donné  quelques  règles  précises 
d'accentuation ,  ce  qui  pour  Tosmanli  n  exige  pas  de  longeas 
explications,  le  Manuel  passe  successivement  en  revue  Tar- 
ticle  indéfini,  l'impersonnel  (2ir^«>,  dont  le  rôle  est  si  impor- 
tant, les  pronoms  possessifs  affixes.  le  génitif  déterminé  et 
indéterminé ,  les  différentes  manières  d'exprimer  ies  verbes 
avoir  et  être ,  le  verbe  défectueux  imek  *àx}  au  présent  ei  au 
parfait ,  et ,  dans  un  dernier  chapitre ,  les  postposhions  ou  par- 
ticules suffixes  qui  forment  les  noms  de  métier  et  d'origine, 
les  noms  d'action  et  les  autres  catégoiîes  de  même  ordre. 
Des  notes  au  bas  des  pages  facilitent  la  traduction  ;  en  outre , 
une  clef  (Schlusscl)  de  tous  les  exercices  en  turc  et  en  alle- 
mand, et  qui  en  est  le  corrigé,  occupe  la  seconde  moitié  du 
livre  et  forme  le  com^dément  indispensable  au  moins  pour 
ceux  qui  se  passeront  des  leçons  d'un  maître.  Le  maître  ne 
sera  pas  non  plus  sans  la  considter  queiqpefois  et  avec  profit. 
Ce  n'est  que  le  commencement  d'un  ouvrage  de  longue  ha- 
leine ,  le  quart  tout  au  plus  d'un  travail  ou  toutes  les  autres 
parties  de  la  grammaire  ottomane  seront  étudiées  d'après  les 
mêmes  principes  et  avec  la  même  abondance  d'exemples.  A 
en  juger  par  le  fascicule  que  nous  avons  sous  les  yeux,  nous 
n'hésitons  pas  à  recommander  le  Manuel  de  M.  Pekotsch 
comme  le  meilleur  guide  qu'on  puisse  choisir,  et  nous  sou- 
haitons que  l'auteur  puisse  aussi  heureusement  et  sans  tarder 
terminer  une  tâche  si  bien  commencée. 

B.  M. 

\1.   BRLVN  ÏIOUGHTON  HODGSON  (1800-1894). 

Le  2  3  mai  est  mort  à  Londres  un  homme  dont  le  nom  est 
inticnemcnt  Hé  à  l'histoire  de  notre  Société. 

M.  Brian  Houghtori  Hodgson  était  né  en  iSoo.  Sa  longue 
carrière,  commencée  dans  le  Service  de  l'Inde,  illustrée  par 
la  Iroiivaille  de  la  littérature  bouddhique  du  Népal,  volon- 


:>8G  MAI. JUIN   1894. 

taironicnt  renfermée  ensuite  dans  Inactivité  d'un  gentilhomme 
campagnard ,  a  eu  au  fond  plus  d'unité  qu*il  ne  semble  d'abord. 

(]oninie  tant  d'Anglais  de  caractère  entreprenant,  il  a  eu 
surtout  la  curiosité  des  choses  de  la  nature  et  la  passion  de 
l'activité  extérieure  et  de  la  découverte. -Jeté  par  sa  carrière 
en  plein  Himalaya ,  il  y  trouvait  un  champ  fait  à  sotf  lait  pour 
ses  goûts.  C'était  une  terre  vierge.  11  s'employa  sans  trêve  à 
en  révéler  les  secrets.  Ëtlmographie,  faune,  flore,  il  en  étudia 
savamment  tous  les  aspects  naturels;  sans  être  pliilologue,  iJ 
en  fit  connaître  les  dialectes  avec  une  patience  et  une  précision 
exemplaires;  sans  être  indianiste,  il  est  devenu  le  créateur 
d'une  branche  de  l'indianisme.  Ce  n'est  pas  un  honneur  mé- 
diocre que  d'avoir  eu  Eugène  Burnouf  pour  tributaire. 

Non  content  de  signaler  un  vaste  filon ,  M.  llodgson  s'at- 
taclia  a  répandre  ces  richesses.  Sa  générosité  s'étendit  à  Paris 
presque  aussi  largement  qu'à  Londres.  C'est  sa  libéralité  en 
m^me  temps  que  ses  ser>4ces  que  notre  Société  essaya  d*lio- 
norer  en  faisant  frapper  et  en  lui  décernant  jadis  une  médaille 
d'or.  Noti*e  gratitude  est  toujours  vivante;  elle  se  perpétuera 
avec  les  publications  dont  ses  précieux  envois  continueront  de 
fournir  lu  matière. 

Qu'il  me  soit  |)ennis  d'être  ici  l'interprète  de  Thommagc 
commun ,  bien  du  à  la  mémoire  d'un  honmie  qui ,  8*il  est 
entré  de  bonne  heure  dans  la  retraite ,  en  avait  glorieusement 
conquis  le  droit  par  un  véritable  dévouement  scientifique,  de 
courageux  travaux,  et  par  des  découvertes  qui  feront  vivre 
son  nom. 

E.  S. 


TABLE  DES  MATIERES 


CONTENUES  DANS  LE  TOME  lU,  IX*'  SÉRIE. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Pagei. 

Koue-Yû  ou  Discours  des  royaumes.  (M.  G.  db  Harlez.)  (Suite 
et  fin.) 5 

Notice  sur  les  manuscrits  syriaques  conservés  dans  la  bil)iio- 
thèque  du  patriarcat  ortîiodoxe  de  Jérusalem.  (J.-B.  Cha- 
bot.)       92 

Lettre  de  Tansar  au  roi  de  Tabaristan.  (M.  Darhesteter.).  .    i85 

Description  de  Damas.  (M.  H.  Sauvairb.) 2bd  \ 

Histoire  d'Eskender,  d'*Amda-Seyon  II  et  de  Nâ*od,  rois 
d'Ethiopie*  texte  éthiopien  inédit  comprenant  en  outre  un 
fragment  de  la  chronique  de  Ba'eda-Mâryâm ,  leur  prédé- 
cesseur, et  traduction.  (M.  Jules  Perrughon.) Sig 

Description  de  Damas.  (M.  H.  Sâutairb.)  (Suite.) 385 

Lettre  de  Tansar  au  roi  de  Tabaristan.  (M.  Darmbstbter.) 
(Suite  et  fin. ) 5o2 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Procès-verbal  de  la  séance  du  12  janvier  1894 i35 

Procès-verbal  de  la  séance  du  9  février  1894 i38 

Bibliographie  :  Remarques  sur  Tédition  du  lexique  de  Bar  Bahloul. 
(R.  Ddval.  }  —  Hermann  Jacobi  :  Ueber  das  Alter  des  ^g-Veda. 
(A.  Rarth.)  —  Verzeichniss  der  Sanskrit  und  Prâkrit  Handschriften 
(der  Kôniglichen  Bibliothek  zu  Beriin)  von  A.  Weber.  {[..  Febb.) 
—  Der  Einfali  der  Mongolen  in  Mittel-Europa  in  den  Jahren  la^i 
und  i2h2  y  von  Gastav  Strakosch-Grassmann.  (L.  Fbbr.)  —  Mav- 


:>^s  MAI-JUIN  L894. 

P«get. 

ricc  blooiufieid.  CoDtributioos  to  the  interprcialion  of  the  Veda. 
(L.  Fi>OT.)  —  Élodes  berbèrei.  (J.  Pbbbdghob.) 

Procès-verbal  de  la  séance  du  9  mars  1894 867 

Procès-verbal  de  la  séance  du  i3  avril  1894 370 

Bibliographie  :  The  bock  of  governon  :  The  historia  monastica  of 
Thomas  bishop  of  Margâ  a.  D.  Sào»  (R.  Dutal.)  —  Zur  Geschichte 
der  Çâhis  von  Kâbul  von  D'  M.  A.  Slein.  Stuttgart,  in-4%  1898, 
1  o  pages.  (E.  Drouin.)  —  Note  sur  des  signes  de  numération  incon- 
nus. (Baron  Carra  de  Vaux.)  —  Charaka  Samhitâ,  translated  into 
cnglish  by  Avinash  Chandra  Kaviratna.  Calcutta,  200,  Comwallis 
slreel.  (E.  S.) 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1 1  mai  iSgd 556- 

Philippe-Edouard  Foucaux.  (L.  Feer.)  —  Bibliographie:  Lexicon 
syriacnm ,  aactore  Carolo  Brockelmann ,  praefatus  est  Th.  Nœldeke. 
Fasdculns  I,  Berlin,  189^,  Reuther  et  Rcicbard,  in -8",  80  p. 
(R.  DuvAL.)  —  Catalogue  des  monnaies  turcomanes.  (E.  Drouih.) 
—  Recherches  sur  la  domination  arabe ,  le  chiitisme  et  les  croyances^ 
messianiques  sous  le  khalifat  des  Omayades,  par  G.  von  Vloten.  (Ex- 
trait des  Mémoires  de  l'Académie  des  sciences  d*Amsterdam.  )  189't , 
in-8'',  81  pages.  (B.  M.)  —  Praklisches  Ûbungsbuch  zur  grûndli- 
cheren  Erlernung  der  Osmanisch-tûrkischen  Sprache,  von  L.  Pe- 
kotsch.  (B.  M.)  —  M.  Brian  Honghton  Hodgaon,  notice  nécro- 
logique. (E.  S.) 


Le  Gérant  : 
RUBENS  DuVAL.